12 Days of Christmas #0 – Introduction

Les mieux habitués d’entre toi, joufflu lecteur, savent que depuis 2012 nous sortons l’artillerie lourde à Noël. Chaque décembre, nous avons pondu un Calendrier de l’Avent rutilant, 25 christmas surprises pour les 25 jours qui mènent à l’accouchement sans péridurale de Marie dite la Vierge. Ouais, ce p’tit article que tu lis c’est genre l’Archange Gabriel pour ta trogne et tu sais quoi ? il a deux messages.

PRIMO : tu peux toujours consulter les Calendriers passés

Vu qu’on a dû passer d’Overblog à WordPress à la main (triste époque sans soleil), y a beaucoup de trucs qui se sont perdus en route. Mais beaucoup c’est moins qu’absolument tout. En 2012, calendrier timide, nous avions simplement fait un bel article de Noël par jour. Il en reste ceci :

Un dossier sur les adaptations de A Christmas carol par bibi ;

Une playlist de Noël idéale par Dylanesque ;

Une discussion autour de la trilogue Super Noël par Gibet et bibi ;

Un top 15 des meilleurs épisodes de Noël américains par Dylanesque.

En 2013, autrement plus chauds (tels des marrons), nous avions concocté KDO, web-série screwball comedy en 25 petits zodes. On peut la voir quasi intégralement ici :

Version un peu jolie sur lecteur hasbeen

et là

Version vraiment laideronne sur lecteur swag

Vous verrez que de cette folle saga il manque l’épisode 18. C’est que cet épisode, trop hardcore pour les tubes tradi, a été censuré dans 98% des pays du monde. Sache, puisqu’il contient un rebondissement capital, qu’Aloïs y découvre, en détaillant sa première fois pendant la colo (désolé que tu rates ça !), que la mère de Lune… n’a jamais couché avec qui que ce soit.  TADAM.

En 2014, à la limite de la surchauffe, nous avons conçu d’abord sitcom, sept épisodes, même univers que KDO mais toute autre forme, puis Le Triste Noël de Pire Ennemi, dix-huit épisodes, spin-off de François Pathétique, écrit, tourné et monté au jour le jour dans le froid de décembre. Et de ça, tout est encore visible :

sitcom – photo par Jean-David

Le Triste Noël de Pire Ennemi – photo par peu importe

DEUZIO : cette année on te propose 12 Days of Christmas

Tu vois la vie c’est comme la mer des fois y a pas trop de vagues et des fois si beaucoup beaucoup et du coup tu fais un Noël plus économique sur ton blog Lunécile. A partir de demain, donc, c’est Noël plein pot sur ici même, jusqu’au jour J (J pour Jésus) – il y aura :

– des dossiers de ouf sur les séries et films de Noël, avec de la recherche et de l’intelligence !!!

– un Secret Santa culturel avec toute la rédac, genre y a eu un tirage au sort et chacun a dû imposer à son binôme un truc à lire regarder écouter et tout le monde se dispute ohlala j’te raconte pas comment que ça va être rigolo !!!

– des beaux dessins par nos éminentes dessineuses !!!

vlà les hyperliens super cools sur notre page Facebook et notre fil Twitter !!!

J’espère que t’as suspendu ta plus grand chaussette à la cheminée parce que nous on a les menottes plein de cadeaux.

santa

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Interview d’Arthur Vauthier, créateur de the kidults

Le 24 juin dernier, je m’en vais jeter un oeil à un salutaire billet consacré aux web-séries sur Séries Chéries. Parmi les web-séries présentées, the kidults :

Dans la salle de bains des Kidults, il se passe vraiment beaucoup de choses : on y prend sa douche et on s’y lave les dents, certes, mais on y discute aussi du sens de la vie, de l’amour et des crèmes hydratantes. Les personnages ? Des colocataires plus ou moins bobos et carrément adulescents, qui chantent comme la Reine des Neiges quand ils ne parlent pas de sexe. L’innovation ? Pas d’épisodes ni de saisons prédéfinis, mais des tranches de vie que vous regardez quand vous voulez, dans l’ordre que vous voulez, sur la chaîne youtube et sur le tumblr. Les intrigues suivies, comme les relations amoureuses, se laissent aisément deviner, et on flâne sans peine parmi les gifs et les vidéos.

Lecteur aimé et adulé, sans te mentir, the kidults c’est la première véritable web-série de l’histoire du web et des séries, la première à proposer un format exclusivement viable sur l’internet, la première à ne pas courir aveuglément derrière la télé. En plus de ça, c’est bien. C’est frais, c’est attachant. Tu sais comment je suis, moi, quand c’est comme ça, j’ai envie de causer avec le chef, Arthur Vauthier.

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Gibet : Quelle est ta formation ? Tu peux me présenter le reste de l’équipe ?

Arthur : Pour ma part, j’ai fait un master réalisation en fac de ciné. Yohann est comédien, Sarah monte sa boîte et Lucas travaille dans la culture. Nous sommes tous amis, rencontrés en soirée, dans le cadre du travail, ou sur le tournage des kidults. Il n’y a pas de technicien dans l’équipe, nous travaillons avec un minimum de moyens : une petite caméra, et je me charge du montage. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, cette étape est assez chronophage car la masse de rushs est énorme.

Gibet : Comment est née the kidults ? L’idée du format était là dès le début ?

Arthur : Nous avons tâtonné pendant un an, fait des essais dans plusieurs lieux, pour finalement ne garder que la salle de bain. Ce format, dont nous nous sommes écartés à plusieurs reprises au cours des essais, était pourtant mon idée de départ : j’avais pris l’habitude de regarder des sitcoms américaines à travers les vidéos que les fans postaient sur YouTube (extraits, meilleures répliques, zappings de scènes cultes, etc.), je ne comprenais rien à l’histoire de ces séries mais ça n’avait pas d’importance, je trouvais ça assez marrant ; j’ai eu envie de reproduire ce dispositif, inviter les spectateurs à se perdre d’extraits en extraits, sans proposer une trame narrative toute tracée. L’idée d’associer des gifs animés aux vidéos est venue plus tardivement.

