American Sniper c’est nul et génial

American Sniper, dernier film de Clint Eastwood en date, partout fait débat. Alors pourquoi qu’il ferait pas débat sur Lunécile, t’as cru que c’était le jardin Dédenne ? Gibet, blaze « de Montfaucon », ce qui te laisse entrevoir le nombre de victimes au compteur VERSUS Corbillot, French Historian, plus vénère que Hulk un soir de défaite de Saint-Étienne. Les lions sont lâchés.

image1

Gibet : J’ai vu American Sniper, avec en tête toute la polémique qu’a engendré le film, et pour tout avouer j’ai pas tellement compris ce qu’il y avait de si terrible politiquement et historiquement. J’ai trouvé le film généralement assez pudique, et sur ces questions-là aussi. Je vois bien comment on peut être dérangé par la toute fin, la captation documentaire de l’élan patriote suite à la mort du héros, mais je trouve aussi que cette fin, on peut la recevoir de plein de manières différentes, pas forcément comme une approbation d’Eastwood. Mais peut-être que je pèche par ignorance, que ne connaissant pas suffisamment ces enjeux-là j’ai l’impression de voir de la neutralité – ou en tout cas jamais rien de plus que du romanesque – là où il y a d’odieux parti-pris républicano-impérialistes. Alors, Corbillot, je te laisse la parole, je suis tout ouïe, explique-moi ce qui t’a dérangé, puisque ça t’a dérangé.

Corbillot : Tout d’abord, il serait sans doute exagéré de parler « d’odieux parti-pris républicano-impérialistes », en tout cas pour le mot « odieux », sans doute de trop. Plutôt que ces termes un peu difficiles à défendre pour ce film, je pourrais en revanche parler de prosélytisme pro-occidental. Car plus encore qu’un parti-pris visible et prégnant dans l’œuvre, ce film est davantage dans la distorsion, la manipulation des faits pour défendre un point de vue qu’on aura tout le loisir d’explorer, de discuter… C’est pour ça que je parle de prosélytisme, mais je ne prétends pas avoir des connaissances infinies sur le sujet non plus. Revenons-en à mon expérience du film. Pour ma part, je m’étais efforcé de ne pas trop lire de papiers sur ces fameuses polémiques autour d’American Sniper, pour essayer, autant que faire se peut, de ne pas polluer mon visionnage. J’ajoute que je suis par ailleurs un grand amateur du travail de Clint Eastwood, et, tout ce que j’ai vu de lui, à l’exception notable d’Invictus, j’ai beaucoup aimé.

Je peux te synthétiser rapidement les deux-trois choses qui me chiffonnent dans ce film. Il y a en premier lieu la reconstitution du personnage de Chris Kyle, l’American Sniper, donc, qui me paraît très indulgente par rapport au vrai Chris Kyle, que l’on connaît à travers récits de guerre et mémoires. Après avoir vu le film, je me suis renseigné sur le lascar qui se trouve être un quasi-stéréotype du « Ricain » sorti de son Texas, rodéo, tout ça (jusque-là, le film suit) mais pas peu fier de ses exploits, jamais dans le remord ni l’introspection et capable des pires amalgames. Or, le Chris Kyle du film est différent : il est capable de modestie et d’empathie. Il a l’esprit de camaraderie, un sens aigu du devoir, etc. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il est sympathique mais il n’est pas odieux non plus, c’est un personnage principal à visage humain, il a été tempéré pour être présentable et filmable. Ce qui rend la fin du film en documents-archives d’autant plus troublante selon moi.

Ensuite, il y a la lecture du conflit en Irak faite par Clint Eastwood. Le montage du film nous fait penser que c’est la menace terroriste internationale (pour la faire court, Al Qaïda), qui pousse les États-Unis à intervenir en Irak. C’est évidemment faux, car le régime de Saddam Hussein était nationaliste et opposé au fondamentalisme religieux extrémiste. Il y a ensuite ces confusions entre combattants chiites et sunnites faites par l’entreprise du sniper syrien qui intervient pour les deux groupes, alors que justement ils se détestent. C’est une aberration, qui peut se comprendre pour simplifier le scénario mais qui donne consciemment ou inconsciemment une lecture faussée. Je pense que ce genre de falsification et de simplification rend le conflit plus intelligible et donc, peut-être, plus tolérable aux yeux de l’opinion.

Enfin, je me pose la question de ce qu’est l’objet cinématographique du film. Je n’ai pas retrouvé les fulgurances de Mémoires de nos Pères ou Lettres d’Iwo Jima qui étaient pour le coup propices à la narration d’histoires de guerre marquantes, symboliques, etc. et donc, propices au projet cinématographique. En y réfléchissant un peu, je pense que l’objet que je cherche, ici, c’est juste Chris Kyle, l’homme, le soldat, « American Sniper ». En somme, ça me paraît être un film égocentré qui ne donne rien à voir sur le conflit, et, peut-être, rien à voir du tout.

bradley-cCooper-gets-emotional-in-american-sniper

Gibet : Alors déjà merci pour ces précisions historiques. Vraiment je dis ça sans malice car la seule actu que je suive, c’est les nouvelles sauces à Fry Chicken. Pour le reste, je me penche pas, je laisse remonter – ça rend plus heureux. Du coup, je pense pouvoir apporter de la nuance à la nuance, car Clint a l’air d’avoir fait ce film pour les innocents comme moi.

Le portrait de Kyle fait par Eastwood ne semble effectivement pas correspondre à ce que Kyle était dans la réalité, si dans la réalité Kyle était comme tu dis – note que même s’il l’était ça n’est pas suffisant à le rendre inhumain. Mais, dans le film, je ne l’ai pas perçu non plus tel que toi tu dis qu’il est. Là où tu as vu de la modestie, j’ai vu de l’embarras. Que répondre à un compliment ? Rien du tout, alors on essaie vite de changer le sujet. De l’empathie ? Pour ses proches confrères, normal. Pour ses victimes c’est très furtif. Ça le dérange un peu d’avoir à tuer des enfants mais bon. Il y a un temps du film où Chris Kyle est hanté par la guerre mais même là ça n’a pas l’air – c’est ainsi qu’on humanise les monstres habituellement – d’être le fait d’avoir donné la mort qui le dérange. C’est semble-t-il de devoir se réadapter à un monde où, pour obtenir ce qu’on veut le bruit et la fureur ça marche pas, qui est problématique. De même, le sens du devoir et tout, il l’a pas ; à chaque fois qu’il lance un truc patriote, ça sonne comme une excuse, a fortiori quand c’est destiné à sa femme. Là encore ça sent l’embarras. On te pose une question à laquelle tu sais pas quoi répondre, comment t’en sortir ? Hop une petite réponse toute faite. « Tu peux faire la vaisselle chéri ? – NON JE SUIS UN DÉFENSEUR DE L’AMÉRIQUE ». Ces moments où il énonce des grands principes sont contredits par les faits. Lors des batailles, il hésite pas à mettre tout le monde en danger pour atteindre des buts qu’il s’est fixé – l’exact contraire du sacrifice. Ce flot de discours récité sert donc à justifier son engagement mais la vérité c’est qu’il kiffe l’adrénaline du front, qu’il est tout à fait à l’aise avec la manière dont s’y gèrent les relations, qu’il s’y sent épanoui car il peut s’y comporter en cow-boy.

Si les excès de Chris Kyle sont tempérés, je crois pas que ce soit pour rendre le personnage plus sympathique et exalter une certaine vision des USA – quelle drôle de stratégie ce serait ! Soit tu es plutôt de la team républicaine et que Chris Kyle fasse des amalgames tu t’en tapes, soit tu es plutôt de l’autre camp et de toute manière tu trouveras que c’est un connard… À qui serait alors destinée l’édulcoration du personnage ? Du reste, dans son interview pour Positif, Clint explique que c’est lui qui a fait le choix de ressortir l’anecdote de l’infanticide, que Kyle avait passé sous silence dans sa biographie. Autrement dit, il aurait pu ne pas montrer Kyle accomplir un des interdits suprêmes de notre civilisation et il a pris l’initiative de le faire.

Je crois que les excès de Chris Kyle sont intériorisés pour que ça fasse un personnage, et pas un archétype. Son racisme, par exemple, on le sent très bien quand il fait ses interrogatoires. Il n’y a pas besoin de scène d’exposition supplémentaire où il dirait « AH VRAIMENT CES BOUGNOULES TOUS DES TERRORISTES ». Il n’y a pas besoin non plus que Eastwood précise qu’il ne cautionne pas (ou cautionne, peu importe) – on n’est pas là pour faire la morale. Le film étant ainsi foutu, on peut appréhender le personnage, ni glorifié, ni condamné, comme on veut.

