Cloud Atlas : nul ou génial ?

L’autre jour, Nébulon – celui-là même qui joua le policier et le propriétaire dans KDO, tu sais, cette bonne vieille série des années 2013 – s’insurge : « Eh oh eh, j’ai vu le top ciné de Robin, et il a mis Cloud Atlas en premier, il est zinzin ou quoi ?! » Nous avons décidé de les mettre dans une arène, avec pour seuls armes leur esprit affûté et leur clavier AZERTY. Ceux qui vont mourir te saluent.

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Nébulon : La première chose que j’ai envie de dire, c’est que ce film n’est pas un navet. Il n’est pas dénué de qualité, mais il est raté. On sent bien ce que les frères Wachowski (pardon, les frère et soeur Wachowski) essaient de faire. Mais c’est raté. J’ai apprécié le début du film ; en fait, mon ennui a commencé après la première demi heure. Le crescendo est ensuite incessant, j’ai rompu 20 minutes avant la fin pendant mon revisionnage. Pour tenter de répondre à ta critique initiale, Robin, je commencerai par te rejoindre sur un point précis : effectivement, je suis d’accord avec toi, la complexité accolée aux frères Wachowski est spécieuse. C’est tout le problème, en fait.

Globalement il y a de très bonnes choses dans ce film, j’ai adoré par exemple l’intrigue de l’éditeur, à mon sens le personnage le plus réussi de ce gigantesque fourre-tout. Il y aurait eu de quoi faire un film simplement sur ce personnage. Acceptable aussi celle du compositeur. Mais enfin les autres sont tout simplement à jeter par la fenêtre. Surtout que je ne vois tout simplement pas le but de ce film. Les passerelles entre les différentes histoires sont artificielles au possible. On passe de l’esclave noir clandestin qui se bat pour sa vie en pleine mer aux fugitifs de Neo Seoul par le biais du montage et d’un mouvement de caméra. L’esclave court sur le mat de misaine pour ouvrir la grand voile là où les fugitifs passent d’un gratte-ciel à un autre sur une passerelle nano-télescopique. D’ailleurs on sent presque l’invention technologique créée pour justifier la… passerelle (lol) scénaristique, c’est une évasion ridicule et capillotractée. Une façon un peu moisie, je trouve, de faire un bon gros focus bien subtil pour faire comprendre au spectateur que c’est fou comme leurs situations sont identiques. Sauf qu’en fait, non, les enjeux des personnages, à cet instant, ne sont pas du tout les mêmes. Donc c’est raté, ça tombe à plat.

Difficile en regardant ce film de ne pas penser à Magnolia de Paul thomas Anderson. C’est également une réflexion sur des destins étrangers qui s’entrecroisent. Mais ce que j’avais aimé dans Magnolia est précisément ce qui m’a agacé dans Cloud Atlas. Dans le premier, le spectateur est laissé libre. Je me souviens, en sortant du cinéma à l’époque, avoir trouvé bouleversante cette histoire où le hasard bouscule les uns contre les autres, sans ménagement, des gens à la vie déjà bien marquée. Là où l’on pouvait voir aussi la Main Invisible du Destin. Dans Cloud Atlas, on s’aperçoit bien vite que l’on a pas le choix. Le Destin est là, partout. Était-il nécessaire de marquer d’une tâche de naissance en forme de comète (de comète, putain, sans déconner !!) les protagonistes pour bien montrer qu’ils sont choisis par le Destin ? Les réalisateurs ne perdent pourtant pas une occasion de nous le faire sentir, de façon rarement correcte : les personnages se croisent réellement dans plusieurs trames temporelles, comme le Physicien Sixmith de 1936 qui croise la journaliste en 1973 dans l’ascenseur, et de manière souvent chelou – pourquoi confier à Hugo Weaving tous les rôles de Super Vilain ? et d’ailleurs pourquoi montrer des personnages différents avec les mêmes acteurs ? ils sont les ancêtres/descendants les uns des autres ? et qu’est-ce supposé montrer ? une sorte de grande roue karmique ? est-ce ainsi que les Wachowski tiennent à montrer les conséquences/similitudes des actions présentes sur un futur lointain ? C’est un effet papillon de rouleau de PQ, ce truc, franchement.

L’élément clef du film, le fameux sextet Cloud Altas est une vraie clef, qui montre à quel point le film repose sur que dalle. Le compositeur compose un morceau en 1936. Ce morceau sert de fil rouge au film jusqu’à ce monde post-apo bien après Neo Seoul. Sauf que ce morceau a été composé grâce à un rêve, dans lequel le compositeur écossais a une vision de Neo Seoul où cette musique interpelle nos fameux fugitifs. C’est un chrono trigger digne de Bernard Werber. Autrement dit, c’est un film qui nous montre la toute-puissance du Destin, qui par la grâce concomitante tatoue une comète sur ses victimes (comme il le faisait chez les sorcières du temps où on cramait les rousses), et où le Destin tout-puissant n’a aucun plan, aucun sens, aucun but et ne nous raconte rien.

Bref, Cloud Atlas est un film très améwicain (à prononcer avec le chapeau texan en mâchant un bon vieux chicle), où les thèmes de l’Élu, de la prédestination, du sacrifice, sont exaltés mais ne servent aucun propos. Et ça c’est un truc qui m’énerve vraiment chez les ricains. J’en ai marre de l’omniprésence de ces thèmes anti-humanistes de merde, surtout quand c’est fait comme ça.

Je termine par quelques citations tirées du film, en VF (mais elles sont toutes aussi ridicules en VO, j’ai regardé les deux versions du film) qui illustrent pour moi le problème Wachowski : ils savent faire des films, ils ont des idées, mais ça ne suffit pas pour écrire un film.

« Ma seule certitude, Sixmith, est que les mêmes rouages invisibles qui font tourner notre monde, sont ceux qui étreignent nos cœurs. »

« Notre survie nous dicte souvent notre courage. »

« Ce que vous devez faire, c’est ce que vous ne pouvez pas ne pas faire. »

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Robin : J’ai revu le film en VO Bluray (je signale au passage que le Bluray est l’un des plus beaux que j’ai vus). Plus encore que lorsque j’avais vu Cloud Atlas au cinéma, j’ai pris beaucoup de plaisir.

Pour moi, Cloud Atlas, c’est avant tout l’histoire d’un film qui n’aurait pas du sortir au cinéma. Le livre dont il est adapté ne semblait pas, a priori, se prêter au grand écran. Trop d’histoires, trop de passerelles, trop de métaphysique, etc. Et, aussi, dans sa construction (les différentes timelines n’étaient pas aussi entremêlées), l’histoire n’aurait jamais réussi à accrocher le public. Rappelons tout de même que Cloud Atlas, dans sa réalisation, son financement, est un film « indépendant » (le plus cher de l’histoire) et qu’il a été horriblement distribué.

Alors, c’est là qu’interviennent les Wachowski et Tykwer (que je connais moins bien, donc difficile pour moi de me prononcer dessus). L’univers leur colle magnifiquement à la peau. Mais au-delà de ça, ils ont une science du montage qui, dans ce style de cinéma, est absolument inégalée. Si un jour ça vous botte, je vous conseille de regarder Speed Racer, qui, à lui tout seul, est un abrégé de tout ce qu’on peut montrer, faire ressentir, rien qu’en utilisant ce que tu appelles, Nébulon, un artifice, mais qui, de mon point de vue, est un peu un pacemaker de film d’action, d’aventures, ou grand public.

Tu as cité ce passage sur le mat, qui est effectivement le plus marquant peut-être de tous, mais en fait c’est tout le film qui est pensé sur cette logique de construction-déconstruction-reconstruction des différentes intrigues par le biais du montage. La notion de rythme me semble à cet égard prépondérante : Cloud Atlas fait avancer ses intrigues et sa morale à des tempos différents, nous permettant tour à tour de vivre le film, puis d’y réfléchir. Dans l’enchaînement entre les différentes époques, le montage choisi par les réalisateurs est une dinguerie qui synchronise à merveille les mini-films et qui aplanit leurs différences de tons pour faire resurgir une unité de sens.

