Doctor Who, du S09E10 au S09E12

Charmant lecteur, nous revoilà ! J’espère que tu n’aimes plus trop Doctor Who car ceci est la quatrième et ultime partie de notre grand débat sur la saison 9 – on voudrait pas risquer de te rendre tristounet. Tous les trois épisodes (la première partie est ici, la seconde , la troisième ici) tu as pu lire les interminables discussions de Gibet, Clo et moi-même, accompagnés chaque fois d’un invité différent – cette fois-ci, nous sommes très fiers de te présenter Astiera, la series addict monomaniaque obsédée par les séries de Moffat la plus sympa de tous les temps. Le scénariste écossais parviendra-t-il à entretenir la flamme avec cette fin de saison 9 ?

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Gibet : Qu’est-ce que tu avais pensé de la saison 8, Astiera, et est-ce que cette saison 9 qui plaît beaucoup te plaît à toi ?

Astiera : Après une saison 7 désastreuse, j’avoue avoir débuté cette saison 8 avec appréhension surtout qu’Eleven est mon Doctor (et oui, en bonne fangirl de Steven Moffat, j’ai commencé Doctor Who par la saison 5). Clairement, avec cette saison 8, Moffat à repris un chemin plus classique et a simplifié les arcs narratifs après s’être pris les pieds dans le tapis auparavant. Mais je n’ai pas réussi à accrocher totalement à Twelve et malgré toute la bonne volonté du monde, Clara ne m’emporte pas. Mais cette saison 8 a connu de belles fulgurances et a montré des choses intéressantes. Et puis, j’adore Missy, tellement moffatienne ! Pour cette saison 9, j’ai enfin réussi à mieux me connecter à Twelve, on sent que Peter Capaldi est plus à l’aise et peut pleinement s’exprimer. J’ai parfois été dubitative concernant la construction en double-épisode de toute la saison et en dehors de l’épisode 9 dont le ratage semble presque irréel, j’ai passé un bon moment devant chaque épisode et j’ai même versé ma petite larme devant le discours enflammé de Twelve à la fin de l’épisode 8. Et de façon générale, j’aime bien la représentation des personnages féminins dans cette saison 9.

Gibet : Ah tu as détesté le 9 ?

Astiera : J’ai même fait avance rapide ! J’avais lu beaucoup d’avis négatifs dessus mais comme j’ai de la tendresse pour l’écriture de Mark Gatiss, je n’ai pas voulu y prêter plus d’attention que cela. Mais après la force de l’épisode 8, la construction narrative et la réalisation m’ont complètement coupée de l’intrigue.

Gibet : Ah donc on est d’accord, la réalisation est super confuse ?

Astiera : Tout à fait, ça fait gadget !

Gibet : Prends ça Clo !

Astiera : Et pourtant, en bonne marmotte que je suis, un épisode centré sur Morphée aurait dû me passionner !

Gibet : En tant que fan de Moffat, est-ce que ta saison favorite c’est la 6 ?

Astiera : Mes saisons préférées sont les 5 et 6. Et ma saison préférée de Russell T. Davies est la 4. J’ai de la tendresse pour la 3, mais pas super fan des deux premières (ben ouais, j’aime pas Rose).

Gibet : Et tu penses que cette saison 9, si elle a un finale de ouf (avec des hybrides Daleks-Seigneurs du Temps ?), peut détrôner dans ton cœur les saisons 5 et 6 ?

Astiera : Non, j’ai perdu mon enthousiasme premier de la découverte et après neuf saisons, il y a comme une certaine lassitude. Je n’exclus pas d’être surprise et puis, je suis déjà impatiente de retrouver ma River Song d’amour dans le Christmas Special.

Gibet : Une certaine lassitude ?

Astiera : Cela me semble assez logique comme pour toute série qui dure aussi longtemps. Pas si simple de renouveler le Docteur, ses enjeux, ses dilemmes, ses aventures, sa relation avec sa compagne. On peut bien sûr blâmer Steven Moffat mais je pense qu’en tant que spectateur, on n’a plus la même fraîcheur. Et d’un autre côté, les enfants anglais qui découvrent le Docteur pour la première fois doivent être aux anges.

Gibet : Je suis pas tout à fait d’accord pour cette histoire de fraîcheur. En tout cas ce n’est pas comme ça que je le ressens. J’ai déjà ressenti de la lassitude face à la série. A la sortie de mon gros rattrapage (commencé fin 2012), j’étais même totalement blasé. Mais depuis la saison 8 je suis à nouveau avide de découvrir les aventures du Docteur. Je pense que le fait de suivre le rythme de diffusion rend ça beaucoup plus digeste. Mais aussi et surtout la série en elle-même n’arrête pas de se regénérer (wink wink). Je trouve Doctor Who assez imprévisible au bout du compte. Je suis incapable de te dire ce qui va se passer dans « Face the Raven », que je n’ai pas encore regardé. Il va y avoir le Docteur et Clara et le Tardis et des aventures et ça va se dénouer de manière gentille mais bon à part ça j’en sais rien. Je sais même pas quel ton aura l’épisode, quel look, quel rythme etc. C’est très rare, a fortiori dans une série grand public. Même dans cette saison où il y a une majorité de doubles-épisodes, chaque moitié prenait des directions très différentes, que je n’anticipais jamais. La série est polymorphe, inégale et bordélique, à mes yeux elle persiste à être rafraîchissante. Il y a peut-être aussi que je suis plus attaché aux principes généraux de la série qu’à tel ou tel Docteur, tel ou tel compagnon. Je n’ai jamais été bouleversé par Doctor Who. Je n’ai de lien affectif fort avec aucune période de la série. Je n’ai donc pas le contre-coup de ça.

Astiera : Tu n’as pas totalement tort et c’est vrai que j’ai eu un très fort attachement émotionnel pour le trio Eleven/Amy/Rory et pour le duo Ten/Donna, ce qui fait que l’attachement émotionnel est devenu ma priorité. Du coup, ne l’ayant pas ressenti avec Clara, ni avec Twelve pour le moment, j’ai l’impression qu’il me manque quelque chose d’essentiel pour être à fond avec les personnages. Je ne dis pas que les saisons 8 et 9 sont ratées ou inutiles, loin de là, mais elles ne m’apportent pas totalement ce que j’attends. Je reconnais que ces attentes sont les miennes et de ce que je projette dans le série et que les scénaristes n’ont pas pour mission d’y répondre.

