Les échecs de James Burrows

Le 21 février prochain, NBC diffusera un hommage à James Burrows. Vous ne le connaissez pas forcément mais avez sans doute vu son nom apparaître au générique de nombreuses sitcoms. Dylanesque vous propose de découvrir les plus obscures d’entre elles. 

Entre 1975 et 2016, le réalisateur de 75 ans aura réalisé 1000 épisodes et continue d’être la référence du genre, celui qu’on appelle pour donner du cachet à son pilote. Le maître incontesté de la sitcom multi-cam avec décors en carton pâte et rires enregistrés, un genre qui peine à se renouveler mais occasionne encore d’excellentes surprises (regardez Mom !!!).

Cheers

Avec Ted Danson et Shelley Long sur le tournage de Cheers (1982-1993)

Le programme anniversaire sera donc l’occasion de croiser les stars des séries auxquelles Burrows a contribué et, parmi les plus célèbres, Friends (15 épisodes réalisés), Will & Grace (188 éps), The Big Bang Theory (réalisation du pilote), Mary Tyler Moore Show (4 éps), Bob Newhart (11 éps), Taxi (75 éps), Mon oncle Charlie (pilote), Mike & Molly (48 éps), Cheers (237 éps) et son spin-off Frasier (32 éps). Celles-là, si tout va bien, vous les connaissez.

Aujourd’hui, j’aimerais plutôt attirer votre attention sur les séries où même la touche Burrows n’aura pas fait de miracle. Des flops qui vont nous entraîner de 1975 à 2016.

Fay (NBC, 1975-1976, 2 épisodes réalisés)

Fay est une sitcom plutôt progressiste pour l’époque, dans la lignée d’un Mary Tyler Moore Show (où Burrows a fait ses débuts). Lee Grant (prix d’interprétation féminine à Cannes en 1952) y joue une divorcée qui part à la recherche d’un nouveau travail et de nouvelles rencontres. Burrows s’occupe du sixième épisode où Fay se rend à Washington avec une firme d’avocats et rencontre un prétendant. C’est le moment que choisira NBC pour repousser la diffusion au printemps suivant et finir par annuler la série au bout de dix épisodes. Pas grave, le réalisateur sera embauché sur le Bob Newhart Show et Laverne & Shirley, deux succès.

The Betty White Show (CBS, 1977-1978, 2 épisodes réalisés)

Quand se termine le Bob Newhart Show, James Burrows retrouve sa place au sein de l’écurie MTM Entreprises, la compagnie de Mary Tyler Moore. À la rentrée 77, il intègre l’équipe du spin-off Rhoda (dont pErDUSA vous parlera mieux que moi) et de la nouvelle comédie de Betty White. L’histoire presque autobiographique d’une actrice malmenée par son ex-mari de réalisateur et par l’arrivée d’une rivale plus jeune. Préférant regarder le football, le public ne sera pas au rendez-vous et CBS arrêtera les frais au bout de 14 épisodes. Dix ans plus tard, Betty White retrouvera le succès avec les Golden Girls et, à 94 ans, elle court toujours…

The Associates (ABC, 1979-1980, 4 épisodes réalisés)

008_-_the_associates

Comme l’explique cette promo du TV Guide, The Associates est une sitcom suivant deux jeunes avocats dans une firme loufoque. À l’époque, Martin Short n’a pas la notoriété qu’il obtiendra plus tard avec le film Trois Amigos ! (1986) et ABC retire la série de l’antenne après seulement neuf épisodes. Ça ne l’empêchera pas d’être nominé pour un Golden Globe et un Emmy Award en 1980. Loin d’être au chômage, Burrows restera dans l’équipe de Taxi dont il réalisera 75 épisodes !

The Tortellis (NBC, 1987, réalisation du pilote)

Pendant les eighties, James Burrows est très occupé. Cheers est le premier gros succès où il occupe une place importante (il en réalisera 237 épisodes !). NBC veut donc tenter un spin-off mais a la mauvaise idée de le centrer sur un personnage récurrent très agaçant. The Tortellis suit donc les mésaventures de Nick, l’ex-mari insupportable de Carla qui s’installe à Las Vegas avec sa nouvelle famille. Je vous laisse admirer la médiocrité de ce pilote, réalisé par Burrows lui-même. En 1993, NBC apprendra de ses erreurs. Frasier, deuxième tentative de spin-offva durer onze saisons et offrir à Burrows une poignée de récompenses.

The Fanelli Boys (NBC, 1990-1991, réalisation du pilote)

Face au succès de Cheers, James Burrows va réaliser une vingtaine de pilotes et devenir une valeur sûre. Mais quand le matériel n’est pas bon, le réalisateur ne peut pas faire de miracle. The Fanelli Boys est un exemple parmi tant d’autres. On y suit une fratrie italienne qui reprend l’entreprise familiale de pompes funèbres. Ça ne vous rappelle rien ? Oui, il s’agit là d’un ancêtre de Six Feet Under accumulant les clichés et annulé dès sa première saison. L’occasion d’admirer Christopher Meloni (Oz, Law & Order) dans son premier rôle comique…

Flying Blind (FOX, 1992-1993, réalisation du pilote)

Si ce générique semble très daté et que l’Histoire a complètement oublié Flying Blind, les critiques de l’époque ne manquaient pas d’enthousiasme. Le duo formé par Tea Leoni et Corey Parker ne manquait pas de charme, leur romance était dans l’air du temps et l’ensemble débordait de spontanéité. Deux ans avant le début de Friends, FOX tenait là un potentiel succès mais le public ne fut pas au rendez-vous.

Cafe Americain (NBC, 1993-1994, 3 épisodes réalisés)

vbtvscafe01

Alors que Cheers vient de se terminer, NBC essaye aussitôt de remettre à l’antenne une formule qui gagne. Ici, le bar se situe en France (une version idéalisée de la France) et une bande de joyeux expatriés se rassemble autour de la jeune Holly (une Diane Chambers 2.0). Entre deux tournages de Frasier, James Burrows aura le temps de réaliser trois des dix-huit épisodes de Café Americain, pas assez singulier pour convaincre le public.

Madmen of the People (NBC, 1994-1995, 2 épisodes réalisés)

778b0550-ae4a-11e4-8d07-b94b28994377_nbc-must-see-tv-filler-madman-of-the-people

Produit par Aaron Spelling, cette sitcom suivait un journaliste old school tâchant, avec l’aide de sa fille, de comprendre le monde contemporain. Malgré la concurrence de Seinfeld, les audiences étaient très bonnes. NBC décidera tout de même d’annuler pour laisser plus de place au phénomène grandissant du duo Friends/Urgences. James Burrows se concentrera donc sur les débuts des six colocataires new-yorkais et Madmen of the People en fera les frais…

Hudson Street (ABC, 1995-1996, réalisation du pilote)

Hudson Street réunit tous les ingrédients d’une sitcom qui aurait pu fonctionner dans les eighties : un duo avec une bonne alchimie (Tony Danza et Lori Loughlin), un détective privé qui tombe amoureux d’une journaliste, des enquêtes légères dans un décor de classe ouvrière au New Jersey… Sauf qu’en 1995, suite au phénomène Friends, la formule qui fonctionne, c’est une bande de jeunes gens très modernes dans une grande métropole. Sympathique mais trop rétro, la série ne survit pas longtemps.

Partners (FOX, 1995-1996, 10 épisodes réalisés)

À la rentrée 1995, FOX veut lutter contre la suprématie de la NBC Must See TV. Elle devient « The New Fox » : plus hip, plus cool, plus génération X. Elle lance notamment Partners, un ménage à trois entre jeunes architectes new-yorkais. Tout est réuni pour reproduire le succès d’un Friends : Burrows est aux commandes, les acteurs sont méconnus (c’est le début de Jon Cryer) et même Jennifer Aniston fait une apparition. Mais face à une recette à succès, le public fuit l’indigestion et NBC conserve son monopole branché.

Men Behaving Badly (NBC, 1996-1997, 7 épisodes réalisés)

Sauf qu’au bout d’un moment, NBC va avoir du mal à garder le rythme. Si Friends, Seinfeld et Urgences sont toujours en forme et que NewsRadio est un succès d’estime, il devient de plus en plus difficile de lancer un nouveau phénomène. Alors on va reproduire un phénomène britannique avec ce remake d’une sitcom manifeste de la génération X en Angleterre. Rob Schneider et Ron Eldard récupèrent les rôles de deux losers sexistes à la recherche de nouvelles conquêtes. La supercherie va durer deux courtes saisons où James Burrows viendra cachetonner paresseusement.

Stark Raving Mad (NBC, 1999-2000, réalisation du pilote)

Il faudra donc attendre un moment avant que NBC ne donne son feu vert à des pilotes un peu plus variés. Celui de Stark Raving Mad, imaginé par Steven Levitan (le papa de Modern Family) et réalisé par Burrows, met en scène un écrivain (Tony Shalhoub pré-Monk) et son éditeur (Neil Patrick Harris pré-How I Met Your Mother) atteint tous deux de troubles du comportement. Critique et public sont au rendez-vous mais NBC misera plutôt sur Will & Grace dont Burrows réalisera 188 épisodes entre 1998 et 2006…

Bram and Alice (CBS, 2002, réalisation du pilote)

À force de le voir jouer des méchants (Spider-man) ou des policiers (Law & Order), on oublie la facette comique d’Alfred Molina. Il vient récemment de nous la rappeler avec Angie Tribeca mais sa première tentative remonte à 2002 avec cette sitcom où il joue le rôle d’un grand écrivain qui cherche à se réconcilier avec sa fille. CBS ne diffusera que 4 épisodes sur les 9 produits. James Burrows reviendra sur la chaîne l’année suivante avec un concept un peu plus lucratif… Mon oncle Charlie. 

The Comeback (HBO, 2005, 2014, guest-star)

Il est rare de voir James Burrows devant la caméra. Pourtant, si vous regardez bien, vous le verrez jouer les figurants dans Cheers, Phyllis et Rhoda ou diriger Joey quand il joue la doublure de Pacino (S01E06). C’est donc tout naturellement qu’il jouera son propre rôle dans The Comeback, un excellent mockumentary diffusé sur HBO en 2005 et 2014. Lisa Kudrow y incarne une actrice nineties qui cherche désespérément à retrouver le succès et fait donc appel à James Burrows pour réaliser Room & Bored, nouvelle sitcom où elle est régulièrement humiliée. Dans la scène ci-dessus, elle cherche l’approbation de son mentor lors d’une soirée des Golden Globes où il reçoit un prix pour l’ensemble de sa carrière. Gibet et moi avions longuement disséqué la série il y a un ans.

Four Kings (NBC, 2006, réalisation du pilote)

Quand Will & Grace se termine, ses créateurs demandent à James Burrows de participer à leur nouveau projet, lancé à la mi-saison. Un nouvel ersatz de Friends suivant une bande de célibataires new-yorkais (avec Seth Green dans le rôle du sarcastique). Sept épisodes plus tard, Four Kings est annulé. Il faut dire que la multi-cam, genre privilégié de Burrows, est malmenée par l’émergence de réalisations plus modernes comme Scrubs, Arrested Development ou The Office.

The Class (CBS, 2006-2007, 19 épisodes réalisés)

Un showrunner puissant (David Crane post-Friends), un casting charmant (les débuts de Jason Ritter et Lizzy Caplan), un réalisateur de renom (libéré de Will & Grace, Burrows s’implique à fond) et un concept solide (d’anciens camarades d’école dont les vies se croisent à nouveau). The Class avait tout pour devenir un succès mais n’a pas rencontré son public. Craignant que ses mauvais résultats affectent ceux de la jeune How I Met Your Mother, CBS la remplace par… The Big Bang Theory. Burrows en signera le pilote.

Back To You (FOX, 2007-2008, 14 épisodes réalisés)

Depuis la fin de Frasier, Kelsey Grammer a du mal à retrouver chaussure à son pied. En 2007, il fait appel à sa vieille équipe (Lloyd et Levitan au scénario et Burrows derrière la caméra) pour vendre à la FOX une nouvelle sitcom. Il y incarne un présentateur télé qui revient dans sa ville d’origine et doit se réconcilier avec sa famille. C’est comme Frasier mais en moins bien. 14 épisodes plus tard, Lloyd et Levitan partiront concevoir Modern Family et Burrows bossera pendant trois ans sur la médiocre Gary Unmarried

Romantically Challenged (ABC, 2010-2011, 5 épisodes réalisés)

Romantically-Challenged-romantically-challenged-11591559-2000-1334

À partir de 2010, James Burrows se met clairement à cachetonner. On le retrouve derrière la caméra le temps de pilotes minables (Better With You, Shit My Dad Says, Friends With Better Lives, Up All Night, 2 Broke Girls) ou aux commandes de sitcoms ringardes (Mike & Molly). Marquant le retour d’Alyssa Milano à la télévision, Romantically Challenged ne sera qu’un échec de plus, avec seulement quatre épisodes à l’antenne. Une comédie romantique lancée pour reproduire le succès d’How I Met Your Mother comme on a pu tenter auparavant de reproduire le succès de Friends. 

Sean Saves the World (NBC, 2013-2014, 2 épisodes réalisés)

Sean Saves the World - Season Pilot

Quand une star qui a connu le succès en compagnie de James Burrows revient à la télévision, elle fait appel à son réalisateur fétiche. C’était le cas pour Kelsey Grammer, ça le sera aussi pour Sean Hayes (Will & Grace). Si mes souvenirs sont bons, Sean Saves the World ne manquait pas de charme. Elle mettait en scène un père célibataire gay cherchant à bien élever sa fille malgré une vie sentimentale compliquée et une mère omniprésente (la géniale Linda Lavin). Quinze épisodes ne suffiront pas à convaincre le public. Sean Hayes ira rejoindre la distribution de The Millers, autre comédie sympathique réalisé par James Burrows et annulée, à son tour, en 2014…

Crowded (NBC, 2016-?, réalisation du pilote)

Et c’est en réalisant le deuxième épisode de Crowded que James Burrows a atteint son millésime. Imaginé par Suzanne Martin (une ancienne de Frasier), il s’agit d’une sitcom à l’ancienne sur un couple (la délicieuse Carrie Preston et l’habitué des sitcoms Patrick Warburton) qui doit supporter le retour à la maison de leurs enfants et de leurs parents. Du grand classique pour Burrows et pour NBC qui continuent de vivre comme si l’on était toujours en 1994. On verra le 15 mars prochain si ça fonctionne…

D’ici là, plutôt que de vous refaire l’intégrale de Friends, allez voir NewsRadio et Frasier si ce n’est pas encore fait ! C’est le meilleur hommage que l’on peut rendre à M. Burrows.

Publicités

Watch That Man : David Bowie à la TV

J’étais en train de me demander de quoi allait parler ma prochaine rétrospective sur l’histoire des séries. J’avais même commencé à fouiner dans les pires épisodes de Saint-Valentin. Et puis je me réveille un matin et David Robert Jones est mort. Merde.

DavidBowie_UN_005

C’est la K7 de Scary Monsters qui tenait éveillé mon père quand il venait me chercher, un week-end sur deux, qu’on roulait tard le soir. C’est Ziggy Stardust qui faisait danser toute ma joyeuse auberge espagnole à l’époque où j’habitais à Barcelone. C’est Heroes qui a accompagné ma dépression hivernale de 2010. C’est Low qui m’a donné l’énergie nécessaire pour sortir de cette hibernation. C’est Hunky Dory que j’écoute toujours avant d’aller à une soirée, pour avoir l’arrogance nécessaire, pour raviver la flamme.

David Robert Jones est mort mais l’ovni David Bowie existe encore. 25 albums, une dizaine d’incarnations et un dernier adieu prémédité suffiront largement à lui offrir une belle postérité. Sans vouloir jouer l’opportuniste, il se trouve également que la télévision n’a cessé d’utiliser ses chansons, son image et parfois Bowie lui-même – le cinéma aussi bien sûr mais d’autres en parleront mieux que moi. Alors, via une poignée d’exemples marquants et non exhaustifs, c’est de son passage dans les séries dont il sera question à travers cette nouvelle rétrospective.

