Entretien avec Jean-Pierre de Mondenard

Jean-Pierre de Mondenard est médecin du sport. Entre 1974 et 1979, il a exercé à l’Institut national des sports et a été pendant de nombreuses années médecin-contrôleur, notamment entre 1973 et 1975 sur le Tour de France. Son activité scientifique est prolifique : des collaborations régulières à des revues sur les thèmes de la santé et du sport, les derniers en date les mensuels Cyclosport Magazine et Running Attitude, d’innombrables ouvrages publiés depuis les années 70 sur la pratique du sport, sur la nutrition du sportif, et sur le dopage, thème auquel il a consacré une énergie et un travail formidables qui font de lui une référence en la matière, mais aussi un pionnier dans le paysage éditorial et scientifique français. Parmi ces publications, on peut citer Le Dossier noir du dopage (Hachette, 1981), Dopage aux Jeux olympiques, la Triche récompensée (Amphora, 1996), Dictionnaire du dopage (Masson, 2004), Tour de France : 33 vainqueurs face au dopage (Hugo et Cie, 2011) ou, directement liée à Lance Armstrong, La grande imposture (Hugo et Cie, 2009).

AFFICHE THE PROGRAM

Le Dr de Mondenard a accepté d’échanger avec moi sur The Program de Stephen Frears, sorti en septembre dernier. Son expertise est précieuse pour décortiquer les partis pris du film. Elle est ici agrémentée de nombreuses anecdotes et analyses qui dévoileront auprès du spectateur non averti du film le milieu du sport de haut niveau, l’hypocrisie de certains médecins et des instances de la lutte antidopage, la psychologie des coureurs et leur rapport aux substances dopantes. Tout ce qu’il faut pour déconstruire tout ce que nous croyons savoir sur le thème du dopage et sur le personnage de Lance Armstrong.

Dr JPDM (4)

Votre avis sur le film ?
Je n’ai pas retrouvé Armstrong dans le jeu de l’acteur principal. Armstrong c’est un voyou, il n’est pas sympa, en réalité c’est le boss avec ses équipiers, il n’y a pas à discuter. Et là ils ne l’ont pas rendu assez directif, et il fait plus sympa qu’il ne l’est en réalité. Pour ce qui est des autres acteurs, il y a un imposteur, c’est celui qui joue Alberto Contador : il n’a pas dû grimper un pont de chemin de fer dans sa vie, il ne ressemble pas à un cycliste de compétition de haut niveau. D’ailleurs, il n’y en a pas un seul qui ressemble de près ou de loin à un roi de la pédale sélectionné pour le Tour de France. Le problème, c’est qu’ils se sont appuyés sur le livre de David Walsh. C’est bien, mais c’est un journaliste, et tout ce qui relève de la psychologie du coureur, et tout ce qui touche à l’analyse médicale sur le dopage est absente… Après, c’est du cinéma. L’acteur principal, pour le film, a pris des anabolisants, c’est lui-même qui le raconte. Il y avait déjà Robert De Niro, pour Raging Bull, qui avait pris 10-15 kilos avec des anabolisants… Cantona aussi avait pris du poids pour jouer un film, L’Outremangeur. On voit que pour le cinéma, la prise ou perte de kilos est toujours plus ou moins médicalisée.

Dans The Program, la prise d’EPO[i] par Armstrong semble être motivée par le fait qu’il n’arrive pas, sur de grandes étapes classiques, à suivre les coureurs qui eux en prennent déjà. Il est là, l’engrenage infernal du dopage ?

C’est ce que je dis depuis très longtemps. La principale cause du dopage en vélo ou ailleurs, ce n’est pas, pour les cyclistes, principalement le Tour de France en tant que difficulté mais ce sont plus sûrement les concurrents « bien préparés ». Notre expérience du sport de haut niveau montre que c’est le dopage qui fait le dopage. À partir du moment où une prise de drogues est efficace, les adversaires et plus particulièrement ceux qui veulent aller sur le podium sont obligés de faire pareil. Deux autres facteurs importants qui font le dopage et qui rentrent dans le domaine de la nature humaine face à la compétition, c’est l’ego et la médiatisation. Plus c’est médiatisé, plus il y a de dopage. C’est pour cela que l’on parle régulièrement de dopage pendant le Tour de France.

Fin août 1993, Armstrong a 22 ans, et, bien avant son cancer, bien avant ses Tours de France, il est champion du monde devant de grands coureurs. Ce n’est pas forcément très visible dans le film, mais Armstrong n’est pas un coureur médiocre avant sa maladie, contrairement à ce qu’on a beaucoup dit.

Complètement, c’est déjà un très bon coureur cycliste qui a fait du triathlon à un haut niveau et il a le mental pour aller sur le podium. À cette époque-là, il est déjà à la recherche de tout ce qui va l’aider à rivaliser avec les meilleurs. D’ailleurs, récemment, aux États-Unis, quand il est passé devant le Grand Jury parce qu’il avait utilisé les deniers de la nation pour se doper, il a expliqué que dès 1993 il se dopait et prenait du Synacthène®. C’est un produit commercialisé dès 1968 et interdit en compétition sportive à partir de l’année 1989, mais indécelable depuis sa présence sur la liste rouge. En 2015, il est toujours hors de portée des radars antidopage. Ce médicament stimule la surrénale, et génère plus d’androgènes, plus de corticoïdes. L’information majeure, c’est que le mec ne pouvait pas se faire gauler puisqu’il ne prenait que des produits indécelables ! Dès 93, et comme tous les pros qui visaient les podiums, l’aspiration d’Armstrong c’était de trouver des produits efficaces et indécelables.

C’est ce qu’on peut reprocher au film : il ne parle presque que de l’EPO et pas des autres produits…

C’est vrai, il ne parle pas des anabolisants et des autres substances illicites consommées. Pourtant, quand le médecin, au moment de son cancer, à l’hôpital universitaire d’Indianapolis lui demande ce qu’il prenait en tant que cycliste, il répondait : « Tout. EPO, anabolisants, testostérone, hormones de croissance, corticoïdes… ».

Sur son cancer justement, le film montre un Armstrong à l’article de la mort. Pouvez-vous me donner votre avis sur sa maladie, son cancer des testicules ? Qu’elle en était la nature ? Aurait-elle pu être causée par la prise de produits dopants ? L’a-t-il instrumentalisée ?

J’ai fait beaucoup de recherches là-dessus, et ça a été confirmé par des cancérologues. Il faut savoir que c’est le seul cancer qui est quasiment curable à 100%, et qui l’était déjà dans les années 90. D’autres sportifs l’ont eu : le footballeur Joël Bats en 83-84 qui a continué sa carrière internationale pendant des années. Encore récemment, j’ai écrit un article sur la relation entre cancer des testicules et dopage. Depuis 1983, il y a eu cinq cas de cancers des testicules chez les coureurs du Tour de France. Avant, il n’y en a pas eu. C’est un cancer qui normalement dans la population générale touche 3 à 4 individus pour 100 000. Là, on a cinq cas pour 1500 coureurs qui ont participé au Tour depuis 22 ans. On passe à une proportion aux alentours de 333 cas pour 100 000. Après, les spécialistes de ce type de cancer m’ont dit qu’on ne pouvait pas encore faire grand-chose de ces chiffres, qu’il fallait avoir une trentaine de cas pour pouvoir en tirer des conclusions pertinentes. Mais il y a quand même un faisceau d’indices très troublant. Pour en revenir au cas d’Armstrong et de la façon dont ses médecins ont présenté l’histoire et que lui a repris après dans ses bouquins : ils ont dit qu’il avait très peu de chances de s’en sortir. Un coup c’était 10%, un autre coup 20, 40 ou 60%, c’est d’ailleurs ce qui m’a mis la puce à l’oreille, il y avait un truc qui n’allait pas. Car j’ai étudié de nombreux cas de sportifs atteints du cancer des testicules depuis une quarantaine d’années, et aucun n’est décédé de cette maladie. La plupart ont d’ailleurs repris la compétition et pas mal d’entre eux ont atteint un niveau supérieur à celui qu’ils avaient avant. Le cancer d’Armstrong est diagnostiqué le 2 octobre 1996, il est opéré le lendemain à Austin (Texas). La chimiothérapie débute le 7 octobre. Comme pour le vélo où il a toujours recherché l’expertise des meilleurs dans leur domaine (Dr Michele Ferrari[ii], Eddy Merckx[iii]), il rejoint le service d’oncologie de l’université d’Indiana où exerce LE spécialiste du cancer des testicules, le docteur Lawrence Einhorn.

Les médecins de l’Indiana Hospital lui expliquent qu’ils ont fait des radios corps entier et qu’ils lui ont trouvé des métastases au cerveau. Dans la foulée, le 25 octobre, ils l’opèrent des métastases cérébrales qui étaient accessibles car vraiment périphériques. Après l’avoir trépané et après avoir retiré les tumeurs, ils font le constat que les métastases sont nécrosées, ce qui veut dire en langage médical qu’elles sont mortes. Cela signifie en réalité que la première séquence de chimiothérapie qui a duré classiquement cinq jours a été très efficace. Ses médecins, ses chirurgiens et lui ont sabré le champagne et ont su que l’affaire était déjà pliée. On a tout de suite flairé le bon filon: « Il faut créer une association caritative pour rassembler des fonds et lutter contre le cancer »[iv]. Moi, je me suis insurgé contre cet amalgame entre les différents types de cancers. Celui d’Armstrong n’a rien à voir avec le cancer des poumons de Laurent Fignon[v] par exemple, et c’est une imposture qui peut être très dangereuse. Le Texan a eu un cancer des testicules et je ne souhaite à personne d’être touché par ce mal mais prendre l’exemple d’Armstrong pour les autres cancéreux ce n’est pas une bonne façon d’éduquer les malades de toutes les autres formes de cancers beaucoup plus problématiques : ça donne des fausses joies, en faisant croire qu’il suffit de se battre pour guérir alors qu’en réalité lui, certes, a combattu le crabe, mais peu de temps, car 18 jours après le diagnostic, il savait qu’il allait s’en tirer.

Il y a quelque chose là-dedans qui est un peu malsain, un peu cynique.

Complètement. Et d’ailleurs aujourd’hui, ses médecins de l’époque ne répondent plus au téléphone, ne répondent plus à aucune sollicitation. Ils se sentent un peu merdeux. Pour ce qui est du film, s’ils avaient fait leur recherche, en lisant le livre d’Armstrong par exemple, ils ne l’auraient pas représenté comme ça. Il faut savoir que quelques jours après la première séquence de cinq jours de chimiothérapie, Armstrong est à Austin, on lui avait dit « tu verras, tu vas être fatigué, tu vas devoir te reposer » et lui, il fait du vélo, et pas de la façon dont on le voit en faire dans le film ! Quand il revoit les médecins, il s’adresse à eux et il leur dit : « Mais doublez-moi la dose, je ne sens rien des effets secondaires annoncés ! ». Et ça, c’est une expression de cycliste. Quand il se dope, si un peu ça fait juste du bien, il demande : « Doublez-moi la dose ». Rappelez-vous de l’affaire Raimondas Rumsas, ce coureur lituanien, 3edu Tour épinglé en 2002. On avait trouvé dans la voiture de sa femme des quantités pas possible d’EPO, d’hormone de croissance, d’insuline… Lui, pour sa défense, il avait dit : « C’est pour ma belle-mère ». Et moi, j’avais dit à la télé : « La belle-mère, elle est malade de tous les côtés. Elle est naine, on lui file de l’hormone de croissance ; elle est insuffisante rénale, on lui file de l’EPO ; elle est diabétique, on lui file de l’insuline ». Après, on l’a filmée en train de couper sa haie donc je me disais, il y a un truc, là. Pour en revenir à Armstrong, on le voit dans le film, il veut se lever de son siège roulant, au tout début de son traitement, et l’infirmière lui dit : « Non, restez assis, vous êtes épuisé, c’est normal ». Alors que dans son bouquin il raconte qu’il demande à son médecin de lui « doubler la dose » parce qu’il ne sent rien. Il y a bien un problème, là ? Alors oui, bien sûr, ce n’est pas un documentaire, c’est un film… Mais bon moi qui me suis renseigné sur les cancers, qui ai lu tous les bouquins d’Armstrong, ça ne me convainc pas du tout. Je ne me suis pas appuyé sur des « on dit », mais bien sur toutes mes recherches sur le sujet. Et d’ailleurs, ce qui vaut pour le film vaut pour les médias : ils ont fait tout un tas d’histoires sur Armstrong, sur son cancer, sur le fait qu’il était subclaquant, que c’était un miracle, alors que ce n’était pas du tout un miracle dans la mesure où ce type de cancer même métastasé est curable dans presque cent pour cent des cas…. De même, ils ont parlé, avec des paroles « d’experts » à l’appui, d’une perte de poids incroyable d’Armstrong après son cancer. Hinault[vi] a même parlé de 10 kilos en moins. Or, comme je l’explique dans mon livre 36 histoires du Tour de France, contrairement à ce qu’on nous a raconté, Armstrong n’est pas plus léger après son cancer ! J’ai retrouvé le poids que son équipe Motorola lui crédite en 1993 : 74,91 kgs. Et quand il gagne son sixième Tour en 2004, il en pèse 77,2 ! En vérité, son poids de forme s’est toujours trouvé entre ces valeurs, et on a avancé une perte significative en comparant d’une part des données réalisées à des moments où il n’y a pas de compétition (vers novembre), et d’autres données juste avant une course ! C’est normal qu’il y ait une perte de poids, c’est pareil pour tous les coureurs ! Le problème, c’est que parfois les gens qui s’expriment ne confrontent pas les chiffres qu’ils donnent à la réalité de la préparation d’un cycliste. Et bien évidemment, Armstrong les a laissé dire…

Le point peut-être le plus important du film, c’est qu’il accrédite l‘idée sensationnaliste répandue par l’USADA[vii] (Agence antidopage américaine) selon laquelle Armstrong aurait mis au point le système de dopage le plus sophistiqué de l’histoire. Or, en contradiction avec ce message, via l’interprète d’Armstrong lui-même, l’acteur Ben Forster, dans les scènes de prise de produits, on voit qu’on est dans quelque chose de bricolé, presque amateur, sur des cintres, dans des caravanes cachées au fond des bois.

Oui, ça, c’est la réalité… L’histoire du bus, quand ils demandent au mécanicien de simuler une panne pendant qu’ils sont en train de se faire des transfusions à l’arrière, à se passer des poches de sang… Ce genre de séance, ça a été décrit par certains témoins, comme Tyler Hamilton[viii] un ancien coéquipier d’Armstrong qui a d’ailleurs sorti un bouquin très instructif. Hamilton y raconte une fois qu’il avait pris une poche de sang pour laquelle on n’avait pas respecté la chaîne du froid, et il avait failli y passer. Donc oui, les moments où ils se dopent, surtout quand ils font leurs transfusions, ça fait amateur, ça fait un peu « hôpital de campagne ». La première chose que j’ai dite à la presse le lendemain de l’interview vérité d’Armstrong sur le plateau d’Oprah Winfrey, c’est qu’affirmer que c’est le dopage le plus sophistiqué de l’histoire est une imposture. Et lui-même, dans la deuxième phase de son interview, va le dire.

Pour démystifier cette histoire de protocole hyper sophistiqué, j’ai rédigé un article qui explique qu’Armstrong, oui, se fait des transfusions au retour de son cancer… Mais, on est à l’époque en 1998, quand il fait quatrième du tour d’Espagne. Eh bien, en 1976, dans le Tour de France, le deuxième de l’épreuve a eu trois transfusions sanguines, soi-disant parce qu’il était « un peu pâle », et il gagne trois étapes. Et ce sont des médecins hospitaliers qui lui font ces transfusions ! On est 22 ans avant Armstrong, et les transfusions existent déjà. Inutile de vous dire que ça va faire grand bruit, et que les autres vont faire pareil ! Ils n’ont pas attendu Armstrong pour se faire des transfusions sanguines ! Et n’oubliez pas que le coureur de 1976 qui s’en fait trois gagne trois étapes, mais il ne fait « que » deuxième du Tour. Au plan des soins, qu’a fait de plus le lauréat de cette épreuve pour dominer le triple transfusé ?

On sait aussi très bien que les adversaires d’Armstrong, pendant ses différents Tours, tournaient au même régime que lui.

Mais bien sûr, il y a eu l’enquête du Der Spiegel – un hebdo allemand – sur l’équipe Telekom, avec leurs protocoles de « traitement » dans une clinique privée en basée à Fribourg en Brisgau (sud-ouest), qui avaient été révélés, avec tous les produits que Jan Ullrich[ix] et ses équipiers prenaient. Ce qui a été confirmé par des coureurs de l’équipe. Miguel Indurain[x], et son médecin Sabino Padilla, c’était pareil.