Gibet : Pourquoi avoir choisi the kidults comme titre ? À mes yeux, c’est le point faible de la série, car il biaise le regard – au lieu de nous faire entrer dans ton univers vierges et libres de réagir comme on veut, il pose déjà une sorte de jugement moral sur les persos, il va falloir les regarder comme des gens immatures, qui doivent grandir.

Arthur : Cette idée est complètement assumée et tant mieux si elle oriente la lecture des personnages. Ces quatre colocs sont souvent gamins, ils n’ont pas envie de grandir et préfèrent faire les fous, la fête, vivre ensemble. Je n’irais pas jusqu’à poser un jugement moral sur eux, d’autant qu’aujourd’hui tout le monde est un peu adulescent. C’est le thème sous-jacent de la web-série, chaque épisode peut être lu à travers ce prisme. Est-ce qu’ils vont grandir, comme dans les sitcoms sur des groupes d’amis, où chaque épisode permet d’apprendre et de s’améliorer ? Pas sûr. Dans la vie je pense qu’on change beaucoup, mais qu’on refait souvent les mêmes erreurs. Les quatre kidults seront probablement comme ça, un peu gauches en amour comme en amitié, ils auront toujours des trips de grands ado et joueront à être des adultes. Beaucoup de gens nous disent qu’après avoir visionné quelques vidéos, on a l’impression de connaître la petite bande, de faire partie de leurs amis, de s’attacher à eux. Moi aussi, je les aime beaucoup, évidemment.

Gibet : Oui, mais j’ai toujours l’impression que quand on qualifie quelqu’un d’immature – ce que tu fais avec tes personnages en les rangeant dans la catégorie des kidults – ça appelle immédiatement l’injonction « Grandissez ! » – donc forcément à un jugement moral, qui part du principe que c’est mieux d’être mature qu’immature et donc que tout ce qui est immature est condamnable. Du coup, si je comprends bien, tu donnes simplement l’immaturité comme un fait, sans jugement positif ou négatif ?

Arthur : Disons que ça n’est pas une immaturité permanente. C’est plus une difficulté à se projeter dans une image d’adulte. Et une nostalgie qui fait que l’enfance, en réalité, ne s’en va pas tout à fait et permet de garder une part de légèreté, d’émerveillement.

Gibet : Comment écrit-on un épisode de the kidults ?

Arthur : Ça dépend des épisodes. Certains sont très écrits, d’autres plus spontanés, d’autres encore à cheval entre les deux. On a repris pas mal d’anecdotes de nos vies respectives. Dès qu’on vit un truc un peu marrant, je prends des notes pour le mettre en scène plus tard. Dès qu’un ami me fait marrer je lui dis : « tu as conscience que tout ça va se retrouver dans les kidults ? ». Je prends aussi tout ce qui me semble parlant, les situations révélatrices d’une difficulté à être adulte, à faire adulte. Ensuite, on joue beaucoup avec l’humour spécifique de chacun : Sarah est naturellement décalée, Yohann un véritable juke-box humain… Cela étant, nos vies sont très différentes de celles de nos personnages.

Gibet : À ce propos, est-ce que Sarah et Lucas sont ensemble dans la vraie vie ? Ils arrivent parfaitement à créer l’illusion d’une intimité de longue durée.

Arthur : Dans la vraie vie, Sarah et Lucas ne sont pas ensemble, mais ils ont su trouver une vraie complicité devant la caméra. Pour moi aussi, ils sont bluffants !

Gibet : Est-ce que tu sais où tu vas, en terme d’intrigue ?

Arthur : C’est difficile de parler d’intrigue avec ce projet, chaque épisode peut être vu indépendamment de l’ensemble. Il n’y a pas vraiment de progression narrative, même si les personnages verront leur situation sentimentale, professionnelle, ou relationnelle changer avec le temps. J’aime voir les effets du temps sur un lieu et sur des personnages, qu’il s’agisse du caractère, de traits physiques ou d’une façon d’être, ou encore des accessoires et vêtements qui nous accompagnent à certaines périodes de nos vies. Un t-shirt, une boucle d’oreille, une coupe de cheveux, un mot à la mode, un rire qu’on s’est approprié… avec le temps, on retrouve avec plaisir ces détails oubliés en tombant sur une photo ou une vieille vidéo, ces détails qui semblent loin et qui ont pourtant fait partie de nous. Peut-être que je ne réponds pas vraiment à la question, disons que j’ai des perspectives pour chaque personnage, mais qu’elles sont susceptibles d’évoluer, de s’adapter, de me surprendre.

Gibet : Vous atteignez aujourd’hui, mardi 9 septembre 2014, le cap des 100 épisodes. Combien d’épisodes sont prévus ?

Arthur : Le centième est un peu particulier et d’autres épisodes seront postés par la suite sur le même modèle. J’espère qu’il y aura des milliers de vidéos, un univers tout entier que le spectateur ne pourra connaitre que partiellement.

Gibet : De quels épisodes es-tu le plus satisfait ?

Arthur : Récemment, j’ai pris un grand plaisir à mater en boucle #tshirt, où Sarah, habituellement dans son monde et pas prise de tête, pique une crise parce que Yohann a prêté son t-shirt préféré à « Sauce Soja », une ancienne coloc que Sarah est venue remplacer. J’aime beaucoup aussi la gaffe de Yohann dans #tropflippant, et la réaction de Lucas.

Gibet : Ta série me fait penser à plusieurs choses. J’aimerais que tu me dises si ces univers t’inspirent d’une manière ou d’une autre : le cinéma de Sophie Letourneur, pour l’énergie, la direction d’acteurs, l’horizon des personnages.

Arthur : Je pense avoir vu et revu La vie au ranch mille fois avant de lancer la web-série, j’ai eu un vrai coup de cœur pour ce film (même si je conçois qu’il puisse être difficile à visionner, et que ses personnages puissent agacer le spectateur). C’est vraiment un coup de maître que de filmer de cette façon le quotidien d’une bande de filles d’aujourd’hui, des trips, des soirées qui s’enchaînent, avec en filigrane une réflexion forte sur la place de l’individu au sein d’un groupe. Chapeau Sophie Letourneur !