« Space Oddity » Friends S05E19 (1999)

Un exemple très anecdotique mais assez personnelle. Quand je visionne cet épisode pour la première fois, j’ai dix ans et, comme je le disais plus haut, j’ai l’habitude d’entendre Bowie grâce à la K7 dans l’autoradio de mon père. Quand les six colocataires surprennent Chandler en train de marmonner l’intro de « Space Oddity » dans sa salle de bain, à la fin d’une VHS maison, j’ai ressenti l’un de mes premiers émois pop culturels, l’un de mes premiers plaisirs d’intertextualité. Sans Chandler et sa brosse à dents, je ne serais peut-être pas là à vous faire ce genre de classements. La même année, mon autre série formatrice, Urgences, utilisera la même chanson. Coïncidence ?

« Changes » – Popular S01E18 (2000)

« Changes », c’est un morceau très facile à utiliser dans une série, très cliché. Un personnage traverse une période de changement ? Paf, « Changes » pour bien illustrer ça. Si ce changement est vestimentaire ou sexuel, encore mieux. Ce fut le cas dans un épisode des Experts sur le meurtre d’un trans (S05E08). Et dans le teen-show Popular, diffusé entre 1999 et 2001 sur The WB.  L’épisode en question s’appelle « Ch-Ch-Changes » et on y voit l’un des professeurs annoncer son désir de changer de sexe à sa classe qui, en guise de soutien, décide de se travestir l’espace d’une scène (ci-dessous). Bowie, c’est aussi un artiste qui aura prouvé à des millions de jeunes qu’ils peuvent s’assumer, que le changement a du bon. Merci quand même à Transparent de ne pas encore être tombé dans cet effet un peu convenu.

« Chubby Little Loser » Extras S02E02 (2006)

Souvenez-vous de l’époque où Ricky Gervais était drôle. Où son insolence était au service de séries novatrices (The Office) plutôt que de cérémonies insupportables (les Golden Globes). On parle souvent de David Brent – dont un énième comeback est hélas en préparation – mais Andy Millman, le figurant au centre d’Extras, est tout aussi touchant et pathétique. Tellement qu’il a même eu le droit à une humiliation de la part de Bowie en personne. Installé au piano, ce dernier entonne nonchalamment une descente en règle du « Chubby Little Loser ». Le caméléon devient ainsi le maître de tous les caméos.

« Life On Mars » / « Ashes To Ashes » Life On Mars / Ashes To Ashes (2007-2009)

Ces deux morceaux emblématiques ont également donné leur nom à deux séries britanniques – adaptées en 2009 et sans succès par ABC. Dans le pilote, le flic Sam Tyler (John Simm) a un accident de voiture alors qu’il écoute « Life On Mars ». Il se retrouve alors propulsé en 1973, année de sortie du morceau. Dans le spin-off, c’est son partenaire Alex Drake qui reçoit une balle au son d’ »Ashes to Ashes » et débarque en 1981. Je n’ai vu aucune des deux – on m’a dit que c’était assez inégal – mais si c’est votre cas, n’hésitez pas à nous en dire plus. Les voyages dans le temps ne sont pas le monopole de Doctor Who, autre british aux multiples incarnations.

life_on_mars_04_1600x900

« Bowie in Space »Flight of the Conchords S01E06 (2007)

Le duo néo-zélandais est fan de Bowie et, bien avant d’avoir sa propre série sur HBO, chantait sur scène leur hymne « Bowie in Space ». Dans « Bowie », l’épisode qui met en scène ce morceau, Bret est mal dans sa peau et reçoit la visite, dans un rêve, de son héros. C’est Jemaine qui incarne le Major Tom mais, d’après cet entretien très émouvant, le rêve du duo était d’avoir le chanteur en guest. Reste un clip savoureux, truffé de clin d’œil à l’univers de Bowie.

clique sur la photo pour voir l’extrait

« Dayman » It’s Always Sunny In Philadelphia S03E09 (2007) / S04E13 (2008) 

Charlie Kelly est un personnage tellement lunaire qu’il était forcé de convoquer l’excentricité du Bowie glam en créant, son chef-d’œuvre, « Dayman ». D’abord une simple chanson où Dennis, dans sa plus belle imitation vocale et vestimentaire de Ziggy Stardust, incarne le héros de cette parabole tordue sur les traumatismes d’enfance de Charlie (S03E09). Ensuite, une comédie musicale où le reste du gang se prête au jeu/détruit la vision créatrice de notre chasseur de rats favori (S04E13). Deux moments d’anthologie pour une comédie qui les enchaîne déjà depuis 11 saisons. Glenn Howerton (Dennis) a rendu hommage à Bowie sur son Twitter : “I loved Bowie so much. I just loved him and I’m so sad he’s gone. He was my all time favorite”. Un hommage prévu pour la douzième saison ?

« The Man Who Sold The World » Fringe S0507 (2012) 

Je n’ai jamais regardé Fringe. Mais en faisant mes recherches, je suis tombé sur cette scène où Walter (John Noble) écoute un disque de Bowie l’air triste. Et John Noble qui écoute Bowie l’air triste, c’est presque ce qu’il me faudrait pour trouver le courage de regarder une série de J.J. Abrams.

« Life On Mars » American Horry Story S04E01 (2014)

Pour le meilleur mais surtout pour le pire, la série anthologique de Ryan Murphy est à l’image de Bowie : elle change régulièrement d’incarnation, jongle outrageusement avec des symboles glam et trash. Elle aime les costumes, les masques et la fantaisie. Sa quatrième saison avait pour cadre un freak show des années 50 et, peu soucieux de l’anachronisme, le season premiere livrait une scène belle et étrange : Jessica Lange, alias Elsa Mars, s’approchant d’un microphone pour chantonner le tube martien de Bowie, le roi des freaks.

« Space Oddity » Mad Men S07E12 (2015)

Don Draper est bien connu lui aussi pour ses réinventions, pour sa capacité à changer de peau. “Lost Horizon” nous offre sa dernière grande fuite, son échappée belle. Au moment où ses camarades s’enferment pour de bon dans une grande tour des miracles, Don choisit la grande route américaine, où l’horizon est infini. Une décennie se termine et on la droit de rêver un peu. D’avoir autant la tête dans les étoiles que cet astronaute de Bert Cooper ou cet ovni de Bowie : « Now it’s time to leave the capsule if you dare ».

mad-men

Comme je le disais, la sélection est loin d’être exhaustive. Bowie est partout, de Scrubs à Freaks & Geeks en passant par Glee, That 70’s Show  et Gilmore Girls. Dommage que le choix des morceaux ressemblent un peu trop à un Greatest Hits, avec toujours les mêmes titres. Pour faire plaisir à Gibet, terminons avec un Christmas Special datant de 77, où Bowie accompagnait Bing Crosby, juste avant sa mort, sur des classiques du genre « Little Drummer Boy ». Plus trop de saison mais charmant.

David Robert Jones est mort donc. Pas grave : Bowie continuera à vivre sur nos platines et sur nos écrans.

Recyclage en séries

On le sait, rien n’est foncièrement original. Il n’y a pas une seule série actuellement à l’écran qui n’emprunte pas aux autres ou qui n’est pas ancrée dans une longue tradition de narration remontant – soyons fous et flous – à la nuit des temps. Comme avec les autres formes artistiques, comme en musique ou en cinéma, c’est dans la manière dont un auteur va s’approprier son héritage et ses références qu’il pourra à son tour créer. Et s’il y a bien un médium post-moderne qui sait d’où il vient, c’est la télé. Manhattan (2014- ?) a beau nous parler de scientifiques en 1944 et être diffusé sur une petite chaîne du câble, elle a exactement la manière de gérer sa galerie de personnages que la grande publique Urgences (1994-2009) qui poursuivait elle-même une tradition vieille comme Hill Street Blues (1981-1987). Chuck Lorre n’a pas inventé avec Mom (2013- ?) la sitcom multi-cam qui évoque avec noirceur l’alcoolisme ou la misère, Roseanne (1988-1997) lui a ouvert la voie.

Roseanne-Dan-roseanne-30765445-1024-768

Pourquoi j’enfonce autant de portes ouvertes ? Déjà pour que vous alliez voir Manhattan et Mom s’il vous plaît merci. Ensuite parce que je me suis amusé à étudier un phénomène qui dépasse ce simple système d’emprunt et d’héritage : le recyclage. Depuis quelques années, la mode est au remake (The Odd Couple, K-2000) ou à la résurrection (X-Files, Twin Peaks, Star Trek) et on comprend facilement pourquoi un producteur veut bien miser à nouveau sur une formule qui a fonctionné. Mais, de manière plus étonnante, c’est parfois dans les vieux pots cassés qu’on refait de la soupe. Ainsi, des concepts qui n’ont pas su rencontrer leur public et qui furent enterrés il y a bien longtemps sont revisités. Ce n’est pas du plagiat, juste une tentative – bonne ou mauvaise selon les cas – de redonner une chance à une idée pas forcément bien exécutée la première fois. Une idée pas originale mais qui, selon celui qui s’en sert, peut offrir quelque chose de nouveau. C’est peut-être aussi, tout simplement, une coïncidence. Pour prouver ma petite théorie, voici donc une poignée de séries contemporaines qui possèdent une familiarité très troublante avec des échecs d’antan.

Voyage en terre masculine

Pig Sty (1995) : Cinq garçons ! Un appartement ! Une fille ! Tout est possible ! Voici le pitch de Pig Sty – la porcherie – et si vous me croyez pas, regardez plutôt la promo utilisée par UPN pour promouvoir sa sitcom qui ne survivra que 13 épisodes entre janvier et mai 95. Une année où fleurissent un bon paquet de copies du phénomène Friends. Chaque colocataire a sa particularité (l’écrivain sensible, le trader calculateur, le musicien loufoque) et drague à tour de rôle la nouvelle voisine ou la propriétaire des lieux qui leur sert aussi de maman. Ah, les années 90…

New Girl (2011- ?) : J’aurais pu faire une filiation avec How I Met Your Mother (le personnage de David Arnott est clairement un prototype pour Barney, costard inclus) mais, plus récemment, il y a l’exemple de New Girl. Si la série est devenue au fil du temps un ensemble show aussi inégal qu’attachant, son pilote n’était pas si éloigné de Pig Sty : trois colocataires (le doux rêveur, l’athlète et le businessman) accueillent une femme dans leur vie, la manic pixie dream girl incarnée par Zooey Deschanel. L’approche est moins sexiste, l’humour est moins lourdingue mais le pitch de départ n’est pas si éloigné. Après tout, HIMYM comme New Girl n’ont jamais caché l’ambition d’être la nouvelle Friends. 

Mésaventures d’un prof de musique

Teech (1991) : Vous vous souvenez de Hooch, le chirurgien « crazy » qui apparaissait à l’occasion dans Scrubs ? En 91, son interprète, Phill Lewis, incarnait Teech, un prof de musique « too cool for school » embauché par une grande académie très blanche et bourgeoise. Avant d’être annulé après 4 épisodes sur CBS, Teech naviguait maladroitement entre anti-racisme et avalanche de stéréotypes. Seul souvenir mémorable : le générique composé par B.B. King !

Mr Robinson (2015) : Durant l’été 2015, pendant seulement six épisodes, Craig Robinson a eu l’occasion de faire son Teech sur NBC. Mr. Robinson est aussi un musicien coolos embauché dans une école pour apprendre la musique à des gamins récalcitrants (mais à la démographie un peu plus varié et avec une romance en prime). Le pitch est très proche et l’exécution est tellement ringarde que, en 92 comme en 2015, le public n’a pas voulu s’attarder dans cette salle de classe pas aussi funky que prévue.

clique pour voir le spot promotionnel !

Apocalypse avant et maintenant

Whoops! (1992) : Un holocauste nucléaire ne laisse que six survivants qui doivent cohabiter dans une ferme abandonnée et reconstruire la civilisation. Lancée à la rentrée 92 sur FOX, la sitcom ne trouvera pas son public et sera annulée au bout d’une dizaine d’épisodes. Juste assez pour qu’on voit le groupe manger des baies hallucinogènes, élire un nouveau Président, essayer de repeupler la planète, partir à la recherche d’une dinde et organiser un Noël post-apocalyptique. Elue 42ème pire série de tous les temps par le magazine TV Guide, en 2002. Regardez le pilote (ci-dessous), vous m’en direz des nouvelles…

The Last Man On Earth (2015-  ?) : Vingt-cinq ans plus tard, c’est Will Forte qui devient le dernier homme sur Terre, toujours sur la même chaîne. D’abord seul, il va peu à peu rencontre cinq autres survivants et ils vont partager ensemble une maison et tâcher de relancer la civilisation. La dinde est remplacée par une vache et, comme chez leurs ancêtres de Whoops!, Noël est célébré. Bien sûr, la forme est plus moderne, plus aventureuse et notre héros, plutôt que d’être un instit timide est un gros nul qui fait tout son possible pour se faire accepter. Si la série ne volait pas forcément plus haut que Whoops! lors de sa première saison, elle a depuis trouvé son rythme de croisière et est une vraie réussite.

Un Goldberg peut en cacher un autre

Brooklyn Bridge (1991-1993) : Difficile de parler vraiment d’un échec, Brooklyn Bridge a reçu un Golden Globe, a eu le droit à 34 épisodes et possède toujours aujourd’hui, chez les critiques les mieux informés, une bonne réputation. Diffusée sur CBS à partir de 1991, elle mettait une scène une famille juive new-yorkaise dans les années 50, d’après les souvenirs d’enfance de son showrunner, Gary David Goldberg. Disparu en 2013, il avait bossé sur Family Ties et Spin City – Michael J. Fox lui doit beaucoup – et avait mis beaucoup de lui dans cette comédie menée par l’actrice Marion Ross (Happy Days). À noter : le générique était signé Art Garfunkel.

The Goldbergs (2013- ?) : Au moment où Gary David Goldberg disparaît, un jeune scénariste du même nom, Adam F. Goldberg, va à son tour revisiter ses souvenirs d’enfance. La famille juive n’évolue plus dans le new-york des fifties mais dans la Pennsylvanie des eighties, à travers la voix-off du narrateur à qui Patton Oswalt prête sa voix. The Goldbergs utilise elle aussi une certaine forme de nostalgie pour instaurer de la douce amertume dans sa gentille comédie.

Dans le cabinet d’un docteur loufoque !

Doctor Doctor (1989-1991) : Dans le genre « concept usé jusqu’à la corde », le médecin loufoque qui fait des bêtises et exaspère ses patients et collègues, ça se pose là. À chaque fois, qu’il soit maladroit ou misanthrope (Becker, avec Ted Danson, l’ancêtre de House), on finit toujours par lui découvrir un grand cœur. Ici, Matt Frewer (second rôle très récurrent sur votre écran, d’Orphan Black à The Knick) joue un docteur excentrique dans un petit cabinet de Providence. Le point fort de cette sitcom qui a réussi à perdurer trois saisons sur CBS, c’est que derrière le rire, elle abordait sans détour des sujets graves (cancer, sida, homophobie). Un succès critique qui a encore des fans, réclamant en vain une sortie DVD.

Dr Ken (2015- ?) : Même concept, exécution foireuse. Si Ken Jeong a pu amuser à petites doses dans Community, lui filer le premier rôle d’une comédie écrite à la truelle se révèle plus problématique, même avec l’aide de pointures comme Dave Foley ou Suze Nakamura. Le Dr Ken est brillant mais pas très doué socialement et, là où Doctor Doctor mêlait l’humour et le social, aucune trace ici ni de l’un ni de l’autre. La série parvient même l’exploit d’être plus ringarde et rétrograde que son ancêtre de 92… Cela dit, je dis ça en n’ayant vu qu’une poignée d’épisodes. Quelqu’un peut nous dire si ça s’améliore ensuite ?

