Pour en finir avec l’affaire des plagiats

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Les Restes de la semaine #6 – Au revoir 2015 !

Lune : Il est temps de faire notre top 2015, ou bientôt on va mériter tous les noms d’oiseaux, têtes de linotte et fils de grue, dont les internets nous gratifient quand on regarde ailleurs. Mais ne soyons pas gagnés par la fièvre de la subjectivité mal nommée. Nous n’avons pas tout vu, tout lu, tout entendu en 2015. Nous avons creusé notre sillon, évité sciemment des choses, raté sans le vouloir d’autres choses. Les tops de fin d’année accomplissent le rêve d’une parfaite synchronie entre les sorties culturelles et les consommateurs de culture. Mais laissons les rêves aux fans de Terry Gilliam. Chers sélénites, je veux savoir quelle est l’oeuvre, découverte (mais pas nécessairement sortie) en 2015, qui vous a le plus marqué ?


Corbillot : Sense8, créé par les Wachowski et Joseph Michael Straczynski, 2015

Gibet : Pink Flamingos, réalisé par John Waters, 1972

Jean PaludesUne journée d’Ivan Denissovitch, écrit par Alexandre Soljenitsyne, 1962

Lune : Le Chagrin, par la compagnie Les Hommes approximatifs, 2015

Aloïs : le groupe de musique The Glitch Mob

Dylanesque :  l’écrivain David Foster Wallace

Clo : Hannibal, créé par Bryan Fuller, 2013-2015


Corbillot et Sense8

On va dire « Oh là là, Corbillot nous fait encore chier avec les Wachowski ! » Eh, d’abord mon année 2015 a été pauvre en découvertes, visionnages, lectures (oui, je mets de côté les manuels de concours, c’est quand même bien déprimant !). Et vous plaignez pas, les potes, j’aurais bien pu vous parler de Jupiter Ascending, qui est exactement le contraire du Réveil de la Force : un space opéra inventif et sublime qui s’est ramassé la gueule au box-office. Mais du coup, je préfère m’intéresser à ce qu’ils ont fait de meilleur cette année (Jupiter étant pour moi leur film le moins abouti) : la série Netflix Sense8. Et l’imaginaire bizarroïde des Wacho étendu sur douze épisodes d’une cinquantaine de minutes, c’est quand même bien cool. On y retrouve des thèmes familiers, des méthodes déjà bien rodées : de la métaphysique, des connexions complexes, de l’idéalisme, des genres bousculés, transformés ; et pour assembler tout ça des dingueries de montage et une photographie explosive sans tomber dans l’acidulé de Speed Racer. Comme d’hab’, il faudra lâcher prise pour les premiers épisodes et dépasser la première réaction naturelle : « Putain, je bite rien ! » Tout ce foisonnement, cette étrangeté, rentre progressivement dans une perspective somme toute assez simple si l’on se laisse aller. Et, dans notre société qui prend souvent le parti de se moquer des émotions, faire l’éloge du sensible, mieux, en faire une force, un pouvoir de solidarité, m’a franchement emballé. La cohérence est là, les Wacho sont des humanistes idéalistes qui ne désespèrent jamais. L’occasion, si le cœur vous en dit, vous sera donnée de découvrir des acteurs excellents dénichés par la prod (avec au premier rang le formidable duo formé par l’électrisante Tuppence Middleton, et le good cop Brian J. Smith et ses faux airs de Captain America). Bref, si vous voulez savoir ce qu’ont en commun une DJ islandaise, une pharmacienne de Bombay, un voyou de Berlin, un acteur de telenovela mexicain et une femme d’affaires coréenne, foncez, je vous le recommande, mater Sense8.

Gibet et Pink Flamingos

En 2015, pour mon mémoire de M1, j’ai travaillé sur les adaptations cinématographiques de la saga humoristico-policière San-Antonio, toutes jugées (la plupart du temps à juste titre) lamentables. Pour bien remuer le couteau, les critiques et chercheurs ne cessent de rappeler que c’est pas si dur de proposer un bon film dans le genre, en prenant comme exemple un certain nombre de réussites indéniables, Zazie dans le métro, Fantasia chez les ploucs, Le Magnifique… L’un deux clame fièrement : c’est parce qu’en France on n’a pas d’équivalent de John Waters que tous les San-Antonio filmés sont, à l’instar du cadeau d’anniv de l’héroïne de Pink Flamingos, de la merde en boîte. Pour vérifier la validité du propos, j’ai donc dû – plaisir de la contrainte, Ana sous Christian Grey – me plonger à corps perdu dans ce cinéma-là.

Je ne savais pas grand-chose de John Waters. J’avais en tête une vague réminiscence de bout d’extrait de particule avec des grosses et des couleurs bonbon. J’ignorais totalement que cet univers contenait une charge subversive aussi forte. Dans Pink Flamingos, deux familles de Baltimore se disputent le titre de « filthiest person alive ». Et, pour mériter ce titre, croyez-moi, ils y vont pas avec le dos : exhibitionnisme, rapt, meurtre, viol, inceste, coprophagie (parfois non simulés !), ils se font la liste exhaustivement, rap sheet completed, avec une furie joyeuse « à faire trembler les murs de Jéricho ». Ces persos sont des putain de sadiens, rompus à l’exercice du plein plaisir égoïste, et John Waters ne les punit pas, ne les excuse pas, au contraire boit leur farce dégénérée comme du nectar vermeil. Je n’avais jamais vu ça.

Paludes et Une journée d’Ivan Denissovitch

– Tous les vieux te le diront : c’est à l’heure de midi que le soleil est à son plus haut.
– Oui, dit le commandant, c’était vrai de leur temps. Mais, depuis, il y a eu un décret : le soleil, maintenant, atteint sa hauteur maximum à une heure.
– Pas possible ? Il est de qui ce décret ?
– Du pouvoir soviétique.
Le commandant repartit avec le bard. Choukhov, d’ailleurs ne voulait pas le disputer. Tout de même ! Est-ce que le soleil aussi obéirait à leurs décrets ?

Si vous avez lu et relu Orwell, si vous trouvez qu’il fait encore bien trop chaud en ce mois de janvier et qu’il faudrait quelque chose pour glacer l’atmosphère, optez pour Une journée d’Ivan Denissovitch d’Alexandre Soljenitsyne. Qu’est-ce qui fait qu’un type enfermé au goulag puisse se dire « j’ai passé une bonne journée aujourd’hui » ? Le camp où est interné Ivan Denissovitch Choukhov n’aura pas raison de son énergie, ni de sa volonté. Depuis son lever, plus difficile qu’à l’accoutumée, Choukhov n’a de cesse de bouger, travailler, le corps toujours aux aguets. Chaque action nécessite de bien connaître les lieux, les habitudes des gardiens. Le camp, complètement replié sur lui-même, semble être bâti sur un réseau de pièges face auquel seules une connaissance et une observation attentives permettent de survivre. A la lecture, on aurait presque l’impression que Choukhov fait partie des prisonniers les plus libres du camp : il sait contre quoi et contre qui il joue. Écrit dans une langue chaotique, orale et argotique, celle d’Ivan, le roman m’a parfois rappelé le style de Charles Bukowski : outre le dédoublement auteur/narrateur/personnage, il y a le refus du misérabilisme et de la caricature du milieu. L’humour est bien présent, noir, parfois absurde. L’environnement du camp n’a pas besoin qu’on ironise. Ivan Denissovitch n’est pas un dissident, pas un ennemi du Parti. Juste un type foutu au mitard à cause de soupçons sans preuves tangibles, Choukhov se bat pour lui-même. Au moment du récit, il ne lui reste qu’un an à tirer. La durée courte du récit nous encouragerait presque à le relire chaque jour, faisant de Choukhov le prisonnier éternel. Le Un Jour sans fin littéraire ?

Lune et Le Chagrin

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Gibet l’avait déjà évoqué ici. C’est à ce jour c’est ce que j’ai vu de plus généreux au théâtre. Un spectacle écrit au plateau, un espace plein de possibilités. Les comédiens s’amusent beaucoup tout en étant très fins, et ça remue en douceur au fond de moi. Je savais pas, avant, que le théâtre ça pouvait être si doux. Ça nous parle d’enfance, c’est chaotique et maladroit, c’est ce que j’ai essayé de retrouver dans mon dessin. Il y a surtout une relation frère/sœur très réussie qui montre bien tout ce qu’il peut y avoir d’amour mais surtout de frustration et de colère là-dedans. Pour ceux qui n’ont pas pu voir, ils ont fait une version radio, qui donne une bonne idée de ce qu’est le spectacle.

Aloïs et The Glitch Mob

Je crois avoir déjà dit que je n’étais pas très à l’aise lorsqu’il faut parler des choses que j’aime bien, et ce pour la bonne raison que je suis beaucoup moins efficace à défendre ce que j’ai trouvé cool que quand il s’agit de démonter le reste. J’ai l’horrible impression de me répéter, d’utiliser des arguments qui ne parlent de toute façon qu’à moi et d’user à outrance de répétitions et de lieux communs propres à la critique positive. Mais s’il faut en plus se restreindre à une œuvre unique, alors là, mon cerveau dit non, tout comme mon corps, qui doit dès lors compenser cette épreuve par l’ingestion de plusieurs litres d’éthanol ou à défaut d’images rigolotes sur internet. Aussi loin que je me souvienne, cette année 2015 n’a pas été pour moi celle du gros wouah !. Pour être parfaitement honnête, je n’ai d’ailleurs eu qu’un gros wouah ! dans toute ma vie, devant L’Apollonide de Bonnello.

Bien sûr, certaines œuvres m’ont plus touché que d’autres, et je peux faire de nombreuses mentions spéciales. J’avais parlé de Transmetropolitan, que j’ai d’ailleurs terminé, et que je recommande plus que jamais. J’ai évoqué Archer, dont j’attends la saison 7 avec impatience. J’ai donné mon avis sur Le Roi des Ronces, que j’ai adoré. J’ai fini par me dégoûter de Bret Easton Ellis en lisant Les Lois de l’attraction. Tous m’ont marqué sur le moment, d’une manière ou d’une autre, et désigner parmi tous ces noms un plus marquant, c’est ne pas rendre justice aux autres. Je vais quand même vous parler d’une petite découverte musicale dont je n’ai pas encore parlé.

The Glitch Mob, un groupe américain de musique électronique. Là aussi vous pourrez me taxer de mec abusif qui ne se mouille pas, mais je ne vous expliquerais pas pourquoi j’aime ça, enfin du moins pas concrètement, dans la mesure où je ne le peux pas. Il s’agit avant tout actuellement du groupe préféré d’un ami très cher, et qui me l’a fait écouter. Etant plutôt dans le mood electro, j’ai tout de suite accroché, aussi parce que le titre le plus récurrent de la playlist – à savoir « Can’t kill us » – m’évoque ces soirées à Caen à refaire le monde, à me déhancher les épaules, à éliminer le trop plein de drogues la tête au-dessus de la cuvette, image éternelle d’une jeunesse dédiée comme il se doit à bien se flinguer ce qu’il me reste de santé. J’ai eu beau avoir le droit à la totale concernant le groupe, à quel point leurs transitions étaient parfaites, leurs sons toujours timés à la milliseconde, les instrus de ouf, tout ce que vous voulez, je serais bien incapable de vous redonner le détail. Mais The Glitch Mob est désormais synonyme de souvenirs, et je pense que cela vaut au moins à en faire mon œuvre la plus marquante.