On l’entend dans le film de la bouche de l’acteur qui joue Armstrong : « De toute façon, ils sont tous dopés » !

Mais oui, et c’est pour ça que je me suis insurgé dès le début sur le fait qu’on ait retiré ses sept Tours à Armstrong. Si on les lui enlève, il faut dépouiller de leur Toison d’Or Indurain, Hinault, Anquetil[xi], Coppi[xii], Merckx, Fignon, etc.

Anquetil disait que le café il le préférait en gélules ou en intraveineuse plutôt qu’en tasse.

Oui, enfin, il ne prenait pas que de la caféine, il a reconnu s’être dopé à d’autres produits. Coppi, sur la Rai en 1952, il dit, et je l’ai cité cinquante fois : « Ceux qui ne prennent pas la « bomba » sont des hypocrites ». La « bomba », c’est la « dynamite », c’est les amphétamines. On lui demande :

« Et vous, vous la prenez ?

– Oui bien sûr.

– Et vous la prenez quand ?

– Chaque fois que c’est nécessaire.

– Et c’est nécessaire quand ?

– Chaque fois que je cours. »

Vous voyez donc que le meilleur de sa génération était tout le temps aux amphétamines, ce qui explique d’ailleurs qu’il ait commencé à couiner à l’âge de 35 ans. En 1952, il n’y a pas de contrôles, il n’y pas de lois antidopage. En 1965, ça commence, donc à partir de ce moment-là, tous doivent être disqualifiés ! Je ne défends pas Armstrong, loin de là, parce que c’est un voyou ! Mais c’est : ou on enlève à tout le monde, ou on lui laisse les maillots ! Parce que là, c’est le Tour de France qui déguste ! Quand les gens verront le palmarès du Tour dans 10, 20 ou 30 ans, s’il existe encore, ils se diront : « il y a un problème, là ! ». Si vous regardez le palmarès de la Coupe du Monde de foot, il n’y jamais eu de disqualification, alors que des équipes aussi étaient dopées. Il y a une notion très forte, c’est que l’injustice booste la triche. Richard Virenque[xiii], quand il est en garde à vue à Lyon, dans une cellule, qu’il refuse d’avouer (ce qu’il fera en novembre 2000 seulement), j’avais fait une télé à Nulle Part Ailleurs avec Jean-Marie Leblanc[xiv], le patron du Tour à l’époque, et je lui avais dit : « Mais attendez, Marco Pantani[xv], il fait pareil, il prend les mêmes produits que Virenque ! ». Donc l’autre, dans sa cellule, il doit bouillir que Pantani ait tous les honneurs, qu’il gagne le Tour, alors qu’il prend les mêmes trucs que lui ! Et ça, ça booste son envie de revanche, mais puissance 1000 ! Pantani subira ce même genre d’histoire en 1999 sur le Tour d’Italie, il sera exclu pour un test d’hématocrite hors norme deux jours avant la fin, et il pétera une porte de rage ! Le problème de ces gens-là, c’est qu’ils lisent dans le regard des autres coureurs : « Tu es nul, tu t’es fait choper ». C’est intolérable, insupportable pour eux, de se faire prendre, ils passent pour des guignols… Et la déchéance de Pantani, qui va tomber dans la cocaïne elle vient de là, et il y a d’autres exemples ! Il y a eu des suicides, des déchéances pas possibles de coureurs qui se sont fait prendre. Virenque, pendant deux ans, va être matraqué par Les Guignols de Canal +, sa famille va exploser, et ses avocats, dont Gilbert Collard, lui disent : « Il faut avouer, sinon ça va continuer ». C’est pour ça qu’il va avouer, du bout des lèvres (le président du tribunal Daniel Delegove lui dira en pleine séance « je n’ai pas bien entendu »).

Si je vous raconte tout ça, c’est pour vous dire que dans le film, certes le réalisateur avait un consultant technique (l’ancien coureur David Millar), mais ils n’avaient pas de consultant médical, pas de consultant sur la psychologie du coureur et du sportif, pas d’expert du dopage. On aurait pu faire un film beaucoup plus crédible et instructif sur les mœurs du peloton. Et en plus, ils ont complètement laissé de côté Pierre Ballester, qui a collaboré pendant huit ans avec David Walsh, le journaliste que l’on voit enquêter dans le film. Ce duo avait publié L. A. Confidentiel (2004) et L. A. Officiel (2006) aux éditions La Martinière, livres sur lesquels le film s’est beaucoup appuyé, même s’ils prétendent avoir utilisé Seven Deadly Sins: My pursuit of Lance Armstrong (2012), écrit par le seul Walsh, mais qui est un résumé des enquêtes précédentes.

Et que pensez-vous du fait que le film n’évoque que par petites touches tout ce qui dans le « système Armstrong » va au-delà du dopage ?

J’ai été un des premiers à dire que c’est le « système Armstrong » qui fait la différence. Pas uniquement le dopage. Dès le départ il s’est rapproché des meilleurs dans tous les domaines : il est allé du côté d’Eddy Merckx, qui lui a expliqué comment il fonctionnait, s’est rapproché du Dr Michele Ferrari … Il a mis un hélicoptère à sa disposition, il a pris un directeur sportif qui était déjà expert dans le dopage (un ancien de l’équipe Once). C’était un système qui comportait toutes les composantes de la performance cycliste. Ce n’était pas un système seulement porté sur le dopage.

Et ce système-là faisait que lorsqu’il arrivait au dernier col de l’étape, il y arrivait plus frais que ses concurrents.

Oui, bien sûr, en fonctionnant comme ça, vous économisez 10 à 15 watts, peut-être même plus. Quand vous restez dans les roues jusqu’au dernier col, vous conservez de l’énergie pour attaquer dans la dernière ascension. Mais ce qui est franchement scandaleux, c’est qu’il économisait deux-trois heures de récupération sur les autres ! En effet, il avait son propre hélicoptère, et on m’a même raconté que parfois l’organisation lui fournissait une voiture, accompagnée par des CRS, pour lui ouvrir la route afin qu’il rentre plus vite à son hôtel. L’organisateur emblématique du Tour de France, Henri Desgrange, avait révolutionné la Grande Boucle en 1930, pour que tous les coureurs soient à égalité : même vélo et accessoires, hôtels équivalents pour toutes les équipes, même menu pour tout le monde, etc… Pas de différences ! Et là, pour Armstrong, c’est le patron de l’épreuve lui-même, a priori le garant de l’équité, qui lui accorde un traitement de faveur.

Par la suite, ce mauvais exemple a poussé les autres leaders à faire pareil : par exemple dans le Tour d’Espagne 2014, pour les cadors de l’épreuve, les Froome, Contador, Valverde et Rodriquez, il y avait un hélicoptère à leur disposition alors que le reste du peloton ramait pour retrouver les bus. Contador avait un avantage supplémentaire : il était assis seul à côté du pilote, les trois autres étant entassés à l’arrière de l’habitacle. Autre bénéfice : son bus était toujours garé à trente mètres de la ligne d’arrivée alors que les autres étaient éparpillés plus ou moins loin. Maintenant, l’hélicoptère, toutes les grandes équipes l’ont. C’était ça, aussi, qu’il fallait montrer dans le film… Et Armstrong, en plus, s’entourait de grands coureurs : il a pris Paolo Savoldelli, qui avait gagné à deux reprises le Tour d’Italie, Robert Heras, qui avait remporté trois Tours d’Espagne. Uniquement des coureurs qui étaient capables de rouler, de grimper, de l’amener en montagne, de lui faire gagner le Tour. Le deal, c’était : « tu es très bien payé, mais tu ne cours que pour moi, si tu roules perso, je te vire ! ».

De même que dans le film, ils auraient pu aussi évoquer tout ce que fait Armstrong, le boss, pour faire taire le peloton, même si deux anecdotes sont brièvement évoquées…

Oui, toute cette partie-là, sur Christophe Bassons[xvi]et Filippo Simeoni est très mal rendue, on ne sait même pas pourquoi il s’adresse à eux … En vérité ces deux coureurs dérangent l’hégémonie du patron. Le Français en mettant en avant qu’il est « propre », sous-entendant que ses adversaires de la grande boucle, donc Armstrong, ne le sont pas. Par ailleurs l’Italien Simeoni l’a indisposé en témoignant lors d’un procès que l’ami et préparateur du Texan, le Dr Ferrari, l’avait dopé à une certaine époque. Résultats de la vindicte du big boss, les deux malheureux s’étant opposés à Lance vont subir les quolibets de l’ensemble du peloton-vassal. Ainsi, quand Bassons s’arrête sur le Tour en 1999, tous ses coéquipiers se retournent en l’applaudissant et en se gaussant de lui… Quand Simeoni rentre dans le rang, il y a toute une bande d’italiens qui le traitent de connard, les grandes stars italiennes, les Filippo Pozzato et compagnie se moquent de sa gueule devant tout le peloton. À cette époque, j’avais écrit : «Mais Jean-Marie Leblanc qu’est-ce qu’il fout ! ». Moi je suis patron du Tour, je vire Armstrong !

Leblanc, on le connaît, on l’a entendu sur le sujet, il est « fan » !

Oui, il est fan du spectacle. C’est un ancien coureur ayant probablement goûté aux amphéts comme l’ensemble du peloton à son époque… Parce que moi, le Tour, je l’ai vécu de l’intérieur. Et, de l’intérieur, je peux vous dire, que la majorité de la caravane est d’accord pour le dopage. Il n’y a pas grand monde pour dire : « moi, je ne suis pas d’accord ! ». Les grands parleurs, qu’ils soient organisateurs, coureurs ou journalistes spécialistes du cyclisme, sont pour la plupart d’accord pour laisser faire. En revanche, quand ils sont devant la télé, ils sont tous contre !

14 OUVRAGES LA

Et qu’est-ce que vous avez pensé de Guillaume Canet en docteur Ferrari, ça vous a convaincu ?

Eh bien, il a fait son job, hein… Mais vous avez vu que Ferrari là, il veut faire un procès au film ? II n’aurait soi-disant jamais fait une piqûre d’EPO de sa vie. Mais bon, ça, ce n’est que sa parole. Vu tous les bobards qu’il nous distillé, on a du mal à le croire.

Mais comment un médecin peut en arriver à ça ? Je veux, dire, pour quelqu’un d’extérieur à ce monde, on imagine qu’un médecin a quand même une certaine déontologie.

Mais vous savez, il y en a plein des comme ça… C’est le « serment d’hypocrite ». La triche, le mensonge, c’est consubstantiel à l’homme. J’ai vu des médecins, ce qu’ils voulaient, c’est la photo dédicacée du champion, c’est être à la table du champion. Je ne sais pas si vous avez entendu parler de l’affaire de l’Étoile des espoirs de 1976, aussi appelée l’affaire du courrier de Dax. C’était une course par étapes dans le Sud-Ouest. À l’époque, Pierre Dumas, qui était le responsable des contrôles antidopage, avait envoyé un interne de son établissement suivre cette épreuve alors que le type n’avait jamais approché un coureur. Eh bien, ce jeune médecin s’est fait berner pendant les cinq jours de la course, et lors du contrôle après la dernière étape, il se rend compte qu’il est cocu, qu’on triche dans son dos depuis le début de l’épreuve. Donc l’affaire, c’est ça, des gens qui ne font pas leur boulot. Finalement, il y en a deux qui se font prendre, Rachel Dard et Bernard Bourreau, ce dernier étant l’actuel sélectionneur de l’équipe de France (avec ça, vous voulez changer la culture du dopage ?). Cette affaire a fait l’objet d’un récit dans l’Équipe, parce que le médecin était rentré en vitesse à Paris après la course et que les types qui s’étaient fait prendre l’avaient poursuivi pour l’attendre à la sortie du train. Ce type qui a été berné pendant une semaine, comment ils l’avaient eu ? Eh bien, François Bellocq, qui était le médecin de l’équipe Peugeot – elle dominait le peloton à cette époque – au moins en France, lui avait dit : « Viens à notre table, comme ça tu pourras discuter avec les coureurs, voir un peu l’ambiance ». Et il se retrouve ainsi à côté des Bernard Thévenet (tombeur de Merckx sur le Tour 1975), Jean-Pierre Danguillaume (lauréat de plusieurs étapes sur la grande boucle), etc : il n’en peut plus ! Le nombre de fois où des coureurs m’ont raconté que pour « passer » les contrôles, ils filaient des maillots aux médecins, qui eux, de peur qu’on ne leur pique, allaient les ranger dans leur valise… Pendant ce temps-là, ces coureurs faisaient ce qu’ils voulaient avec leur flacon d’urine.

Donc soit ils sont complètement dupes, soit, pire, ils sont complices.

Oui, la troisième voie, elle, est rarissime.

Enfin vous, vous êtes l’exception.

L’exception, c’est sûr que si on me compare à ces gens-là… Mais bon il y a d’autres médecins tout à fait réglos. Moi, je pratique la médecine du sport depuis 1973, pendant vingt ans, j’ai donné des cours à la faculté de médecine de Toulouse sur la médecine du sport, à aucun moment il ne m’a traversé l’esprit d’être dans cette situation. Ça m’est arrivé d’être pote avec des coureurs, il y en a que j’ai conduit en voiture à un critérium, d’autres qui ont logé chez moi. D’ailleurs, en 1975, dans ces eaux-là, quand j’arrive au départ du Midi Libre, Louis Caput, qui était directeur sportif de la toute-puissante équipe Gan-Mercier, où étaient Raymond Poulidor[xvii], Cyrille Guimard[xviii], Joop Zoetemelk[xix], me dit: « tiens, je suis content que tu sois là, au moins la course sera régulière ». Les coureurs savaient qu’ils pouvaient être potes avec moi, mais qu’au contrôle, ils ne me berneraient pas.

Une fois qu’on arrive à faire cette distinction-là, on peut exercer normalement.

C’est-à-dire que les types en général savaient où ils allaient. Sauf, une fois, dans le Tour de l’Oise, il y avait un coureur de l’équipe Peugeot, un bon sprinteur, convoqué au contrôle, et je le vois « emmerdé » pour pisser dans le flacon. Il commence à me dire : « est-ce que c’est détectable ? ». Je lui réponds, « ça c’est ton problème, si t’as pris un truc illicite, et que t’as peur que ça coince à l’analyse, tu pisses et on verra le résultat, ce n’est pas moi qui vais te dire si ça risque ou pas et qui vais faire quelque chose pour que ça passe à travers le contrôle. De plus, n’essaye pas de m’enfumer. » Après le contrôle, avec la voiture médicale, je l’ai ramené à Paris où il a pris le train pour le Sud-Ouest. Être strict dans ma mission de garant des opérations antidopage ne m’empêchait pas d’être copain avec les coureurs ou de leur rendre service.

Après, si on commence à jouer à ce jeu-là, on est foutus.

On n’existe plus, et tout le monde se fout de votre gueule. Jamais ils n’ont pu me prendre en défaut pour des trucs comme ça. A l’arrivée du Paris-Tours de 1974, quand ils avaient fait un tracé en sens inverse entre Tours et Versailles pour rendre la course plus spectaculaire pour les télés, j’ai fait tomber Gerben Karstens, qui gagne cette année-là en s’échappant un peu avant la fin. Le lendemain, on le voit à la une des journaux sur le podium à fêter sa victoire… Et il n’y a pas besoin d’être spécialiste, on voit à sa tête qu’il est amphétaminé, il a les yeux complètement hagards. La veille, quand il se retrouve dans la caravane pour le contrôle, j’ai vu tout de suite qu’il voulait tricher. Il est arrivé avec un anorak de vainqueur de l’Annapurna, alors qu’il faisait chaud dehors. Je l’ai pris la main dans la « poire ». J’ai été sympa, je lui ai dit : « on oublie que tu as triché avec la poire, mais maintenant tu pisses dans le flacon ! Et tu prends tes responsabilités ». Il me répond : « Je sors car j’ai plus envie de pisser mais je reviens ». En réalité, blotti dans le fond de la caravane du contrôle, tentant de masquer la substitution d’urine, il avait pissé par-dessus le flacon (dans celui-ci il y avait une urine transvasée avec la poire). Je lui dis : « Si tu sors, c’est fini ». Il me dit encore, au cours de ce bref échange : « on va s’arranger ». Et évidemment, moi, je lui réponds « non, là, tu t’illusionnes dur ». Je me rappelle même que Maurice De Muer, le directeur sportif de son équipe, était entré dans la caravane pour faire nombre, détourner l’attention des officiels afin protéger un coureur qui s’est toujours dopé ! Au Tour de Lombardie 1969, qu’il avait remporté au sprint, lors du contrôle, il avait caché un flacon avec l’urine de son soigneur et opéré la substitution à l’insu des officiels. Quelques jours plus tard, patatrac, Karstens est déclaré positif parce que son soigneur s’était dopé aussi. Il avait dit à ce soigneur « mais t’as déconné ! » et l’autre lui avait répondu « mais oui, pour t’amener en voiture de Düsseldorf jusqu’à Milan (NDLR : 864 km) j’avais pris des amphétamines ».