Thérapie pour grand solitaire

Dear John (1988-1992) : Adaptation de la sitcom britannique du même nom, Dear John suivait un homme fraîchement divorcé (Judd Hirsch) en thérapie de groupe. Pendant quatre saisons, John apprend à se débarrasser de sa solitude en compagnie d’une bande variée, allant du sex addict au grand timide et tombe amoureux d’une autre écorchée vive. Pendant quatre saisons, la série pu trouver son public sur NBC, entre Cheers et Night Court. Je vous invite à voir le pilote, ci-dessous :

Go On (2012-2013) : En 2012, NBC retente le coup avec une nouvelle thérapie de groupe réunissant une galerie de personnages excentriques. L’occasion de relancer une énième fois la carrière de Matthew Perry. Au lieu d’être divorcé, notre grand solitaire est veuf cette fois mais le principe est le même que Dear John, chaque épisode nous plaçant au cœur d’une session de thérapie nous permettant de s’attacher de plus en plus à ses participants. Si ses débuts sont très maladroits, Go On a su trouver un rythme de croisière juste avant d’être annulée, faute d’audience. Aujourd’hui, Perry est à l’affiche de The Odd Couple. Encore un remake…

Retour au bercail pour star de la télé

Julie (1992) : C’était censé être le grand retour de Julie Andrews (Mary Poppins, La Mélodie du bonheur) à la télévision, avec rien de moins que Blake Edwards à la production. Mais ABC a dû rapidement sentir venir l’échec et les six épisodes produits furent balancés en scred durant l’été 92. L’actrice y incarnait une star de la télé revenant habiter à Sioux City, une petite ville où son mari était véto. Voici le pilote :

A Minute With Stan Hooper (2003) : Il doit y avoir de nombreux scénaristes qui ont laissé derrière eux une famille à la campagne et rêvent parfois d’y retourner se reposer. Norm MacDonald, un ancien agitateur du Saturday Night Live, faisait en 2003 son énième retour à la télé en incarnant pour FOX un célèbre journaliste télé de retour dans son village natal du Wisconsin. Il essaye d’y faire connaissance avec l’Amérique moyenne et se sentir plus proche de son audimat. Celui de la série a vite déguerpi et elle fut annulée au bout de treize épisodes.

The Grinder (2015- ?) : Cela n’empêche pas la FOX de retenter le coup avec Rob Lowe dans le rôle de la star qui revient au bercail. Le twist dans The Grinder, c’est que le héros a incarné un avocat dans une série et qu’il décide de devenir avocat dans le cabinet familial dirigé par son frangin (Fred Savage). Débuté à la rentrée dernière, la formule est pleine de promesses et n’a plus qu’un trouvé un bon équilibre. Ce qui me fait penser que, même s’il n’était pas une star mais un psychiatre, le retour de Frasier auprès de sa famille est le vrai ancêtre de ce concept qui peut s’avérer très gagnant. On le souhaite à The Grinder. 

Si d’autres exemples vous viennent en tête, n’hésitez pas. Je me suis seulement concentrés sur des séries récentes mais, même avant, les exemples de remake non assumés sont légion – avec The Newsroom, Sorkin réécrivait par exemple WIOU, diffusée sur CBS durant la saison 1990-91). En attendant, passez une bonne année devant votre écran et pourvu qu’il soit inventif dans son manque d’inventivité.

L’almanach séries 2015

Sur mon ancien blog, j’avais l’habitude chaque année de faire un traditionnel classement des séries. Cette année, à la demande de Lunécile, je change un peu la formule avec une sorte d’almanach – dernière référence à Retour vers le Futur, promis ! – qui compile chronologiquement les moments de télévision qui ont marqué une année particulièrement mouvementée. Mon année, puisque c’est forcément subjectif et donc forcément non exhaustif.

2015, c’était l’année de la Peak TV. Un terme à la mode qui est apparu face à l’émergence d’un trop grand catalogue de bonnes séries. Oui, c’est un comble : à force d’avoir beaucoup de choix de qualités, beaucoup plus de diversités et beaucoup plus de médiums (via les services de streaming notamment), on ne s’y retrouve plus, paraît-il. S’il est vrai que l’indigestion est un danger, ce serait tout de même idiot de se plaindre d’un trop-plein de trop-bien – il y avait aussi beaucoup de mauvais. À chacun de savoir faire le tri et de savoir savourer ce grand festin plutôt que de le consommer trop vite. 2015, c’était aussi l’année des adieux. Alors revisitons cette année pleine de tout et, surtout, pleine d’émotions.

P. S. : Avant de vous entendre pigner, je précise que je n’ai pas encore vu (ou que je ne verrai jamais) You’re The Worst, Jessica Jones, Bloodline, Please Like Me, Banshee, Looking, Sense8, Empire, Fresh off the Boat, Crazy Ex-Girlfriend, Penny Dreadful, Jane the Virgin, Daredevil, Hannibal, Rick & Morty, Unreal, Inside Amy Schumer, Man Seeking Woman, Kingdom, Narcos, The Middle, Grey’s Anatomy, Masters of Sex, Casual et la saison 19 de South Park. Quand à Doctor Who, je vous renvoie vers mes confrères et leur avis sur la neuvième saison.

8 janvier / The Daily Show w/ Jon Stewart (Comedy Central)

Pendant longtemps, Jon Stewart était le compagnon de mes pauses repas. Une figure irrévérencieuse mais pas trop, accessible sans être prétentieuse, subjective comme il faut et parfois capable d’analyses imparables. Un vieil ami aux cheveux grisonnants qui s’attaque aux mêmes moulins avec plus ou moins de réussite mais toujours le besoin de tourner en dérision ce qu’il y a de pourri au royaume de la politique et des médias, avec Fox News comme bouc émissaire. Il est parti dignement en août mais c’est en janvier, au lendemain des attentats contre Charlie Hebdo, qu’il nous a rappelé pourquoi on l’aimait et pourquoi sa mission devait se poursuivre. On espère te revoir en 2016, Jon !

20 janvier / Parks & Recreation – S07E04 (NBC)

PaC-Footage-1

Au milieu d’une ultime saison très réussie, on a le droit avec « Leslie & Ron » au plus bel hommage possible à la relation centrale de la série, à ce ying/yang sur lequel les scénaristes ont toujours su se reposer pour retrouver un peu d’équilibre. Alors les enfermer malgré eux dans un huis-clos censé les réconcilier, c’est l’occasion parfaite pour nous offrir un best-of sans avoir recours à un clip-show. Et puis c’est pas tous les jours qu’on voit Nick Offerman pleurer. Un beau cadeau aux fans.

22 janvier / Mom – S02E11 (CBS)

105800_WB_0370b_96509989

Quand une sitcom aussi intelligente que Mom tue un personnage, c’est bien plus marquant que quand ça arrive dans Game of Thrones. Surtout qu’elle peut se reposer entièrement sur le talent de ses deux actrices principales. Allison Janney dont le choc se transforme rapidement en rage avant de redevenir de la tendresse, Anna Faris qui ne sait pas comment réagir et finit par éclater en sanglots dans les bras de sa mère. Cette capacité à aborder le thème de la mort, comme celui de l’alcoolisme ou de la misère, n’empêche même pas les scénaristes d’avoir recours à l’humour gras et à des répliques bien senties. Elle a des couilles cette série, elle affronte les conséquences de ses arcs narratifs. La scène la plus forte reste celle où on se rappelle la lutte quotidienne des deux femmes, endeuillées, face à un verre qu’elles ne toucheront pas. Pour l’instant.

29 janvier / Parenthood – S06E13 (NBC)

150121_2841664_Coming_Up__Parenthood_Series_Finale

Clap de fin pour la famille Braverman. Un finale qui exploite toutes les forces de la série sans trop en abuser : la spontanéité du jeu, les relations approfondies entre les personnages, l’art de faire pleurer ou sourire avec une réplique ou un regard très juste. Il rend un bel hommage à tout ce petit monde, bien plus que ne l’aura fait une sixième saison en demi-teinte, construite sans trop de panache, confuse et un peu maladroite parfois. Mais on oublie ses défauts, les frustrations diverses qu’on peut ressentir maintenant que tout est fini et on pleure à chaudes larmes devant cet attendrissant clou du spectacle.

4 février / It’s Always Sunny In Philadelphia – S10E04 (FXX)

1200

En dix ans, la plus drôle des comédies nous aura tout fait : un dessin animé, une comédie musicale, une attaque de zombies, deux Arme Fatale. Il fallait bien qu’un jour, on ait le droit à un (faux) plan-séquence. Birdman a relancé cette mode et c’est comme ça qu’on se retrouve à suivre la journée de travail de Charlie, sans interruption (ou presque). Virtuosité et rats morts n’ont jamais été si bien ensemble.

8 février / Better Call Saul – S01E01 (AMC)

YlZw52W

Un centre commercial en noir et blanc. Un moustachu à l’allure familière. Un flash-forward mélancolique qui prouve que Vince Gilligan maîtrise toujours l’oxymore. Une belle introduction à un spin-off un peu inégal mais qui saura viser juste avec ce genre de moments, ceux qui nous parlent d’échecs et de regrets. Ceux qui misent sur le potentiel dramatique très juste de Bob Odenkirk.

11 Février / Broad City – S02E05 (Comedy Central)

broadcity_205_hashtag_fomo

Une nuit blanche conduit Ilana dans les fins fonds de la nuit new-yorkaise. Elle y fait la rencontre de Val, l’alter-ego music-hall d’Abbi. S’ensuit un numéro d’anthologie, le sommet de cette comédie unique en son genre, trouvant toujours de nouvelles astuces autour du sujet « deux potes qui font n’importe quoi ».

15 février / Saturday Night Live – 40th Anniversary Special (NBC)

weekend-update-SNL40

40 ans et plus toutes ses dents. Malgré une incapacité à véritablement se réinventer, Saturday Night Live a sorti le grand jeu pour ses trois heures d’anniversaire, pleines de surprises. Une célébration aussi inégale que prévue mais qui permet d’avoir au bureau du Weekend Update ses trois plus illustres présentatrices.

15 février / Togetherness – S01E05 (HBO)

1200 (1)

Encore un ersatz de film indé-mumblecore sur HBO ? Encore de la classe plus que moyenne qui souffre ? Oui mais la valeur ajoutée de cette série des frères Duplass, c’est sa justesse. On ne le ressent pas immédiatement, il faut une poignée d’épisodes pour s’investir dans les états d’âme des personnages mais, au bout du cinquième, le charme opère. Surtout lors de cette partie de dodgeball en plein air dont le véritable enjeu est la volonté d’émancipation d’une femme mariée en quête d’ailleurs.

1er mars / The Last Man On Earth – S01E01 (FOX)

ob_07f289_last-man-on-earth-150301

Un pilote à l’image du personnage de Will Forte : libre, créatif, ludique, plein de possibilités. Comme tout bon pilote, il peut d’ailleurs se regarder indépendamment du reste et rester tout à fait jouissif. Si la suite de cette première saison sera tristement classique, la seconde est actuellement en train de trouver un bon équilibre et aborde intelligemment amitié et solitude.

1er mars / Girls – S04E07 (HBO)

girls-150301

En même temps que son personnage fait une croix sur sa carrière d’auteure, Lena Dunham enfin décide d’arrêter de passer des épisodes entiers à répondre à ses critiques de la manière la moins subtile possible. Au lieu de ça, la revoilà qui nous raconte des histoires, la chronique de jeunes gens paumés et gentiment auto-centrés. Avec « Sit-In », elle a réussi à pondre un huis-clos un peu grossier mais en retrouvant le sens de l’humour et la répartie qui fut à une époque la marque de fabrique de la série (et pas seulement un moyen de faire du méta ou de la branlette intellectuelle).

6 mars / Unbreakable Kimmy Schmidt – S01E06 (Netflix)

En binge-watchant cette adorable série imaginée par Tina Fey, je ne pensais pas qu’une chanson pouvait autant me rester en tête que celle du générique. Jusqu’à « Peeno Noir », l’hymne composé par Titus, la révélation comique de l’année. Un bon moyen de découvrir l’humour ultra-référencé et au timing impeccable du réjouissant successeur de 30 Rock. 

8 mars / Brooklyn 99 – S02E18 (Fox)

portada b99

Brooklyn 99 n’est pas une série de son temps : elle mise sur une formule à l’ancienne (intrigue A + intrigue B + intrigue C), des personnages gentiment caricaturaux mais terriblement attachants, un cadre de travail fixe où se développe des relations amicales et amoureuses solides, vingt-deux épisodes par saison… Et c’est ce qui m’attire chaque semaine chez elle, ça et le cast impeccable, d’un Samberg qui a gagné en épaisseur à un Braugher qui donne son meilleur à chaque réplique. Bien sûr, c’est inégal, c’est classique et parfois routinier. Mais c’est ce confort qui fait tout le charme de la comédie. Quand elle convoque en plus ce bon vieux Bradley Whitford pour offrir à Jake Peralta une backstory très touchante, comment bouder son plaisir ?

25 mars / The Americans – S03E09 (FX)

the-americans-season-3-episode-9-do-mail-robots-dream-of-electric-sheep

The Americans réussit l’exploit de garder une qualité constante sans avoir besoin d’accélérer son rythme, de compromettre son récit ambitieux ou de sacrifier des personnages juste pour nous offrir d’éphémères frissons. Non, les frissons sont bien là pour durer car, quand une intrigue est passionnante, elle est exploitée jusqu’au bout et reste passionnante jusqu’au bout. Cela demande une très grande attention et une patience toujours récompensée. Ce n’est pas une série d’action, c’est une étude méticuleuse des conséquences de nos actions. Plus on passe du temps en compagnie de notre couple d’espions infiltrés qui font d’horribles choses au nom de leur patrie, plus les enjeux émotionnels sont complexes et bouleversants. Et quand Elizabeth se retrouve confrontée à sa propre moralité face à une Lois Smith bouleversante, l’émotion est forte.

29 mars / Shameless – S05E11 (Showtime)

1200

Après une quatrième saison très solide, Shameless est un peu retombé, cette année, dans ses vilains travers : situations poussives, arcs narratifs trop décousus et tendance à se reposer sur l’humour gras un peu trop souvent. Malgré tout, il surnage forcément de belles fulgurances, que ce soit dans le traitement des troubles de Ian, le passage à la puberté de Deb et même – plus surprenant – la romance d’un Frank en manque d’affection. Et quand les Gallagher se réunissent enfin au complet le temps de cet avant-dernier épisode plus solide, l’émotion est au rendez-vous. Avec une scène comme les retrouvailles de Ian et Monica, mère et fils bipolaire, la team John Wells prouve qu’elle a encore des choses très justes à nous raconter sur le sujet.

31 mars / Cougar Town – S06E13 (TBS)

cougar-town-finale

On l’aura moins évoqué que d’autres séries sur le départ comme Mad Men ou Justified mais elle me manquera tout autant. Sa familiarité et sa bonne humeur. Sa simplicité. C’était un privilège de passer autant de temps avec des gens privilégiés aussi charmants. Levons notre verre à la fine équipe du Cul-de-Sac et gardons un souvenir chaleureux de Couga… euh… Sunshine State !

5 avril / Last Week Tonight – S02E08 (HBO)

Il était dur de perdre à la fois Jon Stewart et Stephen Colbert mais la relève est définitivement assurée. Que ce soit par Noah Trevor et Larry Wilmore sur Comedy Central ou, surtout, par John Oliver sur HBO. Cette deuxième saison fut un rendez-vous immanquable tant l’animateur a su trouver ses marques tout en offrant sans cesse de nouvelles surprises. L’analyse pertinente mêlée à l’inventivité d’une fine équipe, c’est la force de Last Week Tonight et de segments aussi couillus que cette rencontre avec Snowden en Russie (on se souviendra aussi de la création d’une religion ou de la nouvelle mascotte Malboro). À quand le Pulitzer ?

14 avril / Justified – S06E13 (FX)

Justified_S3_002

On n’échappe pas vivant d’Harlan, Kentucky. Et pourtant, c’est bien ce qui arrive à nos deux héros. Je les appellerais bien anti-héros si le terme n’était pas autant dépassé et que ces deux-là n’avaient pas reçu un traitement aussi complexe depuis le début, traversant dans tous les sens la ligne qui sépare le Bien et le Mal. Et ça valait vraiment le coup de les avoir vivants dans cette ultime scène pour avoir le droit à cette touchante conversation qui capturait à la perfection l’esprit de la série et ses qualités : une histoire de loyauté racontée avec les dialogues les plus concis et mémorables possible. Au final, plutôt que d’avoir en tête la violence et les multiples rebondissements, on sort de la série avec le souvenir de personnages hauts en couleurs, de répliques cultes et de relations complexes au cœur de l’Amérique.

16 avril / Louie – S05E02 (FX)

LS5_A_La_Carte_0273_hires1

Avec Gibet, on a longuement disséqué la cinquième saison gentiment controversée de Louie. Mais s’il y a un truc sur lequel tout le monde s’est mis d’accord, c’est sur l’efficacité de cet intro basée sur la diarrhée. Louie, alors qu’il est à la caisse d’un supermarché, a une envie pressante et il peut compter sur ses deux gamines pour l’accompagner dans cette épreuve !