Gibet : J’avoue qu’en terme de matière émotionnelle, de développement de personnage, y a pas grand-chose à se mettre sous la dent cette saison. Dans la saison 8, on sentait qu’ils s’étaient creusés la tête pour que Clara et sa relation avec le Docteur suivent un chemin précis (sur toi ça n’a pas pris manifestement mais ils y avaient travaillé). Cette saison c’est comme s’ils avaient épuisé le sujet et dans la plupart des épisodes Clara est reléguée au second plan ou bien elle est là mais ne fait l’objet d’aucune intrigue.

Astiera : Clara était géniale dans « Asylum of the Daleks » et promettait beaucoup mais elle n’a jamais vraiment réussi à avoir une réelle épaisseur. Et son lien avec le Docteur semble presque plus réel hors champ. Et pourtant, son personnage et sa trajectoire sont intéressants sur le papier. Mais ça tombe un peu à plat.

Gibet : Moi j’ai plutôt ressenti ça avec Amy, la relation hors champ.

Astiera : Ah bon ? J’ai trouvé la rencontre Amelia/Eleven tellement forte et j’ai tout de suite adhéré à leur relation.

Gibet : Bin moi ça m’avait fait ni chaud ni froid, mais j’admets que c’est très subjectif.

Lune : Moi j’étais yaaaay puis ça m’a lentement gavée. Je trouve pas que Clara manque d’épaisseur par contre, c’est vrai qu’elle a été reléguée en arrière-plan pendant cette saison 9 mais c’est un personnage vraiment intéressant. Elle a dû s’adapter à beaucoup de choses (Eleven qui meurt et toute la relation reconfigurée, Danny qui meurt aussi et qui change tout ce qu’elle avait prévu/voulu pour son avenir). Elle est extrêmement fidèle au Docteur, cherche toujours à agir, trouve toujours la joie, et elle est intelligente, elle finit par prendre certains tics du Docteur (bluffer, se féliciter très fort d’être maligne). Vraiment moi je l’aime beaucoup.

Astiera : Ah mais je n’ai jamais dit que je ne l’aimais pas! C’est juste que sa construction/évolution est bancale à cause du ratage de la saison 7.

Face the Raven - The Raven

S09E10 Face the Raven

Gibet : Astiera, peut-on aimer cet épisode quand on n’adhère pas à Clara ? Et je suppose que tu aimes beaucoup Ashildr ?

Astiera : Effectivement, difficile d’être emporté émotionnellement par la destinée de Clara lorsqu’on n’a jamais totalement réussi à se connecter au personnage. Surtout que cette fin (si on exclut l’hypothèse que Clara réapparaîtrait d’ici le season finale) est un peu étrange car justement, elle n’a pas lieu durant le season finale, ce qui amoindrit sa portée je trouve. En revanche, j’aime la façon dont les compagnes imaginées par Moffat acceptent leur destin et leur choix en étant, d’une certaine manière, plus courageuses que le Docteur. Et que ces choix soient dictés par l’amour sans que cela ne soit cucul. Amy choisit Rory. Clara choisit de rendre hommage à Danny. Bien sûr, cela n’a pas la force dévastatrice du départ de Donna, mais c’est tellement moins sentimentaliste que les adieux de Rose (oui, je sais, je tape sur Rose à la moindre occasion en méchante troll que je suis). De manière générale, j’aime la façon dont les personnages féminins sont présentés cette saison et Ashildr en est un très bon exemple. Depuis la première saison, on nous montre à quel point le Docteur pourrait mal tourner s’il n’avait aucun ancrage humain à ses côtés (ce qui était sans doute le cas aussi dans la période Classic). Et c’est intéressant de montrer un personnage qui vit l’immortalité du Docteur et qui ne peut pas échapper à la noirceur qui va avec. Le Docteur a voulu sauver Ashildr pour se sauver lui-même mais parfois, sauver une vie n’est pas toujours la meilleure chose à faire. Les dilemmes moraux ont toujours été au coeur de Doctor Who, ce qui m’a toujours plu, surtout s’agissant d’une série dont le premier public sont des enfants. En ce qui concerne l’épisode lui-même, malgré l’enjeu, il manque de réelle tension. Cette cour des miracles est une bonne idée en soi, mais elle sort de nulle part surtout si elle n’est pas exploitée par la suite.

Clo : J’ai aussi aimé la force et la dignité de Clara sur sa fin, et la sobre retenue des au revoir m’ont beaucoup touché. Vous pensez vraiment qu’elle va revenir ? Pour une fois j’ai l’impression que c’est fini pour de bon. D’ailleurs, est-ce que les compagnons ont une durée de vie moyenne? Pour Lady Me je suis contente de voir un personnage qui ne dégouline pas de bons sentiments, elle est terriblement sans pitié et pragmatique. Le coup des tatouages me plaît. La scène où le Docteur bouillonne de haine m’a surprise et du coup, enthousiasmée. Que pour une fois il n’y ait pas de solution aussi. En fait cet épisode était frais, en nous servant autre chose que de la sécurité bien-pensante.