Dylanesque et David Foster Wallace

En 2015, j’ai croisé la route de David Foster Wallace. D’abord en me baladant dans les allées de la librairie Shakespeare à Paris et en admirant le pavé Infinite Jest (1996) très joliment réédité, fourmillant de mots, de notes, de caractères. N’ayant pas assez d’argent de poche pour l’embarquer, je l’ai laissé là, me promettant de revenir un jour. À la maison, Wikipédia m’a appris que l’écrivain s’était suicidé en 2008, laissant derrière lui ce chef-d’œuvre culte d’un millier de pages, tout fraîchement traduit chez nous. Un mois plus tard, lors d’un réveillon un peu sinistre, j’ai regardé The End of The Tour, de James Ponsoldt. Jesse Eisenberg y incarne un journaliste de Rolling Stone qui accompagne lors d’une tournée promo l’auteur incarné par l’étonnant Jason Segel (Sans Sarah rien ne va, How I Met Your Mother). Ca se passe en 96, sur la route, entre une chambre d’hôtel et une librairie miteuse, au rythme des confessions de l’auteur, de ses sautes d’humeur et de sa vision singulière du monde. C’est un huis-clos en mouvement, une pièce de théâtre animée par un dialogue existentialiste et touchant. Avec, pour achever de me convaincre, une bande-son où l’on retrouve le meilleur de la période, de Felt à Pavement. Fasciné pour de bon par le personnage, il allait falloir que je me plonge pour de bon dans son œuvre. En 2016, je lirai David Foster Wallace. C’est ma seule résolution.

Clo et Hannibal

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12 Days of Christmas #0 – Introduction

Les mieux habitués d’entre toi, joufflu lecteur, savent que depuis 2012 nous sortons l’artillerie lourde à Noël. Chaque décembre, nous avons pondu un Calendrier de l’Avent rutilant, 25 christmas surprises pour les 25 jours qui mènent à l’accouchement sans péridurale de Marie dite la Vierge. Ouais, ce p’tit article que tu lis c’est genre l’Archange Gabriel pour ta trogne et tu sais quoi ? il a deux messages.

PRIMO : tu peux toujours consulter les Calendriers passés

Vu qu’on a dû passer d’Overblog à WordPress à la main (triste époque sans soleil), y a beaucoup de trucs qui se sont perdus en route. Mais beaucoup c’est moins qu’absolument tout. En 2012, calendrier timide, nous avions simplement fait un bel article de Noël par jour. Il en reste ceci :

Un dossier sur les adaptations de A Christmas carol par bibi ;

Une playlist de Noël idéale par Dylanesque ;

Une discussion autour de la trilogue Super Noël par Gibet et bibi ;

Un top 15 des meilleurs épisodes de Noël américains par Dylanesque.

En 2013, autrement plus chauds (tels des marrons), nous avions concocté KDO, web-série screwball comedy en 25 petits zodes. On peut la voir quasi intégralement ici :

Version un peu jolie sur lecteur hasbeen

et là

Version vraiment laideronne sur lecteur swag

Vous verrez que de cette folle saga il manque l’épisode 18. C’est que cet épisode, trop hardcore pour les tubes tradi, a été censuré dans 98% des pays du monde. Sache, puisqu’il contient un rebondissement capital, qu’Aloïs y découvre, en détaillant sa première fois pendant la colo (désolé que tu rates ça !), que la mère de Lune… n’a jamais couché avec qui que ce soit.  TADAM.

En 2014, à la limite de la surchauffe, nous avons conçu d’abord sitcom, sept épisodes, même univers que KDO mais toute autre forme, puis Le Triste Noël de Pire Ennemi, dix-huit épisodes, spin-off de François Pathétique, écrit, tourné et monté au jour le jour dans le froid de décembre. Et de ça, tout est encore visible :

sitcom – photo par Jean-David

Le Triste Noël de Pire Ennemi – photo par peu importe

DEUZIO : cette année on te propose 12 Days of Christmas

Tu vois la vie c’est comme la mer des fois y a pas trop de vagues et des fois si beaucoup beaucoup et du coup tu fais un Noël plus économique sur ton blog Lunécile. A partir de demain, donc, c’est Noël plein pot sur ici même, jusqu’au jour J (J pour Jésus) – il y aura :

– des dossiers de ouf sur les séries et films de Noël, avec de la recherche et de l’intelligence !!!

– un Secret Santa culturel avec toute la rédac, genre y a eu un tirage au sort et chacun a dû imposer à son binôme un truc à lire regarder écouter et tout le monde se dispute ohlala j’te raconte pas comment que ça va être rigolo !!!

– des beaux dessins par nos éminentes dessineuses !!!

vlà les hyperliens super cools sur notre page Facebook et notre fil Twitter !!!

J’espère que t’as suspendu ta plus grand chaussette à la cheminée parce que nous on a les menottes plein de cadeaux.

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Les Restes de la semaine #5

Lune : Cette semaine, chers sélénites, nous avons enfin trouvé une ligne éditoriale. Nous ne publierons que des choses passionnantes ! Passionnante notre discussion autour de la troisième partie de la saison 9 de Doctor Who en compagnie de Manuel Lambinet. Passionnant l’entretien de Corbillot avec Jean-Pierre de Mondenard, spécialiste du dopage, autour de The Program de Stephen Frears. Passionnant, enfin, le pastiche de Charlotte pour mieux étudier le traitement de la nourriture dans Le Journal de Bridget Jones. Mais trop de profondeur peut donner le vertige. Voici venu à point nommé le temps des Restes de la semaine :


Cinéma : 007 Spectre, Sam Mendes, 2015 (Jean-David et Jean Paludes)

Série : Master of None, créé par Aziz Ansari et Alan Yang, 2015 (Dylanesque)

Le dessin de la semaine (Lune)


Paludes, Jean-David, mes beaux miroirs, il paraît que vous avez vu un film qui contient des femmes plus belles que moi… ?

007 Spectre, Sam Mendes, 2015

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Paludes : Je me souviens qu’on avait bien aimé Skyfall avec Jean-David. C’était un Bond surprenant qui s’imposait comme une belle promesse pour relancer la série et pour que Craig marque vraiment le personnage.Les moyens mis en oeuvre n’étaient pas forcément révolutionnaires – il s’agissait de fouiller dans le passé de Bond – mais c’était plutôt bien traité et c’est plutôt rassurant pour les studios. On garde l’essence de la saga, on retouche deux-trois trucs, ressortie de l’Aston DB5 et on est repartis comme en 62 les gars. Alors voilà, Spectre doit s’imposer derrière Skyfall et c’est tout de même pas facile. Surtout quand on réutilise certaines ficelles comme l’ennemi inconnu connecté au passé, et qu’on a l’ambition de creuser la psychologie du personnage. Et pour cette dernière, on nous colle un personnage de psy. Française. Qui s’appelle MADELEINE SWANN. Bref. Ma première remarque sur le film est donc : Spectre ne se démarque pas de Skyfall, n’en a pas l’ambition et donc peine à exister. Le titre est bien choisi.

Jean-David : La presse anglaise encense Spectre et le présente comme un retour aux sources, semblant affirmer que la réussite d’un Bond consiste en un exercice de style, un exercice de variation, autour des mêmes schémas sans cesse renouvelés. Sam Mendes et Daniel Craig semblaient avoir trouver un nouveau souffle avec Skyfall et, tu le rappelles bien, c’est pour ça que l’on était aussi enthousiaste ! Spectre avait donc deux objectifs : clore la série de films de Mendes et Craig d’une part et concrétiser les ambitions de Skyfall d’autre part. Le premier objectif semble atteint mais presque trop. On attendait la fin d’un cycle mais Spectre semble carrément annoncer la fin de la saga. La profusion des références, le rythme calqué sur les premiers Bond et surtout le personnage de méchant par excellence qui manipulait les autres dans l’ombre, une sorte de boss final, tendent à penser ainsi. Seulement ce boss n’est absolument pas crédible. Comment serait-il l’être suprême ? Après Bardem, Mikkelsen ou même Mathieu Amalric, Christopher Waltz apparaît bien pâlot. Trop simple à trouver, trop facile à berner (et trop en hélicoptère). Le dernier soupir de M coïncide-t-il finalement avec la fin de ce nouveau souffle qui semblait pointer ? J’aurais tendance à le penser tant Spectre ne tient pas la comparaison. Les scènes d’actions n’ont aucun relief ; la première séquence est très bien menée mais les suivantes ne décollent pas (ou décollent trop justement). Les personnages… Madeleine Swann… comme tu disais. Le scénario joue sur le parallèle de la mission de Bond et la destruction du programme 007 (comme Mission Impossible, étrange), sans que les deux parviennent à se rejoindre tout à fait. Il n’y a pas grand-chose à sauver sauf éventuellement les acteurs, qui font le boulot. J’ai peut-être loupé quelque chose dans ce film, mais je suis plutôt déçu, comme tu peux le voir. Tu dis qu’il a peine à exister mais tu as passé un bon moment tout de même ?

Paludes : Oui tout de même, j’ai beaucoup aimé certaines séquences d’action et le savoir-faire est là lorsqu’il s’agit de maintenir le suspense et la tension. La première scène – débutant par un plan-séquence si mon souvenir est bon – était vraiment bien menée et faisait honneur à ce que propose la série. Propre et sophistiquée techniquement, situations impossibles, flegme… J’ai beaucoup aimé aussi la poursuite dans les montagnes, et la séquence du chalet en Autriche. Après, je trouve en effet que ça peine à décoller et les séquences tournant autour de Monica Bellucci alourdissent le récit. Mine de rien, Spectre a esquissé une question : qu’est-ce qui pousse Bond à sauver le monde ? C’est une question lancée par Madeleine et j’ai trouvé ça plutôt pertinent. Car j’ai l’impression qu’on ne se pose pas forcément cette question. En tant que spectateur, on ne remet jamais en question 007. Surtout que les enjeux géopolitiques du film concernent la surveillance généralisée et que Bond est lui-même constamment surveillé. Malheureusement, on reste très en surface à ce niveau-là. C’est même à se demander de qui Spectre est le nom ? En fait, Bond, malgré son corps parfait pour l’action, n’a que peu d’épaisseur. Pour dire autrement, il faut qu’il passe de 007 à James Bond. Comme si le nom était trop lourd à porter, pour lui comme pour le film dans son entier. J’ai surtout l’impression que dans ce film on n’ose pas trop aller trop en profondeur dans les tourments de Bond : tout semble suggéré, ce qui correspond peut-être au personnage, mais ça donne surtout l’impression qu’il reste intouchable. Alors peut-être que dans ce sens, les critiques anglo-saxonnes ont raison. Mais, comme tu l’as dit, ça pose tout de même la question du futur de la série et de son interprète !

Jean-David : Je n’avais pas pensé à cette question des motivations du héros, intéressant en effet. Personnellement le film me donne plutôt l’impression que Bond agit maintenant par habitude. Pour ce qui est des scènes d’actions je suis entièrement d’accord sur le fait qu’elles sont maîtrisées et efficaces, mais (mis à part la première) elles ne sont pas de celles que je retiendrai le plus (genre je préfère la course en moto sur les toits du Caire précédemment). J’apprécie tout de même que Bond ne soit pas rentré dans la surenchère que se livrent actuellement les films d’actions comme Fast and Furious ou Mission Impossible. Cette compétition de la scène la plus impressionnante peut être marrante mais James Bond est bien plus qu’un Rambo sur pattes et les scènes d’actions exploitent ses spécificités. Daniel Craig en a ras le bol de faire James Bond, c’est assez drôle dans ses interviews. Mais tu verras, l’avenir est assuré, Disney rachètera la franchise !

Paludes : Bond agit par habitude, je suis tout à fait d’accord ! Tout est très balisé (ce qui ne l’empêche pas pour autant de détruire un avion, de précipiter une voiture dans le Tibre et de faire sauter un complexe ultra-moderne du méchant ultra-complexé). J’ai l’impression qu’on est assez d’accord sur Spectre.

Gibet : Dites-moi. La plupart des critiques que je vois, et ce que vous dites rejoint un peu ça, disent : « je me suis bien amusé tout du long mais c’était nul ». Est-ce que seriez pas tous en train de chipoter face à un film d’action / espionnage honnête ?