2 mai / Children’s Hospital – S06E07 (Adult Swim)

1200 (1)

Les épisodes « behind the scenes » de Children’s Hospital sont mes favoris, de petits chef-d’oeuvres de mise en abyme. Ils savent toujours jouer de manière inventive avec la mythologie très alambiquée et toujours plus absurde construite saisons après saisons. C’est à la fois parfaitement idiot et parfaitement maîtrisé, ce qui donnerait presque envie de croire que ce soap existe depuis 40 ans, se déroule au Mexique et est constitué d’une galerie d’acteurs aussi loufoque. Ici, le méta opère durant un morning talk show et prouve que, même au bout de six saisons, la comédie méconnue d’Adult Swim a encore beaucoup d’absurde à revendre.

10 mai / The Good Wife – S06E22 (CBS)

tgw_s06e22_kalicia

Si j’inclus ce moment, ce n’est pas qu’il est réussi, c’est qu’il est mémorable. À cause d’une brouille entre Juliana Margulies et Archie Pajanbi, les deux amies Alicia et Kalinda n’ont pas partagé une scène à l’écran depuis une cinquantaine d’épisodes. Quand cette dernière quitte la série, les scénaristes nous offrent alors des retrouvailles/adieux dans un bar qui sont en réalité… truqués. Oui, dans un manque de professionnalisme insultant pour les fans et nuisant pour de bon à mon amour pour la série, elles ont refusé de partager l’écran une dernière fois. Je ne sais pas si le pire, c’est que le trucage se voit ou qu’il y ait un trucage. Un moment à retenir en guise de leçon : plus jamais ça.

17 mai / Mad Men – S07E14 (AMC)

vlcsnap-2015-05-22-13h19m52s437

Il était dur de choisir seulement une scène dans cette ultime poignée d’épisodes. Peggy qui fait du roller pendant que Roger joue de l’orgue, Betty qui poursuit sa vie comme si de rien n’était malgré une terrible nouvelle, la réconciliation des Campbell. Don qui se jette dans les bras d’un autre homme invisible. La publicité finale. De « Person To Person », je retiens surtout les trois coups de téléphone de  Don aux trois femmes de sa vie. « People just come and go and no one says goodbye…” Eh oui Don mais pourtant, c’est bien fini. Et si personne ne dit au revoir, c’est parce qu’il ne s’agit pas d’une fin mais d’un nouveau départ.

2 juin / Community – S06E13 (Yahoo! Screen)

community-season-6-finale-image

Avec cette ultime saison, Dan Harmon et son équipe sont peu à peu remontés dans mon estime, en particulier avec leurs trois derniers essais. L’épisode du paintball était divertissant, celui du mariage intelligent, drôle et touchant. Et ce finale, tout ça à la fois. Triste surtout. Je ne pensais pas que Jeff et compagnie étaient toujours capables de me faire ressentir autant d’émotions. Les multiples renaissances de la série et sa baisse de qualité m’avait complètement fait oublier l’amour que j’aie pu porter à ces personnages par le passé. Comme au bon vieux temps, le méta est utilisé au service des personnages plutôt qu’à l’occasion d’un gag poussif ou d’un concept foireux. Et la voix de Dan Harmon se refait entendre avec générosité, humanisme et clarté, sans avoir besoin de jouer les victimes ou de nous pondre un script boursouflé. Merci pour le cadeau Dan, notre patience et fidélité méritaient bien ça.

7 juin / Veep – S04E09 (HBO)

veep_4_9_a

Un peu moins maîtrisée que d’habitude, cette quatrième saison reste toujours un must de satire et de one-liners inoubliables. Pour la première fois, on sort du format habituel avec cette série de témoignages face caméra où le staff de la Maison Blanche témoigne dans une affaire de fuite d’emails (Clinton peut en prendre de la graine). L’occasion d’exploiter chaque graine semée durant l’année et chaque personnage de cette galerie d’enfoirés de plus en plus grande. Le timing comique est précis et le ton cynique au possible : « It’s a good day for truth, but a sad day for love ».

7 juin / Silicon Valley – S02E09 (HBO)

ep17-ss01-1280

Et HBO a clairement trouvé un duo en or puisque le même soir, Silicon Valley nous livrait son épisode le plus jouissif de sa très solide deuxième saison. Tout en gardant l’humour nerd habituel, les scénaristes ont su augmenter les tensions dramatiques et rendre leur récit plus complexe. Niveau rebondissements, cet épisode est le plus virtuose et, avec un simple œuf de condor, redistribue intelligemment les cartes pour Pied Piper et prouve que Jared est bien l’arme secrète de la série.

11 juin / Orange is the New Black – S03E13 (Netflix)

tumblr_ns9m3fMmul1qawp0do1_1280

C’est bizarre de ne plus voir l’ancienne série phare de Netflix dans les classements de fin d’année. Cette troisième saison a moins fait parlé d’elle mais je l’ai pourtant trouvée bien plus solide que la précédente. Débarrassée d’un antagoniste trop caricatural, les prisonnières ont plus d’espace pour grandir et, excepté pour le paresseux triangle amoureux autour de Piper, les scénaristes ont pu nous offrir d’ingénieuses combinaisons de personnages. Plus on passe de temps à Litchfield, plus ses habitantes et son personnel sont attachants. Comment ne pas exploser de joie face à ces scènes finales de retour à la nature ?

14 juin / Game of Thrones – S05E10 (HBO)

ep50-ss03-1920

De cette saison encore plus inégale que d’habitude, les réseaux sociaux ont comme d’habitude retenu les moments les plus controversés (le viol de Sansa), choquants (le sort de Jon Snow) ou pleins d’action (la bataille contre les White Walkers). Le plus marquant, c’est pourtant la performance de Lena Headey dans ce walk of shame bouleversant, où la caméra est impitoyable, où l’un des personnages les plus détestés de la saga se retrouve à mériter toute notre pitié. Tant que la série pourra délivrer ces moments d’humanité, elle continuera à être autre chose qu’un phénomène de machine à café.

28 juin / Nurse Jackie – S07E12 (Showtime)

nurse-jackie-recap

Encore un adieu. Et un adieu sur Showtime, en général, ça veut dire l’agonie douloureuse d’une série qui n’a plus sa place à l’antenne depuis longtemps (cf : Dexter ou Californication). Le cas de Nurse Jackie est différent : suite à un changement de showrunner, la dramédie a su se renouveler et poursuivre discrètement sa route en suivant chaque étape de l’addiction de son infirmière. Ce finale est la conclusion logique de son parcours et offre à l’hôpital et ses protagonistes une porte de sortie très satisfaisante, très sobre, à l’image de ce qui m’a plu dans sa deuxième période.

11 juillet / 7 Days in Hell (HBO)

150522-7-days-in-hell-1920

Sous la forme d’un documentaire sportif (et reprenant parfaitement les codes du documentaire sportif), ce téléfilm ovni suit un match historique entre deux joueurs de tennis (Andy Samberg et Kit Harrington) qui s’affrontent pendant 7 jours, à Wimbledon. Une parodie de 40 minutes qui arrive à placer un gag à la seconde – il se revoit au moins deux fois – et convoque une ribambelle de guest-star dont je ne vous spoilerais que Jon Hamm en guise de narrateur. On a rarement vu autant de corps nus sur HBO – en particulier des hommes – ou d’absurdité aussi crasse et réjouissante.

17 juillet / Bojack Horseman – S02E11 (Netflix)

804417_4595143031732_494225431_n

Qui aurait cru qu’un dessin animé sur un cheval apprenant à surmonter sa dépression et son anxiété incurables allait être la série la plus drôle et émouvante de l’année ? Tout en restant une satire d’Hollywood, Bojack Horseman a passé la vitesse supérieure avec cette deuxième saison encore plus dense émotionnellement. Un fil rouge plus solide, des personnages secondaires qui gagnent en épaisseur (Todd !), des guest-stars improbables (Macca !) et une escapade mélancolique à L.A., tout permet de rendre ces animaux plus humains que nature.

26 juillet / Halt & Catch Fire – S02E09 (AMC)

1401x788-457d18d2-46fb-7c44-b9a4-56ba67606445_HCF_205_RD_0309_0015

Un bel exemple de série qui a su se réinventer et faire oublier sa maladroite première saison pour devenir un drama sur lequel compter. À force d’alterner les petites victoires avec les grosses défaites, Cameron se retrouve à bout de nerfs, se battant seule pour la survie de sa création, le logiciel de jeu en ligne Mutiny. Le départ de Boz, son plus fidèle allié, est probablement la scène la plus tendre et pure qu’a pu nous offrir Halt & Catch Fire et la preuve qu’avec le travail nécessaire, les personnages ont pu prendre vie et devenir réellement attachants. Si Toby Huss me manquera certainement, c’était le moment idéal pour offrir une sortie digne au commercial texan qui est parvenu à humaniser tous ceux qu’il croisait sur sa route.

30 juillet / Rectify – S03E04 (Sundance Channel)

rectify

C’était osé de proposer une saison aussi courte, à la temporalité aussi resserrée. Si l’expérience peut être frustrante, c’est aussi le meilleur moyen d’étudier le plus justement possible le retour à la civilisation de Daniel et les états d’âmes de ses proches. À une époque où de plus en plus de séries nous font le coup du time-jump de plus en plus gratuit et paresseux, c’est presque rafraîchissant d’avoir des scénaristes qui n’ont pas peur d’accompagner chaque étape du développement émotionnel de leurs personnages. Dans ce très bel épisode, Rectify parvient à nous émouvoir avec du silence, un pot de peinture ou bien un couloir un peu trop vide. La réalisation est superbe sans être tape-à-l’œil, les acteurs livrent tous leur meilleure performance scènes après scènes et on se laisse porter par un ascenseur émotionnel de plus en plus percutant.

13 août / Comeby Bang Bang – S04E26 (IFC)

kid-cudi

2015 était une excellente année pour Scott Auckerman. Avec son pote Adam Scott, il a pu rencontrer son groupe favori dans un épisode très spécial de son podcast U Talkin U2 To Me. Avec ses mentors David Cross et Bob Odenkirk, il a pu faire renaître Mr Show (voir plus bas). Et son Comedy Bang Bang a connu sa saison la plus longue (40 épisodes !) et la plus réussie. La transition entre le co-host Reggie Watts et le petit nouveau Kid Cudi n’a fait que rafraîchir la formule et il est difficile de lister les moments inoubliables (la comédie musicale d’Halloween, celle de Noël, le plan séquence, l’épisode littéralement à l’envers). Si vous cherchez une bonne dose de méta et de comédie inventive, comptez sur eux !

19 août / Mr. Robot – S01E09 (USA Network)

robotmr

Un phénomène inattendu qui a beaucoup fait réagir et à juste titre. Il m’aura néanmoins fallu du temps pour passer outre les défauts évidents des débuts (une rencontre maladroite entre Dexter et Fight Club), avant que la réalisation inventive, le regard du charismatique Rami Malek et les surprises d’une intrigue couillue me passionne à mon tour. Mr Robot est une série de son temps avec une vision très sombre et singulière qui fait des merveilles de narration avec l’esprit fragile de son narrateur et les dérives du monde connecté. Qui aurait cru un jour voir un brûlot anti-capitaliste sur USA Network ?

26 août / The Carmichael Show – S01E02 (NBC)

black_lives_carmichael.0

2015 n’était pas une grande année pour NBC qui, mis à part The Blacklist, n’a plus vraiment de série « phare » à mettre en avant. Avec la fin de Parks & Rec et Parenthood en janvier, l’été aura servi à tester les petits nouveaux. Si Mr Robinson fut un échec, cette série imaginée par le comédien Jerrod Carmichael a réussi, avec une trop courte poignée de six épisodes, à retrouver le charme de la sitcom d’antan tout en étant résolument moderne dans le propos. Sans tomber dans le piège du didactisme, il a permis de remettre au goût du jour le « Very Special Episode », ce procédé permettant d’aborder avec dérision un sujet grave, qu’il s’agisse d’alcool, drogue ou sexualité. « Protest » tape en plein dans l’actu en s’attaquant intelligemment à la brutalité policière. « Kale » évoque la mortalité, « Gender » parle aussi justement de la transsexualité que Transparent. C’est drôle, c’est intelligent et l’avoir renouvelé est peut-être la meilleure idée de NBC depuis longtemps.

27 août / Documentary Now! – S01E02 (IFC)

1200 (1)

Documentary Now! c’est une anthologie de faux documentaires imaginés par Bill Hader, Fred Armisen et Seth Meyers. C’est passé plutôt inaperçu et c’est dommage parce que c’était bien plus solide et inventif que tout ce qu’a pu nous proposer cette fine équipe auparavant (Saturday Night Live et Portlandia notamment). Pendant sept épisodes, Helen Mirren – dans son propre rôle et avec toute sa classe – nous présente les meilleurs docus du siècle dernier et on se retrouve face à des parodies/hommages de classiques comme Nanouk L’Esquimau (1922) ou bien des investigations hipsters de Vice. En plus de pouvoir retrouver certaines guest-stars sympathiques (Jack Black et John Slattery) et d’en prendre plein les yeux grâce à une mise en scène/photographie qui s’amuse à reproduire les tics du genre, on peut y mesurer toute l’étendue du génie comique de Bill Hader. Qu’il interprète un vieux réalisateur de 70 ans ou un criminel désabusé, il entre dans la peau de ses personnages à fond et sublime tout ce qu’il touche.

30 août / Show Me A Hero – Part. 6 (HBO)

Show Me A Hero Part 6 09 Lift Me Up

L’approche journalistique/humaniste de David Simon a encore fait mouche. Cette fois, c’est sous la forme d’une mini-série retraçant les combats de politiciens et habitants d’une ville où l’implantation de logement sociaux fait débat. À travers ce récit historique aux répercussions très actuelles et en seulement six épisodes, Simon arrive à utiliser avec efficacité son habituelle méthode de narration égalitaire, où chaque protagoniste, même infime, a son rôle à jouer. La mécanique des rouages et du fatalisme fonctionne à bloc, rendant comme prévu l’ultime épisode bouleversant. Le meilleur rôle d’Oscar Isaacs en 2015 et une joie pour les fans de Springsteen qui hante les rues de Yonkers.

9 septembre / Key & Peele – S05E11 (Comedy Central)

Clap de fin pour la série à sketchs qui illumine tout ce à quoi il s’associe (Fargo, Playing House, Bojack Horseman) et aura encore de beaux jours devant lui. On ne compte plus les fous rires (même si certains essayent de les classer) et on rira jusqu’à la dernière minute avec ce « Negrotown » qui résume bien le propos et la drôlerie du show. J’ai plus qu’à aller voir du côté d’Amy Schumer pour me consoler…

24 septembre / Review – S02E09 (Comedy Central)

1200 (2)

Review est l’émission fictive d’un certain Forrest McNeil (Andy Daly) qui accepte d’expérimenter la vie à la demande de ses spectateurs. Ca fait quoi de divorcer ? Ou de manger 30 pancakes à la suite ? La comédie repose donc sur d’énorme enjeux à mesure que la vie de Forrest s’anéantit et que le toutéliage de ses multiples expériences le laisse seul, cocaïnomane et suicidaire. On ne pensait pas que sa vie deviendrait plus misérable après la première saison et pourtant, cette saison va encore plus loin. Chaque épisode détruit tout ce qui compte pour lui : sa petite amie, sa maison, sa relation avec son père, son estime de lui. Forrest finit en prison où il s’invente un ami imaginaire qu’il va également perdre. S’ensuit la scène la plus loufoque, triste et originale d’une série qui défie toute concurrence sur ces terrains.

9 octobre / Undateable – S03E01 (NBC)

NUP_167120_0032_FULL

Undateable, la dernière comédie de Bill Lawrence est peut-être, avec (dans un tout autre registre) The Carmichael Show, la dernière comédie potable diffusée sur NBC. Un truc à l’ancienne, pas toujours très fin et plein d’acteurs qui cabotinent gentiment. Si je l’ajoute à cette liste, c’est surtout parce que, cette année, elle a trouvé le moyen le plus ingénieux d’exploiter toute l’énergie de son cast en filmant chaque épisode en direct. Avec un invité musical, à la SNL. Avec des caméos à la pelle. C’est vintage et tellement rare que ça mérite une mention.