Pour ce qui est du motif de la guerre, des distinctions sunnites / chiites, là je peux pas chipoter, c’est un fait que le film se montre super expéditif à cet égard. Il faut dire aussi c’est pas le sujet. Ce qui paraît être le sujet en revanche, c’est que le sniper adverse est logé à la même enseigne que Chris Kyle en terme de mise en scène. Il n’est pas introduit comme un personnage à part entière (ne serait-ce que parce qu’il n’a pas de scène d’exposition) mais Eastwood filme son efficacité guerrière avec autant d’émerveillement – et même davantage, le sniper adverse ayant en plus de l’art du snipe une agilité de super-héros – que celle de Kyle. On en revient au cow-boy, au western. Peut-être que Eastwood veut juste filmer deux francs-tireurs géniaux s’affronter. Que le sniper syrien n’ait pas de camp, c’est intéressant dans cette optique. Et on peut s’amuser à extrapoler en considérant ce sniper adverse comme un double : Kyle non plus n’aurait pas d’attache et pourrait tout aussi bien servir les adversaires, pourvu qu’il ait l’ivresse de la chasse. Ou encore : Chris Kyle comme son adversaire est un pur corps, et son problème est qu’on le force à être plus que ça. Et encore davantage : le film pourrait se passer n’importe où, pendant n’importe quelle guerre. Si on considère que la guerre d’Irak est le décor du film et pas son sujet, la trahison du pacte documentaire, qui te dérange, n’existe pas. C’est dommage de passer à côté d’un tel sujet, mais c’est le lot de tous ces récits classiques qui par recherche de l’universalisable se privent d’un matériau précieux – le réel. Encore que le film ici se prive de réel pour lui rendre justice par un autre côté…

Pour ce qui est de la question de l’objet cinématographique, je crois avoir un peu répondu au fil de mes paragraphes, mais je peux rajouter ceci : à travers Chris Kyle, Clint Eastwood continue à s’étonner d’être un personnage historique. Dans Jersey Boys, son mimi film précédent, Clint Eastwood s’intégrait comme marqueur temporel – un des persos allume la télé et tombe sur Rawhide, la série qui a fait connaître Clint acteur. On entendait alors Clint se dire « putain je suis si vieux si iconique que je peux servir de repère dans une reconstitution d’époque ». Chris Kyle, tel qu’il est montré dans le film, a l’air tout aussi étonné par ceux qui essaient de le réduire à sa légende. La fin documentaire je l’ai reçue comme une façon de signer le désaccord entre Chris Kyle et ses idolâtres – et de manière assez amusante cette fin anticipe la réception : les républicains se sont empressés de s’approprier American Sniper alors qu’American Sniper ne leur a rien demandé.

Pour finir, tu dis qu’il n’y a rien à voir dans American Sniper, je te trouve gonflé ! Ose dire que tu n’as pris aucun plaisir à regarder ce film, ose.

american-sniper-3

Corbillot : Effectivement, le personnage de Chris Kyle (film) est nuancé. Comme je l’avais signalé, il n’est pas totalement sympathique mais malgré tout je le trouve buvable par rapport au Chris Kyle (réel). Il a quand même été carrément édulcoré. En fait, il est aussi animé par son patriotisme, du moins au début, que par sa soif de vengeance, du moins à la fin. Toi tu sembles avoir vu que patriotisme et vengeance ne sont que des excuses qu’il se donne et qu’il donne aux autres pour masquer le fait qu’il kiffe ça ? Dans ce cas il serait beaucoup plus loup que chien de troupeau, pour reprendre la glose du film. Enfin, pour moi, il ne devient pas totalement un « Captain America » mais ses travers les plus marquants ont été passés sous silence.

Tu trouves que les moments d’empathie de Chris Kyle (film) pour ses victimes sont furtifs ? Je ne suis pas totalement d’accord avec toi, car la fameuse scène où il snipe la nana et son môme est fabriquée dans ce sens. Tu mets le personnage dans une position d’aporie, sans bonne solution (tuer un enfant ou exposer ses soldats). Il choisit d’accomplir son devoir, n’hésite pas sur le moment mais ça donne lieu à deux moments de nervosité et d’empathie, quand il engueule son ange gardien sur le roof top et quand il en parle dans sa chambre avec un autre soldat. À mon sens ce n’est pas négligeable.

Je n’avais pas connaissance de l’interview pour Positif que tu évoques, mais en revanche j’ai lu un article d’un journaliste du Monde qui a rencontré Chris Kyle (réel) et qui explique que « la fameuse scène d’ouverture du film ne s’est pas déroulée ainsi : en mars 2003, à Nassiriya, Chris Kyle a juste abattu la femme, pas l’enfant. Il n’a pas non plus éprouvé de remords, taxant la kamikaze défunte de «démon» et, à partir de là, tous les Irakiens de «sauvages». »Alors, du coup, vraie ou pas vraie cette anecdote ? Il est possible que Chris Kyle (réel) n’ait pas voulu la raconter, mais j’ai du mal à comprendre pourquoi, surtout quand on lit la suite de ses propos. Si les Irakiens sont tous des « démons », selon lui, pourquoi exclure un gosse qui voulait se farcir des Marines ?

De plus, même s’il est concevable de percevoir ces fameux « remords » comme furtifs dans le film, ils ont le mérite d’exister et de donner à Chris Kyle (film) une certaine caution. Il y a cette autre scène où il supplie le gamin de lâcher un bazooka pour ne pas avoir à le tuer. Ici, Chris Kyle (film) semble payer les fractures que lui inflige la guerre. Sa conscience semble de plus en plus interférer avec ses missions, ses devoirs. En fait, il commence à péter les plombs et sa nervosité est de plus en plus palpable à mesure que ses compagnons se font zigouiller… On serait nerveux pour moins que ça non ? À mon sens, c’est une attitude « normale » pour quelqu’un qui connaît ce genre d’expériences. On est loin du Chris Kyle (réel) qui semblait compter ses victimes comme Michael Jordan comptait ses paniers. Quant au surnom « The Legend », Chris Kyle (film) est embarrassé, comme tu dis. C’est justement la réaction normale à avoir, comme tu dis. Maintenant, l’autre Chris Kyle devait très bien s’en accommoder, ce qui est plus dérangeant sur le plan moral, non ? Si le film avait été plus juste, il aurait pu faire ressortir ces aspects troublants pour renforcer son spectre critique. Après, ça n’était peut-être justement pas le but.

Sur la lecture politique de la réception du film que tu fais, je suis d’accord avec toi. Les plus pacifistes le trouveront toujours too much, et les plus belliqueux n’auraient pas été choqués de le voir dans ses atours les plus dégoûtants. On peut aussi dire que présenté comme tel dans le film il parle toujours aux Républicains et un peu plus aux Démocrates qui ne sont pas, loin s’en faut, des pacifistes. Après, ça me paraît vrai pour les États-Unis, peut-être pas pour le reste du monde où le film doit aussi faire son beurre, surtout dans la période que nous traversons. Cette consensualisation me semble rendre le personnage « accessible » au plus grand nombre, à la grande masse des gens qui, en Occident, comprend la nécessité de combattre le terrorisme mais ne tolère pas les excès de comportement et « l’arrogance impérialiste/occidentale ». Or, si l’on accepte de regarder les réalités du conflit en Irak, et tout ce que l’on sait à son propos, l’arrogance, la présomption, sont des concepts hyper importants.

Si le projet du film est de rentrer dans la mémoire les fractures de la guerre, en mode « consolation », « souvenirs », alors que je pense que le cynisme pur et effrayant de Chris Kyle (réel) ne colle pas. C’est pour ça qu’il a été retouché à mon sens.

Sur l’objet cinématographique, j’ai provoqué, on va dire, mais c’est vrai que j’ai du mal à comprendre. C’est sûrement que je n’adhère pas. C’est évident que c’est remarquablement, fait, filmé et produit (sauf la scène du ralenti à la fin, j’espère que tu ne me contrediras pas) mais, pour moi, le personnage de Mustafa (l’autre sniper), est un peu symptomatique de ça. Il n’existe pas dans l’histoire réelle, et j’ai juste eu l’impression qu’il sert à « épaissir la soupe ». Il donne à Chris Kyle (film) l’opportunité de se mettre en valeur dans un duel de « Far East ». Il donne tension, suspens et rebondissements à une base qui en manque sûrement cruellement.

1401x788-AmericanSniper2014_004

Gibet : Exactement, le Chris Kyle de Eastwood est un loup et pas un chien de troupeau. C’est ce que j’essayais de dire, et c’est ce que le film dit. C’est un loup qu’on prend pour un chien de troupeau. Ce n’est pas parce qu’on lui assène le contraire dans le film, que lui-même affecte le contraire (de la même manière que Walter White prétend dans Breaking Bad agir pour sa famille) que ça annule ce que filme Eastwood, son épanouissement à la guerre contre son ennui à la ville, sa vivacité dans l’action contre sa mécanique dans le discours. En fait, puisque concrètement le film donne suffisamment de matière pour poser un regard critique sur Chris Kyle, ce que tu reproches à Clint, c’est de ne pas avoir fait un portrait à charge. Mais quel serait l’intérêt ? Tes opinions seraient flattées, mais ensuite ? En terme de cinoche, ça ferait un machin tout recroquevillé. Tel qu’American Sniper est fichu, il y a de la place pour le spectateur, pour penser à l’intérieur du film – au lieu d’un truc où il faudrait se positionner en pour ou contre, à l’extérieur – de telle sorte que, je me fie aux critiques, un type de gauche et un type de droite peuvent l’aimer avec la même intensité, avec chacun l’impression de voir un film qui honore leur vision du monde.

Dans le dernier temps de ton raisonnement sur l’édulcoration du personnage, tu parles de Eastwood comme s’il était un propagandiste qui avait organisé un collage mensonger pour convertir de nouveaux fidèles. Passons sur le fait que c’est carrément malhonnête, faut arrêter, y’a aucune ambiguïté, on connaît Clint. C’est pas parce qu’il traite d’un sujet plus polémique que d’habitude que ça annule ses 30 films précédents. Pendant 50 ans cinéaste, et crac en 2015, parce qu’il a pas choisi d’indiquer à tous les plans que Chris Kyle est un salaud, propagandiste. Comment tu justifies ça ? Il se lâche parce que sa voyante lui a annoncé qu’il crèverait en juin ? Un film de propagande ça se reconnaît à ce que ça propose une axiologie nous les gentils / eux les méchants. American Sniper se concentre sur nous les gentils, pour détruire cette réduction. Y’a pas de nous, et y’a pas de gentil. En revanche, si on avait fait un portrait à charge, ça serait rentré dans une démarche de ce genre, type nous les gentils démocrates / eux les méchants républicains.