Paludes : Alors, oui, les séquences d’action marchent bien. Celle de l’avion dans les montagnes (l’ange Bond !) m’a bien plu et témoigne d’une vraie habileté dans ce genre-là. Néanmoins, les séquences qui ne relèvent pas de l’action sont assez plates. Pour revenir sur le rôle de Bellucci, son personnage ne semble être qu’un prétexte et les séquences avec elle ne présentent quasiment pas d’enjeux à part celui de commencer à introduire Spectre : elles n’ont qu’une simple fonction narrative. Du coup, on a des séquences d’action bien foutues mais le reste est assez conventionnel j’ai trouvé (à part la séquence de la souris). Quant au personnage de Waltz, on a l’impression de voir sans cesse le même personnage conspirateur et avide de contrôle depuis un bon moment sans qu’il ne cherche à se démarquer du reste de la production. C’est la principale critique que je formule à propos de Spectre.

Jean-David : Pour moi il n’y a que deux scènes qui fonctionnent pendant tout le film. La scène d’action du prologue et la scène d’action de la montagne. Les deux sont efficaces et bien gérées. Mais les autres scènes d’action (comme la dernière notamment) n’ont pas le même piquant et paraissent même redondantes (encore un hélicoptère !). Donc il y effectivement un savoir-faire technique sur les scènes de ce type mais ça ne suffit pas à en faire un film d’action intéressant. Par ailleurs, si je veux un film d’action honnête, j’en ai à la pelle, je n’attends pas ça d’un James Bond, surtout après les précédents. Il n’y a rien à reprocher à cet opus d’un point de vue technique, ce sont les choix en amont qui ne me semblent pas assez ambitieux ou peu convaincants.

Paludes : Des pronostics pour le futur 007 ?

Jean-David : Là j’avoue que je suis un peu à sec de prévision, j’ai l’impression que les nouveaux venus ne sont plus très nouveaux donc… ça va être très dur de prévoir.

Paludes : Je vais aller interroger les feuilles de thé, mon cœur balance entre Vincent Macaigne et Marc Lavoine.

Lune : C’est moi le futur James Bond. En attendant l’annonce officielle, je vous demanderais de me ramener le foie de cette Madeleine Swann dans une boîte.

Master of None, créé par Aziz Ansari et Alan Yang, 2015

Dylanesque : En me lançant dans cette série imaginée par Aziz Ansari et dont la première saison est disponible sur Netflix depuis le 6 novembre, je partais avec un handicap sévère : Aziz Ansari me gonfle un peu. Je peux apprécier ses mimiques à petites doses (comme dans Parks & Rec) mais l’avoir en permanence à l’écran pendant dix épisodes, ça me semblait plus compliqué. Les extraits de son stand-up m’avaient également laissé de marbre. Mais le consensus autour de Master of None (« drôle, subtile, attachante et politiquement incorrecte » selon Télérama) et mes nuits solitaires à Ouessant m’ont finalement encouragé à lui donner une chance de me séduire. La bonne nouvelle, c’est que je ressors de mon visionnage avec beaucoup plus de tendresse pour Ansari. La mauvaise, c’est que la série est beaucoup plus inégale que ce qu’on m’avait vendu.

On suit le parcours de Dev, jeune comédien new-yorkais qui tourne dans des pubs tout en essayant de devenir une meilleure personne. Chaque épisode se développe autour d’un thème central (le désir d’enfant, les inégalités homme-femme, l’adultère, l’indécision des trentenaires) et à chaque fois, Dev s’en sort en ayant appris une bonne leçon. En gros, la série a deux modes : Dev face au monde, Dev et sa relation amoureuse avec Rachel (Noël Wells qui imitait bien Zooey Deschanel dans SNL, souvenez-vous). L’occasion pour Ansari (et son co-scénariste Alan Yang, autre ancien de Parks & Rec) de développer des sujets qui lui tenaient déjà à cœur dans ses spectacles (romance et société) sous la forme d’une autofiction aussi introspective que tournée vers le monde. Sur le papier, c’est très noble et plutôt progressiste : sexisme et racisme sont tournés en dérision de manière bien plus directe qu’habituellement à la télévision. Le casting donne la part belle aux minorités et même les parents d’Ansari sont recrutés pour jouer les parents de Dev (ce qui explique leur non-jeu justement).

Mais c’est cette accumulation de « bonnes leçons » qui m’a un peu dérangé. Ansari n’a pas la subtilité d’un Louis C.K. (et sûrement pas les mêmes intentions) et à force de pointer du doigt ce qui ne va pas, il a tendance à se montrer trop didactique. Prenez l’épisode sur les parents, celui qui m’a le moins convaincu, où Dev et son pote réalisent qu’ils n’accordent pas assez d’importance aux parcours et ressentis de leurs vieux. Tout y est bien trop schématique : je suis pas respectueux d’une personne, je m’intéresse à la personne, je suis plus respectueux de la personne. Le même angle est utilisé tout au long de la démonstration et du coup, on s’ennuie rapidement. « Indians on TV » a au moins le mérite d’aborder son sujet avec plus de nuances et d’autodérision.

La série se dévoile bien plus riche quand elle laisse vivre ses personnages sans qu’ils ne soient le porte-parole d’une cause ou la version fictionnelle d’un sketch. Elle se montre bien plus humaine quand elle n’essaye pas par A+B de nous inculquer les bonnes leçons d’un trentenaire de classe plus que moyenne mais nous montre simplement des hommes et des femmes avec leurs bonnes intentions et leurs mauvaises habitudes. Le road-trip « Nashville » et le très réussi « Mornings » sont moins ambitieux dans leurs propos mais aussi beaucoup plus percutants et touchants. Les clichés de rom-com ne sont jamais loin mais habilement évités jusqu’à un « Finale » surprenant. On sent moins Ansari en train de s’éparpiller avec son budget et son format (la série est très très belle à regarder) pour développer un propos et plus en train d’exploiter son jouet pour raconter des histoires.

C’est inégal car il m’a fallu une bonne moitié de saison pour envisager Dev comme un personnage à part entière et arrêter de voir un Ansari me faire des clins d’oeils malins. Inégal car on saute du didactique (« Ladies and Gentleman ») à l’anecdotique (« The Other Man ») pour enfin avoir quelque chose de consistant (« Mornings »). Mais je dis sûrement ça parce que c’est la vision du couple qui m’a le plus touchée et, dans son universalité mal équilibrée, il se peut que Master of None vous plaise pour des raisons tout à fait différentes. C’est sa réussite et sa force. Si Netflix donne le feu vert à une deuxième saison, j’espère qu’Aziz essayera moins de plaire à tout le monde et fera des choix de narrations plus tranchés. En attendant, ça reste un bon travail de recherche avec suffisamment de fulgurances et de passages franchement drôles (le phoque en peluche ou les vigilantes dans le métro) pour mériter votre attention. Après tout, une série d’auteur qui se déguste aussi légèrement, c’est rare.

Gibet : Je n’en suis qu’à la moitié de la saison, mais je commence déjà à m’impatienter. Si ça continue sur cette voie, je serai à l’arrivée beaucoup plus sévère que toi. Le problème majeur de la série d’après moi c’est la direction d’acteurs. Habituellement les stand-upers qui passent à la fiction laissent une grande marge à l’improvisation, et ça tend à sublimer l’écriture, un univers est forcément plus dense s’il concentre plein d’énergies que s’il illustre les énoncés d’une voix toute puissante. Master of None c’est beaucoup trop installé, les acteurs n’ont pas l’air d’avoir de marge de manœuvre et ils jouent chacun de leur côté, ça se sent tout particulièrement dans les scènes fatigantes entre les quatre potes. Aucune alchimie, aucune complicité. On ne comprend même pas pourquoi ces quatre-là se parlent. Et c’est dommage d’avoir un des types les plus drôles du monde à la table, Eric Wareheim, et de ne lui faire jouer que le weirdo de service. En fait on sent qu’Aziz veut faire une belle bande de potes post-Friends mais il s’y prend tellement mal qu’on dirait le cast désaccordé de Seinfeld première saison. Les séquences où ils aident Dev avec son texto, dans l’épisode 3, c’est écrit de la façon la plus conventionnelle qui soit, et vu que du côté des acteurs ça joue pas du tout, ça n’a aucun intérêt. On revoit une énième fois un passage obligé de rom-com, sans assaisonnement. J »avais appris à apprécier Aziz avec Comedians in Cars et ses spectacles (il me fait pas rire mais je comprends qu’il puisse faire rire) et j’avais bien aimé le premier épisode, mais là pour l’instant ça suit pas.

Charlotte : Moi je vous trouve durs, c’est une série qui fait du bien parce que les bons sentiments qui y sont légion ne sont pas si lourdement amenés que ça, et qu’il évoque des problèmes (le racisme du cinéma, l’ingratitude des enfants envers leurs parents, les décalages culturels, mais aussi la vie de couple et ses illusions) qui sont finalement pas si traités que ça à la télévision. Par ailleurs, découvrant les acteurs de son cercle, j’ai apprécié leurs rôles individuels même si effectivement on peut ne pas trouver délirante leur alchimie collective.

Gibet : Bin moi pour l’instant ça me fait pas trop du bien, parce que ces thématiques en effet plutôt originales sont traitées comme dit Antoine de façon plutôt schématique. Mais bon j’ai vu que la moitié, alors disons que pour l’instant je considère la série seulement présumée ratée. Lune, t’en penses quoi ?

Le dessin de la semaine

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Les Restes de la semaine #4

Lune : Ces dernières semaines, Dylanesque a lu un livre ! nous avons réparé notre jukebox ! et, puisqu’il a passé cette nuit toutes les épreuves avec succès, vodka pong,  impro clash Duras, atelier Kamasutra, nous accueillons dans notre team une nouvelle recrue… Offre-toi, Jean Paludes, le lecteur t’écoute.

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Paludes : Jusqu’à ce jour, les tests sanguins pour mesurer mon taux de midichloriens n’ont rien donné. Peut-être suis-je un robot mais mes deux parents ingénieurs à Skynet n’ont pas souhaité s’exprimer. En attendant, je rêve, lis, écoute et regarde.

Lune : Prends ce calice. Ceci est mon sang.

Paludes : Ah, vous êtes cathos ?

Lune : Littéralement mon sang.

Paludes : Ok.

Lune : Mes règles.

Paludes : Ok…

Lune : Bois !

Paludes : Euh.

Lune : C’est le rite d’entrée.

Paludes : On a qu’à dire que je fais partie de la team en auditeur libre.

Lune : Ce serait quoi la nuance avec les vrais rédacteurs ?

Paludes : Tout pareil.

Lune : Ah.

Paludes : Sauf le rite d’entrée.

Lune : Quoi ? Il te plaît pas mon rite d’entrée ?

Paludes : Si si.

Lune : Eh bin quoi ?

Paludes : C’est délicat…

Lune : Accouche !

Paludes : Je suis déçu. C’est tapette le coup des menstrues. Vous avez pas un truc hardcore plutôt ?

Lune : On verra ça après, voici venu le temps des Restes de la semaine !


Cinéma : Crazy Amy, Judd Apatow, 2015 (Gibet)

Littérature : La Vérité sur Marie, Jean-Philippe Toussaint, 2009 (Paludes)

Cinéma : Welcome Back, Cameron Crowe, 2015 (Charlotte)

Le dessin de la semaine (Clo)


Gibet, sais-tu pourquoi les distributeurs français ont remplacé le titre original Trainwreck par Crazy Amy ?

Gibet : Euh bin Crazy Amy c’est genre elle est folle et ça rime on sent qu’elle va faire des blagues.

Lune : Pour nous éviter de tomber sur des photos de corps démembrés en faisant nos recherches Google Images.

Crazy Amy, Judd Apatow, 2015

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Gibet : Étant donné que j’aime pas qu’on gaspille le temps, j’ai décidé de vous faire la critique de Crazy Amy. Je ne dis pas : une critique de Crazy Amy. Certains se cantonneront à aimer le film, d’autres à le haïr, d’autres encore à peser le pour le contre y a des trucs que j’ai kiffé ouais mais aussi des trucs que j’ai pas kiffé – laissez tomber, le pour et le contre font tous les deux exactement 4 kilos 900 grammes. Je vais vous démontrer, chers sélénites, par un raisonnement strictement mathématique, que Crazy Amy, film quantique, est en fait réuté. Réussi et raté. En même temps. Pour précisément les mêmes raisons.

