Jurassic World : une arnaque ?

Tu te souviens Arthur Leblanc, petit lecteur ? Le créateur de la web-série Man Vs Dead, c’est ça ! À l’instar de son héros John Grizzly, c’est pas le genre de mecs avec qui on peut déconner impunément. Or en réalisant Jurassic World, Colin Trevorrow a dépassé les bornes. Arthur est de retour pour le démonter. Gibet et Jean-David sauront-ils faire barrage contre le carnage ?

Jurassic world lunécile

Arthur : Pour bien commencer, je voudrais parler des producteurs qui ont fait le pari le plus insensé de tous les temps, à savoir : sortir Jurassic World juste après Mad Max: Fury Road en pensant que les gens n’y verraient que du feu. Sortir un étron comme ça après Mad Max c’est un peu comme chier dans un bocal et aller vendre sa merde à côté d’une chocolaterie. Soit ils ont fait un pari gagnant et personne n’y a vu que du feu, soit les gens sont des putains de scatophiles et là, bombe atomique et destruction de la planète svp.

Gibet : Personne a dit que Jurassic World c’était du niveau de Fury Road !

Arthur : Il manquerait plus que ça ! Je veux dire : comment apprécier Jurassic World, mais en plus comment apprécier Jurassic World après Fury Road ?

Gibet : Je l’ai fait, et dans cet ordre. Mais j’avais pas du tout les mêmes attentes pour l’un et l’autre. Ne serait-ce que parce que tout le monde dit que Fury Road c’est génial alors que tout le monde dit que Jurassic World c’est pourrave.

Arthur : Ouais mais même quoi… franchement Jurassic World j’y suis allé en me disant que ça serait de la merde, et ça m’a surpris x 1000. Le film tu le subis tellement il est con, tu fais une commotion cérébrale et tout. Ce film rappelle les heures les plus sombres de notre histoire, cette époque des nanars post-Jurassic Park, genre Raptor, et même ces nanars étaient mieux que Jurassic World. Je veux bien que tu m’expliques en quoi t’as aimé parce que vraiment je comprends pas.

Gibet : Bin déjà, j’ai tellement entendu que c’était à chier par tous les pores (notamment par toi qui arrêtais pas de gueuler sur Facebook) que je m’attendais à un truc vraiment foireux et malhonnête et ça va quoi. Après faut se dire aussi que 1) à partir du moment où un blockbuster remplit sa fonction de spectacle sans trop me casser les couilles avec des trucs hors sujet je suis ok (bon là je me suis quand même pas mal ennuyé au démarrage on va être d’accord là-dessus tous les persos sont cons et antipathiques et pas drôles et donc l’exposition c’est super loooong), 2) je m’en tape un peu de Jurassic Park l’original – qui je le dis parce que je sais que je suis trop loin pour que tu me viennes me défoncer est bon mais pas non plus génialissime – donc j’entrais pas au ciné en mode « je vais vérifier que ces enculés respectent l’œuvre de Spielberg ». Moi j’ai vu un film honorable, qui pète pas plus haut que son cul, avec une certaine générosité dans le spectacle (je suis peut-être teubé mais ça me fait kiffer de voir des dinos volants qui attaquent la foule ou Chris Pratt en moto qui dirige une meute de raptors), et un grand respect pour le premier film. D’ailleurs j’ai l’impression que si le film pêche c’est parce qu’il respecte trop Jurassic Park, dans la forme et dans le fond. Les trucs les plus débiles du film, par exemple le fait que les dinos à la fin se liguent contre le super dino magique comme une famille c’est-à-dire comme si la famille c’était une structure tellement naturelle que non seulement tous les humains (même la tante working girl qui n’aime pas les enfants) mais aussi les dinos (putain) s’y plient spontanément face au danger, ça vient juste du fait que les mecs ils ont appliqué trop à la lettre le principe profond de Jurassic Park, qui est en gros : confronter un groupe d’hommes à la sauvagerie originelle pour leur rappeler que la Famille c’est indispensable. Si tu me crois pas retourne voir le 1, qui raconte comment le méchant Alan Grant se transforme dans le parc en bon petit papa. Mais bon les blockbusters en majorité ça raconte n’importe quoi (je pense pas ça de Fury Road t’inquiète !) alors si on s’arrête à ça on est condamnés à la mauvaise humeur à perpétuité. Moi j’ai fait le crétin et plutôt que chercher à pinailler j’ai reçu ça comme je l’aurais reçu gamin WAAAAH C TRO COOL DES DINOS QUI SE BAGARRE!!!

jurassic world lunécile

Jean-David : C’est marrant de s’engueuler pour un film comme celui-ci. À choisir je penserais plutôt comme Gibet, même si les arguments d’Arthur sont valables. Pour moi le film est tellement inégal qu’on peut retenir la déception ou l’honorabilité sans que l’une ou l’autre des positions soient illégitimes. La première partie du film, je dirais jusqu’un peu avant la baston vélociraptor against the beast, est plutôt nulle en fait. Ils utilisent les codes du genre de manière mécanique et presque blasée (on montre différentes parties du monstre avant de le montrer en entier par exemple). Du coup c’est pas super intéressant et on s’ennuie grave. Mais après ça change radicalement : les codes sont toujours utilisés mais de manière distanciée, ironique. En gros ça devient n’importe quoi et c’est cool. Là où on voyait un parc d’attraction bien huilé, comme dans la première partie du film, on plonge au milieu d’une partie de Counter Jurassic Strike qui joue avec le spectateur. J’ai bien aimé les petites références au statut du spectateur, quand le méchant monsieur militaire attrape un soda en regardant la baston sur ses écrans de contrôle ou quand la tantine ferme le volet du camion pour empêcher les garçons de regarder, advertising scene. Couplé avec les informations des capteurs sur l’écran, on tombe vraiment dans le jeu vidéo et la question de la représentation. À partir de ce moment, ils peuvent se permettre d’envoyer un gros dinosaure contre un autre pour finir par en convoquer un troisième, ça passe, c’est fun. Et le traitement super classique lié à la famille (une famille idéale menacée par le « divorce » va se réunir, plus forte que jamais), comme l’a montré Gibet, finit par être teinté d’ironie. En tout cas c’est comme ça que je préfère le voir. J’trouve aussi que l’image finale est un hommage sympa. Tonton Spielby reste le roi. On s’est juste un peu éclaté en ressassant les bons souvenirs. Pas question de détrôner papa.