Pour ce qui est de l’anecdote de l’enfant tuée, d’après l’interview, c’est le biographe de Kyle qui a décidé d’enlever l’événement du bouquin, par peur d’un éventuel scandale. Eastwood, ou son scénariste, auraient enquêté, en recoupant des témoignages, pour être sûr que ça a bien eu lieu. Travail d’historien (!) que tu n’honores pas aujourd’hui, cher Corbillot, en présumant de beaucoup de choses. Je dis que la culpabilité de Kyle est furtive car elle disparaît rapidement. Quand il tue l’enfant, effectivement ça le dérange, il gueule et il discute avec son pote pour se rassurer. Mais c’est tout ! On a l’impression que le soir même, il dormira pépère. Il n’est pas hanté, ou en tout cas comme j’ai dit pas par ça. C’est réactivé plus tard c’est vrai lors d’une autre séquence mais entre deux ça n’existe pas, et après non plus. Eastwood n’essaie pas de nous vendre le schéma du héros rongé par le remord, remord qui aurait valeur de rédemption.

À cela s’ajoute que 1) tout fier de lui que le Chris Kyle réel semble être, ça n’exclut pas du tout qu’il ait ressenti du malaise, de la nervosité, de l’empathie. L’homme est une bestiole complexe, qui peut traverser plusieurs émotions à la fois, qui peut aussi jouer au malin sans forcément l’être. Si on voulait faire de la psychologie à deux balles, on pourrait même dire que souscrire si volontairement au statut de légende, c’est très suspect, comme une méthode Coué pour évacuer ces problématiques – « je DEVAIS le faire puisque je suis une LÉGENDE » – et donc aussi un symptôme de son malaise, sa nervosité, son empathie. Même sans aller jusque là, ça me paraît réglo de s’attacher à montrer qu’un individu, aussi facho soit-il, est plus complexe qu’on veut bien le croire, d’autant plus que 2) tu ne sembles renseigné sur Chris Kyle qu’à travers la presse, qui préfère, surtout avec de pareils sujets, le raccourci saignant à la profondeur posée. Ça me paraît court pour faire le procès de Chris Kyle et du film d’autant plus que 3) t’as rien à dire car Chris Kyle t’aurait défoncé en moins de 30 sec sur un ring.

De la manière dont tu parles de Mustafa qui n’existe pas dans le réalité, je me sens comme face à un fan de Game of Thrones qui dirait « La série c’est pas bien car c’est pas comme dans le livre ». On s’en balance ! Je pense avoir plus haut expliqué l’intérêt de ce sniper adverse, en terme d’écriture et de cinéma, je veux bien recommencer mais ça va être pénible à lire. Bien sûr qu’en un sens c’est artificiel, mais Eastwood est un classique, il lui faut du récit ! Même si le film était moralement abject, on ne pourrait pas lui retirer ça : Bradley Cooper pour la première fois est excellent (d’habitude on sait pas car il fait juste le BG) et Clint retrouve une implication, une efficacité dans la mise en scène qu’il avait pas eu depuis longtemps. T’es pas d’accord ?

APphoto_Film Review American Sniper

Corbillot : Je vais commencer par les points sur lesquels je suis d’accord avec toi, et, pour le dire franchement, ça ne pèse pas très lourd dans le jugement que je porte sur le film. Oui, Bradley Cooper est excellent, et c’est assez rare pour être souligné. Non pas que c’est un mauvais acteur, mais on va dire que c’est le genre de rôle assez rare dans une carrière pour lequel il est possible, voire facile, de laisser s’épanouir toutes les qualités d’interprétation. Je ne dénigre rien, mais c’est précisément pour ce type de jeu d’acteur que tous les critiques cinoches pourront « balancer » leurs phrases fétiches du genre : « il est rentré dans la peau de son personnage », « Bradley Cooper, qui a pris 30 kilos pour ce rôle, est sidérant dans la peau d’un sniper d’exception ». En fait, c’est un personnage « faire-valoir », genre qu’on retrouve souvent dans les biopics, mais en l’espèce c’est très bien pour Bradley Cooper.

Sur la verve cinématographique retrouvée de Clint Eastwood, là aussi je suis d’accord, même s’il y a quelques choix esthétiques douteux (je reviens sur ce ralenti qui gâche un passage où la mise en scène est pourtant somptueuse, ou sur cette fin-générique que tu as toi-même pointé du doigt). Dans l’ensemble, la mise en scène est très immersive. C’est une façon remarquable et hyper efficace de filmer la guerre, et c’est validé, même sublimé par la photographie et surtout le son, le son incroyable des armes, des véhicules, et aussi l’absence de son à certains moments pour que l’on puisse percevoir juste le vent, la respiration, le moment clé du tir quoi. Je dirais néanmoins que ses décors de guerre sont un peu désincarnés, ça ressemble un peu à des maps de jeu-vidéo fps.

Pour le reste de ton développement, je trouve déjà que tu essayes de me faire dire ce que je n’ai pas dit. Ça me fait penser à une conversation Facebook houleuse que j’ai eue avec un autre mec qui défendait le film et qui m’a dit que je voulais vendre le fait qu’Eastwood avait fait une hagiographie de Chris Kyle. Toi tu me parles de propagande, quand je n’ai parlé que de prosélytisme. Si les deux mots existent c’est qu’ils ne veulent pas tout à fait dire la même chose. En fait, si l’on imagine le film avec un autre sniper et pas Chris Kyle, il n’est pas scandaleux sur le propos qu’il développe. Il n’est pas « propagandiste », il se concentre sur le côté étasunien, qu’il s’agisse du front ou du territoire (un propos sur une guerre qui se vit autant dans l’action que dans la réception), et là il n’y a pas de reproche particulier à faire. Ça donne une lecture du conflit orientée mais pas partisane. Il y a cette question que tu poses et qui me dérange : « C’est pas parce qu’il traite d’un sujet plus polémique que d’habitude que ça annule ses 30 films précédents. Pendant 50 ans cinéaste, et crac en 2015, parce qu’il a pas choisi d’indiquer à tous les plans que Chris Kyle est un salaud, propagandiste. Comment tu justifies ça ? » D’abord, je n’ai jamais dit que ça annulait quoi que ce soit, je crois avoir été suffisamment clair sur l’admiration globale que je porte à ce réalisateur. Ce qui me gêne, c’est, en gros, parce qu’Eastwood est un metteur en scène de génie, à la carrière exemplaire, on ne peut pas lui faire de reproche sur ce film ? Mais ça, ça ne veut rien dire ! Surtout qu’en l’espèce, Eastwood s’est déjà planté sur Invictus en racontant une histoire sans nuance, un projet mémoriel et quasi-hagiographique pour le coup qui esquive totalement la façon dont l’Afrique du Sud a gagné cette Coupe du Monde de Rugby (dopage, achat de matchs, empoisonnement des adversaires). C’est cette dimension mémorielle que je retrouve dans American Sniper et à laquelle je n’adhère pas. Clint Eastwood n’essaye pas de nous dire que la guerre en Irak, c’est formidable, que les Ricains sont des gentils et les Rakiens sont des méchants. Ce qu’il fait, c’est plus du roman national, qui s’appuie sur des grandes figures mais écrase toutes les nuances et les complexités. En insistant sur l’importation en Amérique des violences, des fractures de la guerre il livre sa version du conflit qui, finalement, vise à la cohésion nationale, à la mémoire, au rassemblement, à l’unité, projet qu’il achève avec son générique qui tire carrément dans ce sens-là. Mais, après tout, pourquoi pas, ce projet-là est honorable.

Non, ce qui me gêne, depuis que je me renseigne sur ce film, c’est la méthode un peu roublarde qui est utilisée. Est-ce de ma faute si Chris Kyle, le vrai, est un salaud et impropre au projet d’humilité et de dignité dont est empreint le film ? Je ne réclame pas un portrait à charge, je réclame un portrait juste, ou qui s’appuierait sur une figure plus présentable, plus sortable, plus fréquentable. Renversons ton raisonnement : imaginons la vie d’un soldat sans ombre majeure, digne, moral, juste, humble, portée à l’écran et falsifiée avec des frasques, des décisions douteuses pour décrier la guerre. Que n’aurait-t-on entendu ! Est-ce à dire que faire l’inverse est plus honorable ? Je n’ai pas envie de penser ça : un homme bon et humble n’a pas à être présenté comme un salaud, et un salaud n’a pas à être présenté comme un homme bon et humble. Est-ce trop réclamer ? Ce n’est pas parce qu’Eastwood est un monument qu’il faut faire preuve d’indulgence à son égard. C’est même le contraire, et pour ma part j’ai été déçu. Je repense à Zero Dark Thirty qui est un film qui a les qualités d’American Sniper mais dont le duo personnage-projet est adéquat et qui réussit en tant qu’il se refuse à faire des concessions, des aplanissements. Le fait que le vrai Chris Kyle ne rentre pas dans le projet mémoriel d’American Sniper consacre l’échec du film par toutes ses petites compromissions et ses petits arrangements. Ce n’est pas une question de « flatter mes opinions », je ne suis pas un pacifiste résolu, je comprends la nécessité de la guerre quand elle est juste, moins quand elle est mal justifiée comme c’est le cas dans le film avec cette histoire de terrorisme. Et c’est parce qu’elle est présentée comme ça qu’elle cadre avec le projet mémoriel. Et c’est parce que Chris Kyle est fréquentable qu’il cadre avec le projet mémoriel.