DOCS JPDM

[i] L’EPO (érythropoïétine) est une hormone naturelle qui stimule la formation et la croissance des globules rouges. L’EPO de synthèse permet d’un point de vue médical de traiter l’anémie induite par une insuffisance rénale. Dans le sport de haut niveau, elle est utilisée comme produit dopant en augmentant la production de globules rouges permettant de mieux oxygéner les muscles pendant les efforts longs et intenses, facilitant ainsi une plus longue endurance.

[ii] Médecin et préparateur italien de nombreux sportifs entre les années 90 et les années 2010. Depuis juillet 2012, il est exclu à vie de toute préparation et de tout encadrement d’athlètes. A fait l’objet d’enquêtes policières, surtout à partir de 2012, pour association de malfaiteurs, trafic de produits dopants et évasion fiscale. En 2015, cela ne l’empêche pas de continuer à être consulté par ceux qui rêvent des podiums tout en occultant les règles éthiques.

[iii] Ancien coureur belge, surnommé « Le Cannibale ». Quintuple vainqueur du Tour de France, quintuple vainqueur du Tour d’Italie, une fois vainqueur du Tour d’Espagne. A également remporté plusieurs fois le Championnat du monde sur route, Paris-Roubaix, le Tour des Flandres, etc.

[iv] Armstrong s’est en effet construit à partir de 1999 comme le champion vainqueur du cancer. Dans les publicités tournées pour son sponsor de l’époque, Nike, qui l’a lâché depuis, on le voit forcer son destin de mourant, incitant les autres à suivre son exemple. Il a aussi lancé son association caritative, Livestrong, de lutte contre le cancer, célèbre pour ses bracelets jaunes.

[v] Ancien coureur français, mort en 2010 à l’âge de 50 ans des suites d’un grave cancer. Double vainqueur du Tour de France, vainqueur du Giro, vainqueur de la Flèche Wallonne et de Milan-San Remo.

[vi] Ancien coureur français, surnommé « Le Blaireau », a dominé le cyclisme entre 1978 et 1986 : 5 fois vainqueur du Tour de France, 3 fois du Tour d’Italie, 2 fois du Tour d’Espagne. Vainqueur de nombreuses classiques (Paris-Roubaix, Flèche Wallonne, etc).

[vii] Le 10 octobre 2012, l’USADA remet un rapport de plus de 1000 pages qui accable Armstrong, notamment grâce au témoignage d‘anciens coéquipiers et de leurs proches. Travis Tygart, directeur de l’USADA qui a mené une bataille acharnée contre Armstrong, a martelé dans ses interviews que le coureur américain avait mis au point le système de dopage « le plus sophistiqué de l’histoire ».

[viii] Ancien coureur américain et coéquipier d’Armstrong de 1996 à 2001, il sort en 2012 un livre, The Secret Race, dans lequel il raconte ses pratiques dopantes, celles de son équipe et celles du peloton. Il y explique aussi ses rapports complexes avec Armstrong qui font ressortir le côté impitoyable de celui qu’on a surnommé « Le Boss ».

[ix]  Ancien coureur allemand et principal rival d’Armstrong sur le Tour : vainqueur en 1997, il a été son dauphin à plusieurs reprises. Suspecté de dopage à de nombreuses reprises (EPO, amphétamines, transfusions, testostérone, etc) il a avoué ses pratiques déviantes en mars 2013, plusieurs années après sa retraite officialisée en 2006.

[x] Ancien coureur espagnol, quintuple vainqueur du Tour de France entre 1991 et 1995. Lors de ses victoires, la puissance qu’il a développée en watts dans les cols les plus difficiles est bien souvent supérieure à celle développée par Armstrong entre 1999 et 2005.

[xi] Ancien coureur français (mort en 1987 à 53 ans), surnommé « Maître Jacques », quintuple vainqueur du Tour de France, double vainqueur du Tour d’Italie, une fois vainqueur du Tour d’Espagne. Aussi multiplement vainqueur de Paris-Nice ou encore du Critérium du Dauphiné libéré.

[xii] Ancien coureur italien (mort en 1960 à l’âge de 40 ans), quintuple vainqueur du Tour d’Italie, double lauréat du Tour de France. Vainqueur de nombreuses classiques (Milan-San Remo, Paris-Roubaix, etc.).

[xiii] Ancien coureur français, mis en examen en 1998 dans le cadre de l’affaire Festina. Sur le Tour de la même année, l’équipe Festina est au cœur d’un scandale de dopage après l’arrestation d’un soigneur de l’équipe en possession de produits dopants. L’équipe est virée de l’épreuve. L’année suivante, celle de la première victoire d’Armstrong, le Tour sera surnommé « le Tour du Renouveau ».

[xiv] Ancien coureur français, et directeur du Tour de France entre 1989 et 2006.

[xv] Ancien coureur italien, surnommé « Le Pirate », mort en 2004 à l’âge de 34 ans d’une overdose de cocaïne. Convaincu de dopage à de nombreuses reprises au cours de sa carrière, il a réalisé en 1998 le doublé Tour d’Italie-Tour de France.

[xvi] Ancien coureur français, membre de l’équipe Festina au moment de l’affaire de 1998, il n’est pas visé par les accusations de dopage. L’année suivante, ses prises de position qui dénoncent les pratiques dopantes du peloton sont mal reçues par celui-ci, notamment par Lance Armstrong. Il abandonne le Tour et se retire du cyclisme professionnel en 2001

[xvii] Ancien coureur français, vainqueur du Tour d’Espagne et huit fois sur le podium du Tour de France sans jamais l’avoir gagné.

[xviii] Ancien coureur français. Sprinteur, il a remporté des étapes sur les Tours de France et d’Espagne. A été ensuite directeur sportif des équipes Gitane et Renault.

[xix] Ancien coureur néerlandais, une fois vainqueur des Tours de France et d’Espagne. Six fois second du Tour au cours de sa longue carrière professionnelle (1970-1987).

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Interview de Laëtitia, fan de Marilyn Monroe et gérante du blog Crazy for you

Aujourd’hui, je cause avec une dame dont à propos de laquelle j’ai déjà parlé dans ma rubrique Marilyn, toujours en soulignant à quel point ladite dame faisait du bon boulot sur son blog. Cette dame, elle s’appelle Laëtitia, et son blog Crazy for you. J’ai voulu savoir d’où cette fan et collectionneuse tenait cette rigueur qui manque tant aux journalistes et aux biographes de MM. Si toi aussi tu veux savoir, t’as plus qu’à scroller.

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Toutes les photos de l’article sont des photos de la collection de Laëtitia prises par Laëtitia elle-même

Gibet : Quand a commencé votre passion pour Marilyn Monroe et suite à quelle rencontre ?

Laëtitia : Ma passion a commencé en 1990 à la suite de la diffusion du téléfilm Marilyn, une vie inachevée avec Catherine Hicks dans le rôle principal. En fait il y avait dans le magazine télé que j’avais, pour ne pas le nommer, Télé Loisirs, un article avec des photos d’Ed Feingersh datant de mars 1955. La particularité de ces photos est que nous avons l’impression d’entrer dans l’intimité de la star. Feingersh l’a suivie pendant une semaine et a pu la photographier dans son quotidien de star. Ces photos m’ont profondément marquée. Vous couplez avec le téléfilm qui bien évidemment donne la part belle au côté mélodramatique de la vie de Marilyn et forcément quand vous êtes une jeune ado, cela vous marque. Une si belle femme, si triste…

J’ai gardé les photos et l’article, j’avais aussi enregistré le téléfilm dont j’ai toujours la K7 ! Je ne sais pas vraiment comment j’ai vu ma passion naître. Je sais juste que j’ai commencé à garder des photos, que j’ai vu mon premier film à la télé en mai 1991, Certains l’aiment chaud en VOSTF (que j’ai toujours aussi). L’été un documentaire inédit passait sur Canal Plus, il fallait que je le vois ! Je sais que ce Noël 1991 j’avais commandé au Père Noël un livre sur sa vie Marilyn, vie et légende (un magnifique livre que je conseille encore aujourd’hui pour la grande qualité et la rareté des photos et par le récit presque parfait de sa vie).

Et puis en 1990, 1991, il y avait beaucoup de magazines, d’articles, de photos sur Marilyn. Je me rappelle aussi les posters que je voulais avoir. En fait je m’aperçois que je suis très vite devenue une fan pure et dure. En 1992, il fallait déjà que j’achète tous les magazines où elle se trouvait en couverture et le plus de livres possible !

Gibet : Ça fait donc grosso modo 25 ans que vous êtes fan de Marilyn. Est-ce qu’à travers les années vous avez remarqué des pics d’intérêt ? Des variations dans ce qu’on montre ou dit d’elle ?

Laëtitia : En 25 ans, la société change, tout comme moi. Forcément mon regard sur Marilyn évolue à travers les années ainsi que ma passion. Je fais partie de ces fans/collectionneurs qui n’ont pas que Marilyn dans leur vie même si elle est une partie de ce que je suis. J’ai des moments où j’ai besoin de prendre mes distances. Par exemple avant mon intérêt était principalement lié à son actualité : commémoration de sa mort, de son anniversaire, de la sortie de livres, de documentaires… Aujourd’hui c’est très différent. Il faut aussi prendre en compte Internet qui a considérablement changé la vie des fans. Demain nous pouvons découvrir une photo, une séance photos inédite et être amenés à faire des recherches ou à compléter avec les informations que nous avons déjà.

Et puis moi j’ai changé, au début je n’étais qu’une jeune adolescente, aujourd’hui je suis une adulte, d’une certaine façon je comprends beaucoup mieux certains aspects de sa vie. Et si mon regard a changé, celui de la société aussi. Quand j’ai commencé, Marilyn était principalement une image magnifique qui avait quelques fêlures et surtout sa mort était LA discussion du moment ! Au cours des années 90 c’était LE sujet ainsi que son dernier film inachevé. Des livres de photos inédites sont sortis mais seulement en anglais donc vraiment pour les fans à l’époque (c’était galère de les trouver). En 1999, la vente de Christie’s a changé beaucoup de choses. Tout à coup les reliques Marilyn devenaient des Saint Graal… posséder une part de la légende. On a commencé à la décortiquer. On ne voulait plus savoir comment elle était morte mais voir ce qu’il y avait à l’intérieur. Nous avons atteint le sommet (jusqu’à présent) avec la sortie du livre Fragments en 2012. Entre temps les romanciers avaient pris possession d’elle pour en faire une image erronée.

Gibet : Sur votre blog, on peut voir que vous êtes fan aussi de Madonna. Est-ce que vous êtes venue à elle parce qu’elle se place dans la continuité de Marilyn ?

Laëtitia : En fait en y réfléchissant, je pense que c’est Madonna qui m’a fait venir à Marilyn. Madonna a été la première blonde de ma vie. Quand j’avais 10 ans, je voulais absolument voir le concert du Who’s That Girl Tour qui passait en exclusivité sur Antenne 2 (si je me souviens bien). Au collège j’ai rencontré une gamine qui était vraiment fan de Madonna et c’est elle qui m’a fait basculer sur Marilyn qu’elle aimait aussi. Au final, c’est un ensemble de choses qui se passe en même temps pour former un tout. C’est une suite logique.

Pour revenir à Madonna et Marilyn, elles ont pour moi toujours été très différentes. Je n’ai jamais compris pourquoi on voulait faire de Madonna une nouvelle Marilyn. Elle a joué avec l’image de la jolie blonde californienne, a rendu de très beaux hommages à Marilyn mais elle en a toujours été différente. Ma passion n’est pas la même. Je les conçois très différemment, leur seule ressemblance est la couleur de cheveux.

Gibet : Être fan, pour vous, ça implique d’être inconditionnelle ?

Laëtitia : Absolument pas ! Ce serait une erreur. Pour moi être fan ce n’est pas être aveugle. Il faut savoir regarder, comprendre, expliquer. À propos de Marilyn je n’ai pas à juger de sa vie. Je suis juste une observatrice. Je ne suis pas une contemporaine de Marilyn, je suis comme une historienne qui regarde des faits. Je ne connais pas l’époque dans laquelle elle vivait, je ne peux pas juger.

Par exemple, je peux dire que faire Le Milliardaire avec Montand, n’était pas une bonne idée. Elle régressait au niveau rôles pour revenir vers ce qu’elle fuyait 6 ans plus tôt. Mais je sais qu’elle n’avait pas le choix parce qu’elle avait un contrat à respecter, et à l’époque, vous ne pouviez pas dire non surtout après l’exceptionnel contrat qu’elle avait signé. La relation aux grands studios hollywoodiens était très dure, les acteurs n’avaient pas leur mot à dire. En fait je m’interdis de juger parce que personne ne fait des choix parfaits.

Gibet : Vous n’aimez pas Le Milliardaire ?

Laëtitia : Ce n’est pas que je n’aime pas Le Milliardaire mais c’est un film ennuyeux… comme la plupart des films de Marilyn d’ailleurs ! Il faut bien avouer qu’ils ont très mal vieilli en dehors de Niagara, Sept ans de réflexion, Les Hommes préfèrent les blondes et Certains l’aiment chaud, tous les autres sont très emprunts de leur époque et certains beaucoup plus que d’autres ! Il faut bien le reconnaître, Marilyn avait parfaitement raison lorsqu’elle disait qu’on ne lui proposait jamais de bons films.

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Gibet : C’est amusant que vous parliez de regard d’historienne car en général les gens qui écrivent des livres sur Marilyn Monroe ne se posent pas du tout la question du regard, et avancent au petit bonheur la chance sans souci de vérité ou d’honnêteté intellectuelle. À ma connaissance, il n’y a pas de biographie historique et/ou universitaire de Marilyn. Deux questions : est-ce que vous parlez en ces termes parce que vous avez une formation d’historienne ? Vous rêvez pas des fois que vous serez celle qui fera la biographie qui supplantera toutes les autres ?

Laëtitia : Alors pour moi il existe une biographie que l’on peut qualifier d’historique, c’est celle faite en 1993 par Donald Spoto. Il relate des faits. Il a réalisé un travail minutieux, il reste incontestablement l’une des plus grandes références en la matière.

Je ne suis pas historienne, je n’en ai pas du tout le cursus. Aujourd’hui ce serait une formation qui me plairait mais en France nous devons choisir sa vie à l’âge où nous n’y connaissons rien ! Je ne crois pas avoir assez de compétences pour faire une biographie et ce serait plus que prétentieux de dire que ce serait LA biographie. Personne n’a toute les informations, la preuve en est que nous en découvrons chaque jour ! Écrire un livre est un métier à part entière, certains écrivains posent simplement leur fantasme sur papier quand d’autres aiment aller plus loin dans l’analyse. Et puis cette question est bizarre. Le but n’est pas de se glorifier d’avoir fait une bio sur Marilyn mais de partager des connaissances voilà tout l’intérêt d’Internet ! Ce serait vaniteux de penser posséder tous les savoirs sur Marilyn.

Et puis moi les bio ça me gave, certainement d’en avoir trop lu. Lire des gens ne l’ayant jamais connu parler d’elle ne veut rien dire hormis si ils restent sur le factuel. Rien ne vaut un beau livre de photos parce que là c’est Marilyn qui vous parle !

Gibet : Puisque vous dites qu’il faut s’intéresser à l’ensemble, est-ce que vous vous intéressez à Hollywood en général ?

Laëtitia : Oh oui ! Ça a été très vite. Dès mes premières lectures marilynesques j’ai voulu en savoir plus sur les réalisateurs avec qui elle voulait travailler, alors forcément de fil en aiguille… Lorsqu’en 1995 le cinéma a eu 100 ans, j’ai acheté bon nombre de livres et magazines. J’ai par exemple demandé en cadeau le dictionnaire sur le cinéma parce que Marilyn était en couverture (une toute petite photo parmi d’autres). C’est devenu une bible pour moi. J’ai voulu voir tous les grands classiques, tous les courants du cinéma du XXème siècle. J’ai passé bon nombre de mes dimanches matin à aller au cinéma, j’enregistrais les classiques qui passaient dans l’émission Le Cinéma de minuit. J’ai dévoré le cinéma hollywoodien passé présent futur.

C’est identique pour la photographie. Comment comprendre l’impact d’une séance photo si vous ne comprenez pas le travail du photographe ? Comment admirer le travail de Richard Avedon ou de Cecil Beaton si vous ne savez pas qui il est ? Marilyn a côtoyé les grands noms de son époque sur tous les plans. Il faut les connaître ainsi et surtout l’époque dans laquelle ils évoluaient. Mon anecdote préférée ? Celle d’Ella Fitzgerald, bien sûr ! Ou comment Marilyn Monroe, actrice blanche, a permis à une chanteuse noire de pouvoir jouer sur la scène d’un bar blanc et par conséquent de lancer sa carrière.