12 octobre / Fargo – S02E01 (FX)

Kirsten Dunst as Peggy Blumquist

Noah Hawley troque la fluidité de la première saison pour nous offrir un récit encore plus dense, encore plus ludique et riche en personnages inoubliables. S’il faut parfois s’accrocher et que certains épisodes souffrent clairement d’un problème de rythme, le résultat est plus que satisfaisant. Qui d’autre est capable de caser dans la même oeuvre autant de genres, d’époques, de styles et de références différentes ? Les frères Coen, oui, bonne réponse. « Son, I could fill out a steamer trunk with the amount of stupid I think you are »Ok, then.

6 novembre / Master of None – S01E09 (Netflix)

maste_s1_006_h.0

Voilà ce que je disais de Master of None dans Les Restes de la Semaine :

c’est inégal car il m’a fallu une bonne moitié de saison pour envisager Dev comme un personnage à part entière et arrêter de voir un Ansari me faire des clins d’oeils malins. Inégal car on saute du didactique (« Ladies and Gentleman ») à l’anecdotique (« The Other Man ») pour enfin avoir quelque chose de consistant (« Mornings »). Mais je dis sûrement ça parce que c’est la vision du couple qui m’a le plus touchée et, dans son universalité mal équilibrée, il se peut que Master of None vous plaise pour des raisons tout à fait différentes. C’est sa réussite et sa force.

13 novembre / With Bob And David – S01E02 (Netflix)

1200

Mr Show, c’est la pierre angulaire de la comédie alternative à la télé, un ovni culte diffusé sur HBO au milieu des années 90 qui a inspiré une longue lignée d’héritiers (Key & Peele, Comedy Bang Bang). Cette année, grâce à un petit chèque de Netflix, Bob Odenkirk et David Cross réunissent la vieille équipe pour quatre nouveaux épisodes de sketchs inventifs et absurdes. Il y avait à boire et à manger mais toujours un tas d’idées. Le plus drôle, selon moi, reste cette comédie musicale imaginée par deux employés d’un pressing et leur client mécontent.

22 novembre / The Leftovers – S02E08 (HBO)

1200

À l’exception du très bon « Guest », la première saison m’avait laissé de marbre. Comment expliquer alors que celle-ci m’a aussi régulièrement bouleversé ? Un nouveau décor, une narration plus fluide, une structure plus maline, des personnages plus consistants, un symbolisme moins lourdingue, une meilleure utilisation du score tire-larmes et des expérimentations inoubliables, comme ce huitième épisode unique en son genre. Le miracle ici, c’est surtout d’avoir su aborder l’existentialisme avec autant de sensibilité, d’avoir su illuminer avec autant de noirceur. Ma plus grosse surprise cette année tant je ne m’y attendais pas, tant j’ai fini la saison en mille morceaux. Ayant visionné ça loin de chez moi, j’aurais jamais cru pleurer autant devant un putain de karaoké

30 novembre / Transparent – S02E01 (Amazon)

transparentopening.0

Comment faire mieux qu’une première saison qui avait atterri à la 1ère place de mon classement l’an dernier ? Dès les premières images de la saison, dès cette photo de mariage où l’on retrouve les Pfeffermans au grand complet, nous voilà rassurés. Si l’inclusion des flashbacks sur le Berlin des années 30 sont parfois un peu maladroits, tout le reste est à la hauteur des attentes : une exploration encore plus poussée de toutes les formes de sexualité, de tous les problèmes de communications au sein d’une famille ou d’un couple, de tous les défauts de personnages en quête d’identité. Si l’on doute encore du Golden Globe attribué à Jeffrey Tambor en janvier, il suffit de voir les deux derniers épisodes, de suivre Maura alors qu’elle trouve enfin quelqu’un avec qui partager de l’affection et une mère avec qui regarder l’horizon.

1er décembre / The Grinder S01E09 (FOX)

fox_TheGrinder_1AYV09_hulu

La rentrée de septembre des networks fut extrêmement pauvre en matière de nouveautés, j’ai même été obligé d’en fantasmer une alternative. Si je prends du plaisir avec Grandfathered et que d’autres affectionnent Crazy Ex-Girlfriend ou Supergirl, j’ai choisi de mettre en avant la comédie que j’ai trouvé la plus attachante, The Grinder. S’il reste encore pas mal de réglages à faire (notamment concernant un casting féminin cruellement sous-exploité), il n’y a rien à redire sur le duo de frangins formé par Rob Lowe et Fred Savage, formidable. Et en respectant la bonne vieille tradition des sweeps de fin novembre, les scénaristes nous ont offert deux excellents épisodes assumant pleinement l’aspect gentiment méta de leur pitch (avec Timothy Olyphant et Jason Alexander en bonus). J’ai hâte de voir comment l’équilibre sera trouvé en 2016.

13 décembre / Getting On – S03E06 (HBO)

hero.0.0

On va pas cracher dans la soupe : même s’il est très triste que la série s’arrête, c’était déjà un petit miracle qu’elle survivre trois courtes saisons vu l’indifférence du public. Ce remake d’une comédie noire britannique est pourtant une merveille d’écriture précise où se mélange sans arrêt cynisme et humanité. Jamais de surenchère dark comedy ou de compromis sexy, tout le personnel de ce centre gériatrique est fidèle à lui-même mais cherche la rédemption dans cette dernière ligne droite – la meilleure – où une belle galerie de sentiments est abordée à travers de la matière fécale, des reins défectueux et du vomi à nettoyer.  Des portraits de femmes, de vieilles femmes qui vomissent ou agonisent mais qui malgré tout nous font rire parce que Getting On parvient à rire de tout sans jamais se moquer.

15 décembre / Manhattan – S02E10 (WGN America)

_GPA4844.NEF

Manhattan n’est pas seulement une série sur les scientifiques à l’origine de la première bombe atomique. Avec cette deuxième saison encore plus dense, elle devient également un thriller d’espionnage, une étude sur les contradictions de l’Amérique, un drame au milieu d’une petite ville et un soap familial. Si on suivait jusque là principalement l’opposition entre Frank Winter et Charlie Isaacs, la narration offre cette année la part belle à toute la galerie de personnages et parvient à exploiter toute leur richesse à travers des épisodes construits à la fois pour englober une thématique et pour servir l’avancée haletante du récit qui se déroule sur dix-huit mois. Ce récit, c’est le nôtre, celui de notre civilisation et il nous est raconté à hauteur d’humain. Et lors d’un (series ?) finale où l’on assiste au premier test, c’est l’explosion d’une amitié qui occupe vraiment notre attention.

16 décembre / Peep Show – S09E06 (Channel 4)

peep-show-episode-3

En parlant de l’explosion d’une amitié… Après neuf ans à suivre les mésaventures de Mark et Jeremy – six ans pour moi, depuis qu’un ami britannique me l’a conseillé pour avoir un équivalent UK à It’s Always Sunny – il est temps de dire au revoir à une comédie devenue un peu inégale et répétitive mais toujours remplie de one-liners savoureux sur l’échec, la médiocrité et l’absurdité des relations humaines. Un finale fidèle à l’humour noir et aux voies sans issue habituelles. C’est la seule excursion hors des USA dans cette liste et il va désormais falloir que je trouve une remplaçante. On me murmure Catastrophe ? Je prends.

18 décembre / The Knick – S02E10 (Cinemax)

close-up-2-the-knick

À l’image du Dr Thackery, l’addiction reste un mystère pour moi : comment être aussi accro à une série qui a autant de mal à gérer un équilibre narratif, à construire sans maladresses une vraie tension dramatique ? Il serait trop simple de s’en remettre seulement à la réalisation de Soderbergh. The Knick est certes la série la plus belle à regarder mais ce n’est pas tout. Non, il y a aussi une fascination pour l’époque, pour sa vision de la médecine et du monde en général, pour certains personnages qui ont gagné en relief (l’étonnant duo Cleary/Harriet) et pour le gore. Ce season finale pousse ça à son paroxysme avec une scène d’auto-opération à entrailles ouvertes qui donne envie de vomir, dans le bon sens du terme. The Knick est bordélique mais couillu et toujours aussi hypnotisant.

***

À quoi va ressembler 2016 ? À 1996, avec le retour à l’écran de X-Files, Twin Peaks, Star Trek et Gilmore Girls… À l’empire Marvel qui va continuer de saturer l’écran avec ses super-héros et super-héroïnes. Moi, je repars hiberner. Ne me réveillez que si Larry David balance une neuvième saison de Curb Your Enthusiasm !

giphy

12 Days of Christmas #1 – It’s a Wonderful Plot!

– Burt, what was that accent?
– I was doing Barney!
– Oh… it sounds like George Bailey from that Christmas movie where everyone was better off without him.
(Raising Hope – S04E07)

Depuis sa sortie en 1946, La Vie est belle est un grand classique du cinéma hollywoodien et surtout, un grand classique de Noël. Bien qu’il ne soit jamais devenu une tradition en France – il y est même cruellement méconnu – ce film de Capra est multi rediffusé chaque année chez les Américains. Dans la petite ville de Bedford Falls, George, un père de famille exemplaire – incarné par un James Stewart exemplaire – est victime d’une série de mésaventures qui, la veille de Noël, le pousse à souhaiter n’avoir jamais existé. C’est alors qu’apparaît Clarence (Henry Travers), un ange qui descend sur Terre pour exaucer ce vœu en montrant à George un univers alternatif où, sans lui, Bedford Falls est un enfer. C’est suffisant pour que George annule son suicide et retourne auprès des siens pour chanter Noël les larmes aux yeux. Et il faut être sacrément cynique pour ne pas être ému devant cette fable, malgré son avalanche de bons sentiments et ses motifs religieux.

It-s-A-Wonderful-Life-its-a-wonderful-life-32920425-1600-1202

Comme chaque parabole bien ficelée et facilement transposable à différentes situations (cf La Bible ou Dickens), l’histoire de George Bailey fut régulièrement citée ou réécrite par la télévision américaine. En général, ça se passe aussi autour des fêtes – mais pas que – et on a un personnage qui réalise via une réalité alternative que le monde serait moins bien sans lui – ce qui, soyons un peu nihilistes, n’est quasiment jamais vrai – le tout grâce à la visite d’un ange gardien. À l’approche de Noël où je vous conseille de visionner l’original, voici quelques exemples d’emprunts des séries au classique de Capra.

Alf S03E02 Stairway to Heaven (10 octobre 1988)

“Anyone who wants a new life gets one. It’s the Capra Amendment”. C’est pas moi qui le dis, c’est l’ange gardien de Alf. Celui-ci souhaite n’avoir jamais atterri dans le garage des Tanners et finit même par prendre goût à sa vie alternative. Jusqu’à ce qu’il réalise que, pour poursuivre ce nouveau destin, tous ses souvenirs des Tanners seront effacés à jamais. Alf choisit donc de garder un bonheur qu’il connaît plutôt qu’espérer un bonheur inconnu. Moralité pas très courageuse : contentez-vous de ce que vous avez, ça pourrait disparaître ! Ce qui est sûr, c’est qu’on n’oubliera jamais ce bon vieux Alf, le genre de séries où les scénaristes n’avaient pas besoin d’ange gardien pour basculer dans une autre réalité (je fais bien sûr référence à la COCAÏNE).

555-JUGS

Mariés, deux enfants – S04E11 It’s A Bundyful Life (17 décembre 1989)

Comme Mariés, deux enfants se voulait une version subversive de la famille américaine habituellement représentée dans les sitcoms, elle va parodier La Vie est belle avec subversion. Quand Al Bundy perd tout son argent et ne peut plus acheter de cadeaux de Noël, il est au bord du suicide. Un ange lui montre alors que, sans lui… sa famille s’en sortirait beaucoup mieux ! Peggy s’est remariée avec un homme riche, Bud se comporte mieux avec les femmes et Kelly n’a pas encore perdu sa virginité. C’est pour toutes les mauvaises raisons, parce qu’il est furieux, jaloux et humilié, qu’Al décide de rester vivant et de retourner auprès des siens.

married-with-children-ftr

Dallas S14E22&23 Conundrum (3 mai 1991)

Pour son ultime épisode – avant qu’une suite ne voit le jour vingt ans plus tard – le soap Dallas décida d’utiliser les ficelles de Capra. Au bout du rouleau, J.R. Ewing est prêt à se suicider quand il reçoit la visite d’un ange au nom bêtement chrétien d’Adam. Ce dernier cite carrément des répliques entières de Clarence, le bienfaiteur original, et montre à notre antihéros à quoi aurait ressemblé la série sans lui. Oui, nos derniers moments passés en compagnie des personnages seront des moments issus d’une réalité alternative. Mais ce que tout le monde retiendra seront les coups de feu de fin et ce cliffhanger célèbre : qui a tué J.R. ? La réponse ne sera donné qu’avec un téléfilm de 96, Le Retour de J. R. On ne saura en tout cas jamais ce qu’il est advenu d’Adam, s’il était rêve ou réalité.

No_More_Mister_Nice_Guy

Le Prince de Bel-Air – S03E18 The Alma Matter (8 février 1993)

La figure de l’ange gardien, ça peut être vachement utile pour accueillir une guest-star sans trop se creuser la tête. Quand la prestigieuse université de Princeton accepte Will mais pas Carlton, ce dernier veut en finir mais reçoit juste à temps la visite de… Tom Jones ! L’auteur de « Sex Bomb » démontre au jeune homme à quel point sa famille ne serait plus la même sans lui, à quel point sa personnalité est un contrepoint essentiel à celle de Will, bien trop fumiste pour prendre soin des Banks. Le point culminant de cette rencontre divine, le véritable miracle, reste un duo entre Carlton et son sauveur sur le tube « It’s Not Unusual ».

Les Simpson S05E09 The Last Temptation Of Homer (9 décembre 1993)

Le riche univers des Simpson contient de nombreuses références au classique de Capra. Le personage de Burns est inspiré en partie par celui de M. Potter, le « riche méchant » de La Vie est belle. À la fin du S03E03, quand tout le monde se réunit autour des Flanders, c’est une parodie exacte de la dernière scène du film. Dans « The Last Temptation of Homer », l’hommage est encore plus complet puisqu’un ange gardien, le Colonel Klink, dévoile à Homer un monde où il n’aurait jamais épousé Marge. Celle-ci serait devenue présidente et lui aurait pu vivre une romance avec la belle Mindy, sa collègue de la centrale nucléaire. Bien sûr, Homer a du mal à comprendre le message et ce n’est pas grâce à son ange gardien qu’il ne trompera pas sa femme, c’est grâce à sa fidélité bête et méchante. Un joli message et une utilisation originale du concept.

Simpsons_05_09

Buffy – S03E09 The Wish (8 décembre 1998) / Angel – S03E11 Birthday (17 août 2002)

Joss Whedon et son équipe connaissent bien les classiques hollywoodiens et l’ont prouvé à plusieurs reprises, en parodiant les comédies musicales ou les films noirs. Ici, on a deux exemples de réalité alternative où l’absence d’un personnage change tout pour le pire. Dans « The Wish », Cordelia souhaite que Buffy ne soit jamais venu à Sunnydale et c’est le démon Anya – dont c’est la première apparition – qui réalise son vœu. Bien sûr, sans la tueuse de vampires, tout le monde s’est transformé en vampire et elle se fait elle-même tuer par une version vampirisé de Xander et Willow. Dans « Birthday », Cordelia n’apprend pas de son erreur et souhaite se débarrasser de ses pouvoirs pour devenir une actrice de sitcom. C’est à nouveau un démon qui joue le rôle de l’ange gardien et c’est à nouveau l’horreur qui attend Cordelia dans ce monde alternatif (Wesley manchot, Angel devenu fou). Chez Whedon, même les paraboles les plus lumineuses prennent des allures sombres.

buffy-the-wish

Malcolm – S04E10 If Boys Were Girls (9 Février 2003)

La réalité alternative ne s’embarrasse pas toujours d’un ange gardien pour montrer à notre héros à quel point il a une merveilleuse vie. Dans cet épisode, une Lois enceinte rêve de n’avoir eu que des filles à la place de ses infernales garçons. Malcolm devient Mallory, Dewey devient Daisy et Francis devient Frances et elles mènent toutes une vie dissolue. Quant à Hal, il est devenu obèse à force de s’inquiéter pour ses chères filles. Malgré tout, quand Lois se réveille, elle espère toujours avoir une fille. C’est un message que Capra ne pouvait délivrer dans un monde sortant de la guerre : parfois, il n’y a aucune réalité valable, il faut juste s’accommoder de la merde qui nous entoure.