Si l’on considère que c’est un film de Judd Apatow

40 ans : mode d’emploi nous a montré à quel point Judd fatiguait. Tellement crevé, le gars, qu’il ne savait plus dire que ça, j’écris ce scénar avec ma dernière cartouche. Ce film, c’était un appel au secours, limite une lettre de suicide. Actrice limitée qui croit nous faire marrer en répétant deux heures durant les mêmes effets mais épouse du réal, Leslie Mann version film nous donne un aperçu de Leslie Mann version vie, autrement dit de la morne conjugalité qu’elle propose. Judd essayait de nous parler, et on a rien fait. Dans les fait-divers, on a pu lire qu’un type à l’orée de la soixantaine était entré dans une projo de Crazy Amy gun à la main pour tirer sur le public au hasard – à mon avis c’était un fan plein d’empathie mal rencardé sur la séance à laquelle Madame Apatow avait prévu d’aller.

Au milieu du brouillard 40 ans, on a du mal à se souvenir distinctement d’autre chose que la séquence d’impro où Melissa McCarthy râle chez le proviseur. Rincé mais pas mort, Judd Apatow a encore le talent de la lucidité. S’il ne peut plus être le moteur de ses films, il peut encore absorber la vitalité des nouvelles énergies comiques. Stratégie réussie : Crazy Amy, joué et écrit par la mimi cracra Amy Schumer, est son film le plus frais depuis 40 ans, toujours puceau, comme un re-premier film. Si l’on met à part l’ennui habituel du dernier acte apatowien (apatowais ? non), Schumer, peut-être parce que rompue à l’exo de l’écriture à sketches elle ne privilégie pas l’architecture globale contre la densité de chaque séquence, propose pour chaque situation de nouveaux dispositifs burlesques (gros cœur pour la séquence où les deux amants refusent d’aller se coucher avant d’avoir fini leur dispute) et rend les deux heures et quelques du film bien consistantes.

Pour la première fois, surtout, le héros n’est plus doté d’une kikoute mais d’une minouchette. Ça a l’air anodin, mais ça permet de revoir d’un œil neuf toute la filmographie du Roi Lear de la comédie. On a souvent reproché à Judd son intérêt univoque pour les proto-hommes qui s’éternisent dans l’âge garçon. Cette fois-ci le proto-homme est une femme, et tous les gens qui l’entourent partagent des valeurs traditionnellement féminines. Pas seulement la sœur et ses copines ménagères (normal). Pas seulement le futur époux bien équilibré (classique). Mais aussi les petits copains bodybuildeurs, les sportifs rencontrés en chemin, LeBron James lui-même ! Tous prônent la vie familiale et les crèmes hydratantes, de concert se liguent contre Amy la baiseuse. Du coup, le jeu se complique. C’est toujours la virilité déréglée de l’adolescent qui est traquée, mais elle peut être l’attribut d’une meuf.

Si l’on considère que c’est un film d’Amy Schumer

Inside Amy Schumer nous montre à quel point la dame n’a besoin que de son boule et son couteau. Éventuellement de sa team de scénaristes. En un seul show, tu as tout : Broad City, Louie, Billy on the Street, Amy Poehler’s Smart Girls, peut-être même Les Sentinelles de l’Air. C’est une série qui vit, et par sa forme fragmentée permet à Schumer de faire la démo d’une amplitude de jeu impressionnante, capacité d’impro, auto-ironie, rôles de composition très variés, la panoplie complète quoi.

Judd Apatow à cet égard dessert son actrice. On ne voit plus qu’une possibilité d’Amy Schumer, et c’est la possibilité la plus facile. De même pour le choix des épisodes, fortement inspirés d’Inside (la séquence où Schumer se défend d’être raciste par exemple vient presque telle quelle de la série) : on n’a gardé de toutes les facettes du perso que ce qui permettait de faire une Amy réaliste, freinée d’avance, qui puisse passer toutes les étapes du Récit. Dans la série, tout peut être essayé puisque ça reboote toutes les trois minutes. Chaque protagoniste ne vivra que pour son petit segment et, en dehors de tout récit, il n’a pas l’encombrante tâche d’évoluer, de faire des nœuds à dénouer. Il ne doit que tenir sa ligne obstinément jusqu’à la chute. On sait bien qu’Apatow fait évoluer ses personnages de façon ultra-conventionnelle pour compenser la charge régressive du reste et, on dira ce qu’on voudra, en général ça suffit à rendre le défouloir opérant. Le souci avec Amy Schumer, c’est qu’on sait tout aussi bien, grâce à la série, qu’en fait il n’y a pas besoin de compenser.

OR c’est un film de Judd Apatow et Amy Schumer ;

DONC Socrate est un homme.

Lune : T’exagères un peu, il n’y a pas tout dans Inside Amy Schumer.

Gibet : Ah bon, il manque quoi ?

La Vérité sur Marie, Jean-Philippe Toussaint, 2009

1413264-gfPaludes : C’est le premier roman de Jean-Philippe Toussaint que je lis et il faut que je tombe sur le troisième opus d’une tétralogie. Personne ne m’a prévenu, ni la libraire, ni l’auteur (que je soupçonne d’ailleurs de connivence). La prochaine fois, j’achèterai sur Internet. Je ne saurais pas dire exactement ce qui m’a attiré vers ce livre au milieu du présentoir Toussaint, mais je pense que le titre a joué. Après tout, Monsieur Toussaint me promettait La Vérité sur Marie, que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam, et dans ce climat actuel de scandales et de règlements de comptes, j’avais bien besoin d’un peu de franchise. J’ai d’ailleurs appris dans un entretien donné par l’auteur que l’on pouvait commencer où l’on voulait cette tétralogie – composée de Faire l’amour, Fuir, La Vérité sur Marie, Nue – alors tout va bien. Il n’y a pas de chemin tout tracé (ce qu’expérimentent les personnages du roman d’ailleurs) ni de chronologie à respecter.

Il y a deux personnages récurrents dans cette tétralogie : le narrateur et Marie Madeleine de Montalte (à dire très vite sans respirer). Ils se sont aimés et sont à présent séparés. Ils se retrouvent un soir d’orage après que Jean-Christophe de G., l’actuel compagnon de Marie, ait eu un accident cardiaque. Le lecteur apprendra que son véritable nom est Jean-Baptiste de Ganay, mais le narrateur continuera de l’appeler Jean-Christophe. Alors Marie, oui, mais pour ce qui est de la vérité… Le livre se décline en trois parties : trois fois des retrouvailles, dont une manquée à Tokyo, et trois fois un accident. Pour le narrateur, ça donne je, il, je. Une nouvelle de Borges est d’ailleurs citée, « L’île des anamorphoses », l’histoire d’un type qui invente la troisième personne en littérature.

Le je est problématique dans ce roman. Il est fort probable que l’écrivain lui-même s’y projette à certains moments. Le narrateur tente de reconstituer l’histoire de Marie et Jean-Christophe à Tokyo. L’écrivain reste flou sur ce qui tient du savoir et de la spéculation. Tout cette partie écarte même rapidement pour narrer la perte de contrôle d’un cheval à l’aéroport. Trois accidents pour les trois parties du livre. La Vérité sur Marie menace de déraper à tout moment ; le désir du narrateur serait-il une tentative d’abolir le temps et l’espace ? Tout tient peut-être dans cet enjeu littéraire. Dans le rapprochement progressif, inéluctable de deux corps qui sont d’ores et déjà destinés à se séparer.

Jean-David : Du coup Marie c’est un nom au pif ou il y a un rapport quelconque avec la Bible ?

Paludes : À mon avis non, pas directement en tout cas. C’est un nom qui semble désigner toutes les femmes, tout comme Marie est l’une des images de la femme dans la Bible.

Charlotte : Je crois que Marie c’est le nom de la vraie  ex de Toussaint !

Jean-David : D’accord, intéressant toutes les femmes ; parce que sans ça je trouve le titre un peu pourri !

Paludes : Oui c’est un peu passe-partout ! Mais c’est plutôt pas mal comme bouquin.

Lune : Charlotte n’est qu’une seule femme mais ça ne va pas l’empêcher de parler de

Welcome Back, Cameron Crowe, 2015

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Charlotte : Au départ, Welcome Back peut sembler plein de promesses. Même si le film a eu la curieuse idée de teindre Emma Stone en blonde et d’en faire une native d’Hawaï obsédée par son désir de reconnaissance, il part sur les mêmes bases que beaucoup d’autres films a priori pas bien méchants et même parfois plutôt jolis. Je pense par exemple à Amour et Amnésie qui cède au cliché du collier de fleurs, des personnages blancs et blonds partout et de l’innocence souriante des Hawaïens qui semblent perpétuellement en vacances et heureux. Pourtant, le film a un certain charme qui manque tout à fait à Welcome Back.

D’abord Welcome Back s’occupe de VRAIS PROBLÈMES D’ADULTES. Le héros revient à Hawaï après une grosse erreur qui lui a coûté sa carrière (tiens, ça me rappelle un autre Cameron Crowe) et a du mal à remettre sa vie sur les rails, mais y réussit grâce à une jolie blonde gracieuse et rigolote (tiens, tiens). Il retrouve Rachel McAdams qui, elle, a refait sa vie avec le type de The Office. Des histoires de parenté, de lutte pour l’espace aérien et le territoire hawaïen sont abordées (maladroitement). Le problème, c’est que le film y répond avec des personnages qui se comportent, à l’âge de la maturité, comme s’ils avaient encore 16 ans.

On dirait par ailleurs que le film a été monté dans le désordre, aucune des intrigues n’a de substance ni de sens. La paternité du héros est découverte de façon mal construite et la scène dans laquelle il se révèle à sa fille m’a plongée dans un profond malaise. Elle semble éprouver immédiatement une forte complicité avec lui, au point de se jeter dans ses bras en pleurant. Pourtant, seize ans élevée par un autre homme qui la traite comme sa fille, c’est long. Pourquoi aucun film n’aborde-t-il jamais la difficulté de renouer avec un parent inconnu ? Pourquoi cette relation semble-t-elle évidente à chaque détour de scénario, comme une reconnaissance soudaine et attendue ?

La façon de montrer cette reconnaissance comme évidente, dans un film sur la difficulté de retrouver ses racines et son chemin, me semble malheureusement exemplaire du reste du film. Certaines critiques ont considéré cette scène comme presque dissonante dans le film, y voyant de la délicatesse et une émotion poétique que l’on n’y retrouve nulle part ailleurs. Pourtant, elle est chargée des mêmes défauts : en voulant faire un film sur les silences lourds de sentiments et de sous-entendus, Crowe a pondu un film insignifiant.

Gibet : Je ne sais pas si Cameron Crowe avait vraiment l’intention de faire un film sur les silences lourds de sens… Si oui, je suis d’accord avec toi, c’est raté. Sinon, je suis quand même d’accord avec toi, c’est insignifiant. Mais, justement, j’ai eu le sentiment qu’il ne voulait pas faire autre chose que disons un téléfilm de luxe, que l’insignifiance faisait partie du contrat. En tout cas j’ai baissé la garde dès que j’ai vu que le hawaïen pur souche que Bradley Cooper va consulter avait dans sa collec de vinyles Blue Hawaii d’Elvis, fantasme états-unien, comme si les derniers Indiens d’Amérique collectionnaient les bobines des premiers films de John Ford. Garde baissée, malgré les innombrables scories – direction d’acteurs bâclée (faut être fortiche pour faire un film aussi petit avec un casting pareil), mise en scène limite amateure (au début y a une séquence super étrange où Stone attend que Cooper ait fini ses retrouvailles avec son ex ils ont l’air d’être à 10 centimètres les uns des autres ça ne rime à rien), et toutes les choses que tu as soulignées à juste titre, comme les inepties familiales (il n’y a pas que la séquence de reconnaissance finale qui m’a fait tiquer, toute l’insistance sur l’hérédité est pénible, tu es la fille de McAdams et Cooper du coup tu as la copie des cheveux de l’une et la copie de l’esprit de l’autre) – j’ai trouvé le film charmant, et d’autant plus charmant que insignifiant. Il y a aussi que ça se passe pendant les fêtes de fin d’année à Hawaï. C’est de la drague, le film pourrait se passer n’importe quand à peu près n’importe où, mais bon ça a marché sur moi.