Gibet : Sur votre blog, on peut entrevoir que vous avez une colossale collection. Quand cette collection a-t-elle commencé et pourquoi ?

Laëtitia : Ah ma collection ! Comme je vous l’ai dit plus tôt, elle a commencé immédiatement. Bien évidemment dans les premiers temps j’ai fait des horreurs : découper les articles, les couvertures (même d’époque !), coller les cartes postales, punaiser les posters… En tant que collectionneur, ces actes sont des hérésies. C’est une question très philosophique en fait : doit-on mettre sous verre tout ce qu’on possède ou bien le laisser vivre ? Mais ce n’est pas la question aujourd’hui.

Pour en revenir à la collection, je ne pourrais pas expliquer pourquoi j’ai voulu posséder. Je pense que la réponse est dans ma vie. La possession a quelque chose de rassurant. C’est comme un cocon que vous créez. Je peux répondre qu’au-delà des objets ce sont les photos qui m’ont toujours fascinée chez Marilyn. J’ai toujours souhaité avoir le plus de photos possible. Donc on retrouve des livres, des cartes postales, des magazines, des posters en grande quantité. Je peux dire que j’ai plus d’une centaine de livres qui lui sont entièrement consacrés (je crois). Ajoutez ceux qui lui consacrent juste la couverture, quelques photos, un dossier et là vous augmentez, je pense, d’une cinquantaine. Les cartes postales j’en ai plusieurs centaines, peut-être mille, j’en sais rien en fait. Je ne compte pas. Je l’ai fait au début ça a un côté challenge mais très vite c’est le fait de découvrir de nouvelles photos qui l’emporte, qu’importe le nombre. C’est comme une chasse au trésor, trouver l’objet qui vous procurera une sensation de bien-être… comme une drogue.

Gibet : Comment vous stockez tout ça ?

Laëtitia : J’ai une pièce consacrée à mes passions. La moitié est à Marilyn, l’autre est à Madonna et l’animation japonaise. C’est mon antre, ma caverne d’Ali Baba. Je suis très rigoureuse. Par exemple tous mes magazines sont dans des boîtes d’archives classées par année (ou par groupe d’années), les cartes postales sont dans des classeurs classés par éditeur. Je cherche sans cesse des façons de mieux archiver pour accéder le plus rapidement possible à l’information souhaitée. Et j’adore ça ! Je suis une vraie bibliothécaire Marilyn Monroe ! Même si quand vous rentrez dans ma pièce vous aurez toujours l’impression que c’est en désordre parce que des magazines se trouvent par terre, des bouquins aussi parfois et plein d’autres choses en vrac.

Gibet : C’est quoi la pièce dont vous êtes la plus fière ?

Laëtitia : Puisqu’il faut en choisir une, ce serait ma photo originale d’André De Dienes que j’ai gagnée voilà quelques années maintenant.

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Quant à sa pièce la plus farfelue, Laëtitia hésite entre cette chaise Louis XVI…

Gibet : À propos de rigueur, vous faites régulièrement des articles sur un élément précis de la carrière de Marilyn Monroe – le tournage d’une séquence, l’utilisation d’un vêtement, un photo shoot… Comment vous procédez pour établir ces articles ? Vous avez une mémoire d’éléphant ? Vous y travaillez beaucoup ?

Laëtitia : D’une certaine façon j’ai une mémoire d’éléphant. Quand ça fait près de 25 ans que vous tournez dans tous les sens la vie de quelqu’un, vous commencez à la maîtriser. Et puis j’adore ça donc forcément j’enregistre très bien les données. Quand je fais un article, c’est que j’ai envie de traiter un sujet plus qu’un autre. C’est l’envie de donner des informations précises. Je hais toutes les sottises qui sont dites sur Marilyn. Mon objectif est de la montrer telle qu’elle était.

Bien évidemment cela demande parfois un très gros travail de recherches. C’est un peu comme mettre le doigt dans un pot de Nutella, vous en voulez toujours plus, et moi ça m’arrive souvent. Je pars d’un truc qui me semble simple et puis tout à coup un détail va me dire « mais attends c’est quoi ça ? » et voilà ça part. Les recherches les plus pointues que j’aie faites actuellement concernent le film Les Hommes préfèrent les blondes. J’ai passé une année à étudier tout le film. J’avais des bouquins partout, j’ai ouvert des milliers de pages web… C’était démentiel mais qu’est-ce que j’ai appris ! J’adore recouper les informations. En fait le secret est de ne pas se contenter de Marilyn. Elle fait partie d’un ensemble, alors étudions cet ensemble. Donc oui, cela demande un énorme travail !

Gibet : Je crois que j’ai découvert votre blog quand vous étiez au premier tiers de Les Hommes préfèrent les blondes et c’est vrai que c’était un travail impressionnant. Où trouvez-vous tout ce temps ?

Laëtitia : C’est ce que tout le monde me pose comme question et je ne sais pas quoi y répondre parce que je sens cette vision : « elle ne fait que ça », « elle n’a pas de vie en dehors ». En fait je ne régis pas ma vie comme la plupart des gens. Oui cela demande du temps mais je ne fais pas ça tous les jours. Comme vous avez pu le constater je peux rester plusieurs jours sans rien poster ou bien juste une chanson, une photo. Je ne fais pas des dossiers à longueur de temps. Je ne vis pas pour mes passions mais par mes passions. J’éprouve le besoin de m’en éloigner un peu pour mieux les retrouver. En fait j’alterne. J’ai des frénésies de Marilyn comme j’en ai de Madonna, de manga, de cinéma, d’expositions… Et vous que faites-vous de vos journées ? Cela me fait penser à mon adolescence. Tout mon argent de poche passait dans les bouquins, magazines, cartes postales, disques… un jour mon père me l’a reproché et là je lui ai répondu : « mais moi je ne fume pas, je ne vais pas au café, je ne sors pas ». Eh bien mon temps c’est pareil, je le passe à me cultiver quand la plupart fait autre chose.

Gibet : Comment faites-vous pour trouver de nouveaux objets ?

Laëtitia : En fait c’est eux qui me trouvent. Avec Internet je pourrais largement accéder à de très nombreux objets à ma guise, c’est ce que font beaucoup de collectionneurs, mais moi j’aime le plaisir de découvrir au cours d’une brocante, d’une librairie, d’une rencontre. Une passion ce n’est pas fait pour rester derrière un ordinateur, cela se vit et ça commence par des rencontres. Au-delà de l’objet, j’aime qu’il y ait une histoire. Par exemple, l’été dernier, dans une brocante j’ai trouvé un lot de vinyles de Madonna et là, au milieu, une pièce magnifique, très rare que j’ai eu pour une bouchée de pain en plus ! Je ne m’y attendais pas, il m’attendait tout simplement et du coup je l’adore bien au-delà de sa valeur marchande !

J’aime que les objets racontent quelque chose. Cela m’est arrivé il y a quelques années avec une statuette de Marilyn. Je ne cours pas après ce genre d’objets mais là, toujours sur une brocante, de loin (forcément) j’ai vu cette statuette. Je l’ai reconnue, je savais que c’était une pièce rare, j’ai demandé le prix et là énorme surprise, un tout petit prix ! Je l’ai achetée et elle est là à me regarder sur mon bureau. Beaucoup de mes objets ont une histoire parfois amusante, touchante, singulière ou toute simple. Au final ce sont elles qui ont le plus de valeur.

Gibet : Êtes-vous en relation avec une communauté de fans et collectionneurs ?

Laëtitia : Avec les années j’ai rencontré beaucoup de gens et je dis bien rencontré. Avec Internet, vous pouvez contacter le monde mais voir les gens en vrai c’est autre chose. Qu’importe les passions, j’ai toujours agi ainsi. C’est un réseau en fait. Comme toute communauté certains ont leur petite gloire et d’autres restent très discrets. Chacun vit sa passion différemment et logiquement vous restez principalement en contact avec des personnes qui ont une relation similaire à la vôtre avec Marilyn. Pour moi ce sont des personnes qui aiment autre chose en dehors de Marilyn. Les communautés de fans sont un monde étrange et parfois très effrayant. Une vraie étude sociologique à faire.

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… et ces paquets de mouchoirs en papier.

Gibet : Est-ce que vous notez souvent des erreurs biographiques quand vous regardez des documentaires ou lisez des livres sur Marilyn Monroe ? Si oui, avez-vous un exemple de docu ou livre particulièrement fautif ?

Laëtitia : Il y en a tout le temps. C’est très dur d’aller au-delà des stéréotypes. Les personnes qui font les documentaires ne sont pas des historiens et puis lorsque vous parlez de Marilyn c’est l’image qui compte. Le documentaire qui m’a le plus écœuré ces dernières années est celui de Patrick Jeudy d’après le roman de Schneider, Marilyn dernières séances. Un véritable ramassis d’ordures. Le livre d’après lequel il a été fait est un amas d’immondices qui m’ont fait pleurer devant ma télé.

Concernant les livres, il faut absolument éviter les romans comme celui-là ou celui de Oates ou ceux de Mailer… Ce sont les pires parce que ce ne sont que des fantasmes d’écrivains. Cela m’écœure parce qu’ils sont toujours vendus comme des biographies alors que ce ne sont que des romans c’est-à-dire imaginaires. Ils font beaucoup de mal à Marilyn parce qu’ils la font passer pour une névrosée parfois nymphomane… C’est une honte ! En livre il y a beaucoup de déchets.

Gibet : Je partage votre rage, et j’essaie souvent de démonter ce genre de livres ici même. Qu’est-ce qui vous a spécifiquement agacé dans Marilyn, dernières séances ?

Läetitia : Madonna m’a appris que cela ne servait à rien de s’énerver même si parfois c’est très dur, vous ne changerez pas les cons. Moi je préfère faire mon blog et montrer aux gens de passage une image réelle de Marilyn. C’est par exemple ce que j’ai fait avec Max Factor dernièrement. Je n’ai pas envie de donner trop d’importances à ces conneries de bouquins, en parler même en les démontant ne fait que leur donner du crédit, il n’y a rien de concret qui peut sortir de là. Et puis je préfère consacré mon temps à faire ce que je fais et je pense que je sais bien faire.

J’avoue n’avoir jamais lu Marilyn dernières séances. Rien que pour le fait que ce que j’en ai vu et lu m’a donné envie de vomir. Je l’ai dans ma bibliothèque, je l’ai trouvé en brocante pour 1€. J’ai hésité à le prendre comme si j’allais salir mes mains mais j’ai franchi le cap… peut-être qu’un jour j’oserai le lire. Mais j’ai du mal à penser que je le possède, cela me fait mal. Dire de Marilyn qu’elle est une névrosée nymphomane est une insulte à ce qu’elle était et c’est une insulte envers les femmes en général. Quoi de mieux que de s’en prendre à un symbole magnifique de la féminité pour salir l’indépendance acquise des femmes ? Marilyn a lutté toute sa vie pour avoir un peu de respect, cela n’a pas été facile. Elle a dû affronter ses démons : ne pas avoir de famille, se sentir éternellement rejetée. Elle a vécu dans un univers très masculin où la femme était soit une mère soit une putain. Elle a utilisé sa sexualité non pas parce qu’elle le voulait aveuglément mais parce qu’à l’époque c’était promotion canapé au sein des studios. Et puis pour elle sa beauté amenait un semblant d’intérêt, d’amour alors pourquoi le refuser ? Elle était belle et a su tirer partie de sa beauté pour avancer. Où est le crime ? Ce n’était pas ses règles du jeu mais bien celles d’un monde gouverné par les hommes ! et elle a su en tirer partie.

Certains diront qu’elle a eu plein d’hommes dans sa vie ce qui prouve qu’elle était certainement un peu nymphomane. Je leur répondrais : si Marilyn avait couché avec tous les hommes qui disent avoir eu une liaison avec elle, elle n’aurait jamais eu le temps de faire aucun film ! Névrosée ? Pourquoi ? Se sentir seule, dépressive, c’est être névrosée ? Elle a eu besoin de faire un séjour en clinique et alors ? Être dépressive c’est mal ? Moi je trouve qu’elle a bien su remonter la pente ! Sacré bout de femme ! Moi je l’admire, elle avait un sacré caractère ! et de toute façon pour faire son job et faire face aux studios fallait être vraiment très forte. Elle est loin d’être la pauvre petite victime que l’on nous vend depuis tant et tant de décennies. C’était une battante mais parfois la vie est dure et vous donne des coups qui sont encore plus durs à encaisser. Malgré tout elle a su avancer.

Gibet : Si vous deviez conseiller un livre sur Marilyn Monroe, ce serait lequel ?

Laëtitia : En livre, c’est bien difficile à dire. Tout dépend du style recherché : livre de photos, biographies, dictionnaire… L’un de mes derniers très gros coups de cœur c’est Une blonde à Manhattan, qui est plus un livre sur Ed Feingersh que sur Marilyn. Pour la première fois j’ai vu la Marilyn que je connaissais, c’est-à-dire une femme bosseuse, courageuse qui a parfois du mal mais qui veut toujours avancer.

Gibet : « une femme bosseuse, courageuse qui a parfois du mal mais qui veut toujours avancer »… comme vous ?

Laëtitia : « Flattez-moi mon bon Blaze ». Sincèrement, Marilyn est un exemple. C’est une femme forte qui a su affronter la vie avec tout ce que cela comporte. C’est aussi pour ça que j’aime Madonna. Au final c’est ce qui les rapproche le plus : être une femme dans un monde d’hommes et ne pas avoir peur d’être ce qu’elles veulent. Elles ne se sont jamais posé en victimes et c’est pour ça qu’il existe un énorme malentendu avec Marilyn. Quand vous regardez sa vie, vous devenez très vite admiratif de son obstination, d’ailleurs elle disait : « je veux simplement être merveilleuse ». Ce n’était pas par vanité, elle voulait atteindre une certaine idée de la perfection comme pour se rassurer d’être capable de faire quelque chose de bien alors qu’elle n’était rien. Elle est partie de très bas. Elle n’avait pas réellement de famille même si son enfance n’a pas été si glauque que ça. Elle a vécu des moments très durs pour une enfant, elle a été mariée à 16 ans mais elle s’est toujours accrochée à ses rêves. Elle était obstinée. Miss Snively (la patronne de l’agence de mannequin avec qui Marilyn a signé son premier contrat en 1945) disait à ses nouvelles recrues qui lui demandaient comment devenir Marilyn Monroe : « si vous possédez seulement un dixième de son courage et de sa jugeote, vous serez sortie d’affaire ». Elle n’a jamais cessé de travailler pour s’améliorer même lorsqu’elle était au sommet. Elle n’a jamais voulu rien obtenir par les autres. Quand Hyde en 1950 lui a proposé son argent, son pouvoir pour faciliter son futur, elle a refusé pourtant c’était s’assurer une vie sans soucis ! Elle a refusé de jouer éternellement les blondes idiotes, elle a créé sa propre maison de productions en changeant son contrat avec la Fox (première à Hollywood) en 1962 alors qu’elle avait été virée de son dernier film, elle a réussi à renégocier (une fois de plus) son contrat ! C’est impressionnant ! Mais ça nous ne le voyons jamais et cela ne peut se voir que si l’accent est mis sur ces différents points et aller plus loin que l’image sublime de blonde pas si idiote que ça.

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Gibet : C’est quoi votre film préféré de Marilyn Monroe ?

Laëtitia : Bonne question ! Cela fait très longtemps que je n’ai pas vu ses films. Mais je dois bien avouer que Niagara me fascine. Pour le Technicolor, parce que c’est un vrai film noir, pour une Marilyn meurtrière des plus diaboliques, pour la beauté des chutes du Niagara… en fait ce film est presque parfait.

Interview de Dottie Mayfield, modèle new-yorkais

Charmant lecteur, c’est une première dans la rubrique Marilyn Monroe, une interview ! Faut dire que la Marilyn en question est pas facile à avoir, étant donné son planning de ministre – de maîtresse de ministre. Ajoutons à cela qu’aujourd’hui il ne reste probablement plus d’elle, parmi le monde matériel des atomes, que sa perruque dans le ventre d’un cimetière. Alors penchons-nous sur d’autres cas. Celui de Dottie Mayfield, par exemple, un modèle new-yorkais qui, de par son apparence et ses choix esthétiques, rappelle inéluctablement la Belle. Mais dites-nous, Dottie, ce serait pas super dur de vivre dans l’ombre de Marilyn Monroe ?

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Photo by Agnes Fohn

Gibet : Comment tu es devenue modèle ?