Sur cette histoire d’enfant tué… Si c’est véridique, je dirais que c’est encore pire. Pourquoi l’éditeur a-t-il décidé de supprimer le passage ? Moi, je n’aurais pas été choqué par l’épisode, s’il est justifié dans un contexte de danger et d’exécution du devoir. Mais ça aurait fait un scandale, sans doute parce que Chris Kyle l’aurait raconté cyniquement, fanatiquement presque. Lorsqu’il a parlé de cette femme abattue, il a parlé de démente, et dans le lot de tous les Irakiens de sauvages. Réintégrée dans le film, cette anecdote se voit recevoir la caution morale de l’empathie : elle devient tolérable, voire partie prenante du côté mémoriel du film. Ce n’est peut-être qu’une nuance, ce n’est peut-être que furtif, mais ça existe. Le fait que ça a été retiré du livre, pour des raisons de « polémique », de « honte », c’est symbolique de la portée sulfureuse de Chris Kyle. Je n’ai rien d’autre, vraiment, à rajouter sur ce portrait plus consensuel dans le film qui me laisse circonspect.

Quant au personnage de Mustafa. J’ai donné mon point de vue dessus (adrénaline du film, issue valorisante pour Chris Kyle qui vainc ses démons), et toi aussi. Je trouve ça juste dommage l’analogie avec Games of Thrones, car tu sais très bien qu’une adaptation fiction-fiction n’a rien à voir avec une adaptation sources historiques-fiction.

0355152.tiff

Gibet : Tu es un salopard. Tu dis que tu es d’accord avec moi, que tu dénigres rien, mais ta manière de présenter le taf de Bradley Cooper l’honore absolument pas. Contrairement à ce que tu dis, Chris Kyle est un personnage tout fermé sur lui-même qui permet pas à l’acteur de faire un show clinquant. On n’est pas dans le cabotinage mimétique pour Oscars, le chantage à la performance. C’est très fin ce qu’il propose, très rentré. Je pense à la séquence au car wash, avec le rescapé qui vient le remercier. C’est difficile de décrire le jeu d’un acteur, surtout quand il se caractérise par la sobriété et l’âpreté, mais à peu près toutes les nuances que j’ai formulés sur Chris Kyle passent par le jeu de Bradley Cooper, sa puissance en situation de bataille et son hébétude ailleurs.

Tu es moins un salopard quand tu essaies de formuler les vertus de la mise en scène. Il y a une chose sur le son qu’il est important de souligner, c’est que Eastwood se sert de la musique au minimum. C’est comme s’il voulait dédramatiser tout ça – pas au sens désamorcer la gravité, plutôt au sens enlever le drama. Dramatiser, c’est toujours un peu commencer à mettre de la morale là où y en a pas. Or le projet de Eastwood c’est de montrer un corps qui jouit de la chasse, peu importe qu’elle soit à la bichette ou à l’homme, et son regard là-dessus est amoral. Le fait qu’il rejoue deux fois la séquence de l’enfant, c’est une invitation à nous libérer de la morale. La première fois, puisque c’est à l’ouverture du film, on cale automatiquement nos petites valeurs sur la situation – il arrête net : attendez on va mettre un peu de complexité là-dedans – la deuxième fois, si on a regardé ce qu’il a montré entre deux, on ne voit plus tout à fait la même chose. Le Chris Kyle de Eastwood aussi est amoral, ses élans de camaraderie et de patriotisme relèvent d’une sorte de morale par provision : bon voilà, il faut bien s’orienter dans la vie, alors je vais dire pareil que tout le monde sans me poser de question, mais dans le fond ça m’est égal. Pour ce qui est de la séquence finale, j’ai dit que c’était le seul moment du film qui pouvait éventuellement, en se forçant pas mal, justifier la polémique. Je n’ai pas dit qu’elle était ratée et je ne le dirai pas. Pour moi, elle achève parfaitement le propos du film tel que je l’ai perçu et déjà énoncé plus haut. Je la reformule avec les mots de ce paragraphe : Chris Kyle est un amoral qui se trouve moralisé par l’Amérique, Clint conclut là-dessus pour souligner le décalage entre – attention tarte à la crême – l’homme et la légende. Y’a pas de quoi en faire un fromage.

Pour le reste, tu veux jouer avec les mots, on va jouer. Prenons http://www.le-dictionnaire.com (c’est le premier qui vient quand on tape dictionnaire sur Google). Propagande : action exercée sur l’opinion pour l’influencer, la convaincre. Prosélytisme : zèle déployé pour attirer de nouveaux adeptes, pour propager une doctrine. La nuance est très ténue, la propagande (action) semble donnée comme l’outil du prosélytisme (zèle). Prenons http://www.larousse.fr, le deuxième qui vient, pour être sûr qu’on se fait pas entuber. Propagande : action systématique exercée sur l’opinion pour lui faire accepter certaines idées ou doctrines, notamment dans le domaine politique ou social : la propagande électorale. Prosélytisme : zèle ardent pour recruter des adeptes, pour tenter d’imposer ses idées. Ah là y’a une nuance plus intéressante, la propagande est systématique. Donc le prosélytisme, selon le Larousse, c’est comme la propagande dans l’effet recherché, sauf que c’est le fait d’un individu et pas d’une structure qui l’englobe. En ce sens j’ai sous-entendu que tu avais dit que Clint était à la botte de la team que tu crois qu’il défend, et c’est vrai c’est pas ce que tu as dit je m’en repens j’espère que tu me pardonneras un jour. Néanmoins, tu noteras que cette nuance ne change absolument rien aux arguments invoqués quand lâchement j’ai substitué le mot propagande à celui de prosélytisme, puisque je ne parlais que du fait d’organiser un film dans l’optique d’imposer une idée. Ce que je dis pour le cinéma de propagande vaut pour le cinéma prosélyte, et je t’invite à relire en remplaçant l’un par l’autre, peut-être que cette fois-ci tu m’entendras… Ou bien sommes-nous condamnés au solipsisme ???? De toute manière, j’insiste, du « zèle ardent » pour imposer une idée, y’en a vraiment pas du tout à l’œuvre.

Par ailleurs, on est d’accord Invictus c’était pas bon du tout, limite embarrassant. J’étais pas en train de faire de la politique des auteurs au rabais – « Clint Eastwood est génial donc tous ses films sont géniaux » – pas du tout. J’essayais plutôt de dire – ça devrait plutôt être ça la politique des auteurs d’ailleurs – qu’on est familier de lui, qu’à force c’est comme un ami. Ça n’exclut pas d’évaluer chaque film pour ce qu’il est, et de parfois dire c’est nul à chier (+ arguments si c’est pas sur Twitter qu’on dit ça) mais ça suppose par contre, a fortiori quand le type en question a autant de bouteille, est un classique, ne risque plus de nous surprendre, qu’on y aille sans méfiance. À l’aune de toute sa filmographie, on voit bien qu’American Sniper recoupe des thématiques constantes qui n’ont pas grand-chose à voir avec Chris Kyle et la guerre en Irak, et c’est impossible, en terme de pure logique, que Clint soit en train de faire du « zèle ardent » pour imposer l’idée que tu dis qu’il veut imposer. Je vais même plus loin : quand bien même il ferait un film vraiment facho demain, je serais partisan de prendre ça au sérieux, d’examiner ce qui y est dit sans s’indigner de prime abord. Il n’y a pas longtemps, Miyazaki a pris la parole contre Charlie Hebdo. Il est contre l’idée de caricaturer des figures religieuses. Tous les commentaires se résumaient en gros à : « grand cinéaste mais qu’est-ce qu’il est con ». On ne l’a pas écouté. Parce qu’il disait un truc perturbant, il est redevenu une altérité. Il faudrait plutôt réagir ainsi : Miyazaki est un ami, alors pensons un instant contre nous-mêmes, et écoutons ce qu’il dit. Mais pour l’instant, peu importe, puisque Clint n’a rien fait de ce genre.

Pour ce qui est de la dimension mémorielle… Le film, comme j’ai démontré treize ou quatorze fois, ne fait pas du tout un travail d’unification, il est au contraire dans la déconstruction. Donc oui c’est de ta faute si tu limites Chris Kyle à une donnée, oui c’est de ta faute si tu réponds par la morale à un film amoral. C’est très naïf de dire que déjà il existe d’une part des salauds et d’autre part des bons et des humbles mais en plus d’affirmer que ceux-là ne seraient strictement que ça en permanence. Tout le monde est potentiellement tout et tout le temps, et le plus souvent en même temps. Quand je cite Game of Thrones, bien sûr que ça a à voir. Eastwood cinéaste n’a pas plus de devoir de fidélité qu’un adaptateur qui s’apprête à rebricoler un bouquin. Il a à la rigueur le devoir de faire un bon film. Et c’est ce qu’il fait. D’autant plus bon que ce qui y est bon travaille à rendre la complexité du réel. « En fait, si l’on imagine le film avec un autre sniper et pas Chris Kyle, il n’est pas scandaleux sur le propos qu’il développe » : eh bien imagine que c’est un autre sniper et lâche-nous la grappe. Après tout c’en est un.

