Pour en finir avec la sextape de Marilyn Monroe

Ça va faire, à la louche, trois ans que je te cause de Marilyn Monroe sur ce blog et cette extension, trois ans que je te détaille des bouquins des films, que je vais à la rencontre de gens pour qui la belle est primordiale fans en tous genres et épigones, et toi t’attends les bras croisés « non mais il se fout de ma gueule ? ». J’avoue, j’ai tergiversé. Il est temps d’en venir au fait. Voici tout ce que vous avez jamais osé savoir sur la chatte à Marilyn.

Marilyn pussy lunécile

De la série Phone, Earl Moran, 1949. La photo n’était pas destinée à être publiée en tant que telle, mais à servir de modèle pour une pin-up dessinée.

Attention ! Cet article, qui fait le tri dans les supposées sextapes de Marilyn Monroe, contient nécessairement des informations, liens et images un peu olé olé. Alors si tu as moins de seize ans, je te conseille plutôt Youporn, ce sera autrement satisfaisant pour ta libido bouillante.

Le sexe de Marilyn dans tes yeux

J’ai recensé trois revendications de possession de sextape starring Marilyn. Une de ces sextapes est actuellement accessible. On peut aussi facilement en trouver une seconde, mais c’est vraiment pas sûr qu’elle corresponde à l’une ou l’autre des deux revendications restantes (on y reviendra). Ce qui m’intéresse pour l’instant c’est de préciser le déroulement de ces affaires, et l’astuce des faux-monnayeurs. Crois-moi fallait le faire ce boulot – j’ai pas peur des tâches historiques tu vois – parce que uno les articles les plus accessibles sur le sujet mélangent tout en mode usine à clics marronnier sans feuilles copier-coller dépêche AFP sans aucune vérification et contre-uno les articles un peu plus pointus, écrits par des fans offusqués, ne veulent que dénoncer l’escroquerie. Si t’es là pour me voir jouer au jeu des sept différences et prouver une énième fois que les donzes que ces vidéos mettent en scène ne peuvent absolument pas être l’actrice, poursuis ton chemin jusqu’à Lourdes et demande un miracle pour ta cervelle de souris : quiconque a déjà vu ne serait-ce que deux photos d’elle (tout le monde ?) est en mesure de remarquer que les Marilyn proposées sont des fakes éhontés, avec notamment des silhouettes (petite grosse et grande fine) et des plantations de cheveux (la grande fine porte manifestement une perruque) qui n’ont rien à voir avec le modèle. De toute façon c’est couru d’avance, les faussaires ont systématiquement été grillés, merguez oubliées. Puisque l’escroquerie est avérée, ne rejouons pas le numéro de la séance de démasquage, ce serait mal te flatter.

La sextape de Mikel Barsa

Marilyn sextape lunécile

Une copie est disponible sur à peu près tous les tubes pornographiques, sous le titre « The 1.5 Million Dollar Marilyn Monroe Sex Tape ».

On ne sait pas trop où cette sextape a été originellement découverte. Certains disent dans les années 70, aux puces parisiennes. D’autres dans les années 80, par un photographe suédois. Remarque, c’est pas incompatible : c’est peut-être un photographe suédois qui l’a trouvée aux puces parisiennes dans la nuit du 31 décembre 79 au 1er janvier 80, et là tout le monde est réconcilié, on peut passer direct au banquet final hydromel et sangliers. Autre possibilité : le film a été dans un premier temps chopé par un tit glaneur qui faisait sa collec de porns et dans un second temps rechopé par ledit photographe suédois qui a fait le lien avec Marilyn. On peut aussi supposer que le photographe suédois est en fait le premier chaînon de ces transactions, que c’est lui a confectionné le film pour se faire du beurre (accessoirement des tartines) et qu’il a inventé un background pour la crédibilité. En tout cas c’est bien ce photographe qui a mis la vidz en avant pour la première fois en 1980, notamment dans le magazine Penthouse, qui lui consacra un gros doss. Dans cette sextape de quelques six minutes, 16mm, noir et blanc, muette, tournée prétendument en 46-47 / apparemment dans les années 70 (avec effet « vieille pellicule » au montage), les mecs du mag s’amusent à identifier la star à l’aide de comparaisons entre les postures de la fille du film – appelons-la Marilin – et les postures de la Fille l’unique. Normal qu’ils se concentrent sur ce point : c’est le seul aspect sur lequel les réalisateurs de la sextape ont fait un effort. On sent bien qu’au tournage ils ont dit à Marilin de reproduire des attitudes fameuses de Marilyn et qu’eux-mêmes ont tâché de recopier les cadrages des fameuses photos qui ont immortalisé ces attitudes. J’avais dit que je laisserais la casquette de détective au tiroir mais là c’est trop rigolo : vois comme la validité de la sextape s’autodétruit ; pour prouver que leur Marilin est the one ils sont obligés de recourir à des stéréotypes postérieurs à la date qu’ils donnent comme celle du tournage, ce qui prouve automatiquement qu’on nous bullshite à fond. À moins que !

Marilyn Monroe lunécile

« the legendary screen star may have been a lady with a past », c’est charmant n’est-ce pas ?

À moins que – t’as aimé le cliffhanger ? – les créateurs du film soient des génies de la socio. Je m’explique. Paradoxalement, l’idée de self-made-man va rarement sans l’idée de prédestination. Si c’est l’effort qu’on semble vouloir mettre en avant quand on colle cette étiquette sur le front d’untel, il reste que le concept de self-making-man n’existe pas. L’effort ne vaut que s’il réussit. Tous ceux-là qui auront bûché comme des malades mais sans dépasser leur condition de péquenot n’auront pas la carte. Pourtant ils ont le mérite. Self-made-man = non seulement a grave taffé et donc mérité, mais en plus avait d’avance le petit truc pour que le mérite soit effectivement récompensé. C’est de la grâce efficace appliquée : tu auras beau être le plus vertueux des croquants, tu n’auras le salut que si tu es préalablement doté de ladite grâce. Dans le self-made-quelqu’un se rejoignent donc deux positions qui ne peuvent pas apparemment se superposer, idée aristocratique que la grâce s’hérite (fuck le libre-arbitre) et idée bourgeoise qu’a contrario elle se mérite (fuck les déterminismes). L’ambiguïté du self-made-mythe encourage ainsi tout le monde à au moins participer au mouvement global – on sait jamais, au cas où tu ferais partie des élus de la réussite ! Et si tu rates, te plains pas, ce n’est que la faute à pas d’chance. Il y en a – genre Richard Dyer – qui vont jusqu’à faire une lecture marxiste de la star en général (et donc de Marilyn par exemple). Elle servirait la promotion de « l’idéologie dominante des sociétés industrielles occidentales » en ce qu’elle participe « à faire croire qu’elle ne défend pas les intérêts de la seule classe dominante, mais que ces intérêts sont en réalité des valeurs qui devraient être unanimement partagées par l’ensemble de la société ». Ah oui, au fait, les citations c’est pas directement du Dyer, c’est du Dyer reformulé par Emmanuel Ethis dans Sociologie du cinéma et ses publics. T’as cru que j’allais te filer de l’info de première main ? On est pas à BFM ici ! Toujours dans Socio du ciné et ses pub on peut lire :

Tout le monde ne devient pas acteur de cinéma, il faut travailler à cette fin et, parmi les acteurs de cinéma, tout le monde n’est pas consacré en tant que star. Là, ce n’est plus le travail qui est en jeu, mais l’aura, une aura magique qui donne l’illusion que la star est arrivée à la position qu’elle occupe parce qu’elle était prédisposée à s’y installer, parce qu’elle est « l’élue ». De la sorte, la star est à la fois lointaine de ceux qui l’idolâtrent à cause de son statut, mais également plus proche de ces derniers que n’importe quel autre acteur, car ils la considèrent comme l’une des leurs : s’ils possédaient eux-mêmes cette aura, alors ils seraient naturellement à la place de la star qu’ils adorent.

Tu te dis oui bon ok mais quel est le rapport avec les hashtags suivants : #sextape #mikelbarsa #lesgrossesmamellesdeMM ? J’y viens doucement, comme ta sœur au grand méchant loup. En localisant la sextape à cette époque-là les créateurs d’icelle capitalisent sur des fondements très ancrés du mythe Marilyn : l’inattentif sera d’autant plus prompt à croire à la validité de la vidéo que 1) Marilyn Monroe est l’incarnation absolue de la self-made-girl, qu’on imagine dans les années 1940 prête à tout pour subsister et atteindre le devant de la scène (idée bourgeoise) et que 2) par conséquent il ne sera pas du tout surpris que Marilyn ne s’y ressemble pas du tout, créature merveilleuse qui en accédant au statut qui lui échoit se voit transfigurée (idée aristocratique). Si Marilin a les postures mais pas la tronche, aucun souci, c’est la nature pas encore révélée. J’arrête ici mon détour on peut reparler de fesse :

Il existerait deux copies pellicule de cette sextape, celle en 16mm dont à propos de laquelle on te parle depuis dix minutes (propriétaire inconnu) et une autre en 8mm (possession d’un collectionneur espagnol puis à sa mort de ses héritiers). On a cherché à vendre la première en 1997, la seconde en 2011. C’est là qu’intervient Mikel Barsa, aka El Promotor. Si on checke un peu sa bio, il a l’air davantage organisateur d’événements (il a travaillé pour des célébrités aussi prestigieuses que Tina Turner, Donna Summer, sa propre femme) que courtier. Mais je suppose que l’aura showbiz, même malingre, crée de la confiance chez le nouveau riche qui veut refourguer des trucs. En quelque sorte, Mikel Barsa est à l’Espagne ce qu’Alain Williams est à la France. Et si tu sais pas c’est qui Alain Williams, eh bin c’est exactement là que je veux en venir.

Marilyn Monroe lunécile

La propre femme de Mikel Barsa

Mikel Barsa aurait vendu la copie 16mm, d’abord pour une somme inconnue à un magazine européen qui s’empresse de faire plusieurs centaines de milliers de copies (c’est de là que viendrait la copie numérique dispo sur interweb depuis 2008), puis pour un virgule deux millions de dollars à un acheteur anonyme, qui bloque aussitôt le droit de reproduction du mag. Il est fort probable que ces transactions soient bidons. Aucun article de 97 n’en fait mention. Ce n’est qu’en 2011, quand Barsa revient avec la copie 8mm sous le bras, qu’on en entend parler. Ce serait de la stratégie de vente que ça m’étonnerait pas : « j’ai pour vous la sextape tellement authentique que y a quelqu’un qui a déjà payé 1,2 million de dollars pour l’avoir !!!! et je vous la fais à 500 000 !!! ». Rien n’arrête El Promotor, qui prétend avoir des offres de ouf des quatre coins du globe pour chauffer les acheteurs timides et se balade toujours avec un soi-disant certificat de validité de l’American Institute Film (si on regarde de près, il s’agit bien d’une lettre de l’AIF mais qui certifie plutôt que c’est peu probable que la sextape soit vraie). Malgré ces efforts admirables (vraiment le coup du certif, fallait oser !), la copie 8mm ne se vend pas, probablement parce qu’en 2011, après la diffusion de la sextape en 2008, plus personne n’est dupe.

La sextape de Keya Morgan

Keya Morgan est un cran au-dessus dans l’escroquerie game, mais ce n’est certainement qu’une question de géographie. Un loser du showbiz américain, ça a forcément plus de gueule qu’un loser du showbiz espagnol. Sur sa fiche Imdb (car Keya aspire à être réalisateur), on peut le voir en photo à côté de : Paul McCartney, Al Pacino, Steven Spielberg, Denzel Washington, les Clinton, Michael Douglas, etc, etc. Par là, Keya veut donner l’illusion d’une grande proximité avec les dieux, mais on voit bien à sa tronche, à leur tronche, que c’est juste un relou de pique-assiettes qui s’incruste dans les cérémonies de récompenses. Y en a même dans le lot que ça sent la photo volée.

keya morgan lunécile

« Pardon, je voudrais passer. – Pas de souci, sir ! [Vas-y Miguel prends la photo il me pousse avec sa main on pourra transformer ça en tape amicale]. »

En avril 2008, Keya Morgan fait le tour des tabloïds pour raconter que, faisant des recherches pour son bouquin (Marilyn Monroe: Murder on Fifth Helena Drive – bientôt en film !), il a été informé par un ancien agent du FBI de l’existence d’une sextape top secrète des années 50, dont l’agent aurait gardé une copie et qui montre Marilyn filmée à son insu blowjobant pendant un quart d’heure un anonyme que toute sa vie J. Edgar Hoover aurait cherché à identifier, dans l’espoir de prouver que c’était un des frères Kennedy. Suite à cette discussion, toujours selon Keya, Morgan est chargé d’organiser la vente de la copie et trouve un riche businessman new-yorkais QUI LUI AUSSI SOUHAITE RESTER ANONYME TIENS COMME C’EST PRATIQUE pour l’acheter 1,5 millions de dollars. En outre, Joe DiMaggio aurait cherché à racheter la sextape mais l’ancien agent du FBI aurait dit non, parce qu’il n’offrait que 25 000 dollars. En mai 2008, Keya Morgan avoue qu’il a tout inventé et qu’il voulait juste de l’attention pour la sortie de son bouquin. Un peu raté comme opération : d’une part son bouquin est finalement sorti en 2012, bien après que le soufflé est retombé ; d’autre part ce n’est pas en ragotant sur Marilyn qu’on s’attire la sympathie des fans, qui sont pourtant les premiers visés par ce genre de livres. C’est certainement que le zouave ne cherche pas tellement à faire connaître son œuvre, mais à se faire connaître lui-même. Sa fiche Imdb montre bien qu’il lui importe plus d’être photographié avec des réalisateurs que de faire des films. D’ailleurs sa stratégie, dans la mise en place de ce hoax, est super paresseuse. Non seulement il se contente de rebondir mollement sur la fascination qui entoure la relation Kennedy-Monroe-FBI, mais surtout dans les interviews, il appuie sa position avec des arguments aussi débiles que « c’est bien Marilyn dans la vidéo, on voit son fameux grain de beauté » ou « c’est bien Marilyn dans la vidéo, elle est connue pour être radieuse et la femme de la vidéo est très radieuse ». Mais encore une fois cette attitude de branleur trouve son explication dans le fait que contrairement à Barsa Morgan n’avait rien à vendre. Il n’y a pas besoin d’être scrupuleux quand l’enjeu est de faire du ramdam. Espérons qu’il poursuive ce mélange de sensationnalisme et de jemenfoustime dans son documentaire, ça sera fendard au lieu d’être ennuyeux et agaçant.

keya morgan lunécile

Keya Morgan se sert de Twitter comme une adolescente de Facebook.

Maintenant, tiens-toi bien, il s’avère que la sextape décrite par Keya Morgan et qui d’après lui-même n’existe pas, est disponible sur interweb. BOUM !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! Ça y est tu regrettes plus de t’être levé ce matin ? C’est mieux que l’épisode de Chair de Poule où le mec y a tout ce qu’il tape sur sa machine qui se réalise hein ? Sur à peu près tous les tubes pornographiques, tu peux trouver une vidéo nommée « Marilyn Monroe Original 1.5 million dollar sex tape? », aisément reconnaissable à ce qu’un texte blanc clamant « Here is the original 1.5 million dollar Marilyn Monroe sextape » reste à l’image tout du long de la vidéo. Et cette vidéo correspond à beaucoup d’égards à ce que disait Keya Morgan : 15 minutes, noir et blanc, muet, la fille ne regarde pas la caméra, on ne voit jamais le visage du gars… Qu’est-ce que t’en penses ? On aurait payé Keya pour qu’il démente l’existence de la sextape ? Si t’as acquiescé à ça, c’est moins 10 points, on fume pas de ce pain-là, les théories du complot c’est une invention de l’axe américano-sioniste. Mon hypothèse c’est que soit un naïf soit un plaisantin a trouvé une vidéo qui ressemblait à la description faite par Keya et l’a uploadée partout il pouvait pour répandre la bonne nouvelle / le bon canular. D’ailleurs, à plein d’autres égards, la vidéo ne ressemble pas à ce que décrit Keya : on ne voit pas le visage de la fille donc on ne voit pas si elle a le « fameux grain de beauté », les deux filmés vont bien au-delà de la simple pipette pépouze, il est impossible en terme de distance et de mouvements que la fille n’ait pas remarqué la présence de la caméra…

Marilyn Monroe lunécile

La sextape de William Castleberry

Le samedi 1er mars 2014, William Castleberry, ancien garde du corps de Hollywood connu pour ses arnaques, débarque et gueule en substance : « je garde depuis longtemps une sextape de 8 minutes d’un threesome entre les Kennedy et Marilyn, mais là j’ai une dette de 200 000 dollars à régler avant mardi alors – ça me fend le cœur en mille morceaux – je vais devoir la vendre aux enchères ». Avant mardi, Castleberry annule la vente en affirmant que sa dette a été payée par un donateur anonyme. Qu’est-ce qui s’est passé précisément ? Difficile à dire. A priori Castleberry a inventé ça pour foutre les chocottes à quelqu’un et lui soutirer du flouz. Ce qui est amusant c’est de voir avec quel empressement les médias ont relayé l’info, en ne précisant pas qu’il était très probable que Castleberry, étant donné son passif, soit en train de mentir. On peut même lire dans la presse des phrases du genre : « En 2008, une vidéo de l’actrice des hommes préfèrent les blondes pratiquant une fellation à un inconnu avait été vendue à 1,5 million de dollars. » Ah ok. Donc le démenti de Keya Morgan, c’était de la pelure de pomme ? Double-négligence, multipliée par le nombre de copieurs-colleurs. Si tu te demandais comment se perpétuent les légendes, t’as là un début de réponse.