Gibet : Je dirais que… je ne sais pas si j’ai beaucoup aimé cet épisode mais il m’a beaucoup ému. Je pense, au contraire de toi, Astiera, que la mort de Clara a plus d’impact à ce moment que si elle avait eu lieu en season finale. Justement, on s’attendait tous – enfin ceux qui étaient au courant du départ de Clara – à ce que le départ ait lieu pendant le season finale. Mais puisqu’on s’y attendait tous c’est très malin de la part de Moffat et compagnie de le décaler. Personnellement je suis totalement tombé dans le panneau : matant l’épisode comme un épisode solo, monster of the week et tout ça, me suis dit pendant un long moment « LOL il va y avoir un twist pour la sauver arrêtez » et plus ça avançait et plus j’étais « euh… attends elle va vraiment mourir là ?! ». Et quand j’ai enfin compris je couinais comme un bébé qui a perdu sa tototte. S’ils nous avaient gardé ça sous le coude pour le season finale, j’aurais été en partie immunisé. Grâce à son irruption inopinée, c’est le départ de compagnon le plus réussi de la série à mon sens. Ce qui est judicieux en plus, c’est que ça charge émotionnellement le Docteur pour la fin de saison, et je pense que, quel que soit le détail des événements, on aura l’occasion de voir un beau Docteur enragé (contre des Daleks-Seigneurs du Temps ???). Cela dit, une fois les larmes séchées, j’ai trouvé matière à chipoter. Comme tu dis Clo, ça fait du bien que pour une fois il n’y ait pas de solution. Mais vu que les cas où il n’y a pas de solution ça tombe presque exclusivement pour les sorties de compagnon ou les régénérations de Docteur, je ne peux m’empêcher de trouver ça arbitraire. Mille fois on a su sauver la mise, mais tiens, quand Eccleston est gavé par Doctor Who, tout à coup c’est pratique, on peut plus. Je pense que la série gagnerait à être un poil plus dangereuse de manière générale. L’autre souci, plus précis, c’est que comme je disais plus haut, le travail de développement de Clara a un peu été laissé tomber cette saison. Conclure le perso avec tambour et trompette au terme d’une saison qui parlait d’autre chose c’est un peu bizarre. Par ailleurs, il y a une solution qui n’a pas été envisagée dans cet épisode : Clara est « juste morte », il y a un point final à sa vie, mais sa vie n’a pas été effacée, sa vie n’a pas été déplacée dans je ne sais quel monde parallèle inaccessible. Théoriquement, le Docteur pourrait continuer à faire des aventures avec elle en allant la rechercher à des points antérieurs de sa vie. Vous allez me dire ouais mais bon c’est chaud de cotoyer quelqu’un que tu sais quand et où il va mourir et que quand même tu vas l’y emmener, ce à quoi je répondrais : le Docteur est un être infini qui côtoie des êtres finis, le tragique c’est son quotidien. Je râle, mais cette piste sera très probablement utilisée en toute fin de saison pour une ultime séquence d’adieu, genre le Docteur cœur brisé va revoir sa compagnonne dans le passé une dernière fois. Une dernière apparition du personnage me semble inévitable pour clore vraiment la relation. Si on met à part le départ de Clara, je crois que je suis d’accord avec toi, Astiera, sur le manque de tension de l’épisode. Ce qui expliquerait que j’ai été ému sans vraiment aimé l’épisode. Moi je la trouve superbe cette idée de monde caché, c’est très harry potteresque (y compris visuellement !) et c’est une excellente idée de donner ça à faire à Ashildr (c’est concret quoi). Je ne doute pas qu’ils s’en resserviront mille fois dans les saisons futures tant ce ghetto est un vivier à histoires. Ca mériterait presque un spin-off. Mais après, comme tu dis, en l’état, ça reste inexploité, on ne fait pas du tout le tour du concept (d’où je pense qu’ils s’en resserviront – c’est trop engageant pour laisser ça en plan) et l’enquête tourne vite à la demie heure de remplissage, préparation du vrai bon dernier quart d’heure d’intensité. Vous soulevez toutes les deux des petites questions sur les compagnons en général. Est-ce que les compagnons ont une durée de vie moyenne ? Pour la série 2005, on a Rose deux saisons, Martha une saison, Donna une saison, Amy deux saisons et demi, Clara deux saisons et demi. Je te laisse faire le calcul. Dans les Classics, avec One (je n’en suis que là), c’est beaucoup plus aléatoire, il y a des compagnons qui ne restent que le temps d’un arc ou deux, d’autres qui restent plusieurs saisons. Et au sommet de ça, plus tard, t’as Sarah Jane, qui est restée quatre saisons, a eu deux spin-offs, est revenue dans la série 2005, etc. Tout ça c’est la cuisine interne, trouver des compromis entre ce que les scénaristes ont à raconter, l’envie / la bonne volonté des acteurs et le goût du public. Est-ce que le compagnon a déjà la fonction d’ancrage humain dans les Classics ? Avec One, ce n’est pas encore tout à fait net probablement car les caractéristiques exceptionnelles du héros ne sont pas encore établies (les scénaristes ne savent pas encore que le Docteur est un Seigneur du Temps), mais en général il y a un garçon, qui est Le Corps, et une fille, qui est Le Cœur, pour compléter le Docteur Cerveau – on y est déjà en quelque sorte. Je demande à Manuel pour le reste :

A la base les compagnons du Docteur ont en effet des rôles très précis (parfois caricaturaux) qui servent avant tout la narration et le schéma répétitif des scénarios. Ainsi au début le Docteur est bien le cerveau, tandis que Susan est la jeune fille qui sert à toucher le jeune public et se met toujours en situation de danger pour relancer l’intrigue (rôle ensuite tenu par Vicky puis Dodo), et Ian et Barbara sont les Terriens rationnels lambda. Ian a en outre le rôle de « l’homme fort » pour toutes les scènes d’actions de la série (rôle ensuite tenu par Steven). Mais l’importance des compagnons en tant que « ancrage humain » du Docteur s’est ensuite précisée très rapidement, notamment dans « The Massacre of St Bartholomew’s Eve » (1966) où, désormais seul dans son TARDIS, le Premier Docteur ressasse ses regrets et démontre pour la première fois à quel point il a besoin de la compagnie des autres.
C’est vrai que Sarah Jane Smith semble être la seule compagne du Docteur que l’on retient de la série classique, mais le fait que son personnage ait été longtemps dans la série auprès de Tom Baker, qu’il ait été ramené dans la série moderne et ait eu sa propre série dérivée (The Sarah Jane Adventures) y est pour beaucoup. A peu près tous les compagnons de la série classique ont leurs fans qui souhaitent les voir réapparaître comme Sarah Jane. Récemment le fait que le personnage de Clara soit enseignante dans la même école qu’ont fréquentée Susan, Ian et Barbara au tout début de la série a notamment suscité de grandes attentes. Beaucoup de fans ont espéré ainsi voir réapparaître William Russell (l’interprète de Ian, qui vit encore de nos jours, contrairement à Jacqueline Hill qui jouait Barbara). Autre exemple : le personnage de Ace, très populaire, dernier compagnon du Docteur à la fin de la série classique, suscite aussi beaucoup d’attente puisque sa séparation avec le Septième Docteur n’a jamais été officiellement expliquée. Elle est encore avec lui à la fin de la série, et n’est plus mentionnée ensuite dans le téléfilm de 1996 et la série moderne. Certains compagnons (Liz et Jo, anciennes compagnes du Troisième Docteur) ont quand même eu le privilège de réapparaître dans The Sarah Jane Adventures ou d’y être mentionnées. Cependant certains anciens compagnons ont été très impopulaires, notamment Adric qui sera tué pour cette raison par les producteurs.