Malcolm-in-the-Middle-4x10-If-Boys-Were-Girls-MITMVC-1

Smallville S0509 Lexmas (décembre 2005) / S07E18 Apocalypse (mai 2008)

Dans le genre « série pas très inventive qui doit recycler ses propres concepts », Smallville se pose là. Tellement qu’on aura le droit deux fois au coup de la réalité alternative où la vie sans notre héros est horrible. La première, c’est à Noël, où un Lex Luthor dans le coma reçoit la visite du fantôme de sa mère – mixant ainsi le clin d’œil à La Vie est belle et à Dickens. Elle lui montre à quoi aurait ressemblé sa vie sans son horrible père et, à la place d’une leçon d’humanité, on a un Lex Luthor qui ressort de l’expérience encore plus méchant et avide de pouvoir. Deux ans plus tard, c’est Clark qui se demande si ses amis n’auraient pas une meilleure vie sans lui, ce qui est un peu débile vu qu’il a sauvé leur vie une centaine de fois depuis son arrivée sur Terre. Ah Smallville, ce que tu pouvais être débile même en t’inspirant des autres…

devotedtotomwellingcom_lexmas_screencaps_151

How I Met Your Mother S06E12 False Positive (13 décembre 2010)

Alors que Ted les attend pour voir La Vie est belle au ciné (clin d’œil clin d’œil !), ses amis enchaînent les mauvaises décisions : Marshall et Lily adoptent un chien plutôt que d’avoir un bébé, Robin devient la bimbo d’un jeu télé et Barney préfère mettre de l’argent dans un costume plutôt que de l’offrir aux pauvres. La vie sans Ted est donc horrible et c’est lui qui remettra tout dans l’ordre en donnant les conseils nécessaires au reste du groupe qui iront tous voir le film de Capra avec du baume au cœur. On sait pourtant tous que la vie sans Ted Mosby serait formidable et, si jamais on croise un ange gardien, on sera beaucoup à lui demander de nous rendre les neuf années passées devant cette série.

Gang_Watching_TV

The Big Bang Theory S07E11 (12 décembre 2013)

Je suis navré de citer autant de sitcoms CBS mais ce sont les seules qui osent encore aujourd’hui recycler ce procédé éculé – d’autres comédies, comme Community, exploitent très bien le concept de réalité alternative, mais sans passer par Capra ou par un ange gardien. Avec cet épisode de Noël, The Big Bang Theory a au moins le mérite de changer un peu la formule puisque la figure de George Bailey est absente. Alors que Sheldon est parti au Texas pour assister à l’accouchement de sa sœur, le reste du groupe est ravi de découvrir la vie sans lui. Mais ils se rendent vite compte que cette situation n’est pas idéale et que, sans Sheldon, ils ne seraient pas tous réunis pour célébrer Noël.

jpeg

Autres exemples notables : Mork and Mindy S01E23 (1979) / Laverne & Shirley S06E20 (1981) / Charles In Charge S04E24 (1989) / Night Court S08E18 (1991) / Mad About You S03E23 (1995) / Beavis & Butt-Head S06E07 (1995) / Popular S02E10 (2000) / That 70’s Show S04E01 (2001) /  Psych S05E14 (2010) / Raising Hope S02E10 (2011) / NCIS S09E14 (2012) / Castle S07E06 (2014) / American Dad S11E06 (2014) / Switched At Birth S03E22 (2014).

Moi, il m’arrive de rêver d’une vie où je n’aurais jamais eu de passion pour Bob Dylan ou les séries américaines et le temps que j’aurais gagné en conséquence. Mais dans cette vie alternative, je n’aurais pas rencontré Gibet et Lune, je ne m’appellerais pas Dylanesque et je n’aurais jamais écrit cet article. Le monde serait donc bien plus triste car je ne serais pas là pour vous souhaiter un très joyeux Noël.

Behind the Laughter : la forme documentaire dans les séries télé

It’s easier to tell a complex story when you can just cut to people explaining things to the camera. You can always wrap it up with a series of random shots, which, when cut together under a generic voiceover, suggest a profound thematic connection. I’m not knocking it. It works (Abed, Community S02E16).

En septembre, IFC a diffusé Documentary Now!, une anthologie de faux documentaires imaginés par Bill Hader, Fred Armisen et Seth Meyers. C’est passé plutôt inaperçu et c’est dommage parce que c’était bien plus solide et inventif que tout ce qu’a pu nous proposé cette fine équipe auparavant (Saturday Night Live et Portlandia notamment). Pendant sept épisodes, Helen Mirren – dans son propre rôle et avec toute sa classe – nous présente les meilleurs docus du siècle dernier et on se retrouve face à des parodies/hommages de classiques comme Nanouk L’Esquimau (1922) ou bien des investigations hipsters de Vice. En plus de pouvoir retrouver certaines guest-stars sympathiques (Jack Black et John Slattery) et d’en prendre plein les yeux grâce à une mise en scène/photographie qui s’amuse à reproduire les tics du genre, on peut y mesurer toute l’étendue du génie comique de Bill Hader. Qu’il interprète un vieux réalisateur de 70 ans ou un criminel désabusé, il entre dans la peau de ses personnages à fond et sublime tout ce qu’il touche.

Pourquoi je vous parle de ça ? D’abord pour que vous filiez regarder ça illico, ça sera aussi bien l’occasion de rigoler que d’en apprendre plus sur l’histoire du ciné. Mais surtout pour introduire cette nouvelle rétrospective où je vais vous raconter la formidable histoire du docu à la télévision. Ou, plus précisément, de l’utilisation de la forme documentaire au sein des séries télévisées américaines fictionnelles. C’est un dispositif assez récurrent et souvent utilisé pour permettre aux personnages de se livrer directement à la caméra, d’avoir une raison valable de briser le quatrième mur. C’est également l’occasion d’avoir un regard neuf sur un univers que l’on connaît bien et de jouer avec la forme le temps d’un ou plusieurs épisodes.

Je vais exclure de ma liste la forme mockumentaire qui est un genre à elle toute seule. Au cinéma, c’est par exemple le Zelig de Woody Allen ou le Borat de Sacha Baron Cohen. À la télé, c’est le The Office de Ricky Gervais qui sera par la suite adapté aux États-Unis pendant neuf saisons. Ses gimmicks seront déclinés avec plus ou moins de succès dans des séries comme The Comeback, Parks and Recreation ou Modern Family. Là, la forme documentaire est permanente. Sans forcément qu’on nous explique pourquoi, les situations sont filmées par une équipe documentaire et les personnages ont des instants de confessionnal face caméra (des « talking heads »). C’était très à la mode ces dix dernières années et ça a tendance à décliner car c’est un genre qui peine à se renouveler ou à trouver une raison originale d’exister encore. Là, on va plutôt s’intéresser aux séries qui ont utilisé la forme documentaire le temps d’un épisode pour voir à quoi ça a servi et si c’était réussi ou non.

M*A*S*H – S04E25 The Interview (24 février 1976)

« The Interview » est souvent considéré comme le meilleur épisode de la série. Non seulement il s’avère être pionnier dans l’utilisation de la forme documentaire – j’ai pas réussi à trouver d’exemples plus anciens – mais il permet un beau tour de force de la part des acteurs. En effet, quand le journaliste Clete Roberts rend visite au régiment et interroge les personnages sur leur ressenti au cœur de la Guerre de Corée, le cast a le droit d’improviser et livre de belles performances à fleur de peau. Si aujourd’hui, on est habitués à ce qu’un drama change son format à l’occasion – je dirais même qu’on l’attend au tournant pour qu’il le fasse – c’était novateur dans les seventies. En plus des « talking heads », l’épisode est en noir et blanc, il a un ton très grave et il vient clôturer la saison. Un must donc et un exemple que beaucoup tenteront de suivre. MASH essayera d’ailleurs de reproduire le même schéma quelques années plus tard mais « Our Finest Hour » ne sera qu’un clip-show déguisé.

mashjpg-a43a5c872a7e5f39

WKRP in Cincinnati – S03E03 Real Families (15 novembre 1980)

Cette sitcom diffusée par CBS entre 78 et 82 et produite par le studio de Mary Tyler Moore suit le quotidien d’une petite station de radio de l’Ohio. N’hésitant pas à pousser le réalisme et la satire, elle était en avance sur son temps et a su garder une qualité constante et s’attirer les éloges de véritables animateurs radio – quand j’aurais fini de revoir l’intégrale de NewsRadio, sa plus chouette héritière, il faudra vraiment que je regarde l’intégrale de WKRP. Dans « Real Families », les scénaristes parodient une véritable émission d’investigation qui manipulait la réalité pour choquer les téléspectateurs (l’ancêtre de Tellement Vrai en somme). Le montage d’images volées permet une satire de ce genre d’enquêtes racoleuses et une moquerie du personnel de la radio, qui a l’air totalement idiot. Le détail amusant, c’est que la plupart des vrais téléspectateurs de CBS ont zappé l’épisode, qui a enregistré de vilains scores d’audience. Comme il débute par les images de la fausse émission, ils ont cru que WKRP avait été remplacé par un nouveau programme…

WKRP-Cincinnati

Babylon 5 – S02E15 And Now A Word (3 mai 1995)

Je vais pas vous mentir : j’ai pas réussi pour le moment à dépasser le pilote de Babylon 5. On me l’a vendu depuis des années comme la série de science-fiction la plus consistante et la mieux ficelée de tous les temps mais le problème, c’est qu’elle a beaucoup vieilli, aussi bien au niveau de la production que de l’humour censé désamorcer les situations dramatiques. En attendant de lui redonner une nouvelle chance, je peux tout de même mentionner cet épisode, déniché grâce à mes recherches. On y voit une journaliste venue de la Terre se balader dans la station pour interroger le staff, les ambassadeurs aliens et les différents politiciens qui essayent tant bien que mal de maintenir la paix interplanétaire. L’occasion de donner la parole à ceux qui ne sont parfois que les figurants de la série et d’opposer les points de vues des différents aliens. Un résumé efficace et sous un angle nouveau des tensions au cœur de la saison. Comme J. Michael Stracynski est un maître de la continuité, les personnages regarderont les images du documentaire deux saisons plus tard et réaliseront que la journaliste s’en est servi pour de la propagande gouvernementale. C’est rare que l’intrusion du documentaire dans une série ait par la suite un impact sur son déroulement, même au sein de certains mockumentaries où ça devrait pourtant être un enjeu central. Alors bien joué Babylon 5, on se retrouve bientôt !

babylon5casttvguide

The Animaniacs – S04E07 Ten Short Films About Wakko Warner (2 novembre 1996)

Vous vous souvenez des Animaniacs ? La série d’animation produite par Steven Spielberg pour FOX Kids et ses 100 épisodes bourrés d’ironie, de violence, de pop-culture et d’expérimentations ? Ici, un documentariste français, M. Pomme de Terre (en VO) nous présente les coulisses de la vie de Wakko, le plus malicieux des frères Warner, celui qui parle comme Ringo. Je viens de revoir des images et ça m’a fait un drôle d’effet flash-back, mon inconscient essayant tous azimuts de connecter le présent au moment où, gamin, j’ai dû voir cet épisode un dimanche soir dans Ça Cartoon sur Canal. Wow…

animaniacs

Homicide: Life On The Streets – S05E11 The Documentary (3 Janvier 1997)

Probablement l’épisode que je trouve le plus réussi dans cette liste et celui avec lequel j’ai la relation la plus forte. C’est grâce à lui que j’ai découvert la série de Tom Fontana et James Yoshimura, adaptée d’un bouquin de David Simon sur la police de Baltimore et diffusée par NBC entre 1993 et 1999 – en tombant par hasard sur « The Documentary » diffusé par Série Club en 2003, si ma mémoire est bonne. Et le hasard a bien fait les choses parce qu’il s’agit toujours de mon épisode favori – le meilleur étant « Three Man and Adena », sur lequel je reviendrais peut-être avec une rétrospective sur les huis-clos (« bottle episode ») à la télévision.

Durant la troisième saison, les scénaristes introduisent Brodie, un mec étrange qui se met à filmer les détectives, ce qui généralement les indiffère ou les agace et, tout comme aujourd’hui dans Brooklyn 99, Andre Braugher est fascinant quand il joue l’indifférence ou l’agacement. Finalement, lors d’une soirée de Nouvel An particulièrement calme, Brodie saisit l’occasion pour montrer à la brigade les rushes de son documentaire. Au départ, l’ambiance est détendue et ça fait du bien de passer du temps avec les personnages en dehors de la gravité des meurtres et des salles d’autopsie. C’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de rigoler avec Pembleton (Braugher) et c’est toujours un plaisir de le faire avec Munch (un Richard Belzer qui trimbalera ce rôle dans de nombreuses séries, de Law & Order : SVU à… Arrested Development !). On se retrouve presque devant un clip-show détourné, revisitant des éléments des saisons passées avec un regard neuf. Le visionnage prend un tournant plus dramatique quand les images de Brodie mettent en lumière des éléments d’enquêtes oubliées, dévoilent des secrets et ressassent de mauvais souvenirs.

Visuellement, Homicide s’inspire dès le départ du style documentaire, avec une image sale, des plans virevoltants autour des détectives et des jump-cuts très percutants. Lors des dernières saisons, NBC demandera hélas à la production de se calmer et de rendre la série plus lisse, aussi bien dans la forme que le fond, avec l’introduction de personnages moins intéressants. Malgré tout, et même si vous n’aimez pas les séries policières, je vous conseille Homicide, un must – et par la même occasion, je vous conseille Southland, son héritière.

Urgences – S04E01 Ambush (25 septembre 1997)

Le soir du 25 septembre 1997, que l’on soit américain ou français, on a pu passer la soirée en direct du Cook County Hospital de Chicago. Pour ça, il fallait veiller tard sur France 2, qui avait retransmis l’exploit de ce season premiere en live au beau milieu de la nuit. On doit cette expérimentation à Anthony Edwards et George Clooney, désireux de relever un nouveau défi. S’il ne s’agit pas de la première expérience live de NBC – et pas la dernière comme en atteste la sitcom Undateable dont toute la troisième saison est réalisée ainsi – c’est la première fois qu’Urgences change autant sa forme (ça deviendra une habitude par la suite). Car non seulement l’épisode est en direct, mais en plus c’est un faux documentaire sur le travail des urgentistes, filmé par une équipe de journalistes qui s’incruste dans les couloirs de l’hôpital. C’est à la fois un bon moyen de justifier le direct et les éventuels soucis de réalisation et l’occasion de redécouvrir nos personnages sous un jour nouveau. Mark Greene souffre d’un traumatisme suite à l’agression d’un patient et la caméra capture discrètement ses états d’âmes. C’est également la première apparition d’Alex Kingston dans la peau d’Elizabeth Corday, la chirurgienne qui fait une excellente première impression. Cette sorte de gigantesque pièce de théâtre est très ambitieuse tant il y a de jargon médical à réciter, de couloirs où la caméra doit se balader, de figurants qui doivent bien se placer… Et l’exploit sera reproduit une seconde fois pour la Côte Ouest. Il existe deux versions de l’épisode, deux expériences très réussies.

Urgences

Dix ans plus tard, lors de son ultime saison, Urgences va réintroduire la forme documentaire avec « What We Do » (S15E18). Là aussi, une journaliste interroge le personnel et, à travers une série de « talking heads », on en apprend plus sur les raisons du retour de Carter, sur le travail dans l’ombre des infirmières et réceptionnistes. C’est moins réussi et spectaculaire mais ça reste une utilisation très honorable du concept.

The Practice – S02E10 Spirit of America (22 novembre 1997)

Décidément, le docu était très à la mode en 1997… Et si David E. Kelley n’est pas connu pour suivre la mode, ça ne l’a pas empêché de placer les avocats de The Practice devant les caméras d’une équipe filmant leur tentative d’innocenter dans le couloir de la mort un homme accusé du meurtre d’une gamine. Ce qui fonctionne le mieux ici, c’est le soin apporté à l’aspect brut de la réalisation, sans commentaires ou musique racoleuse. Plutôt que Faites Entrez l’Accusé, imaginez plutôt l’émission Strip-Tease s’incrustant dans les bureaux de Donnell & Associates.