Cooper_Sniper

Corbillot : Putain de dialogue de sourds ! Écoute, je vais essayer, en bon salopard que je suis, de résumer ma position plus synthétiquement en essayant de répondre à tes objections. Sur le film : la proposition qui nous est faite dans cette œuvre est spécieuse. La guerre en Irak y vendue comme englobée dans un conflit global contre le terrorisme. Je l’ai déjà dit « treize ou quatorze fois », mais c’est une façon scandaleuse de présenter les choses. La vérité à propos de ce conflit est plus cynique, c’est une bataille de position, de contrôle d’une région, d’impérialisme pur et dur. Est-ce trop dur à avaler ? J’ai l’impression que cette confusion, Clint Eastwood l’entretient aussi, si j’en crois les déclarations suivantes relayées par Le Monde il y a à peine un mois : « Je n’étais pas un grand partisan de la guerre en Irak. A l’époque, je me disais, « Saddam Hussein est un type horrible mais il y a tellement de pays qui sont dirigés par un bad guy : on sait quand on commence mais quand est-ce qu’on s’arrête ? » C’était pareil pour l’Afghanistan : les Britanniques ont essayé d’intervenir il y a longtemps et ils n’ont pas réussi. Les Russes l’ont tenté pendant dix ans, et ça n’a pas marché non plus. » Regarde comme c’est bien fait ! L’association Irak-Afghanistan, Saddam le « bad guy » (le terroriste ?)… Personne n’ira nier que Saddam était un bad guy, mais dans un tout autre genre que les extrémistes religieux ! Le 11 septembre a obnubilé la vision du monde avec une grille de lecture 100% anti-terroriste. C’est malheureusement rentré dans l’historiographie et Clint Eastwood en est un acteur conscient ou une victime inconsciente, et je sais pas ce qui est pire. Après, je suis pas naïf, un film politico-historique fait nécessairement du prosélytisme, déjà que c’est dur de pas en faire dans un documentaire. Je ne conteste pas ce droit, mais tu ne peux pas m’enlever le mien de ne pas y être sensible ou de critiquer ! Sois un peu plus voltairien, merde !

Parlons prosélytisme, et si je résume les définitions que tu m’as données, voilà ce que j’en tire à titre personnel : « faisons un film à valeur mémorielle sur la guerre en Irak, arrangeons cet amoncellement de cadavres encore fumant, et organisons la visite de ce mémorial pour exorciser nos peurs et nos souffrances». Contrairement à ce que tu dis, je ne pense pas qu’American Sniper soit dans la déconstruction, il est dans le maquillage. Il maquille la nature du conflit, il maquille le cynisme de Chris Kyle et lui donne une « morale par provision », dont tu as pu percevoir la présence mais qui, aux yeux de beaucoup, a le mérite d’édulcorer le personnage, son histoire, ses agissements. On peut être tout et son contraire à la fois, bon comme mauvais, mais notre morale et notre éducation nous font basculer plus d’un côté que de l’autre. Tu peux trouver ça naïf, tarte à la crème, malhonnête, mais c’est comme ça que je le perçois et je n’ai pas l’intention de lâcher un pouce de terrain sur ce sujet : le personnage a été édulcoré, car sinon il ne rentre pas dans cette dimension mémorielle qui me paraît évidente. Clint est effectivement devenu à nos yeux un ami, dont la parole est précieuse et jamais inintéressante. Mais je l’ai écouté, je n’ai fait que ça ! Je ne l’ai pas jugé à l’aune d’un préjugé que je n’avais d’ailleurs pas, je n’ai fait que parler de son film, et ce qu’il a eu à me dire ne m’a pas convaincu.

J’en arrive enfin à ce qui est peut-être notre profond point de désaccord : « Quand je cite Game of Thrones, bien sûr que ça a à voir. Eastwood cinéaste n’a pas plus de devoir de fidélité qu’un adaptateur qui s’apprête à rebricoler un bouquin. Il a à la rigueur le devoir de faire un bon film. » Eh bien, moi, j’aime à croire qu’il existerait une sorte de code tacite, fondé sur des principes simples de respect, qui voudrait, pour l’adaptation cinématographique d’un personnage entré dans l’histoire ou d’une époque, d’un thème historique, qu’on ne falsifie pas trop les faits pour les meubler comme ça nous arrange. C’est même en cela qu’un film de ce genre serait bon, sans nuire au récit ni à l’esthétisme. C’est possible, ça a déjà été fait : je pense aux premiers épisodes de Rome, qui, en terme de reconstitution et de fidélité aux grands thèmes de l’époque, sont formidables. J’estime qu’il est orgueilleux et « limite » de vouloir sortir une personne, surtout morte, de son cadre de pensée et de lui faire dire des choses sur lesquelles il n’aurait pas été d’accord. Et c’est ici que je m’arrête.

anatomy_of_american_sniper_bts

Les tops et flops ciné 2013 de Robin et Aloïs !

LE TOP 10 CINÉ 2013 DE ROBIN

10 – La Vie d’Adèle : Chapitres 1 et 2, Abdellatif Kechiche

9 – Conjuring : Les Dossiers Warren, James Wan

8 – Mud : Sur les rives du Mississippi, Jeff Nichols

7 – Lone Ranger, naissance d’un héros, Gore Verbinski

6 – Gravity, Alfonso Cuarón

5 – Zero Dark Thirty, Kathryn Bigelow

4 – Samsara, Ron Fricke

3 – Django Unchained, Quentin Tarantino

2 – Le Hobbit : La Désolation de Smaug, Peter Jackson

1 – Cloud Atlas, Andy et Lana Wachowski et Tom Tykwer

LE TOP 9 CINÉ 2013 D’ALOÏS

Le Hobbit : La Désolation de Smaug, Peter Jackson

Django Unchained, Quentin Tarantino

Kick-Ass 2, Jeff Wadlow

Monstres Academy, Dan Scanlon

7 Psychopathes, Martin McDonagh

Pacific Rim, Guillermo Del Toro

Le Dernier Pub avant la fin du monde, Edgar Wright

Riddick, David Twohy

Thor : Le Monde des ténèbres, Alan Taylor

LE FLOP 5 CINÉ 2013 DE ROBIN

5 – Spring Breakers, Harmony Korine

4 – Insidious : Chapitre 2, James Wan

3 – Kick-Ass 2, Jeff Wadlow

2 – The Mortal Instruments : La Cité des ténèbres, Harald Zwart

1 – Man of Steel, Zack Snyder

LE FLOP 5 CINÉ 2013 D’ALOÏS

Carrie, la vengeance, Kimberly Peirce

Mamà, Andres Muschietti

Evil Dead, Fede Alvarez

World War Z, Marc Forster

Wolverine : le combat de l’immortel, James Mangold

ROBIN ET ALOÏS ARGUMENTENT

La Vie d’Adèle, Abdellatif Kechiche (clique pour voir notre critique collective)

top01

Robin : Dans La Vie d’Adèle, j’ai adoré la façon dont Kechiche a abordé ses personnages. On a là un film sans filtre, brut, et qui du coup devient très intime, ce qui est renforcé par l’utilisation systématique du gros plan. L’œuvre doit une grande part de sa réussite à l’alchimie entre Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos qui forment un duo tout en complicité et sensualité. Le regard posé par Kechiche sur le visage et le corps des deux femmes est particulièrement puissant et évocateur. Même si l’ensemble est assez inégal, les quelques scènes hyper sensitives, esthétiques, sobres et colorées ont le souffle suffisant pour emporter l’adhésion.

Conjuring : Les Dossiers Warren, James Wan

top02

Robin : Ce sacré filou de James Wan réussit l’exploit, dans une même année, d’être dans mon top et dans mon flop. On pourrait presque croire qu’il l’a fait exprès. Pour Conjuring, il a récupéré Patrick Wilson (déjà dans Insidious), et l’excellente Vera Farmiga. Il est allé fouiner dans les vieux dossiers des Warren, couple chasseur de phénomènes paranormaux, pour nous ressortir une vieille histoire d’exorcisme à la sauce Salem. Rien de bien original me direz-vous. Sauf que Wan, sorte de prodige de cirque du cinéma d’horreur et gore, s’amuse des codes du genre et met ses spectateurs dans des moments de confort pour mieux les effrayer. J’aime pas trop les films qui font peur, mais je crois que c’est le meilleur que j’aie vu. C’est malsain à souhait, et il y a deux-trois jump scares à vous faire péter votre plafond. Et en plus, on y trouve de vraies idées de cinoche qu’on voit pas dans d’autres films d’horreur.

Aloïs : Conjuring n’est pas bon. « Rien de bien original me direz-vous ». Voilà, tout est dit. Le film n’est pas gore pour commencer, préférant se diriger vers un style horreur où l’ambiance va servir son projet : mise en place des différents éléments, tension croissante, angoisse. Le début y parvient avec brio, j’ai été très surpris, m’attendant à voir là un bon film d’horreur. Mais ça s’arrête là, au moment même au final où les héros se mêlent à l’histoire. Dès lors, le scène fait intervenir des personnages inutiles dont on ne connait ni le but ni le nom, les cumulant avec des scènes  qui le sont tout autant (parlons de ce fameux moment où monsieur Warren décide entre deux examens du lieu le plus hanté du monde d’aller réparer la voiture qui traine là au fond du jardin). Le reste, c’est du vu et revu, avec en prime d’autres moments wtf qui ne servent toujours à rien : les autres fantômes tombent comme un cheveu sur la soupe, ne servent pas, n’ont AUCUN intérêt. Le fantôme boss final qui semblait être totalement badass, parvenant même à menacer directement les héros en s’en prenant à leur fille se fait finalement rétamer par le pouvoir de l’amour. Comme quoi, vive les photos de famille. D’ailleurs la fin est juste expédiée : « Oh non, ma femme est soudainement contrôlée par l’esprit malin, allons l’exorciser, ça y est, fin ». Et puis la mention : « inspiré d’une histoire vraie », c’est tellement cliché… Et puis bonjour la tête des Warren, comme quoi le cinéma ça te permet de rendre tout le monde carrément beau gosse. Paye ta crédibilité d’histoire vraie. Et puis de toute manière, l’actrice qui joue la mère, c’est celle dans Six Feet Under qui joue la femme de Nat trop pénible.