Je reviens sur un des points que tu soulèves : pour toi, à de nombreux moments, les enjeux entre les personnages ne sont pas les mêmes selon qu’ils évoluent en 1850, 2014 ou 2150. Dans quelle mesure, en effet, l’évasion d’une maison de retraite pourrait-elle être comparable à une révolution dans une société hyper capitaliste et déshumanisée ? Pour ma part, je suis très sensible à ce jeu d’échelles auquel se livrent les réalisateurs. Nous avons en effet 6 timelines, et 6 tonalités différentes (1. film d’époque/historique, 2. drame, 3. Un polar, 4. une comédie, 5. une SF, 6. une fantasy post-apocalypse) et, évidemment, la grandeur des enjeux évolue selon ces structures. Mais, au final, tous les personnages sont confrontés à une situation d’oppression et sont, en quelque sorte, mis en minorité par des personnes et/ou des emprises : l’esclavagisme, le poids des conventions sociales, l’entreprise toute-puissante, la société totalitaire, le chantage, l’idolâtrie, etc. Et même la tyrannie d’une gouvernante ! L’idée, c’est qu’à chaque échelle, il y a des combats à mener, que notre liberté est menacée sur toutes les portions qu’elle occupe.

Un autre point dont j’aimerais parler et que tu évoques : les thèmes « anti-humanistes du film ». J’avoue ne pas tout à fait avoir compris ce moment-là ? À mon sens, tout y est humaniste. Là-dessus, beaucoup reprocheraient à Cloud Atlas d’être par moments trop naïf, et à d’autres moments trop idéaliste. Pour ce qui est du catastrophisme, particulièrement sur la timeline Neo Seoul, je trouve en fait le film plutôt lucide dans son traitement d’une société liberticide, organisée en castes et totalement désincarnée. Il suffit de voir le documentaire Samsara pour voir qu’en fait, on y vit déjà. En revanche, Cloud Atlas s’efforce toujours d’insuffler des moments d’espoir quand la seule chose qui nous viendrait à l’esprit, c’est de nous faire hara-kiri. Et, je dois dire, quand je vois le nombre de films qui s’efforcent de nous montrer à quel point non seulement notre monde est odieux, mais aussi et surtout à quel point nous-mêmes sommes des monstres dénués de tout intérêt, j’ai bien envie de me laisser bercer par cette douce mélodie. L’idée que nous sommes maîtres de notre destin, libres de nous débarrasser de nos chaînes, oui ça me plaît. Je réclame à cet égard un droit à l’idéalisme, un droit à la naïveté. Et si c’est pas au cinéma qu’on peut nous faire rêver avec ce genre de thèmes, alors, je vois pas où…

Je finis sur la question du casting. Déjà, j’apprécie l’idée de voir les personnages dans toutes les timelines. Déjà que la structure du film invite au jeu de piste, le fait d’y impliquer le casting me paraît encore plus ludique. Quand j’essaye d’imaginer les six histoires de Cloud Atlasavec des acteurs différents pour chacune, je suis pas convaincu, je pense que ça aurait desservi le message au final. Je ne pense pas qu’on puisse l’interpréter, en revanche, comme une sorte de descendance plus ou moins directe. Je le vois simplement comme un délire de transformisme, avec des personnages qui incarnent plus ou moins les mêmes valeurs que ceux qui apparaissent dans d’autres époques. À mon sens c’est pour ajouter de la cohérence et moins synchroniser les mini-films. En effet, Hugo Weaving n’a que des rôles de méchants, comme Grant d’ailleurs, alors que pour Tom Hanks c’est équilibré. Mais bon, faut dire quand même qu’il a sacrément la gueule de l’emploi, l’agent Smith, non ?

Nébulon : Ouais mais moi, ça m’agace viscéralement. Retrouver les intentions qu’avaient les Wachowski en utilisant ce procédé est une piste de réflexion intéressante pour le film, mais en ce qui me concerne ça me donne juste le sentiment qu’on me prend pour un gros con. Non content de mettre en balance la similitude ou au contraire l’opposition entre les destins des personnages, on pousse le vice jusqu’à une dimension de personnification con-con, notamment concernant Weaving (mais oui, ça lui va bien – il prend en plus un plaisir manifeste à incarner ces rôles dans ce film, et ça se ressent clairement). Je t’accorde qu’ils ont eu le mérite d’assumer pleinement le truc, on sent bien que c’est une volonté réelle et pas une maladresse épouvantable. Seulement je trouve que c’est souligner au fluo ce qui est déjà présent dans le film, ça n’apporte au final rien, si ce n’est , comme je te le disais, l’impression vague que quelque part on doute de la capacité à bien saisir les ressorts de l’histoire.

Je ne savais pas que le film avait été distribué selon le schéma des films indépendants. Je crois Robin, que j’arrive à comprendre plutôt bien les raisons qui te font aimer ce film . Il semble en tous cas être tout à fait évocateur du travail des Wachowski. Le fait que tu mentionnes Speed Racer me fait réaliser que c’est sans doute cela qui te plaît, ce qui est de ton point de vue un très bon film venant enrichir l’œuvre de réalisateurs que tu apprécies. Pour ma part, des Wachowski, je n’ai vu que la trilogie Matrix et V pour Vendetta, dont ils ont écrit l’adaptation, ce qui fait tout de même quatre films. Et hormis le premier Matrix, ainsi que dans une moindre mesure V pour Vendetta, je n’ai pas aimé ces films. Les deux derniers Matrix sont souvent corrects à regarder, mais ils sont très mal dialogués, et le syncrétisme kitsch de leurs innombrables références culturelles assénées avec un manque total de finesse m’ a profondément énervé. J’ai retrouvé beaucoup de ça dans ce film.

Je n’ai pas lu ce roman dont est adapté le film, mais peut-être aurait-il été préférable de ne pas vaille que vaille entremêler ces différentes histoires. De mon point de vue, un triptyque, un quadriptyque ou n’importe quel « polyptyque » aurait été préférable, en choisissant le thème de l’oppression et en faisant un métrage sur chaque ; un peu comme le réal coréen Park Chon-wook et sa trilogie sur le thème de la Vengeance.

Je pense que c’est ainsi que j’aime voir les choses prendre du relief sur plusieurs histoires, je préfère saisir un écho que d’entendre une symphonie explosive. C’est en somme tout à fait personnel. Je reste convaincu que le thème abordé dans le film est totalement desservi par la façon dont il est traité. Concernant Neo Seoul, je n’ai tout simplement pas aimé. C’est trop kitsch pour moi. Et pourtant j’avoue que d’emblée j’ai failli trouver excellente l’idée des Wachowski. Faire d’une simple chaîne de fast-food une culture quasi-autonome qui s’intègre dans un système de caste, oui, pas mal du tout ! Mais le fast-food dégueule de couleurs et de mauvais goût, c’est too much, trop appuyé. Et le surintendant , le boss de ces lieux, me fait pour le coup penser à un Willy Wonka qui aurait vraiment eu une enfance terrifiante. C’est tellement appuyé qu’encore une fois je me demande à regarder ça si on ne me prend pas tout simplement pour un imbécile. Et faire une resucée de Soleil Vert avec le parallèle Savon/Solyient, où l’esclave découvre qu’ils sont nourris à leur insu avec les cadavres des leurs, FRANCHEMENT BOF. Qu’est-ce que ça apporte à l’histoire ? Était-il nécessaire, à ce point du récit, de rajouter une couche supplémentaire pour montrer au spectateur à quel point cette société post-moderne se cannibalise ? D’autant plus qu’un des parallèles avec l’histoire de l’éditeur a désamorcé chez moi l’intention des réas. Lors de sa première tentative pour s’enfuir de la maison de retraite (une des meilleures scènes du film), le héros fait un pied de nez très drôle à l’histoire en citant un extrait de Soleil Vert. Et du coup, plusieurs dizaines de minutes plus tard, j’ai explosé de rire en découvrant l’ultime Destin des esclaves de Papa Song, alors que ce moment est clairement pensé pour être dramatique. Mais bon, je suis peut être un connard cynique et sans cœur. Pour être honnête, j’ai tout de même aimé les moments d’Interrogatoire avec l’Archiviste, dans la désincarnation des rapports humains et de la coercition elle-même. Là, l’espace de quelques minutes, j’ai vraiment senti la tyrannie représentée à son paroxysme, où le déséquilibre des forces en jeu est tel que l’interrogatoire se fait avec un détachement clinique, où il m’a même semblé voire transparaître, chez l’Archiviste une certaine forme de douceur institutionnelle. Là on est dans le vrai totalitarisme. À mon sens, c’est sur les storylines du XIX et XX siècles qu’ils s’en sortent le mieux.