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Sinon c’est quoi l’autre film de Crowe dont tu parles ? Je n’ai pas la référence je crois.

Charlotte : Retour à Elisabeth Town.

Lune : Pour l’heure, retournons au dessin de la semaine.

Le dessin de la semaine

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Les Restes de la semaine #3

Lune : Chers sélénites, je suis fâchée. Cette semaine la beuh fut entamée trop tôt et en lieu et place de produire de beaux articles rondement menés, nous n’avons fait qu’un interminable atelier calzone pour passer nos crocs de dingue. Aloïs et Gibet ne parvinrent même pas à s’écharper sur les deux derniers films d’Eli Roth – ils tombèrent, par le pouvoir unificateur du THC, trois fois d’accord. Heureusement, il nous est permis d’expier, car voici venu le temps des Restes de la semaine :


Cinéma : Le Roi des roncesKazuyoshi Katayama, 2009 (Aloïs)

Cinéma : La trilogie Le Parrain, Francis Ford Coppola, 1972-1990 (Dylanesque)

Cinéma : Seul sur Mars, Ridley Scott, 2015 (Jean-David)

Le dessin de la semaine (Lune)


Quand tu auras fini de faire une péné à cette penne, Aloïs, ce sera ton tour de parler.

Le Roi des roncesKazuyoshi Katayama, 2009

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Aloïs : Je suis tombé sur Le Roi des Ronces complètement par hasard, en fouillant parmi les douze millions de films stockés sur le disque dur familial. À la base, je ne pensais même pas qu’il s’agissait d’un film d’animation, me contentant de le faire glisser dans Nouveau dossier (4) au milieu de mon bureau, pour finalement ne le regarder que trois mois plus tard. Comme j’aime beaucoup les films d’animation japonais, ça a été une agréable surprise de voir que c’en était un, et double bonne surprise, que c’en était un très bon.

En me renseignant un peu sur Le Roi des Ronces, j’ai appris que le film était tiré d’un manga, auquel il reste semble-t-il assez fidèle. Les critiques littéraires s’accordent en tout cas à dire que l’adaptation est réussie. Et j’ai envie de les croire.

Pour résumer rapidement l’histoire, et sans en dévoiler trop : une maladie inconnue, baptisée Médusa à cause de sa propension à transformer en pierre les infectés, commence à se propager sur Terre. La société Venus Gate propose dans le même temps de cryogéniser 160 malades, sélectionnés au hasard pour permettre à ces quelques élus de survivre jusqu’à la découverte d’un remède. Parmi ces élus se trouve Kasumi, jeune lycéenne, mais pas sa sœur jumelle, Shizuku, elle aussi malade. Les patients sont cryogénises dans un château autonome, pouvant continuer à fonctionner une centaine d’année sans intervention humaine. Mais leur sommeil artificiel est brusquement interrompu. Les malades découvrent que le château est envahi de ronces gigantesques, sans savoir depuis combien de temps ils dorment : plus de techniciens ou de médecins, mais à la place, une horde de petits monstres volants qui décime le groupe. C’est véritablement à partir de là que l’action du film commence.

J’ai adoré le film, et c’est rare que je lâche cette sentence. Pour bien lui rendre hommage, il ne faut pas se contenter de louer l’animation. Oui, le dessin est très propre, très clair et confère au film une beauté toute particulière, notamment à travers de magnifiques panoramas. C’est un style net, que l’on retrouve dans la majorité des œuvres les plus modernes de l’animation japonaise, avec des dessins recorrigés informatiquement, qui donnent une impression de perfection du trait et du mouvement. Ce style ne plaît pas forcément à tout le monde, justement à cause de cette netteté qui trahit l’utilisation d’un logiciel, et qui peut apparaître comme impersonnel, au lieu de privilégier la patte d’un auteur et les spécificités du dessin qui font qu’on voit que c’est humain, qu’il y a ce petit quelque chose en plus qui fait que. En l’occurrence, je trouve que les scènes (notamment de combats) sont, de par l’utilisation de ce style, plus claires et plus appréciables.

Mais c’est bien l’histoire et la musique qui ont su s’imposer à moi. Le film est pourvu d’une BO sublime, son main theme fait désormais partie de ma playlist, aussi difficile d’accès que ma liste de films d’horreur approuvés. Je suis en général très récalcitrant vis-à-vis de tout ce qui peut se ranger de près ou de loin dans la catégorie weeaboo. Mais pour le coup, je suis prêt à l’assumer et même à lancer le replay plusieurs fois d’affilée tant je trouve cette musique exceptionnelle. Quant à l’histoire, c’est le point culminant de l’œuvre. Le synopsis apparemment pas très original est originalement présenté et traité et la suite m’a surpris, le film s’imprégnant d’une dimension fantastique / SF que je n’attendais pas du tout.

Le Roi des Ronces fait partie de cette catégorie de films qui trouve tout son génie dans les réponses aux questions soulevées tout du long. D’ailleurs, il vaut mieux être bien concentré pendant le visionnage, l’ultime résolution n’est pas accessible au premier quidam venu, d’autant que le rythme s’accélère au fur et à mesure. Pas de trous ou de facilités scénaristiques, rien n’est laissé au hasard. J’ai pu lire sur une autre critique du film qu’un second visionnage conférait au film une toute autre ampleur, la connaissance des événements à venir permettant de discerner les nombreux indices du twist disséminés tout au long de l’histoire. Pourquoi pas après tout, Le Roi des Ronces compte désormais parmi les films que je n’aurais aucun mal à revoir.

Bref, j’ai ce formidable défaut d’être moins à l’aise pour parler de ce que j’aime (surtout sans devoir en dévoiler trop) plutôt que de ce que je n’aime pas, la virulence d’une diatribe m’indisposant moins que quelques déclarations sous le balcon, mais j’espère au moins m’être fait comprendre sur ce point : j’ai adoré Le Roi des Ronces. Et je vous conseille vivement de le regarder, ce soir même, là maintenant d’ailleurs. Vous devriez déjà avoir lancé le film. Depuis 10 minutes. À la lecture même du titre de l’article. J’espère qu’il vous plaira autant que moi, n’hésitez pas à venir échanger dessus, je serais ravi de pouvoir confronter ou conforter mon opinion.

Jean-David : J‘ai aussi beaucoup aimé le film, son dessin et la BO. Il reprend des thèmes récurrents dans l’animation japonaise : la question du double, la question du futur, le rôle de l’armée et des pays belligérants ainsi que le passage de l’enfance à l’âge adulte. Ayant déjà beaucoup regardé d’animes je trouve que les sujets sont traités avec profondeur et la réalisation très bien menée. Par contre (spoiler alert) je trouve dommage que l’on passe aussi facilement de la question d’un monde post-contamination à celle de la manipulation des rêves. Cette dérive scénaristique est souvent présente dans l’animation japonaise qui a tendance à brasser trop d’idées en même temps de par l’organisation de leur production. Néanmoins le rapport au conte et aux ronces m’a bien intéressé. Plutôt une bonne expérience donc.

Aloïs : C’est effectivement un truc très japonais ça, avec la thématique également du dernier espoir, de devoir survivre, avec la promesse des deux sœurs. Il y a d’ailleurs beaucoup d’animes qui font le parallèle entre le rêve et la fin de quelque chose, que ce soit dans Akira, Ghost in the Shell, la plupart des Miyazaki. J’avais d’ailleurs lu un petit article là-dessus qui abordait succinctement ce point précis en disant que le public européen était carrément moins sensible à ça alors que c’était un des piliers thématiques de l’animation japonaise. Mais je le trouve très bien amené ce passage du monde post-contamination aux rêves, au final les deux sont liés, et c’est même sur ça que repose toute l’histoire. Après c’est vrai qu’en soi les sujets, même liés, diffèrent, on passe de toute l’atmosphère maladie mystérieuse, recherche de traitement à quelque chose de fantastique, à l’onirique, et qu’à partir de ce moment, le premier sujet est un peu écarté.

Jean-David : Je ne trouve pas que ça soit bien amené (récit du fondateur de Venus Gate) mais tout est lié et ça se tient en effet. Seulement tout n’était peut-être pas nécessaire au début.

Lune : Et dans Le Parrain, tout est-il nécessaire, Dylanesque ?

La trilogie Le Parrain, Francis Ford Coppola, 1972-1990

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Dylanesque : À la Toussaint, j’ai enfin visionné la trilogie du Parrain, que je connaissais seulement via quelques passages iconiques et de nombreuses références/hommages dans d’autres œuvres de fiction. Comme tout homme blanc qui se respecte, j’aime les histoires de gangsters. Les flics et les bandits, les cowboys et les indiens, ça m’excite. Mais comme tout homme blanc post-moderne, je découvre tout à l’envers et mon esprit critique peut parfois me gâcher des plaisirs primaires. Avant de m’attaquer aux films de Coppola, j’avais déjà ingurgité ses héritiers, de Martin Scorsese (Les Affranchis) à David Chase (Les Soprano). Je savais déjà que les deux premiers opus étaient considérés comme des monstres sacrés du ciné et que le troisième était problématique. Alors qu’est-ce que ce visionnage allait bien pouvoir m’apporter de neuf sur un genre dont je maîtrisais déjà les poncifs et les ressorts ?

Le premier volet n’a fait que confirmer tout ce que j’en attendais et je ne vais pas m’y attarder, je risquerais d’enfoncer des portes ouvertes. C’est un excellent film de mafia et un excellent film tout court. Si vous ne l’avez pas encore vu, c’est le seul qu’il vous faut vraiment, le seul qui, à mon goût, est digne de sa réputation. La construction du récit est exemplaire, aussi bien au niveau de la tension dramatique que de l’évolution des personnages. Les enjeux sont claires et la narration très fluide. La réalisation alterne entre du classicisme très beau à regarder et une belle créativité quand il s’agit de représenter la violence. Les performances sont grandioses, c’était l’époque où Pacino ne cabotinait pas et était le meilleur acteur de sa jeune génération et celle où Marlon Brando cabotinait à mort mais le faisait mieux que n’importe quel acteur de n’importe quelle génération. Bon, le passage en Sicile a un peu vieilli et n’est pas très fin dans sa transformation de Michael Corleone en revanchard suite à la mort de la femme-outil du récit, Apollonia. Mais à part ça, Le Parrain est une succession de scènes cultes – j’utilise ce mot le moins possible mais il s’applique ici – et de scènes cultes qui forment un tout cohérent malgré la longueur du film.

le parrain lunécile

Avec la deuxième partie, les choses se compliquent. Dès que quelqu’un veut prouver qu’il existe des suites réussies, c’est l’exemple privilégié. Et si ça reste un film plein de bonnes idées et tout à fait digne, il est loin d’être à mes yeux à la hauteur de l’original – bien qu’il fut réalisé dans la foulée. On sent en fait que Coppola a voulu en faire dix fois plus et, à vouloir mélanger prequel et sequel, il est un peu victime de son ambition. Avec 3h30 au compteur, le film est boursouflé de longueurs et, du coup, le récit perd énormément en fluidité et en impact. À force de voyager entre passé et présent, entre New York et Cuba, entre Pacino et De Niro, j’ai rapidement développé un jetlag qui m’a empêché d’être vraiment investi dans les tragédies de la famille Corleone – sauf pour le cas de Fredo, personnage tout à fait poignant. Devant les flashbacks avec De Niro, j’avais même parfois l’impression d’être devant des scènes coupées de Il était une fois l’Amérique de Sergio Leone. Je crache pas dans la soupe non plus hein : il reste une mise en scène savante, des acteurs formidables et des séquences très marquantes. Mais c’est déjà plus décousu, plus inégal. Un peu comme quand un groupe se lance dans un double album excessif juste après son premier succès. Avec un montage plus précis, plus économique, Coppola aurait enchaîné deux chef-d’œuvres au lieu de nous proposer une très bonne suite. À moins qu’il ne souhaitait incarner aussi bien dans le fond que dans la forme la décadence des Corleone. Je ne sais pas, je me dis juste qu’il aurait dû s’arrêter là.