Astiera : Le souci c’est que je m’étais fait spoiler le fait que Clara meurre dans cette épisode du coup, l’effet de surprise, intéressant, est tombé à l’eau. Pour les Pond, on savait d’avance leur épisode final mais comme je les aimais d’amour, les larmes ont coulé. Effectivement, la perspective d’un Docteur seul et ivre de chagrin le temps de deux épisodes peut donner de belles choses car ce serait inédit. On croise les doigts !

Gibet : Ah oui effectivement, si on t’a spoilée… Quel est le salopard qui a fait ça ? Accusons !

Astiera : C’est la faute à Peter Capaldi en interview !!!

Gibet : Capaldi en prison !!! Le départ des Pond on en a déjà parlé dans la discussion avec Tom, moi ça m’avait saoulé, je n’y ai vu que de l’arbitraire. Comme disait Tom : « Le Docteur ne pourra plus voir les Pond parce qu’il ne faut pas qu’il puisse. »

Astiera : C’est pareil pour Rose.

Gibet : Ah non, je trouve le départ de Rose aussi peu arbitraire que possible, c’était largement préparé (tout le background familial) et le monde parallèle est un véritable obstacle. Tandis que pour Amy et Rory, si le Docteur tient tant que ça à les revoir, il peut les retrouver – le TARDIS peut pas aller à l’endroit où ils sont envoyés à la date où ils sont envoyés, eh bin il n’a qu’à y aller deux jours après !

Astiera : C’est pas faux !

Gibet : Qu’est-ce que tu n’as pas compris ?

Astiera : Chut, c’est une botte secrète ! Pour en revenir à nos moutons, j’avoue être de totale mauvaise foi avec Rose car l’arc de l’univers parallèle ne m’a pas emballée. Mais tout ceci mériterait une conversation à part entière.

Gibet : Oh bin tu sais je suis pas fan non plus, ni de cet arc, ni de Rose, mais on sent que Davies s’était un peu creusé la tête pour que ça ne sorte pas de nulle part. Mais tu as raison, c’est un vaste sujet, revenons à l’épisode. Lune, qu’est-ce que t’en as pensé ?

Lune : Moi ça m’a beaucoup touchée aussi, et toutes les petites manifestations sur internet aussi, le TARDIS à fleurs par exemple, snif. J’aimais beaucoup Clara et comme toi j’arrêtais pas de me dire ils vont trouver un truc, même quand elle était en train de mourir car le plan dure longtemps, tant qu’elle était pas au sol j’y croyais. Par rapport aux autres compagnons, comme Gibet, on voit que le départ de Rose était réfléchi, et je me suis pas remise du départ des Pond, faut vraiment pas se creuser la tête longtemps pour se rendre compte qu’ils meurent des années et des années après la date interdite, et en plus Amy et Rory auraient juste pu changer de ville et envoyer un signe au Docteur pour qu’il vienne les chercher, et y a rien de formulé qui nous explique pourquoi c’est pas possible ou pourquoi les Pond et le Docteur ne voudraient pas faire l’effort de se revoir. Bref. Pour l’épisode de cette semaine, je n’ai pas adoré non plus, mais c’est une idée intéressante et c’est visuellement très chouette (à quand les cosplays Lady Me tatouée ? à quand les fan hardcore qui se font vraiment le tatouage ? c’est très steampunk et y a toute une communauté non ?). Ça ressemble beaucoup à la Rue de Traverse dans Harry Potter oui, donc ça a des échos de merveilleux. C’est un camp de réfugiés mais l’ambiance Angleterre victorienne me donne l’impression qu’il y a des petites échoppes chaleureuses où pour contrer la misère y a des contes au coin des cheminées crasseuses.

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S09E11 Heaven Sent

Gibet : L’enthousiasme général autour de l’épisode est justifié à mon sens. Je ne serai pas aussi inconditionnel que ce que j’ai pu lire de ci de là mais c’est vrai que c’est un bel et solide épisode. Je disais suite à l’épisode found footage que j’aimerais bien que la série expérimente davantage avec sa forme, pour le coup je suis gâté. Je me demande pourquoi ils ne s’amusent pas plus souvent avec l’esthétique de la série s’ils en ont les moyens (financiers et créatifs). Ca me fait penser à un truc que dit Orson Welles en interview : pour faire en sorte que les cadreurs acceptent de faire des cadres originaux et biscornus, il n’a trouvé qu’un moyen, c’est de leur dire, quelle que soit la séquence, qu’il s’agit d’une séquence de rêve ; dès lors ils ont un milliard d’idées. Il explique qu’il y a chez eux une inertie artistique qui fait qu’ils brident leur imagination s’ils doivent faire une séquence « réelle », alors qu’on pourrait penser que la créativité fait partir du job de base. C’est un peu la même chose avec Doctor Who : on pourrait penser qu’inventer des formes ça fait partie du contrat de base, mais en fait non il faut des épisodes bien spéciaux pour qu’ils tournent la caméra dans tous les sens. Tant pis. Ou tant mieux : ça rend ce genre d’épisodes d’autant plus savoureux. Je note aussi la qualité de la zic, qui semble avoir été fignolée en harmonie avec la voix de vieux chien de Capaldi (il y avait déjà quelques beaux trucs en terme de musique dans « Face the Raven » mais là ils se déchaînent). Pour couronner le tout, Moffat a vraiment des trucs à dire sur le Docteur ! Et ça évite que l’épisode tombe dans la pure esbroufe moffatienne regardez comme je suis un génie. Hélas, et c’est ma principale réserve, on y est quand même un peu. Ca se voit dans un choix tout simple : Moffat s’est donné 10 minutes de plus que d’habitude, mais ces 10 minutes supplémentaires sont de trop. On avait tout vu tout compris sans ça. Mais voilà il lui fallait du rab pour se la péter. Le côté couillu de je vais vous faire un épisode aux antipodes des seasons finales habituels, avec le Docteur seul tout et pas toute la planète voire toute la galaxie sollicitée, est un peu amoindri par la trop grande conscience qu’a Moffat de ce qu’il est en train de faire. Et puis, soyons honnêtes, c’est pas si couillu : ça reste un épisode extrêmement mouvementé et bavard. Et spectaculaire. C’est juste une autre façon de l’être. En tout cas j’ai ma réponse : pas de Dalek-Seigneur du temps – snif. La manière dont le Docteur balaie cette hypothèse m’a un peu contrarié d’ailleurs ! J’ai lu dans un commentaire sur Betaseries que quand le Docteur dit « The Hybrid […] is me » il faut entendre me avec une majuscule genre il parle de Ashildr vous en pensez quoi ?