Le film n’est pas anti-humaniste, au contraire, je te rejoins là-dessus, il tend à valoriser la persévérance et érige l’espoir comme vertu cardinale. Je me suis mal exprimé. Je souhaitais faire part en fait de mon agacement lorsqu’un film ou une série américaine nous balance la grande sauce puritaine. Lost m’a définitivement écœuré de tout ça (Dieu, le Destin avec un grand D, la prédestination du leader, le sens du sacrifice, blabla bla prrrout). Et Cloud Atlas tombe en plein là-dedans. Moi ça suffit à me gaver car en ce moment je suis dans cette phase-là. Peut-être cela me dérangera-t-il moins dans quelques années ?

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Robin : Je pense qu’on en arrive à un point où s’expriment vraiment les affinités de chacun, ce qui explique vraisemblablement ton ire et mes éloges. Effectivement, j’apprécie les Wachowski, bien que j’y sois venu un peu tard par rapport aux gens de ma génération (ils avaient déjà vu Matrix quand moi j’étais encore au stade Star Wars pour la faire courte). J’accorde beaucoup d’importance à l’univers certes, mais plus encore je crois à la mise en scène, aux artifices que peuvent être les effets de caméra, de montage ou de post-production. Et, de ce point de vue, je pense que le duo amène au genre une touche d’originalité, moins de conformisme que ce qu’on a l’habitude de voir. Tout blockbusters qu’ils sont, les Matrix sont des films exigeants, dont l’accès est prohibitif pour ceux qui sont justement habitués à un certain schéma, un certain conformisme, une certaine facilité. Et, si on voulait faire un petit débat dans le débat, je pense que Matrix Reloaded est le sommet de la trilogie, mais aussi et surtout un des meilleurs films d’action et SF jamais fait. Mais je crois en effet que son héritage ne va pas au-delà de cette sphère relativement fermée de cinéma. Je crois que les Wachowski ont poussé l’exigence du genre à son paroxysme, et c’est en ce sens que je les respecte. Alors, après, je te l’accorde, les dialogues ne sont pas d’une très grande finesse, mais je crois que leurs histoires ont le mérite d’ériger un pont – peut-être fragile – qui permet à un certain public de passer de la simple bastonnade décérébrée vers quelque chose de plus métaphysique et philosophique, des prémices d’une autre culture, plus mature.

J’ai aussi envie de revenir sur l’univers kitsch des réalisateurs, qui nécessairement, transpire dans Cloud Atlas. Encore que, à part pour Neo Seoul, il est bien moins présent que dans Speed Racer par exemple. Ça n’est pas quelque chose qui me gène, car j’ai la sensation que c’est parfaitement maîtrisé. Alors oui, certains maquillages sont un peu limites, certaines couleurs bavent un peu mais j’aimerais aussi rappeler que pour un film de cette envergure, avec de tels acteurs, le budget de 100 millions est un poil serré. Ce qui est sûr, c’est que les premières timelines, celles du XIXème et du XXème, n’en pâtissent pas. Dans Neo Seoul, ça passe encore car pour moi cette histoire est une caricature, un portrait au vitriol (dans lesquels on trouve quelques bonnes vérités à entendre), et que par conséquent le récit rejoint le visuel. Et puis, n’est-ce pas le propre de la SF de se complaire dans cet univers? Je pense à plein de films : Terminator, tous les Star Wars, Retour vers le Futur, voire même Avatar. Là encore, nous ne sommes pas sensibles aux mêmes choses : toi tu retiens les ficelles un peu grosses et les références un peu lourdingues que tu cites et sur lesquelles je ne te contredis pas, mais pour ma part j’ai adoré Neo Seoul pour les impressionnants plans et séquences qui donnent une esthétique incroyable à une métropole tombée dans une monstruosité absolue.

J’en arrive au dernier point de ma réponse. Je ne suis pas d’accord avec toi quand tu dis que le film aurait été plus convaincant s’il avait aligné les unes après les autres les différentes histoires. Car pour moi, la magie de ce film réside justement dans ce jeu de pistes hyper ludique proposé par ce montage dynamique. Et, en plus, je ne suis pas sûr que le fil directeur que les Wachowski et Tykwer ont choisi de suivre aurait été aussi visible et aussi marquant. Pour moi, cette recomposition permet subtilement d’alterner temps forts et temps faibles, d’harmoniser les histoires autour d’un même thème et surtout d’éviter certaines redondances. Je suis pas fan des films dans les films. Même si je suis admirateur du réalisateur, j’aime pas le chapitrage qu’impose Tarantino à ses œuvres. Pour prendre un exemple un peu tiré par les cheveux, je trouve que Les Infidèles s’est un peu perdu à cause de ça. Je te rejoins néanmoins sur ton appréciation de l’histoire de l’éditeur qui est aussi ma préférée. Cette comédie un peu british dans l’esprit fonctionne à merveille et la scène du pub m’a beaucoup fait rire.

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Nébulon : Je ne voulais pas dire qu’il fallait construire un film basé sur ces histoires en les racontant les unes après les autres. Enfin, pas exactement. En faisant ça, on aurait limite versé dans l’expérimental, non ? Et en plus oui, le fil rouge des Wachowski aurait été totalement impossible à maintenir, là où un certain sens du montage, comme tu le dis, leur permets de tenir certains spectateurs en haleine (je dis certains, car moi je me suis quand même très vite fait chier). Non, ce que je voulais précisément dire c’est qu’il aurait peut-être été plus intéressant de choisir une histoire, une seule, et de la raconter en un métrage. Et puis plus tard, pourquoi pas, d’en raconter une autre, ou en tous cas de voir comment elles auraient pu se faire écho naturellement sans avoir à jouer du yo yo avec la caméra pour indiquer au spectateur qu’il faut bien regarder la lune et non le doigt. Ce fameux fil rouge dont tu parles, il est pour moi un constat d’échec, parce que faut quand même pas déconner, on n’est pas dans Matrix, le propos développé n’a absolument rien d’innovant. Qu’on me raconte une histoire là-dessus, oui, avec plaisir, mais l’intention des Wachowski n’apporte selon moi absolument aucune plus-value. Et donc l’écriture du film est raté.

Je constate quand même qu’en élargissant sur la filmo des Wachowski qu’on tombe d’accord sur deux trois trucs. Tout d’abord tu ne m’entendras jamais dire que leurs films sont au rez-de-chaussée niveau scénario pour un blockbuster. Des films comme ça, il y en a à la pelle, et même des plutôt bons, pour peu qu’on ait envie d’en regarder, on passe un bon moment. Je ne crois pas qu’ils aient jamais eu l’intention de faire ce genre de choses, ne serait-ce que parce qu’ils n’ont pas fait tant de films que ça non plus en dix ans. Seulement avoir des idées c’est une chose, et savoir comment les écrire c’en est une autre ; et c’est très compliqué de savoir faire les deux, même si on adapte un roman ou une BD. Ce ne sont pas, loin s’en faut, les seuls réalisateurs à oublier ce truc, et y’en a pas mal qui se plantent magistralement et avec constance. Je pense très fort à Roland Emmerich, mon poto, dont le talent manifeste chez moi un grand éclat de rire, Emmerich, donc, qui est un peu à l’industrie hollywoodienne ce que le surimi est au poisson , ou Bernard Werber à la publication française. Il va sans dire qu’un film peut être très bon sans scénar. Seulement moi je trouve que celui de Cloud Atlas est mauvais, et qu’en plus privé de cela, il ne reste pas forcément grand chose. Alors non, il ne faut pas clouer les Wachowski au pilori, et je comprends qu’on puisse aimer. Je trouve ça dommage, mais je comprends. En ce qui me concerne la direction artistique m’a un peu laissé de glace, c’est dommage parce qu’effectivement la photographie est loin d’être dégueu, mais là oui on est dans le subjectif. Moi ça ne m’a pas fait grand chose.

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Gibet : Si je puis me permettre, en relisant vos trucs, je m’aperçois – sans avoir vu le film – qu’il semble y avoir une contradiction philosophique assez énorme entre le fond et la forme dans Cloud Atlas. Robin, tu dis que le film est humaniste. Mais réduire sept situations très différentes et les je-ne-sais-pas combien de personnages qui vont avec à un schéma manichéen oppresseur / oppressé, même si c’est pour exalter l’espoir le désir de libération je sais pas quoi, c’est tout sauf humaniste. Un vrai film humaniste, ce serait par exemple Orange Mécanique, où Kubrick teste en gros la pulsion d’ordre et la pulsion de désordre, pour montrer dans chacune d’elle ce qu’il peut y avoir de jouissif et de malsain, avec un axe bien / mal très fluctuant – et libre à toi de penser ce que tu veux quand tu sors du ciné, c’est un questionnement, pas une affirmation. Là les Wachowski arrivent avec leur petit Descartes illustré et expliquent ce qu’est la vie au spectateur. Un film humaniste, comme le sous-entendait Nébulon avec l’exemple de Magnolia, ça ne devrait pas emprisonner ses persos dans un schéma plaqué et a fortiori son spectateur dans une vision du monde cadenassée.