Marilyn Monroe lunécile

Le sexe de Marilyn dans tes oreilles

Mettons fin au rêve, les sextapes évoquées précédemment sont fausses et c’est très improbable que même au-delà de ça il existe une sextape vidéo de Marilyn Monroe. On peut aujourd’hui faire une sextape à la légère, parce que nous avons des moyens de captation légers. Les caméras, à l’époque, c’était des machins plus gros que des jambons, il fallait en vouloir pour filmer à l’insu de quelqu’un. Pour qu’il y ait sextape de Marilyn, ça implique que Marilyn se soit laissée filmée. Or quel intérêt pour elle ? Elle était soucieuse d’asseoir son empire, pourquoi s’engager dans un truc qui pourra si facilement être retourné contre elle, pourquoi se rendre ainsi vulnérable ? En revanche, j’espère que tu vas retrouver le sourire, il ne paraît pas impossible qu’il existe des sextapes sonores !

Parmi d’autres fragments préservés, nous disposons d’une version montée de l’interview du détective privé Fred Otash par Sylvia Chase :
S. Chase : Pourquoi vous êtes-vous intéressé à l’affaire ?
F. Otash : Hoffa voulait fabriquer un portrait négatif de Bobby Kennedy – pas tant de Jack Kennedy, mais de Bobby Kennedy.
S. Chase : Et que s’est-il passé ?
F. Otash : On a mis des micros chez Lawford, dans les chambres, dans les téléphones. Quatre en tout.
S. Chase : Pourquoi chez Lawford ?
F. Otash : Eh bien parce qu’on nous avait informés que c’était l’espace de détente des Kennedy – c’est là que Bobby et Jack se distrayaient… Il y a eu plusieurs bandes de Marilyn et Jack en train de faire l’amour.
S. Chase : Mais vous tentiez donc d’obtenir des informations sur Bobby Kennedy.
F. Otash : Bien sûr…
S. Chase : Entend-on Bobby Kennedy sur ces bandes ?
F. Otash : Oui…
S. Chase : Cela confirme-t-il que Bobby Kennedy et Marilyn avaient aussi une liaison ?
F. Otash : Bien sûr… Oui… Bobby Kennedy et Marilyn ont souvent été enregistrés.

Cet extrait vient d’Enquête sur un assassinat, Don Wolfe, p. 117. Jay Margolis et Richard Buskin, dans L’Assassinat de Marilyn Monroe : affaire classée, confirment et même surenchérissent :

La maison de Marilyn était truffée de mouchards. Tout le monde espionnait Marilyn : Jimmy Hoffa, le FBI, la mafia, même la Twentieth Century Fox ! Jimmy Hoffa voulait recueillir des informations sur Monroe et les Kennedy pour son usage personnel ; le FBI voulait découvrir ce que Marilyn saviat des liens entre Frank Sinatra et la mafia ; et la mafia était curieuse de connaître ce que Marilyn savait du FBI. Quant à la Twentieth Century Fox, son ancien studio, Dieu seul sait ce qui les intéressait… (p. 16)

Dieu seul non ! Au moment de l’énorme fuite de nudies de septembre 2014, le compte Twitter @Breaking3zero racontait ça :

sextape01

Mais revenons à Margolis et Buskin :

Quant aux enregistrements réalisés à l’aide de micros espions, Lawford a expliqué à Heyman : On y entend distinctement les voix de Marilyn et de JFK, les voix de Marilyn et de Bobby Kennedy, ainsi que les voix de Marilyn et du Dr Ralph Greenson. A chaque fois, on perçoit les bruits du sommier à ressorts et des râles d’extase. (p. 20)

Avec autant de mouchards et autant de partenaires, imagine la belle collec de sextapes audio que ça fait ! C’est bon t’as imaginé ? Premier souci : ces enregistrements, on n’en parle que dans les biographies de Marilyn à tendance complotiste, et on sait combien ces bios tournent en rond. Buskin et Margolis s’appuient sur Wolfe, qui s’appuie sur d’autres complotistes, qui s’appuient sur d’autres complotistes, qui ainsi de suite. Les sources des complotistes sont les textes complotistes, t’avoueras que ça peut difficilement être fiable. Dans un essai moins récent mais déjà consacré à la mort de Marilyn (A Case For Murder, 2011), Margolis base une partie de son propos sur l’existence de la sextape de Keya Morgan. Comme ils sont peu regardants sur la marchandise tant que ça valide leur thèse, on peut douter jusqu’à l’existence de ces enregistrements de cul dont ils se refilent le tuyau sans se laver les mains. Rien que l’importance qu’ils accordent à la relation Kennedy-Monroe, surdéterminante dans la manière dont ils trient l’info, est abusive. Il existe d’autres versions de l’histoire plus raisonnables qui postulent que cette relation n’était sinon rien au moins pas grand-chose. Second souci : mettons qu’elles existent, ces sextapes audio. Le désœuvré qui tape « sextape marilyn » sur Google, c’est pas ça qui satisfera son appétit de voir.

Marilyn Monroe JFK lunécile

FAKE !

Marilyn Pornoe

Les rumeurs d’apparitions de Marilyn dans des films érotiques et pornographiques sont apparues en même temps que son succès. En 1948, alors qu’elle n’avait eu qu’un rôle principal, on lui attribuait déjà The Apple-Knockers and the Coke (pitch selon Imdb « Un film érotique qui montre une fille buvant du Coca Cola » – infappable pour la team Pepsi) que le magazine Playboy quelques années plus tard rendit à César – César s’appelant en l’occurrence Arline Hunter, playmate sympa qui jouait beaucoup sur son petit air de ressemblance avec la blonde.

Encore aujourd’hui, la miss occupe une place primordiale dans l’imaginaire pornographique. Tapez « marilyn monroe » sur n’importe quel tube porn, vous aurez non seulement les sextapes mentionnées plus haut, mais en plus des dizaines de vidéos où, parodies assumées, des filles perruque blonde fausse mouche grosse bouche, sucent et niquent des ersatz de JFK. L’influence marilynesque se ressent également dans le choix des pseudonymes : Kelsi Monroe, Mellanie Monroe, Natalie Monroe, Memphis Monroe, Madelyn Monroe, Madelyn Marie, Marilyn Mayson… En outre Marilyn apparaît souvent, hasard des tableaux déco, comme une sorte de marraine veillant à la bonne exhibition de la chair sur les photos érotiques amateures.

Marilyn Monroe porno lunécile

À quoi doit-elle cet empire ? Ce n’est un mystère pour personne que l’aura de Marilyn est sexuelle. En mai, j’assistais à un colloque sur les Icons américaines et britanniques en même temps que je découvrais la mini-série The Secret Life of Marilyn Monroe et j’écrivais :

Plus je lis de bouquins, plus je vois de trucs sur Marilyn, plus je ne sais rien d’elle. Même factuellement, si on met à part les quelques jalons de sa filmographie, sa naissance, sa mort, ses mariages, il n’y a pas grand-chose qui tienne. Si on rassemble la totalité des contenus biographiques produits sur Marilyn, on constate une absence flagrante d’unité. Marilyn Monroe n’a pour ainsi dire pas d’essence autre que visuelle – et, pour la majorité des Français, photographique. Pendant le colloque, on parlèrent aussi de Charlot, Woody Allen, Diana. On arrive mieux pour eux à trouver une substance homogène. C’est peut-être que d’une part Charlot et Woody sont des icônes contrôlées par leur créateur et que d’autre part Diana est une idole pour ménagères qui n’intéressant qu’elles engendre toujours le même énoncé (le film avec Naomi Watts, typiquement – je me fie là-dessus à ce qu’en a dit M. Yvelin Ducotey cette aprèm-là – ne fait que ressasser Diana = La Sainte) ; de fait ces créatures sont unifiées, chaque signe dans leur représentation est sciemment disposé pour renforcer ce qu’elles incarnent. Si on joue à déduire l’essence Marilyn de son image, il faut se résoudre à dire qu’elle est au mieux un parangon de féminité. Ce n’est pas surprenant dès lors que le discours de base sur l’actrice consiste à dire qu’elle est plus que ce qu’elle paraît. Mais quand il s’agit de dire ce qu’elle est de plus, plus personne ne tombe d’accord, les discours sont innombrables, impossibles à départager. En ce sens, on peut dire que plus qu’une autre icône, Marilyn Monroe est fragmentée.

The Secret Life of Marilyn Monroe, la mini-série adaptée du bouquin éponyme de J. Randy Taraborrelli et diffusée sur Lifetime à la fin de fin mai, échoue justement en proposant une vision univoque de la star. Les créateurs, Stephen Kronish au scénar et Laurie Collyer à la réa, font comme s’ils savaient tout comprenaient tout, et se permettent de répondre sans l’ombre d’un doute à la question « Pourquoi Marilyn Monroe était malheureuse ? ». La réponse : parce qu’entre sa mère tarée et son père inconnu, Marilyn n’était qu’une orpheline sans repères. Chaque putain de séquence de ces trois heures de mini-série n’est là que pour appuyer cette affirmation, soit que Marilyn cherche un père / une mère, soit qu’elle essaie de se construire en l’absence de. Tout est récit, tout est Histoire ; jamais on ne verra les personnages bavarder, jamais on n’assistera à quelque chose d’un tant soit peu gratos. Des tournages on ne verra que les infimes parcelles qui rentrent dans la démonstration – par exemple (exemple quasi unique), le tournage de la séquence du métro dans Sept ans de réflexion, en tant qu’elle permet de montrer papa DiMaggio se fâcher tout rouge et renvoyer sa gow à sa condition de whore – insulte violentissime dans cet univers car elle exclut Marilyn du monde des mothers. A aucun moment, du reste, on ne questionnera le présupposé : avant de chercher pourquoi Marilyn est malheureuse, il serait judicieux de se demander si en effet elle l’était.

Je pense qu’on est enclin à dire que Marilyn Monroe était malheureuse car on croit en le faisant racheter son âme. Que faire pour sauver cette femme terriblement femme pure extériorité ? Disons qu’elle est profonde ! Mélancolique ! Névrosée ! Marilyn était belle mais elle était aussi très triste, peut-on lire plus ou moins texto de la plume de ses soutiens. Il ne leur viendrait pas à l’esprit d’écrire Marilyn était belle mais elle était aussi très gaie. C’est que la gaieté ça n’est pas sérieux, ça ne rachète rien… Je suis paumé dans le cul d’une poupée russe ou quoi ? Si chaque présupposé bancal repose sur d’autres présupposés banco je suis pas sorti. Revenons à la racine.

Plus je lis de bouquins, plus je vois de trucs sur Marilyn, plus je sais rien d’elle. C’est probablement qu’il n’y a rien à savoir. Marilyn n’a pour ainsi dire pas d’essence autre que visuelle – ou, pour la majorité des Français, photographique. Un scandale pour les métaphysiques ! Marilyn Monroe n’aurait que le génie d’être vivante, et le plaisir de contempler une belle photo de la belle serait pornographique ! Si on joue à déduire l’essence Marilyn de son image, il faut se résoudre à dire qu’elle est au mieux un parangon de féminité. Cela lui enlève-t-il quelque chose ? C’est injuste, ce n’est pas le travail qui lui a fourni cette peau si blanche si réactive à la lumière. Mais si on considère qu’on est soumis au moins à notre tempérament et au hasard, au plus à tout un tas de déterminismes familiaux sociologiques je te passe les vertes les pas mûres, le fait est que jamais personne n’a mérité quoi que ce soit. Voici votre médaille pour avoir été brave – pourquoi me médailler ? ça ne m’a demandé aucun effort, c’est mon plaisir d’être brave. Les discours sont innombrables et impossibles à départager en ce qu’ils reposent sur un intangible qui viserait à transcender l’image. Si on se contentait de l’image, de l’œuvre en trois pans (ciné, musique, photo), on pourrait commencer à trier, on pourrait commencer à causer. Écrire sur la vie de Marilyn plutôt que sur son œuvre, c’est pas ce qu’il y a de mieux ; écrire sur la vie de Marilyn sans rendre compte de l’éclatement des points de vue, c’est ce qu’il y a de pire.

Autrement dit : on a beau se gratter le cuir chevelu pour expliquer sociologiquement la pérennité de la fascination pour Marilyn (à ce sujet je te conseille « Marilyn Monroe et la sexualité » de Richard Dyer publié dans Le star-système hollywoodien, 2004), cela n’est peut-être qu’un attrait gratuit, matérialiste, animal, pour la contemplation de sa peau. L’appropriation de Marilyn Monroe par le cinéma pornographique viendrait de ce que la monstration n’a jamais été complétée. La filmographie de la belle fonctionne comme un vaste teasing qui ne prend jamais fin, un strip-tease qui continue imperturbablement depuis les années 40.

[Le Prince et la danseuse] joue en permanence avec notre désir supposé de voir Monroe comme un spectacle sexuel. Son personnage, Elsie, nous est présenté dans les coulisses du « Cocoanut Girl » où se trouvent les loges des danseuses, le film s’amusant avec les pulsions voyeuristes que peut susciter un tel lieu. La caméra suit un garçon de courses jusqu’à la loge qu’Elsie partage avec les autres danseuses ; il frappe et entre en laissant la porte ouverte, mais le placement de la caméra nous empêche de voir les filles ; la caméra finit par se déplacer pour révéler l’intérieur de la pièce, mais les filles sont déjà habillées.

L’archétypale séquence de la bouche de métro dans Sept ans de réflexion fonctionne aussi sur ce mode – la robe se soulève se soulève se soulève mais s’arrête, timing dément de précision, pile poil avant qu’on ait pu voir le moindre bout de culotte. Comme j’ai expliqué ici et ici, le génie de Marilyn Monroe actrice consiste, par son refus du second degré, à donner une consistance à la créature fantasmagorique qu’est la pin-up, à naturaliser le stéréotype. Or une règle fondamentale de la pin-up est que son sexe, et par extension ses poils pubiens, ne doivent jamais être représentés. Si on voit sa minouchette, ce n’est plus une pin-up. Je pense que le cinéma pornographique et les fausses sextapes jouent avec cette élision. Si tu mates attentivement la K7 de Mikel Barsa, tu noteras que les deux acteurs ne baisent pas vraiment (les gros plans péné, furtifs, sont manifestement tirés d’un autre film) et que ce qui compte c’est bien l’exposition, pour le coup généreuse, de la vulve de Marilin. Et qu’est-ce que ça apporte ? Même pas de l’excitation. Juste la petite satisfaction d’avoir vu.

Le sexe de Marilyn enfin disponible

Quand on voit le truc comme ça on est moins surpris que les biographes de Marilyn en fassent des caisses sur la séance photo borderline du 22 février 62 à l’hôtel Continental Hilton de Mexico. Marilyn ne portait pas de slip et le photographe Eduardo Antonio Caballero est parvenu, sur un moment d’inattention, à graver dans le marbre les poils pubiens de l’actrice. Preuve de l’intérêt excessif pour cette anecdote : elle est relatée jusque dans des docus qui devraient par économie narrative l’exclure. Par exemple, Le Secret de la dernière malle de Marilyn Monroe, Antoine Robin et Nan, 2014, lui consacrait une digression de plusieurs minutes alors que le film était une enquête sur la malle Vuitton de la star.

Marilyn Monroe lunécile

Enfin, on fait chanter « My Heart Belongs to Daddy » de Cole Porter à Marilyn dans Le Milliardaire de Cukor (1960), après que la chanson a été parodiée sous le titre « My Pussy Belongs to Daddy » par Faye Richmonde dans l’album Girlesque (1957). Si on était des hystériques de l’interprétation toutéliée on dirait que c’est une manière indirecte de lui faire dire le mot.

Bref, y a pas de sextape de Marilyn Monroe en circulation, y en aura probablement jamais car il n’en existe probablement aucune. Si les fans ont tendance à se laisser accabler par les fabulations des faussaires, je pense qu’il vaut mieux s’en amuser : ces escrocs nullos participent avec nous au grand jeu Marilyn.

Interview de Laëtitia, fan de Marilyn Monroe et gérante du blog Crazy for you

Aujourd’hui, je cause avec une dame dont à propos de laquelle j’ai déjà parlé dans ma rubrique Marilyn, toujours en soulignant à quel point ladite dame faisait du bon boulot sur son blog. Cette dame, elle s’appelle Laëtitia, et son blog Crazy for you. J’ai voulu savoir d’où cette fan et collectionneuse tenait cette rigueur qui manque tant aux journalistes et aux biographes de MM. Si toi aussi tu veux savoir, t’as plus qu’à scroller.