Astiera : Alors, sans surprise, j’ai adoré cet épisode ! Oui, Moffat se la pète, oui, il est conscient de ce qu’il écrit, oui, il se fait plaisir, mais c’est exactement ce que j’aime chez lui. Et après avoir expérimenté avec « Blink » un épisode dans lequel le Docteur n’apparaît quasiment pas, voilà qu’il expérimente un épisode où l’on ne voit que le Docteur. Et ça fait du bien, surtout après la perte d’une compagne, ce qui est totalement inédit. J’ai adoré ce Docteur mis face à lui-même, ses peurs les plus intimes, combatif et prêt comme il ne l’a jamais été à tout laisser tomber. Sur la forme aussi cet épisode était intéressant. Alors, bien sûr, Moffat a encore joué la carte du mind palace. Mais contrairement à la mise en scène visuelle bien trop appuyée de celui de Sherlock (oui, je fais une critique sur Sherlock !), celui du Docteur est sobre et touchant. J’avoue que lorsque Clara parle enfin à Twelve, j’ai eu les yeux humides. Gibet, je te rejoins totalement sur la musique, on retrouve enfin du grand Murray Gold ! Et enfin, on retrouve un souffle épique dans Doctor Who, souffle qui me manquait depuis le début des aventures de Twelve. Oui, c’est un épisode très bavard mais là encore, c’est ce qui me plaît chez Moffat et franchement, il aurait tort de se priver avec un acteur de la qualité de Peter Capaldi. Ok, je reconnais que la partie explicative de la boucle sans fin aurait pu être raccourcie. En puis, j’aime la façon dont Moffat explore son obsession autour du temps qui file ou qui tend un piège et ce, depuis ses tous premiers épisodes : « The Girl in the Fireplace », Rory qui veille sur le Pandorica durant 2 000 ans dans « The Big Bang », Amy et Rory piégés dans « The Doctor’s Wife », « The Girl Who Waited ». Gibet, j’ai en effet tout de suite pensé à toi lorsque l’hybride Dalek a été évoqué (et j’ai aussi tout de suite pensé à ta déception lorsque Twelve a détruit ce doux rêve !). Pour le coup, je n’ai pas vraiment d’hypothèse et je n’avais absolument pas pensé à Ashildr, mais ça pourrait être ça en effet. J’ai surtout envie de me laisser surprendre. Une chose est sûre, on va enfin avoir droit à Gallifrey et aux Seigneurs du Temps pour de bon dans cette ère moderne et c’est assez excitant comme perspective. Je suis impatiente de découvrir le season finale et cela faisait un bon moment que je n’avais pas été impatiente de voir un épisode de Doctor Who !

Gibet : Ah oui par contre je suis comme toi, super impatient de voir le dernier épisode de la saison 9 !!! WOLALALALA Et ouais ce mind palace est beaucoup plus classe que celui de Sherlock… En fait dans Sherlock c’est un peu dérangeant qu’on montre le mind palace littéralement alors que c’est une méthode de pensée abstraite, dans un monde relativement réaliste. C’est comme si on essayait de mettre en images un texte de Kant ou de Descartes, ça rend le truc super bête.

Astiera : Oui, j’ai vraiment été déçue et cette séquence m’a totalement sortie de l’épisode durant un temps. En revanche le mind palace de Magnussen était une idée géniale qui m’a cueillie.

Gibet : … Je m’en rappelle pas. Ouh t’as vu, la news vient de tomber, le Christmas Special s’appelle « The Husbands of River Song » ?

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Astiera : Non j’avais pas vu ! Et j’aime beaucoup ! Bon ok, je manque d’objectivité dès qu’il s’agit de River Song. Je sais déjà que les haters de Moffat sont au taquet pour lui taper dessus. Dès qu’on a su que River serait dans ce Christmas Special, ça a commencé à râler chez les haters.

Gibet : Je dois avouer que ça me rend un peu méfiant, je trouve le personnage chouette mais son traitement souvent bordélique… Mais bon Moffat est responsable des meilleurs Christmas Specials de la série alors j’attends de voir !

Astiera : On est bien d’accord pour sa maîtrise des Christmas Specials, qui ont toujours quelque chose de féerique (même si j’ai quelques réserves pour le dernier en date).

Gibet : Ah ouais ? Moi j’avais adoré, c’est mon préféré, après « A Christmas Carol ». À vrai dire je ne me souviens plus des détails de l’intrigue, mais j’avais beaucoup ri (Nick Frost en Père Noël !) et aussi été beaucoup ému (me souviens pas pourquoi hihi peut-être parce que je me transforme en madeleine dès que ça parle de Noël). J’ai prévu de le revoir d’ailleurs. Ptêt j’vais avoir une grosse désillusion ! Qu’est-ce qui t’avais pas plu ?

Astiera : « A Christmas Carol » est parfait ! Pour le coup, je ne suis pas rentrée dans celui de l’année dernière, mais il faut dire que je n’étais pas encore totalement emballée par Twelve. Je trouvais justement qu’il ressemblait trop à un épisode normal et que la magie de Noël n’opérait pas

Gibet : Je me souviens précisément du contraire !

Astiera : La magie d’avoir des ressentis opposés !

Gibet : Bon revenons à « Heaven Sent ». Clo, Julie ? Vous avez adoré comme Astiera ou seulement beaucoup aimé comme moi ?