Dottie : J’ai décidé de devenir mannequin à seize ans, mais les codes esthétiques en vigueur dans le mannequinat m’ont empêché de réaliser ce rêve à l’époque. J’ai dû attendre la vingtaine pour m’accepter et prendre la décision de me lancer, en tant que femme ronde.

Gibet : Dans quelle mesure la figure Dottie Mayfield est une construction ?

Dottie : La seule part de Dottie Mayfield qui soit construite est le nom, parce que ce n’est pas mon vrai nom. Je voulais un nom qui représente mieux tout ce que je suis et aspire à être. J’ai choisi d’avoir un nouveau nom surtout pour préserver ma vie privée. Pas de chirurgie esthétique ou de trucs de ce genre, je n’ai pas changé mon corps. J’ai toujours été Dottie, je n’utilisais peut-être pas ce nom avant, mais le « véritable moi », que j’ai appris à accepter, je lui donne ce nom.

Gibet : Tu es modèle à plein temps ?

Dottie : Je suis modèle à temps partiel, mais ça ne me dérangerait pas de gagner ma vie en tant que mannequin.

Gibet : Être modèle, c’est une fin ou un moyen ?

Dottie : Je suis aussi actrice et je continue à chercher des rôles variés pour me faire un book. Mes objectifs principaux, dans ma carrière d’actrice, sont de devenir une vraie actrice comique, j’adore faire rire et j’adore aussi chanter. Alors je prends des cours de chant et j’essaie de développer mes capacités au maximum. Aussi, je suis coiffeuse, maquilleuse, photographe en devenir, j’ai tellement d’objectifs, ça va de « ouvrir mon propre restaurant/pâtisserie » à « travailler avec des designers pour créer une marque de vêtements ».

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Photo by Agnes Fohn

Gibet : Tu le disais au début, tu as une silhouette toute en courbes. Est-ce que ça t’a déjà posé des problèmes concrets, dans tes activités de modèle ?

Dottie : Oui. Il y a des moments passagers d’engouement général, pendant lesquels on rejette ou admire les courbes. Je pense que quelle que soit la tendance du moment, il est important de s’accepter pour ce qu’on est et de s’aimer.

Gibet : J’ai remarqué que certaines photos tendaient à effacer ces courbes, à te faire rentrer dans les codes justement. Qu’est-ce que tu en penses ?

Dottie : Souvent les photographes restent derrière la barrière de sécurité, pour que leur travail soit accepté socialement, ou parce qu’ils ont décidé que c’était ça qui était le plus beau, selon leur perspective artistique. Personnellement, je suis impatiente de travailler avec un photographe qui se réjouit de mes formes.

Gibet : Je t’ai découverte car tu es la fiancée de Tony Vitti, un crooner expatrié que je suis depuis longtemps. Comment tu l’as rencontré ?

Dottie : Appelez ça destin ou hasard, mais au bout du compte, c’est juste de la chance. Il avait besoin d’une pin-up pour un projet et j’avais besoin d’un homme avec ce charme d’autrefois, et nous sommes tombés amoureux. Quant à son projet musical, qui continue à grandir et évoluer, il a beaucoup de fans, moi y compris, qui attendent patiemment que cet artiste si talentueux nous offre d’autres merveilles.

Gibet : Est-ce que tes goûts se limitent à la période pin-up ?

Dottie : J’aimerai toujours les pin-ups et la plupart des films et musiques des années 1900 à 1950, mais j’ai aussi un amour profond pour la Renaissance, la culture grecque, et une grosse passion pour les monarchies, et les trouvailles architecturales et archéologiques du monde entier.

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Marilyn dans un photoset qui semble avoir inspiré Agnes Fohn

Gibet : Partout dans ton univers je vois des allusions à Marilyn Monroe. Je suis taré ou c’est une véritable influence pour toi ?

Dottie : Je suis née blonde. J’ai essayé beaucoup d’autres couleurs, mais je me sens plus à l’aise avec le blond platine. À la fin de mon adolescence, j’ai découvert qui était Marilyn Monroe parce qu’on me disait tous les jours que je lui ressemblais. Selon moi, je suis juste attachée à une ère passée où les femmes portaient des boucles serrées et du rouge à lèvres rouge. Marilyn Monroe est devenue un personnage si intemporel que de nos jours, n’importe quelle femme aux cheveux blonds et aux lèvres rouges peut s’entendre dire qu’elle lui ressemble. Cependant, même sans maquillage et sans brushing, on m’a toujours dit que je lui ressemblais. Les gens voient ce qu’ils veulent voir, et si ça leur fait plaisir de voir ça chez moi, ça me rend contente pour eux.

Gibet : Donc tu t’en fiches de Marilyn Monroe ? C’est plus un poids qu’un plaisir d’être comparée à elle ?

Dottie : Où que j’aille, je croise Marilyn Monroe. Quand je vais faire mes courses, des jeunes filles m’abordent en tremblant, elles empoignent leur entourage et crient « Oh mon Dieu ! Tu es le portrait craché de Marilyn ! ». Elles me demandent une photo et je suis heureuse de les rendre heureuse. J’entends les murmures et les cris, je sens les doigts pointés dans les rues de Manhattan et les allées des supermarchés, « Regarde, regarde, c’est le portrait craché de Marilyn. » Les gens m’arrêtent et me demandent, les larmes aux yeux, s’ils peuvent me faire un câlin. Comment je pourrais m’énerver contre Marilyn alors que je vois tous ces gens qui l’aiment avec la même intensité 50 ans après sa mort ? Même cette interview avec toi a été principalement motivée par Marilyn et son influence sur moi.

Marilyn Monroe, c’est un personnage que Norma Jean a développé pour mettre en cage sa vraie personnalité, pour échapper à la souffrance qu’elle devait porter et peut-être que j’ai fait la même chose en créant Dottie Mayfield. Elle veut être aimée, pas prise en pitié. Plus le temps passe, plus j’en découvre sur Marilyn, plus je me rends compte qu’on a beaucoup en commun. Tellement en fait que pour être tout à fait honnête ça m’a fait un peu peur. Par exemple j’ai fait un voyage jusqu’au bout de Long Island, j’ai trouvé la ville de Amagansette et j’en suis tombée amoureuse. Je ne voulais pas partir. Je me suis sentie liée à cet endroit de manière inexplicable. Cet endroit me semblait très familier. Quand je suis rentrée chercher des hôtels pour y rester plus longtemps, la première chose que je vois c’est que c’était un des endroits préférés de Marilyn à Long Island et qu’elle y avait loué une maison avec un de ses maris.

J’ai eu une enfance très difficile. Je viens notamment d’une famille où les maladies mentales sont très fréquentes. On m’a fait vivre chez les autres, mise en famille d’accueil, tout comme Marilyn. J’ai toujours aimé Jean Harlow, elle est une des plus grande influences dans ma carrière et personnellement j’ai souhaité lui ressembler. Ensuite j’ai découvert que Marilyn l’adorait profondément aussi. Nous sommes toutes les deux de vrais rats de bibliothèque, nous avons toutes les deux l’habitude de nous donner toute entière, nous attendons de nous-mêmes la perfection, et sommes sévères lorsque nous n’atteignons pas les objectifs que nous nous étions fixés. Ses choix en matière d’homme sont très clairs pour moi, je peux complètement comprendre les raisons qui les motivent. Les hommes avec qui elle choisissait d’être lui procuraient une stimulation solide et une sécurité émotionnelle, peu importe leur compatibilité dans d’autres domaines. Elle voulait construire une famille à tout prix, puisque qu’elle n’en avait pas eu dans son enfance et qu’elle se sentait très seule. Au bout d’un moment, elle a découvert que même ces hommes pouvaient partir et le faisait inévitablement. Elle croyait au grand amour mais ne l’a trouvé qu’en recevant celui de ses fans. Elle leur a permis de devenir la famille qui lui manquait et les aimait entièrement. Moi, j’ai eu la chance d’avoir des enfants, mais j’ai souffert de mauvais choix de partenaires, et n’ai pas pu créer un environnement familial sain et stable. Plus ma carrière avance, plus j’avance, plus je découvre les sensations que l’amour des fans peut me procurer, et plus je ressens une affection profonde pour eux.

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Jean Harlow portait des pyjamas un poil plus sophistiqués

Au début, être comparée à elle m’inquiétait, mais ce n’était jamais un fardeau. La question est : est-ce que quelqu’un comprendra qui est Dottie Mayfield ? Est-ce que ça intéressera quelqu’un ? Peut-être qu’il ne veulent que cette babiole : vivre le fantasme de posséder un morceau d’icône ? Ensuite venait la peur. Comment moi, Dottie Mayfield, pourrais-je jamais me hausser au statut iconique de Marilyn ? Tout ça me semblait impossible. Il y en a tellement qui s’attendent encore à ce que je sois comme elle que j’ai peur qu’ils soient déçus quand ils verront qui je suis, et bien que je m’identifie à Marilyn Monroe et admire son courage, je ne suis pas une imitation, je suis celle que je suis, Dottie Mayfield.

Je n’ai jamais essayé de ressembler à Marilyn mais il se trouve que je suis incapable de lui échapper, même si je le voulais. Est-ce que c’est une bénédiction d’être comparée à une icône ? Peut-être. Mais en voyant nos deux vie se synchroniser comme ça, je suis capable de m’en détacher, avec l’aide des mots qui ont le plus influencé ma vie, des mots qui viennent de cette icône qui m’entoure tous les jours et d’une certaine manière vit peut-être encore à travers moi : « Crois toujours, toujours, toujours en toi-même, car si tu ne le fais pas, qui le fera, ma puce ? ».

En ce moment je souhaite produire des choses plus concrètes pour le plaisir de mes fans, comme des films ou peut-être bientôt de la musique. Je ne suis pas pressée d’être célèbre, j’apprécie beaucoup d’avoir mon intimité, et je tiens à prendre mon temps sur des projets qui sont artistiquement satisfaisants et conformes au projet que j’ai en tête.

Photo by Agnes Fohn

Photo by Agnes Fohn

Interview d’Arthur Vauthier, créateur de the kidults

Le 24 juin dernier, je m’en vais jeter un oeil à un salutaire billet consacré aux web-séries sur Séries Chéries. Parmi les web-séries présentées, the kidults :

Dans la salle de bains des Kidults, il se passe vraiment beaucoup de choses : on y prend sa douche et on s’y lave les dents, certes, mais on y discute aussi du sens de la vie, de l’amour et des crèmes hydratantes. Les personnages ? Des colocataires plus ou moins bobos et carrément adulescents, qui chantent comme la Reine des Neiges quand ils ne parlent pas de sexe. L’innovation ? Pas d’épisodes ni de saisons prédéfinis, mais des tranches de vie que vous regardez quand vous voulez, dans l’ordre que vous voulez, sur la chaîne youtube et sur le tumblr. Les intrigues suivies, comme les relations amoureuses, se laissent aisément deviner, et on flâne sans peine parmi les gifs et les vidéos.

Lecteur aimé et adulé, sans te mentir, the kidults c’est la première véritable web-série de l’histoire du web et des séries, la première à proposer un format exclusivement viable sur l’internet, la première à ne pas courir aveuglément derrière la télé. En plus de ça, c’est bien. C’est frais, c’est attachant. Tu sais comment je suis, moi, quand c’est comme ça, j’ai envie de causer avec le chef, Arthur Vauthier.

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Gibet : Quelle est ta formation ? Tu peux me présenter le reste de l’équipe ?

Arthur : Pour ma part, j’ai fait un master réalisation en fac de ciné. Yohann est comédien, Sarah monte sa boîte et Lucas travaille dans la culture. Nous sommes tous amis, rencontrés en soirée, dans le cadre du travail, ou sur le tournage des kidults. Il n’y a pas de technicien dans l’équipe, nous travaillons avec un minimum de moyens : une petite caméra, et je me charge du montage. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, cette étape est assez chronophage car la masse de rushs est énorme.

Gibet : Comment est née the kidults ? L’idée du format était là dès le début ?

Arthur : Nous avons tâtonné pendant un an, fait des essais dans plusieurs lieux, pour finalement ne garder que la salle de bain. Ce format, dont nous nous sommes écartés à plusieurs reprises au cours des essais, était pourtant mon idée de départ : j’avais pris l’habitude de regarder des sitcoms américaines à travers les vidéos que les fans postaient sur YouTube (extraits, meilleures répliques, zappings de scènes cultes, etc.), je ne comprenais rien à l’histoire de ces séries mais ça n’avait pas d’importance, je trouvais ça assez marrant ; j’ai eu envie de reproduire ce dispositif, inviter les spectateurs à se perdre d’extraits en extraits, sans proposer une trame narrative toute tracée. L’idée d’associer des gifs animés aux vidéos est venue plus tardivement.

Gibet : Pourquoi avoir choisi the kidults comme titre ? À mes yeux, c’est le point faible de la série, car il biaise le regard – au lieu de nous faire entrer dans ton univers vierges et libres de réagir comme on veut, il pose déjà une sorte de jugement moral sur les persos, il va falloir les regarder comme des gens immatures, qui doivent grandir.

Arthur : Cette idée est complètement assumée et tant mieux si elle oriente la lecture des personnages. Ces quatre colocs sont souvent gamins, ils n’ont pas envie de grandir et préfèrent faire les fous, la fête, vivre ensemble. Je n’irais pas jusqu’à poser un jugement moral sur eux, d’autant qu’aujourd’hui tout le monde est un peu adulescent. C’est le thème sous-jacent de la web-série, chaque épisode peut être lu à travers ce prisme. Est-ce qu’ils vont grandir, comme dans les sitcoms sur des groupes d’amis, où chaque épisode permet d’apprendre et de s’améliorer ? Pas sûr. Dans la vie je pense qu’on change beaucoup, mais qu’on refait souvent les mêmes erreurs. Les quatre kidults seront probablement comme ça, un peu gauches en amour comme en amitié, ils auront toujours des trips de grands ado et joueront à être des adultes. Beaucoup de gens nous disent qu’après avoir visionné quelques vidéos, on a l’impression de connaître la petite bande, de faire partie de leurs amis, de s’attacher à eux. Moi aussi, je les aime beaucoup, évidemment.

Gibet : Oui, mais j’ai toujours l’impression que quand on qualifie quelqu’un d’immature – ce que tu fais avec tes personnages en les rangeant dans la catégorie des kidults – ça appelle immédiatement l’injonction « Grandissez ! » – donc forcément à un jugement moral, qui part du principe que c’est mieux d’être mature qu’immature et donc que tout ce qui est immature est condamnable. Du coup, si je comprends bien, tu donnes simplement l’immaturité comme un fait, sans jugement positif ou négatif ?

Arthur : Disons que ça n’est pas une immaturité permanente. C’est plus une difficulté à se projeter dans une image d’adulte. Et une nostalgie qui fait que l’enfance, en réalité, ne s’en va pas tout à fait et permet de garder une part de légèreté, d’émerveillement.

Gibet : Comment écrit-on un épisode de the kidults ?

Arthur : Ça dépend des épisodes. Certains sont très écrits, d’autres plus spontanés, d’autres encore à cheval entre les deux. On a repris pas mal d’anecdotes de nos vies respectives. Dès qu’on vit un truc un peu marrant, je prends des notes pour le mettre en scène plus tard. Dès qu’un ami me fait marrer je lui dis : « tu as conscience que tout ça va se retrouver dans les kidults ? ». Je prends aussi tout ce qui me semble parlant, les situations révélatrices d’une difficulté à être adulte, à faire adulte. Ensuite, on joue beaucoup avec l’humour spécifique de chacun : Sarah est naturellement décalée, Yohann un véritable juke-box humain… Cela étant, nos vies sont très différentes de celles de nos personnages.

Gibet : À ce propos, est-ce que Sarah et Lucas sont ensemble dans la vraie vie ? Ils arrivent parfaitement à créer l’illusion d’une intimité de longue durée.

Arthur : Dans la vraie vie, Sarah et Lucas ne sont pas ensemble, mais ils ont su trouver une vraie complicité devant la caméra. Pour moi aussi, ils sont bluffants !

Gibet : Est-ce que tu sais où tu vas, en terme d’intrigue ?

Arthur : C’est difficile de parler d’intrigue avec ce projet, chaque épisode peut être vu indépendamment de l’ensemble. Il n’y a pas vraiment de progression narrative, même si les personnages verront leur situation sentimentale, professionnelle, ou relationnelle changer avec le temps. J’aime voir les effets du temps sur un lieu et sur des personnages, qu’il s’agisse du caractère, de traits physiques ou d’une façon d’être, ou encore des accessoires et vêtements qui nous accompagnent à certaines périodes de nos vies. Un t-shirt, une boucle d’oreille, une coupe de cheveux, un mot à la mode, un rire qu’on s’est approprié… avec le temps, on retrouve avec plaisir ces détails oubliés en tombant sur une photo ou une vieille vidéo, ces détails qui semblent loin et qui ont pourtant fait partie de nous. Peut-être que je ne réponds pas vraiment à la question, disons que j’ai des perspectives pour chaque personnage, mais qu’elles sont susceptibles d’évoluer, de s’adapter, de me surprendre.