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Toutes les photos de l’article sont des photos de la collection de Laëtitia prises par Laëtitia elle-même

Gibet : Quand a commencé votre passion pour Marilyn Monroe et suite à quelle rencontre ?

Laëtitia : Ma passion a commencé en 1990 à la suite de la diffusion du téléfilm Marilyn, une vie inachevée avec Catherine Hicks dans le rôle principal. En fait il y avait dans le magazine télé que j’avais, pour ne pas le nommer, Télé Loisirs, un article avec des photos d’Ed Feingersh datant de mars 1955. La particularité de ces photos est que nous avons l’impression d’entrer dans l’intimité de la star. Feingersh l’a suivie pendant une semaine et a pu la photographier dans son quotidien de star. Ces photos m’ont profondément marquée. Vous couplez avec le téléfilm qui bien évidemment donne la part belle au côté mélodramatique de la vie de Marilyn et forcément quand vous êtes une jeune ado, cela vous marque. Une si belle femme, si triste…

J’ai gardé les photos et l’article, j’avais aussi enregistré le téléfilm dont j’ai toujours la K7 ! Je ne sais pas vraiment comment j’ai vu ma passion naître. Je sais juste que j’ai commencé à garder des photos, que j’ai vu mon premier film à la télé en mai 1991, Certains l’aiment chaud en VOSTF (que j’ai toujours aussi). L’été un documentaire inédit passait sur Canal Plus, il fallait que je le vois ! Je sais que ce Noël 1991 j’avais commandé au Père Noël un livre sur sa vie Marilyn, vie et légende (un magnifique livre que je conseille encore aujourd’hui pour la grande qualité et la rareté des photos et par le récit presque parfait de sa vie).

Et puis en 1990, 1991, il y avait beaucoup de magazines, d’articles, de photos sur Marilyn. Je me rappelle aussi les posters que je voulais avoir. En fait je m’aperçois que je suis très vite devenue une fan pure et dure. En 1992, il fallait déjà que j’achète tous les magazines où elle se trouvait en couverture et le plus de livres possible !

Gibet : Ça fait donc grosso modo 25 ans que vous êtes fan de Marilyn. Est-ce qu’à travers les années vous avez remarqué des pics d’intérêt ? Des variations dans ce qu’on montre ou dit d’elle ?

Laëtitia : En 25 ans, la société change, tout comme moi. Forcément mon regard sur Marilyn évolue à travers les années ainsi que ma passion. Je fais partie de ces fans/collectionneurs qui n’ont pas que Marilyn dans leur vie même si elle est une partie de ce que je suis. J’ai des moments où j’ai besoin de prendre mes distances. Par exemple avant mon intérêt était principalement lié à son actualité : commémoration de sa mort, de son anniversaire, de la sortie de livres, de documentaires… Aujourd’hui c’est très différent. Il faut aussi prendre en compte Internet qui a considérablement changé la vie des fans. Demain nous pouvons découvrir une photo, une séance photos inédite et être amenés à faire des recherches ou à compléter avec les informations que nous avons déjà.

Et puis moi j’ai changé, au début je n’étais qu’une jeune adolescente, aujourd’hui je suis une adulte, d’une certaine façon je comprends beaucoup mieux certains aspects de sa vie. Et si mon regard a changé, celui de la société aussi. Quand j’ai commencé, Marilyn était principalement une image magnifique qui avait quelques fêlures et surtout sa mort était LA discussion du moment ! Au cours des années 90 c’était LE sujet ainsi que son dernier film inachevé. Des livres de photos inédites sont sortis mais seulement en anglais donc vraiment pour les fans à l’époque (c’était galère de les trouver). En 1999, la vente de Christie’s a changé beaucoup de choses. Tout à coup les reliques Marilyn devenaient des Saint Graal… posséder une part de la légende. On a commencé à la décortiquer. On ne voulait plus savoir comment elle était morte mais voir ce qu’il y avait à l’intérieur. Nous avons atteint le sommet (jusqu’à présent) avec la sortie du livre Fragments en 2012. Entre temps les romanciers avaient pris possession d’elle pour en faire une image erronée.

Gibet : Sur votre blog, on peut voir que vous êtes fan aussi de Madonna. Est-ce que vous êtes venue à elle parce qu’elle se place dans la continuité de Marilyn ?

Laëtitia : En fait en y réfléchissant, je pense que c’est Madonna qui m’a fait venir à Marilyn. Madonna a été la première blonde de ma vie. Quand j’avais 10 ans, je voulais absolument voir le concert du Who’s That Girl Tour qui passait en exclusivité sur Antenne 2 (si je me souviens bien). Au collège j’ai rencontré une gamine qui était vraiment fan de Madonna et c’est elle qui m’a fait basculer sur Marilyn qu’elle aimait aussi. Au final, c’est un ensemble de choses qui se passe en même temps pour former un tout. C’est une suite logique.

Pour revenir à Madonna et Marilyn, elles ont pour moi toujours été très différentes. Je n’ai jamais compris pourquoi on voulait faire de Madonna une nouvelle Marilyn. Elle a joué avec l’image de la jolie blonde californienne, a rendu de très beaux hommages à Marilyn mais elle en a toujours été différente. Ma passion n’est pas la même. Je les conçois très différemment, leur seule ressemblance est la couleur de cheveux.

Gibet : Être fan, pour vous, ça implique d’être inconditionnelle ?

Laëtitia : Absolument pas ! Ce serait une erreur. Pour moi être fan ce n’est pas être aveugle. Il faut savoir regarder, comprendre, expliquer. À propos de Marilyn je n’ai pas à juger de sa vie. Je suis juste une observatrice. Je ne suis pas une contemporaine de Marilyn, je suis comme une historienne qui regarde des faits. Je ne connais pas l’époque dans laquelle elle vivait, je ne peux pas juger.

Par exemple, je peux dire que faire Le Milliardaire avec Montand, n’était pas une bonne idée. Elle régressait au niveau rôles pour revenir vers ce qu’elle fuyait 6 ans plus tôt. Mais je sais qu’elle n’avait pas le choix parce qu’elle avait un contrat à respecter, et à l’époque, vous ne pouviez pas dire non surtout après l’exceptionnel contrat qu’elle avait signé. La relation aux grands studios hollywoodiens était très dure, les acteurs n’avaient pas leur mot à dire. En fait je m’interdis de juger parce que personne ne fait des choix parfaits.

Gibet : Vous n’aimez pas Le Milliardaire ?

Laëtitia : Ce n’est pas que je n’aime pas Le Milliardaire mais c’est un film ennuyeux… comme la plupart des films de Marilyn d’ailleurs ! Il faut bien avouer qu’ils ont très mal vieilli en dehors de Niagara, Sept ans de réflexion, Les Hommes préfèrent les blondes et Certains l’aiment chaud, tous les autres sont très emprunts de leur époque et certains beaucoup plus que d’autres ! Il faut bien le reconnaître, Marilyn avait parfaitement raison lorsqu’elle disait qu’on ne lui proposait jamais de bons films.

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Gibet : C’est amusant que vous parliez de regard d’historienne car en général les gens qui écrivent des livres sur Marilyn Monroe ne se posent pas du tout la question du regard, et avancent au petit bonheur la chance sans souci de vérité ou d’honnêteté intellectuelle. À ma connaissance, il n’y a pas de biographie historique et/ou universitaire de Marilyn. Deux questions : est-ce que vous parlez en ces termes parce que vous avez une formation d’historienne ? Vous rêvez pas des fois que vous serez celle qui fera la biographie qui supplantera toutes les autres ?

Laëtitia : Alors pour moi il existe une biographie que l’on peut qualifier d’historique, c’est celle faite en 1993 par Donald Spoto. Il relate des faits. Il a réalisé un travail minutieux, il reste incontestablement l’une des plus grandes références en la matière.

Je ne suis pas historienne, je n’en ai pas du tout le cursus. Aujourd’hui ce serait une formation qui me plairait mais en France nous devons choisir sa vie à l’âge où nous n’y connaissons rien ! Je ne crois pas avoir assez de compétences pour faire une biographie et ce serait plus que prétentieux de dire que ce serait LA biographie. Personne n’a toute les informations, la preuve en est que nous en découvrons chaque jour ! Écrire un livre est un métier à part entière, certains écrivains posent simplement leur fantasme sur papier quand d’autres aiment aller plus loin dans l’analyse. Et puis cette question est bizarre. Le but n’est pas de se glorifier d’avoir fait une bio sur Marilyn mais de partager des connaissances voilà tout l’intérêt d’Internet ! Ce serait vaniteux de penser posséder tous les savoirs sur Marilyn.

Et puis moi les bio ça me gave, certainement d’en avoir trop lu. Lire des gens ne l’ayant jamais connu parler d’elle ne veut rien dire hormis si ils restent sur le factuel. Rien ne vaut un beau livre de photos parce que là c’est Marilyn qui vous parle !

Gibet : Puisque vous dites qu’il faut s’intéresser à l’ensemble, est-ce que vous vous intéressez à Hollywood en général ?

Laëtitia : Oh oui ! Ça a été très vite. Dès mes premières lectures marilynesques j’ai voulu en savoir plus sur les réalisateurs avec qui elle voulait travailler, alors forcément de fil en aiguille… Lorsqu’en 1995 le cinéma a eu 100 ans, j’ai acheté bon nombre de livres et magazines. J’ai par exemple demandé en cadeau le dictionnaire sur le cinéma parce que Marilyn était en couverture (une toute petite photo parmi d’autres). C’est devenu une bible pour moi. J’ai voulu voir tous les grands classiques, tous les courants du cinéma du XXème siècle. J’ai passé bon nombre de mes dimanches matin à aller au cinéma, j’enregistrais les classiques qui passaient dans l’émission Le Cinéma de minuit. J’ai dévoré le cinéma hollywoodien passé présent futur.

C’est identique pour la photographie. Comment comprendre l’impact d’une séance photo si vous ne comprenez pas le travail du photographe ? Comment admirer le travail de Richard Avedon ou de Cecil Beaton si vous ne savez pas qui il est ? Marilyn a côtoyé les grands noms de son époque sur tous les plans. Il faut les connaître ainsi et surtout l’époque dans laquelle ils évoluaient. Mon anecdote préférée ? Celle d’Ella Fitzgerald, bien sûr ! Ou comment Marilyn Monroe, actrice blanche, a permis à une chanteuse noire de pouvoir jouer sur la scène d’un bar blanc et par conséquent de lancer sa carrière.

Gibet : Sur votre blog, on peut entrevoir que vous avez une colossale collection. Quand cette collection a-t-elle commencé et pourquoi ?

Laëtitia : Ah ma collection ! Comme je vous l’ai dit plus tôt, elle a commencé immédiatement. Bien évidemment dans les premiers temps j’ai fait des horreurs : découper les articles, les couvertures (même d’époque !), coller les cartes postales, punaiser les posters… En tant que collectionneur, ces actes sont des hérésies. C’est une question très philosophique en fait : doit-on mettre sous verre tout ce qu’on possède ou bien le laisser vivre ? Mais ce n’est pas la question aujourd’hui.

Pour en revenir à la collection, je ne pourrais pas expliquer pourquoi j’ai voulu posséder. Je pense que la réponse est dans ma vie. La possession a quelque chose de rassurant. C’est comme un cocon que vous créez. Je peux répondre qu’au-delà des objets ce sont les photos qui m’ont toujours fascinée chez Marilyn. J’ai toujours souhaité avoir le plus de photos possible. Donc on retrouve des livres, des cartes postales, des magazines, des posters en grande quantité. Je peux dire que j’ai plus d’une centaine de livres qui lui sont entièrement consacrés (je crois). Ajoutez ceux qui lui consacrent juste la couverture, quelques photos, un dossier et là vous augmentez, je pense, d’une cinquantaine. Les cartes postales j’en ai plusieurs centaines, peut-être mille, j’en sais rien en fait. Je ne compte pas. Je l’ai fait au début ça a un côté challenge mais très vite c’est le fait de découvrir de nouvelles photos qui l’emporte, qu’importe le nombre. C’est comme une chasse au trésor, trouver l’objet qui vous procurera une sensation de bien-être… comme une drogue.

Gibet : Comment vous stockez tout ça ?

Laëtitia : J’ai une pièce consacrée à mes passions. La moitié est à Marilyn, l’autre est à Madonna et l’animation japonaise. C’est mon antre, ma caverne d’Ali Baba. Je suis très rigoureuse. Par exemple tous mes magazines sont dans des boîtes d’archives classées par année (ou par groupe d’années), les cartes postales sont dans des classeurs classés par éditeur. Je cherche sans cesse des façons de mieux archiver pour accéder le plus rapidement possible à l’information souhaitée. Et j’adore ça ! Je suis une vraie bibliothécaire Marilyn Monroe ! Même si quand vous rentrez dans ma pièce vous aurez toujours l’impression que c’est en désordre parce que des magazines se trouvent par terre, des bouquins aussi parfois et plein d’autres choses en vrac.

Gibet : C’est quoi la pièce dont vous êtes la plus fière ?

Laëtitia : Puisqu’il faut en choisir une, ce serait ma photo originale d’André De Dienes que j’ai gagnée voilà quelques années maintenant.

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Quant à sa pièce la plus farfelue, Laëtitia hésite entre cette chaise Louis XVI…

Gibet : À propos de rigueur, vous faites régulièrement des articles sur un élément précis de la carrière de Marilyn Monroe – le tournage d’une séquence, l’utilisation d’un vêtement, un photo shoot… Comment vous procédez pour établir ces articles ? Vous avez une mémoire d’éléphant ? Vous y travaillez beaucoup ?

Laëtitia : D’une certaine façon j’ai une mémoire d’éléphant. Quand ça fait près de 25 ans que vous tournez dans tous les sens la vie de quelqu’un, vous commencez à la maîtriser. Et puis j’adore ça donc forcément j’enregistre très bien les données. Quand je fais un article, c’est que j’ai envie de traiter un sujet plus qu’un autre. C’est l’envie de donner des informations précises. Je hais toutes les sottises qui sont dites sur Marilyn. Mon objectif est de la montrer telle qu’elle était.

Bien évidemment cela demande parfois un très gros travail de recherches. C’est un peu comme mettre le doigt dans un pot de Nutella, vous en voulez toujours plus, et moi ça m’arrive souvent. Je pars d’un truc qui me semble simple et puis tout à coup un détail va me dire « mais attends c’est quoi ça ? » et voilà ça part. Les recherches les plus pointues que j’aie faites actuellement concernent le film Les Hommes préfèrent les blondes. J’ai passé une année à étudier tout le film. J’avais des bouquins partout, j’ai ouvert des milliers de pages web… C’était démentiel mais qu’est-ce que j’ai appris ! J’adore recouper les informations. En fait le secret est de ne pas se contenter de Marilyn. Elle fait partie d’un ensemble, alors étudions cet ensemble. Donc oui, cela demande un énorme travail !

Gibet : Je crois que j’ai découvert votre blog quand vous étiez au premier tiers de Les Hommes préfèrent les blondes et c’est vrai que c’était un travail impressionnant. Où trouvez-vous tout ce temps ?

Laëtitia : C’est ce que tout le monde me pose comme question et je ne sais pas quoi y répondre parce que je sens cette vision : « elle ne fait que ça », « elle n’a pas de vie en dehors ». En fait je ne régis pas ma vie comme la plupart des gens. Oui cela demande du temps mais je ne fais pas ça tous les jours. Comme vous avez pu le constater je peux rester plusieurs jours sans rien poster ou bien juste une chanson, une photo. Je ne fais pas des dossiers à longueur de temps. Je ne vis pas pour mes passions mais par mes passions. J’éprouve le besoin de m’en éloigner un peu pour mieux les retrouver. En fait j’alterne. J’ai des frénésies de Marilyn comme j’en ai de Madonna, de manga, de cinéma, d’expositions… Et vous que faites-vous de vos journées ? Cela me fait penser à mon adolescence. Tout mon argent de poche passait dans les bouquins, magazines, cartes postales, disques… un jour mon père me l’a reproché et là je lui ai répondu : « mais moi je ne fume pas, je ne vais pas au café, je ne sors pas ». Eh bien mon temps c’est pareil, je le passe à me cultiver quand la plupart fait autre chose.

Gibet : Comment faites-vous pour trouver de nouveaux objets ?

Laëtitia : En fait c’est eux qui me trouvent. Avec Internet je pourrais largement accéder à de très nombreux objets à ma guise, c’est ce que font beaucoup de collectionneurs, mais moi j’aime le plaisir de découvrir au cours d’une brocante, d’une librairie, d’une rencontre. Une passion ce n’est pas fait pour rester derrière un ordinateur, cela se vit et ça commence par des rencontres. Au-delà de l’objet, j’aime qu’il y ait une histoire. Par exemple, l’été dernier, dans une brocante j’ai trouvé un lot de vinyles de Madonna et là, au milieu, une pièce magnifique, très rare que j’ai eu pour une bouchée de pain en plus ! Je ne m’y attendais pas, il m’attendait tout simplement et du coup je l’adore bien au-delà de sa valeur marchande !