3rd Rock From The Sun – S05E09 The Loud Solomon Family: A Dickumentary (11 janvier 2000)

Dès que j’aurais terminé les 237 épisodes de Cheers, la prochaine sitcom à laquelle je m’attaque, ce sera forcément 3rd Rock From The Sun. Diffusée par NBC entre 1996 et 2001, elle suit le quotidien d’une famille d’extraterrestres qui essaye maladroitement de se faire passer pour des humains normaux afin d’étudier notre chère planète. Dans le rôle du père, on retrouve le formidable John Lithgow – que vous avez sûrement découvert comme moi dans Dexter – et c’est un tout jeune Joseph Gordon-Levitt qui tient le rôle de son fiston. Dans cet épisode de l’avant-dernière saison, le Dr Albright (Jane Curtin) réalise un documentaire sur la famille Solomon. Ça prend grossièrement la forme d’une émission de télé-réalité, qui commençait à l’époque à être très populaire. Face à la caméra et au monde, chacun se met à dévoiler les secrets des autres dans un enchaînement de quiproquos et de drôlerie que j’ai hâte de découvrir.

3rd-Rock

X-Files – S07E12 X-Cops (20 février 2000)

Cops est une émission qui, depuis 1989, suit des policiers en patrouille au cœur de l’Amérique profonde, sans narration, en mode cinéma vérité. Un peu comme The Shield mais non scripté. Fan du concept, Vince Gilligan décida de l’appliquer le temps d’un épisode d’X-Files pas forcément vénéré par les fans mais à l’expérimentation mémorable. Au bout de sept saisons, il fallait de toute façon redoubler d’inventivité pour ne pas que le téléspectateur roupillent devant les « monsters of the week ». Tout l’épisode se déroule comme une véritable séquence de Cops – même générique, même réalisation, des actions en temps réel – alors qu’une brigade accompagne Mulder et Scully à la recherche d’un loup-garou. Le tournage fut rapide et économique et le concept permit d’apporter un peu de post-modernisme à l’univers surnaturel de Chris Carter. S’il fut mal reçu à l’époque, « X-Cops » est aujourd’hui bien mieux considéré, restant un bel exemple de l’utilisation d’une nouvelle formule pour rafraîchir une formule vieillissante.

X files

Les Simpson – S11E22 Behind The Laughter (21 Mai 2000)

En parlant de formule vieillissante… Tandis que X-Files s’inspirait de Cops, les Simpson se mirent quelques mois plus tard à parodier Behind the Music. Une émission de la chaîne VH1 proposant des biographies de groupe, une sorte de Plus Vite que la Musique – les vrais sauront. L’animateur Jim Forbes nous raconte cette fois la gloire et la chute des Simpson, de leurs débuts modestes jusqu’à leur statut d’icône de la famille américaine moyenne. Tous les éléments incontournables d’un bon biopic sont au rendez-vous : enregistrement d’un disque, querelles, cérémonie d’award organisé par le chanteur country Willie Nelson… « Behind The Laughter » est souvent mentionné par les fans et par les scénaristes eux-mêmes comme un must. L’épisode remportera plusieurs Emmy Awards.

Behind the Laughter

En 2007, c’est la série documentaire Up qui sera parodiée avec « Springfield Up » (S18E13). Paul Almond y suit l’évolution de jeunes britanniques de 1964 à aujourd’hui, revisitant régulièrement l’évolution de leur vie. Un projet ambitieux qui se retrouve transposé sur divers habitants de Springfield.

Buffy contre les Vampires – S07E16 Storyteller (25 février 2003)

Il y a pas mal de gens qui n’aiment pas la septième et ultime saison de Buffy. Pas mal de gens qui n’aiment pas Andrew. Pas mal de gens qui n’aiment pas « Storyteller », l’épisode où Andrew se met à filmer le Scooby Gang à leur insu. Moi j’ai toujours eu de l’affection pour le personnage et pour cet épisode, écrit par Jane Espenson. La forme documentaire utilisée est celle de la home-made video, un procédé rendu très populaire par Le Projet Blair Witch (1999). L’utiliser dans Buffy à quelques épisodes de la fin, c’est peut-être pas l’idéal mais ça reste un bon moyen d’offrir une petite pause aux personnages, alors que les intrigues s’accélèrent et que le ton se fait de plus en plus sombre. L’occasion de revenir sur la séparation de Xander et Anya, de rigoler à nouveau avec Spike qui avait perdu de sa drôlerie depuis trop longtemps et puis l’occasion tout simplement de mieux comprendre la transition d’Andrew de « méchant » à « gentil ». Le dernier plan est à ce niveau plutôt émouvant. « Storyteller » apporte de la fraîcheur à une saison se prenant parfois trop au sérieux et se recentre sur les états d’âmes et les personnalités de nos chers personnages.

Storyteller Buffy

The West Wing – S05E18 Access (31 mars 2004)

Suite au départ d’Aaron Sorkin, renvoyé à cause de ses diverses addictions, NBC nomme John Wells showrunner de The West Wing. Le gars est solide et responsable des meilleurs épisodes d’Urgences alors pas de quoi s’inquiéter. Sauf qu’en vérité, il lui faudra un an avant de trouver son rythme et de se démarquer de son prédécesseur. Avant une sixième saison très excitante, il y a donc eu une cinquième saison plutôt à côté de la plaque et ne rendant pas franchement service à des personnages ramollis. Comme ça avait plutôt bien fonctionné pour Urgences, Wells retente le coup du documentaire en imaginant un faux reportage de PBS suivant une journée dans la vie de C. J. Cregg, l’attachée de presse incarnée par la brillante Allison Janney. Le résultat est discutable : le docu ne nous raconte rien de nouveau sur le personnage et sur l’administration Bartlet, il s’agit juste d’un gimmick ne trouvant jamais sa raison d’être. « Access » reste tout de même un bonne démonstration du talent d’Allison Janney – il lui permet d’être nominée aux Emmy Awards – que l’on retrouve aujourd’hui dans l’excellente sitcom Mom.

the west wing

Battlestar Galactica – S02E08 Final Cut (9 septembre 2005)

Même procédé qu’avec Babylon 5 : une journaliste, incarnée par Lucy Lawless (Xena) se balade au sein du Galactica pour interroger son personnel au sujet du massacre de civils. Il s’agit en vérité juste d’un prétexte scénaristique pour nous proposer une étude des personnages, en étant débarrassé de la tension et des intrigues habituelles et c’est plutôt réussi. Le personnage de Lawless agit à la fois comme un substitut du téléspectateur – ayant accès à des zones du vaisseau et à des secrets que l’on aimerait nous-mêmes découvrir – et la voix du showrunner Ronald D. Moore, qui avoua par la suite avoir voulu résumer son point de vue sur ses héros avec le monologue final de la journaliste. C’est aussi ce qui faisait la force de Battlestar Galactica : savoir varier sa forme au service de son récit – voire aussi l’excellent « Unfinished Business » (S03E09).

Battlestar Gallactica

Les Experts – S06E17 I Like To Watch (15 octobre 2006)

Les Experts n’est pas connu pour l’originalité de sa forme puisque c’est un exemple de formula show qui se repose sur ses lauriers. Quand la série utilise le procédé documentaire dans cet épisode, c’est donc rafraîchissant à défaut d’être franchement innovant. La victime de la semaine étant l’objet d’une émission de télé-réalité, les caméras suivent l’enquête de Grissom et compagnie de la manière la plus intrusive possible. On a donc le droit à une satire de ce genre d’émissions et à un commentaire plutôt amusant sur la série elle-même. « There’s too many forensics shows » grommelle Grissom, pointant du doigt le voyeurisme des journalistes, le même voyeurisme qui pousse chaque semaine des milliers de téléspectateurs à se délecter des crimes les plus ignobles devant Les Experts, Esprits criminels et j’en passe. 

Gil-Grissom-Les-Experts-CSI

Dr House – S04E07 Ugly (13 novembre 2007)

L’année suivante, les scénaristes de House piquent l’idée des Experts pour un épisode un peu plus consistant. Ici, c’est un jeune patient admis au Princeton-Plainsboro Hospital qui est au cœur d’une émission de télé-réalité et les caméras se mettent à filmer l’enquête des médecins à la recherche d’un diagnostic. C’est à l’époque où Dr House constitue sa nouvelle équipe d’internes et c’est donc l’occasion pour lui de tester encore plus outrageusement les candidats. À la fin, il a l’occasion de voir les rushes du docu qui le montre comme un médecin plein de compassion. Un épisode qui exploite donc son concept pour du méta, de l’humour et un « patient of the week » intéressant.

Dr House

Community – S02E16 Intermediate Documentary Filmmaking (17 février 2011)

Comme on a pu le voir avec mon article sur les clip-shows, Community n’hésitait pas à parodier toute forme de gimmicks télévisuels et, dans le meilleur des cas, le faisait pour nous raconter quelque chose de nouveau et de touchant sur les étudiants de Greendale – dans le pire des cas, c’était juste histoire de. L’overdose de Pierce est l’occasion pour Abed de réaliser un documentaire et pour les scénaristes de s’inspirer des mockumentaries à la mode sur NBC – la série était alors diffusée en compagnie de The Office et Parks and Rec et ça me fait mal au cœur de parler de tout ça au passé. On a donc les incontournables du genre : des « talking heads » révélateurs, des moments volés, une caméra qui saisit les émotions à fleur de peau alors que tout le monde se retrouve dans un guilt trip orchestré par Pierce. Un bel exercice de catharsis et d’étude de personnages, en particulier pour un Jeff dont on découvre les « daddy issues ».

Community

Un an plus tard, Community remet le couvert en rendant cette fois au hommage à l’un des plus célèbres documentaristes américains. « Pillows and Blankets » (S03E14) reprend la forme de The Civil War, la fameuse série de Ken Burns sur la guerre civile américaine. Sauf qu’à la place du conflit entre sudistes et confédérés, on assiste à un combat d’oreillers et de couettes. Une approche très sérieuse d’un sujet qui ne l’est pas, entraînant donc un décalage plutôt réussi et narré par l’excellent Keith David, qui rejoindra par la suite le casting principal.

30 Rock – S05E17 Queen of Jordan (17 mars 2011)

Si Big Brother était à la mode pendant les années 2000, c’est The Real Housewives qui est la sensation télé-réalité au début de cette nouvelle décennie. La série de Tina Fey sautera donc sur l’occasion d’une joyeuse satire en plaçant Angie Jordan, la femme de Tracy, au cœur de cette parodie bien foutue. En plein trip diva, Angie entraîne les caméras de son émission dans les studios de NBC et tout le monde se retrouve entraîné bien malgré lui dans cet entreprise de vanité où même Susan Sarandon est convoquée en guest-star. « Queen Of Jordan » est un épisode très réjouissant au cœur d’une cinquième saison où la série retrouvait enfin de sa superbe. On aura même le droit à une suite l’année suivante avec « Queen Jordan 2 : The Mystery of the Phantom Pooper » (S06E20). Il y a presque de quoi espérer un spin-off et c’est grâce à son rôle de D’Fwan que Tituss Burgess rejoindra la distribution de Kimmy Schmidt, la nouvelle comédie de Tina Fey ayant débuté cette année.

Queen of Jordan

Autres exemples notables : Beavis et Butt-Head S04E29 (1994) / Xena la guerrière S02E15 (1997) / New York 911 S03E90 (2002) / Stargate SGI S07E17-18 (2004) / My Name Is Earl S02E12 (2007) / Supernatural S03E13 (2008) / Monk S07E07 (2008) / South Park S14E07 (2010) / Grey’s Anatomy S07E06 (2010) / Leverage S04E12 (2011) / Castle S05E07 (2012) / BILLY S01E13 (2013) / ZIM S01E05 (2014).

Il va désormais falloir redoubler d’inventivité pour nous offrir une énième variation sur le genre documentaire. À quand un épisode de The Walking Dead où Carl s’empare d’une caméra pour filmer les derniers efforts des survivants ? À quand le Behind the Laughter de Horsin’ Around, la sitcom de Bojack Horseman ? En attendant, Documentary Now!  est ce qui se fait de mieux actuellement, autant pour les amoureux du genre que pour ceux qui souhaitent une porte d’entrée ludique vers de vrais documentaires.

Greatest Hits : gloire et décadence du clip-show

I know I would love to forget all the painful things that have happened to me. But unfortunately I keep re-playing them in my head like some clip show from a bad sitcom too lazy to come up with a fresh story (J.D., Scrubs, S06E11).

Tout le monde déteste les clip-shows. Ces épisodes qui compilent de vieux extraits de la série dans un montage trop souvent paresseux. Leur raison d’être est simple : ils permettent des économies de production et remplissent, sans trop avoir à se fatiguer, une case horaire. Seulement, il faut se souvenir d’une époque où le public d’une série n’avait aucun moyen de binge-watcher quoi que ce soit ou de revoir en boucle sur Youtube leurs passages favoris. Le clip-show servait alors à la fois de best-of et de previously on, de véritables débriefings pour les nouveaux spectateurs.

Quand j’ai découvert Friends en cours de route, lors d’une rediffusion de la quatrième saison sur France 2 en 1999, j’étais bien heureux qu’on me montre de vieilles images des six colocataires et de leur évolution. L’étrangeté de la VF, c’est qu’un nouveau doublage et parfois même de nouvelles traductions étaient proposées et on se retrouvait donc avec deux versions parfois très différentes des mêmes scènes entre l’épisode original et son inclusion dans un clip-show.

Aujourd’hui, les clip-shows ont presque entièrement disparu. Les rediffusions intempestives, les coffrets DVD, Youtube, Netflix et l’exigence grandissante du public leur a ôté toute raison d’être. Si l’on veut économiser, on va désormais favoriser le bottle episode, huis-clos limitant personnages et décor, ce qui donne des moments aussi réussis que « The Fly » dans Breaking Bad ou « Cooperative Calligraphy » dans Community.

Mais le clip-show n’en reste pas moins une particularité intéressante de la télévision américaine et je vous propose une exploration chronologique (et non exhaustive, bien entendu) de cette drôle de tradition. On verra qu’ils peuvent prendre différentes formes – de la plus stupide à la plus créative – et avoir différentes utilités. Ils sont majoritairement liés aux comédies mais certains dramas n’hésiteront pas à franchir le pas.

Robinson Crusoe of Clipper Island (1936)

Dès les années trente, le concept sévissait déjà dans les serials, des feuilletons d’aventure ou de science-fiction composés de plusieurs épisodes diffusés chaque semaine au cinéma, s’achevant systématiquement par un cliffhanger, pour que le spectateur revienne la semaine suivante. L’ancêtre des séries donc. Et cet épisode des aventures de Robinson Crusoé, datant de 1936, est l’un des premiers exemples de clip-show, permettant à un nouveau public d’être au courant de tous les rebondissements et intrigues en cours.

picture-4-e1401725543912

Bugs Bunny – « What’s Cookin’ Doc? » (1944)

Avant d’être qualifié de clip-show, les épisodes utilisant le concept de recyclage de vieilles images était parfois qualifié de « cheaters » (tricheurs), en particulier dans le monde de l’animation. Dans cet épisode, Bugs tente de gagner un Oscar en montrant au jury ses plus beaux moments à l’écran. Ce montage ne s’étend pas à l’épisode tout entier mais permettait tout de même d’économiser de précieuses minutes d’animation. On se retrouve notamment face à des scènes de « Hiawatha’s Rabbit Hunt », datant de 1941 – qui sera par la suite censuré à cause de son contenu raciste, comme de nombreux Merrie Melodies de l’époque.

CC1278-Whats-Cookin-Doc-DX

Leave It To Beaver – S06E39 Family Scrapbook (20 juin 1963)

Diffusée sur ABC entre 1957 et 1963, Leave It To Beaver était la série idéale pour les enfants de l’époque et aussi leurs parents, qui pouvaient développer la bonne habitude de les occuper en les plaçant devant un téléviseur. Elle suivait les mésaventures du jeune Theodore Cleaver, sur les bancs de l’école, dans les allées de son lotissement ou à table avec sa famille. Un énorme succès pour ce feuilleton pionnier dans de nombreux domaines : la commercialisation de produits dérivés, les clichés que reproduiront de nombreuses comédies familiales et… l’utilisation du clip-show en guise de series finale. Oui, quand les américains se pressent devant leur écran en juin 63 pour savourer les ultimes bêtises de Beaver, c’est une compilation des meilleurs moments de la série qu’on leur propose. Un series finale clip-show, c’est l’ultime outrance et ils seront nombreux à en faire autant, de La Fête à la Maison jusqu’à Frasier en passant par Seinfeld (on y reviendra).