Gibet : Putain ouais t’as tout à fait raison pour le côté blasé. Toute la présentation du parc et des personnages on a l’impression qu’ils se sont forcés à l’écrire à la filmer à la jouer. C’est vraiment du film en pilote automatique, ils auraient généré le truc aléatoirement par ordi on aurait pas fait la différence. Par contre j’ai pas vu la moindre once d’ironie dans le film, et surtout pas sur l’aspect moral-familial. Je crois que là aussi c’est en mode blasé de on le fait parce qu’il faut le faire ça partie de la série. C’est peut-être là qu’est la légitimité de gueuler (puisque tu te posais la question), Arthur Jurassic Park ça lui tient à cœur, et du coup voir traiter tout ça par dessus la jambe ça le sidère. Et moi ça m’est égal alors ça m’est égal.

Jean-David : Ah mais oui, si c’est pris au sérieux c’est plutôt tout pourri ! on est d’accord.

Gibet : Bin après je trouve que dans la deuxième partie le ratio de débilité et de spectaculaire est suffisamment équilibré pour que je retienne le spectaculaire.

Arthur : Je suis pas du tout un fan de Jurassic Park, j’aime beaucoup hein mais j’étais pas du tout contre l’idée d’une nouvelle série de films. Déjà on est tous d’accord pour dire que ça égale pas Jurassic Park 1. Pour le côté familial tout ça, je suis assez ok, mais dans Jurassic Park 1 (et 2) : c’était bien filmé ! C’était cohérent, c’était généreux. Là les trois quarts du film se passent dans la fameuse salle de contrôle de direct-to-dvd NRJ 12. Toutes les pointes de sérieux sont directement niquées par un humour de maternelle. Le film pue le feel-good movie pour lycéens. Des fois, l’humour et les situations sont tellement ras du sol qu’on dirait presque Juno. Et dans les deux premiers Jurassic Park, tu flirtais de manière (hyper naïve ok) avec la fable écolo. Là dans Jurassic World, ils sont juste hyper cyniques et à côté de la plaque. Au lieu de nous émerveiller devant des dinos, on part à la chasse au pauvre dinosaure qui a rien demandé à personne. C’est une créature de laboratoire, l’empathie aurait dû être envers elle. Autre point qui me fait penser que c’est un film malhonnête, c’est qu’il emprunte beaucoup aux Marineland dans son esthétique et il sort en pleine période où les Américains ont décidé de boycotter les Marineland à cause de la maltraitance animale. Y a une vraie prise de conscience aux États-Unis et au lieu de se positionner là-dessus et d’utiliser ça de manière intelligente, le film nous sort le personnage du patron qui demande si ses animaux vont bien… J’y voyais presque une publicité déguisée. Et en terme de spectacle, bah comme vous l’avez dit, les références au premier Jurassic Park c’est même plus des références à ce niveau-là, on est presque dans le remake tellement le film copie-colle les scènes cultes de Jurassic Park 1.

Jean-David : Ah bah oui c’est pas fin fin et pas vraiment intelligent. Et pour le côté remake je suis plutôt d’accord. Mais ça a l’air d’être assumé étant donnée cette image finale. Personnellement je préfère y voir un côté parodique, mais on sait tous qu’une parodie qui n’a pas conscience qu’elle en est une est le pire truc qui soit. Le renversement des valeurs ne prend pas et ça devient un truc immonde, comme tu le décris. J’imagine que le film est un peu de tout ça, ce qui le rend inégal et ambigu. Finalement la question c’est de savoir si on s’amuse en se faisant avoir ou si on s’amuse de concert.

Arthur : C’est vrai… Mais justement, ce film est pas du tout divertissant quoi, il est chiant comme la mort. J’avais envie de me barrer de la séance mais bon c’était ma copine qui m’avait payé la place.

Jean-David : Là j’suis pas d’accord ; il est chiant un moment mais pour le reste, voir des dinosaures se foutre sur la gueule ça reste divertissant.

Arthur : Si tu parles de ce combat de fin… moi ça me met mal à l’aise. Ce raptor héroïque à la fin, c’est pas possible.

Jean-David : Moi ça m’a fait marrer.

Arthur : Ouais, c’est ton cerveau qui fait de l’auto-défense pour échapper à l’AVC tellement le film est con. Après, je veux bien avouer que je serais pas aussi sévère avec le film s’il avait pas déchiré le box-office. Le voir péter tous les records, ça fait mal quand même.

Jean-David : C’est l’effet Tonton Spielby ça !

Gibet : Je trouve que Jurassic World est super généreux au contraire de ce que tu dis, Arthur, et c’est pour ça qu’il m’a fait plaisir. Déjà les scènes de salle de contrôle-labo c’est un passage obligé de la saga et Allah sait qu’il y en a énormément dans le premier aussi. En plus il me semble, pour avoir revu le premier genre une semaine avant Jurassic World, que si on fait une étude proportionnelle je sais pas quoi c’est Jurassic World qui gagne, c’est Jurassic Word qui offre le plus de scènes spectaculaires. Après t’as peut-être cette impression parce que les séquences d’action dans Jurassic Park sont bien ancrées, dans les persos, dans l’espace, et du coup sont plus intenses. Mais en vrai les gars de Jurassic World ils ont vraiment déchaîné le truc, t’as une plus grande variété de dinos, une plus grande variété de décors, une plus grande variété de situations (scènes d’opposition homme-dino comme dans le premier mais aussi scènes de guerre, scènes de foules, scènes entre dinos), tellement même que ça devient vraiment n’importe quoi par moments (ce qui me dérange pas à vrai dire, tant que ça reste ludique).

Pour ce qui est du « bien filmé », j’aimerais bien que tu développes, parce qu’on est tous d’accord pour dire que le film est très (trop) respectueux du premier, et que de fait il pompe tout sur lui, jusque dans la mise en scène. Donc : si tu dis que Jurassic World c’est mal filmé, tu sous-entends que Jurassic Park c’est mal filmé. Ou alors tu veux dire que c’est du travail impersonnel de yes man couillon vraiment pas inspiré ? Il n’empêche que quand tu mates le film en faisant l’effort de t’impliquer l’effet immédiat est le même. Par exemple, pour la reprise des thèmes musicaux, tu peux te dire putain les enculés pas capables d’inventer un nouveau truc, mais en même temps ces thèmes musicaux, ils sont efficaces quoi. Peu importe que ce soit du copier-coller, dans l’instant où tu les reçois ça marche. Je signale au passage qu’il y a une petite idée de mise en scène assez plaisante qui est dans ce film et pas dans les précédents : il y a un nombre considérable de plans sur les mains de Chris Pratt, parce que voilà c’est l’homme de la nature c’est le manuel, par opposition à la boss fake qui n’est en contact qu’avec des chiffres, tout ça. C’est un peu littéral dit comme ça, mais j’ai trouvé ça malin pour caractériser visuellement le perso, pour le matérialiser.