Gibet : La vie sècrete des jeunes de Riad Satouff, pour son inefficacité documentaire ; alors que c’est une BD supposément comique, Satouff n’hésite pas à relater des anecdotes qui tombent à plat, ou parfois le truc drôle est au début ou au milieu, ou la plupart du temps il n’y a pas de chute, etc.

Arthur : Je ne connais pas beaucoup, mais ce que tu en dis me fait envie. J’aime bien l’expression « inefficacité documentaire » !

Gibet : Friends – j’ai l’impression que the kidults est la digne petite soeur 2.0 de Friends, d’autant plus attachante qu’elle n’essaie à aucun moment d’imiter l’originale.

Arthur : J’ai adoré cette sitcom, même si je lui préfère largement How I Met Your Mother, plus moderne, plus inventive sur le plan narratif, plus proche de nous aussi : la bande à Ted Mosby a autant de mal à quitter l’enfance que les quatre kidults, surtout dans les premières saisons.

Gibet : Y’a pas longtemps, j’écrivais ça sur DylanesqueTV : « Découvrir des inédits de Friends en 2014 c’est réconfortant et aussi assez rafraîchissant. C’est une série qui est totalement dépourvue de cynisme ou de volonté de paraître cool. Y’a tellement de films et de séries qui gaspillent leur énergie pour paraître malins – alors qu’en plus elles le sont pas franchement – c’est le mal du XXIème siècle, avec aussi la prédominance de l’axe américano-sionis euh non rien. How I Met Your Mother, par exemple, sa fondation c’est uniquement ça : même vision du monde que Friends, même mécanismes fondamentaux, mais avec plein d’ASTUCES. Regardez comme on est astucieux, on fait des structures astucieuses, on fait des retournements astucieux, on s’impose des contraintes scénaristiques super strictes tellement on a peur de rien tellement on est astucieux. Ah euh oui par contre pour conclure la série on va détruire tout ce qu’on a établi en sept ans en trois minutes – désolé, on était trop occupés à être astucieux. Friends, y’avait « simplement » l’ambition de créer une bande de potes authentique, avec, en guise de septième friend, ni Mike ni Gunther ni George Martin, mais le spectateur en personne. » C’est en ce sens que je trouve the kidults plus proche de Friends, c’est brut, l’énergie est concentrée sur l’authenticité de la bande de potes, du jeu, des émotions, et jamais sur l’esbrouffe scénaristique.

Arthur : Je vois ce que tu veux dire. Mais Friends proposait une vision parfois idyllique des relations amicales, à base de câlins géants, de gros mugs de café, et de happy ends à répétition, là où HIMYM a su montrer les failles véritables d’un groupe de potes partagés entre plaisir d’être ensemble et désir de grandir. Pour ma part, j’ai détesté la dernière saison, mais je trouve le final plutôt réussi (contrairement à sa version alternative, si fade). La dernière image est d’un optimisme à toute épreuve et donne envie de vieillir avec le sourire, avec cette idée que le temps n’est pas forcément un ennemi, que nous avons toute la vie devant nous et qu’il ne sera pas trop tard pour être heureux quand nous serons plus âgés.

Gibet : Dans the kidults, il y a pas mal de références à la pop culture. C’est ton paysage culturel à toi ou est-ce que tu te plies aux personnages ?

Arthur : Tu fais référence à Dragon Ball Z, La Reine des neiges, ou Selena Gomez ? Yohann a été conçu comme un personnage ultra geek (et un peu bitchy), le comédien a apporté ses propres références. Game of Thrones, en revanche, je revendique : j’étais trop accro pour ne pas en parler dans les kidults.

Gibet : Tu aimes Game of Thrones ? Si on se fiait seulement à the kidults, on pourrait penser que c’est hyper éloigné de ta sensibilité.

Arthur : Game of Thrones, c’est une drogue. Pas forcément la série la plus subtile qui soit, mais je m’intéresse à pas mal d’univers différents. D’ailleurs, j’écris depuis longtemps un roman d’heroic fantasy, rien à avoir avec la salle de bain des kidults. Sinon, j’aime le cinéma innovant et inventif (Agnès Varda, Alain Cavalier), ou le travail remarquable de Lena Dunham, qui a amené les codes du cinéma américain indépendant dans le format série avec Girls. Ce qu’elle montre des jeunes femmes et des jeunes hommes d’aujourd’hui, ce qu’elle dit du corps, de l’amour, de l’amitié, tout ça m’inspire beaucoup et fait beaucoup de bien.

Gibet : Tu regardes des web-séries ?

Arthur : J’en regarde peu. J’ai un faible pour La vie absurde de deux connards et Les Showrunners, dont les comédiens et auteurs sont des amis à moi. Ils feront peut-être une apparition dans notre salle de bain un de ces quatre…

Interview de Halima Slimani, actrice d’Authentik

Gibet, il avait l’air un peu crisprolls quand il m’a ramené cette interview, mais je crois pas que ça ait grand-chose à voir avec Authentik, la web-série en question – la web-série en question, elle est très fraîche, très bien jouée et globalement bien troussée dans le genre screwball comedy sauce NTM – on te la recommande tous, sans exception, c’est le genre de trucs qu’à l’instar de Kaamelott tu peux mater avec papa et vous riez ensemble réconciliés. Halima Slimani, elle y joue le rôle de Nawel, adorable brune, bonus franc-parler et balls grosses comme ça, du genre dont les garçons mous tombent amour – ok c’est bon je sais pourquoi il était crisprolls le Gibet.

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Gibet : C’est quoi ta formation ?

Halima : Depuis tout petite, je m’intéresse au cinéma. Je suis allée dans un lycée qui proposait l’option, j’y ai rencontré notamment Eric Deschamps, un réalisateur qui intervenait dans notre cours pour nous aider à préparer notre film du bac, il m’a recontacté après le lycée et j’ai commencé à faire un peu de régie sur des tournages. Un jour, par hasard, j’ai accompagné mon petit frère à un casting de Kechiche. J’ai retrouvé l’ambiance des plateaux de tournage et ça n’a fait que conforter mon envie. Finalement, à part un peu de théâtre plus jeune, je n’ai jamais été réellement formée au métier de comédienne.

Gibet : Ça t’a jamais posé de problème de légitimité ?