Gibet : Vous atteignez aujourd’hui, mardi 9 septembre 2014, le cap des 100 épisodes. Combien d’épisodes sont prévus ?

Arthur : Le centième est un peu particulier et d’autres épisodes seront postés par la suite sur le même modèle. J’espère qu’il y aura des milliers de vidéos, un univers tout entier que le spectateur ne pourra connaitre que partiellement.

Gibet : De quels épisodes es-tu le plus satisfait ?

Arthur : Récemment, j’ai pris un grand plaisir à mater en boucle #tshirt, où Sarah, habituellement dans son monde et pas prise de tête, pique une crise parce que Yohann a prêté son t-shirt préféré à « Sauce Soja », une ancienne coloc que Sarah est venue remplacer. J’aime beaucoup aussi la gaffe de Yohann dans #tropflippant, et la réaction de Lucas.

Gibet : Ta série me fait penser à plusieurs choses. J’aimerais que tu me dises si ces univers t’inspirent d’une manière ou d’une autre : le cinéma de Sophie Letourneur, pour l’énergie, la direction d’acteurs, l’horizon des personnages.

Arthur : Je pense avoir vu et revu La vie au ranch mille fois avant de lancer la web-série, j’ai eu un vrai coup de cœur pour ce film (même si je conçois qu’il puisse être difficile à visionner, et que ses personnages puissent agacer le spectateur). C’est vraiment un coup de maître que de filmer de cette façon le quotidien d’une bande de filles d’aujourd’hui, des trips, des soirées qui s’enchaînent, avec en filigrane une réflexion forte sur la place de l’individu au sein d’un groupe. Chapeau Sophie Letourneur !

Gibet : La vie sècrete des jeunes de Riad Satouff, pour son inefficacité documentaire ; alors que c’est une BD supposément comique, Satouff n’hésite pas à relater des anecdotes qui tombent à plat, ou parfois le truc drôle est au début ou au milieu, ou la plupart du temps il n’y a pas de chute, etc.

Arthur : Je ne connais pas beaucoup, mais ce que tu en dis me fait envie. J’aime bien l’expression « inefficacité documentaire » !

Gibet : Friends – j’ai l’impression que the kidults est la digne petite soeur 2.0 de Friends, d’autant plus attachante qu’elle n’essaie à aucun moment d’imiter l’originale.

Arthur : J’ai adoré cette sitcom, même si je lui préfère largement How I Met Your Mother, plus moderne, plus inventive sur le plan narratif, plus proche de nous aussi : la bande à Ted Mosby a autant de mal à quitter l’enfance que les quatre kidults, surtout dans les premières saisons.

Gibet : Y’a pas longtemps, j’écrivais ça sur DylanesqueTV : « Découvrir des inédits de Friends en 2014 c’est réconfortant et aussi assez rafraîchissant. C’est une série qui est totalement dépourvue de cynisme ou de volonté de paraître cool. Y’a tellement de films et de séries qui gaspillent leur énergie pour paraître malins – alors qu’en plus elles le sont pas franchement – c’est le mal du XXIème siècle, avec aussi la prédominance de l’axe américano-sionis euh non rien. How I Met Your Mother, par exemple, sa fondation c’est uniquement ça : même vision du monde que Friends, même mécanismes fondamentaux, mais avec plein d’ASTUCES. Regardez comme on est astucieux, on fait des structures astucieuses, on fait des retournements astucieux, on s’impose des contraintes scénaristiques super strictes tellement on a peur de rien tellement on est astucieux. Ah euh oui par contre pour conclure la série on va détruire tout ce qu’on a établi en sept ans en trois minutes – désolé, on était trop occupés à être astucieux. Friends, y’avait « simplement » l’ambition de créer une bande de potes authentique, avec, en guise de septième friend, ni Mike ni Gunther ni George Martin, mais le spectateur en personne. » C’est en ce sens que je trouve the kidults plus proche de Friends, c’est brut, l’énergie est concentrée sur l’authenticité de la bande de potes, du jeu, des émotions, et jamais sur l’esbrouffe scénaristique.

Arthur : Je vois ce que tu veux dire. Mais Friends proposait une vision parfois idyllique des relations amicales, à base de câlins géants, de gros mugs de café, et de happy ends à répétition, là où HIMYM a su montrer les failles véritables d’un groupe de potes partagés entre plaisir d’être ensemble et désir de grandir. Pour ma part, j’ai détesté la dernière saison, mais je trouve le final plutôt réussi (contrairement à sa version alternative, si fade). La dernière image est d’un optimisme à toute épreuve et donne envie de vieillir avec le sourire, avec cette idée que le temps n’est pas forcément un ennemi, que nous avons toute la vie devant nous et qu’il ne sera pas trop tard pour être heureux quand nous serons plus âgés.

Gibet : Dans the kidults, il y a pas mal de références à la pop culture. C’est ton paysage culturel à toi ou est-ce que tu te plies aux personnages ?

Arthur : Tu fais référence à Dragon Ball Z, La Reine des neiges, ou Selena Gomez ? Yohann a été conçu comme un personnage ultra geek (et un peu bitchy), le comédien a apporté ses propres références. Game of Thrones, en revanche, je revendique : j’étais trop accro pour ne pas en parler dans les kidults.

Gibet : Tu aimes Game of Thrones ? Si on se fiait seulement à the kidults, on pourrait penser que c’est hyper éloigné de ta sensibilité.

Arthur : Game of Thrones, c’est une drogue. Pas forcément la série la plus subtile qui soit, mais je m’intéresse à pas mal d’univers différents. D’ailleurs, j’écris depuis longtemps un roman d’heroic fantasy, rien à avoir avec la salle de bain des kidults. Sinon, j’aime le cinéma innovant et inventif (Agnès Varda, Alain Cavalier), ou le travail remarquable de Lena Dunham, qui a amené les codes du cinéma américain indépendant dans le format série avec Girls. Ce qu’elle montre des jeunes femmes et des jeunes hommes d’aujourd’hui, ce qu’elle dit du corps, de l’amour, de l’amitié, tout ça m’inspire beaucoup et fait beaucoup de bien.

Gibet : Tu regardes des web-séries ?

Arthur : J’en regarde peu. J’ai un faible pour La vie absurde de deux connards et Les Showrunners, dont les comédiens et auteurs sont des amis à moi. Ils feront peut-être une apparition dans notre salle de bain un de ces quatre…

Interview de Halima Slimani, actrice d’Authentik

Gibet, il avait l’air un peu crisprolls quand il m’a ramené cette interview, mais je crois pas que ça ait grand-chose à voir avec Authentik, la web-série en question – la web-série en question, elle est très fraîche, très bien jouée et globalement bien troussée dans le genre screwball comedy sauce NTM – on te la recommande tous, sans exception, c’est le genre de trucs qu’à l’instar de Kaamelott tu peux mater avec papa et vous riez ensemble réconciliés. Halima Slimani, elle y joue le rôle de Nawel, adorable brune, bonus franc-parler et balls grosses comme ça, du genre dont les garçons mous tombent amour – ok c’est bon je sais pourquoi il était crisprolls le Gibet.

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Gibet : C’est quoi ta formation ?

Halima : Depuis tout petite, je m’intéresse au cinéma. Je suis allée dans un lycée qui proposait l’option, j’y ai rencontré notamment Eric Deschamps, un réalisateur qui intervenait dans notre cours pour nous aider à préparer notre film du bac, il m’a recontacté après le lycée et j’ai commencé à faire un peu de régie sur des tournages. Un jour, par hasard, j’ai accompagné mon petit frère à un casting de Kechiche. J’ai retrouvé l’ambiance des plateaux de tournage et ça n’a fait que conforter mon envie. Finalement, à part un peu de théâtre plus jeune, je n’ai jamais été réellement formée au métier de comédienne.

Gibet : Ça t’a jamais posé de problème de légitimité ?

Halima : Non, dans le sens où je crois que c’est sur le terrain que t’apprends le plus de choses. Après c’est clair que ça ne te dispense pas de prendre des cours à côté et d’apprendre toujours plus en général parce que sans bosser y’a un moment donné où c’est pas suffisant et où t’avances pas.

Gibet : Pourquoi avoir choisi cette voie plutôt qu’une autre alors que tu semblais t’intéresser à tous les aspects du cinéma ?

Halima : Parce que c’est ce qui s’est présenté à moi disons, et que je me suis rendue compte que je kiffais ça. Je n’ai pas encore touché au reste du coup, je me contente pour le moment de m’y intéresser, mais ça viendra peut-être. Je me suis posé la question de m’orienter vers des études techniques. J’ai réalisé un petit film pour mon épreuve de bac avec une amie mais pas grand-chose de plus encore.

Gibet : Quels sont tes modèles ?

Halima : Disons qu’il y a les comédiens comme Catherine Deneuve que j’avais vue dans les films de Jacques Demy petite, qui te font rêver et qui forcément contribuent certainement à l’envie de faire du cinéma. Sinon j’admire beaucoup Vincent Lindon parce que c’est quelqu’un qui choisit ses films et qui a énormément de talent. Pareil pour Juliette Binoche. Dans les nouvelles têtes du cinéma français, j’aime beaucoup Tahar Rahim ou Sabrina Ouazani : ce sont non seulement de bons comédiens, mais on voit qu’ils font des films où ils s’éclatent et qui leur plaisent vraiment. Maintenant c’est sûr que c’est un luxe et qu’il faut un moment pour en arriver là mais bon, ça n’empêche pas certains, même déjà lancés, de tourner pour tourner… Je pense que c’est le pire dans ce métier : si tu kiffes pas chaque tournage, si tu bosses pas sur des projets qui te tiennent à cœur, je vois pas l’intérêt. J’ai aussi beaucoup de respect pour ceux qui s’essayent à la réalisation, comme Guillaume Canet ou Sara Forestier. Et j’avoue que je suis aussi une groupie qui se respecte depuis mes 8 ans : j’aime beaucoup Julia Roberts parce que même si elle a pas toujours tourné dans des chefs-d’œuvre, elle est toujours au top, ça s’explique pas.

Gibet : Tu rêverais de travailler avec qui ?

Halima : Avec des gens comme Jacques Audiard. Je crois qu’Un prophète fait partie de mes films préférés. J’aime ce genre de cinéma. Après dans un autre genre, j’aimerais bien me retrouver à tourner avec Fred Cavayé par exemple, je le trouve efficace dans son style, là où en général les Français ont du mal. Sinon (la question c’est avec qui je rêverais alors je ne me refuse rien) et sans originalité aucune, les mythes comme Clint Eastwood ou James Gray. Je suis aussi fan – dans un autre registre – des films de Christopher Nolan et Michael Mann dont j’adore la photographie.

Gibet : Est-ce que tu as actuellement des limites, que tu as l’impression de ne pouvoir dépasser qu’avec tel ou tel réalisateur ?

Halima : Je ne pense pas que les comédiens se disent « ça je veux pas le faire » d’avance. La question doit se poser quand c’est du concret. Disons qu’hors contexte, il y a plein de choses qui te bloqueraient et qui finalement se justifient si on t’offre un beau rôle. Du coup oui, ça dépend énormément de qui te dirige, enfin j’imagine, j’ai pas l’expérience pour pouvoir en juger mais c’est l’idée que je m’en fais : si t’as confiance dans le projet que te propose le réal, tu dois certainement te lancer quasi les yeux fermés alors que si d’emblée t’es pas dedans, forcément tes propres limites prendront le dessus. C’est comme dans la vie : tu te confierais pas forcément à un pote que t’apprécie mais qui est juste un pote de soirée alors qu’avec ton équipe tu sais que tu peux y aller.

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Gibet : Comment tu as rejoint la série Authentik ?

Halima : J’ai rencontré Anthony par hasard à Paris lors d’un atelier où j’avais rendez-vous avec mon agent. On a sympathisé et il m’a rappelé quelques temps plus tard pour me proposer d’interpréter le personnage de Nawel dans la série.

Gibet : Comment ça se passe un tournage d’Authentik ?

Halima : C’est assez préparé, on ne se détache généralement pas du texte une fois qu’il est bouclé, mais lors des répétitions, Anthony change pas mal de choses en fonction de notre façon de dire telle ou telle réplique. Il est directif, donc, mais à l’écoute de nos propositions. Un épisode en règle générale se tourne en une demi-journée (à raison de 3 ou 4 prises par plan le plus souvent). Parfois il tournait deux épisodes dans la même journée.

Gibet : Tu as d’autres projets en cours ?

Halima : Je vais tourner un teaser de film d’horreur très prochainement (ça va changer de Nawel pour le coup) et un projet de long aussi qui se met en place, en espérant que ce n’est que le début !

Gibet : D’après IMDb, tu serais dans La Vie d’Adèle. Je me suis repassé le film dans la tête six fois en long en large au ralenti x300 je t’ai pas trouvée. Tu y es vraiment ? Comment tu t’y es retrouvée ?

Halima : Oui j’y suis vraiment ! Enfin… À l’origine ! J’ai tourné une vingtaine de jours pour finalement constater à Cannes que je n’apparaissais pas dans le film. Comme je l’ai dit, à la base j’accompagnais mon frère : la directrice de casting m’a dit de passer aussi un essai, et finalement j’en ai passé 5 et me suis retrouvé dans cette aventure. Beaucoup de scènes tournées ne sont pas dans le film mais bon, quand on voit le nombre de rushes qu’il fait, ça paraît assez logique. Je n’étais présente que dans les scènes de lycée et beaucoup de passages n’apparaissent pas. Cela dit Adèle et Léa ont dû tourner encore plus de scènes coupées alors bon… Avec les images qu’il a, il pourrait sortir encore 12 chapitres de La Vie d’Adèle je crois ! C’est sa façon de travailler.

Gibet : Qu’est-ce que tu penses du film finalement ?

Halima : Je ne regrette absolument pas d’avoir participé à ce film parce que j’ai fait de super rencontres, j’ai pu voir en vrai ce que c’était un tournage avec Kechiche, et surtout je trouve le film magnifique, comme tous ses films. Personnellement j’aime beaucoup ce qu’il fait, c’est un artiste à part entière. La Vie d’Adèle est un très beau film qui mérite son succès, tout comme Adèle Exarchopoulos qui est une formidable comédienne. Cela dit mon petit favori de Kechiche reste L’Esquive.

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Nos épisodes favoris


Interview de Juliette Barry, réalisatrice-actrice de Manège Hollywood

J’ouvre l’autre jour ma boîte mail et, parmi les mails de personne, j’en vois un qui se nomme MANÈGE HOLLYWOOD avec des petits trucs comme des smileys tout autour. J’ai cliqué, et c’est comme ça que j’ai fait la connaissance de Juliette Barry, réalisatrice et actrice qui non seulement aime Marilyn Monroe mais qui en plus le dit dans ses films.

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Photo by Lucie Legros

Gibet : Dans ton CV, c’est marqué que tu as travaillé au théâtre avec un certain Nicolas Barry – tiens donc ! Tu es issue d’une famille d’artistes ?

Juliette : Marrant que tu relèves ça. Nicolas Barry c’est effectivement mon petit frère. Il est metteur en scène / comédien (il joue mon frère dans Bite en bois). Mais non, nous sommes deux électrons dans une famille d’ouvriers pour les grands-parents, puis médecins pour mes parents, et aucun cousin ni oncle ni quoi que ce soit avec du sang commun qui soit artiste chez nous. Je ne sais pas d’où ça nous vient. Mais ça n’est pas évident d’être seul, du coup on a perdu tous les deux beaucoup de temps…

Gibet : Le fait que dans presque tous tes films tu t’intéresses à des prolos, c’est un geste politique ou c’est purement esthétique ?

Juliette : Je ne sais pas. Je m’inspire des gens que je croise dans ma vie et certains me touchent plus que d’autres… Parfois je fais des choix un peu politiques, parfois esthétiques, je n’ai pas vraiment de méthode. Le principale c’est de parler de tout sans tabous et de dédramatiser toutes les situations et les relations humaines.

Gibet : Tu fais beaucoup de films dans le cadre de concours – une fois la Macif, une fois le CROUS, trois fois Dick Laurent… – tu cherches la contrainte ?

Juliette : Non. Par contre j’aime bien en avoir, ça permet d’avancer plus vite. Comme en archi avant de faire un projet, le client vous donne d’abord les contraintes, ses envies, et après on y va. De toute façon, quand tu fais un film, il y a toujours des contraintes, même hors des concours. Je fais les concours parce que ça permet de produire des choses et de rencontrer des gens.