J’aime que les objets racontent quelque chose. Cela m’est arrivé il y a quelques années avec une statuette de Marilyn. Je ne cours pas après ce genre d’objets mais là, toujours sur une brocante, de loin (forcément) j’ai vu cette statuette. Je l’ai reconnue, je savais que c’était une pièce rare, j’ai demandé le prix et là énorme surprise, un tout petit prix ! Je l’ai achetée et elle est là à me regarder sur mon bureau. Beaucoup de mes objets ont une histoire parfois amusante, touchante, singulière ou toute simple. Au final ce sont elles qui ont le plus de valeur.

Gibet : Êtes-vous en relation avec une communauté de fans et collectionneurs ?

Laëtitia : Avec les années j’ai rencontré beaucoup de gens et je dis bien rencontré. Avec Internet, vous pouvez contacter le monde mais voir les gens en vrai c’est autre chose. Qu’importe les passions, j’ai toujours agi ainsi. C’est un réseau en fait. Comme toute communauté certains ont leur petite gloire et d’autres restent très discrets. Chacun vit sa passion différemment et logiquement vous restez principalement en contact avec des personnes qui ont une relation similaire à la vôtre avec Marilyn. Pour moi ce sont des personnes qui aiment autre chose en dehors de Marilyn. Les communautés de fans sont un monde étrange et parfois très effrayant. Une vraie étude sociologique à faire.

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… et ces paquets de mouchoirs en papier.

Gibet : Est-ce que vous notez souvent des erreurs biographiques quand vous regardez des documentaires ou lisez des livres sur Marilyn Monroe ? Si oui, avez-vous un exemple de docu ou livre particulièrement fautif ?

Laëtitia : Il y en a tout le temps. C’est très dur d’aller au-delà des stéréotypes. Les personnes qui font les documentaires ne sont pas des historiens et puis lorsque vous parlez de Marilyn c’est l’image qui compte. Le documentaire qui m’a le plus écœuré ces dernières années est celui de Patrick Jeudy d’après le roman de Schneider, Marilyn dernières séances. Un véritable ramassis d’ordures. Le livre d’après lequel il a été fait est un amas d’immondices qui m’ont fait pleurer devant ma télé.

Concernant les livres, il faut absolument éviter les romans comme celui-là ou celui de Oates ou ceux de Mailer… Ce sont les pires parce que ce ne sont que des fantasmes d’écrivains. Cela m’écœure parce qu’ils sont toujours vendus comme des biographies alors que ce ne sont que des romans c’est-à-dire imaginaires. Ils font beaucoup de mal à Marilyn parce qu’ils la font passer pour une névrosée parfois nymphomane… C’est une honte ! En livre il y a beaucoup de déchets.

Gibet : Je partage votre rage, et j’essaie souvent de démonter ce genre de livres ici même. Qu’est-ce qui vous a spécifiquement agacé dans Marilyn, dernières séances ?

Läetitia : Madonna m’a appris que cela ne servait à rien de s’énerver même si parfois c’est très dur, vous ne changerez pas les cons. Moi je préfère faire mon blog et montrer aux gens de passage une image réelle de Marilyn. C’est par exemple ce que j’ai fait avec Max Factor dernièrement. Je n’ai pas envie de donner trop d’importances à ces conneries de bouquins, en parler même en les démontant ne fait que leur donner du crédit, il n’y a rien de concret qui peut sortir de là. Et puis je préfère consacré mon temps à faire ce que je fais et je pense que je sais bien faire.

J’avoue n’avoir jamais lu Marilyn dernières séances. Rien que pour le fait que ce que j’en ai vu et lu m’a donné envie de vomir. Je l’ai dans ma bibliothèque, je l’ai trouvé en brocante pour 1€. J’ai hésité à le prendre comme si j’allais salir mes mains mais j’ai franchi le cap… peut-être qu’un jour j’oserai le lire. Mais j’ai du mal à penser que je le possède, cela me fait mal. Dire de Marilyn qu’elle est une névrosée nymphomane est une insulte à ce qu’elle était et c’est une insulte envers les femmes en général. Quoi de mieux que de s’en prendre à un symbole magnifique de la féminité pour salir l’indépendance acquise des femmes ? Marilyn a lutté toute sa vie pour avoir un peu de respect, cela n’a pas été facile. Elle a dû affronter ses démons : ne pas avoir de famille, se sentir éternellement rejetée. Elle a vécu dans un univers très masculin où la femme était soit une mère soit une putain. Elle a utilisé sa sexualité non pas parce qu’elle le voulait aveuglément mais parce qu’à l’époque c’était promotion canapé au sein des studios. Et puis pour elle sa beauté amenait un semblant d’intérêt, d’amour alors pourquoi le refuser ? Elle était belle et a su tirer partie de sa beauté pour avancer. Où est le crime ? Ce n’était pas ses règles du jeu mais bien celles d’un monde gouverné par les hommes ! et elle a su en tirer partie.

Certains diront qu’elle a eu plein d’hommes dans sa vie ce qui prouve qu’elle était certainement un peu nymphomane. Je leur répondrais : si Marilyn avait couché avec tous les hommes qui disent avoir eu une liaison avec elle, elle n’aurait jamais eu le temps de faire aucun film ! Névrosée ? Pourquoi ? Se sentir seule, dépressive, c’est être névrosée ? Elle a eu besoin de faire un séjour en clinique et alors ? Être dépressive c’est mal ? Moi je trouve qu’elle a bien su remonter la pente ! Sacré bout de femme ! Moi je l’admire, elle avait un sacré caractère ! et de toute façon pour faire son job et faire face aux studios fallait être vraiment très forte. Elle est loin d’être la pauvre petite victime que l’on nous vend depuis tant et tant de décennies. C’était une battante mais parfois la vie est dure et vous donne des coups qui sont encore plus durs à encaisser. Malgré tout elle a su avancer.

Gibet : Si vous deviez conseiller un livre sur Marilyn Monroe, ce serait lequel ?

Laëtitia : En livre, c’est bien difficile à dire. Tout dépend du style recherché : livre de photos, biographies, dictionnaire… L’un de mes derniers très gros coups de cœur c’est Une blonde à Manhattan, qui est plus un livre sur Ed Feingersh que sur Marilyn. Pour la première fois j’ai vu la Marilyn que je connaissais, c’est-à-dire une femme bosseuse, courageuse qui a parfois du mal mais qui veut toujours avancer.

Gibet : « une femme bosseuse, courageuse qui a parfois du mal mais qui veut toujours avancer »… comme vous ?

Laëtitia : « Flattez-moi mon bon Blaze ». Sincèrement, Marilyn est un exemple. C’est une femme forte qui a su affronter la vie avec tout ce que cela comporte. C’est aussi pour ça que j’aime Madonna. Au final c’est ce qui les rapproche le plus : être une femme dans un monde d’hommes et ne pas avoir peur d’être ce qu’elles veulent. Elles ne se sont jamais posé en victimes et c’est pour ça qu’il existe un énorme malentendu avec Marilyn. Quand vous regardez sa vie, vous devenez très vite admiratif de son obstination, d’ailleurs elle disait : « je veux simplement être merveilleuse ». Ce n’était pas par vanité, elle voulait atteindre une certaine idée de la perfection comme pour se rassurer d’être capable de faire quelque chose de bien alors qu’elle n’était rien. Elle est partie de très bas. Elle n’avait pas réellement de famille même si son enfance n’a pas été si glauque que ça. Elle a vécu des moments très durs pour une enfant, elle a été mariée à 16 ans mais elle s’est toujours accrochée à ses rêves. Elle était obstinée. Miss Snively (la patronne de l’agence de mannequin avec qui Marilyn a signé son premier contrat en 1945) disait à ses nouvelles recrues qui lui demandaient comment devenir Marilyn Monroe : « si vous possédez seulement un dixième de son courage et de sa jugeote, vous serez sortie d’affaire ». Elle n’a jamais cessé de travailler pour s’améliorer même lorsqu’elle était au sommet. Elle n’a jamais voulu rien obtenir par les autres. Quand Hyde en 1950 lui a proposé son argent, son pouvoir pour faciliter son futur, elle a refusé pourtant c’était s’assurer une vie sans soucis ! Elle a refusé de jouer éternellement les blondes idiotes, elle a créé sa propre maison de productions en changeant son contrat avec la Fox (première à Hollywood) en 1962 alors qu’elle avait été virée de son dernier film, elle a réussi à renégocier (une fois de plus) son contrat ! C’est impressionnant ! Mais ça nous ne le voyons jamais et cela ne peut se voir que si l’accent est mis sur ces différents points et aller plus loin que l’image sublime de blonde pas si idiote que ça.

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Gibet : C’est quoi votre film préféré de Marilyn Monroe ?

Laëtitia : Bonne question ! Cela fait très longtemps que je n’ai pas vu ses films. Mais je dois bien avouer que Niagara me fascine. Pour le Technicolor, parce que c’est un vrai film noir, pour une Marilyn meurtrière des plus diaboliques, pour la beauté des chutes du Niagara… en fait ce film est presque parfait.

Interview de Dottie Mayfield, modèle new-yorkais

Charmant lecteur, c’est une première dans la rubrique Marilyn Monroe, une interview ! Faut dire que la Marilyn en question est pas facile à avoir, étant donné son planning de ministre – de maîtresse de ministre. Ajoutons à cela qu’aujourd’hui il ne reste probablement plus d’elle, parmi le monde matériel des atomes, que sa perruque dans le ventre d’un cimetière. Alors penchons-nous sur d’autres cas. Celui de Dottie Mayfield, par exemple, un modèle new-yorkais qui, de par son apparence et ses choix esthétiques, rappelle inéluctablement la Belle. Mais dites-nous, Dottie, ce serait pas super dur de vivre dans l’ombre de Marilyn Monroe ?

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Photo by Agnes Fohn

Gibet : Comment tu es devenue modèle ?

Dottie : J’ai décidé de devenir mannequin à seize ans, mais les codes esthétiques en vigueur dans le mannequinat m’ont empêché de réaliser ce rêve à l’époque. J’ai dû attendre la vingtaine pour m’accepter et prendre la décision de me lancer, en tant que femme ronde.

Gibet : Dans quelle mesure la figure Dottie Mayfield est une construction ?

Dottie : La seule part de Dottie Mayfield qui soit construite est le nom, parce que ce n’est pas mon vrai nom. Je voulais un nom qui représente mieux tout ce que je suis et aspire à être. J’ai choisi d’avoir un nouveau nom surtout pour préserver ma vie privée. Pas de chirurgie esthétique ou de trucs de ce genre, je n’ai pas changé mon corps. J’ai toujours été Dottie, je n’utilisais peut-être pas ce nom avant, mais le « véritable moi », que j’ai appris à accepter, je lui donne ce nom.

Gibet : Tu es modèle à plein temps ?

Dottie : Je suis modèle à temps partiel, mais ça ne me dérangerait pas de gagner ma vie en tant que mannequin.

Gibet : Être modèle, c’est une fin ou un moyen ?

Dottie : Je suis aussi actrice et je continue à chercher des rôles variés pour me faire un book. Mes objectifs principaux, dans ma carrière d’actrice, sont de devenir une vraie actrice comique, j’adore faire rire et j’adore aussi chanter. Alors je prends des cours de chant et j’essaie de développer mes capacités au maximum. Aussi, je suis coiffeuse, maquilleuse, photographe en devenir, j’ai tellement d’objectifs, ça va de « ouvrir mon propre restaurant/pâtisserie » à « travailler avec des designers pour créer une marque de vêtements ».

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Photo by Agnes Fohn

Gibet : Tu le disais au début, tu as une silhouette toute en courbes. Est-ce que ça t’a déjà posé des problèmes concrets, dans tes activités de modèle ?

Dottie : Oui. Il y a des moments passagers d’engouement général, pendant lesquels on rejette ou admire les courbes. Je pense que quelle que soit la tendance du moment, il est important de s’accepter pour ce qu’on est et de s’aimer.

Gibet : J’ai remarqué que certaines photos tendaient à effacer ces courbes, à te faire rentrer dans les codes justement. Qu’est-ce que tu en penses ?

Dottie : Souvent les photographes restent derrière la barrière de sécurité, pour que leur travail soit accepté socialement, ou parce qu’ils ont décidé que c’était ça qui était le plus beau, selon leur perspective artistique. Personnellement, je suis impatiente de travailler avec un photographe qui se réjouit de mes formes.

Gibet : Je t’ai découverte car tu es la fiancée de Tony Vitti, un crooner expatrié que je suis depuis longtemps. Comment tu l’as rencontré ?

Dottie : Appelez ça destin ou hasard, mais au bout du compte, c’est juste de la chance. Il avait besoin d’une pin-up pour un projet et j’avais besoin d’un homme avec ce charme d’autrefois, et nous sommes tombés amoureux. Quant à son projet musical, qui continue à grandir et évoluer, il a beaucoup de fans, moi y compris, qui attendent patiemment que cet artiste si talentueux nous offre d’autres merveilles.

Gibet : Est-ce que tes goûts se limitent à la période pin-up ?

Dottie : J’aimerai toujours les pin-ups et la plupart des films et musiques des années 1900 à 1950, mais j’ai aussi un amour profond pour la Renaissance, la culture grecque, et une grosse passion pour les monarchies, et les trouvailles architecturales et archéologiques du monde entier.

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Marilyn dans un photoset qui semble avoir inspiré Agnes Fohn

Gibet : Partout dans ton univers je vois des allusions à Marilyn Monroe. Je suis taré ou c’est une véritable influence pour toi ?

Dottie : Je suis née blonde. J’ai essayé beaucoup d’autres couleurs, mais je me sens plus à l’aise avec le blond platine. À la fin de mon adolescence, j’ai découvert qui était Marilyn Monroe parce qu’on me disait tous les jours que je lui ressemblais. Selon moi, je suis juste attachée à une ère passée où les femmes portaient des boucles serrées et du rouge à lèvres rouge. Marilyn Monroe est devenue un personnage si intemporel que de nos jours, n’importe quelle femme aux cheveux blonds et aux lèvres rouges peut s’entendre dire qu’elle lui ressemble. Cependant, même sans maquillage et sans brushing, on m’a toujours dit que je lui ressemblais. Les gens voient ce qu’ils veulent voir, et si ça leur fait plaisir de voir ça chez moi, ça me rend contente pour eux.

Gibet : Donc tu t’en fiches de Marilyn Monroe ? C’est plus un poids qu’un plaisir d’être comparée à elle ?

Dottie : Où que j’aille, je croise Marilyn Monroe. Quand je vais faire mes courses, des jeunes filles m’abordent en tremblant, elles empoignent leur entourage et crient « Oh mon Dieu ! Tu es le portrait craché de Marilyn ! ». Elles me demandent une photo et je suis heureuse de les rendre heureuse. J’entends les murmures et les cris, je sens les doigts pointés dans les rues de Manhattan et les allées des supermarchés, « Regarde, regarde, c’est le portrait craché de Marilyn. » Les gens m’arrêtent et me demandent, les larmes aux yeux, s’ils peuvent me faire un câlin. Comment je pourrais m’énerver contre Marilyn alors que je vois tous ces gens qui l’aiment avec la même intensité 50 ans après sa mort ? Même cette interview avec toi a été principalement motivée par Marilyn et son influence sur moi.

Marilyn Monroe, c’est un personnage que Norma Jean a développé pour mettre en cage sa vraie personnalité, pour échapper à la souffrance qu’elle devait porter et peut-être que j’ai fait la même chose en créant Dottie Mayfield. Elle veut être aimée, pas prise en pitié. Plus le temps passe, plus j’en découvre sur Marilyn, plus je me rends compte qu’on a beaucoup en commun. Tellement en fait que pour être tout à fait honnête ça m’a fait un peu peur. Par exemple j’ai fait un voyage jusqu’au bout de Long Island, j’ai trouvé la ville de Amagansette et j’en suis tombée amoureuse. Je ne voulais pas partir. Je me suis sentie liée à cet endroit de manière inexplicable. Cet endroit me semblait très familier. Quand je suis rentrée chercher des hôtels pour y rester plus longtemps, la première chose que je vois c’est que c’était un des endroits préférés de Marilyn à Long Island et qu’elle y avait loué une maison avec un de ses maris.