Robin : Je sais pas trop quoi te répondre, Gibet. Mon opinion est sans doute très contestable, mais je pense qu’il y a de nombreuses situations pour lesquelles la frontière entre bien et mal n’est pas fluctuante. Le manichéisme, sorte de point Godwin de la critique cinématographique, n’est pas un problème en soi pour moi, tout dépend de la lourdeur ou de la légèreté avec laquelle il est mis en scène, car il est présent de 80% des œuvres, qu’il s’agisse de romans ou de films. Je reste sur ma position que Cloud Atlas est profondément humaniste. Mais ça n’est pas un film sur l’humanisme. C’est un film sur la notion de révolte à différentes échelles.

Gibet : Robin, le manichéisme dans un film soi-disant humaniste, c’est contradictoire. Sinon je m’en fiche, j’adore le ciné classique américain, dans le genre manichéen on peut difficilement faire pire – mais le manichéisme, et l’éventuelle naïveté qui va avec, y sont assumés, ils essaient pas de faire style ils vont dire des trucs profonds sur l’homme. Pour ce qui est des situations « pour lesquelles la frontière entre bien et mal n’est pas fluctuante », je vois ce que tu veux dire, mais je reprends mon exemple d’Orange Mécanique : la pulsion de désordre y est à la fois jouissive (parce que la première moitié est pleine d’une frénésie très violente mais aussi extrêmement joyeuse) et malsaine (parce qu’Alex est incontrôlable, nihiliste, parce qu’il va beaucoup trop loin), et pareil pour la pulsion d’ordre – la rééducation d’Alex est montrée comme un supplice et Alex comme un martyr, mais en même temps la mise en scène et l’écriture de Kubrick, qui travaillent ici plus que jamais la symétrie, sont puissantes justement parce qu’elles sont obsédées par l’ordre… En gros, c’est complexe, c’est même volontiers paradoxal, et je pense pas qu’on puisse se targuer d’être humaniste dans notre monde moderne sans rendre justice à la complexité de toute situation. C’est bien de dire qu’il y a d’un côte des oppresseurs méchants et des oppressées gentils et courageux, mais c’est encore mieux de par exemple prendre en compte les nuances qu’apportent une réflexion comme la dialectique du maître et de l’esclave. Après c’est peut-être présent dans le film. Mais ça ne se sent pas de vos propos, et j’avais besoin de dire ça, car sinon je me serai senti mal toute ma vie TOUTE MA VIE

Lune : Bon ça y est, j’me fais chier.

Les tops et flops ciné 2013 de Robin et Aloïs !

LE TOP 10 CINÉ 2013 DE ROBIN

10 – La Vie d’Adèle : Chapitres 1 et 2, Abdellatif Kechiche

9 – Conjuring : Les Dossiers Warren, James Wan

8 – Mud : Sur les rives du Mississippi, Jeff Nichols

7 – Lone Ranger, naissance d’un héros, Gore Verbinski

6 – Gravity, Alfonso Cuarón

5 – Zero Dark Thirty, Kathryn Bigelow

4 – Samsara, Ron Fricke

3 – Django Unchained, Quentin Tarantino

2 – Le Hobbit : La Désolation de Smaug, Peter Jackson

1 – Cloud Atlas, Andy et Lana Wachowski et Tom Tykwer

LE TOP 9 CINÉ 2013 D’ALOÏS

Le Hobbit : La Désolation de Smaug, Peter Jackson

Django Unchained, Quentin Tarantino

Kick-Ass 2, Jeff Wadlow

Monstres Academy, Dan Scanlon

7 Psychopathes, Martin McDonagh

Pacific Rim, Guillermo Del Toro

Le Dernier Pub avant la fin du monde, Edgar Wright

Riddick, David Twohy

Thor : Le Monde des ténèbres, Alan Taylor

LE FLOP 5 CINÉ 2013 DE ROBIN

5 – Spring Breakers, Harmony Korine

4 – Insidious : Chapitre 2, James Wan

3 – Kick-Ass 2, Jeff Wadlow

2 – The Mortal Instruments : La Cité des ténèbres, Harald Zwart

1 – Man of Steel, Zack Snyder

LE FLOP 5 CINÉ 2013 D’ALOÏS

Carrie, la vengeance, Kimberly Peirce

Mamà, Andres Muschietti

Evil Dead, Fede Alvarez

World War Z, Marc Forster

Wolverine : le combat de l’immortel, James Mangold

ROBIN ET ALOÏS ARGUMENTENT

La Vie d’Adèle, Abdellatif Kechiche (clique pour voir notre critique collective)

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Robin : Dans La Vie d’Adèle, j’ai adoré la façon dont Kechiche a abordé ses personnages. On a là un film sans filtre, brut, et qui du coup devient très intime, ce qui est renforcé par l’utilisation systématique du gros plan. L’œuvre doit une grande part de sa réussite à l’alchimie entre Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos qui forment un duo tout en complicité et sensualité. Le regard posé par Kechiche sur le visage et le corps des deux femmes est particulièrement puissant et évocateur. Même si l’ensemble est assez inégal, les quelques scènes hyper sensitives, esthétiques, sobres et colorées ont le souffle suffisant pour emporter l’adhésion.

Conjuring : Les Dossiers Warren, James Wan

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Robin : Ce sacré filou de James Wan réussit l’exploit, dans une même année, d’être dans mon top et dans mon flop. On pourrait presque croire qu’il l’a fait exprès. Pour Conjuring, il a récupéré Patrick Wilson (déjà dans Insidious), et l’excellente Vera Farmiga. Il est allé fouiner dans les vieux dossiers des Warren, couple chasseur de phénomènes paranormaux, pour nous ressortir une vieille histoire d’exorcisme à la sauce Salem. Rien de bien original me direz-vous. Sauf que Wan, sorte de prodige de cirque du cinéma d’horreur et gore, s’amuse des codes du genre et met ses spectateurs dans des moments de confort pour mieux les effrayer. J’aime pas trop les films qui font peur, mais je crois que c’est le meilleur que j’aie vu. C’est malsain à souhait, et il y a deux-trois jump scares à vous faire péter votre plafond. Et en plus, on y trouve de vraies idées de cinoche qu’on voit pas dans d’autres films d’horreur.

Aloïs : Conjuring n’est pas bon. « Rien de bien original me direz-vous ». Voilà, tout est dit. Le film n’est pas gore pour commencer, préférant se diriger vers un style horreur où l’ambiance va servir son projet : mise en place des différents éléments, tension croissante, angoisse. Le début y parvient avec brio, j’ai été très surpris, m’attendant à voir là un bon film d’horreur. Mais ça s’arrête là, au moment même au final où les héros se mêlent à l’histoire. Dès lors, le scène fait intervenir des personnages inutiles dont on ne connait ni le but ni le nom, les cumulant avec des scènes  qui le sont tout autant (parlons de ce fameux moment où monsieur Warren décide entre deux examens du lieu le plus hanté du monde d’aller réparer la voiture qui traine là au fond du jardin). Le reste, c’est du vu et revu, avec en prime d’autres moments wtf qui ne servent toujours à rien : les autres fantômes tombent comme un cheveu sur la soupe, ne servent pas, n’ont AUCUN intérêt. Le fantôme boss final qui semblait être totalement badass, parvenant même à menacer directement les héros en s’en prenant à leur fille se fait finalement rétamer par le pouvoir de l’amour. Comme quoi, vive les photos de famille. D’ailleurs la fin est juste expédiée : « Oh non, ma femme est soudainement contrôlée par l’esprit malin, allons l’exorciser, ça y est, fin ». Et puis la mention : « inspiré d’une histoire vraie », c’est tellement cliché… Et puis bonjour la tête des Warren, comme quoi le cinéma ça te permet de rendre tout le monde carrément beau gosse. Paye ta crédibilité d’histoire vraie. Et puis de toute manière, l’actrice qui joue la mère, c’est celle dans Six Feet Under qui joue la femme de Nat trop pénible.

Robin1) J’ai pas dit que le film était gore. 2) C’est quoi ton délire avec le participe présent ?

Aloïs : Nan mais si on en vient à la grammaire comme seul argument de contre… Avoue AVOUE : les scènes useless, les personnages useless, le fantôme useless.