Clo : J’ai adoré, tout, l’épisode. Le Docteur, sa voix, sa peur, la musique, le décor, la lumière, les plans, les mouches, la mer, la pelle, les écrans, l’histoire de l’oiseau, les boucles temporelles, Galiffrey, la promesse d’une tuerie dans tous les sens du terme. J’ai bien aimé la beauté glauque du lieu, son atmosphère, je l’ai trouvé adaptée à l’histoire. J’ai repensé aussi aux épisodes que tu as citées, Astiera, sur les temps interminables d’attente, ce sont les histoires qui m’ont le plus marquée, ce dernier épisode aussi donc. La présence de Clara comme leitmotiv m’a satisfaite, pareil pour le motif du tableau qui est revenu avec elle. J’ai moins été dérangée que vous par la répétition des boucles, c’est vrai que ça défait un peu de l’intensité qu’on a eu en prenant conscience du piège, mais ça m’a fait l’endurer un peu alors ça ne m’a pas eu l’air inutile.

Gibet : Moi c’est pas trop le montage final qui m’a dérangé, je suis d’accord que c’est bon d’endurer ça. C’est plutôt l’auto-enquête avant ça que j’ai trouvé trop longue. Au bout d’un moment, ça ne se renouvelle plus, voire même ça se répète, et on aurait pu passer plus vite au dénouement. Comme je disais, les plus ou moins 10 minutes supplémentaires que s’est accordé Moffat sont superflues.

Lune :  Moi j’ai adoré aussi, mais j’ai comme toi trouvé quelques trucs un peu trop longs, juste avant la boucle finale ouais. Par contre c’était vraiment très beau, très belles lumières, la voix de Capaldi qui ronronne à mes oreilles (je le vois plutôt comme un vieux chat que comme un vieux chien !). Je crois que j’aurais bien aimé ne pas voir les mains du monstre, le rendre encore plus encapuchonné ça aurait été plus efficace sur moi parce que j’aurais pu projeter plus de trucs. Mais vraiment je chipote hein, c’était vraiment très bien comme épisode. C’était réconfortant, étrangement. Ça tient peut-être au rythme répétitif, comme une berceuse. Je suis un gros bébé hein ! Sinon le mind place c’est beaucoup mieux que dans Sherlock oui parce qu’au lieu de projeter un ordinateur sophistiqué à la Minority Report on est dans un endroit concret qu’on sait être le safe place du Docteur, le TARDIS c’est un peu devenu sa maison.

Clo : C’est marrant que tu aies trouvé la répétition rassurante, au contraire de mon côté c’est ce qui m’a le plus mis mal à l’aise.

Gibet : Ah moi j’ai ressenti aucun malaise face à l’épisode, j’ai compris assez vite où ça allait, un tit freestyle de l’ami Momo, en terrain conquis et confortable quoi.

S09E12 Hell Bent

Lune : Je suis beaucoup plus réservée sur cet épisode que sur le précédent. On a déjà eu un bel épisode sur le deuil de Clara, je ne comprends pas pourquoi Moffat insiste autant, et ça ne fait pas assez longtemps qu’elle est partie pour qu’on soit content de revoir une vieille amie. Ensuite je comprends pas tellement le comportement final de Clara : elle insiste sur le fait que le Docteur doit la laisser partir, que son time is up, mais elle annonce à Ashildr qu’elle a l’intention de prendre son temps – pourquoi ne pas prendre son temps avec le Docteur ? Je trouve ça chouette qu’on soit sur Gallifrey, tout le début de l’épisode avec le Docteur qui inflige le traitement du silence aux autorités en restant dans l’espèce d’étable de son enfance, c’est chouette, mais l’épisode parle très peu de Gallifrey au final, juste le Docteur devient son président et se sert de la technologie pour essayer de sauver Clara, c’est un peu frustrant, surtout quand cette histoire de sauver Clara tombe à contretemps, comme je disais plus haut, c’est trop tard et trop tôt. Et puis c’est très compliqué comme intrigue encore, et souvent chez Moffat plus c’est emberlificoté plus ça cache des failles scénaristiques (ou du moins des éléments qui posent question). C’est un épisode qui, du coup, rend le Docteur assez antipathique, il flotte au-dessus du monde, décide pour tout le monde, même pour Clara puis il a un genre de révélation « oops j’suis allée trop loin viens on fait demi-tour et on décide que toutes les prophéties des Seigneurs du Temps se trompaient ». En quoi l’hybride « stands in the ruins of Gallifrey » ? D’abord tout le monde décide d’interpréter ça comme si l’hybride était responsable de la destruction de la planète alors que ça peut juste vouloir dire que l’hybride survit quand Gallifrey meurt, mais on a pas trop d’explication là-dessus. Si l’hybride c’est Lady Me, effectivement elle est la seule à être encore là à la fin de l’univers (ce qui la rend pas du tout responsable de sa chute), et ça m’aurait suffi. Si c’est le Docteur qui est à moitié humain, c’est franchement bizarre de nous sortir ça maintenant mais pourquoi pas ça serait fun, sauf que ça a rien à voir avec cette histoire de prophétie. De toute l’épisode insiste vachement plus sur la théorie : l’hybride = Docteur + Clara (c’est un peu idiot de la part du super-ordi des Seigneurs du Temps de semer la confusion en appelant ce duo un hybride mais bon), donc on est probablement censés comprendre que c’est ça la prophétie et que c’est possible de l’annuler en défaisant le duo ; chaipatro, ils parlent beaucoup de l’hybride à la fin mais pas de la prophétie. Sinon il y a quand même des choses qui m’ont plu, certaines phrases que dit le Docteur à Clara dans le american diner, comme

Nothing’s sad ’til it’s over. Then everything is.

ou le concept des souvenirs transformés en histoires, et j’ai été émue en revoyant le TARDIS décoré à la mémoire de Clara (ça a tellement tourné sur internet que je pense que tout le monde l’avait vu), le fait que Lady Me ait son propre TARDIS ça promet aussi. Globalement je suis plutôt déçue, mais j’ai vu y avait des enthousiastes alors je vous laisse la parole pour savoir comment vous l’avez vécu !