Halima : Non, dans le sens où je crois que c’est sur le terrain que t’apprends le plus de choses. Après c’est clair que ça ne te dispense pas de prendre des cours à côté et d’apprendre toujours plus en général parce que sans bosser y’a un moment donné où c’est pas suffisant et où t’avances pas.

Gibet : Pourquoi avoir choisi cette voie plutôt qu’une autre alors que tu semblais t’intéresser à tous les aspects du cinéma ?

Halima : Parce que c’est ce qui s’est présenté à moi disons, et que je me suis rendue compte que je kiffais ça. Je n’ai pas encore touché au reste du coup, je me contente pour le moment de m’y intéresser, mais ça viendra peut-être. Je me suis posé la question de m’orienter vers des études techniques. J’ai réalisé un petit film pour mon épreuve de bac avec une amie mais pas grand-chose de plus encore.

Gibet : Quels sont tes modèles ?

Halima : Disons qu’il y a les comédiens comme Catherine Deneuve que j’avais vue dans les films de Jacques Demy petite, qui te font rêver et qui forcément contribuent certainement à l’envie de faire du cinéma. Sinon j’admire beaucoup Vincent Lindon parce que c’est quelqu’un qui choisit ses films et qui a énormément de talent. Pareil pour Juliette Binoche. Dans les nouvelles têtes du cinéma français, j’aime beaucoup Tahar Rahim ou Sabrina Ouazani : ce sont non seulement de bons comédiens, mais on voit qu’ils font des films où ils s’éclatent et qui leur plaisent vraiment. Maintenant c’est sûr que c’est un luxe et qu’il faut un moment pour en arriver là mais bon, ça n’empêche pas certains, même déjà lancés, de tourner pour tourner… Je pense que c’est le pire dans ce métier : si tu kiffes pas chaque tournage, si tu bosses pas sur des projets qui te tiennent à cœur, je vois pas l’intérêt. J’ai aussi beaucoup de respect pour ceux qui s’essayent à la réalisation, comme Guillaume Canet ou Sara Forestier. Et j’avoue que je suis aussi une groupie qui se respecte depuis mes 8 ans : j’aime beaucoup Julia Roberts parce que même si elle a pas toujours tourné dans des chefs-d’œuvre, elle est toujours au top, ça s’explique pas.

Gibet : Tu rêverais de travailler avec qui ?

Halima : Avec des gens comme Jacques Audiard. Je crois qu’Un prophète fait partie de mes films préférés. J’aime ce genre de cinéma. Après dans un autre genre, j’aimerais bien me retrouver à tourner avec Fred Cavayé par exemple, je le trouve efficace dans son style, là où en général les Français ont du mal. Sinon (la question c’est avec qui je rêverais alors je ne me refuse rien) et sans originalité aucune, les mythes comme Clint Eastwood ou James Gray. Je suis aussi fan – dans un autre registre – des films de Christopher Nolan et Michael Mann dont j’adore la photographie.

Gibet : Est-ce que tu as actuellement des limites, que tu as l’impression de ne pouvoir dépasser qu’avec tel ou tel réalisateur ?

Halima : Je ne pense pas que les comédiens se disent « ça je veux pas le faire » d’avance. La question doit se poser quand c’est du concret. Disons qu’hors contexte, il y a plein de choses qui te bloqueraient et qui finalement se justifient si on t’offre un beau rôle. Du coup oui, ça dépend énormément de qui te dirige, enfin j’imagine, j’ai pas l’expérience pour pouvoir en juger mais c’est l’idée que je m’en fais : si t’as confiance dans le projet que te propose le réal, tu dois certainement te lancer quasi les yeux fermés alors que si d’emblée t’es pas dedans, forcément tes propres limites prendront le dessus. C’est comme dans la vie : tu te confierais pas forcément à un pote que t’apprécie mais qui est juste un pote de soirée alors qu’avec ton équipe tu sais que tu peux y aller.

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Gibet : Comment tu as rejoint la série Authentik ?

Halima : J’ai rencontré Anthony par hasard à Paris lors d’un atelier où j’avais rendez-vous avec mon agent. On a sympathisé et il m’a rappelé quelques temps plus tard pour me proposer d’interpréter le personnage de Nawel dans la série.

Gibet : Comment ça se passe un tournage d’Authentik ?

Halima : C’est assez préparé, on ne se détache généralement pas du texte une fois qu’il est bouclé, mais lors des répétitions, Anthony change pas mal de choses en fonction de notre façon de dire telle ou telle réplique. Il est directif, donc, mais à l’écoute de nos propositions. Un épisode en règle générale se tourne en une demi-journée (à raison de 3 ou 4 prises par plan le plus souvent). Parfois il tournait deux épisodes dans la même journée.

Gibet : Tu as d’autres projets en cours ?

Halima : Je vais tourner un teaser de film d’horreur très prochainement (ça va changer de Nawel pour le coup) et un projet de long aussi qui se met en place, en espérant que ce n’est que le début !

Gibet : D’après IMDb, tu serais dans La Vie d’Adèle. Je me suis repassé le film dans la tête six fois en long en large au ralenti x300 je t’ai pas trouvée. Tu y es vraiment ? Comment tu t’y es retrouvée ?

Halima : Oui j’y suis vraiment ! Enfin… À l’origine ! J’ai tourné une vingtaine de jours pour finalement constater à Cannes que je n’apparaissais pas dans le film. Comme je l’ai dit, à la base j’accompagnais mon frère : la directrice de casting m’a dit de passer aussi un essai, et finalement j’en ai passé 5 et me suis retrouvé dans cette aventure. Beaucoup de scènes tournées ne sont pas dans le film mais bon, quand on voit le nombre de rushes qu’il fait, ça paraît assez logique. Je n’étais présente que dans les scènes de lycée et beaucoup de passages n’apparaissent pas. Cela dit Adèle et Léa ont dû tourner encore plus de scènes coupées alors bon… Avec les images qu’il a, il pourrait sortir encore 12 chapitres de La Vie d’Adèle je crois ! C’est sa façon de travailler.

Gibet : Qu’est-ce que tu penses du film finalement ?