J’ai eu une enfance très difficile. Je viens notamment d’une famille où les maladies mentales sont très fréquentes. On m’a fait vivre chez les autres, mise en famille d’accueil, tout comme Marilyn. J’ai toujours aimé Jean Harlow, elle est une des plus grande influences dans ma carrière et personnellement j’ai souhaité lui ressembler. Ensuite j’ai découvert que Marilyn l’adorait profondément aussi. Nous sommes toutes les deux de vrais rats de bibliothèque, nous avons toutes les deux l’habitude de nous donner toute entière, nous attendons de nous-mêmes la perfection, et sommes sévères lorsque nous n’atteignons pas les objectifs que nous nous étions fixés. Ses choix en matière d’homme sont très clairs pour moi, je peux complètement comprendre les raisons qui les motivent. Les hommes avec qui elle choisissait d’être lui procuraient une stimulation solide et une sécurité émotionnelle, peu importe leur compatibilité dans d’autres domaines. Elle voulait construire une famille à tout prix, puisque qu’elle n’en avait pas eu dans son enfance et qu’elle se sentait très seule. Au bout d’un moment, elle a découvert que même ces hommes pouvaient partir et le faisait inévitablement. Elle croyait au grand amour mais ne l’a trouvé qu’en recevant celui de ses fans. Elle leur a permis de devenir la famille qui lui manquait et les aimait entièrement. Moi, j’ai eu la chance d’avoir des enfants, mais j’ai souffert de mauvais choix de partenaires, et n’ai pas pu créer un environnement familial sain et stable. Plus ma carrière avance, plus j’avance, plus je découvre les sensations que l’amour des fans peut me procurer, et plus je ressens une affection profonde pour eux.

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Jean Harlow portait des pyjamas un poil plus sophistiqués

Au début, être comparée à elle m’inquiétait, mais ce n’était jamais un fardeau. La question est : est-ce que quelqu’un comprendra qui est Dottie Mayfield ? Est-ce que ça intéressera quelqu’un ? Peut-être qu’il ne veulent que cette babiole : vivre le fantasme de posséder un morceau d’icône ? Ensuite venait la peur. Comment moi, Dottie Mayfield, pourrais-je jamais me hausser au statut iconique de Marilyn ? Tout ça me semblait impossible. Il y en a tellement qui s’attendent encore à ce que je sois comme elle que j’ai peur qu’ils soient déçus quand ils verront qui je suis, et bien que je m’identifie à Marilyn Monroe et admire son courage, je ne suis pas une imitation, je suis celle que je suis, Dottie Mayfield.

Je n’ai jamais essayé de ressembler à Marilyn mais il se trouve que je suis incapable de lui échapper, même si je le voulais. Est-ce que c’est une bénédiction d’être comparée à une icône ? Peut-être. Mais en voyant nos deux vie se synchroniser comme ça, je suis capable de m’en détacher, avec l’aide des mots qui ont le plus influencé ma vie, des mots qui viennent de cette icône qui m’entoure tous les jours et d’une certaine manière vit peut-être encore à travers moi : « Crois toujours, toujours, toujours en toi-même, car si tu ne le fais pas, qui le fera, ma puce ? ».

En ce moment je souhaite produire des choses plus concrètes pour le plaisir de mes fans, comme des films ou peut-être bientôt de la musique. Je ne suis pas pressée d’être célèbre, j’apprécie beaucoup d’avoir mon intimité, et je tiens à prendre mon temps sur des projets qui sont artistiquement satisfaisants et conformes au projet que j’ai en tête.

Photo by Agnes Fohn

Photo by Agnes Fohn

Marilyn, d’août à décembre

Coucou toi. J’avais ces quelques cokes en stock et je sais pas pourquoi je les avais pas mis sur le blog, alors voilà je les mets – mes aventures Marilyn d’août à décembre 2014 – et toujours le périple continue sur mon tumblr Par hasard Marilyn – et ensuite on verra mais je pense ça vaut le coup si tu nous kiffes de pas te barrer trop loin d’ici.

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Ève, Joseph Mankiewicz, 1950

Premier indice de taille : sur la jaquette du DVD, Marilyn Monroe n’est pas du tout mise en avant, y’a ni sa photo ni son nom ni rien du tout elle serait pas dans le film que ça changerait rien. En comparaison, pour un rôle équivalent, sur la jaquette de Chérie je me sens rajeunir ou La joyeuse parade, y’a sa fiole en grand sur la boîte, son patronyme en capitales d’or. On sait donc, en entrant dans Ève, qu’on va pas se taper un mouvi qui a Marilyn pour seul et maigre argu. Après, je suis pas entièrement emballé par le film car son rythme est un peu flop, mais, au moins, les dialogues sont excellents, et le dévouement de Bette Davis, qui hésite pas à se montrer dans le dénuement le plus absolu, la gueule pommadée, l’orgueil à fleur de peau, est vraiment touchant. Il n’y a pas grand-chose à dire de Marilyn, qui fait le taf dans le temps qui lui est imparti. Bref : rien à signaler, le film est à la hauteur de sa réputation, Marilyn est en train de naître, les vaches sont bien gardées.

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Poupoupidou, Gérald Hustache-Mathieu, 2011

Y’a deux films dans ce un film, et faut dire qu’y en a un qui est bien meilleur que l’autre. D’un côté, il y a l’histoire de Martine Langevin aka Candice Lecoeur, une para-Marilyn from les bouseux, et ça c’est top, c’est finement mis en scène (la séquence où Martine découvre son pouvoir de meuf sexuelle à la péhem est exemplaire), et Sophie Quinton, sur qui sérieux j’aurais pas misé tu me l’aurais donné j’aurais fait ouais chais pas on va plutôt arrêter ce projet on y arrivera jamais, elle te gère tous les échelons du 0 au 17000 sans se fouler – elle est juste en Martine naïve qui sait pas encore qu’elle sera une star, juste en Candice en fin de course qui sent son empire s’étioler – j’étais pas convaincu, Sophie, mais tu m’as persuadé.

L’autre film, c’est un romancier, joué par un Jean-Paul Rouve assez crevé genre lendemain de barathon, qui enquête sur la mort bien cheloue de ladite Candice, et ça a tendance à être un peu fade – je soupçonne la tévé d’être responsable, dans la mesure où t’as plein de gags et situations qui sont niqués par un cadrage trop serré – quand c’est pas carrément naïf. La fin du film, franchement, ça rime à quoi ? Jean-Paul Rouve s’apprête à rentrer à Paris, et apparemment il a rangé toutes ses affaires dans les valises sous ses yeux (lessivé qu’il est, aussi peu éveillé qu’un modèle de Bresson), et il retrouve une lettre que Candice lui avait envoyé. Dedans elle dit : « oui voilà j’adore ce que vous faites biz biz au fait je vous aime ». T’es sûr, Hustache ? Dans l’absolu, ça sort pas de nulle part, on est d’accord, ça va au bout d’une certaine logique enclenchée dès le début du film. Mais fallait-il vraiment expliciter, en remettre une double couche à la fin ? Et aussi, t’as pas l’impression que c’est giga-narcissique comme chute ? Beh ouais, on a bien compris que Rouve (plus à plat que le lapin pas Duracell après le sprint) c’était ton double à l’écran. Il partage tes doutes d’auteur, il a écrit un roman qui s’appelle La Chatte andalouse, comme un de tes courts-métrages (je l’ai vu d’ailleurs j’étais en première L, c’était une journée un peu embarrassante mais j’avais bien aimé car il y avait des moulures de bites et de chattes bleues et Sophie Quinton qui au milieu de tous ces sexes fiers faisait semblant d’être timide), et il finit par écrire un roman sur Candice qui s’appelle Poupoupidou – c’est le titre du film !!! Donc, en gros, Hustache, tu crois que t’es l’homme parfait pour Marilyn ? Mais pour qui tu te prends ? C’EST MOI SON MEC À MOI, J’AI DES LUNETTES

En plus c’est con car si t’avais pas eu si envie de te mettre en scène dans les affres de la création, t’aurais pu faire un excellent film uniquement sur Martinelyn. Je suppose qu’Hustache a eu peur d’affronter la bête directement zieux dans les zieux en mode humilité. Pourtant, dans le genre démo de Narcisse cet enrobage à base de Rouve usé, ça mérite le Alain Delon 2010. Gérald Hustache-Mathieu, je te reconnais – déjà un nom hyper rigolo – avec un nom comme ça même pas t’as besoin de prénom – je te reconnais un réel sens du détail, qui parcoure tout le film, sans jamais que tu surlignes quoi que ce soit – notamment, y’a plein de références assez pointues à la vie et filmo de Marilyn que seuls les vrais capteront sans que les faux se sentent lésés, et pas que – entre autres, la fille de l’hôtel qui crushe sur Rouve élimé, c’est un bon p’tit running-gag d’arrière-plan qu’avance en scred et éclate à la fin de la plus drôle des façons. Aussi, mon petit Jean – tu permets que je t’appelle Jean, Hustache ? – je trouve très sympathique la manière dont tu équilibres la nudité féminine nécessaire par de la nudité masculine gratuite – tous ces braquemarts endormis pfouloulou. Je te reconnais tout ça, ok, mais ça veut pas dire que tu serais un meilleur boyfriend pour elle.

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Télérama hors-série n°178 : Marilyn, 2012

Il y avait une autre fois où je râlais et j’essayais de dire des trucs et l’autre jour j’ai trouvé sans chercher d’autres gens qui disaient ces trucs-là mieux que moi :

J’ai vu beaucoup de biopics en préparant Saint Laurent. C’est souvent la même formule : on écrit un film sur quelqu’un, parce qu’il est connu, parce qu’il est un mythe. Et à partir de là, le principe du film, c’est d’expliquer comment ce mythe s’est construit, quelle a été son enfance et tout ça. Pour arriver à la conclusion que : « Le mythe, finalement, il n’est pas si loin de nous ! ». Je déteste ça. Il faut quand même que le mythe reste dans le domaine du mythe. Je ne vois pas l’intérêt de le rendre accessible. Quand je prends Helmut Berger pour la fin du film, c’est une façon de rajouter encore du mythe au mythe. (So Film, Bertrand Bonello)
Ce que je souhaite d’un critique littéraire – et il ne me le donne qu’assez rarement – c’est qu’il me dise à propos d’un livre, mieux que je ne pourrais le faire moi-même, d’où vient que la lecture m’en dispense un plaisir qui ne se prête à aucune substitution. Vous ne me parlez que de ce qui ne lui est pas exclusif, et ce qu’il a d’exclusif est tout ce qui compte pour moi. Un livre qui m’a séduit est comme une femme qui me fait tomber sous le charme : au diable ses ancêtres, son lieu de naissance, son milieu, ses relations, son éducation, ses amies d’enfance ! Ce que j’attends seulement de votre entretien critique, c’est l’inflexion de voix juste qui me fera sentir que vous êtes amoureux, et amoureux de la même manière que moi : je n’ai besoin que de la confirmation et de l’orgueil que procure à l’amoureux l’amour parallèle et lucide d’un tiers bien disant. Et quant à l’ « apport » du livre à la littérature, à l’enrichissement qu’il est censé m’apporter, sachez que j’épouse même sans dot. (En lisant en écrivant, Julien Gracq)

Je sors ça ici parce que ce bel hors-série Télérama triomphe justement de ne pas jouer au jeu du « regardez comme elle est pareille que toi » mais au contraire de proposer un catalogue de petites amoureuses. Alors bon y’a un moment, après le milieu et avant le début de la fin, où on sent qu’ils sont grave à court, qu’ils grattent les fonds de tiroir à s’en faire saigner les ongles pour remplir leur centaine de pages mais, globalement, pour la raison que je viens de dire, ça tient la route, ça fait plaisir à lire, c’est pertinent, malin et fluide.

Il y a une non-amoureuse qui m’a saoulé par contre. Anne Le Ny – peut-être son nom la contraint automatiquement à aller vers la contradiction – se pointe en page 81 et se met à gueuler comme quoi Marilyn Monroe est une connasse car elle est trop rentrée dans le jeu du patriarcat, qu’elle a pas cherché à lutter contre ce que la norme masculine imposait : « j’ai le même sentiment en face d’elle qu’un Noir américain pourrait avoir devant un acteur noir des années 30 qui joue au bon nègre ». WOW. C’est un oiseau ? C’est un avion ? Non ! C’est un procès d’intention carrément déplacé. On peut maintenant être coupable de n’avoir pas été un héros. Et depuis quand ça fait partie du cahier des charges du comédien de devoir être à la pointe du progrès ? Et si – mettons on dit que ça en fait partie (et la marmotte elle met des bottes) – en quoi toi Anne Le Nouille tu fais plus le job que Marilyn ? Et si je me mettais à pas aimer tes films car t’es pas Simone de Beauvoir ? D’ailleurs, oups, double-standard, jamais t’aurais reproché à Cary Grant d’avoir été trop viril. Et après moi quand je regarde Charade je suis obligé de demander une heure de rab à ma psy car ça fait ressortir toutes mes peurs. Hier, l’ouvrier évidemment portugais qui fait quelques travaux dans mon nouvel appart m’a demandé : « C’est bien comme ça que vous le vouliez, ce nouveau mur ? ». J’ai répondu : « Tout d’abord bravo pour cet accord inopiné à l’imparfait deuxième personne du pluriel. Pour ce qui est du mur il est parfait. Mais je trouve que vous encouragez la dévalorisation du travail en secteur secondaire en réussissant ce job sous-payé, alors je pense que je vais le détruire. » Il m’a promis de ne plus jamais recommencer.

Marilyn dans toute sa beauté et sa réussite ne s’adresse pas aux vainqueurs mais aux fragiles, toujours. À ceux qui attendent que la vie commence, à la marge. Aux adolescents avides de la suite. Elle célèbre une revanche mélancolique. Avec, dans l’ombre, l’idée que l’on pourrait vouloir abandonner ce que l’on a voulu à ce point conquérir. (Céline Sciamma, dans le Hors-série)

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Le Prince et la Danseuse, Laurence Olivier, 1957

Si je m’attendais à ça ! Mon a priori, tout fondé sur les nombreuses anecdotes de tournage qui sont à force plus fameuses que le film lui-même, était ultra-négatif, genre infini négatif, mais genre tellement infini négatif que ça en fait le tour et ça revient dans l’infini positif par le haut. Mon a posteriori est eh mais ça va en fait. Avec deux petites notes – la première qui songe ça fout toujours un peu le vertige comme l’ambiance pourrave des tournages de Marilyn se ressent pas du tout dans les films, un empiriste pourrait dire que de ce fait l’ambiance pourrave n’a pas eu lieu ; la seconde qui gueule c’est vraiment de la merde My Week With Marilyn putain.

Le Prince et la Danseuse est pas trop mal écrit, pas trop mal filmé, pas trop mal joué. Laurence Olivier est pas follement inspiré, voire franchement paresseux par moments – « alors euh tu vas jouer une jeune femme sensuelle et pure et on va te mettre une robe blanche pendant tout le film ! non non c’est pas comme Sept ans de réflexion ! en quoi ? euuuh bin la robe sera euh plus près du corps ? » – mais le film ne fait jamais de mal, c’est comme mater une vieille comédie Disney, Princesse malgré elle ou je sais pas quoi. Une blondinette américaine, qui méconnaît les rulz aristocratiques et est systématiquement en retard, fout le dawa dans la petite vie bien réglée d’un aristocrate européen qui la méprise, jusqu’à ce qu’elle ait aspiré tout son pouvoir, toute sa virilité : c’est rigolo de voir à quel point le film raconte l’histoire de son tournage. Si Laurence Olivier l’avait eu un peu moins serré, il aurait pu dire « la Monroe veut m’apprendre l’Actor’s Studio ».

Dans ce film, Marilyn Monroe est très touchante par sa rigueur. Elsie Marina, la p’tite pépée qu’elle incarne, est encore une variation autour du stéréotype de la pin-up, corps de surfemme avec sexualité d’enfant, mais à nouveau elle parvient à lui donner une densité saisissante. Monroe travaille de près la psychologie d’un perso dont on attendait que des cambrures. Et ce n’est jamais lourd car il ne s’agit pas de se créer un background tragique pour donner l’illusion d’une profondeur, mais d’effacer la mécanique, de rendre crédible le passage d’un mouvement à un autre. Elsie Marina, comme ses jumelles, The Girl de Sept ans de réflexion et Lorelei Lee de Les Hommes préfèrent les blondes, bénéficie concrètement d’être jouée par Marilyn Monroe qui en fait, au lieu d’une petite esquisse sexy et rigolote de magazine, un personnage bien vivant. On comprend pourquoi Laurence Olivier a pu s’impatienter sur le plateau – pourquoi tant d’efforts, Mrs Monroe, quand on vous demande de rouler du cul ? – mais elle a eu raison de s’imposer car sans elle, sans son gros taf, le film aurait été bien moins bien que pas trop mal. Voilà, pour résumer, Le Prince et la Danseuse c’est pas trop mal, par ma barbe, ou alors j’ai rien compris au concept d’infini.

Marilyn, de février à juin

Ça fait un moment que sans partager j’emmagasine tout un tas de merdier sur la Miss – j’ai récemment dépassé la barre des 500 billets sur Par hasard Marilyn c’est pour te dire – et je suis navré mais quand on arrête pas de gonfler la baudruche y’a forcément un temps t où ça finit par péter.