Robin : Non j’avoue rien, je trouve que tu es un personnage méprisable. Il y a des jump scares de malade mental, une ambiance hyper travaillée, et dans la mesure où la reprise des codes et des clichés (dont fait partie la gratuité, tous les films d’horreur sont par essence gratuits) est assumée et qu’on joue avec ça me pose aucun problème. T’as dû oublier de mettre tes lunettes 3D pendant le film.

Aloïs : Je l’ai regardé sur le support qui lui convenait le mieux, un ordinateur sur une plateforme de téléchargement lambda, et même en 720p, c’était toujours nul. À partir du moment où tu colles « inspiré d’une histoire vraie » sur ton film d’horreur, tu sais que ça va être daubesque.

Gibet : À partir du moment où tu colles « inspiré d’une histoire vraie » sur ton film, tu sais que ça va être daubesque.

Robin : Hitler n’aurait pas dit mieux. C’est tellement facile de vomir sur des clichés en pensant que ça te rend plus original.

Aloïs : En attendant ça rend ton argument caduque.

Robin : Il ne suffit pas de dire que mon argument est caduque pour qu’il le soit.

Aloïs : À l’occasion je te fournirais une longue liste d’au moins deux bons films d’horreur, histoire que tu vois ce qui est bon.

Robin :  Mais oui, ça sera sûrement très instructif, enseigne-moi.

Aloïs : Le début de Conjuring est bien, l’heure et demie suivante non. Dommage pour un film de 1h33.

Robin : Vous avez tort M. Top 9

Aloïs : Excusez-moi de ne pas trouver qu’un fantôme qui pour plus grosse attaque tire les pieds de fillettes endormies soit très effrayant…

Mud : Sur les rives du Mississippi, Jeff Nichols (clique pour voir la critique de Robin)

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Robin : Je vous conseille fortement de passer sur Amazon et d’ajouter à votre panier Mud, un film très chaleureux et franchement bien foutu. C’est pour une fois très plaisant de voir une œuvre qui évoque l’adolescence sans aller chercher les clichés les plus faciles et dégoûtants. Cette histoire d’initiation, quelque part entre Tom Sawyer et L’Ombre du Vent, reprend les codes romanesques du genre avec une grande poésie et se concrétise en l’un des films les plus charmants vus cette année.

Lone Ranger, naissance d’un héros, Gore Verbinski

Robin : C’est très à reculons que je suis allé voir ce blockbuster qui me semblait être un revival dePirates des Caraïbes dans le far-west, mais force est de constater que j’ai été cueilli par un film extrêmement fun et bien ficelé. Verbinski a repris des ingrédients de ses pirateries, mais les bons : une reconstitution et des décors qui invitent à une gigantesque fête foraine, un duo d’acteurs très complice avec des gags parfois un peu réchauffés mais pas déplaisants, et de l’action hyper dynamique montée sur du Rossini comme on en a rarement vu en 2013 (pas même chez Pacific Rim). Ajoutons que le film, qui remémore l’essor des États-Unis aux débuts du chemin de fer et de l’exploitation des mines d’argent, sort des sentiers battus du blockbuster en rappelant que ce développement yankee s’est appuyé sur des violences faites aux populations amérindiennes. C’est peut-être ce ton légèrement polémique qui a causé le vautrage de Lone Ranger au box-office.

Gravity, Alfonso Cuarón

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Robin : James Cameron, qui n’est pas une bille en effets spéciaux, avait dit à Cuarón qu’il serait incapable de réaliser son projet avant plusieurs années. Mais le metteur en scène mexicain a finalement tenu son pari avec Gravity, film qui réussit le tour de force de présenter un huis-clos dans un espace infini. Les pérégrinations de Sandra Bullock sont angoissantes et rythmées, si bien qu’on en regretterait presque de n’y passer qu’une heure et demi. Loin des réalisateurs prétentieux et pompiers qui s’imposent et nous imposent des effets de style grotesques pour impressionner, Cuarón, en diminuant au maximum le nombre de plans pour gagner en fluidité, nous fait perdre nos repères. C’est quand on se surprend à se dire « c’est vachement réaliste » alors que nous, commun des mortels, ne sommes jamais allés dans l’espace, qu’on se dit qu’il est sacrément fort, ce mexicain.

Zero Dark Thirty, Kathryn Bigelow

top06

Robin : En s’appuyant sur un académisme extrêmement poussé (plans et photographie impeccables), Kathryn Bigelow s’attaque aux obsessions américaines des dix dernières années : la traque de son bourreau, Oussama Ben Laden. Le regard posé sur l’administration américaine prête à employer les moyens les plus coûteux et les plus douteux pour abattre le dahu est sans concession. Que d’hommes, que de cerveaux, que de dollars ont été employés dans cette frénésie pour chasser l’ennemi public numéro 1 ! Jessica Chastain incarne brillamment ce cerveau, cette vie meurtrie, cette schizophrénie jusqu’au bout de ses ongles rongés. Et, jusqu’à l’emballement final (l’assaut contre Ben Laden mis en scène en temps réel), Zero Dark Thirty devient cet impitoyable et efficace thriller tamisé.

Samsara, Ron Fricke

top07

Robin : Avec sa caméra 70mm, Ron Fricke a parcouru pendant plusieurs années 25 pays du globe pour son film Samsara, œuvre hybride entre le zapping de Canal + et un documentaire de la chaîne Planète. Les images, sans commentaires, et enchaînées les unes aux autres dans un ordre logique, nous révèlent notre monde, les merveilles réalisées par la nature et celles réalisées par le génie technique et artistique de l’homme. Il nous montre également, sans pudeur et sans lourdeur, l’exploitation destructrice, sauvage et incontrôlable que nous en faisons. Visionner ce film, c’est subir une expérience existentielle unique : être balloté  entre le ravissement et la culpabilité vous laisse à la fin une drôle d’impression dans le bide.

Django Unchained, Quentin Tarantino (clique pour voir la critique de Robin)

top08

Robin : En assumant sa volonté de jouer avec les instincts les plus bas, Tarantino réussit pleinement son deuxième volume de la vengeance (qui est souvent fondée sur les instincts les plus bas). Tous les ingrédients du bon Tarantino sont là : le goût prononcé pour le cliché, le soin pris à l’élaboration de dialogues savoureux et jubilatoires, etc. Le monologue de DiCaprio dans une séquence très théâtrale dans la mise en scène est pour moi l’une des meilleures vues en 2013.  Mais pour prendre son pied dans cette nouvelle épopée, il faut adhérer aux ressorts un poil vulgaire de l’œuvre et apprécier la jouissance décomplexée. Un peu comme pour l’échangisme.

Aloïs : Après un Unglourious Basterds que je n’avais pas du tout apprécié malgré mon engouement pour la filmographie de Tarantino, le réalisateur revient sur le thème de la vengeance avec ce qui se veut être dans la droite lignée des westerns spaghetti, et qui y parvient avec succès. Django Unchainedoffre un spectacle tout à fait jouissif en reprenant des codes chers au réalisateur, entre violence gratuite et démesurée, stéréotypes, exagérations, personnages emblématiques et surtout dialogues de haute volée. La performance de DiCaprio est excellente, tout comme celle de son collègue Christoph Waltz, rencontre qui trouve son apogée lors de leur confrontation finale. Même si les scènes de fin alourdissent un peu l’ensemble selon moi (fusillades et explosions à tout va), l’ensemble n’en demeure pas moins jouissif et me fait renouer avec Tarantino après ce petit écart sur la seconde guerre mondiale.

Le Hobbit : La Désolation de Smaug, Peter Jackson

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Robin : Un an seulement après Un voyage inattendu la joyeuse troupe de nains en quête de leur royaume perdu reviennent avec La Désolation de Smaug. Et la trilogie semble avec ce deuxième volet monter en puissance. Cet épisode de transition introduit de nouveaux personnages et se révèle plus spectaculaire et plus épique que son prédécesseur, dans une ambiance toujours féérique mais aussi beaucoup plus sombre. L’expérience est à vivre en HFR, qui permet de suivre les différents combats avec une fluidité sans précédent. Le bijou du film est Smaug, le dragon XXXL (qui ruine définitivement les arguments des antis performance capture), et qui laisse Jackson recourir à son génie de la mise en scène, jouant sur le gigantisme de la bête et le minimalisme des nains. Sur le plan du divertissement et du spectaculaire, Jackson place sa trilogie bien au-dessus de tout le reste aujourd’hui.