Halima : Je ne regrette absolument pas d’avoir participé à ce film parce que j’ai fait de super rencontres, j’ai pu voir en vrai ce que c’était un tournage avec Kechiche, et surtout je trouve le film magnifique, comme tous ses films. Personnellement j’aime beaucoup ce qu’il fait, c’est un artiste à part entière. La Vie d’Adèle est un très beau film qui mérite son succès, tout comme Adèle Exarchopoulos qui est une formidable comédienne. Cela dit mon petit favori de Kechiche reste L’Esquive.

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Nos épisodes favoris


Interview d’Arthur Leblanc, créateur de la web-série Man Vs Dead

Gibet : Quelle formation ciné ou théâtre vous avez ?

Arthur Leblanc : John (note de Gibet : John c’est Jonathan Abat, co-créateur de la série et acteur principal) et moi avons tous les deux une licence de cinéma à l’université Paul Valéry de Montpellier. John a aussi un master en jeux vidéo et pour ma part j’ai arrêté mes études de cinéma en master, je trouvais ça vraiment trop moisi ! J’ai aussi fait un bac L audiovisuel avec 7 heures de cours de cinéma par semaine. Concernant le théâtre, nous n’avons aucune formation (j’ai fait du théâtre quand j’étais au collège mais bon ça compte pas je suppose).

Gibet : Comment vous procédiez pour l’écriture de Man Vs Dead ? Vous écrivez à quatre mains ?

Arthur Leblanc : Pour l’écriture, ça a été un peu bizarre. J’avais des idées, tout ça, j’en avais parlé à John pour voir s’il était intéressé pour le rôle, il était assez chaud – mais au début j’avais vraiment des idées assez trash et connes avec des épisodes du style « comment violer un zombie, c’est important de mettre une capote » et il m’a dit direct que ça allait pas trop. Bref, j’ai écrit le squelette de la saison 1 dans mon coin, je l’ai ensuite montré à John, on en a beaucoup discuté (que ce soit l’aspect artistique ou logistique, financier etc.) et à partir de là nous avons débuté le tournage. Grosso modo, j’avais ce squelette et d’épisodes en épisodes on modifiait des trucs en fonction des lieux, des problèmes de tournages sur les précédents épisodes… On peut dire que oui, on écrivait à quatre mains à partir de cette base que j’avais écrite tout seul. Le truc c’est qu’on était assez complémentaire. J’écrivais et John me recadrait quand je partais un peu loin dans mes conneries, me disait quand il ne pouvait pas faire certaines choses (comme le viol de zombie donc).

Grosse anecdote : à la base, Man Vs Dead, il faut savoir que c’est avant tout un truc d’énervé. J’avais passé 3 ans en fac de cinéma avec des bobos, je passais pour un con à parler de films de zombies, on me disait d’aller regarder du Godard à la place de mes conneries (ce que je fais, j’aime beaucoup la Nouvelle Vague française, du moins le début). Ma promo était assez étrange, elle était scindée en deux, d’un côté les geeks et gens normaux et d’un autre côté des prétentieux absolus qui prônaient un art politique complément crétin et avait des propos très virulents sur toutes les créations étudiantes qui n’étaient pas tournées avec des réflexes numériques… J’étais énervé, y’avait ces gens qui se prétendaient anti-système, qui faisaient des films de merde (du genre je fais des plans qui n’ont aucun sens, je mets une musique au piano, j’appelle ça de « l’art » et je dis que c’est une attaque contre la société) – ils étaient fermés d’esprit et par-dessus tout, c’était tous des gosses de riche, ils avaient du matériel HORS DE PRIX qu’ils voulaient bien louer à leurs camarades de classe (et après ça fait des discours contre l’argent). C’était des cons et malgré le fait qu’ils se prétendaient artistes et rebelles (parce qu’ils avaient des jeans levis déchirés), en réalité, ils étaient le Hollywood de la fac de cinéma, ils avaient l’argent, le matériel et jugeaient les films uniquement sur des critères techniques (ouah, l’iso est trop bien là sur cette image). Donc de mon côté, j’avais vraiment besoin de faire un truc con, sale et régressif et montrer qu’on a pas besoin d’avoir le meilleur matériel du monde pour faire quelque chose de sympa ! L’objectif était aussi de revendiquer un cinéma (de genre) mais aussi quelque chose qu’on perdait dans ces études de cinéma : l’émotion du spectateur. Je voulais faire un truc qui fonctionne quoi, que le personnage soit attachant, que les gens rigolent quand il faut rigoler, qu’ils aient peur quand il faut avoir peur. Pour moi c’est ça le cinéma et pas des conneries pseudo-intellos métaphysiques sans aucun sens… Attention, y’a des très grands réalisateurs qui font des films très difficiles, très métaphoriques hein, j’adore le cinéma de Bela Tarr par exemple. Donc voilà, pour situer un peu l’état dans lequel j’étais en écrivant Man vs Dead, c’était l’état énervé, j’avais envie de faire mon truc, qu’il soit cool, de montrer à ces gens que la créativité c’est pas poser bêtement un super appareil et attendre qu’il filme pour toi !

Gibet : Je suis agréablement surpris que tu aimes le début de la Nouvelle Vague française, car j’aime aussi beaucoup, et je trouve ça pas du tout incompatible avec ce que vous faites, ou ce que fait Kaufman. Y’a dans tous les cas un vrai désir de faire des films « malgré tout » et contre la norme. Ce qui est dommage ensuite c’est que les chiens fous deviennent les nouveaux papas… Godard aujourd’hui fait une interview par an pour dire « le cinéma est mort » alors qu’il vit dans une caverne suisse et qu’il a pas vu d’autres films que les siens depuis 1999. Heureusement, Lloyd Kaufman arrive à échapper à ça…

Arthur Leblanc : Je suis entièrement d’accord à propos de Godard, et oui je suis pas un gros con bourrin qui n’aime pas le cinéma d’auteur, même si beaucoup de gens le pensent. Et d’ailleurs quand je dis cinéma d’auteur, ça comprend Godard tout autant que Kaufman ou Sam Raimi. Ce qui est bête c’est que la Nouvelle Vague c’est institutionnalisé et encore aujourd’hui, on a des réals qui font des trucs style Nouvelle Vague sauf que… voilà quoi, aujourd’hui faire quelque chose de très typé Nouvelle Vague, c’est complétement dans la norme et pas du tout anti-système. Le CNC en finance à la pelle des films comme ça, c’est bien la preuve que c’est pas si transgressif que ça.