Ce que tu dis sur l’empathie qu’on devrait avoir envers le super dino magique, c’est intéressant, mais je pense que c’est un peu contraire à l’esprit de la saga et un peu réducteur sur la façon dont ils nous présentent le truc. Contraire à l’esprit parce que tous les dinos c’est des créatures de labo et que dans aucun des films je crois on nous a incités à avoir de l’empathie pour les dinos prédateurs (par contre à chaque fois y a des scènes d’empathie envers les dinos herbivores). D’ailleurs on retrouve des scènes typiquement naïvo-écolos, comme quand la boss cynique se retrouve confrontée pour la première fois à la réalité de sa création, avec le dino mourant. Chris Pratt au contraire incarne le côté « la nature est incontrôlable il faut la respecter et pas déconner avec » et on lui donne raison… jusqu’à la scène de baston entre les dinos, puisque les raptors semblent définitivement domestiqués (mais là c’est parce qu’il y a conflit entre l’aspect écolo et l’aspect familial). Réducteur parce que je crois que tous les Jurassic Park jouent à nous mettre parfois furtivement mais parfois pendant des séquences entières du côté des dinos prédateurs. Les raptors, le T-Rex, le super dino magique sont présentés de telle sorte que comme tu dis on est avec les humains contre eux mais aussi pas comme tu dis qu’on prenne plaisir à les voir déployer leurs aptitudes et à être plus malins et plus forts que les humains. Là t’as ça dans la découverte progressive des capacités incroyables du super dino magique, qui est super intelligent, peut prendre la tête de la meute des raptors en un clin d’œil, peut devenir invisible (parce qu’il a de l’ADN de seiche !!!! excellent ça non ?)… C’est comme dans à peu près tout film de monstre : à la fois le monstre suscite la peur le dégoût etc et le monstre déclenche le plaisir parce qu’il suit des pulsions pas régulées qu’il s’en bat les couilles des règles humaines etc.

Enfin, pas du tout d’accord avec la comparaison avec Juno : n’importe quelle blague de Juno c’est beaucoup plus drôle que n’importe quelle blague de Jurassic World (et pourtant ça me fait pas trop marrer Juno). C’est vrai que les tentatives d’humour sont ultra-paresseuses (c’était vraiment pas le cas dans le 1) et que ça fait défaut. Je pense que c’est parce que c’est forcé. Mais y a de ça dans un peu tous les blockbusters ces dernières années, on sait que la coolitude c’est primordial alors on met des blagues même si fondamentalement on a pas envie. Genre l’humour dans les Star Trek de J. J. Abrams qu’est-ce que c’est pourri. Et le dernier Avengers

jurassic world lunécile

Arthur : Jurassic World généreux ? Alors, sur ce point, mais JUSTE NON ! Ok y a peut-être plus de scènes de dino, mais c’est pas la quantité qui fait la qualité. Dans les deux Spielberg, t’avais une tension et chaque seconde de ses films est devenue culte ! Dans Jurassic World, y a rien car tout est désamorcé avec de l’humour, y a pas d’enjeux, on s’en fout des personnages, etc. Les effets spéciaux sont peut-être beaux, mais en terme de mise en scène, au secours les codes de série Z ! Le mec fait du hors-champ avec des dinos qui font 20 mètres de haut ! Tout est archi découpé, c’est dégueulasse, on dirait pas du cinéma quoi. Dans Jurassic Park 1, quand t’as le T-Rex qui sort de son enclos, t’as des beaux plans larges, tu le vois se mouvoir comme une vraie bête, il est là, il flaire la bagnole comme un animal. Alors que le Méga-T-Rex je sais pas quoi C’EST RAMBO PUTAIN ! Il fonce tête baissée comme un bourrin et jamais t’as l’impression que c’est une créature crédible car elle a pas un comportement crédible (comme tous les dinos du film d’ailleurs). Jurassic Park 1 prenait des codes du film d’horreur, Jurassic World il prend les codes de n’importe quel feel-good movie américain et il mixe ça avec de la sous-série Z, c’est indigeste ! Et concernant la musique, je trouve ça racoleur de la mettre toute les 5 minutes, comme c’est racoleur de faire 35 clins d’œils au premier film toute les secondes. À force de fan service, ils oublient de faire un vrai film et ça fait un produit impersonnel au possible. Pour les mains de Chris Pratt, j’ai pas fait gaffe mais ça ne sauve pas la purge de la noyade. Pour la salle de contrôle, dans Jurassic Park, on avait un vrai casting dedans, pas des sous-acteurs hype pour connards, avec des blagues pour gamins de 8 ans. Peine de mort pour ce personnage du mec pas drôle là avec ces figurines ! Si le film était vraiment généreux n’importe nawak ça serait un survival de 2 heures qui s’assume sans temps mort, avec de la putain de violence, les mecs qui tombent comme des mouches, et osef du scénar.

Tu prends Terminator 4 de McG, c ‘est pas un chef-d’oeuvre hein, mais là le mec il prend la franchise, se l’approprie pour faire de l’inédit, quitte à se mettre à dos les puristes, et il fait une espèce de TerminatorMad Max. Je trouve ça énorme ce genre de mecs qui ont peur de rien ! C’est de la bonne démarche je trouve alors que Jurassic World sa seule ambition c’est de faire des clins d’œil à Jurassic Park 1… C’est fou que ça marche, aujourd’hui tu peux lancer un projet juste sur la nostalgie des gens ! C’était comme Metal Gear Solid 4 à l’époque, qui se voulait une suite de Metal Gear Solid 2 (qui ne devait pas avoir de suite à la base). Le jeu était un fourre-tout de personnages, de lieux et clins d’œils à la série, et pourtant il a cartonné auprès des « fans ». J’ai pleuré de haine et de tristesse en faisant ce jeu. Et je vais même me faire l’avocat du diable et parler un peu de la prélogie Star Wars, parce que c’est de bon ton de descendre la prélogie (et à raison) MAIS AU MOINS elle avait pour elle d’aller dans une direction et une structure opposée à la trilogie originale, avec un nouvel univers graphique, des nouveaux enjeux, des nouveaux effets spéciaux et même de faire dans l’anti-fan service absolu (les midichloriens putain). Quand je vois que Star Wars 7 est tourné en pellicule (coucou les hipsters) et a l’air de jouer À FOND la carte du fan service et de tout repomper à la trilogie originale… Y a plus de créativité ni de bon sens, c’est abusé. Je dis pas que le fan service c’est mal hein, mais aujourd’hui, cette volonté de vouloir à tout prix être complice du spectateur en lui faisant des clins d’œils (complètement obvious) pour que Kevin 12 ans fan de Call of Duty puisse se sentir geek et se la péter à la cour de récré non merci. Jurassic World, il vandalise notre culture populaire, c’est tout.