Gibet : J’ai vu sur Twitter que l’une d’entre nous avait pleuré…

Astiera : Je plaide coupable ! Et oui, que voulez-vous, malgré tous ces gimmicks et facilité, ce satané Moffat finit toujours par m’avoir ! J’avoue que j’ai moi aussi eu un peu de mal au départ avec le retour de Clara. Mais d’un autre côté, j’avais été très frustrée émotionnellement dans « Face the Raven » et j’avais trouvé l’adieu au Docteur un peu bâclé et surtout, on ne voyait pas réellement sa peine. Alors, toutes les scènes dans le diner dans le Nevada et celle dans la matrice de Gallifrey m’ont cueillie. Voir Twelve reprendre le thème de Clara à la guitare était très touchant. Et que j’aime voir Peter Capaldi vulnérable. Donc oui, enfin, les larmes ont coulé pour cet au revoir moffatien à Clara. J’ai eu aussi peur en voyant le parallèle si flagrant avec l’adieu si traumatisant à Donna. Mais là encore, Moffat m’a eue. J’ai adoré que ce soit le Docteur qui doive oublier, que la décision soit prise par quelqu’un d’autre et lui soit imposée. En ce qui concerne cet hybride un peu sorti de nulle part, là encore, j’ai aimé que ce soit la plus grande faiblesse du Docteur qui soit dangereuse pour lui : son amour pour les humains qui croisent sa vie et vivent de folles aventures dans son TARDIS à ses côtés. J’ai aussi aimé revoir sa folie, son ego surdimensionné, né dans la douleur, qui lui fait penser qu’il peut changer les règles du jeu et se prendre pour un dieu. Cela avait déjà été le cas pour Ten dans « The Waters of Mars » où, là, déjà, c’était une femme qui lui avait remis les idées en place et avait réparé son erreur. Et la référence aux quatre coups, annonciateurs de la fin de Ten, m’a donné un petit pincement au coeur. Twelve est depuis le début très lié à Ten et j’aime que cela soit rappelé ainsi par petites touches. Bien sûr, on peut aussi dire que Moffat ne réinvente pas beaucoup le personnage. C’est vrai. Mais là encore, ça marche sur moi. Alors oui, Clara qui prend les commandes d’un TARDIS et qui emmène Me avec elle, cela semble être un artifice, surtout que cela peut laisser la porte ouverte à des croisements avec le Docteur dans le futur. Mais, franchement, un TARDIS 100 % féminin j’achète ! Et voir Clara qui assume pleinement d’être devenue l’alter ego du Docteur, cela me plaît aussi. Franchement, le traitement des personnages féminins dans cette saison 9 m’a satisfaite et bien qu’ils soient pour la quasi-totalité secondaires, ils sont bien plus variés et présents que les saisons précédentes, ère Russell T. Davies comprise. Inutile de préciser que la régénération du commandant des forces armées de Gallifrey m’a remplie de joie ! Autre point à souligner, Gallifrey était superbe et je rejoins Lune, c’est dommage que cela n’ait été qu’une étape du scénario. Donc oui, cette fin de saison 9 m’a emballée, j’ai de nouveau vibré, j’ai de nouveau été connectée aux personnages. Vivement Noël !

Gibet : Moi je n’ai pas du tout été ému par l’épisode, malgré quelques belles idées par ci par là, que vous relevez bien. Je trouve que Moffat est fort dans le domaine épique mais – ça va ptêt te faire bondir Astiera – faible dans le domaine émotionnel. Ça vaut aussi pour Sherlock et un de mes trucs favoris par Moffat c’est le scénar du Tintin de Spielberg, où il n’y a que de l’aventure et aucune phase d’étude de personnage. Je ne dis d’ailleurs pas que c’est un problème, c’est une force que d’avoir ce savoir-faire là. C’est un problème en revanche qu’il persiste à essayer. Le parcours émotionnel du perso moffatien paraît toujours faux parce que Momo saute plein d’émotions de la chaîne logique des émotions, et simplement pour faire des effets cools. On retrouve ça ici par exemple dans la séquence que vous citez où Clara, qui vient de répéter pendant un quart d’heure qu’elle DOIT mourir, change tout à coup d’avis en montant dans le TARDIS d’Ashildr. Je sais que ce n’est pas le but de Moffat, mais du coup on a l’impression qu’elle s’en bat les couilles du Docteur, voire même qu’il l’embarrassait, et qu’elle est bien contente d’en être débarrassée sans pour autant devoir abandonner l’aventure. Alors que l’idée, j’imagine, c’est plutôt : wow c’est excitant cette nouvelle situation j’ai pas si envie que ça de mourir, allez goooo. Mais rien ne vient représenter ça. Bref, je trouve ce finale particulièrement décevant, dans la mesure où Moffat a fait un épisode émotionnel (un troisième ! qui répète la même chose que les deux précédents ! et fait passer le Docteur comme dit Lune pour un gros relou !) au lieu d’un épisode épique, qui viendrait clore en beauté tous les arcs lancés. Toute l’affaire de l’hybride et de la prophétie est fumeuse à mon avis, Moffat choisit de ne pas choisir, et ne répond que par des trucs théoriques : j’appelle ça se défiler.

Astiera : Moffat n’est pas aussi doué que Russell T. Davies pour l’emotionnel c’est vrai mais il me touche. Et Sherlock m’émeut beaucoup (au-delà du filet de bave !).

Gibet : Qu’est-ce qui t’émeut dans Sherlock ?

Astiera : La relation John/Sherlock, la relation Molly/Sherlock, la relation John/Mary, la relation John/Mary/Sherlock, beaucoup de scènes me font pleurer. Ce qui me plaît avant tout ce sont les personnages, les enquêtes viendraient presque au deuxième plan.

Gibet : Hmmm à vrai dire moi aussi, dans une certaine mesure. Et il y a des moments très réussis, où ils parviennent à moduler ensemble épique et émotionnel. Mais sur le long terme je trouve quand même qu’il y a des trous dans leur parcours, qui fait qu’on les perd tous un peu. J’avais pas du tout réussi à m’impliquer dans le dernier épisode en date pour cette raison. Clo, ton impression sur « Hell Bent » ?