Gibet : Revenons à Man Vs Dead si tu veux bien. Il y a une évolution dans la saison 1, on passe de loners où le concept de base est exploité à fond, pour en arriver à un truc d’horreur plus feuilletonesque presque premier degré – en tout cas moi vous m’avez bien fait flipper à des moments – avec des fulgurances trash. Est-ce que cette évolution était calculée dès le départ, ou vous avez fait évoluer votre concept au fur et à mesure des épisodes, par exemple en voyant ce qui marchait et ne marchait pas ?

Arthur Leblanc : Oui, l’évolution de la série et le changement de ton étaient vraiment voulus dès le départ. L’objectif c’était à certains moments clefs de surprendre ceux qui regardent. On s’est dit qu’on commencerait soft, qu’on laisserait assez accessibles les premiers épisodes pour ensuite piéger les spectateurs ! J’aime bien l’idée du « tu crois que tu regardes ça ! ah ben nan ! ». En tournant Man Vs Dead, j’avais qu’une envie, c’était commencer les arrachages de bites. Mais en fait c’est tellement plus drôle de laisser les gens s’habituer à quelque chose de potache et d’un coup BAM l’épisode 4 arrive et John arrache une bite de zombie et biffle du zombie. Y’avait des commentaires de gens qui étaient vraiment là en mode « what the fuck ? » et c’était tellement drôle. Ils pensaient regarder une petite web-série potache sur des zombies et ils devaient pas du tout s’attendre à ce que ça prenne cette direction débile et régressive ! Donc ça c’était le premier palier. Et ensuite on avait envie d’insister sur les survivants et de rajouter un peu de tension, par effet de surprise mais aussi et surtout parce qu’on avait envie de le faire ! On avait quand même envie de raconter quelque chose, même si ce quelque chose est facile et qu’il se résume à « gentils contre méchants », on pouvait pas rester éternellement dans la parodie de Man Vs Wild. On veut vraiment que Man Vs Dead ait sa propre personnalité. Du coup, oui, par la suite la série devient un peu plus sérieuse et c’est aussi pour préparer la saison 2. J’ai un exemple, pour répondre à la question de si on faisait évoluer en fonction de ce qui marchait ou ne marchait pas : on a reçu des messages et commentaires de gens pas contents, qui n’aimaient pas la direction que ça prenait, et nos réponses ont toujours été les mêmes – « Tant pis, nous on aime comme ça ». MAIS on a su aussi s’adapter. Par exemple pour la mort du cameraman. Depuis le début on avait cette idée du cameraman mordu à l’insu de John. Mais c’est en voyant comment les gens réagissaient que nous avons fait évoluer ça. Le cameraman avait créé pas mal de mystère chez ceux qui suivaient la série, on ne voyait pas son visage, il parlait assez peu etc etc. En voyant l’intérêt que les gens lui portaient, on a décidé de justement plus le mettre en avant, il est plus présent, on peut voir un peu son visage, tout ça bien sûr pour donner de l’intérêt au cameraman comme si on disait « ah ok, il vous plaît, eh ben, on va essayer de le développer ». ET BAM nan en fait il se fait mordre ! Et d’ailleurs, on a vraiment adoré les réactions sur l’épisode où le cameraman se fait mordre, de manière unanime les gens étaient dégoûtés. Et du coup ben ça nous faisait plaisir, que les gens se soient attachés à ce personnage qui parle peu, qu’on voit peu. On s’est dit « Pfiou, ça fonctionne ! ».

Gibet : Y’a-t-il une part d’impro dans la série, puisque le format focumentaire le permet facilement ?

Arthur Leblanc : Il y a une part immense d’impro ! Il arrivait qu’on écrive les répliques et mêmes les scènes entières sur le moment, en fonction de ce qu’on a à disposition ! On voulait cette part d’impro parce que déjà j’adore l’humour de John qui est un humour spontané (il peut balancer un truc complètement WTF hors de propos comme ça) et puis je sais pas, ça donne un petit aspect Nouvelle Vague aussi ! Avant de tourner Man Vs Dead, je tournais des sketchs avec des amis, le plus souvent en impro, donc l’impro ne me fait pas vraiment peur. Et puis des fois, on écrit tout, on fait un story-board de fou tout ça, mais au moment du tournage ça ne fonctionne pas, ou alors une fois sur le lieu, on voit les choses différemment ! J’avais d’ailleurs tourné avant Man Vs Dead un court métrage de 20 minutes en impro totale, c’était une parodie de Projet Blairwitch mais avec un serial biffleur… C’est vraiment un bon souvenir, on est allés dans le bois avec des caméras et une tente pendant 3 jours, et on disait conneries sur conneries et franchement j’aime beaucoup le résultat, même si c’est très con !

Gibet : Où est-ce que vous récupérez les acteurs et figurants qui ne sont pas vous deux ?

Arthur Leblanc : Ce sont soit nos potes, soit des amis de potes, tout simplement… On avait laissé des affiches en ville et passé des appels à figuration, mais personne ne nous a jamais répondu. Franchement, on doit avoir une dizaine de potes qui fait la figuration pour toute la série. On leur met des perruques, on leur change les vêtements, on leur met des cagoules. Même John a fait un zombie et un survivant ! Pour ma part j’ai fait deux fois le zombie et plusieurs fois le survivant. On devait alors tricher, j’enregistrais mes dialogues à part et je les rajoutais au montage pour faire croire que c’est moi qui filmais ! Par exemple dans l’épisode 13, quand je suis seul dans l’hôpital abandonné, qu’un « infecté » (appelons-le comme ça) rentre dans la pièce et que je me cache en attendant qu’il parte… Eh bien en fait c’est moi l’infecté (c’est pour ça que la caméra ne filme que mes pieds, mais je trouve l’effet sympa !) et c’est John qui filme car on était que tous les deux ce jour-là !

Gibet : Où vous avez appris à faire les effets spéciaux ?