Parce que la troisième partie est à l’image du personnage incarné par Andy Garcia : un fils bâtard, un cousin qui a plus hérité des défauts que des qualités de ses aînés. Sorti en 1990, Le Parrain 3 fait plus office de post-it que d’épilogue satisfaisant à la saga Corleone. Il y avait pourtant de quoi raconter encore beaucoup de choses sur la chute de Michael et, notamment, pour le mettre en face de ses pires actions. Coppola a bien l’intention de faire le procès de son personnage mais plutôt que d’utiliser des personnages déjà existants ou de nouveaux protagonistes consistants, il passe par deux éléments peu convaincants : Mary Corleone et le pouvoir de rédemption de la religion. La première, on le sait tous, est incarnée par une Sofia Coppola qui sera la première à souffrir de ce népotisme bien cruel, tant elle est incapable d’être crédible une seconde – et pour ne pas être trop injuste, ils sont beaucoup dans ce film à faire le minimum nécessaire, Pacino étant loin de ses heures de gloire et Andy Garcia étant bien trop lisse pour incarner le nouveau Don. Quant à l’élément religieux, il sert à la fois de curseur moral et d’élément d’intrigue. Une intrigue de conspiration au Vatican très mal foutue qui, malgré les 3 heures du film, n’arrive jamais à être limpide ou excitante. Il est bien plus intéressant de voir Kay remettre en cause l’hypocrisie de son ex-mari que de voir celui-ci se confesser devant le futur Pape. En fait, le film est bon quand il revient à une petite échelle, celle de la famille Corleone – et l’aurait été encore plus avec un meilleur casting des enfants de Michael. Mais quand il s’attaque à des sujets trop grands lors de scènes trop longues – la cérémonie d’ouverture et l’opéra de clôture – il se perd en grandiloquence et ennuie. Là aussi, on peut se dire que c’est à l’image de Don Corleone qui perd ses proches en voulant s’attaquer à des ennemis qui le dépassent. Ou on peut juste se dire que tout ça est un beau gâchis.

corleone lunécile

N’empêche, regardez les trois films, c’est toujours intéressant de voir comment un réalisateur peut s’essouffler ou se perdre dans son travail. Si vous n’avez pas le temps, le premier fera très bien l’affaire. Et si vous n’aimez pas les films de gangsters qui ne passent pas le test de Bechdel, ne vous infligez pas ça sous prétexte que c’est culte. Ce serait une très mauvaise raison.

Lune : Oki alors moi je vais plutôt aller me mater Seul sur Mars avec Jean-David.

Seul sur Mars, Ridley Scott, 2015

seul sur mars lunécile

Jean-David : Ridley Scott est connu pour sa capacité à raconter des épopées. C’est son truc. Il fait de grand gros films qui nous donnent envie de devenir Moise des bois. Une épopée ce n’est pas drôle. Même pas rigolo. Mais avec Seul sur Mars, Ridley a franchi un cap : on s’amuse.

Alors qu’est ce qui a changé exactement ? Pourquoi maintenant ?

Jusqu’ici il n’avait produit que des films très sérieux. Même dans le cas de Robin des bois, déjà adapté plusieurs fois, son interprétation restait cloisonnée à ce qu’il sait faire, l’épopée. Le même cas de figure se présente pour Seul sur Mars. Il n’a pas été adapté mais Apollo 13 de Ron Howard est tellement présent que c’est tout comme. C’est l’histoire d’un mec qui doit fabriquer des trucs pour survivre dans l’espace. Mais où Apollo donnait à voir un drame humain, inspiré de faits réel, dans lequel on tremblait à chaque nouveau problème, Seul sur Mars montre Matt Damon qui s’éclate à jouer James Lovell pendant qu’on attend la prochaine péripétie avec impatience. En d’autres termes, les précédents films de Ridley Scott n’étaient nullement connectés à l’histoire du cinéma alors que celui-ci est, sans aucun doute, le produit d’un homme qui a aimé Apollo 13. Et ça fait du bien de savoir que Ridley Scott aime le cinéma.

Si vous en doutez encore, allons plus loin. Je ne pense pas avoir besoin de montrer comment Apollo 13 est convoqué. Au-delà du scénario dont la base est rigoureusement identique, Ridley Scott s’approprie allègrement les codes présent dans le premier film. Matt Damon est autant James Lovell que pouvait l’être Tom Hanks : un Mac Gyver de l’espace qui garde son sang froid. C’est l’homme de la situation (il est biologiste), comme l’était Lovell (pilote de chasse). L’équipe de la Nasa est pareillement plaquée sur l’équipe d’Apollo. On pourrait inverser les dialogues entre les deux films que ça passerait crème.

Je sais que vous avez besoin de 30 jours pour construire ce truc mais vous allez le faire en deux heures avec ce qu’il y a sur la table.

Bref, c’est pareil. Pareil jusqu’à un certain point. Ron Howard a fait de son film un drame réaliste. On s’inquiète de savoir s’ils vont mourir ! Alors qu’on sait pertinemment que Mark Watney s’en tirera. Le montage est bourré de raccourcis scénaristiques qui, à l’étude, ne tiennent pas. L’enchaînement des coïncidences qui ont permis à l’équipage d’Apollo de survivre tenait du miracle, ici il tient simplement à la magie du cinéma. Mais c’est toute la dialectique du film qui se joue là. Seul sur Mars arrive à combiner les aspirations épiques d’Apollo 13 au simple plaisir de faire du cinéma. Le cinéma est amusant. Les astronautes passent leurs temps à se faire des blagues. La bande son remet les opérations techniques complexes nécessaires au même niveau qu’un pas de danse. Au cinéma on peut se permettre de mettre des salles de fitness de 300 mètres carrés dans l’espace. Au cinéma on peut se permettre de faire d’un astronaute un Iron Man. On s’en fout que ça soit complètement irréaliste, c’est cool.

 Le dessin de la semaine

mon roi maïwenn lunécile

Les Restes de la semaine #2 – Spéciale Halloween

Lune : Aujourd’hui c’est Halloween, chers sélénites ! On a remplacé le vin rouge délicat par du sang de vierge et les blinis au tarama par des oreilles de troll aux glaires de mamie ! Communions, chers sélénites, communions dans la peur ! Chacun votre tour, il vous sera demandé de répondre à la question suivante : quelle est l’oeuvre qui vous a fait le plus flipper de votre vie ?


– Dylanesque et les frères Coen

– Gibet et les yeux grands fermés

– Jean-David et l’effet papillon

– Lune et les zombies qui courent

– Aloïs a peur du noir

– Charlotte et le jasmin bleu

– Corbillot et les langues mortes


Dylanesque et les frères Coen

Javier Bardem Antoine Philias Lune

Dylanesque : Je suis super peureux. Disons plutôt que je suis super anxieux et qu’il m’en faut peu pour ne pas réussir à dormir. Gamin, la moindre scène un peu flippante restait systématiquement coincée dans mon inconscient et revenait me hanter la nuit. Pas dans des cauchemars mais juste au moment où je me retrouvais dans le noir sous la couette, et que mon esprit pouvait rejouer ces moments terrifiants – plus tard, j’allais découvrir la branlette et résoudre ce problème. Mais le mal était fait : j’ai très rapidement évité tout film potentiellement inquiétant et cette habitude m’est resté. Je parle aussi bien des films d’horreurs que des parodies de films d’horreurs (Scary Movie et compagnie) ou des films d’aventures (il m’est toujours impossible de voir la scène finale du premier volet d’Indiana Jones sans être traumatisé). Je ne vous parle même pas de Nuit et Brouillard.

Grandissant à l’écart de l’angoisse, j’ai donc dû franchement me creuser les méninges pour cette sélection. Et puis j’ai repensé aux frères Coen. Deux cinéastes dont j’adore les films malgré le fait que, quasiment à chaque fois – à l’exception du très mièvre True Grit et du très fun The Big Lebowski – une scène me colle une angoisse folle. La rage de John Goodman dans Barton Fink, la poisse des habitants de Fargo, le voyage en stop de Llewyn Davis et surtout, le personnage de Javier Bardem dans No Country For Old Men. Rarement un méchant m’a foutu autant les jetons au ciné. Son côté imprévisible, calculateur, décontracté et vicieux font d’Anton une ordure qui te poursuit jusque dans les bras de Morphée. L’adaptation télé de Fargo sur FX a trouvé son équivalent avec Lorne Malvo, une ordure de la pire espèce, rendue tout à fait captivante par un Billy Bob Thornton aussi drôle que glacial.

Musicalement, c’est une chanson des Beatles qui me fait flipper. « Revolution 9 », le collage arty imaginé par John et Yoko pour l’Album Blanc (1968). La première fois que je l’ai écoutée, c’était au casque, dans le noir, à 14 ans. Les cris d’enfants, les boucles de voix répétitives, la longueur de cette expérience encore plus crispante que le « Wild Honey Pie » de Paul… Une piste que je n’ai plus écouté depuis mais qui aurait tout à fait sa place lors d’une soirée d’Halloween. Avec « The Kids » de Lou Reed, où des gamins se mettent aussi à pleurer. Pour un Halloween plus bon enfant, allez donc voir les courts-métrages Peanuts où Linus attend la Grande Citrouille. Et pour une playlist plus fun, je vous conseille du bon vieux rockabilly thématique, comme le morceau ci-dessus.

Gibet et les yeux grands fermés

eyes wide shut clo

Gibet : Contrairement à toi, Dylanesque, dès le plus jeune âge, j’ai cherché à être en contact avec tous les trucs les plus flippants possibles. Grâce à la médiathèque de Barentin qui était plutôt complète et plutôt laxiste, je piochais à l’envi dans les BDs adultes gore et les VHS aux jaquettes prometteuses. Dans ce cadre, collégien, j’ai pu voir en plus de bien des classiques de l’épouvante des films comme Orange mécanique – attiré par le dessin très inquiétant de l’affiche, j’ai finalement été un peu déçu que ce soit pas un film d’horreur mais un truc bizarre avec des filles toutes nues et un garçon méchant. Devant la télé, je veillais au maximum pour voir les deuxièmes parties de soirée généralement mieux fournies en images choc, et profitais des enregistrements programmés permis par le magnéto pour me stocker des horreurs en différé. Tout ça veut pas forcément dire que je suis courageux, peut-être même que je suis tellement froussard que j’ai besoin de devancer toutes les peurs imaginables pour être immunisé au cas où. Sans aller jusque là, j’ai compris rétrospectivement qu’il y avait dans cette quête de l’image crade quelque chose de l’ordre de la fascination sexuelle pré-zizi. En revoyant La Mouche de Cronenberg sur grand écran il y a pas si longtemps, j’ai retrouvé cet émoi étrange, excitation (souvent dégoûtée) face à l’exploration d’un corps, de ses possibilités, de ses limites.