Gibet : En général tu arrives avec une idée que tu essaies de faire entrer dans les contraintes ou tu pars des contraintes pour construire ton film ?

Juliette : Les deux. Parfois j’ai écrit un dialogue que j’aime bien et j’essaie de le mettre dans un film. Mais je n’ai jamais eu un film entier que j’essaie de faire rentrer dans des contraintes.

Gibet : Tu es frustrée quand tu joues dans les films des autres, par exemple de n’avoir que ça à faire ?

Juliette : Bien au contraire quel plaisir de jouer pour les autres. Dans l’idéal j’aimerais ne jouer que pour les autres et réaliser sans moi dedans.

Gibet : Ça veut dire que tu joues dans tes films par défaut ? Pourquoi ?

Juliette : Parce que pour l’instant on ne me propose pas assez de rôles pour que je demande à d’autres comédiennes de jouer à ma place. En d’autres mots je ne travaille pas encore assez pour ne pas me payer le luxe de me pistonner dans mes propres films.Ce n’est pas vraiment par défaut puisqu’en général j’aime mes personnages. Par contre ça met plus de stress sur un tournage.

Gibet : Est-ce qu’il existe une version longue de Bite en bois ? Je trouve le film rigolo sous sa forme actuelle, mais j’ai l’impression qu’il y avait matière à faire plus long, genre un beau road-movie avec le frère et la sœur qui prennent la route pour aller voter, et toute la galerie de personnages.

Juliette : Le scénario est effectivement beaucoup plus long (15 minutes) mais il n’a jamais été réalisé. Au départ l’idée c’était de filmer le dîner en famille le midi d’une élection présidentielle quand les enfants ne sont pas allés au bureau de vote.

Gibet : Pourquoi tu n’as pas réalisé le film entier ?

Juliette : Pour des questions de budget… Chercher de l’argent c’est long et ça n’en ramène pas donc à côté en général je bosse pour gagner ma vie et certains projets restent inachevés. Mais pas pour toujours non plus.

Gibet : Parlons un peu de Marilyn Monroe. D’où te vient ton intérêt pour elle ?

Juliette : La photo de Marilyn en tutu était dans la chambre de la grande sœur d’une amie en primaire. Je ne savais pas qui était dessus, mais je faisais de la danse classique à l’époque et j’étais fan du tutu de cette fille dont je ne savais rien. Vers 15/16 ans, je me suis acheté cette photo et je l’ai fait encadrer, puis j’ai commencé à m’intéresser à Marilyn Monroe en lisant sa biographie sur la plage – La Véritable Marilyn Monroe par Bertrand Meyer-Stabley.

Gibet : Dans quelle mesure tu t’intéresses à elle ? Je sais pas, par exemple tu collectionnes ? Tu vois et revois ses films fréquemment ?

Juliette : Elle me touche, et l’époque où elle vivait me touche aussi. Je ne collectionne pas du tout, avant les gens m’offraient toujours un truc Marilyn Monroe mais je n’ai pas gardé grand-chose. Je pense que j’étais jalouse d’elle, pas physiquement, pas intellectuellement, pas de sa carrière ni de sa vie, mais jalouse de ce que je lisais d’elle, ce que les gens disaient d’elle. Elle me touche physiquement j’aime son corps et sa démarche.

Gibet : Dans ta note d’intention pour Manège Hollywood, le projet que tu cherches actuellement à financer sur Touscoprod, tu parles de ta fascination pour la fameuse photo de Milton Greene, et c’est amusant car quand on regarde tous tes films, cette photo c’est une sorte de motif. Dans Toutes des salopes… surtout ma mère, on voit la photo en arrière-plan dans la chambre de la fille et dans Le syndrome Marilyn sans détour tu fais une reconstitution cauchemardesque de la séance photo. Qu’est-ce qui te parle dans cette photo plutôt qu’une autre ?

Juliette : Je l’ai dit au-dessus : le tutu. Dans Le syndrome Marilyn, c’est une histoire vraie, il était trop petit pour elle le jour de la séance photo. Ce rapport au corps de la femme qui ne rentre pas dans un tutu me touche particulièrement.

Gibet : Qu’est-ce que ça incarne pour toi ? La difficulté de répondre au devoir de féminité ?

Juliette : Entre autres. Aussi une sorte de démystification de l’icône qui redevient normale quand on connaît l’envers du décor… Mais cette démystification des gens arrive aussi dans la vie courante.

Gibet : Moi aussi ma fascination pour Marilyn est partie d’une photo, et je pense que c’est significatif car nous autres français nous avons principalement accès à elle par le biais de ce que font les Don Draper de son image – ses films ne sont pas montrés. Tu trouves pas ça triste ?

Juliette : J’aime beaucoup les films de Marilyn mais ils commencent à vieillir, c’est difficile de sensibiliser les nouvelles générations aux anciens films, il sort déjà rien qu’en France plus de 200 films par an…

Gibet : C’est vrai que c’est un cinéma qui peut être très codifié, et c’est dur de montrer ça sans s’excuser un peu – je vais vous montrer Sept ans de réflexion, faites pas gaffe si le type parle tout seul 50% du temps… C’est quoi ton film favori de Marilyn ?

Juliette : Je pense que c’est Sept ans de réflexion, justement. Mais je ne les ai pas tous vus. Dedans je la trouve très très drôle et assez subtile, malgré des situations un peu clichés.

Gibet : Et en général, tu aimes quel cinéma ?

Juliette : J’aime rire au cinéma, j’aime beaucoup les dialogues et l’humour des films anglais – Cashback est à ce jour un de mes films préférés. J’aime l’humour noir et les dialogues cinglants du type Blier. J’accorde une véritable importance aux dialogues. J’adore le cinéma de Nadine Labaki et des actrices dont elle s’entoure, Lubna Azabal, Morjana Alaoui – et la réalisatrice Cherien Dabis et ses comédiennes Alia Shawkat, Nadine Malouf. J’aime aussi beaucoup les nouveaux réalisateurs français : Antonin Peretjatko, Justine Triet… Enfin, j’adore les blockbusters indiens : New York, Bol Bachchan, Housefull, Ek Tha Tiger… C’est un peu mon péché mignon.

Gibet : Revenons à nos moutons blonds. Dans Toutes des salopes… y’a un désaccord culturel entre la mère et la fille – qui prend des proportions telles que la fille finit par tuer Claude François. Ça part d’une situation vécue ? Tu as dû t’opposer à la culture pop française pour affirmer ton goût pour Hollywood ?

Juliette : Non. Enfin je ne pense pas. J’ai été fan de Claude François petite, encore une fois lié à la danse et au costume des Claudettes qui me faisait rêver…

Gibet : D’ailleurs ton goût pour Hollywood s’étend au-delà de Marilyn Monroe ?

Juliette : Il m’attire et me révulse à la fois. Les américains me font rire. Par exemple, le dernier film de Sofia Coppola The Bling Ring ou encore Map to the stars de David Cronenberg me fascine parce qu’ils racontent l’écart avec nos vies. À l’époque de Marilyn Monroe, des Marx Brothers ou de Charlie Chaplin, les studios, les files d’attente pour les castings… tout ça est un vrai fantasme pour moi. J’adore lire ces histoires qui décrivent le Hollywood de cette époque.

Gibet : Quand tu as conçu Le syndrome Marilyn, tu t’es immédiatement dit que tu jouerais Marilyn ? T’as pas eu peur ?

Juliette : J’ai toujours un peu « honte » de jouer dans mes films. Je n’ose jamais trop le dire quand je suis en préparation et que les gens me disent « et qui joue machin ? ». Par contre jouer Marilyn Monroe ou juste une fille quelconque, je ne vois pas la différence. Je n’ai pas plus de pression, jouer dans mon propre film c’est la seule pression que je me mets.

Gibet : J’ai déjà essayé de faire des trucs avec Marilyn dedans, et à chaque fois je suis bloqué quand il s’agit de la faire parler ou agir, je me dis : « Mais pour qui je me prends ? Quelle légitimité j’ai à écrire que dans telle ou telle situation Marilyn aurait dit ci plutôt que ça ? »

Juliette : Elle ne parle pas Marilyn dans mon film justement.

Gibet : Dans Toutes des salopes… la fille naît le jour de la mort de Marilyn. Dans Manège Hollywood, la fille s’appelle Marilyne car sa mère est née le jour de la mort de Marilyn. Tu as conçu le second comme une suite du premier ?

Juliette : Ça fait trois ans que j’essaie de produire Manège Hollywood. Et du coup entre temps j’ai fait d’autres choses, mais toujours nourries de ce projet final.

Gibet : Manège Hollywood est de loin ton projet le plus ambitieux. Ça faisait un moment que tu l’avais sous le coude ?

Juliette : Trois ans de galère ! Diplôme d’archi en poche et une super idée de film dans la tête, je retourne vivre chez ma mère pour écrire. En six mois j’ai écrit un long-métrage : La dernière blonde. Dans la version originale, il y avait des parallèles entre la vie de Marilyne Mamhed, l’héroïne, et celle de Marilyn Monroe. Je n’ai jamais réussi à trouver de producteur. J’ai perdu beaucoup de temps à faire des dossiers de bourses, à démarcher des prods… J’ai présenté mon projet à la région NPDC qui le trouvait très intéressant mais pas assez abouti et moi trop débutante en tant que réalisatrice. Du coup après des semaines de réécriture par ci par là, entre mon taf de comédienne, d’architecte (je ne bosse plus en tant qu’archi depuis un an), de serveuse. Mon long-métrage est devenu un court de 25 minutes : Manège Hollywood.Me voilà dans la dernière ligne droite.

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Interview d’Arthur Leblanc, créateur de la web-série Man Vs Dead

Gibet : Quelle formation ciné ou théâtre vous avez ?

Arthur Leblanc : John (note de Gibet : John c’est Jonathan Abat, co-créateur de la série et acteur principal) et moi avons tous les deux une licence de cinéma à l’université Paul Valéry de Montpellier. John a aussi un master en jeux vidéo et pour ma part j’ai arrêté mes études de cinéma en master, je trouvais ça vraiment trop moisi ! J’ai aussi fait un bac L audiovisuel avec 7 heures de cours de cinéma par semaine. Concernant le théâtre, nous n’avons aucune formation (j’ai fait du théâtre quand j’étais au collège mais bon ça compte pas je suppose).

Gibet : Comment vous procédiez pour l’écriture de Man Vs Dead ? Vous écrivez à quatre mains ?

Arthur Leblanc : Pour l’écriture, ça a été un peu bizarre. J’avais des idées, tout ça, j’en avais parlé à John pour voir s’il était intéressé pour le rôle, il était assez chaud – mais au début j’avais vraiment des idées assez trash et connes avec des épisodes du style « comment violer un zombie, c’est important de mettre une capote » et il m’a dit direct que ça allait pas trop. Bref, j’ai écrit le squelette de la saison 1 dans mon coin, je l’ai ensuite montré à John, on en a beaucoup discuté (que ce soit l’aspect artistique ou logistique, financier etc.) et à partir de là nous avons débuté le tournage. Grosso modo, j’avais ce squelette et d’épisodes en épisodes on modifiait des trucs en fonction des lieux, des problèmes de tournages sur les précédents épisodes… On peut dire que oui, on écrivait à quatre mains à partir de cette base que j’avais écrite tout seul. Le truc c’est qu’on était assez complémentaire. J’écrivais et John me recadrait quand je partais un peu loin dans mes conneries, me disait quand il ne pouvait pas faire certaines choses (comme le viol de zombie donc).

Grosse anecdote : à la base, Man Vs Dead, il faut savoir que c’est avant tout un truc d’énervé. J’avais passé 3 ans en fac de cinéma avec des bobos, je passais pour un con à parler de films de zombies, on me disait d’aller regarder du Godard à la place de mes conneries (ce que je fais, j’aime beaucoup la Nouvelle Vague française, du moins le début). Ma promo était assez étrange, elle était scindée en deux, d’un côté les geeks et gens normaux et d’un autre côté des prétentieux absolus qui prônaient un art politique complément crétin et avait des propos très virulents sur toutes les créations étudiantes qui n’étaient pas tournées avec des réflexes numériques… J’étais énervé, y’avait ces gens qui se prétendaient anti-système, qui faisaient des films de merde (du genre je fais des plans qui n’ont aucun sens, je mets une musique au piano, j’appelle ça de « l’art » et je dis que c’est une attaque contre la société) – ils étaient fermés d’esprit et par-dessus tout, c’était tous des gosses de riche, ils avaient du matériel HORS DE PRIX qu’ils voulaient bien louer à leurs camarades de classe (et après ça fait des discours contre l’argent). C’était des cons et malgré le fait qu’ils se prétendaient artistes et rebelles (parce qu’ils avaient des jeans levis déchirés), en réalité, ils étaient le Hollywood de la fac de cinéma, ils avaient l’argent, le matériel et jugeaient les films uniquement sur des critères techniques (ouah, l’iso est trop bien là sur cette image). Donc de mon côté, j’avais vraiment besoin de faire un truc con, sale et régressif et montrer qu’on a pas besoin d’avoir le meilleur matériel du monde pour faire quelque chose de sympa ! L’objectif était aussi de revendiquer un cinéma (de genre) mais aussi quelque chose qu’on perdait dans ces études de cinéma : l’émotion du spectateur. Je voulais faire un truc qui fonctionne quoi, que le personnage soit attachant, que les gens rigolent quand il faut rigoler, qu’ils aient peur quand il faut avoir peur. Pour moi c’est ça le cinéma et pas des conneries pseudo-intellos métaphysiques sans aucun sens… Attention, y’a des très grands réalisateurs qui font des films très difficiles, très métaphoriques hein, j’adore le cinéma de Bela Tarr par exemple. Donc voilà, pour situer un peu l’état dans lequel j’étais en écrivant Man vs Dead, c’était l’état énervé, j’avais envie de faire mon truc, qu’il soit cool, de montrer à ces gens que la créativité c’est pas poser bêtement un super appareil et attendre qu’il filme pour toi !

Gibet : Je suis agréablement surpris que tu aimes le début de la Nouvelle Vague française, car j’aime aussi beaucoup, et je trouve ça pas du tout incompatible avec ce que vous faites, ou ce que fait Kaufman. Y’a dans tous les cas un vrai désir de faire des films « malgré tout » et contre la norme. Ce qui est dommage ensuite c’est que les chiens fous deviennent les nouveaux papas… Godard aujourd’hui fait une interview par an pour dire « le cinéma est mort » alors qu’il vit dans une caverne suisse et qu’il a pas vu d’autres films que les siens depuis 1999. Heureusement, Lloyd Kaufman arrive à échapper à ça…

Arthur Leblanc : Je suis entièrement d’accord à propos de Godard, et oui je suis pas un gros con bourrin qui n’aime pas le cinéma d’auteur, même si beaucoup de gens le pensent. Et d’ailleurs quand je dis cinéma d’auteur, ça comprend Godard tout autant que Kaufman ou Sam Raimi. Ce qui est bête c’est que la Nouvelle Vague c’est institutionnalisé et encore aujourd’hui, on a des réals qui font des trucs style Nouvelle Vague sauf que… voilà quoi, aujourd’hui faire quelque chose de très typé Nouvelle Vague, c’est complétement dans la norme et pas du tout anti-système. Le CNC en finance à la pelle des films comme ça, c’est bien la preuve que c’est pas si transgressif que ça.

Gibet : Revenons à Man Vs Dead si tu veux bien. Il y a une évolution dans la saison 1, on passe de loners où le concept de base est exploité à fond, pour en arriver à un truc d’horreur plus feuilletonesque presque premier degré – en tout cas moi vous m’avez bien fait flipper à des moments – avec des fulgurances trash. Est-ce que cette évolution était calculée dès le départ, ou vous avez fait évoluer votre concept au fur et à mesure des épisodes, par exemple en voyant ce qui marchait et ne marchait pas ?