Arthur Leblanc : Eh bah déjà avec les maquillages sur Internet, j’avais vu quelque tutos avec du latex liquide, faux sang etc… Et puis très vite on a improvisé sur des trucs à base de corn flakes, mascarat, papier cul… Et pour les effets, comme le coupage de bras, de tête, le cerveau, la bite… Eh ben on a pas appris car c’est vraiment super cheap. Mais bon c’est ça qui est drôle aussi, ce n’est pas parce que tu ne peux pas le faire que tu ne dois pas le faire ! Nan sérieusement, on a rien lu ou quoi là-dessus, c’était à l’imagination, avec un effet de trompe-l’œil pour le bras, et pour la bite qui s’arrache, c’est un gode dans un pantalon vide que mon frère tenait à la verticale immobile pendant que quelqu’un versait des bouteilles de faux sang dans le pantalon pour que ça sorte par la braguette… Pour la tête, j’ai acheté une fausse tête de mannequin sur Le Bon Coin, on l’a coupée, maquillée, recollée, recoupée et puis on rembourrait des vêtements avec d’autres vêtements, on y rajoutait du sang pour donner l’illusion d’un démembrement, des trucs comme ça. Dans l’épisode 13, le cadavre démembré n’est rien d’autre que des vêtements rembourrés avec d’autres vêtements (mes vêtements). Puis on avait mis des bouteilles en plastique sur les bouts, qu’on avait recouverts de pâte à sel pour faire les moignons. Aussi, ma copine et une amie se sont vachement investies sur les maquillages car ça devenait vraiment ingérable sur le tournage !

Gibet : Vous avez lancé un Ulule pour la saison 2. Tu peux m’en dire plus sur l’évolution de la série en saison 2 ? Est-ce qu’on part définitivement dans le feuilleton ? Va-t-il y avoir des nouveaux personnages principaux ? Est-ce que le ton va changer ?

Arthur Leblanc : On prévoit de grosses évolutions oui ! Déjà en terme de tournage, là pour le coup, on a pas un squelette mais un vrai de vrai scénario, qui nous plaît énormément ! Et sinon oui, on compte continuer dans la logique de la fin de la saison 1, quelque chose d’un peu plus sérieux où on pourrait vraiment sentir John Grizzly en danger et vulnérable, pas comme dans la saison 1 où c’était une sorte de Chuck Norris qui dézinguait tout sur son passage tel un mâle alpha ! Donc oui, on compte le mêler à d’autres personnages, développer d’autres enjeux scénaristiques que la simple survie ! Donc oui, je pense que le ton va changer, c’est pas que ça sera plus sérieux car mon Dieu on a aussi des passages vraiment débiles, on reste (surtout moi) des gros scatos dégueulasses dans l’âme et y’a rien qui me fait plus rire que du caca et du zizi quoi.

Gibet : Y’aura-t-il des seins dans la saison 2 ? C’est l’ingrédient indispensable oublié de la saison 1.

Arthur Leblanc : Je vais surprendre par ma réponse, mais peut-être ! Je trouverais ça vraiment marrant de mettre des seins ! Quand je regarde un B movie, c’est vrai qu’une paire de seins fait partie du cahier des charges ! Mais malheureusement pour Man Vs Dead, je suis légèrement (beaucoup ?) féministe, je prépare d’ailleurs un court-métrage en pro sur ce qu’on appelle la rape culture et quand j’étais en master, je préparais un mémoire sur l’image de la femme au cinéma. Mais bon, ça n’exclut pas de mettre des seins, le truc c’est qu’on est en tournage amateur, on ne paie personne, les gens ne sont pas des pros et vraiment je me vois mal demander à une fille de faire ça, même si elle est d’accord ; pour quelqu’un qui n’est pas actrice et qui n’a peut-être pas le recul suffisant, ça me gêne un peu. Ce n’est pas rien de montrer ses tits sur Internet et si jamais une fille est d’accord, il faudrait vraiment que j’en parle très longuement avec elle pour savoir si elle se rend bien compte de ce que cela peut signifier. Bref, oui c’est possible, j’aimerais bien en mettre mais il faudrait la bonne scène, la bonne actrice…

Gibet : Moi qui croyais que les réalisateurs de séries B étaient forcément irresponsables… Ce sera quoi le principe de ton court anti-rape culture ?

Arthur Leblanc : C’est assez basique hein, je prétend pas faire autre chose qu’un petit court-métrage. Grosso modo ça raconterait l’histoire d’un week-end d’intégration qui vire au cauchemar. Les mecs se transformeraient en espèces de monstres à têtes d’animaux pour fracasser les filles violemment. Quand je dis ça, ça a l’air vraiment nul je sais, avec le degré 0 de la métaphore. Mais bon sans partir dans l’interprétation pédante de mon film même pas encore tourné, j’aimerais y montrer la violence (typée très slasher) faite sur les femmes, comme une sorte de dépossession du corps. Bref, c’est ma manière de parler du viol et de la banalisation du viol dans notre société. Je pense pas du tout que ce soit la meilleure manière d’en parler, mais c’est ma manière. Au début j’avais fait un scénario assez classique qui ne partait pas dans le cinéma de genre, mais ça me plaisait pas trop, donc j’ai tout réécrit pour le transformer en sorte de slasher paranoïaque fantastique où les filles sont victimes d’hommes, qui sont en réalité des monstres cachés sous des peaux humaines. Punaise, dit comme ça, ça n’a vraiment aucun sens mais je te jure que quand on lit le scénario, ça en a.

Gibet : Comment tu as découvert l’existence de Troma ?

Arthur Leblanc : J’ai un peu honte de comment j’ai découvert Troma mais bon je me lance quand même ! C’était un ami qui traînait beaucoup sur Nanarland il y a à peu près 5-6 ans (personnellement je n’aime pas trop ce site, y’a beaucoup de films que j’aime qui sont chroniqués là-dedans) et il m’a montré un petit documentaire sur Lloyd Kaufman qui était diffusé sur le site, je me suis automatiquement dit « Oh mon Dieu, mais comment j’ai fait pour passer à côté de ça ! ».

Gibet : Qu’est-ce qui te plaît dans les films Troma ?