Positif, Tome II, n°13, Mars-Avril 1955

Je suis tombé sur ce vieux numéro de cette sempiternelle revue ciné que je sais pas du tout qui la lit à part ceux qui l’écrivent. J’ai récupéré celui-ci dans une foire à bouquins car y’a un article sur – t’inquiète je perds pas le Nord – Marilyn Monroe.

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« MÉTAMORPHOSE DE L’AMÉRIQUE, DE MARX À MONROË » – on se calme coco, le Marx dont le journaliste parle, c’est Groucho. L’article consiste à retracer le déploiement de Marilyn Monroe, de ses premiers pas de pin-up aux affirmations récentes de ses ambitions ; ça commence par un peu de bio, puis ensuite ça se dégoupille en trois mouvements 1) Marilyn Monroe auteure (best-of des réparties irl de la belle), 2) Marilyn Monroe muse (florilège d’exaltations marilynesques, critiques et publiques), 3) Marilyn Monroe master of her fate (à la recherche du rôle de sa vie). Ce qui m’a le plus interpellé dans cet article finalement assez banal, c’est que dans toute la première page, « Monroe » est orthographié « Monroë ». Et puis après plus rien. J’ai posé quelques pièges à académicien de ci de là mais pour l’instant ils sont passés à travers les mailles. Dès que j’en saurai plus, t’en sauras plus.

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À part ça, je ne résiste pas à l’envie de détailler – pour ton bon plaisir de petit curieux – quel était, à côté de l’éloge de Marilyn, le vrai enjeu de ce vieux numéro de Positif. Tambour… « Bilan critique d’un an de cinéma ». Woh !

« Il faudrait une bonne volonté certaine pour tenir 1954 pour une grande année de cinéma français. »
« D’Angleterre sont venus cette année encore des films soignés et un peu ternes, aucun chef-d’œuvre, aucun film déshonorant. »
« Le cinéma italien est et reste le premier d’Europe. »
« L’on continue à nous priver de tous les films allemands dignes de quelque intérêt, qu’ils soient de l’Est ou de l’Ouest »
« Quelques films soviétiques ont franchi le rideau de la censure. Ce sont naturellement des œuvres anodines »
« Dans la masse de productions [américaines] qui nous sont montrées pêle-mêle, il est évidemment assez difficile de se repérer. On peut s’attendre à un bon film presque accidentel de la part d’un réalisateur américain de second plan, tout aussi bien qu’à un détestable navet signé d’un grand maître. »

En 1954, les ritals menaient la danse, mon gars ! Le plus rigolo, c’est ce constat final, qu’on pourrait lire quasi-tel quel dans une revue ciné d’aujourd’hui 2014 :

Car un peu partout à travers le monde, force reste aux superproductions. A une certaine baisse de fréquentation des salles ces dernières années (où la Télévision n’a pas joué le rôle unique qu’on lui attribue trop vite), les producteurs ont réagi par la recherche du sensationnel, du colossal. Avec les nouveaux procédés de « grands écrans », les foules de figurants et les décors énormes ont envahi les plateaux pour de pseudo-reconstitutions historiques. Les capitaux se sont concentrés au prrofit de cinéastes « sûrs ». Le premier film français dont le devis dépasse le milliard va être entrepris par Sacha Guitry.
Pour diminuer les risques énormes, les producteurs s’en tiennent aux sujets et aux genres qu’ils considèrent comme ayant fait leurs preuves. Aussi les adaptations de pièces à succès, de best-sellers et de romans classiques, les remakes de films anciens se multiplient-ils. Quel que soit le soin technique apporté à de semblables entreprises, une telle méthode laisse bien peu de chances pour des films de signification ou de forme nouvelles.

La Joyeuse parade, Walter Lang, 1954

Pas aussi mauvais qu’on le dit, pas aussi mauvais que Marilyn elle-même l’a dit – « Un rôle idiot dans un film idiot ». Bon, c’est vrai qu’elle a pas franchement l’occasion de briller dans ce film, elle se coltine un second rôle pas bien passionnant. Mais le film, sa sous-exploitation de Marilyn mise à part, est pas mal. Son seul gros défaut, c’est sa direction artistique gerbante. Je sais que ça rentre dans une logique de générosité, qui va de pair avec le Cinemascope (bien mieux utilisé je te rassure que dans Comment épouser un millionnaire), mais quand on se retrouve avec des numéros tels que Heat Wave où ça dégueule de mauvais goût à tous les coins, que les costumes et le décor sont tellement surchargés en zébulons et autres machins choses qui pendouillent que ça pourrit tout le visuel… on regrette à mort le parti-pris minimaliste de Cukor sur Le Milliardaire.

Sur le reste, pas de souci : les dialogues sont vifs, les enjeux scénaristiques sont intéressants (je n’arrive pas à me souvenir d’un autre film qui traiterait par exemple de la situation « enfant du music-hall qui veut devenir prêtre » – montrer que le showbiz peut être aussi perçu comme un dogme étouffant dont on pourrait vouloir s’échapper, dans un film censé être à sa gloire absolue, c’est intéressant), et surtout le cast sert très bien le propos. Le film oppose aux self-made gens un peu prédateurs les vieux de la vieille qui sont dans le showbiz par tradition familiale music-hall, et les acteurs correspondent aux profils de leur perso. Donald O’Connor joue l’aîné de la famille Dohanue, Marilyn incarne Vicky, starlette qui joue des coudes pour se faire une place parmi les piliers. C’est d’autant mieux pensé que les deux ont des façons de jouer vraiment ancrés dans les codes de là où ils viennent – O’Connor par exemple est toujours prêt à sortir un bon gag bien huilé tout droit sorti de ses routines vaudevilles. Encore mieux : le fiston qui veut devenir prêtre, Steve Donahue, il est joué par Johnnie Ray, qui a pas l’air du tout à l’aise dans les numéros musicaux ; ça rend la décision du perso carrément naturelle. Osé ! La Joyeuse parade, une comédie musicale qui vaut pas vraiment le détour, mais qui mérite qu’on s’y attarde si on tombe dessus par hasard.

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Il était une fois Hollywood, Juliette Michaud, 2013

Bel objet. On craint pendant quelques pages le guet-apens, car Michaud en fait un peu trop sur Hazanavicius – perso je vois pas trop en quoi avoir réalisé un remake moyen de Chantons sous la pluie ça confère à ce mec-là une légitimité en tant que spécialiste de Hollywood mais bon, ça passe vite. On entre ensuite dans le cœur du sujet, le contenu est basique, mais Michaud vise le tout public, alors on peut pas lui en vouloir. Ça fonctionne pas mal, d’autant plus que c’est fait bien plus rigoureusement que beaucoup de livres du même acabit avec pourtant des prétentions plus hautes (toutes les citations sont référencées précisément, et tous les titres sont donnés à la fois en VO et en VF). À feuilleter dans ta bibliothèque favorite, ou à recevoir à Noël quand ta famille sait que t’aimes le ciné classique américain mais n’est pas assez sophistiquée pour taper dans du pointu acéré.

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Chérie, je me sens rajeunir, Howard Hawks, 1952

Marilyn Monroe est parfaite en secrétaire sexy teubé, mais elle doit avoir à peu près deux minutes d’antenne… La mise en scène est pataude – paye ton record du nombre de raccords dans l’axe ratés, Howard ! – et le scénar est rigolo mais frustrant – la folie généralisée qu’on attend à partir du moment où le singe fout la potion dans le distributeur d’eau vient beaucoup trop tard et cette vision de l’enfance frénétique et destructrice, potentiellement très fructueuse en terme de comédie, reste jusqu’au bout sous-exploitée. Le réel intérêt du film se situe du coup dans le numéro de Ginger Rogers et surtout celui de Cary Grant, qu’on avait jamais vu dans cet état-là, lui le flegmatique, lui l’imperturbable.

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La Fin du film, Arthur Miller, 2004

Petite MAJ dans ma rubrique Marilyn Monroe : c’est décidé, après réflexion, Les Désaxés est un grand et beau film. Je dis ça car l’autre fois j’hésitais. Je dis ça aussi car ça concerne à fond la pièce dont à propos de laquelle je vais te parler, La fin du film, que c’est les derniers jours du tournage des Désaxés avec un mini-filtre de rien du tout genre la star dépressive et droguée incapable de sortir de son lit s’appelle Kitty au lieu de Marilyn, de la pacotille pour lecteurs myopes. Mais qu’est-ce qui lui prend à Tutur de ressortir ces vieilles histoires du carton quarante ans après ? Besoin d’attention, de simflouz ? Pas particulièrement ! La Fin du film est une œuvre tout à fait valable, qui prolonge parfaitement le travail entrepris dans Les Désaxés.

J’en retiendrais deux choses. En premier lieu, la réflexion autour de Marilyn est extrêmement maline. Miller, alors même qu’il a mis sa kikoute dedans, ne prétend pas avoir la clef des mystères de la dame. C’est tout à son honneur, d’autant plus que cette humilité, tous les biographes que j’ai eu l’occasion de lire jusqu’alors ne l’ont pas. Marilyn est le personnage principal de cette pièce – l’enjeu c’est qu’on est sur un gros tournage, au moment où on a pris tellement de retard à cause d’elle que la prod envisage de tout arrêter et envoie un type sur le terrain pour voir si ça vaut encore la peine d’essayer – mais elle n’a qu’une seule répliquounette, un tout petit « Oui ? ». Quand Kitty parle, sa voix est indistincte pour le spectateur. En revanche, on entend très distinctement la dizaine d’autres personnages essayer de la comprendre, et malgré toute leur bonne volonté, finir par s’approprier ses problématiques pour bougonner sur des soucis persos, ou ne s’en servir finalement que comme un prétexte pour livrer leur vision du monde et de l’art. C’est d’une justesse terrible. La voix de Marilyn aujourd’hui n’existe plus : on a ses films mais elle n’y dit que les mots des autres ; on a ses interviews mais la plupart sont mauvaises (« Vous avez perdu du poids non ? Combien ? Comment ? ») ; on a ses fragments mais la plupart sont insignifiants. On n’a plus que la voix de ceux qui essaient de comprendre. Il y a ceux qui pensent que Kitty est une manipulatrice, ceux qui pensent qu’elle est une paumée, il y a ceux qui pensent que son talent est inné et animal, ceux qui pensent que c’est le fruit d’un travail de longue haleine pour échapper à sa nature… Et Arthur Miller ne donne tort à personne, ne donne raison à personne.

C’est la faute à l’Europe, mon cher. Ils nous font chier avec ça depuis des années. On faisait des films que le monde entier nous enviait, et comme ils ne pouvaient pas en faire autant, ils se sont mis à parler d’art. Les Allemands m’ont envoyé des thèses longues comme ça sur mon boulot de cameraman et sur ma philosophie du tournage. Et j’y ai jamais rien compris. Une fois, j’ai été invité à faire une conférence en Suède, et ils m’ont demandé combien de temps j’allais parler. Cinq minutes, je leur ai dit. Ils en revenaient pas. Qu’est-ce qu’on peut raconter aux gens quand on est cameraman ? Hein ? Pour le visage, on approche la caméra, et pour le cul, on la place plus bas ! Quoi d’autre ?

En second lieu, c’est très beau, Miller arrive à tirer une conclusion optimiste de cette expérience tragique, de ce tournage dominé par la pulsion de mort qui a dû être le pire moment de la vie de tous ceux qui y ont participé. « Le feu fait ouvrir les graines ». C’est la phrase qui ferme la pièce (elle fait écho à une intrigue d’arrière-plan qui la traverse, une histoire de feu de forêt gigantesque) et encore une fois c’est tip top malin : le tournage des Désaxés a été un enfer ; ce qu’il en reste, concrètement, c’est un film brillant, qui a inspiré des milliers d’artistes, fait du bien à des milliards de gens. C’est peut-être là que les quarante années de recul ont été bénéfiques à l’écriture. Il a dû falloir du temps à Miller pour digérer tout ça, et préserver l’espoir contre le fatalisme facile.

La grande Sarah Bernhardt connaissait vingt-cinq poses qu’elle sortait toutes prêtes de ses poches comme on claque des doigts, et quel que soit le rôle qu’elle devait interpréter. Vous voulez de la colère ? Voilà de la colère. (Il prend une pose pour chaque sentiment.) De la pitié ? Du danger ? De l’amour ? De l’admiration ? Du mépris ? De la terreur ? J’appelle ça de la technologie, du jeu à la va comme je te pousse. Sarah Bernhardt a été la plus grande experte de cette façon de faire. Elle était l’IBM du jeu d’acteur. Elle a même réussi à tromper Bernard Shaw. Alors que notre Italienne… elle n’était pas belle, un mètre soixante tout au plus, peut-être soixante-cinq, elle ne se maquillait pratiquement pas et refusait tous les apparats. Ce que je veux dire, c’est que quand Sarah Bernhardt entrait en scène, c’était Moby Dick et la City Bank de New York, on ne l’imaginait pas sans une longue robe en satin, une tonne de maquillage et tout le tralala… La Duse, elle, entrait en scène comme par hasard, comme si elle venait de pousser une porte donnant directement sur la rue. Et elle savait comment s’y prendre avec les silences. La Bernhardt dominait la scène, mais la Duse l’aimait, tout simplement. Pas la peine de t’expliquer ce que je veux dire, chérie : pour interpréter un rôle, la Duse devait avant tout être amoureuse de quelqu’un ou de quelque chose : son enfant, sa chambre, un homme, son rôle, la ville, le pays, un édredon – la vie, quoi !

Marilyn Monroe, Philippe Peseux, 2004

Objet peu commun, c’est un coffret CD BD que voilà. La démarche est de réhabiliter Marilyn Monroe chanteuse, ce qui est une bonne démarche, quoiqu’un peu inutile, dans la mesure où j’ai jamais entendu personne, à part dans le Hollywood des early 50s, dire que Marilyn chantait pis qu’une passoire – c’est bien de mettre en avant cet aspect de la bête car le fait est que quand elle se met à chanter dans les films et les annivs c’est généralement les meilleurs moments, la crème de la cerise. Ainsi t’as deux CD avec l’intégralité des chansons de Marilyn (et quand ils disent intégralité c’est pas de la poudre, ils ont jusqu’à la délicatesse de caler son passage au Jack Benny Show ou les séquences de piano dans Sept ans de réflexion), par ordre chronologique, et ça y’a pas de souci, ça fait du bien par où ça passe. Par contre l’intérêt de la BD qu’accompagne, je le discute encore. Monsieur Peseux s’amuse à imaginer que Marilyn va collaborer une troisième fois avec Billy Wilder, point de départ plutôt rigolo, mais concrètement prétexte à un jeu de références ni subtil ni drôle et à des dessins en forme de grasses gribouilles baveuses qui n’ont pas sis à mon œil faible. Cela dit, les planches publiées sur le site de M. Peseux sont assez belles dans leur fausse imprécision, alors c’est peut-être juste un souci d’impression raté papier gras encre salive.

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En réécoutant That Old Black Magic, extrait d’Arrêt d’autobus, numéro dans lequel Marilyn en fait exprès d’être nulle, Lune s’est exclamé avec son acuité toute sélénite : « On dirait du Björk ! » Je te laisse sur cette réflexion, petit lecteur, aimé lecteur, on en reparle la prochaine fois, une Marilyn Monroe qui chante mal = une Björk qui chante bien.

Interview de Juliette Barry, réalisatrice-actrice de Manège Hollywood

J’ouvre l’autre jour ma boîte mail et, parmi les mails de personne, j’en vois un qui se nomme MANÈGE HOLLYWOOD avec des petits trucs comme des smileys tout autour. J’ai cliqué, et c’est comme ça que j’ai fait la connaissance de Juliette Barry, réalisatrice et actrice qui non seulement aime Marilyn Monroe mais qui en plus le dit dans ses films.

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Photo by Lucie Legros

Gibet : Dans ton CV, c’est marqué que tu as travaillé au théâtre avec un certain Nicolas Barry – tiens donc ! Tu es issue d’une famille d’artistes ?

Juliette : Marrant que tu relèves ça. Nicolas Barry c’est effectivement mon petit frère. Il est metteur en scène / comédien (il joue mon frère dans Bite en bois). Mais non, nous sommes deux électrons dans une famille d’ouvriers pour les grands-parents, puis médecins pour mes parents, et aucun cousin ni oncle ni quoi que ce soit avec du sang commun qui soit artiste chez nous. Je ne sais pas d’où ça nous vient. Mais ça n’est pas évident d’être seul, du coup on a perdu tous les deux beaucoup de temps…

Gibet : Le fait que dans presque tous tes films tu t’intéresses à des prolos, c’est un geste politique ou c’est purement esthétique ?

Juliette : Je ne sais pas. Je m’inspire des gens que je croise dans ma vie et certains me touchent plus que d’autres… Parfois je fais des choix un peu politiques, parfois esthétiques, je n’ai pas vraiment de méthode. Le principale c’est de parler de tout sans tabous et de dédramatiser toutes les situations et les relations humaines.

Gibet : Tu fais beaucoup de films dans le cadre de concours – une fois la Macif, une fois le CROUS, trois fois Dick Laurent… – tu cherches la contrainte ?