Beaver Collectibles 02 9-20-14

Star Trek : The Original Series – S01E11-S01E12 The Menagerie (17 et 24 novembre 1966)

À cause d’effets spéciaux très difficiles à produire pour l’époque, la livraison des épisodes inédits de Star Trek était très complexe. Il arrivait même que NBC reçoive un nouvel épisode seulement trois jours avant sa diffusion. Pour compenser le retard accumulé, le créateur Gene Roddenberry imagina dès la première saison un double épisode capable d’être produit le plus rapidement possible. « The Menagerie » réutilise donc de nombreuses scènes de « The Cage », le pilote non diffusé de la série et mélange le neuf et l’ancien de manière cohérente, sans perturber le cours des intrigues. Il gagnera un Hugo Award (l’équivalent science-fiction des Emmys) ce qui prouve qu’avec assez d’ingéniosité, le clip-show peut faire des miracles.

trek_tv_guide_ad

All In The Family – S05E15 The Best Of  (21 décembre 1974)

All In The Family sera le Leave it To Beaver des seventies, une comédie familiale au succès d’audience phénoménale. C’est Henry Fonda qui sera convoqué pour présenter cette rétrospective d’une heure coïncidant avec le 100ème épisode de la série. Utiliser le clip-show pour marquer une étape importante ou un anniversaire deviendra par la suite récurrent, en particulier dans les soap-operas où la volonté de résumer les événements est plus justifiée. All In The Family refera le même coup pour le 200ème épisode, avec cette fois Norman Lear, son créateur, en guise de narrateur.

hf1

M*A*S*HS07E4-S07E05 Our Finest Hour (2 octobre 1978)

M*A*S*H ne fera pas l’affront du clip show en guise de series finale et, heureusement, puisque son ultime épisode sera le plus gros succès d’audience des années 80 (125 millions de téléspectateurs !). Par contre, elle n’hésitera pas à utiliser le clip-show régulièrement et notamment avec « Our Finest Hour », un titre bien ironique car il est considéré comme le pire épisode de la série. Il marque pourtant le retour d’un personnage apprécié, le journaliste Clete Roberts (un vrai journaliste, pas un acteur) qui débarque en Corée pour interroger l’équipe médicale du 4077ème régiment. C’est sa deuxième visite et si la première avait permis d’en savoir plus sur les personnages, celle-ci est presque uniquement composée de moments recyclés. Bizarrement, les vieilles images en noir et blanc sont colorisées rendant l’épisode aussi paresseux que laid.

1200

Diff’rent Strokes  S01E08-S01E09 Retrospective (29 décembre 1978)

Quelques mois plus tard, c’est Diff’rent Strokes (Arnold & Willy en VF) qui pousse le concept encore plus loin, sur NBC. Alors que seulement sept épisodes viennent d’être diffusés, les scénaristes se sentent obligés d’offrir une rétrospective. M. Drummond profite de Noël pour se remémorer ses plus beaux moments depuis l’arrivée d’Arnold et Willy dans son foyer. Deux idées stupides sont donc réunies dans ce double épisode : un clip-show au tout début de la première saison et un épisode de Noël quatre jours après Noël.

0013_diffrent-strokes-santas-helper-14.jpg

Barney Miller – S05E24 Jack Soo, A Retrospective (17 mai 1979)

Autre raison valable pour un clip-show : la mort d’un acteur. Jack Soo interprétait le sergent Nick Yemana dans la sitcom policière Barney Miller (l’ancêtre de Brooklyn Nine-Nine) et fut atteint en 78 d’un cancer de l’œsophage qui l’éloigna des studios d’ABC. Sa dernière apparition, dans l’épisode « The Vandal » (S05E09) était prémonitoire, la dernière réplique de son personnage étant « I have nothing to add ». Quelques mois plus tard, après qu’il a succombé à sa maladie, ses camarades lui rendent hommage dans une rétrospective retraçant les meilleurs moments de Nick Yemana. Les acteurs sortiront de leur rôle dans un clip-show émouvant se terminant par un toast général et concluant la cinquième saison. En 1998, quand Phil Hartman mourra dans un sordide accident domestique, le cast de NewsRadio en fera autant dans le season premiere de sa cinquième et ultime saison, sans recourir pour autant à un clip-show.

Barney_Miller_cast_1977

Star Trek: The Next Generation – S02E22 Shades of Gray (17 juillet 1989)

L’Histoire se répète. À cause de « Q Who » (S02E16), un épisode à la production très onéreuse, la Paramount ordonne à l’équipe de Star Trek TNG de pondre quelque chose de très cheap. Au départ, un huis-clos est imaginé mais très vite, il est décidé qu’un clip-show sera encore plus facile à expédier et à filmer en trois jours seulement. Résultat : les fans seront furieux et « Shades of Gray » sera considéré comme l’un des plus épisodes les plus horribles de l’univers Star Trek. Ce qui peut à l’origine n’être qu’un dispositif relou mais inoffensif peut s’avérer très néfaste pour la réputation d’une série.

shades-of-gray

The Simpsons – S04E18 So It’s Come To This: A Simpsons Clip Show (1er avril 1993)

Des décennies après Bugs Bunny, l’animation restait toujours un art demandant du temps et entraînant parfois des retards dans la production (tout le monde n’a pas la rapidité de Trey Parker et Matt Stone). Pour soulager le travail des animateurs, Matt Groening autorisa l’utilisation du clip-show à partir de la quatrième saison des Simpson. Cela deviendra par la suite une tradition (« The Simpsons 138th Episode Spectacular » avec un Troy McClure très en forme notamment) mais c’est vraiment avec celui-ci que le clip-show deviendra un art. Face à un Homer entre la vie et la mort à l’hôpital, sa famille se remémore leurs meilleurs moments en sa compagnie. Le résultat est aussi tendre qu’amusant, permettant aux scénaristes d’enchaîner les références cinématographiques et de récompenser les fans avec des clins d’œil bien sentis. « So It’s Come To This » est toujours considéré comme l’un des meilleurs exemples de clip-show.

 Simpsons_04_19

Friends S04E21 The One With The Invitation (23 avril 1998)

Voilà l’épisode dont je vous parlais dans l’introduction, celui qui m’a permis de mieux comprendre la relation entre Ross et Rachel alors que, gamin, je découvrais la série. C’est le premier clip-show de Friends  et loin d’être le dernier puisque chaque saison aura le sien. Avec des acteurs aussi chers payés, on peut comprendre la volonté de NBC pour réduire le budget le temps d’un épisode. Pourtant, chaque clip-show aura le droit à des scènes inédites et parfois même, serviront à faire avancer l’intrigue. Ainsi, « The One With Christmas In Tulsa » (S09E10) permettra à Chandler de quitter son job.

tumblr_static_friendss04e21-0404

Seinfeld – S09E23-S09E24 The Finale (14 mai 1998)

Le 14 mai 1998 était une grosse date à la télévision américaine : Frank Sinatra mourait et Seinfeld diffusait son ultime épisode devant 76 millions de téléspectateurs. Pour l’occasion, Larry David était de retour pour écrire l’ultime mésaventure de Jerry, Elaine, George et Kramer, réunis au tribunal face à toutes les personnes qu’ils ont offensées depuis le début de la série. Alors que l’épisode précédent était déjà un double clip-show, David enfonce le couteau en incluant un tas d’images d’archives lors des témoignages de chaque plaintif. C’est très bien pour se rafraîchir la mémoire mais ce n’est pas franchement innovant. Heureusement, tout ça se terminera en prison, une peine bien méritée.

Seinfeld

Xena: Warrior Princess – S05E16 Lifeblood (13 mars 2000)

« Lifeblood » est le troisième clip-show dans Xena et peut-être le plus original. Il s’agit d’un best-of des scènes du pilote d’Amazon High, un spin-off jamais retenu car jugé trop mauvais. Selma Blair y jouait une amazone qui se retrouve donc face à Xena pour raconter l’histoire de son peuple avec les images de sa série mort-née. Du recyclage assez unique en son genre.

Lifeblood_amazonstoneage

Frasier – S08E19 Daphne Returns (1er mai 2001)

Bien avant son series finale à moitié recyclé, Frasier aura l’occasion d’innover un peu avec le concept du clip-show. Au milieu d’une huitième saison qui n’est pas franchement la meilleure de la série – qui, malgré tout, est selon moi la meilleure sitcom de l’époque – les scénaristes vont mixer des images d’archives avec de l’inédit. La relation de Niles et Daphne est au plus mal et, pour consoler son frère, Frasier l’invite à se remémorer les étapes importante de son couple. On revoit alors des scènes de « Dinner At Eight » (S01E03), « Moon Dance » (S03E13) ou bien « First Date » (S05E20) mais grâce à une technique d’incrustation plutôt réussie, c’est le David Hyde Pierce et la Jane Leeves de 2001 qui sont utilisés dans ces séquences. Cela permet à Niles de réaliser qu’il a une vision idéalisée du passé et a trop souvent mis Daphne sur un piédestal. C’est inventif et ça raconte quelque chose sur les personnages et notamment sur un couple qui souffrait alors d’un manque de fraîcheur.

Awkward-TV-couples-Niles-Daphne-Frasier-43-DAILY

Alias S01E17 Q & A (17 mars 2002)

ABC a souvent maltraité Alias et sa diffusion erratique ruinait trop souvent les efforts des scénaristes pour construire un univers complexe et basé sur la continuité. Heureusement, ils décidèrent généreusement, avant d’attaquer la dernière ligne droite de la première saison, de mettre en place un clip-show afin d’accueillir de nouveaux spectateurs dans la vie mouvementée de l’espionne Sydney Bristow. « Q & A » est donc clairement une réponse à la chaîne qui demandait à J.J. Abrams : « tu peux nous expliquer ta série parce qu’on a rien suivi ». Le personnage de Terry O’Quinn pose toutes les questions nécessaires à une bonne compréhension des intrigues et les images d’archives sont compilées à la manière d’un énorme previously on.

001

Stargate SG-1 S08E15 Citizen Joe (8 janvier 2005)

À partir des années 2000, alors que la télévision embrasse de plus en plus le post-modernisme, il sera de bon ton de jouer avec le concept même de clip-show et d’en extraire du méta. Et oui, pour appuyer ma thèse post-moderniste, j’utilise Stargate SG-1, cet inoffensif saga de science-fiction dont les rediffusions égayaient vos après-midis sur M6. Les scénaristes font ici appel à Dan Castellaneta (le doubleur d’Homer Simpson) pour incarner Joe, un type dont la vie a été ruiné par l’équipe de Jack O’Neill et qui est condamné à recevoir des visions des aventures de nos héros depuis le début de la série. Il en a donc profité pour raconter tout ça à sa famille et aux clients de sa boutique et, grâce à lui, on revisite sept saisons d’une façon plutôt originale et décomplexée. Ceux qui écoutent son récit donnent régulièrement leur avis, permettant donc à Stargate SG-1 de mettre en scène les questionnements de leurs fans et de les tourner en dérision. Malin.

Citizen-Joe-Featured

Lost – S02E07 The Other 48 Days (16 novembre 2005)

Avec des séries aux intrigues aussi alambiquées que Lost, les scénaristes eux-mêmes ont parfois besoin de leurs propres clip-shows pour ne pas s’emmêler les stylos. À chaque mi-saison, ABC proposera des previously on assez conséquents permettant à tout le monde d’être à la page avant de nouveaux inédits. Mais Damon Lindelof et Carlton Cuse utiliseront également leurs archives à l’intérieur d’un épisode afin que l’on découvre ce qui a bien pu arriver aux autres survivants du vol Oceanic 815 lors des 48 jours qui se sont écoulés depuis le crash. Comme avec Frasier, les images d’archives de la série (et en particulier du pilote) seront mélangés avec de nouvelles scènes pour offrir une nouvelle perspective sur des événements connus. Pas toujours très douée pour les flashbacks ou les flashforwards, il s’avérera donc que Lost saura faire bon usage des possibilités du clip-show.

-2-07-The-Other-48-Days-lost-25964233-1260-710

Scrubs – S05E22 My Déjà Vu, My Déjà Vu (9 mai 2006)

Le véritable clip-show dans Scrubs, c’est « My Night To Remember » (S06E11), un truc paresseux au possible. Mais « My Déjà Vu, My Déjà Vu » est un faux clip-show plutôt inventif où les souvenirs de J.D. alors qu’il se promène dans les couloirs du Sacred Heart ne sont pas des images d’archives, mais de vieilles scènes réinterprétés par les comédiens. La morale de l’épisode, comme nous l’assène la voix-off de Zach Braff, c’est que, même si l’histoire se répète, ce sont les petites nuances qui font toute la différence.

MV5BMTU0MzExOTI1MV5BMl5BanBnXkFtZTgwMTM4NDczMjE@._V1_SX640_SY720_

ER – S14E14 Owner of A Broken Heart (10 avril 2008)

Un exemple agaçant à plusieurs niveaux (et j’en parle surtout car il s’agit, vous le savez, de ma série favorite). « Owner of a Broken Heart » marque le retour de la série après quasiment cinq mois d’interruption, dus à la grève des scénaristes, et a le culot d’inclure un tas d’images d’archives. Un semi clip-show consacré uniquement à la relation entre Abby et Luka, alors en péril, et caressant donc dans le sens du poil les shippers du couple. Du fan service paresseux, pas plus intéressant à regarder qu’un montage amateur sur Youtube. Heureusement, d’autres intrigues viennent s’ajouter à cette parenthèse mielleuse mais malheureusement, on est au beau milieu de la pire saison de la série, avec des scénaristes qui semblaient peu enclin à sortir de la grève.

tumblr_mpuezr1B9R1qc7swho1_500 

The Office S06E13 The Banker (21 janvier 2010)

Parfois, les clip-shows viennent perturber la nature même de la série. Dans The Office, les scénaristes ont jugé bon d’y avoir recours, sans véritable bonne raison – le cast très large et le décor huis-clos ne justifiant en rien l’économie de budget. Surtout qu’avec la forme mockumentaire, il est difficile d’expliquer pourquoi les employés de Dunder Mifflin se mettent soudain à se remémorer des scènes déjà vues quand un investisseur vient leur rendre visite. Peut-être que l’équipe documentaire a elle-même réalisé un montage d’archives mais ce serait là aussi difficilement compréhensible. Une grosse entorse à la forme de la série qui ne sera, hélas, ni la première ni la dernière. J’ai longtemps cru qu’il s’agissait du pire épisode de la série. Jusqu’à la huitième saison…

400x230_the-office-us-s06e14_51b8d4ff8f341

Community – S02E21 Paradigms of Human Memory (21 avril 2011)

Le post-modernisme est poussé à son paroxysme par un Dan Harmon qui connaît par cœur les bonnes et mauvaises formules de la télévision. Quand le groupe d’étude de Greendale réalise que l’année qui vient de s’écouler était plutôt traumatisante, on nous propose donc un faux clip-show qui revisite des événements marquants de la saison… que l’on n’a jamais vu avant ! Un exercice méta savoureux qui joue malicieusement avec le fonctionnement de la mémoire et les zones d’ombres du récit afin d’épaissir les personnages et d’enchaîner les références pop-culturelles. C’était bien quand c’était bien Community… Il paraît en tout cas qu’Harmon vient de remettre ça avec « Total Rickall », dans la deuxième saison de Rick & Morty, la série d’animation qu’il a imaginé avec Justin Roiland. Si quelqu’un l’a vu, n’hésitez pas à nous en dire plus et s’il pousse le concept encore plus loin.

community-paradigms-of-human-memory-2_featured_photo_gallery

En tout cas, il est désormais très rare de tomber sur un clip-show. Quelques comédies à l’ancienne osent encore franchir le pas (Hot In Cleveland récemment) mais à l’heure du streaming, le procédé est devenu complètement obsolète. On ne le regrettera pas mais on a vu, je pense, qu’il n’était pas forcément à l’origine de mauvais épisodes.