Arthur Leblanc : Alors déjà, avant de m’aventurer sur ce terrain, je précise que je ne suis pas un graaaaaaaand connaisseur des films Troma – j’en ai vu, mais pas tous ! Ce qui me plaît, déjà, c’est la personnalité vraiment délirante de Lloyd Kaufman ! Ce studio représente pour moi la liberté, l’engagement, la lutte ! Ce qui me plaît c’est le ton irrévérencieux des films, il n’y a pas de limite, ça va loin, très loin, c’est fun, c’est loin des clichés de merde qu’on peut voir un peu partout. Vraiment, j’adore, ça me fait mourir de rire. Et puis merde, le bordel qu’ils ont foutu au dernier Festival de Cannes, ça force juste le respect et l’admiration ! Ils couraient le zizi à l’air ! Je les vois vraiment comme des génies incompris ! J’ai passé mon lycée à traîner sur 4chan, la poubelle de l’internet avec un humour noir très dérangeant et très immature, alors des mecs qui se trimbalent à poil au Festival de Cannes, putain mais j’adore quoi ! Ce qui est plaisant aussi en regardant des films Troma, c’est aussi d’être devant sa TV et se dire à chaque scène « Oh non, ils vont pas le faire ! OH SIIII ».

Gibet : Est-ce que le fait d’avoir vu des films Troma influe sur ton envie de faire des films et sur la manière dont tu les fais ?

Arthur Leblanc : Honnêtement, je ne sais pas… Déjà au lycée, je n’avais pas vu de Troma et avec un ami on faisait péter un plomb à nos profs de cinéma à leur rendre des scénarios débiles au possible… Les profs en pouvaient plus, ils pouvaient plus nous blairer ! Une fois ils nous ont posé un ultimatum, y’avait deux mots clefs : sable et valise. On devait choisir un mot clef et en faire un scénario. Avec mon ami, on avait eu une consigne spéciale : faire QUELQUE CHOSE DE DÉCENT ! Mais merde, on s’est concertés, il a pris sable et j’ai pris valise et à partir de ça on a fait de la pure série B : NANO REPLICATA 1 et NANO REPLICATA 2 ! Dans le premier, un savant fou rend le sable vivant et le sable vivant tue les gens, et dans le 2 (le mien donc), ce même savant fou rend des valises vivantes, elles s’emparent du monde façon Planète des Singes et ça finit en fin du monde, le tout avec un héros super bad-ass à la Bruce Campbell ! J’avais fait par-dessus le marché une note d’intention super intello où j’expliquais que c’était en référence à un film de George Méliès et que je dénonçais l’industrialisation… On s’est fait crier dessus, on est passés pour des gros cons, mais my God, c’était drôle et en plus, je suis vraiment FIER de mon scénario ! À côté de ça, y’avait des élèves qui avaient fait des conneries sur une famille bourgeoise qui se décompose pendant mai 68… Le mec il part de valise pour en arriver à ces conneries, c’est fou non ? Si Troma m’influence, je n’en sais rien, peut-être que bébé, j’ai vu des films de Troma et que j’ai été influencé, je ne sais pas ! Mon premier court-métrage par exemple, c’était un nazi qui venait dézinguer un groupe de jeunes bobos et il finissait par se couper la bite pour la caler dans la bouche d’une fille qui s’étouffait avec son sperme. Je n’avais pas encore vu de films de Troma. Mais peut-être que maintenant, oui, les films de Troma m’influencent, parce que je les admire, et que je trouve ça particulièrement injuste la non-reconnaissance artistique de Troma et ça influe sur mon envie, ça j’en suis sûr. Après, sur la manière de faire, tout ça, vraiment je sais pas. J’ai plus l’impression de faire comme je fais car je n’ai pas d’autre possibilité de faire (et peut-être pas envie aussi).

Gibet : Quel est ton Troma préféré ?

Arthur Leblanc : Ça va peut-être faire newbie pour les gros fans hardcore, mais je dirais Poultrygeist ! Tout simplement car c’est le premier film Troma (et de Lloyd Kaufman) que j’aie vu, et il m’avait vraiment foutu une grosse baffe. C’est un film extrêmement drôle et intelligent. My God, quand j’ai vu ce film, j’étais juste aux anges, le mec qui baise les poulets, se fait croquer la bite, se fait rentrer un balai dans le cul, puis y’a son gland au bout du balai… Je me rappelle que je montrais ce film partout autour de moi aux espèces de prétentieux du cinéma en leur disant « Mais putain, tu veux voir un cinéma vraiment contestataire, lâche ta merde cannoise et regarde ça ! ». Et je l’ai aussi vu plus tard en salle de cinéma à l’Absurde Séance de Montpellier pour laquelle Lloyd Kaufman avait tourné une petite intro qui était juste hilarante ! Oui vraiment, j’adore l’énergie et la satire de ce film ! Pour l’effet qu’il m’a fait, les scènes gore, l’humour et tout le reste, c’est mon préféré !

Gibet : Vous avez déjà envisagé de montrer votre série à Troma ?

Arthur Leblanc : En fait, ça fait déjà plusieurs années que j’ai envie de contacter Troma, pour voir si c’est possible de faire des stages ou juste faire mon gros lèche-anus par mail ! Mais je me dis que j’ai pas trop envie de les embêter… Sinon, montrer ma série à Troma, oui j’y ai réfléchi mais à chaque fois je me dis « Nan, c’est pas assez bon, ils vont se foutre de ma gueule ». Si jamais j’ai Lloyd himself qui me dit « Ta série c’est de la merde fils de pute », je crois que je me suicide ! J’ai donc beaucoup d’appréhension là-dessus mais peut-être qu’un jour, je le ferais ! Depuis que j’ai 15 ans, mon plus grand rêve ça serait de faire des séries B aux États-Unis, je gagnerais pas ma vie ou quoi, mais rien que de voir les jaquettes de DVD de mes films dans les rayons douteux des magasins, lire les mauvaises critiques et tout, putain mais j’aimerais tellement ! C’est vraiment mon plus grand rêve ! Alors t’imagines, si Lloyd Kaufman himself me dit que ma web-série c’est de la merde ! Et bien sûr, mon rêve absolu qui ferait de moi l’homme le plus heureux du monde, ça serait de tourner un film chez Troma avec comme acteur principal BRUCE CAMPBELL ! Hm… Il faut que j’arrête de me torturer l’esprit avec mes fantasmes infaisables.