Le résultat est que je suis peu sensible aux œuvres censées déclencher automatiquement la peur chez le spectateur, et ma peur – d’ailleurs c’est pas de la peur que je ressens dans ces cas-là plutôt une sorte de grosse bouffée d’angoisse – se manifeste de manière très localisée et pas forcément logique. Grosse angoisse en feuilletant Nini Patalo (!) parce qu’à un moment les petits pingouins se regroupent pour en former un grand qui de fait se constitue d’une d’une accumulation de petites bulbes (leur crâne, leur bec). Grosse angoisse en voyant apparaître Malpha dans les Doctor Who classiques, avec sa peau de désert assoiffé. Grosses angoisses plus jeune en entendant les voix automatiques – l’horloge parlante me terrifiait – ou en tombant sur un mime tout maquillé de blanc dans la rue. Si je regroupe, il semble que ce qui m’angoisse c’est la lisière entre le mort et le vivant, tout ça ce sont des sortes de représentations métaphoriques de la décomposition. Mon hypothèse c’est que les vivants-morts fonctionnent sur moi parce que contrairement à tous les trucs que j’ai pu expérimenter je n’arrive pas à déjouer ça rationnellement, d’autant que souvent ça repose sur des objets de perception qui continuent à me faire ce drôle d’effet bien après que j’ai formulé le malaise. Malpha je vois bien que c’est un pauvre figurant avec du maquillage cheap sur sa tronche mais quand même ça me fait tout zarbos dans le diaphragme, et si les zombies et les fantômes ça me fait rien, c’est que tels qu’on les représente ils appartiennent au domaine du vivant. Dès lors l’orgie de Eyes Wide Shut ne pouvait que m’être insupportable.

Malpha doctor who lunécile

J’avais 19 ans, je vivais encore chez mes parents et j’avais dans ma chambre une petite télé pour mater des DVDs depuis mon lit, aménagement très commode puisque les films sont mes berceuses, absorbé par les images je ne résiste plus au sommeil et en cinq minutes me voilà pionçant désolé Hitchcock Godard et les autres. Cette nuit-là, je m’étais lancé dans Eyes Wide Shut et comme prévu en cinq minutes Morphée avait sa victoire par K.O. Le film continuait donc à parler, mais tout seul, et moi quand c’est comme ça quand j’ai pas eu le réflexe d’éteindre la tévé en même temps que mes yeux je perçois encore un peu le film, mais c’est brumeux ça se mélange avec des esquisses de rêve d’affect de pensée – c’est un peu le remake de l’incipit d’À la recherche du temps perdu dans ma tête. Arrive la fatidique séquence de l’orgie, et plus particulièrement de la cérémonie en cercle. Je sais pas si vous la connaissez, cette séquence, mais c’est du vivant-mort partout, tout le monde porte des masques intégraux, se cache derrière l’anonymat de la nudité ou de grands habits amples, et il y a une musique solennelle avec des voix graves qui scandent des choses dans une langue qui existe pas. Et moi dans cet état de demi-sommeil je ressens vivement cette agression sans trop comprendre ce qui m’arrive je vois bien qu’il faudrait éteindre la télé pour que ça s’arrête mais ça me fout trop les jetons j’ose pas bouger ou ouvrir les yeux je commence à suffoquer C’EST ALORS QUE TOM CRUISE SURGIT ET M’ÉTRANGLA – non là j’avoue je fais mon intéressant.

Vous saviez qu’il y a des types qui dans le vrai monde s’organisent des orgies à la Eyes Wide Shut ? Cette idée me met autant mal à l’aise que le film. Ça me sidère qu’il existe des gens suffisamment différents de moi pour prendre du plaisir par la voie où je ne tire que du cauchemar. Je peux concevoir les jouissances SM, pédos, zoos, pipi, caca, inceste, snuff movies etc, mais alors qu’on arrive à bander au milieu de rituels aussi morbides ça vraiment ça me dépasse.

Jean-David et l’effet papillon

l'effet papillon JD lemarié lunécile

Jean-David : Première fois que je reste quelques jours seul à la maison, il est trois heures du mat’ par une nuit sans lune, etc. Quand soudain… Emule finit de télécharger un truc. C’est L’Effet papillon (Eric Bress et J. Mackye Gruber, 2004), un titre qui en jette pour un film tombé aux oubliettes (oui je fais des rimes), pas vraiment ce à quoi on s’attend quand on parle du grand frisson. Pourtant il m’a bel et bien traumatisé pendant quelques semaines. Pour ceux qui ne connaissent pas ou feignent de ne plus s’en souvenir, c’est l’histoire d’un mec qui peut revenir dans le passé. Mais à chaque fois qu’il essaie d’arranger les choses, elles empirent. Alors qu’il essaie de sauver son amour d’enfance (romance parfaitement imbuvable), on passe d’une histoire de chien brûlé à tout type de violences plus ou moins scabreuses, en faisant un petit détour par l’hôpital psychiatrique (terrifiant) où stagne son père. Imaginez que vous ayez une corde autour du cou, plus vous vous débattez, plus elle se resserre, jusqu’à que vous décidiez d’en finir. C’est la parfaite illustration du film. Si la fin proposée dans la version visible au cinéma était plus que décevante, en forme de happy end, l’alternative présente dans le DVD est plus cohérente. Le choix ambigu d’Evan (retourner à l’état de fœtus pour se suicider avant de naître) est-il l’aboutissement logique de ses origines maudites ou doit-on y voir la seule possibilité pour lui d’agir en homme libre ? À l’époque j’étais plus préoccupé de savoir si mon chat était toujours vivant que de répondre à ces questions mais elles sont au cœur du film : comment échapper à la violence ? J’aurais peut-être dû imiter Evan, couper court à la peur que ce film me faisait ressentir en éteignant l’ordinateur. Mais je n’aurais pas su que je l’imitais. CQFD. Il ne me reste plus qu’à faire confiance à cette ****** de fonction cathartique de la fiction pour m’en sortir et espérer que la vision de ce film m’aidera à échapper au viol collectif. C’est ce que je me dis chaque année en criant « faites-moi peur ! » le 31 octobre. Pour l’instant ça semble fonctionner mais qui sait ce qu’il adviendra de moi ce soir…

Aloïs : L’Effet papillon ! J’aurais des choses à en dire. C’est un film qui a un passé pour moi. On avait commencé à nous le projeter sur le ferry qu’on avait pris avec ma classe de quatrième pour aller en Angleterre. Mais en s’intéressant deux minutes à ce qui passait sur les écrans, ma prof avait demandé à ce que ce soit arrêté pour mettre à la place Fast and Furious 2. Ça a été l’un des moments les plus frustrants de ma vie, et je n’ai finalement réussi à le voir que des années plus tard, quand j’ai enfin été raccordé à internet et à la sainte époque où Limewire existait toujours. Du coup si je devais me lancer dans la critique de ce film, je le mettrais toujours en relation avec ça pour expliquer ce que j’en ai pensé.

GibetÇa t’a fait flipper comme Jean-David ?

Aloïs : Hmm non. L’idée de départ est super bonne et le tout est pas mal filmé. À côté de ça y a eu toute cette dimension interdite qui a contribué à me rendre curieux vis-à-vis du film. Le vrai problème, c’est que ça tourne un peu trop en rond, ça se renouvelle pas vraiment. Les situations sont différentes mais le principe reste le même à chaque fois, et sert un peu de prétexte à aller vers une nouvelle scène violente et/ou gore. Ça m’a pas fait flipper mais y a des passages vraiment sympas, limite j’ai plus rigolé que flippé pendant le film, c’est vraiment gratuit et instantané, et c’est cool de voir la vie du personnage modifiée en fonction de ses choix et interventions. Mais je comprends aussi tout à fait que ça puisse faire flipper ! C’est quand même bien violent et loin d’être moral. Et je confirme pour la scène de fin, y en a même eu quatre alternatives (trois étant des alternatives différentes sur la même scène : le personnage qui croise son premier amour et qui continue son chemin / qui décide de la suivre / qui décide de lui parler), et celle du cordon ombilical et de loin la meilleure, en plus de faire le lien avec une scène où la mère explique qu’avant le héros, elle a déjà perdu un ou plusieurs enfants qui s’étai(en)t étouffés avec leur cordon.

Jean-David : Je suis assez d’accord avec ce que tu dis ; j’pense que dans un autre contexte j’aurais moins flippé aussi. Et le fait que ça tourne en rond est particulièrement visible dans les suites qu’ils ont fait.

Lune et les zombies qui courent

28 jours plus tard Clo

Lune : Comme Dylanesque, il faut s’accrocher pour me faire regarder un film d’horreur. Malgré tout, j’arrive à m’en sortir quand on a grave insisté : on ferme les yeux quand c’est dégueu, et surtout, on rationalise à donf. Pour rendre tout monstre acceptable à mes yeux, il faut qu’il ait une putain de grosse faiblesse. Si c’est un être humain qui massacre son p’tit monde il est mortel, les vampires ne peuvent pas sortir le jour, les loups-garous ne sont loups-garous qu’une nuit par mois, et les putains de zombies sont lents comme des tortues. Mais non, il a fallu que 28 jours plus tard nous ponde des zombies super rapides. C’est pas tellement en regardant le film que j’ai eu peur, je l’ai regardé avec un ancien amoureux sous une couette bien chaude, le type m’avait fait découvrir les joies de la galipette (merci p’tit gars) : bonne grosse zone de confort. Mais après on est allés dormir, et c’est là que les ennuis ont commencé, cauchemar sur cauchemar. C’était y a cinq ans et, depuis, les pires cauchemars que je fais sont toujours des déclinaisons de ces putains de zombies rapidos. Avant j’avais des rêves analysables facilement par n’importe quel pleupleu qui a vu une émission vulgarisée sur Freud une fois quand il avait 15 ans, j’ai oublié de mettre mes chaussures avant d’aller à l’école blabla. Maintenant quand j’ai le 28-jours-plus-tard-dream, y a même pas de lien avec ma petite vie, c’est toujours moi contre les monstres. Y a d’autres humains mais je m’en tape, jamais personne qui m’intéresse, et les monstres sont pas spécialement méchants, d’ailleurs ils me chopent quasiment jamais. Mais par contre moi j’ai le sentiment que c’est sûr ils vont me bouffer et y a pas moyen d’y échapper. La déclinaison la plus drôle du rêve, c’est moi qui fais mes courses à Lidl (la classe) quand tout à coup y a des gens dont les yeux deviennent rouges. Ça se propage super vite, je sais comme une évidence que ça passe par l’air et par le fait d’être vu, je me cache dans un placard rayon légumes (?) en fermant bien les yeux pour ne pas être vue (??) et en étant bien sûre que j’ai vidé tout l’air du placard (???????). C’est devenu super léger comme forme de zombie, les gens changent même pas de comportement, c’est juste la possibilité de contamination hyper rapide qui me fait peur, on dirait.

Aloïs a peur du noir

Darkness Aloïs Ducoudray lunécile

AloïsDarkness… je le cite toujours lorsqu’on me demande si un film m’a déjà fait peur, alors que cela fait déjà deux heures et demi que je me plains de la nullité du cinéma d’horreur en perquisitionnant toutes les bouteilles à ma portée. Entre Darkness et moi, c’est une longue histoire, et peut-être même la clef de cette sempiternelle énigme qui est de savoir comment avoir les boules devant un film d’horreur. Le lecteur avisé aura tôt fait de taper Darkness sur n’importe quel site de critique cinématographique, et découvrir une notation moyenne, voire très moyenne. Alors pourquoi ? Comment un film qui ne peut même pas prétendre au top 20 d’un podium très peu concurrentiel en terme de qualités horrifiques a-t-il pu me mettre les jetons, me faire fermer les yeux pendant le visionnage, m’empêcher de dormir deux nuits durant ?

La raison est double, et débute d’une tromperie hors norme de la part de mon programme télé de l’époque, qui indiquait : Darkness, deux étoiles, film FANTASTIQUE. Ajoutons à cela le fait que j’avais alors 12 ou 13 ans à l’époque, et on obtenait le combo fatal du gamin qui s’apprêtait à voir un film à peine autorisé pour son âge, en pensant découvrir un univers un peu stylé et extraordinaire. Tromperie et décadence de l’empire romain d’Occident… Je n’ai qu’un très vague souvenir du film, et je ne l’ai jamais revu depuis pour une raison simple : je ne veux pas m’en dégoûter, sachant pertinemment qu’il rejoindrait les autres dans la liste des films d’horreur moyens. J’aime le garder en souvenir, me dire que même si c’est un peu fourbe comme technique, j’ai eu une fois peur face à un film, sans forcément préciser qu’à l’époque j’avais encore la voix aiguë et seulement douze conquêtes sexuelles à mon actif.