Concernant l’empathie… Bah si, clairement, avant on avait de l’empathie envers les dinos prédateurs ! À la fin du 2, qui est très dans le respect de l’animal et tout, quand le T-Rex est en ville, tout l’enjeu c’est de pas le tuer justement ! C’est juste un pauvre T-Rex qui a rien à foutre en ville. Pour moi, on aurait clairement dû avoir de l’empathie envers le MégaT-Rex de Jurassic World comme face à la créature de Frankenstein. Je rajoute que si le film avait eu un peu d’audace, il aurait pu balancer un p’tit sous-texte sur l’expérimentation animale. Avec les raptors on touche le fond je trouve. Vraiment le film n’a aucun recul ou regard sur ce qu’il aborde comme thème, c’est grave. Montrer des dinos domestiqués et te parler de respect mutuel et montrer ça comme une bonne chose (alors que IRL animaux sauvages dressés = violence) c’est n’importe quoi. Sinon, le MégaT-Rex, je trouve ça raté, il ressemble à rien, ses capacités liées à son ADN ça aurait pu être intéressant mais c’est paresseux. Ou alors quitte à vouloir aller dans le film de monstres, bah ils auraient dû en faire un VRAI monstre vraiment dégueulasse qui peut muer ou des trucs comme ça et là tu peux taper dans du Cronemberg pour les métamorphoses. Là non, c’est juste un T-Rex qui a pas la même couleur et voilà !

Pour l’humour ouais c’est sûr qu’aujourd’hui on est pas gâtés mon dieu. Mais Jurassic World, c’est le niveau maternelle, y a des moments j’étais mal à l’aise, encore plus que devant Amazing Spiderman 2 c’est dire ! D’ailleurs, petit point de rapprochement à faire entre Amazing Spiderman (1 et 2) et Jurassic World qui sont je trouve parmi les pires blockbusters que j’aie vu de ma vie. Et les réalisateurs sont tous les deux d’anciens pseudo-cinéastes qui font des pseudo-films indépendants. Saloperie, qu’on brûle Sundance au napalm please !

Jean-David : Ce que je retiens de ce que tu as dit c’est : « A force de fan service, ils oublient de faire un vrai film ». Je trouve que c’est un des reproches légitimes qu’on peut formuler, c’est clair que les ambitions de départ n’étaient pas comparables à celles des premiers Jurassic. Pour le succès du film, ça m’étonne que ça t’étonne par contre. C’est le principe d’un blockbuster, ça fonctionne à chaque fois. Il y a tous les ingrédients pour qu’il se vende bien. Le fait que les gens aiment ou non le film en fin de compte n’a que peu d’impact.

Arthur : Ouais mais là il a un beau succès d’estime ce Jurassic World.

Gibet : Tu rigoles ? Où ça le succès d’estime ? Moi j’ai vu presque uniquement des avis négatifs et même extrêmement négatifs.

Arthur : Ah ouais ? Tu me rassures. Parce que je vois beaucoup d’avis positifs moi !

Gibet : L’avis le plus positif que j’aie vu sur le film c’est la vidéo du Joueur du Grenier sur le film, et c’est quand même un avis super mitigé. Ils disent qu’ils ont bien aimé la première partie et que c’est le meilleur Jurassic depuis le premier. Sinon je suis tombé que sur des trucs qui enchaînaient le film sur tous les aspects, c’est moche, c’est con, c’est sexiste etc. Moi je trouve que ce qui résume le mieux notre mésentente c’est : « C’est pas la quantité qui fait la qualité ». Moi j’ai kiffé l’abondance, et toi t’as été navré par le fait que cette abondance était ancrée dans rien du tout, pas de perso, pas de situation, pas d’espace etc. Par contre tu fantasmes un peu trop quand tu dis : « Si c’etait vraiment généreux n’importe nawak ça serait un survival de 2 heures sans temps mort qui s’assume avec de la putain de violence, les mecs qui tombent comme des mouches et tout et osef du scénar ». À vrai dire moi ça me déplairait pas de voir le film dont tu parles, mais c’est pas du tout ce à quoi je m’attends quand je vais voir Jurassic World, parce que la saga c’est pas ça. Y a toujours au moins un long pan d’exposition, donc de pur scénar, et ensuite le survival commence, mais avec temps morts et jamais trop de violence. C’est la même chose quand tu réclames un dino mutant dégueu à la Cronenberg. Ce serait super, mais jamais il pourrait y avoir ça dans un Jurassic Park, c’est une saga familiale ! Pour la question de l’empathie, je parlais du 1 (dans lequel y a vraiment pas d’empathie pour les prédateurs), je me souviens pas du 2. Mais je te crois sur parole, d’autant plus que les codes du genre « monstre dans la ville » implique qu’il y ait de l’empathie pour le monstre au bout d’un moment. Sinon je vois moins de blockbusters que toi mais je dirais que le pire que j’aie vu ces derniers temps c’est Avengers 2, qui m’a fait jurer, tellement j’avais l’impression de voir la machine arriver à saturation, de ne plus jamais mater un Marvel.

Arthur : C’est vrai qu’Avengers 2, on peut même pas appeler ça un film tellement c’est navrant. Je fantasme peut-être sur mon survival de 2 heures mais ma foi, je demande que ça qu’un réal prenne Jurassic Park et fasse autre chose justement, enmène Jurassic Park vers de l’inédit

Gibet : Ouais mais, le survival de ouf, je pense pas que ce soit probable économiquement parlant qu’il y ait des producteurs (surtout en ce moment) qui misent là-dessus. Après, t’as qu’à créer une nouvelle franchise sur les dinos !