Juliette : Non. Par contre j’aime bien en avoir, ça permet d’avancer plus vite. Comme en archi avant de faire un projet, le client vous donne d’abord les contraintes, ses envies, et après on y va. De toute façon, quand tu fais un film, il y a toujours des contraintes, même hors des concours. Je fais les concours parce que ça permet de produire des choses et de rencontrer des gens.

Gibet : En général tu arrives avec une idée que tu essaies de faire entrer dans les contraintes ou tu pars des contraintes pour construire ton film ?

Juliette : Les deux. Parfois j’ai écrit un dialogue que j’aime bien et j’essaie de le mettre dans un film. Mais je n’ai jamais eu un film entier que j’essaie de faire rentrer dans des contraintes.

Gibet : Tu es frustrée quand tu joues dans les films des autres, par exemple de n’avoir que ça à faire ?

Juliette : Bien au contraire quel plaisir de jouer pour les autres. Dans l’idéal j’aimerais ne jouer que pour les autres et réaliser sans moi dedans.

Gibet : Ça veut dire que tu joues dans tes films par défaut ? Pourquoi ?

Juliette : Parce que pour l’instant on ne me propose pas assez de rôles pour que je demande à d’autres comédiennes de jouer à ma place. En d’autres mots je ne travaille pas encore assez pour ne pas me payer le luxe de me pistonner dans mes propres films.Ce n’est pas vraiment par défaut puisqu’en général j’aime mes personnages. Par contre ça met plus de stress sur un tournage.

Gibet : Est-ce qu’il existe une version longue de Bite en bois ? Je trouve le film rigolo sous sa forme actuelle, mais j’ai l’impression qu’il y avait matière à faire plus long, genre un beau road-movie avec le frère et la sœur qui prennent la route pour aller voter, et toute la galerie de personnages.

Juliette : Le scénario est effectivement beaucoup plus long (15 minutes) mais il n’a jamais été réalisé. Au départ l’idée c’était de filmer le dîner en famille le midi d’une élection présidentielle quand les enfants ne sont pas allés au bureau de vote.

Gibet : Pourquoi tu n’as pas réalisé le film entier ?

Juliette : Pour des questions de budget… Chercher de l’argent c’est long et ça n’en ramène pas donc à côté en général je bosse pour gagner ma vie et certains projets restent inachevés. Mais pas pour toujours non plus.

Gibet : Parlons un peu de Marilyn Monroe. D’où te vient ton intérêt pour elle ?

Juliette : La photo de Marilyn en tutu était dans la chambre de la grande sœur d’une amie en primaire. Je ne savais pas qui était dessus, mais je faisais de la danse classique à l’époque et j’étais fan du tutu de cette fille dont je ne savais rien. Vers 15/16 ans, je me suis acheté cette photo et je l’ai fait encadrer, puis j’ai commencé à m’intéresser à Marilyn Monroe en lisant sa biographie sur la plage – La Véritable Marilyn Monroe par Bertrand Meyer-Stabley.

Gibet : Dans quelle mesure tu t’intéresses à elle ? Je sais pas, par exemple tu collectionnes ? Tu vois et revois ses films fréquemment ?

Juliette : Elle me touche, et l’époque où elle vivait me touche aussi. Je ne collectionne pas du tout, avant les gens m’offraient toujours un truc Marilyn Monroe mais je n’ai pas gardé grand-chose. Je pense que j’étais jalouse d’elle, pas physiquement, pas intellectuellement, pas de sa carrière ni de sa vie, mais jalouse de ce que je lisais d’elle, ce que les gens disaient d’elle. Elle me touche physiquement j’aime son corps et sa démarche.

Gibet : Dans ta note d’intention pour Manège Hollywood, le projet que tu cherches actuellement à financer sur Touscoprod, tu parles de ta fascination pour la fameuse photo de Milton Greene, et c’est amusant car quand on regarde tous tes films, cette photo c’est une sorte de motif. Dans Toutes des salopes… surtout ma mère, on voit la photo en arrière-plan dans la chambre de la fille et dans Le syndrome Marilyn sans détour tu fais une reconstitution cauchemardesque de la séance photo. Qu’est-ce qui te parle dans cette photo plutôt qu’une autre ?

Juliette : Je l’ai dit au-dessus : le tutu. Dans Le syndrome Marilyn, c’est une histoire vraie, il était trop petit pour elle le jour de la séance photo. Ce rapport au corps de la femme qui ne rentre pas dans un tutu me touche particulièrement.

Gibet : Qu’est-ce que ça incarne pour toi ? La difficulté de répondre au devoir de féminité ?

Juliette : Entre autres. Aussi une sorte de démystification de l’icône qui redevient normale quand on connaît l’envers du décor… Mais cette démystification des gens arrive aussi dans la vie courante.

Gibet : Moi aussi ma fascination pour Marilyn est partie d’une photo, et je pense que c’est significatif car nous autres français nous avons principalement accès à elle par le biais de ce que font les Don Draper de son image – ses films ne sont pas montrés. Tu trouves pas ça triste ?

Juliette : J’aime beaucoup les films de Marilyn mais ils commencent à vieillir, c’est difficile de sensibiliser les nouvelles générations aux anciens films, il sort déjà rien qu’en France plus de 200 films par an…

Gibet : C’est vrai que c’est un cinéma qui peut être très codifié, et c’est dur de montrer ça sans s’excuser un peu – je vais vous montrer Sept ans de réflexion, faites pas gaffe si le type parle tout seul 50% du temps… C’est quoi ton film favori de Marilyn ?

Juliette : Je pense que c’est Sept ans de réflexion, justement. Mais je ne les ai pas tous vus. Dedans je la trouve très très drôle et assez subtile, malgré des situations un peu clichés.

Gibet : Et en général, tu aimes quel cinéma ?

Juliette : J’aime rire au cinéma, j’aime beaucoup les dialogues et l’humour des films anglais – Cashback est à ce jour un de mes films préférés. J’aime l’humour noir et les dialogues cinglants du type Blier. J’accorde une véritable importance aux dialogues. J’adore le cinéma de Nadine Labaki et des actrices dont elle s’entoure, Lubna Azabal, Morjana Alaoui – et la réalisatrice Cherien Dabis et ses comédiennes Alia Shawkat, Nadine Malouf. J’aime aussi beaucoup les nouveaux réalisateurs français : Antonin Peretjatko, Justine Triet… Enfin, j’adore les blockbusters indiens : New York, Bol Bachchan, Housefull, Ek Tha Tiger… C’est un peu mon péché mignon.

Gibet : Revenons à nos moutons blonds. Dans Toutes des salopes… y’a un désaccord culturel entre la mère et la fille – qui prend des proportions telles que la fille finit par tuer Claude François. Ça part d’une situation vécue ? Tu as dû t’opposer à la culture pop française pour affirmer ton goût pour Hollywood ?

Juliette : Non. Enfin je ne pense pas. J’ai été fan de Claude François petite, encore une fois lié à la danse et au costume des Claudettes qui me faisait rêver…

Gibet : D’ailleurs ton goût pour Hollywood s’étend au-delà de Marilyn Monroe ?

Juliette : Il m’attire et me révulse à la fois. Les américains me font rire. Par exemple, le dernier film de Sofia Coppola The Bling Ring ou encore Map to the stars de David Cronenberg me fascine parce qu’ils racontent l’écart avec nos vies. À l’époque de Marilyn Monroe, des Marx Brothers ou de Charlie Chaplin, les studios, les files d’attente pour les castings… tout ça est un vrai fantasme pour moi. J’adore lire ces histoires qui décrivent le Hollywood de cette époque.

Gibet : Quand tu as conçu Le syndrome Marilyn, tu t’es immédiatement dit que tu jouerais Marilyn ? T’as pas eu peur ?

Juliette : J’ai toujours un peu « honte » de jouer dans mes films. Je n’ose jamais trop le dire quand je suis en préparation et que les gens me disent « et qui joue machin ? ». Par contre jouer Marilyn Monroe ou juste une fille quelconque, je ne vois pas la différence. Je n’ai pas plus de pression, jouer dans mon propre film c’est la seule pression que je me mets.

Gibet : J’ai déjà essayé de faire des trucs avec Marilyn dedans, et à chaque fois je suis bloqué quand il s’agit de la faire parler ou agir, je me dis : « Mais pour qui je me prends ? Quelle légitimité j’ai à écrire que dans telle ou telle situation Marilyn aurait dit ci plutôt que ça ? »

Juliette : Elle ne parle pas Marilyn dans mon film justement.

Gibet : Dans Toutes des salopes… la fille naît le jour de la mort de Marilyn. Dans Manège Hollywood, la fille s’appelle Marilyne car sa mère est née le jour de la mort de Marilyn. Tu as conçu le second comme une suite du premier ?

Juliette : Ça fait trois ans que j’essaie de produire Manège Hollywood. Et du coup entre temps j’ai fait d’autres choses, mais toujours nourries de ce projet final.

Gibet : Manège Hollywood est de loin ton projet le plus ambitieux. Ça faisait un moment que tu l’avais sous le coude ?

Juliette : Trois ans de galère ! Diplôme d’archi en poche et une super idée de film dans la tête, je retourne vivre chez ma mère pour écrire. En six mois j’ai écrit un long-métrage : La dernière blonde. Dans la version originale, il y avait des parallèles entre la vie de Marilyne Mamhed, l’héroïne, et celle de Marilyn Monroe. Je n’ai jamais réussi à trouver de producteur. J’ai perdu beaucoup de temps à faire des dossiers de bourses, à démarcher des prods… J’ai présenté mon projet à la région NPDC qui le trouvait très intéressant mais pas assez abouti et moi trop débutante en tant que réalisatrice. Du coup après des semaines de réécriture par ci par là, entre mon taf de comédienne, d’architecte (je ne bosse plus en tant qu’archi depuis un an), de serveuse. Mon long-métrage est devenu un court de 25 minutes : Manège Hollywood.Me voilà dans la dernière ligne droite.

bek

Marilyn Monroe, la cicatrice, Claude Delay, 2013

Madame Delay,

Je comprends ce besoin que vous avez d’écrire des livres car, je le concède, c’est beaucoup plus marrant que d’organiser des garden parties. D’ailleurs, qu’iriez-vous foutre à organiser des garden parties quand il est évident que vous n’avez pas d’ami ? Gilaine Depis, votre potesse attachée de presse, même si ça ressemble à balle à un service rendu tout ce qu’elle fait pour votre promo, faut pas s’y méprendre : c’est pas dans votre intérêt qu’un paquet de feuillasses aussi limite, signé explicitement de votre main, soit si largement diffusé. Vos petits copains qui égrènent, pour louer la bête, les formules rondelettes en mode Mad Men touretteux – ô on ne sort pas intact de cette lecture ô non – ils le font avec si peu d’ardeur qu’on a du mal à savoir s’ils avaient les yeux ouverts lorsqu’ils l’ont lue. Quant à votre complice principal, Monsieur Fayard, n’a-t-il pas agi comme votre pire ennemi en publiant directos sans relecture votre premier jet ?

Je vous offre donc, Madame, mon amitié la plus pure.

Cordialement,

Gibet.

tiers

On a toujours besoin d’un plus middle-class que soi

Le 07/11/2013, Lune me dit : « Y’a un nouveau bouquin sur Marilyn qu’est dans toutes les librairies. Ça a l’air nul. » Moi : « Ah bon, c’est quoi ? » Lune : « Euh, ça s’appelle La cicatrice. » Moi : « Haha ! Je suis sûr en couv y’a une photo de Stern où on voit la cicatrice de Marilyn sur son ventre, et en 4ème de la bullshit psychanalytique. »

Voici la couverture :

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Voici la quatrième de couverture :

On croyait tout savoir du destin tragique de la petite Norma Jeane, née illégitime le 1er juin 1926 dans la « Cité des Anges », fille non désirée d’une Gladys déchue dont on la sépare dès la naissance. Et pourtant…
Norma à l’orphelinat et Gladys à l’asile : voilà le programme d’une vie. Voilà le cœur de ce livre. Cette béance inaugurale, cette blessure fondatrice, Marilyn Monroe s’épuisera en vain à les combler. Scène primitive d’une enfance jamais exorcisée qu’elle ne cessera de rejouer au long de sa trop courte existence.
Elle appellera ses trois maris « Papa », comme du reste tous les hommes de sa vie –à l’exception de son dernier amant, son « Prez », John Fitzgerald Kennedy. Ses maîtres à penser ? Rilke et Lee Strasberg. Ses maîtres à jouer ? John Huston, Billy Wilder, Mankiewicz, Cukor, Logan, Nunnally Johnson. Ses maîtres à mourir ? La petite fille de trente-six ans emporte avec elle son énigme.
Claude Delay s’attache ici à élucider, pas à pas, la généalogie des chocs affectifs de Marilyn, tel un sismographe qui enregistre les lignes de faille d’un terrain que n’auront cessé de menacer, dès le premier jour, les « tremblement de père et tremblement de mère » dévastateurs.

Bingo ! Hélas, contrairement au cas des moines habillés en lanternes, le contenu est ici en adéquation avec la devanture : présomptueux, pédant, de mauvais goût. Eh ouais, fat tatanne dans ta tronche, pop sagesse : on peut juger un livre à sa couv.

Tout ceci ne serait pas tip top grave – après tout, on la droit d’être con et laid, je me suis jusqu’alors pas particulièrement fait arrêter – si le machin cumulait pas en surplus toutes les marques de l’objet Marilyn conçu pour faire du flouze facile :

1) on joue sur la Marilyn sexy – même s’ils ont choisi une ratée bien laideronne, la nudité de Monroe est bel et bien là pour accrocher l’oeil, surtout avec ses roses roses immondes qui renvoient gentiment à un imaginaire girly suave soft porn où les bitches ont des règles douloureuses ;

2) on promet du scoop, « On croyait tout savoir… Et pourtant… » – comme d’hab cette promesse débouchera (sorry je te spoile dès l’entrée) sur que dalle, Delay n’apportant rien de nouveau en terme de fait ou d’analyse ;

3) on sort le bouquin à une occaz particulièrement opportune, en l’occurrence les fêtes de fin d’année – cinéphiles de France, vous laissez pas faire, si on vous a foutu ce truc entre les mains à Noël, écrivez-moi, y’a moyen de se faire pas mal de thunes avec un procès groupé.

Je sais pas toi mais ce film m'a fait prendre tragiquement conscience de mon corps : y'a Julia Roberts qui dit vazy si t'as des gros eins le cosmos va te bouffer dans la main - moi je dis sérieux je vais à la station ESSO je réclame trois centimes de bonbecs gratos pour le bon prétexte que j'ai des gros eins - je marchais j'étais l'orgueil j'étais l'ambition j'étais le lion guedin dans les rues de l'existence - j'arrive à la station je dis eh grognasse tu me files trois centimes de – j'avais pas de eins en fait. Je suis rien, je suis un mec avec des couilles qui servent à rien.

Je sais pas toi mais ce film m’a fait prendre tragiquement conscience de mon corps : y’a Julia Roberts qui dit vazy si t’as des gros eins le cosmos va te bouffer dans la main – moi je dis sérieux je vais à la station ESSO je réclame trois centimes de bonbecs gratos pour le bon prétexte que j’ai des gros eins – je marchais j’étais l’orgueil j’étais l’ambition j’étais le lion guedin dans les rues de l’existence – j’arrive à la station je dis eh grognasse tu me files trois centimes de – j’avais pas de eins en fait. Je suis rien, je suis un mec avec des couilles qui servent à rien.

À ce stade de la toise, la question lancinante n’arrive plus à se taire : mais qui est cette foutue Claude Delay ? Hypothèse 1 : pour s’appeler Claude, il faut que ce soit une vieille. Hypothèse 2 : pour faire un projet pareil, il faut que ce soit une vieille psychanalyste. Les deux hypothèses se confirment en un saut sur la page Wiki – mais ce n’est pas tout. On y apprend d’abord à la respecter puisqu’apparemment elle a obtenu, pour un de ses romans, le prix littéraire Trente Millions d’amis.