Robin1) J’ai pas dit que le film était gore. 2) C’est quoi ton délire avec le participe présent ?

Aloïs : Nan mais si on en vient à la grammaire comme seul argument de contre… Avoue AVOUE : les scènes useless, les personnages useless, le fantôme useless.

Robin : Non j’avoue rien, je trouve que tu es un personnage méprisable. Il y a des jump scares de malade mental, une ambiance hyper travaillée, et dans la mesure où la reprise des codes et des clichés (dont fait partie la gratuité, tous les films d’horreur sont par essence gratuits) est assumée et qu’on joue avec ça me pose aucun problème. T’as dû oublier de mettre tes lunettes 3D pendant le film.

Aloïs : Je l’ai regardé sur le support qui lui convenait le mieux, un ordinateur sur une plateforme de téléchargement lambda, et même en 720p, c’était toujours nul. À partir du moment où tu colles « inspiré d’une histoire vraie » sur ton film d’horreur, tu sais que ça va être daubesque.

Gibet : À partir du moment où tu colles « inspiré d’une histoire vraie » sur ton film, tu sais que ça va être daubesque.

Robin : Hitler n’aurait pas dit mieux. C’est tellement facile de vomir sur des clichés en pensant que ça te rend plus original.

Aloïs : En attendant ça rend ton argument caduque.

Robin : Il ne suffit pas de dire que mon argument est caduque pour qu’il le soit.

Aloïs : À l’occasion je te fournirais une longue liste d’au moins deux bons films d’horreur, histoire que tu vois ce qui est bon.

Robin :  Mais oui, ça sera sûrement très instructif, enseigne-moi.

Aloïs : Le début de Conjuring est bien, l’heure et demie suivante non. Dommage pour un film de 1h33.

Robin : Vous avez tort M. Top 9

Aloïs : Excusez-moi de ne pas trouver qu’un fantôme qui pour plus grosse attaque tire les pieds de fillettes endormies soit très effrayant…

Mud : Sur les rives du Mississippi, Jeff Nichols (clique pour voir la critique de Robin)

top03

Robin : Je vous conseille fortement de passer sur Amazon et d’ajouter à votre panier Mud, un film très chaleureux et franchement bien foutu. C’est pour une fois très plaisant de voir une œuvre qui évoque l’adolescence sans aller chercher les clichés les plus faciles et dégoûtants. Cette histoire d’initiation, quelque part entre Tom Sawyer et L’Ombre du Vent, reprend les codes romanesques du genre avec une grande poésie et se concrétise en l’un des films les plus charmants vus cette année.

Lone Ranger, naissance d’un héros, Gore Verbinski

Robin : C’est très à reculons que je suis allé voir ce blockbuster qui me semblait être un revival dePirates des Caraïbes dans le far-west, mais force est de constater que j’ai été cueilli par un film extrêmement fun et bien ficelé. Verbinski a repris des ingrédients de ses pirateries, mais les bons : une reconstitution et des décors qui invitent à une gigantesque fête foraine, un duo d’acteurs très complice avec des gags parfois un peu réchauffés mais pas déplaisants, et de l’action hyper dynamique montée sur du Rossini comme on en a rarement vu en 2013 (pas même chez Pacific Rim). Ajoutons que le film, qui remémore l’essor des États-Unis aux débuts du chemin de fer et de l’exploitation des mines d’argent, sort des sentiers battus du blockbuster en rappelant que ce développement yankee s’est appuyé sur des violences faites aux populations amérindiennes. C’est peut-être ce ton légèrement polémique qui a causé le vautrage de Lone Ranger au box-office.

Gravity, Alfonso Cuarón

top05

Robin : James Cameron, qui n’est pas une bille en effets spéciaux, avait dit à Cuarón qu’il serait incapable de réaliser son projet avant plusieurs années. Mais le metteur en scène mexicain a finalement tenu son pari avec Gravity, film qui réussit le tour de force de présenter un huis-clos dans un espace infini. Les pérégrinations de Sandra Bullock sont angoissantes et rythmées, si bien qu’on en regretterait presque de n’y passer qu’une heure et demi. Loin des réalisateurs prétentieux et pompiers qui s’imposent et nous imposent des effets de style grotesques pour impressionner, Cuarón, en diminuant au maximum le nombre de plans pour gagner en fluidité, nous fait perdre nos repères. C’est quand on se surprend à se dire « c’est vachement réaliste » alors que nous, commun des mortels, ne sommes jamais allés dans l’espace, qu’on se dit qu’il est sacrément fort, ce mexicain.

Zero Dark Thirty, Kathryn Bigelow

top06

Robin : En s’appuyant sur un académisme extrêmement poussé (plans et photographie impeccables), Kathryn Bigelow s’attaque aux obsessions américaines des dix dernières années : la traque de son bourreau, Oussama Ben Laden. Le regard posé sur l’administration américaine prête à employer les moyens les plus coûteux et les plus douteux pour abattre le dahu est sans concession. Que d’hommes, que de cerveaux, que de dollars ont été employés dans cette frénésie pour chasser l’ennemi public numéro 1 ! Jessica Chastain incarne brillamment ce cerveau, cette vie meurtrie, cette schizophrénie jusqu’au bout de ses ongles rongés. Et, jusqu’à l’emballement final (l’assaut contre Ben Laden mis en scène en temps réel), Zero Dark Thirty devient cet impitoyable et efficace thriller tamisé.

Samsara, Ron Fricke

top07

Robin : Avec sa caméra 70mm, Ron Fricke a parcouru pendant plusieurs années 25 pays du globe pour son film Samsara, œuvre hybride entre le zapping de Canal + et un documentaire de la chaîne Planète. Les images, sans commentaires, et enchaînées les unes aux autres dans un ordre logique, nous révèlent notre monde, les merveilles réalisées par la nature et celles réalisées par le génie technique et artistique de l’homme. Il nous montre également, sans pudeur et sans lourdeur, l’exploitation destructrice, sauvage et incontrôlable que nous en faisons. Visionner ce film, c’est subir une expérience existentielle unique : être balloté  entre le ravissement et la culpabilité vous laisse à la fin une drôle d’impression dans le bide.

Django Unchained, Quentin Tarantino (clique pour voir la critique de Robin)

top08

Robin : En assumant sa volonté de jouer avec les instincts les plus bas, Tarantino réussit pleinement son deuxième volume de la vengeance (qui est souvent fondée sur les instincts les plus bas). Tous les ingrédients du bon Tarantino sont là : le goût prononcé pour le cliché, le soin pris à l’élaboration de dialogues savoureux et jubilatoires, etc. Le monologue de DiCaprio dans une séquence très théâtrale dans la mise en scène est pour moi l’une des meilleures vues en 2013.  Mais pour prendre son pied dans cette nouvelle épopée, il faut adhérer aux ressorts un poil vulgaire de l’œuvre et apprécier la jouissance décomplexée. Un peu comme pour l’échangisme.

Aloïs : Après un Unglourious Basterds que je n’avais pas du tout apprécié malgré mon engouement pour la filmographie de Tarantino, le réalisateur revient sur le thème de la vengeance avec ce qui se veut être dans la droite lignée des westerns spaghetti, et qui y parvient avec succès. Django Unchainedoffre un spectacle tout à fait jouissif en reprenant des codes chers au réalisateur, entre violence gratuite et démesurée, stéréotypes, exagérations, personnages emblématiques et surtout dialogues de haute volée. La performance de DiCaprio est excellente, tout comme celle de son collègue Christoph Waltz, rencontre qui trouve son apogée lors de leur confrontation finale. Même si les scènes de fin alourdissent un peu l’ensemble selon moi (fusillades et explosions à tout va), l’ensemble n’en demeure pas moins jouissif et me fait renouer avec Tarantino après ce petit écart sur la seconde guerre mondiale.

Le Hobbit : La Désolation de Smaug, Peter Jackson

top09

Robin : Un an seulement après Un voyage inattendu la joyeuse troupe de nains en quête de leur royaume perdu reviennent avec La Désolation de Smaug. Et la trilogie semble avec ce deuxième volet monter en puissance. Cet épisode de transition introduit de nouveaux personnages et se révèle plus spectaculaire et plus épique que son prédécesseur, dans une ambiance toujours féérique mais aussi beaucoup plus sombre. L’expérience est à vivre en HFR, qui permet de suivre les différents combats avec une fluidité sans précédent. Le bijou du film est Smaug, le dragon XXXL (qui ruine définitivement les arguments des antis performance capture), et qui laisse Jackson recourir à son génie de la mise en scène, jouant sur le gigantisme de la bête et le minimalisme des nains. Sur le plan du divertissement et du spectaculaire, Jackson place sa trilogie bien au-dessus de tout le reste aujourd’hui.