Arthur : Je me rappelle quand le film avait été annoncé avec le titre Jurassic World mais bordel, avec des amis, on fantasmait sur un monde post-apo où les dinos de Jurassic Park se seraient répandus sur la terre et tout. Mad Max avec des T-Rex quoi ! Mais en fait non.

Gibet : Ouais ok, je comprends mieux ton point de vue. En fait ce qui te saoule c’est qu’il y a toutes ces possibilités là et que eux se contentent de refaire le 1 en moins bien parce que c’est plus confort. Après, peut-être qu’on va plus s’approcher de ce que tu dis pour la suite – parce que je pense pas qu’ils vont pouvoir faire comme si de rien n’était dans Jurassic World 2 et rerefaire Jurassic Park. Si je me souviens bien, le méchant a volé des embryons de raptors non ? Peut-être ça va dégénérer…

Arthur : À voir pour la suite, si y’aura prise de risque.

raptor motocycle lunécile

Jean-David : Et sinon, vous pensez pas que Jurassic World ça raconte un peu l’irruption du réel au sein d’un environnement façonné par le virtuel ?

Si tu veux plus de dinos, notre cher Corbillot avait pour toi revu les trois premiers Jurassic Park – ici et .

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Interview d’Arthur Leblanc, créateur de la web-série Man Vs Dead

Gibet : Quelle formation ciné ou théâtre vous avez ?

Arthur Leblanc : John (note de Gibet : John c’est Jonathan Abat, co-créateur de la série et acteur principal) et moi avons tous les deux une licence de cinéma à l’université Paul Valéry de Montpellier. John a aussi un master en jeux vidéo et pour ma part j’ai arrêté mes études de cinéma en master, je trouvais ça vraiment trop moisi ! J’ai aussi fait un bac L audiovisuel avec 7 heures de cours de cinéma par semaine. Concernant le théâtre, nous n’avons aucune formation (j’ai fait du théâtre quand j’étais au collège mais bon ça compte pas je suppose).

Gibet : Comment vous procédiez pour l’écriture de Man Vs Dead ? Vous écrivez à quatre mains ?

Arthur Leblanc : Pour l’écriture, ça a été un peu bizarre. J’avais des idées, tout ça, j’en avais parlé à John pour voir s’il était intéressé pour le rôle, il était assez chaud – mais au début j’avais vraiment des idées assez trash et connes avec des épisodes du style « comment violer un zombie, c’est important de mettre une capote » et il m’a dit direct que ça allait pas trop. Bref, j’ai écrit le squelette de la saison 1 dans mon coin, je l’ai ensuite montré à John, on en a beaucoup discuté (que ce soit l’aspect artistique ou logistique, financier etc.) et à partir de là nous avons débuté le tournage. Grosso modo, j’avais ce squelette et d’épisodes en épisodes on modifiait des trucs en fonction des lieux, des problèmes de tournages sur les précédents épisodes… On peut dire que oui, on écrivait à quatre mains à partir de cette base que j’avais écrite tout seul. Le truc c’est qu’on était assez complémentaire. J’écrivais et John me recadrait quand je partais un peu loin dans mes conneries, me disait quand il ne pouvait pas faire certaines choses (comme le viol de zombie donc).

Grosse anecdote : à la base, Man Vs Dead, il faut savoir que c’est avant tout un truc d’énervé. J’avais passé 3 ans en fac de cinéma avec des bobos, je passais pour un con à parler de films de zombies, on me disait d’aller regarder du Godard à la place de mes conneries (ce que je fais, j’aime beaucoup la Nouvelle Vague française, du moins le début). Ma promo était assez étrange, elle était scindée en deux, d’un côté les geeks et gens normaux et d’un autre côté des prétentieux absolus qui prônaient un art politique complément crétin et avait des propos très virulents sur toutes les créations étudiantes qui n’étaient pas tournées avec des réflexes numériques… J’étais énervé, y’avait ces gens qui se prétendaient anti-système, qui faisaient des films de merde (du genre je fais des plans qui n’ont aucun sens, je mets une musique au piano, j’appelle ça de « l’art » et je dis que c’est une attaque contre la société) – ils étaient fermés d’esprit et par-dessus tout, c’était tous des gosses de riche, ils avaient du matériel HORS DE PRIX qu’ils voulaient bien louer à leurs camarades de classe (et après ça fait des discours contre l’argent). C’était des cons et malgré le fait qu’ils se prétendaient artistes et rebelles (parce qu’ils avaient des jeans levis déchirés), en réalité, ils étaient le Hollywood de la fac de cinéma, ils avaient l’argent, le matériel et jugeaient les films uniquement sur des critères techniques (ouah, l’iso est trop bien là sur cette image). Donc de mon côté, j’avais vraiment besoin de faire un truc con, sale et régressif et montrer qu’on a pas besoin d’avoir le meilleur matériel du monde pour faire quelque chose de sympa ! L’objectif était aussi de revendiquer un cinéma (de genre) mais aussi quelque chose qu’on perdait dans ces études de cinéma : l’émotion du spectateur. Je voulais faire un truc qui fonctionne quoi, que le personnage soit attachant, que les gens rigolent quand il faut rigoler, qu’ils aient peur quand il faut avoir peur. Pour moi c’est ça le cinéma et pas des conneries pseudo-intellos métaphysiques sans aucun sens… Attention, y’a des très grands réalisateurs qui font des films très difficiles, très métaphoriques hein, j’adore le cinéma de Bela Tarr par exemple. Donc voilà, pour situer un peu l’état dans lequel j’étais en écrivant Man vs Dead, c’était l’état énervé, j’avais envie de faire mon truc, qu’il soit cool, de montrer à ces gens que la créativité c’est pas poser bêtement un super appareil et attendre qu’il filme pour toi !