Aloïs : Si les Inrocks et quelques détracteurs soulèveront des critiques négatives quant à ce deuxième volet de la trilogie, passez outre et profitez que la populace soit en train de se servir dans les magasins pour profiter du spectacle. Avec une 3D qui réussit au film, la magie, les décors, l’intrigue même vous offre un nouveau voyage au cœur de l’univers de Tolkien revisité par le réalisateur avec brio. Si quelques points sont effectivement sujets à discussion (notamment le personnage de Tauriel), l’immersion reste toujours aussi plaisante, et il tarde d’attendre une année de plus pour visionner le dénouement de la quête de cette joyeuse compagnie de petits hommes.

Cloud Atlas, Andy et Lana Wachowski et Tom Tykwer (clique pour voir la critique de Robin)

top10

Robin : Les trois réalisateurs de ce sublime film protéiforme construit comme une poupée russe se muent en faiseurs de rêves, conteurs subtiles du monde passé, présent et futur. Œuvre cinématographique inédite et sacrément culottée, Cloud Atlas n’est pas un film que se comprend mais qui se saisit. À travers six tableaux (un film d’époque, un drame, un polar, une comédie, une science-fiction et une fantasy d’anticipation) chronologiquement éparpillés mais intimement reliés par un chassé-croisé constant, le film questionne intimement son spectateur sur sa capacité à exercer son libre-arbitre, sur le sens de sa vie, sur les liens qu’il tisse avec les autres.

Aloïs : Cloud Atlas c’est cool.

Kick-Ass 2, Jeff Wadlow

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Robin : Après un premier opus somme toute sympathique, Kick-Ass remet le couvert avec un deuxième film sous acide. L’effet cartoon est toujours là, mais la première surprise de son prédécesseur est passée. On a voulu ici forcer encore un peu plus le trait et il s’en dégage un visuel d’une grande laideur, sauf éventuellement pour les épileptiques et les daltoniens. Sous couvert de fun, de sauvagerie décomplexée et d’un ton soi-disant « différent » se cachent finalement les mêmes valeurs conservatrices et réactionnaires qui dégoulinent dans toutes les pires saloperies hollywoodiennes. Pour ceux qui aiment le style et l’esthétisme du film, on ne saurait que trop leur conseiller d’aller jeter un coup d’œil à Scott Pilgrim vs The World, autrement plus intelligent, ou d’aller voir un ophtalmo.

Aloïs : Kick-Ass 2 se retrouve dans mon top et ne démérite pas sa place. Le film en a fait tiquer plus d’un, mais j’ai véritablement passé un excellent moment en allant le voir. Entre action et répliques cultes, on ne décroche pas. La critique la plus récurrente revient sur ce changement d’ambiance par rapport au premier, sa vulgarisation et sa violence. Mais cette ambiance colle aussi beaucoup plus à celle du comics d’origine et ne nuit absolument pas au film si on se prête au jeu. Et puis il y a Chloë Moretz, et ça, ça excuse (presque) tout.

Robin : L’argument de la vulgarisation et de la violence, pour moi, c’est juste une posture un peu niaise : j’aurais préféré davantage de gratuité dans la sauvagerie, comme, il me semble, c’est le cas dans le comics. Mais SURTOUT, cette pseudo-violence est rendue stérile par les bons sentiments qui dégueulent autant que la photographie du film. Et puis, Chloë Moretz, j’ai du mal à la voir autrement qu’une Emma Watson du pauvre.

Aloïs : Bons sentiments ? Justement ce qu’il y a de bien sympa avec ce film c’est qu’il n’est à aucun moment moralisateur ou plein de bons sentiments. La touche kiss/girly finale est limite « obligatoire » par convention de ce type de ciné, comme elle l’était dans le 1, en bien plus présente au final. Et puis sérieusement, comparer Chloë Moretz à Emma Watson, c’est comme donner de la confiture de caviar à un mouton.

Robin : La relation père adoptif-fille trop chouki c’est pas plein de bons sentiments ? Enfin merde y a 12 000 exemples comme ça dans le film.

Aloïs : Ce personnage mineur qui apparaît en tout et pour tout 12 secondes pour faire une morale qui sera brisée dans la scène qui suit ?

Robin : Le père adoptif n’apparaît pas 12 secondes dans le film, arrête de déconner.

Aloïs : 15.

Robin : Pfff c’est le fil conducteur de la gonzesse arrête de divaguer.

Aloïs : Il apparaît en disant « pas bien fille que tu sortes tuer des lascars ». Il lui fait une soupe, et essaie de la tracer pour la prendre sur le fait qu’elle est pas malade. Elle en a rien à battre la gamine. À la fin elle se casse sans pression, sans dire merci.

Robin : T’es fou. Toutes les relations entre les personnages sont fondées sur une forme de bien-pensance un peu douteuse. Tu oublies aussi que la gamine essaie de se la jouer meuf populaire du lycée, mais au final il faut que tu sois toi-même blablabla.

Aloïs : Quand elle est elle-même, elle taz des meufs au bâton à vomi. D’où c’est de la bien-pensance ?

Monstres Academy, Dan Scanlon

top12

Aloïs : Petite surprise de cette année 2013, j’ai été voir ce film un peu à reculons, m’attendant à ce que cette préquelle d’un de mes Pixar préférés nuise à ce dernier. Finalement, je n’ai absolument pas été déçu, et ce retour en enfance m’a au contraire offert de sympathiques retrouvailles avec Bob et Sully. L’univers est là, les personnages sont là, l’ambiance est là, bref, tout y est. Si bien sûr le trait est un peu forcé sur certains points (stéréotypes de personnages de la fac, entre les faiblards au grand cœur et les brutes de la confrérie avec un nom latin lambda), ce faux teen movie réussit à convaincre dès les premières minutes et jusqu’au générique de fin.

7 Psychopathes, Martin McDonagh

top13

Aloïs : Après le très bon Bon Baisers de Bruges, Martin McDonagh revient avec un second film totalement barré. Sans être particulièrement fan des acteurs qui figurent à l’affiche de ce film, on doit reconnaître qu’ils s’en sortent avec brio dans leur rôle de détraqués. Parler du film est assez compliqué puisqu’il prend des tournants assez brusques très rapidement sans qu’on s’y attende le moins du monde mais au final il nous offre un spectacle complètement fou et surprenant. Et Sam Rockwell constitue à lui seul une raison de voir ce film tant il est bon dans son rôle.

Pacific Rim, Guillermo Del Toro (clique pour voir notre critique collective)

top14

Aloïs : J’ai kiffé voir des robots géants taper sur des monstres en images de synthèse. Car oui, j’ai kiffé ma race de voir Optimus Prime tatanner Godzilla, et que de toute manière j’allais voir le film pour cela, et rien de plus. Je ne reviendrai pas sur la critique émise par mes collègues du blog quant au film, à laquelle je m’oppose farouchement : dire qu’un blockbuster est mauvais parce que la psychologie des personnages n’est pas assez aboutie… Non, j’ai dit que je ne reviendrai pas dessus. Au final le film offre un spectacle des plus impressionnants qui remplit son contrat quant à ce que j’attendais de lui.

Robin : Moi je vais revenir sur la critique de tes collègues parce qu’elle a du sens. Et d’ailleurs, tu n’as sans doute pas bien lu. On ne dit pas que la psychologie des personnages n’est pas assez aboutie, on dit qu’elle est carrément inexistante. On savait bien qu’on n’allait pas voir du Polanski, mais ce niveau d’indigence passerait à peine pour Tfou. Donc, au final, oui, on a un Godzilla, un Transformers, mais rien de mieux. Pour voir de la belle action et du fun, autant regarder Lone Ranger.

Gibet : Oh le relou. Tu as déjà fait cette attaque, Aloïs, et j’ai déjà répondu à cette attaque. Relis notre critique, comme Robin dit, ce n’est pas du tout ce qu’on dit. Qu’un blockbuster s’en branle de la psychologie des persos, ça me dérange pas, c’est même bien. Mais là Pacific Rim, c’est UNE HEURE AU MOINS sans baston et avec juste du développement de personnage. Alors soit on le fait bien, soit on le fait pas, mais faut que t’arrêtes avec cet argument de “c’est juste des robots qui se battent avec des dinos arrêtez de prendre ça trop au sérieux” – le film c’est pas ça concrètement.  Comme je disais déjà dans la critique collective, je trouve du coup Transformers beaucoup plus abouti dans le genre blockbuster bourrin : Michael Bay sait tout à fait à qui il s’adresse (l’ado américain moyen), et il sort jamais du cahier des charges (baston, virilité à prouver, bagnole, meuf bonne). Par ailleurs, il est pas du tout exclu, mon cher, de faire un truc qui concilie le bourrin et – bon on va pas aller jusqu’à parler de subtilité – et un minimum de logique narrative et de rythme.