Aloïs : Si les Inrocks et quelques détracteurs soulèveront des critiques négatives quant à ce deuxième volet de la trilogie, passez outre et profitez que la populace soit en train de se servir dans les magasins pour profiter du spectacle. Avec une 3D qui réussit au film, la magie, les décors, l’intrigue même vous offre un nouveau voyage au cœur de l’univers de Tolkien revisité par le réalisateur avec brio. Si quelques points sont effectivement sujets à discussion (notamment le personnage de Tauriel), l’immersion reste toujours aussi plaisante, et il tarde d’attendre une année de plus pour visionner le dénouement de la quête de cette joyeuse compagnie de petits hommes.

Cloud Atlas, Andy et Lana Wachowski et Tom Tykwer (clique pour voir la critique de Robin)

top10

Robin : Les trois réalisateurs de ce sublime film protéiforme construit comme une poupée russe se muent en faiseurs de rêves, conteurs subtiles du monde passé, présent et futur. Œuvre cinématographique inédite et sacrément culottée, Cloud Atlas n’est pas un film que se comprend mais qui se saisit. À travers six tableaux (un film d’époque, un drame, un polar, une comédie, une science-fiction et une fantasy d’anticipation) chronologiquement éparpillés mais intimement reliés par un chassé-croisé constant, le film questionne intimement son spectateur sur sa capacité à exercer son libre-arbitre, sur le sens de sa vie, sur les liens qu’il tisse avec les autres.

Aloïs : Cloud Atlas c’est cool.

Kick-Ass 2, Jeff Wadlow

top11

Robin : Après un premier opus somme toute sympathique, Kick-Ass remet le couvert avec un deuxième film sous acide. L’effet cartoon est toujours là, mais la première surprise de son prédécesseur est passée. On a voulu ici forcer encore un peu plus le trait et il s’en dégage un visuel d’une grande laideur, sauf éventuellement pour les épileptiques et les daltoniens. Sous couvert de fun, de sauvagerie décomplexée et d’un ton soi-disant « différent » se cachent finalement les mêmes valeurs conservatrices et réactionnaires qui dégoulinent dans toutes les pires saloperies hollywoodiennes. Pour ceux qui aiment le style et l’esthétisme du film, on ne saurait que trop leur conseiller d’aller jeter un coup d’œil à Scott Pilgrim vs The World, autrement plus intelligent, ou d’aller voir un ophtalmo.

Aloïs : Kick-Ass 2 se retrouve dans mon top et ne démérite pas sa place. Le film en a fait tiquer plus d’un, mais j’ai véritablement passé un excellent moment en allant le voir. Entre action et répliques cultes, on ne décroche pas. La critique la plus récurrente revient sur ce changement d’ambiance par rapport au premier, sa vulgarisation et sa violence. Mais cette ambiance colle aussi beaucoup plus à celle du comics d’origine et ne nuit absolument pas au film si on se prête au jeu. Et puis il y a Chloë Moretz, et ça, ça excuse (presque) tout.

Robin : L’argument de la vulgarisation et de la violence, pour moi, c’est juste une posture un peu niaise : j’aurais préféré davantage de gratuité dans la sauvagerie, comme, il me semble, c’est le cas dans le comics. Mais SURTOUT, cette pseudo-violence est rendue stérile par les bons sentiments qui dégueulent autant que la photographie du film. Et puis, Chloë Moretz, j’ai du mal à la voir autrement qu’une Emma Watson du pauvre.

Aloïs : Bons sentiments ? Justement ce qu’il y a de bien sympa avec ce film c’est qu’il n’est à aucun moment moralisateur ou plein de bons sentiments. La touche kiss/girly finale est limite « obligatoire » par convention de ce type de ciné, comme elle l’était dans le 1, en bien plus présente au final. Et puis sérieusement, comparer Chloë Moretz à Emma Watson, c’est comme donner de la confiture de caviar à un mouton.

Robin : La relation père adoptif-fille trop chouki c’est pas plein de bons sentiments ? Enfin merde y a 12 000 exemples comme ça dans le film.

Aloïs : Ce personnage mineur qui apparaît en tout et pour tout 12 secondes pour faire une morale qui sera brisée dans la scène qui suit ?

Robin : Le père adoptif n’apparaît pas 12 secondes dans le film, arrête de déconner.

Aloïs : 15.

Robin : Pfff c’est le fil conducteur de la gonzesse arrête de divaguer.

Aloïs : Il apparaît en disant « pas bien fille que tu sortes tuer des lascars ». Il lui fait une soupe, et essaie de la tracer pour la prendre sur le fait qu’elle est pas malade. Elle en a rien à battre la gamine. À la fin elle se casse sans pression, sans dire merci.

Robin : T’es fou. Toutes les relations entre les personnages sont fondées sur une forme de bien-pensance un peu douteuse. Tu oublies aussi que la gamine essaie de se la jouer meuf populaire du lycée, mais au final il faut que tu sois toi-même blablabla.

Aloïs : Quand elle est elle-même, elle taz des meufs au bâton à vomi. D’où c’est de la bien-pensance ?

Monstres Academy, Dan Scanlon

top12

Aloïs : Petite surprise de cette année 2013, j’ai été voir ce film un peu à reculons, m’attendant à ce que cette préquelle d’un de mes Pixar préférés nuise à ce dernier. Finalement, je n’ai absolument pas été déçu, et ce retour en enfance m’a au contraire offert de sympathiques retrouvailles avec Bob et Sully. L’univers est là, les personnages sont là, l’ambiance est là, bref, tout y est. Si bien sûr le trait est un peu forcé sur certains points (stéréotypes de personnages de la fac, entre les faiblards au grand cœur et les brutes de la confrérie avec un nom latin lambda), ce faux teen movie réussit à convaincre dès les premières minutes et jusqu’au générique de fin.

7 Psychopathes, Martin McDonagh

top13

Aloïs : Après le très bon Bon Baisers de Bruges, Martin McDonagh revient avec un second film totalement barré. Sans être particulièrement fan des acteurs qui figurent à l’affiche de ce film, on doit reconnaître qu’ils s’en sortent avec brio dans leur rôle de détraqués. Parler du film est assez compliqué puisqu’il prend des tournants assez brusques très rapidement sans qu’on s’y attende le moins du monde mais au final il nous offre un spectacle complètement fou et surprenant. Et Sam Rockwell constitue à lui seul une raison de voir ce film tant il est bon dans son rôle.

Pacific Rim, Guillermo Del Toro (clique pour voir notre critique collective)

top14

Aloïs : J’ai kiffé voir des robots géants taper sur des monstres en images de synthèse. Car oui, j’ai kiffé ma race de voir Optimus Prime tatanner Godzilla, et que de toute manière j’allais voir le film pour cela, et rien de plus. Je ne reviendrai pas sur la critique émise par mes collègues du blog quant au film, à laquelle je m’oppose farouchement : dire qu’un blockbuster est mauvais parce que la psychologie des personnages n’est pas assez aboutie… Non, j’ai dit que je ne reviendrai pas dessus. Au final le film offre un spectacle des plus impressionnants qui remplit son contrat quant à ce que j’attendais de lui.

Robin : Moi je vais revenir sur la critique de tes collègues parce qu’elle a du sens. Et d’ailleurs, tu n’as sans doute pas bien lu. On ne dit pas que la psychologie des personnages n’est pas assez aboutie, on dit qu’elle est carrément inexistante. On savait bien qu’on n’allait pas voir du Polanski, mais ce niveau d’indigence passerait à peine pour Tfou. Donc, au final, oui, on a un Godzilla, un Transformers, mais rien de mieux. Pour voir de la belle action et du fun, autant regarder Lone Ranger.

Gibet : Oh le relou. Tu as déjà fait cette attaque, Aloïs, et j’ai déjà répondu à cette attaque. Relis notre critique, comme Robin dit, ce n’est pas du tout ce qu’on dit. Qu’un blockbuster s’en branle de la psychologie des persos, ça me dérange pas, c’est même bien. Mais là Pacific Rim, c’est UNE HEURE AU MOINS sans baston et avec juste du développement de personnage. Alors soit on le fait bien, soit on le fait pas, mais faut que t’arrêtes avec cet argument de “c’est juste des robots qui se battent avec des dinos arrêtez de prendre ça trop au sérieux” – le film c’est pas ça concrètement.  Comme je disais déjà dans la critique collective, je trouve du coup Transformers beaucoup plus abouti dans le genre blockbuster bourrin : Michael Bay sait tout à fait à qui il s’adresse (l’ado américain moyen), et il sort jamais du cahier des charges (baston, virilité à prouver, bagnole, meuf bonne). Par ailleurs, il est pas du tout exclu, mon cher, de faire un truc qui concilie le bourrin et – bon on va pas aller jusqu’à parler de subtilité – et un minimum de logique narrative et de rythme.

Aloïs : Ok, bah dans ce cas je contre-argumente en disant que ça ne m’a absolument pas ennuyé d’avoir cette heure de plus entre deux scènes de combat pour s’arrêter sur ce genre d’éléments. C’est donc une simple question de points de vue. J’ai trouvé intéressant de voir ce qui y était développé, même si ce n’est pas le point fort du film. Ça ne l’alourdit pas à mon sens.

Gibet : C’est pas un argument ça, c’est un ressenti. 