Gibet : Je suis agréablement surpris que tu aimes le début de la Nouvelle Vague française, car j’aime aussi beaucoup, et je trouve ça pas du tout incompatible avec ce que vous faites, ou ce que fait Kaufman. Y’a dans tous les cas un vrai désir de faire des films « malgré tout » et contre la norme. Ce qui est dommage ensuite c’est que les chiens fous deviennent les nouveaux papas… Godard aujourd’hui fait une interview par an pour dire « le cinéma est mort » alors qu’il vit dans une caverne suisse et qu’il a pas vu d’autres films que les siens depuis 1999. Heureusement, Lloyd Kaufman arrive à échapper à ça…

Arthur Leblanc : Je suis entièrement d’accord à propos de Godard, et oui je suis pas un gros con bourrin qui n’aime pas le cinéma d’auteur, même si beaucoup de gens le pensent. Et d’ailleurs quand je dis cinéma d’auteur, ça comprend Godard tout autant que Kaufman ou Sam Raimi. Ce qui est bête c’est que la Nouvelle Vague c’est institutionnalisé et encore aujourd’hui, on a des réals qui font des trucs style Nouvelle Vague sauf que… voilà quoi, aujourd’hui faire quelque chose de très typé Nouvelle Vague, c’est complétement dans la norme et pas du tout anti-système. Le CNC en finance à la pelle des films comme ça, c’est bien la preuve que c’est pas si transgressif que ça.

Gibet : Revenons à Man Vs Dead si tu veux bien. Il y a une évolution dans la saison 1, on passe de loners où le concept de base est exploité à fond, pour en arriver à un truc d’horreur plus feuilletonesque presque premier degré – en tout cas moi vous m’avez bien fait flipper à des moments – avec des fulgurances trash. Est-ce que cette évolution était calculée dès le départ, ou vous avez fait évoluer votre concept au fur et à mesure des épisodes, par exemple en voyant ce qui marchait et ne marchait pas ?

Arthur Leblanc : Oui, l’évolution de la série et le changement de ton étaient vraiment voulus dès le départ. L’objectif c’était à certains moments clefs de surprendre ceux qui regardent. On s’est dit qu’on commencerait soft, qu’on laisserait assez accessibles les premiers épisodes pour ensuite piéger les spectateurs ! J’aime bien l’idée du « tu crois que tu regardes ça ! ah ben nan ! ». En tournant Man Vs Dead, j’avais qu’une envie, c’était commencer les arrachages de bites. Mais en fait c’est tellement plus drôle de laisser les gens s’habituer à quelque chose de potache et d’un coup BAM l’épisode 4 arrive et John arrache une bite de zombie et biffle du zombie. Y’avait des commentaires de gens qui étaient vraiment là en mode « what the fuck ? » et c’était tellement drôle. Ils pensaient regarder une petite web-série potache sur des zombies et ils devaient pas du tout s’attendre à ce que ça prenne cette direction débile et régressive ! Donc ça c’était le premier palier. Et ensuite on avait envie d’insister sur les survivants et de rajouter un peu de tension, par effet de surprise mais aussi et surtout parce qu’on avait envie de le faire ! On avait quand même envie de raconter quelque chose, même si ce quelque chose est facile et qu’il se résume à « gentils contre méchants », on pouvait pas rester éternellement dans la parodie de Man Vs Wild. On veut vraiment que Man Vs Dead ait sa propre personnalité. Du coup, oui, par la suite la série devient un peu plus sérieuse et c’est aussi pour préparer la saison 2. J’ai un exemple, pour répondre à la question de si on faisait évoluer en fonction de ce qui marchait ou ne marchait pas : on a reçu des messages et commentaires de gens pas contents, qui n’aimaient pas la direction que ça prenait, et nos réponses ont toujours été les mêmes – « Tant pis, nous on aime comme ça ». MAIS on a su aussi s’adapter. Par exemple pour la mort du cameraman. Depuis le début on avait cette idée du cameraman mordu à l’insu de John. Mais c’est en voyant comment les gens réagissaient que nous avons fait évoluer ça. Le cameraman avait créé pas mal de mystère chez ceux qui suivaient la série, on ne voyait pas son visage, il parlait assez peu etc etc. En voyant l’intérêt que les gens lui portaient, on a décidé de justement plus le mettre en avant, il est plus présent, on peut voir un peu son visage, tout ça bien sûr pour donner de l’intérêt au cameraman comme si on disait « ah ok, il vous plaît, eh ben, on va essayer de le développer ». ET BAM nan en fait il se fait mordre ! Et d’ailleurs, on a vraiment adoré les réactions sur l’épisode où le cameraman se fait mordre, de manière unanime les gens étaient dégoûtés. Et du coup ben ça nous faisait plaisir, que les gens se soient attachés à ce personnage qui parle peu, qu’on voit peu. On s’est dit « Pfiou, ça fonctionne ! ».

Gibet : Y’a-t-il une part d’impro dans la série, puisque le format focumentaire le permet facilement ?

Arthur Leblanc : Il y a une part immense d’impro ! Il arrivait qu’on écrive les répliques et mêmes les scènes entières sur le moment, en fonction de ce qu’on a à disposition ! On voulait cette part d’impro parce que déjà j’adore l’humour de John qui est un humour spontané (il peut balancer un truc complètement WTF hors de propos comme ça) et puis je sais pas, ça donne un petit aspect Nouvelle Vague aussi ! Avant de tourner Man Vs Dead, je tournais des sketchs avec des amis, le plus souvent en impro, donc l’impro ne me fait pas vraiment peur. Et puis des fois, on écrit tout, on fait un story-board de fou tout ça, mais au moment du tournage ça ne fonctionne pas, ou alors une fois sur le lieu, on voit les choses différemment ! J’avais d’ailleurs tourné avant Man Vs Dead un court métrage de 20 minutes en impro totale, c’était une parodie de Projet Blairwitch mais avec un serial biffleur… C’est vraiment un bon souvenir, on est allés dans le bois avec des caméras et une tente pendant 3 jours, et on disait conneries sur conneries et franchement j’aime beaucoup le résultat, même si c’est très con !

Gibet : Où est-ce que vous récupérez les acteurs et figurants qui ne sont pas vous deux ?

Arthur Leblanc : Ce sont soit nos potes, soit des amis de potes, tout simplement… On avait laissé des affiches en ville et passé des appels à figuration, mais personne ne nous a jamais répondu. Franchement, on doit avoir une dizaine de potes qui fait la figuration pour toute la série. On leur met des perruques, on leur change les vêtements, on leur met des cagoules. Même John a fait un zombie et un survivant ! Pour ma part j’ai fait deux fois le zombie et plusieurs fois le survivant. On devait alors tricher, j’enregistrais mes dialogues à part et je les rajoutais au montage pour faire croire que c’est moi qui filmais ! Par exemple dans l’épisode 13, quand je suis seul dans l’hôpital abandonné, qu’un « infecté » (appelons-le comme ça) rentre dans la pièce et que je me cache en attendant qu’il parte… Eh bien en fait c’est moi l’infecté (c’est pour ça que la caméra ne filme que mes pieds, mais je trouve l’effet sympa !) et c’est John qui filme car on était que tous les deux ce jour-là !