Je ne garde donc que quelques scènes en tête, des plus traumatisantes cependant. Pour tenter de résumer l’histoire, en m’aidant un peu du synopsis relu sur internet, il s’agit d’une famille (deux parents / deux enfants, une fille et un garçon) qui emménage dans une ancienne maison dans laquelle a eu lieu un rituel sanglant, quarante ans auparavant (il me semble que la famille n’est pas au courant de cela), rituel cependant incomplet à cause d’un incident inconnu. Comme dans Amytiville ou The Grudge (ou même, osons-le, Shining), on retrouve la thématique de la maison hantée, avec un père soumis à de récurrentes crises d’hystérie, du rituel mystérieux, de la présence de plus en plus oppressante de quelque chose qu’on ne peut expliquer.

De souvenir, le film n’avance pas très vite : la fille essaye de trouver des indices sur ces phénomènes qu’elle est plus ou moins la seule à ressentir et qu’elle pense en lien avec les crises de son père, allant à la bibliothèque et consultant son grand-père qui en sait apparemment plus qu’on ne veut bien le laisser croire. C’est vraiment la fin du film qui lui confère tout son côté glauque et sombre. Sans vouloir trop spoiler, le rituel interrompu des années auparavant finit par s’accomplir, plongeant la maison toute entière dans le noir absolu, et libérant des choses qu’on ne distinguera que dans l’ombre. Un carcan obscur dans lequel on se retrouve enfermé l’espace de dix minutes au sortir d’une explication quant au rituel qui fait dire : « ah ouais quand même c’est plutôt violent ». Les maisons sont un thème intéressants à mon sens dans les films d’horreur, quand il est bien traité, et j’aime particulièrement voir comment un lieu change du tout au tout à partir du moment où on n’a plus notion des distances, des couloirs, qu’on est totalement perdus au milieu de ce qui est pourtant censé être l’endroit le plus familier. La scène finale est également très cool (toujours de souvenir), et figure parmi les meilleures pour moi en conclusion de film d’horreur (elle n’est pas spécialement ultra recherchée mais je la trouve très bien amenée).

Pour conclure, je reconfirme donc mes idéaux initiaux, à savoir que l’âge a été pour moi un critère déterminant quant aux émotions ressenties, allié au fait que je ne m’attendais absolument pas à voir ce genre de film sur le moment. C’est d’ailleurs suite à cela que j’ai découvert que les films fantastiques sont souvent plus flippants que les films d’horreur… Peut-être est-ce cela la clef du film d’horreur parfait ? Un peu plus de surprise, moins de lieux communs et une limite d’âge imposée aux moins de 15 ans histoire de te traumatiser une moitié de vie.

Gibet :  Maintenant que tu dis ça, je comprends mieux ta position à l’égard des films d’horreur. Le paradoxe c’est que ces films censés faire peur bâclent ce qui permet d’intensifier la peur (les éléments que tu donnes dans ton article sur Unfriended – ambiance, écriture, travail sur le son, etc) et du coup c’est ailleurs que dans les films d’horreur qu’on a le plus peur. C’est la même chose pour les trucs de cul. La question qui reste c’est : comment ça se fait ?

Charlotte et le jasmin bleu

blue jasmine lunécile

Charlotte : Je ne suis pas très forte avec la peur. Je n’aime pas les films d’horreur et les coups de feu, le sang, les histoires de morts et les disparitions m’inquiètent. Mais plus que les images, ce sont souvent les mots qui me font basculer dans la frayeur. La scène qui m’a le plus effrayée dans mes souvenirs récents, c’est un Woody Allen de facture correcte – malgré son petit fonds de mépris social – qui me l’a mise sous le nez. La scène finale du film, que j’ai vu au cinéma, m’a complètement terrorisée. Je suis sortie sonnée et tremblante du cinéma, à tel point que mon compagnon de fauteuil m’a demandé si j’allais bien.

Durant tout le film, Jasmine (Blanchett) lutte contre son déclassement, son déracinement et sa dépression. D’élégante belle du Sud à l’accent théâtral, elle devient une vraie serpillière, perdant progressivement le vernis qui maintenait en elle toutes les pièces en place. On arrive juste après l’effondrement de toute la vie de riche élégante qu’elle avait patiemment construite, fuyant l’ordinaire dans lequel vit la soeur qu’elle vient retrouver quand elle a tout perdu. Durant la dernière scène du film, Jasmine, qui a passé deux heures à essayer de remonter à la surface, a complètement perdu la face. Assise sur un banc, les cheveux mouillés par la douche et le visage gonflé par les larmes, elle s’entête dans les histoires qu’elle se raconte sur sa splendeur passée et à venir, comme une Scarlett O’Hara devenue vieille, fanée, folle. C’est comme si un interrupteur avait été pressé qui aurait retiré toute la lumière de son visage.

Les gens qui ont tendance à la dépression comprendront aisément cette sensation : on, tout va bien et tu souris, tu arrives à tout enfouir, off, comme son homologue vivant, le cafard resurgit et il est facile de tout perdre dans ces moments où on perd pied. Cette scène le montre trop bien. Toute capacité à se cacher est morte : « I used to know the words, dit-elle, now they’re all a jumble. » Existe-t-il scène plus pathétique et effrayante, plus propre à susciter la compassion, la répulsion, la peur ?

Corbillot et les langues mortes

l'exorciste clo lunécile

Corbillot : Moi je suis comme Dylanesque : une vraie flippette. Les films d’horreur, c’est, ou plutôt c’était, pas vraiment mon truc. Faut dire que quand j’étais petit (genre 5 ans), ma sœur de 12 ans m’avait fait croire que des vampires viendraient bouffer mes parents la nuit, et elle avait mis en scène sa macabre blague avec une lettre plus vraie que nature et un mouchoir taché de mercurochrome. Toujours enfant, je refusais de dormir chez mes grands-parents, parce que j’avais peur de l’horloge, ou des moulures du lit imitation Louis XV qui, dans l’obscurité, prenaient des formes effrayantes. Sur ce plan, le corps humain est assez mal foutu : il suffit que tu aies peur de quelque chose pour que ton cerveau te balance sans arrêt les images que précisément tu ne veux pas voir. Mais il n’est pas le seul fautif : on m’a offert trop de Chair de Poule ou de Fais-moi peur pour que je puisse véritablement guérir.

Le paroxysme de cette frousse survenait lorsque passait à télé l’émission Les 30 histoires les plus mystérieuses présentée par Carole Rousseau et Jacques Legros (si si). Dans ce programme, à côté des fantômes, des revenants, des apparitions macabres sur les photos et des balançoires qui bougent toutes seules, il y avait toujours au moins un reportage sur des gens, qui, subitement, perdaient le contrôle de leur corps et se mettaient à faire des choses dont ils étaient proprement incapables quelques minutes auparavant… Je me souviens de cette jeune fille qui se mettait frénétiquement à faire des toiles dans le style de Dali avant de trembler et de s’évanouir. La perspective même de se faire « voler » la possession de son corps me tord(ait) le bide. Si bien qu’après plusieurs séances de souffrance psychologique généralement suivies de recherches inquiétantes sur le web, je décidai d’en rester là avec l’exorcisme.

Ce que j’ignorais, c’est que j’allais rencontrer avec celle qui est devenue ma petite amie une véritable terroriste des films qui font peur. Par rapport au cinéma d’horreur, il y a trois catégories de personnes : ceux qui ne regardent pas, ceux qui regardent et qui ont peur (moi), et ceux qui regardent et qui se marrent (elle). Bref, dans ses nombreuses tentatives pour me déniaiser (j’ai énormément souffert en regardant Rec), elle a fait ressortir la terreur de la possession et de l’exorcisme. Dans ce genre, la possession est balisée par le fait qu’une personne se mette à faire des choses dont on sait qu’elle est incapable de faire (comme parler des langues mortes) et par le fait qu’elle révèle des faits dont elle est censée ignorer l’existence. Ça a commencé pour moi avec L’Exorcisme d’Emily Rose, un bien mauvais film au demeurant, mais dont les images de la petite sœur de Dexter (Jennifer Carpenter) se mettant à parler hébreu, grec et latin avec une voix d’outre-tombe ont longtemps poursuivi. Mais ce n’était qu’un apéritif. N’écoutant que mon courage et ma folie, j’ai décidé d’enchaîner avec The Conjuring, réalisé par le toujours très graphique et sobre à la fois James Wan. Et puis vint le moment d’exorciser mes peurs avec le classique des classiques : L’Exorciste de Friedkin, vieux de plus de quarante ans et qui a eu le temps de s’installer comme un véritable classique du genre.

Comme tout bon film d’horreur, ces trois-là n’échappent pas à une construction simpliste : phénomènes paranormaux, prise de possession du corps par un esprit malsain, voire par le diable himself, et exorcisme plus ou moins réussi. Il n’en reste pas moins que cette attente crée chez moi une inquiétude certaine. Après avoir vu ces films, je cogite dans mon lit, j’ai peur d’ouvrir les yeux et de voir penché sur moi le malin, prêt à s’emparer de mon corps. J’imagine que mes proches débarquent comme des hystériques, le visage bouffé par le démon, et m’insultent en hébreu ! Surtout que les réalisateurs sont toujours bons pour déterrer de faits divers des histoires étranges qui se prêtent parfaitement aux ambiances mystiques, donnant à leur récit une teinte de vérité.

Gibet : Je suis content que tu cites Chair de Poule et Fais-moi peur ! Je me souviens que, dans ma quête, j’étais très avide de ces deux séries. J’avais un rituel très précis pour regarder Chair de Poule le samedi matin (les livres ne me faisaient rien du tout – vous vous souvenez que R. L. Stine mettait toutes les trois lignes « Il fit volte-face. » ?) je prenais mon oreiller devant la télé pour cacher mes yeux tout en sachant d’expérience que tout ce que pourrait me montrer Chair de Poule était forcément ridicule à côté de tous les gros films d’horreur vus par ailleurs (devant ceux-ci je ne prenais pas la précaution de l’oreiller). Je crois qu’il y avait un peu d’auto-mise en scène là-dedans, je jouais à regarder un truc qui fait peur. Aujourd’hui, je jubile encore devant le générique (qui doit te faire flipper puisqu’il montre comment l’esprit Chair de Poule vient posséder des gens les un après les autres !!!) et j’ai très hâte de voir le film à venir (l’idée de départ est excellente pour compenser la ringardise de chaque tome isolé). J’aimais moins Fais-moi peur, qui n’avait pas le côté Alfred Hitchcock présente pour les enfants, et était moins généreux en monstres.

Lune : Moi les trucs genre Les 30 histoires les plus mystérieuses, j’étais déjà terrifiée par l’annonce de ce qu’il y allait avoir dans l’émission (parfois y avait comme des bandes-annonces du truc pendant les pubs d’autres programmes). Jamais j’aurais eu assez de cran pour regarder l’émission. Je me rappelle vaguement qu’une fois le mystère c’était une maison qui pleure du sang ou chaipakoi – I’m out.

Aloïs : Y a aussi ceux qui regardent et qui se plaignent ! J’ai jamais eu trop le droit de regarder Les 30 histoires, mes parents n’ont jamais aimé ça, et en plus ça passait sur TF1 donc y avait des pubs. Du coup, quand je pouvais en regarder un chez mes grands-parents, j’adorais ça, c’était toujours tourné de manière américaine sur les deux minutes de présentation. Après, je me souviens plus de mecs qui témoignaient pendant deux heures et demi pour chaque histoire, mais y avait toujours l’annonce de la suivante qui était encore plus ultime et qui te forçait à rester.