Le Dernier Pub avant la fin du monde, Edgard Wright

top15

Aloïs : Dernier volet de la trilogie Cornetto, le film aborde le genre de la science-fiction après les zombies et les policiers. Un peu moins drôle que ses ainés, il est cependant de loin le plus décalé des trois. Je n’avais pas vu la bande-annonce ni lu le résumé, aussi j’ai été très surpris arrivé à la moitié du film lorsque les événements s’accélèrent. Simon Pegg porte le film à lui seul avec son personnage du King, et nous offre une prestation assez impressionnante, prouvant qu’il peut encore aller très loin en tant qu’acteur. Bref, une comédie à l’anglaise loufoque.

Riddick, David Twohy

top16

Aloïs : Troisième volet des aventures de Riddick, les retrouvailles avec le criminel de l’espace sont pour le moins rudes : trahi par ses anciens ennemis dont il était devenu le seigneur dans l’opus précédent, Riddick se retrouve seul sur une planète désertique de laquelle il va chercher à s’échapper. Tourné avec un budget 3 fois moins élevé que celui des deux précédents épisodes, le film n’en est pas moins une réussite, ne serait-ce que pour l’ambiance qu’il dégage. On ne voit que peu le tueur dans le film, qui se focalise sur les chasseurs de prime venus le capturer, devant faire face à un ennemi des plus retors et malins. Ce focus ambitieux réussit à séduire et offre une très bonne parenthèse aux aventures de Vin Diesel.

Thor : Le Monde des ténèbres, Alan Taylor

top17

Aloïs : Autant je n’avais pas beaucoup apprécié le premier film, autant cette suite m’a véritablement surprise. Assumant un côté bien plus décalé qui semble se légitimer de plus en plus dans les productions Marvel, le film gagne en légèreté et en efficacité. Alliant action et répliques excellentes, on pourrait même le classer comme comédie fantastique, le combat final étant lui-même un gros n’importe quoi. Mais finalement, ce choix convient bien plus à ce grand blond baraqué de Chris Hemsworth dont le personnage gagne en charisme autrement qu’en s’affichant torse nu devant la caméra.

Gibet : Dis-moi, Aloïs, tu emmerdais pas Robin l’année dernière car il foutait que des blockbusters américains dans son top ? TU AS MIS UN FILM ANGLICHE, et encore c’est foutu par des types totalement hollywoodiens, dans la mesure où ils ont le gros swag à L.A. À LA BARRE !

Aloïs : T’as le seum avoue.

Spring Breakers, Harmony Korine

top18

Robin : Quand tu es sur le point de voir ce film, tu t’attends à quelque chose fun, ou, au moins, de sexy. Tu te dis le marketing te l’a vendu comme ça, et que c’est ton droit d’obtenir CE QUE LE MARKETING T’A VENDU. Au final t’es autant déçu que quand tu ouvres la boite de ton Big Tasty et qu’il n’est pas aussi beau que sur l’affiche. Ce film, on dirait un Very Bad Trip réalisé par le mec le plus stone et le plus déprimé du monde. Au final, l’idée de montrer une jeunesse décadente se révèle aussi convaincante que LOL ou qu’un livre de Michel Onfray dans un film pompeux, bavard, laid et long comme un jour sans pain.

Gibet : Je l’ai pas vu mais c’est pas le but justement la malhonnêteté ? Piéger les midinettes et les branleurs ? Est-ce que du coup ton témoignage impulsif d’onaniste frustré ne serait pas en train de manifester la réussite du film ?

Aloïs : Lol. A part Selena Gomez à walpé, je suis d’accord avec Robin. Le but du film de vouloir contrer le feu par le feu ne prend à aucun moment et le parodie même.

Gibet : Je t’ai pas causé, Aloïs. 

Insidious : Chapitre 2, James Wan

Robin : Sacré James Wan. Quelques semaines après Conjuring sort la suite d’Insidious, pourtant excellent, mais qui aurait dû rester ce one-shot plein de bonnes trouvailles et d’hommages. Loin du bon feeling laissé par le premier volet, cette suite directe, écrite sur du papier brouillon, développe un scénario presque poli et sans idées où les jump scares, un poil convenus, viennent nous rappeler qu’on est bien devant un film d’horreur. Pendant une heure et demi, le tout ronronne gentiment si bien qu’on se demande quel investissement James Wan y a mis, lui qui a annoncé qu’Insidious 2  serait son dernier film d’horreur.

AloïsConjuring n’est absolument pas bon.

The Mortal Instruments : La Cité des ténèbres, Harald Zwart

top20

Robin : Cette espèce de fusion démoniaque entre Twilight et Resident Evil compile absolument tous les défauts de ses « modèles » : une reconstitution d’un monde fantastique passée dans un Blender, une action lobotomisée par une photographie sombre et moisie pour masquer les très nombreuses imperfections,  des décors Play-Doh, des monstres faits sur Paint et un triangle amoureux aromatisé à l’eau de rose pas très fraîche.

Man of Steel, Zack Snyder

top21

Robin : Le reboot du superhéros à la cape (plus de 2h30 de souffrance !) est le pire film que j’ai vu cette année. Toute la mythologie du personnage est salopée par une construction grotesque accumulant des flash-backs très mal placés et des situations aberrantes censées élever Clark Kent au rang de quasi-divinité. Seulement, les dialogues d’une pauvreté éthiopienne et le manque de charisme des bons et des mauvais donnent l’impression que le film essaie désespérément de rentrer dans le moule insignifiant du nolanisme stérile. Le reste n’est qu’un amas de vomi numérique grisonnant dans lequel l’action est plus digne de Dragon Ball Z que d’une œuvre cinématographique spectaculaire.

Carrie, la vengeance, Kimberly Peirce

top22

Aloïs : Bon, quand je disais que la présence de Chloë Moretz pouvait presque tout excuser, le presque servait justement à anticiper ce film. Carrie, la vengeance : le titre parle de lui-même. Non content de vous spoiler l’intégralité dans la bande-annonce (si si, je vous jure), sachez que le film est un remake de celui de De Palma, qui porte le même titre, la vengeance en moins. Un teen movie qui se prétend film d’épouvante horreur mais dont les feuilles du navet qu’il incarne ne parviennent même pas à sortir de terre. La fin pitoyable est à l’image du reste. Chloë, je t’aime, mais je t’en prie, plus jamais ça.

Mamà, Andres Muschietti

top23

Aloïs : Mamà, ou le pire film de 2013 selon Aloïs. Je suis allé le voir sur les conseils d’un ami qui aujourd’hui est mort. Je me pencherai en plus en détails prochainement dessus, ce « film » méritant un article à lui seul, mais sache que tu ne dois pas le voir. C’est minable du début à la fin. Pas crédible, pas flippant, des effets spéciaux réalisés sous Paint, des scènes d’angoisse qui font marrer (oui, ça me fait marrer une perruque qui glisse sur le plancher pour faire genre que le fantôme marche vers toi sous le sol), une histoire digne d’un film d’horreur par contre, et qui tient par conséquent sur deux post-it, une fin inéluctablement médiocre après un début nul et un milieu moisi. Du grand talent.

Evil Dead, Fede Alvarez

top24

Aloïs : Reprise du film de Sam Raimi sorti en 1981, l’affiche nous promet l’expérience la plus terrifiante. J’attends encore. Là aussi je reviendrai sur ce film au cours d’un article (quasiment tapé à 90% depuis six mois…) qui mérite une demi-étoile sur Allociné. Tout n’est que clichés nuls de films d’horreurs, les personnages sont teubés, l’esprit méchant est teubé, le héros a le charisme du gnou qui a tué Mufasa, le film veut faire peur en foutant du gore exagéré, ce qui est la première règle à éviter pour tout bon film d’horreur : si 100 litres d’hémoglobines sont nécessaires pour faire peur, au détriment de trucs un peu désuets comme l’ambiance, la psychologie, la tension, c’est que ça va être pas terrible. Là en l’occurrence c’est tout naze.

World War Z, Marc Forster

top25

Aloïs : J’en attendais peut-être un peu trop de ce film qui m’avait intrigué de par une bande-annonce qui ne divulguait pas grand-chose mais promettait un spectacle assez saisissant. Sans être fan de Brad Pitt, le bonhomme a tout de même un certain charisme et j’étais curieux de le voir dans ce genre de film. Finalement je n’ai rien eu, du moins rien de bon. Entre scènes ridicules, longueurs interminables, inutilité flagrante des seconds rôles, aussi crédible qu’un adolescent emo qui ne se scarifie pas… Bref, rien à garder ici aussi… Le film est apparemment tiré d’un roman, mais aux quelques critiques que j’ai pu lire, ne le suis absolument pas, au grand dam des fans de l’œuvre.

Wolverine : le combat de l’immortel, James Mangold

top26

Aloïs : Autant je ne m’ennuie pas forcément devant des films nuls, autant Wolverine m’a franchement fait bailler, hésitant même à quitter la salle pendant le visionnage. En laissant de côté cet aspect tout à fait déplaisant, tout est à revoir également, des scènes d’action mal foutues auxquelles on ne voit rien, à la narration nulle, aux décors approximatifs, clichés pathétiques, effets spéciaux risibles… et c’est looooong. Même s’il vous est arrivé de mouiller un peu vos sous-vêtements devant Hugh Jackman, évitez ce film. Pour votre bien, et celui de vos voisins (cette phrase n’a aucun sens).

Robin : Même si je suis d’accord avec quelques unes des faiblesses que tu pointes du doigt, je dois pourtant dire que ce nouveau Wolverine efface le douloureux souvenir du film Origins de 2009. Hugh Jackman y est plus charismatique que jamais et l’ambiance Japon est plutôt agréable. Pour ce qui est de l’action, la scène sur le toit du TGV est franchement bien baisée.