Gibet : Où vous avez appris à faire les effets spéciaux ?

Arthur Leblanc : Eh bah déjà avec les maquillages sur Internet, j’avais vu quelque tutos avec du latex liquide, faux sang etc… Et puis très vite on a improvisé sur des trucs à base de corn flakes, mascarat, papier cul… Et pour les effets, comme le coupage de bras, de tête, le cerveau, la bite… Eh ben on a pas appris car c’est vraiment super cheap. Mais bon c’est ça qui est drôle aussi, ce n’est pas parce que tu ne peux pas le faire que tu ne dois pas le faire ! Nan sérieusement, on a rien lu ou quoi là-dessus, c’était à l’imagination, avec un effet de trompe-l’œil pour le bras, et pour la bite qui s’arrache, c’est un gode dans un pantalon vide que mon frère tenait à la verticale immobile pendant que quelqu’un versait des bouteilles de faux sang dans le pantalon pour que ça sorte par la braguette… Pour la tête, j’ai acheté une fausse tête de mannequin sur Le Bon Coin, on l’a coupée, maquillée, recollée, recoupée et puis on rembourrait des vêtements avec d’autres vêtements, on y rajoutait du sang pour donner l’illusion d’un démembrement, des trucs comme ça. Dans l’épisode 13, le cadavre démembré n’est rien d’autre que des vêtements rembourrés avec d’autres vêtements (mes vêtements). Puis on avait mis des bouteilles en plastique sur les bouts, qu’on avait recouverts de pâte à sel pour faire les moignons. Aussi, ma copine et une amie se sont vachement investies sur les maquillages car ça devenait vraiment ingérable sur le tournage !

Gibet : Vous avez lancé un Ulule pour la saison 2. Tu peux m’en dire plus sur l’évolution de la série en saison 2 ? Est-ce qu’on part définitivement dans le feuilleton ? Va-t-il y avoir des nouveaux personnages principaux ? Est-ce que le ton va changer ?

Arthur Leblanc : On prévoit de grosses évolutions oui ! Déjà en terme de tournage, là pour le coup, on a pas un squelette mais un vrai de vrai scénario, qui nous plaît énormément ! Et sinon oui, on compte continuer dans la logique de la fin de la saison 1, quelque chose d’un peu plus sérieux où on pourrait vraiment sentir John Grizzly en danger et vulnérable, pas comme dans la saison 1 où c’était une sorte de Chuck Norris qui dézinguait tout sur son passage tel un mâle alpha ! Donc oui, on compte le mêler à d’autres personnages, développer d’autres enjeux scénaristiques que la simple survie ! Donc oui, je pense que le ton va changer, c’est pas que ça sera plus sérieux car mon Dieu on a aussi des passages vraiment débiles, on reste (surtout moi) des gros scatos dégueulasses dans l’âme et y’a rien qui me fait plus rire que du caca et du zizi quoi.

Gibet : Y’aura-t-il des seins dans la saison 2 ? C’est l’ingrédient indispensable oublié de la saison 1.

Arthur Leblanc : Je vais surprendre par ma réponse, mais peut-être ! Je trouverais ça vraiment marrant de mettre des seins ! Quand je regarde un B movie, c’est vrai qu’une paire de seins fait partie du cahier des charges ! Mais malheureusement pour Man Vs Dead, je suis légèrement (beaucoup ?) féministe, je prépare d’ailleurs un court-métrage en pro sur ce qu’on appelle la rape culture et quand j’étais en master, je préparais un mémoire sur l’image de la femme au cinéma. Mais bon, ça n’exclut pas de mettre des seins, le truc c’est qu’on est en tournage amateur, on ne paie personne, les gens ne sont pas des pros et vraiment je me vois mal demander à une fille de faire ça, même si elle est d’accord ; pour quelqu’un qui n’est pas actrice et qui n’a peut-être pas le recul suffisant, ça me gêne un peu. Ce n’est pas rien de montrer ses tits sur Internet et si jamais une fille est d’accord, il faudrait vraiment que j’en parle très longuement avec elle pour savoir si elle se rend bien compte de ce que cela peut signifier. Bref, oui c’est possible, j’aimerais bien en mettre mais il faudrait la bonne scène, la bonne actrice…

Gibet : Moi qui croyais que les réalisateurs de séries B étaient forcément irresponsables… Ce sera quoi le principe de ton court anti-rape culture ?

Arthur Leblanc : C’est assez basique hein, je prétend pas faire autre chose qu’un petit court-métrage. Grosso modo ça raconterait l’histoire d’un week-end d’intégration qui vire au cauchemar. Les mecs se transformeraient en espèces de monstres à têtes d’animaux pour fracasser les filles violemment. Quand je dis ça, ça a l’air vraiment nul je sais, avec le degré 0 de la métaphore. Mais bon sans partir dans l’interprétation pédante de mon film même pas encore tourné, j’aimerais y montrer la violence (typée très slasher) faite sur les femmes, comme une sorte de dépossession du corps. Bref, c’est ma manière de parler du viol et de la banalisation du viol dans notre société. Je pense pas du tout que ce soit la meilleure manière d’en parler, mais c’est ma manière. Au début j’avais fait un scénario assez classique qui ne partait pas dans le cinéma de genre, mais ça me plaisait pas trop, donc j’ai tout réécrit pour le transformer en sorte de slasher paranoïaque fantastique où les filles sont victimes d’hommes, qui sont en réalité des monstres cachés sous des peaux humaines. Punaise, dit comme ça, ça n’a vraiment aucun sens mais je te jure que quand on lit le scénario, ça en a.

Gibet : Comment tu as découvert l’existence de Troma ?

Arthur Leblanc : J’ai un peu honte de comment j’ai découvert Troma mais bon je me lance quand même ! C’était un ami qui traînait beaucoup sur Nanarland il y a à peu près 5-6 ans (personnellement je n’aime pas trop ce site, y’a beaucoup de films que j’aime qui sont chroniqués là-dedans) et il m’a montré un petit documentaire sur Lloyd Kaufman qui était diffusé sur le site, je me suis automatiquement dit « Oh mon Dieu, mais comment j’ai fait pour passer à côté de ça ! ».

Gibet : Qu’est-ce qui te plaît dans les films Troma ?