Aloïs : Ok, bah dans ce cas je contre-argumente en disant que ça ne m’a absolument pas ennuyé d’avoir cette heure de plus entre deux scènes de combat pour s’arrêter sur ce genre d’éléments. C’est donc une simple question de points de vue. J’ai trouvé intéressant de voir ce qui y était développé, même si ce n’est pas le point fort du film. Ça ne l’alourdit pas à mon sens.

Gibet : C’est pas un argument ça, c’est un ressenti. 

Le Dernier Pub avant la fin du monde, Edgard Wright

top15

Aloïs : Dernier volet de la trilogie Cornetto, le film aborde le genre de la science-fiction après les zombies et les policiers. Un peu moins drôle que ses ainés, il est cependant de loin le plus décalé des trois. Je n’avais pas vu la bande-annonce ni lu le résumé, aussi j’ai été très surpris arrivé à la moitié du film lorsque les événements s’accélèrent. Simon Pegg porte le film à lui seul avec son personnage du King, et nous offre une prestation assez impressionnante, prouvant qu’il peut encore aller très loin en tant qu’acteur. Bref, une comédie à l’anglaise loufoque.

Riddick, David Twohy

top16

Aloïs : Troisième volet des aventures de Riddick, les retrouvailles avec le criminel de l’espace sont pour le moins rudes : trahi par ses anciens ennemis dont il était devenu le seigneur dans l’opus précédent, Riddick se retrouve seul sur une planète désertique de laquelle il va chercher à s’échapper. Tourné avec un budget 3 fois moins élevé que celui des deux précédents épisodes, le film n’en est pas moins une réussite, ne serait-ce que pour l’ambiance qu’il dégage. On ne voit que peu le tueur dans le film, qui se focalise sur les chasseurs de prime venus le capturer, devant faire face à un ennemi des plus retors et malins. Ce focus ambitieux réussit à séduire et offre une très bonne parenthèse aux aventures de Vin Diesel.

Thor : Le Monde des ténèbres, Alan Taylor

top17

Aloïs : Autant je n’avais pas beaucoup apprécié le premier film, autant cette suite m’a véritablement surprise. Assumant un côté bien plus décalé qui semble se légitimer de plus en plus dans les productions Marvel, le film gagne en légèreté et en efficacité. Alliant action et répliques excellentes, on pourrait même le classer comme comédie fantastique, le combat final étant lui-même un gros n’importe quoi. Mais finalement, ce choix convient bien plus à ce grand blond baraqué de Chris Hemsworth dont le personnage gagne en charisme autrement qu’en s’affichant torse nu devant la caméra.

Gibet : Dis-moi, Aloïs, tu emmerdais pas Robin l’année dernière car il foutait que des blockbusters américains dans son top ? TU AS MIS UN FILM ANGLICHE, et encore c’est foutu par des types totalement hollywoodiens, dans la mesure où ils ont le gros swag à L.A. À LA BARRE !

Aloïs : T’as le seum avoue.

Spring Breakers, Harmony Korine

top18

Robin : Quand tu es sur le point de voir ce film, tu t’attends à quelque chose fun, ou, au moins, de sexy. Tu te dis le marketing te l’a vendu comme ça, et que c’est ton droit d’obtenir CE QUE LE MARKETING T’A VENDU. Au final t’es autant déçu que quand tu ouvres la boite de ton Big Tasty et qu’il n’est pas aussi beau que sur l’affiche. Ce film, on dirait un Very Bad Trip réalisé par le mec le plus stone et le plus déprimé du monde. Au final, l’idée de montrer une jeunesse décadente se révèle aussi convaincante que LOL ou qu’un livre de Michel Onfray dans un film pompeux, bavard, laid et long comme un jour sans pain.

Gibet : Je l’ai pas vu mais c’est pas le but justement la malhonnêteté ? Piéger les midinettes et les branleurs ? Est-ce que du coup ton témoignage impulsif d’onaniste frustré ne serait pas en train de manifester la réussite du film ?

Aloïs : Lol. A part Selena Gomez à walpé, je suis d’accord avec Robin. Le but du film de vouloir contrer le feu par le feu ne prend à aucun moment et le parodie même.

Gibet : Je t’ai pas causé, Aloïs. 

Insidious : Chapitre 2, James Wan

Robin : Sacré James Wan. Quelques semaines après Conjuring sort la suite d’Insidious, pourtant excellent, mais qui aurait dû rester ce one-shot plein de bonnes trouvailles et d’hommages. Loin du bon feeling laissé par le premier volet, cette suite directe, écrite sur du papier brouillon, développe un scénario presque poli et sans idées où les jump scares, un poil convenus, viennent nous rappeler qu’on est bien devant un film d’horreur. Pendant une heure et demi, le tout ronronne gentiment si bien qu’on se demande quel investissement James Wan y a mis, lui qui a annoncé qu’Insidious 2  serait son dernier film d’horreur.

AloïsConjuring n’est absolument pas bon.

The Mortal Instruments : La Cité des ténèbres, Harald Zwart

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Robin : Cette espèce de fusion démoniaque entre Twilight et Resident Evil compile absolument tous les défauts de ses « modèles » : une reconstitution d’un monde fantastique passée dans un Blender, une action lobotomisée par une photographie sombre et moisie pour masquer les très nombreuses imperfections,  des décors Play-Doh, des monstres faits sur Paint et un triangle amoureux aromatisé à l’eau de rose pas très fraîche.

Man of Steel, Zack Snyder

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Robin : Le reboot du superhéros à la cape (plus de 2h30 de souffrance !) est le pire film que j’ai vu cette année. Toute la mythologie du personnage est salopée par une construction grotesque accumulant des flash-backs très mal placés et des situations aberrantes censées élever Clark Kent au rang de quasi-divinité. Seulement, les dialogues d’une pauvreté éthiopienne et le manque de charisme des bons et des mauvais donnent l’impression que le film essaie désespérément de rentrer dans le moule insignifiant du nolanisme stérile. Le reste n’est qu’un amas de vomi numérique grisonnant dans lequel l’action est plus digne de Dragon Ball Z que d’une œuvre cinématographique spectaculaire.

Carrie, la vengeance, Kimberly Peirce

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Aloïs : Bon, quand je disais que la présence de Chloë Moretz pouvait presque tout excuser, le presque servait justement à anticiper ce film. Carrie, la vengeance : le titre parle de lui-même. Non content de vous spoiler l’intégralité dans la bande-annonce (si si, je vous jure), sachez que le film est un remake de celui de De Palma, qui porte le même titre, la vengeance en moins. Un teen movie qui se prétend film d’épouvante horreur mais dont les feuilles du navet qu’il incarne ne parviennent même pas à sortir de terre. La fin pitoyable est à l’image du reste. Chloë, je t’aime, mais je t’en prie, plus jamais ça.

Mamà, Andres Muschietti

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Aloïs : Mamà, ou le pire film de 2013 selon Aloïs. Je suis allé le voir sur les conseils d’un ami qui aujourd’hui est mort. Je me pencherai en plus en détails prochainement dessus, ce « film » méritant un article à lui seul, mais sache que tu ne dois pas le voir. C’est minable du début à la fin. Pas crédible, pas flippant, des effets spéciaux réalisés sous Paint, des scènes d’angoisse qui font marrer (oui, ça me fait marrer une perruque qui glisse sur le plancher pour faire genre que le fantôme marche vers toi sous le sol), une histoire digne d’un film d’horreur par contre, et qui tient par conséquent sur deux post-it, une fin inéluctablement médiocre après un début nul et un milieu moisi. Du grand talent.

Evil Dead, Fede Alvarez

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Aloïs : Reprise du film de Sam Raimi sorti en 1981, l’affiche nous promet l’expérience la plus terrifiante. J’attends encore. Là aussi je reviendrai sur ce film au cours d’un article (quasiment tapé à 90% depuis six mois…) qui mérite une demi-étoile sur Allociné. Tout n’est que clichés nuls de films d’horreurs, les personnages sont teubés, l’esprit méchant est teubé, le héros a le charisme du gnou qui a tué Mufasa, le film veut faire peur en foutant du gore exagéré, ce qui est la première règle à éviter pour tout bon film d’horreur : si 100 litres d’hémoglobines sont nécessaires pour faire peur, au détriment de trucs un peu désuets comme l’ambiance, la psychologie, la tension, c’est que ça va être pas terrible. Là en l’occurrence c’est tout naze.