Arthur Leblanc : Oui, l’évolution de la série et le changement de ton étaient vraiment voulus dès le départ. L’objectif c’était à certains moments clefs de surprendre ceux qui regardent. On s’est dit qu’on commencerait soft, qu’on laisserait assez accessibles les premiers épisodes pour ensuite piéger les spectateurs ! J’aime bien l’idée du « tu crois que tu regardes ça ! ah ben nan ! ». En tournant Man Vs Dead, j’avais qu’une envie, c’était commencer les arrachages de bites. Mais en fait c’est tellement plus drôle de laisser les gens s’habituer à quelque chose de potache et d’un coup BAM l’épisode 4 arrive et John arrache une bite de zombie et biffle du zombie. Y’avait des commentaires de gens qui étaient vraiment là en mode « what the fuck ? » et c’était tellement drôle. Ils pensaient regarder une petite web-série potache sur des zombies et ils devaient pas du tout s’attendre à ce que ça prenne cette direction débile et régressive ! Donc ça c’était le premier palier. Et ensuite on avait envie d’insister sur les survivants et de rajouter un peu de tension, par effet de surprise mais aussi et surtout parce qu’on avait envie de le faire ! On avait quand même envie de raconter quelque chose, même si ce quelque chose est facile et qu’il se résume à « gentils contre méchants », on pouvait pas rester éternellement dans la parodie de Man Vs Wild. On veut vraiment que Man Vs Dead ait sa propre personnalité. Du coup, oui, par la suite la série devient un peu plus sérieuse et c’est aussi pour préparer la saison 2. J’ai un exemple, pour répondre à la question de si on faisait évoluer en fonction de ce qui marchait ou ne marchait pas : on a reçu des messages et commentaires de gens pas contents, qui n’aimaient pas la direction que ça prenait, et nos réponses ont toujours été les mêmes – « Tant pis, nous on aime comme ça ». MAIS on a su aussi s’adapter. Par exemple pour la mort du cameraman. Depuis le début on avait cette idée du cameraman mordu à l’insu de John. Mais c’est en voyant comment les gens réagissaient que nous avons fait évoluer ça. Le cameraman avait créé pas mal de mystère chez ceux qui suivaient la série, on ne voyait pas son visage, il parlait assez peu etc etc. En voyant l’intérêt que les gens lui portaient, on a décidé de justement plus le mettre en avant, il est plus présent, on peut voir un peu son visage, tout ça bien sûr pour donner de l’intérêt au cameraman comme si on disait « ah ok, il vous plaît, eh ben, on va essayer de le développer ». ET BAM nan en fait il se fait mordre ! Et d’ailleurs, on a vraiment adoré les réactions sur l’épisode où le cameraman se fait mordre, de manière unanime les gens étaient dégoûtés. Et du coup ben ça nous faisait plaisir, que les gens se soient attachés à ce personnage qui parle peu, qu’on voit peu. On s’est dit « Pfiou, ça fonctionne ! ».

Gibet : Y’a-t-il une part d’impro dans la série, puisque le format focumentaire le permet facilement ?

Arthur Leblanc : Il y a une part immense d’impro ! Il arrivait qu’on écrive les répliques et mêmes les scènes entières sur le moment, en fonction de ce qu’on a à disposition ! On voulait cette part d’impro parce que déjà j’adore l’humour de John qui est un humour spontané (il peut balancer un truc complètement WTF hors de propos comme ça) et puis je sais pas, ça donne un petit aspect Nouvelle Vague aussi ! Avant de tourner Man Vs Dead, je tournais des sketchs avec des amis, le plus souvent en impro, donc l’impro ne me fait pas vraiment peur. Et puis des fois, on écrit tout, on fait un story-board de fou tout ça, mais au moment du tournage ça ne fonctionne pas, ou alors une fois sur le lieu, on voit les choses différemment ! J’avais d’ailleurs tourné avant Man Vs Dead un court métrage de 20 minutes en impro totale, c’était une parodie de Projet Blairwitch mais avec un serial biffleur… C’est vraiment un bon souvenir, on est allés dans le bois avec des caméras et une tente pendant 3 jours, et on disait conneries sur conneries et franchement j’aime beaucoup le résultat, même si c’est très con !

Gibet : Où est-ce que vous récupérez les acteurs et figurants qui ne sont pas vous deux ?

Arthur Leblanc : Ce sont soit nos potes, soit des amis de potes, tout simplement… On avait laissé des affiches en ville et passé des appels à figuration, mais personne ne nous a jamais répondu. Franchement, on doit avoir une dizaine de potes qui fait la figuration pour toute la série. On leur met des perruques, on leur change les vêtements, on leur met des cagoules. Même John a fait un zombie et un survivant ! Pour ma part j’ai fait deux fois le zombie et plusieurs fois le survivant. On devait alors tricher, j’enregistrais mes dialogues à part et je les rajoutais au montage pour faire croire que c’est moi qui filmais ! Par exemple dans l’épisode 13, quand je suis seul dans l’hôpital abandonné, qu’un « infecté » (appelons-le comme ça) rentre dans la pièce et que je me cache en attendant qu’il parte… Eh bien en fait c’est moi l’infecté (c’est pour ça que la caméra ne filme que mes pieds, mais je trouve l’effet sympa !) et c’est John qui filme car on était que tous les deux ce jour-là !

Gibet : Où vous avez appris à faire les effets spéciaux ?

Arthur Leblanc : Eh bah déjà avec les maquillages sur Internet, j’avais vu quelque tutos avec du latex liquide, faux sang etc… Et puis très vite on a improvisé sur des trucs à base de corn flakes, mascarat, papier cul… Et pour les effets, comme le coupage de bras, de tête, le cerveau, la bite… Eh ben on a pas appris car c’est vraiment super cheap. Mais bon c’est ça qui est drôle aussi, ce n’est pas parce que tu ne peux pas le faire que tu ne dois pas le faire ! Nan sérieusement, on a rien lu ou quoi là-dessus, c’était à l’imagination, avec un effet de trompe-l’œil pour le bras, et pour la bite qui s’arrache, c’est un gode dans un pantalon vide que mon frère tenait à la verticale immobile pendant que quelqu’un versait des bouteilles de faux sang dans le pantalon pour que ça sorte par la braguette… Pour la tête, j’ai acheté une fausse tête de mannequin sur Le Bon Coin, on l’a coupée, maquillée, recollée, recoupée et puis on rembourrait des vêtements avec d’autres vêtements, on y rajoutait du sang pour donner l’illusion d’un démembrement, des trucs comme ça. Dans l’épisode 13, le cadavre démembré n’est rien d’autre que des vêtements rembourrés avec d’autres vêtements (mes vêtements). Puis on avait mis des bouteilles en plastique sur les bouts, qu’on avait recouverts de pâte à sel pour faire les moignons. Aussi, ma copine et une amie se sont vachement investies sur les maquillages car ça devenait vraiment ingérable sur le tournage !

Gibet : Vous avez lancé un Ulule pour la saison 2. Tu peux m’en dire plus sur l’évolution de la série en saison 2 ? Est-ce qu’on part définitivement dans le feuilleton ? Va-t-il y avoir des nouveaux personnages principaux ? Est-ce que le ton va changer ?

Arthur Leblanc : On prévoit de grosses évolutions oui ! Déjà en terme de tournage, là pour le coup, on a pas un squelette mais un vrai de vrai scénario, qui nous plaît énormément ! Et sinon oui, on compte continuer dans la logique de la fin de la saison 1, quelque chose d’un peu plus sérieux où on pourrait vraiment sentir John Grizzly en danger et vulnérable, pas comme dans la saison 1 où c’était une sorte de Chuck Norris qui dézinguait tout sur son passage tel un mâle alpha ! Donc oui, on compte le mêler à d’autres personnages, développer d’autres enjeux scénaristiques que la simple survie ! Donc oui, je pense que le ton va changer, c’est pas que ça sera plus sérieux car mon Dieu on a aussi des passages vraiment débiles, on reste (surtout moi) des gros scatos dégueulasses dans l’âme et y’a rien qui me fait plus rire que du caca et du zizi quoi.

Gibet : Y’aura-t-il des seins dans la saison 2 ? C’est l’ingrédient indispensable oublié de la saison 1.

Arthur Leblanc : Je vais surprendre par ma réponse, mais peut-être ! Je trouverais ça vraiment marrant de mettre des seins ! Quand je regarde un B movie, c’est vrai qu’une paire de seins fait partie du cahier des charges ! Mais malheureusement pour Man Vs Dead, je suis légèrement (beaucoup ?) féministe, je prépare d’ailleurs un court-métrage en pro sur ce qu’on appelle la rape culture et quand j’étais en master, je préparais un mémoire sur l’image de la femme au cinéma. Mais bon, ça n’exclut pas de mettre des seins, le truc c’est qu’on est en tournage amateur, on ne paie personne, les gens ne sont pas des pros et vraiment je me vois mal demander à une fille de faire ça, même si elle est d’accord ; pour quelqu’un qui n’est pas actrice et qui n’a peut-être pas le recul suffisant, ça me gêne un peu. Ce n’est pas rien de montrer ses tits sur Internet et si jamais une fille est d’accord, il faudrait vraiment que j’en parle très longuement avec elle pour savoir si elle se rend bien compte de ce que cela peut signifier. Bref, oui c’est possible, j’aimerais bien en mettre mais il faudrait la bonne scène, la bonne actrice…

Gibet : Moi qui croyais que les réalisateurs de séries B étaient forcément irresponsables… Ce sera quoi le principe de ton court anti-rape culture ?

Arthur Leblanc : C’est assez basique hein, je prétend pas faire autre chose qu’un petit court-métrage. Grosso modo ça raconterait l’histoire d’un week-end d’intégration qui vire au cauchemar. Les mecs se transformeraient en espèces de monstres à têtes d’animaux pour fracasser les filles violemment. Quand je dis ça, ça a l’air vraiment nul je sais, avec le degré 0 de la métaphore. Mais bon sans partir dans l’interprétation pédante de mon film même pas encore tourné, j’aimerais y montrer la violence (typée très slasher) faite sur les femmes, comme une sorte de dépossession du corps. Bref, c’est ma manière de parler du viol et de la banalisation du viol dans notre société. Je pense pas du tout que ce soit la meilleure manière d’en parler, mais c’est ma manière. Au début j’avais fait un scénario assez classique qui ne partait pas dans le cinéma de genre, mais ça me plaisait pas trop, donc j’ai tout réécrit pour le transformer en sorte de slasher paranoïaque fantastique où les filles sont victimes d’hommes, qui sont en réalité des monstres cachés sous des peaux humaines. Punaise, dit comme ça, ça n’a vraiment aucun sens mais je te jure que quand on lit le scénario, ça en a.

Gibet : Comment tu as découvert l’existence de Troma ?

Arthur Leblanc : J’ai un peu honte de comment j’ai découvert Troma mais bon je me lance quand même ! C’était un ami qui traînait beaucoup sur Nanarland il y a à peu près 5-6 ans (personnellement je n’aime pas trop ce site, y’a beaucoup de films que j’aime qui sont chroniqués là-dedans) et il m’a montré un petit documentaire sur Lloyd Kaufman qui était diffusé sur le site, je me suis automatiquement dit « Oh mon Dieu, mais comment j’ai fait pour passer à côté de ça ! ».

Gibet : Qu’est-ce qui te plaît dans les films Troma ?

Arthur Leblanc : Alors déjà, avant de m’aventurer sur ce terrain, je précise que je ne suis pas un graaaaaaaand connaisseur des films Troma – j’en ai vu, mais pas tous ! Ce qui me plaît, déjà, c’est la personnalité vraiment délirante de Lloyd Kaufman ! Ce studio représente pour moi la liberté, l’engagement, la lutte ! Ce qui me plaît c’est le ton irrévérencieux des films, il n’y a pas de limite, ça va loin, très loin, c’est fun, c’est loin des clichés de merde qu’on peut voir un peu partout. Vraiment, j’adore, ça me fait mourir de rire. Et puis merde, le bordel qu’ils ont foutu au dernier Festival de Cannes, ça force juste le respect et l’admiration ! Ils couraient le zizi à l’air ! Je les vois vraiment comme des génies incompris ! J’ai passé mon lycée à traîner sur 4chan, la poubelle de l’internet avec un humour noir très dérangeant et très immature, alors des mecs qui se trimbalent à poil au Festival de Cannes, putain mais j’adore quoi ! Ce qui est plaisant aussi en regardant des films Troma, c’est aussi d’être devant sa TV et se dire à chaque scène « Oh non, ils vont pas le faire ! OH SIIII ».

Gibet : Est-ce que le fait d’avoir vu des films Troma influe sur ton envie de faire des films et sur la manière dont tu les fais ?

Arthur Leblanc : Honnêtement, je ne sais pas… Déjà au lycée, je n’avais pas vu de Troma et avec un ami on faisait péter un plomb à nos profs de cinéma à leur rendre des scénarios débiles au possible… Les profs en pouvaient plus, ils pouvaient plus nous blairer ! Une fois ils nous ont posé un ultimatum, y’avait deux mots clefs : sable et valise. On devait choisir un mot clef et en faire un scénario. Avec mon ami, on avait eu une consigne spéciale : faire QUELQUE CHOSE DE DÉCENT ! Mais merde, on s’est concertés, il a pris sable et j’ai pris valise et à partir de ça on a fait de la pure série B : NANO REPLICATA 1 et NANO REPLICATA 2 ! Dans le premier, un savant fou rend le sable vivant et le sable vivant tue les gens, et dans le 2 (le mien donc), ce même savant fou rend des valises vivantes, elles s’emparent du monde façon Planète des Singes et ça finit en fin du monde, le tout avec un héros super bad-ass à la Bruce Campbell ! J’avais fait par-dessus le marché une note d’intention super intello où j’expliquais que c’était en référence à un film de George Méliès et que je dénonçais l’industrialisation… On s’est fait crier dessus, on est passés pour des gros cons, mais my God, c’était drôle et en plus, je suis vraiment FIER de mon scénario ! À côté de ça, y’avait des élèves qui avaient fait des conneries sur une famille bourgeoise qui se décompose pendant mai 68… Le mec il part de valise pour en arriver à ces conneries, c’est fou non ? Si Troma m’influence, je n’en sais rien, peut-être que bébé, j’ai vu des films de Troma et que j’ai été influencé, je ne sais pas ! Mon premier court-métrage par exemple, c’était un nazi qui venait dézinguer un groupe de jeunes bobos et il finissait par se couper la bite pour la caler dans la bouche d’une fille qui s’étouffait avec son sperme. Je n’avais pas encore vu de films de Troma. Mais peut-être que maintenant, oui, les films de Troma m’influencent, parce que je les admire, et que je trouve ça particulièrement injuste la non-reconnaissance artistique de Troma et ça influe sur mon envie, ça j’en suis sûr. Après, sur la manière de faire, tout ça, vraiment je sais pas. J’ai plus l’impression de faire comme je fais car je n’ai pas d’autre possibilité de faire (et peut-être pas envie aussi).

Gibet : Quel est ton Troma préféré ?

Arthur Leblanc : Ça va peut-être faire newbie pour les gros fans hardcore, mais je dirais Poultrygeist ! Tout simplement car c’est le premier film Troma (et de Lloyd Kaufman) que j’aie vu, et il m’avait vraiment foutu une grosse baffe. C’est un film extrêmement drôle et intelligent. My God, quand j’ai vu ce film, j’étais juste aux anges, le mec qui baise les poulets, se fait croquer la bite, se fait rentrer un balai dans le cul, puis y’a son gland au bout du balai… Je me rappelle que je montrais ce film partout autour de moi aux espèces de prétentieux du cinéma en leur disant « Mais putain, tu veux voir un cinéma vraiment contestataire, lâche ta merde cannoise et regarde ça ! ». Et je l’ai aussi vu plus tard en salle de cinéma à l’Absurde Séance de Montpellier pour laquelle Lloyd Kaufman avait tourné une petite intro qui était juste hilarante ! Oui vraiment, j’adore l’énergie et la satire de ce film ! Pour l’effet qu’il m’a fait, les scènes gore, l’humour et tout le reste, c’est mon préféré !

Gibet : Vous avez déjà envisagé de montrer votre série à Troma ?

Arthur Leblanc : En fait, ça fait déjà plusieurs années que j’ai envie de contacter Troma, pour voir si c’est possible de faire des stages ou juste faire mon gros lèche-anus par mail ! Mais je me dis que j’ai pas trop envie de les embêter… Sinon, montrer ma série à Troma, oui j’y ai réfléchi mais à chaque fois je me dis « Nan, c’est pas assez bon, ils vont se foutre de ma gueule ». Si jamais j’ai Lloyd himself qui me dit « Ta série c’est de la merde fils de pute », je crois que je me suicide ! J’ai donc beaucoup d’appréhension là-dessus mais peut-être qu’un jour, je le ferais ! Depuis que j’ai 15 ans, mon plus grand rêve ça serait de faire des séries B aux États-Unis, je gagnerais pas ma vie ou quoi, mais rien que de voir les jaquettes de DVD de mes films dans les rayons douteux des magasins, lire les mauvaises critiques et tout, putain mais j’aimerais tellement ! C’est vraiment mon plus grand rêve ! Alors t’imagines, si Lloyd Kaufman himself me dit que ma web-série c’est de la merde ! Et bien sûr, mon rêve absolu qui ferait de moi l’homme le plus heureux du monde, ça serait de tourner un film chez Troma avec comme acteur principal BRUCE CAMPBELL ! Hm… Il faut que j’arrête de me torturer l’esprit avec mes fantasmes infaisables.