Arthur Leblanc : Alors déjà, avant de m’aventurer sur ce terrain, je précise que je ne suis pas un graaaaaaaand connaisseur des films Troma – j’en ai vu, mais pas tous ! Ce qui me plaît, déjà, c’est la personnalité vraiment délirante de Lloyd Kaufman ! Ce studio représente pour moi la liberté, l’engagement, la lutte ! Ce qui me plaît c’est le ton irrévérencieux des films, il n’y a pas de limite, ça va loin, très loin, c’est fun, c’est loin des clichés de merde qu’on peut voir un peu partout. Vraiment, j’adore, ça me fait mourir de rire. Et puis merde, le bordel qu’ils ont foutu au dernier Festival de Cannes, ça force juste le respect et l’admiration ! Ils couraient le zizi à l’air ! Je les vois vraiment comme des génies incompris ! J’ai passé mon lycée à traîner sur 4chan, la poubelle de l’internet avec un humour noir très dérangeant et très immature, alors des mecs qui se trimbalent à poil au Festival de Cannes, putain mais j’adore quoi ! Ce qui est plaisant aussi en regardant des films Troma, c’est aussi d’être devant sa TV et se dire à chaque scène « Oh non, ils vont pas le faire ! OH SIIII ».

Gibet : Est-ce que le fait d’avoir vu des films Troma influe sur ton envie de faire des films et sur la manière dont tu les fais ?

Arthur Leblanc : Honnêtement, je ne sais pas… Déjà au lycée, je n’avais pas vu de Troma et avec un ami on faisait péter un plomb à nos profs de cinéma à leur rendre des scénarios débiles au possible… Les profs en pouvaient plus, ils pouvaient plus nous blairer ! Une fois ils nous ont posé un ultimatum, y’avait deux mots clefs : sable et valise. On devait choisir un mot clef et en faire un scénario. Avec mon ami, on avait eu une consigne spéciale : faire QUELQUE CHOSE DE DÉCENT ! Mais merde, on s’est concertés, il a pris sable et j’ai pris valise et à partir de ça on a fait de la pure série B : NANO REPLICATA 1 et NANO REPLICATA 2 ! Dans le premier, un savant fou rend le sable vivant et le sable vivant tue les gens, et dans le 2 (le mien donc), ce même savant fou rend des valises vivantes, elles s’emparent du monde façon Planète des Singes et ça finit en fin du monde, le tout avec un héros super bad-ass à la Bruce Campbell ! J’avais fait par-dessus le marché une note d’intention super intello où j’expliquais que c’était en référence à un film de George Méliès et que je dénonçais l’industrialisation… On s’est fait crier dessus, on est passés pour des gros cons, mais my God, c’était drôle et en plus, je suis vraiment FIER de mon scénario ! À côté de ça, y’avait des élèves qui avaient fait des conneries sur une famille bourgeoise qui se décompose pendant mai 68… Le mec il part de valise pour en arriver à ces conneries, c’est fou non ? Si Troma m’influence, je n’en sais rien, peut-être que bébé, j’ai vu des films de Troma et que j’ai été influencé, je ne sais pas ! Mon premier court-métrage par exemple, c’était un nazi qui venait dézinguer un groupe de jeunes bobos et il finissait par se couper la bite pour la caler dans la bouche d’une fille qui s’étouffait avec son sperme. Je n’avais pas encore vu de films de Troma. Mais peut-être que maintenant, oui, les films de Troma m’influencent, parce que je les admire, et que je trouve ça particulièrement injuste la non-reconnaissance artistique de Troma et ça influe sur mon envie, ça j’en suis sûr. Après, sur la manière de faire, tout ça, vraiment je sais pas. J’ai plus l’impression de faire comme je fais car je n’ai pas d’autre possibilité de faire (et peut-être pas envie aussi).

Gibet : Quel est ton Troma préféré ?

Arthur Leblanc : Ça va peut-être faire newbie pour les gros fans hardcore, mais je dirais Poultrygeist ! Tout simplement car c’est le premier film Troma (et de Lloyd Kaufman) que j’aie vu, et il m’avait vraiment foutu une grosse baffe. C’est un film extrêmement drôle et intelligent. My God, quand j’ai vu ce film, j’étais juste aux anges, le mec qui baise les poulets, se fait croquer la bite, se fait rentrer un balai dans le cul, puis y’a son gland au bout du balai… Je me rappelle que je montrais ce film partout autour de moi aux espèces de prétentieux du cinéma en leur disant « Mais putain, tu veux voir un cinéma vraiment contestataire, lâche ta merde cannoise et regarde ça ! ». Et je l’ai aussi vu plus tard en salle de cinéma à l’Absurde Séance de Montpellier pour laquelle Lloyd Kaufman avait tourné une petite intro qui était juste hilarante ! Oui vraiment, j’adore l’énergie et la satire de ce film ! Pour l’effet qu’il m’a fait, les scènes gore, l’humour et tout le reste, c’est mon préféré !

Gibet : Vous avez déjà envisagé de montrer votre série à Troma ?

Arthur Leblanc : En fait, ça fait déjà plusieurs années que j’ai envie de contacter Troma, pour voir si c’est possible de faire des stages ou juste faire mon gros lèche-anus par mail ! Mais je me dis que j’ai pas trop envie de les embêter… Sinon, montrer ma série à Troma, oui j’y ai réfléchi mais à chaque fois je me dis « Nan, c’est pas assez bon, ils vont se foutre de ma gueule ». Si jamais j’ai Lloyd himself qui me dit « Ta série c’est de la merde fils de pute », je crois que je me suicide ! J’ai donc beaucoup d’appréhension là-dessus mais peut-être qu’un jour, je le ferais ! Depuis que j’ai 15 ans, mon plus grand rêve ça serait de faire des séries B aux États-Unis, je gagnerais pas ma vie ou quoi, mais rien que de voir les jaquettes de DVD de mes films dans les rayons douteux des magasins, lire les mauvaises critiques et tout, putain mais j’aimerais tellement ! C’est vraiment mon plus grand rêve ! Alors t’imagines, si Lloyd Kaufman himself me dit que ma web-série c’est de la merde ! Et bien sûr, mon rêve absolu qui ferait de moi l’homme le plus heureux du monde, ça serait de tourner un film chez Troma avec comme acteur principal BRUCE CAMPBELL ! Hm… Il faut que j’arrête de me torturer l’esprit avec mes fantasmes infaisables.