World War Z, Marc Forster

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Aloïs : J’en attendais peut-être un peu trop de ce film qui m’avait intrigué de par une bande-annonce qui ne divulguait pas grand-chose mais promettait un spectacle assez saisissant. Sans être fan de Brad Pitt, le bonhomme a tout de même un certain charisme et j’étais curieux de le voir dans ce genre de film. Finalement je n’ai rien eu, du moins rien de bon. Entre scènes ridicules, longueurs interminables, inutilité flagrante des seconds rôles, aussi crédible qu’un adolescent emo qui ne se scarifie pas… Bref, rien à garder ici aussi… Le film est apparemment tiré d’un roman, mais aux quelques critiques que j’ai pu lire, ne le suis absolument pas, au grand dam des fans de l’œuvre.

Wolverine : le combat de l’immortel, James Mangold

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Aloïs : Autant je ne m’ennuie pas forcément devant des films nuls, autant Wolverine m’a franchement fait bailler, hésitant même à quitter la salle pendant le visionnage. En laissant de côté cet aspect tout à fait déplaisant, tout est à revoir également, des scènes d’action mal foutues auxquelles on ne voit rien, à la narration nulle, aux décors approximatifs, clichés pathétiques, effets spéciaux risibles… et c’est looooong. Même s’il vous est arrivé de mouiller un peu vos sous-vêtements devant Hugh Jackman, évitez ce film. Pour votre bien, et celui de vos voisins (cette phrase n’a aucun sens).

Robin : Même si je suis d’accord avec quelques unes des faiblesses que tu pointes du doigt, je dois pourtant dire que ce nouveau Wolverine efface le douloureux souvenir du film Origins de 2009. Hugh Jackman y est plus charismatique que jamais et l’ambiance Japon est plutôt agréable. Pour ce qui est de l’action, la scène sur le toit du TGV est franchement bien baisée.

Cloud Atlas c’est génial

Cloud Atlas, réalisé par un trio de réalisateurs – Tom Tykwer (Le Parfum) / Andy & Lana (ex-Larry) Wachowski (Matrix, Speed Racer) – faisait partie de ces projets que j’avais particulièrement envie de découvrir. Le chemin de croix que les créateurs ont dû emprunter pour financer et distribuer l’adaptation du roman de David Mitchell, son étonnant statut de film « indépendant » mais millionnaire (100 ME de budget), la claque reçue par une très faible mobilisation de la critique et du public au moment de sa sortie américaine, contrastant avec l’attente monumentale d’une génération geek profondément marquée par la trilogie Matrix, donnaient à Cloud Atlas une aura particulièrement atypique.

De fait, les Wachowski bénéficient (ou souffrent, selon les points de vue) d’une réputation de cinéastes complexes, illuminés, déjantés, attirés par l’anticipation et la science-fiction. Cette réputation s’est forgée surtout avec Matrix, trilogie OVNI alliant les recettes du grand spectacle, mais aussi, déjà, des questionnements métaphysiques et une certaine perspective des sociétés lobotomisées contre lesquelles se battent des individus isolés. Cette complexité accolée à leur profil n’est en réalité que spécieuse, car il n’y a chez les Wachowski de l’original, de l’atypique que dans la construction scénaristique et le visuel. Le propos quant à lui coule de source mais nécessite effectivement un lâcher-prise que très peu sont prêts à consentir. Il n’est nullement besoin pour saisir ce genre d’œuvre de s’élever, d’intellectualiser, de conceptualiser. La logique de compréhension se situe au contraire dans une descente vers une appréhension plus sensitive et instinctive. S’il est une complexité, ou plutôt une difficulté, elle se situe dans ce cheminement « vers le bas ».

Il en va donc naturellement de même pour Cloud Atlas, qui, avec ses six histoires se déroulant dans des cadres spatio-temporels différents prend effectivement lors de la première demi-heure un aspect irritant pour beaucoup, de complexité. Il n’est dès lors pas étonnant de voir des avis extrêmement tranchés sur le film : ceux qui ont détesté sont ceux qui ont cherché à comprendre toutes les connexions et à trouver à tout prix un sens général, et ceux qui ont aimé sont ceux qui avaient dès le début renoncé à cette vaine quête.

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Le début de film, pourtant, est un sommaire : il présente une à une les époques et leurs personnages avec une grande simplicité. Les univers sont donc rapidement discernables. La première couche est un film d’époque, la deuxième un drame, la troisième un polar, la quatrième une comédie, la cinquième une science-fiction, et la sixième une fantasy dans un futur post-apocalyptique. Le puzzle est donc particulièrement dispersé. Les trois réalisateurs vont prendre 2h45 pour déployer leur cinéma et reconstituer toutes les pièces. L’idée principale de Cloud Atlas est que nos actes, et les traces qui les relatent, peuvent avoir des répercussions, même insignifiantes, même isolées, dans le futur. Une nouvelle fois, trouver toutes les connexions entre les différents espaces-temps ne sera pas possible lors d’un premier visionnage du film car elles sont extrêmement nombreuses. Mais une première grille de déchiffrage est tout à fait accessible, directement par des artifices basiques : le montage tout d’abord, grande spécialité des Wachowski (cf les séquences hallucinantes de Speed Racer), est plus ou moins cadencé, et lie les intrigues par des situations jouant sur les mêmes cordes : tour à tour le suspense, l’émotion, la réflexion, l’action. La musique, particulièrement réussie dans sa valeur grandiose comprend une symphonie, le Cloud Atlas Sextet, qui est le marqueur sensitif qui joue un rôle décisif dans la synchronisation des différentes histoires.

Montage et musique sont donc deux artifices particulièrement réussis dans ce film pour une première lecture. Ensuite, dans le scénario même se développe une logique de transmission des histoires entre les différentes époques par le biais de plusieurs médias : un journal de bord, une correspondance, une enquête journalistique publiée, un film et un culte. Ainsi, sur plus de 500 ans, et grâce à ces passages de relais, les personnages se font écho, et leurs parcours se rejoignent symboliquement pour ne former plus qu’une unité de sens qui surgit à la fin. Le choix de donner aux acteurs plusieurs rôles dans les différents cadres spatio-temporel sert intelligemment cette perspective. Cela donne d’ailleurs lieu à d’incroyables métamorphoses qui se jouent des couleurs de peau, des sexes et des carrures qui ne sont pas sans rappeler l’évolution personnelle de Lana Wachowski et plus largement l’évolution d’une humanité qui ne se limite plus à une identité binaire.

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Il m’apparaît dès lors que les six histoires ne se rejoignent que dans une symbolique, et non dans une même intrigue puisqu’elles sont relativement indépendantes. Cette symbolique, c’est celle de la rébellion : la prise en main des individus par eux-mêmes, une révélation personnelle qui amène à une révolte contre un système oppressant (l’esclavagisme, l’industrialisation déshumanisée, la loi du silence, le chantage, la violence physique, etc…), et donc de fait génère une volonté d’agir seul ou en groupe. Cette couleur révolutionnaire (dans son idéal) donne au film une certaine profondeur qui permet de faire glisser l’expérience de Cloud Atlas du sensitif vers le politique et le métaphysique, sans lourdeur ni racolage bien qu’à certains moments on regrettera une certaine mièvrerie.

Ainsi, Cloud Atlas questionne intimement son spectateur sur sa capacité à exercer son libre-arbitre, sur le sens de sa vie, sur les liens qu’il tisse avec les autres. Il le fait, comme ont pu le dire certaines critiques, sur le mode d’un schéma manichéen, teinté à la fois de catastrophisme (5ème époque, Neo-Seoul) mais aussi d’idéalisme. Manichéen, certes, mais c’est ce qui nous pousse, par la provocation, à réfléchir aux thématiques proposées par le film.

D’une sincérité évidente, la proposition de la fratrie Wachowski et de Tom Tykwer se mue en une œuvre cinématographique inclassable qui se saisit plus qu’elle ne se comprend. Esthétiquement, le film correspond aux univers des réalisateurs, le plus jouissif restant ces passages dans le Seoul du XXIIème siècle qui permettent aux Wachowski de s’illustrer dans une esthétique qu’ils maîtrisent à la perfection. Les acteurs, visiblement ravi de pouvoir jouer aux transformistes, sont plus qu’à la hauteur, avec notamment Tom Hanks, qui, avec pas moins de huit rôles, évolue sans difficulté dans tous les registres possibles et imaginables.