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On y apprend en outre que Madame Delay est, à l’instar de Stéphanie des Horts, une spécialiste de la biographie meurtrie pour lectorat ridé, dans la mesure où elle a à son actif pas moins de quatre ou cinq autres textes à tendance hagiographique. Là où ça devient un peu craignos, c’est qu’on se rend compte très rapidement que tout ça entre dans une pratique mondaine et courtisane a priori assez malsaine : Claude Delay écrit sur sa caste et pour sa caste. Dans les 70s, Madame pond Roger la grenouille sur Roger Spinhirny, le boss d’un des restos les plus fameux de la ville ampoule et c’est vendu comme un « portrait-souvenir », sous-entendu un volume qui scande à chaque page « qu’est-ce qu’il était sympa olala, qu’est-ce qu’on était copains ouloulou ». Dans les 70s encore, Madame conçoit Chanel solitaire, biographie sur tu-sais-qui, parce que Madame était très copine avec Coco. Le ton à nouveau se borne à des « qu’est-ce qu’elle était bien brave pfiou ». En 1998, Madame laisse imprimer ses bavardages avec le peintre Zao Wou-Ki (encore un pote). En 2007, Madame signe Giacometti, Alberto et Diego, L’histoire cachée,parce que Madame était – ça s’arrête jamais – très copine avec Diego (savoureux extrait de la page Wiki de Madame : « À l’occasion du mariage de Raoul Tubiana et de Claude Delay, en 1972, Diego leur offrit « un couple en bronze se tenant par la main ». De son côté, Raoul Tubiana possédait une main sculptée par Alberto ; Diego sculpta alors une main de Claude Delay. « C’est ainsi que nous avons des mains en bronze des deux frères », indique Raoul Tubiana. »). Là tu vas me dire : ok mais comment tu fais rentrer le bouquin sur Marilyn dans cette liste ? Pendant 300 pages, j’ai cru que c’était peine perdue, que j’allais devoir me tortiller la mauvaise foi pour relier le tout. Et là je tombe sur la Postface de Madame :

Je tiens à remercier mon ami Jacques Polge, le créateur des parfums Chanel, de m’avoir adressé l’original d’un poème de René Char, dont il était l’intime (…)

Vlam. Dans le genre petit copinage aristocratique, ça y va sec et fort. Est-ce qu’on doit voir un lien entre la relance marketing Chanel n°5 fin 2013 carrément axée Marilyn – style on retourne aux vieilles recettes après le bide de la campagne Brad Pitt poilu – et la publication de ce bouquin au même moment ?

Ah au fait : Madame a reçu trois prix de l’Académie française.

Ah au fait : son père et sa sœur font partie de l’Académie française.

Quand je vois des trucs comme ça, cher lecteur, je suis plus sûr que les franc maçons ce soye que dans la tête de Dan Brown.

Quand je vois des trucs comme ça, cher lecteur, je suis plus sûr que les franc maçons ce soye que dans la tête de Dan Brown.

C’est mimi de s’écrire des gros pavés d’amour pour entretenir le lien social, Claude ; chez nous les pauvres on fait un peu pareil, on prend des vieilles photos, on allume Movie Maker (ça plante beaucoup mais on fait avec), on se met notre préférée de Calogero et des fondus sympas, et voilà, on pleure on rit. T’avais jamais entendu parler de ça, Claude ? C’EST NORMAL CAR NOUS ON LES PUBLIE PAS CES MERDIERS

Le plus triste dans tout ça, c’est que comme je disais en intro, y’a personne parmi toute cette bande de joyeux petits camarades qui est sorti du rang pour dire : « euh dis, Claude, faudrait que tu retravailles ton tapuscrit parce qu’en l’état y’a quelque chose mais ça tient pas debout ». Car oui, revenons-en enfin à notre bien-aimée Marilyn : La cicatrice, ça tient pas debout.

Le livre, avant même qu’on ait atteint les premières phrases de l’auteure, se place sous le signe du raccourci et de la malhonnêteté intellectuelle. Mise en exergue, on a la citation suivante : « I wanna be loved by you… ». Traduction : « Je veux être aimée de vous… ». On voit venir Delay : ah cette soif insatiable d’attention et d’amour qu’ont les stars ! Marilyn veut conquérir le cœur de tous, veut brûler d’être regardée par tous les yeux ! Mais la traduction proposée par Delay est bidon. Traduire le you par la deuxième personne du pluriel crée une ambiguïté qui n’a pas lieu d’être. Delay a volontairement éludé la suite de la chanson, qui est tout le contraire d’un geste d’offrande à un groupe :

I wanna be loved by you
Just you
Nobody else but you
I wanna be loved by you
Alone

 On peut pas faire plus explicitement exclusif comme déclaration ! Plus clairement, il faudrait traduire : « Je veux être aimée de toi ». C’est pas du tout pareil, t’es d’accord ? Après, pour la défense de Delay, c’est vrai que, comme dans les premières chansons des Beatles, le « you » n’est pas caractérisé, et qu’il vise insidieusement l’intégralité du groupe public puisqu’il vise indifféremment chaque individu du groupe public (la chanson TE parle, mais elle parle en même temps à chacun). BREF : si on veut s’attarder sur le I wanna be loved by you, y’a certainement autre chose à en foutre qu’une citation modelée à l’arrache pour glisser peinard dans une thèse qui enfonce fièrement les portes ouvertes – Marilyn était très triste car elle n’avait pas du tout de papa et presque pas de maman.

Le premier chapitre est pas beaucoup moins accablant. Delay se barre sur des terres totalement stériles. Je crois que l’enjeu pour elle à ce stade est de montrer qu’elle va procéder à une approche littéraire et psychanalytique de la vie de Marilyn Monroe. Comment ça se traduit concrètement ? Tu connais Comment rendre un texte incompréhensible de Pierre Bayard ? Tiens voilà un lien, va lire si t’as deux minutes, Bayard est un mec franchement rusé, avec qui tu trouveras toujours matière à te marrer sans perdre en cervelet. Dans ce petit article, Bayard distingue six procédés qui contribuent à l’opacité d’un texte :notions non définies, syntaxe complexe, allusions obscures, excès de densité, défauts d’articulation et finalité incertaine. Delay obtient avec ce premier chapitre un joli score de 5/6.

Syntaxe complexe :

Le mot anglais, encore plus inexpugnable, désigne le désir et la poursuite des criminels, le même, et l’écriteau accusant sa proie. (p.11)

Allusions obscures :

L’inconscient, on le sait, ne connaît pas le temps. (p.10)
La folie, l’hérédité, l’abandon, la peur aimantent le parcours de sa glorieuse féminité, dont nous chercherons les « moments biographiques », autant de fils rouges capables de nous donner la direction, pour comprendre sa trajectoire. (ibid.)

Excès de densité :

Elle excite et émeut, sa grâce pétille, effervescente comme du champagne. « Idole, elle doit se dorer pour être adorée », dit Baudelaire de la femme. C’est Marilyn qui inspirera au président John Fitzgerald Kennedy ces mots dans son carnet intime : « Je suis dans la blonde. » Alerte rouge et stupeur pharmaceutique n’y changeront rien : elle fait rêver. (p.11)

Défauts d’articulation :

Sa mère va glisser dans la folie et engendrer la terreur : sombrer dans sa malédiction. « La vie est un chevreuil blessé, écrivait Gongora. Les flèches lui donnent des ailes. » (p.9)

Finalité incertaine : bon pour ça je devrais citer tout le chapitre, tu me crois sur parole allez ?

Mais pourquoi Claudette se fout-elle ainsi de nos trognes ? On n’est pas dupes : cette sophistication – qui je le crains rentre encore dans une démarche aristocratique ; c’est une obscurité de connivence, Delay dit « on le sait » alors que je le sais pas, c’est donc qu’elle s’adresse à sa team et souhaite exclure les autres – c’est un trompe-l’œil pour donner l’illusion de profondeur. Si on dépouille le propos de ses cinq effets pourris, on se retrouve avec deux pauvres bouts de banalités psychanalytiques. Moi je crois que Delay veut qu’on fasse le boulot à sa place. Elle a pas trouvé grand-chose à dire sur Marilyn, alors elle a calé des zones d’ombre pour que les plus courageux fassent la lumière. Si tu comprends quelque chose, elle dira que t’as compris. Si tu comprends rien, elle dira que chacun doit se faire son avis.

Moi je crois que Delay, elle en a rien à battre de Marilyn Monroe. Ce serait – je peux pas le prouver mais j’en suis persuadé – une sorte de livre de commande. Et si c’est pas un livre de commande, c’est encore pire : Delay méprise Monroe. Elle la réifie pour se faire mousser, notre chère Norma n’est rien de plus qu’un prétexte pour noircir 300 pages et quelques. Car la suite du bouquin – je te rassure : ça reviendra jamais aussi pire que dans le premier chapitre – elle est structurée par trois grands traits caractéristiques qui trahissent le fait que Delay a écrit ça par dessus la jambe en freestylant à partir de machins choses versés en vrac dans la marmite.

1) Le manque absolu de rigueur

a) Le travail de datation est chaotique. On n’a rarement plus d’une date toutes les dix pages. Ainsi la chronologie est hyper floue, d’autant plus que Delay peut faire passer six mois importants dans une ellipse entre deux phrases, comme elle peut choisir de se concentrer sur une heure anodine.

b) Le travail de hiérarchisation des informations est absent. L’exemple le plus aberrant : page 136, tu as, après une courte évocation du tournage de Sept ans de réflexion, ce paragraphe

Billy Wilder a échappé de peu aux chambres à gaz, et en a subi de dures dans son existence. « Moi, je suis ici, parce que je ne voulais pas être dans un four crématoire. » Son odyssée, il la met dans le gouffre aux chimères. Izzy Diamond, son scénariste, dit de son œuvre qu’elle est une combinaison aigre-douce, comme la vie. Il a décelé le génie comique de Marilyn, cette spontanéité particulière dont il tirera des trésors.

Comment est-ce qu’on peut dire un truc aussi ouf et passer immédiatement à autre chose ? Au fait j’ai un cancer.

c) Le travail sur les sources est nullissime. Tu as grand maximum trois informations qui sont sourcées. Le reste du temps, Madame sort le matos de son pouce. Et significativement, elle prend à côté de ça bien soin de noter d’où vient son interminable diarrhée de citations hors sujet. Page 66, Marilyn couche avec Chaplin Junior, tombe enceinte et avorte. Source ? Aucune. Page 75 : « [Marilyn] mentira beaucoup au sujet de ses orgasmes. » Source ? AUCUNE. Page 19 : « À l’église, dans le tonnerre des orgues, Norma Jeane grisée par les choeurs et les encens s’imaginait nue. Un désir fou de quitter ses vêtements la traversait. Sans vêtements, elle serait la plus belle. Frémissante de désir et sans aucun sentiment de péché, « Je voulais que les gens me voient nue, parce que j’avais honte des habits que je portais ». Peut-être que, dans son inconscient d’enfant, elle veut renaître. On naît nue, et elle aurait ainsi un père, comme les autres. En petite fille fascinée par la sexualité, elle se voyait aussi passer par-dessus les fidèles agenouillés, sans culotte sous la robe… Le fantasme est d’autant plus comique que Marilyn le réalisera : elle fut la seule actrice peut-être à ne jamais porter de dessous. » Sources ? AUCUNE !!!! Je ne doute pas que pour la majeure partie de ces faits, Delay a pioché dans les ouvrages cités en bibliographie mais si tu mates la bibliographie, tu peux voir qu’elle s’est basé sur, entre autres, Enquête sur un assassinat de Don Wolfe et Marilyn Monroe d’Anne Plantagenet (dont je parlerai une autre fois) : c’est bien, sauf que ces deux bouquins souffrent aussi du problème de sources. Delay, de toute façon, cherche le gossip, pas la vérité.

d) Le contresens volontaire. Parfois ça l’arrange, alors Delay trafique. On a déjà parlé de la citation en ouverture. Y’a quelques autres occurrences de cette mauvaise foi. Par exemple, Delay nous explique page 54 que Zanuck était cynique car sa devise était : « faites de la bonne merde ». Alors déjà j’ai cherché et j’ai trouvé nulle part que c’était sa devise. Et puis surtout ma cocotte, tu m’as l’air d’avoir traduit littéralement une tournure argotique. « Faites de la bonne merde », ça fait comme s’il disait « Faites un film nul mais efficace » – alors qu’il a probablement dit, s’il a dit quelque chose, « Make some good shit » et ça veut dire au contraire « Faites un bon film ». Peut-être que t’aurais besoin de quelques petits resserrages de boulons en anglais, Claudette ?

2) Le délire psychanalytique, alimenté par des jeux sur les mots et des citations. Là, je ne peux rien faire d’autre que montrer des exemples :

Sa candeur cosmique et sa voix d’enfant vaincront ses réticences : il tombe amoureux. « C’est cela qui s’appelle destin : être en face », écrivait Rilke. (p.48)
Il lui montre dans un livre d’enluminures un double MM et le lui fait épeler : « Memento Mori », « souviens-toi que tu es mortel ». Ces deux M auront leur importance dans sa vie. (ibid.)
Ben Lyon propose en prénom Marilyn… C’était celui d’une danseuse des Ziegfield’s Follies, Marilyn Miller, à laquelle elle ressemblait et pour laquelle il avait eu un faible. Les fatalités sont tenaces. (p. 56)
Miss Mmmm devenue Monroe garde sa relation démesurée avec le M : M résonne aussi comme « aime » en français ! Le m de Maman, le maternel omniprésent, le « Memento Mori » du livre saint de Turio, sinistre augure, et murmure… (ibid.)
« Il faut avoir du chaos en soi pour accoucher d’une étoile qui danse », soutenait Nietzsche. Elle sait, depuis toute petite, dans le dortoir de l’orphelinat que les étoiles ne tombent pas. Mais que les femmes pleurent.  (p.58)
Marilyn a toujours eu une sensibilité particulière aux hommes porteurs de lunettes. Est-ce que parce que son père ne l’a jamais regardée ? (p. 73)
Jean Genet a écrit : « On n’est pas artiste sans qu’un grand malheur s’en soit mêlé. » Lui ne connut jamais sa mère, cette Gabrielle dont il rêva toute sa vie, et ne reçut à sa venue au monde que son nom – Jean Genet, « je nais » ou « je n’ai ». Toute sa vie, il fleurirait de genêts, cette fleur sauvage, sa génitrice inconnue, avec ses lèvres, des Genet. (p. 78)

Et c’est encore pire quand Claude lâche la bride et intègre des citations populaires à son texte…

Le cinéma s’est bâti sur bien des genoux féminins. Les belles s’agenouillent pour les menus services de table, si l’on peut ainsi nommer les douceurs dont elles gratifient la sexualité défaillante de leur partenaire. La recette est éternelle, une chanson française de chambrée l’immortalise :
« Si tu veux faire mon bonheur,
Marguerite, Marguerite,
Si tu veux faire mon bonheur,
Suce ma bite avec ardeur. » (p.59/60)
Ben Lyon a repéré Marilyn. « Cette fille, elle est extra pour les pipes. » Gageons qu’il parlait d’expérience, lui qui lui mit le pied à l’étrier. « À cheval sur mon papa, au pas, au pas, au pas… » Les dadas et les daddies resteront inséparables pour Marilyn. Giocare, jouer, n’a jamais été aussi proche de joculare, éjaculer, et gaudere de jouir. (p.60)

3) L’absence de relecture. Deux beaux exemples :

Marilyn flâne à Doheny, va constamment ouvrir sa porte aux enfants costumés pour Halloween lorsqu’ils sonnent, les comble de pommes et de petits gâteaux que confectionne la sœur de Joe. (p.124)

À Doheny, Marilyn, elle y a vécu au moins plusieurs mois. Tu vas pas me dire que pendant plusieurs mois les enfants sont venus toquer pour Halloween ? Ou alors tout ce que je pensais s’effondre : Marilyn est une authentique gourdasse, encore pire que les cruches tarées qu’elle incarne ; il suffit – les gosses du quartier se sont passés le mot – que tu sonnes à sa porte avec une citrouille taillée sur la tête, et elle croit qu’on est le 31 octobre. Quoi qu’il en soit, cette phrase est incorrecte grammaticalement : Delay utilise du présent d’habitude là où il ne peut logiquement pas y avoir d’habitude.

Elle aimait plus que tout les nuages et dormir en avion. On croit entendre Faulkner dans Tandis que j’agonise : [longue citation] (p. 139)

Delay dit une phrase, puis dit que cette phrase c’est quasi-du Faulkner. En vrai, elle a simplement mis « On croit entendre » pour faire une transition jolie avec ce qui précédait, sauf qu’elle a oublié de restituer ce qui apparemment seraient des paroles de Marilyn au discours direct, du coup ça donne juste l’impression qu’elle est en train de louer sa propre phrase. D’ailleurs, si on joue le jeu de la psychanalyse, cette négligence n’est pas un hasard…

Conclusion : je sais pas qu’il y a un public pour ça, alors si tu as envie de voir une vieille se branler, fonce ; par contre si tu aimes Marilyn Monroe, le cinéma ou lire des livres, je te conseille de regarder un film avec Marilyn Monroe, un film ou de lire un livre.

marilyn

Parlons de choses un peu plus cools. Devine qui c’est qu’a débarqué dans la boîte mail Lunécile l’autre jour ! Un indice : l’image au-dessus c’est un indice. Ouais, Christian de Metter, l’auteur de De l’autre côté du miroir, est passé faire coucou ! Son mail contient notamment un mimi mea culpa :

Je réalise actuellement quelques peintures sur Marilyn et je tombe par hasard sur votre blog. Vous avez entièrement raison à propos des bulles de ma bande-dessinée mais je suis seul responsable. Je n’ai jamais lu de BD ni appris à en faire et je continue d’apprendre. J’avais choisi ce style pensant restructurer mes dessins qui sont perçus comme flous et bringuebalants et… c’était raté. Si elle devait ressortir je retravaillerais cela.