Clo : J’ai adoré le décor de Gallifrey. La ville babylonienne verticale, ampoulée sous tout rapport d’un côté et d’un autre la vieille grange, la table, la chaise, qui font un ensemble nu et protecteur pour le Docteur. Mais comme vous avez dit, ça n’a pas été développé, c’est resté le tableau du designer posé tel quel, ça m’a un peu déçue. Je suis d’accord avec vous, c’était foutrement tarabiscoté, et en plus j’étais déconcentrée par tout plein de théories qui popaient dans ma tête, tellement il y a de personnages et de situations dans la série et tellement il n’y a pas de dénouement complet. Finalement je ne suis plus sûre d’avoir tout compris. Niveau émotion je ne sais pas, quand Clara découvre ce que le Docteur a vécu ou quand le Docteur dit à Clara que quand il la verrait il la reconnaîtrait j’ai trouvé ça fort émouvant mais pas tant à cause de la mise en scène que de la situation elle-même. Quant à Lady Me j’espère que c’est parce qu’elle n’en a pas que personne ne se penche sur ses états d’âme, parce que dans cette histoire c’est elle qui a l’avantage en terme d’attente et de perte. Je n’ai plus l’impression de comprendre les personnages avec leurs tendances bipolaires pacifique/agressif/triste/content qui tiennent plus du presque pathologique que de la profondeur psychologique, mais j’ai trouvé que tout ce bazar, mélangé à tous les événements et rapports nouveaux, font un joyeux paquet de truc à démêler pour la prochaine saison et j’en ai hâte, il y a l’air d’y avoir plein de changements mais le Docteur récupère sa bienveillance, son TARDIS et son tournevis, donc ça promet de garder l’esprit Doctor Who.

Gibet : Totalement d’accord avec la bipolarité des personnages, c’est un reproche que j’adresserais à la totalité de ce que fait Moffat quand il n’est pas VRAIMENT concentré sur le développement des personnages – là je trouve qu’il fait semblant de faire du développement de personnage tout en étant en réalité focalisé sur la structure de la saison, dans l’espoir de nous surprendre de dingue. Mais vu que ça vole au-dessus des persos on s’en fiche un peu de ce dénouement.

Clo : Et si leur comportement déviant (bipolaire) n’était qu’un symptôme de la folie engendrée par leur péripéties traumatisantes ? Je me suis imaginée Doctor Who version bande de tarés qui se met en danger à travers l’espace-temps comme des drogués qui ne savent plus redescendre après 14/18.

Gibet :  Tu proposeras ça à Moffat comme justification universelle de tous les trucs illogiques de ses persos !

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Il est temps de dire au revoir

Gibet : Pouvoir du prisme lunaire, connecte-moi à toutes les âmes égarées qui ont participé aux discussions Doctor Who, et pose-leur cette question : alors cette saison 9, nulle ou géniale ?

Stéphane : Magnifique saison, la meilleure de Moffat ! Peter Capaldi s’est imposé ! Jenna a eu une sortie splendide ! Gallifrey ! J’ai beaucoup aimé les parallèles avec la saison 4 et Donna et tout et tout ! Bref c’était passionnant, travaillé, fouillé, intelligent et hormis deux petits accrocs, c’est un sans faute ! Je veux une saison 10 pareille !

Tom : J’ai adoré les épisodes 10-11, pour moi dans les meilleurs de la saga. Idem, la saison 9 pour moi est la meilleure de Moffat. En revanche, je suis déçu sur l’hybride (même si je pense que ce n’est pas fini), déçu sur la sous-exploitation de Me, et surtout très déçu du finale de Clara. Genre elle revient à la vie et devient un mini-Docteur ? Ça fait très « j’ai peur de tuer un personnage », ce qu’on retrouve chez Marvel par exemple. Alors que la mort était vraiment bien amenée, belle, crédible, et marquait un moment dans l’histoire du Docteur. J’ai trouvé que Gallifrey était aussi sous-exploité. C’était le but du Docteur fin saison 8 de retrouver la planète, et maintenant qu’il l’a retrouvée, il s’en fout, il l’utilise juste pour Clara… Ça ajoute en intensité dramatique, mais j’ai trouvé ça dommage. Sinon, j’adore Capaldi comme jamais, pour moi supérieur à Smith (mais sous Tennant).

Manuel : C’est de loin la saison que j’ai préférée de la série moderne. Grâce à un ratio de bons épisodes exceptionnellement élevé, et surtout grâce au jeu de son acteur principal qui porte à lui tout seul les deux épisodes finaux. Au bout du compte il y a très peu, voir pas du tout, d’épisodes que je souhaiterais oublier dans cette saison. Le tout dernier épisode n’était peut-être pas à la hauteur des attentes, mais il reste un bon finale pour moi. Quant à « Heaven Sent », l’avant-dernier, je le classe directement en première place de mes épisodes modernes préférés.

Astiera : Cette saison installe complètement Twelve, elle est meilleure dans l’exploration du personnage que la saison 8. Mais malgré de très beaux moments en fin de saison, la série ne retrouve pas encore totalement tout ce qui m’avait tant emballée lors de sa découverte. J’attends de voir ce que va donner la dynamique avec la nouvelle compagne (ou un nouveau compagnon qui sait ?).

Gibet : Finalement, je sais que c’est contre l’avis général, j’ai préféré la saison 8 à celle-ci (qui reste quand même une bonne saison de Doctor Who hein). La saison 8 reposait beaucoup sur Clara, et ils avaient structuré la saison de manière à ce que les aventures accompagnent son parcours personnel, ça m’avait vraiment accroché. Je trouve que dans cette saison le bide des persos est un peu vide. Vous me direz peut-être que c’est pas le lieu, que j’ai qu’à retourner regarder Mad Men, et c’est un peu vrai mais… si j’aime bien Doctor Who, que c’est l’univers de SF qui actuellement m’intéresse le plus, c’est justement parce que c’est le plus concret, le plus centré sur les humains, et si la série traite cet aspect comme quantité négligeable automatiquement j’adhère moins.

Clo : Pour la saison 9 j’ai du mal à avoir un avis général, j’aime bien Doctor Who mais il faut que je fasse toujours un effort de crédulité devant certains faits/certaines attitudes, ou alors le manque de crédibilité me donne envie de combler avec mes propres petites histoires, et je n’ai pas de jugement là-dessus, je trouve ça intéressant. Cette saison ne m’a pas fait changer d’avis sur la série, je garde ce que j’aimais bien (un univers plein d’aventure, un ton léger, des petits moments de sensibilité). L’avant-dernier épisode m’a fait me dire qu’il y avait un tournant décisif niveau qualité, mais le dernier épisode ne l’a pas confirmé (pas détruit non plus).

Lune : Moi globalement je l’aime bien cette saison 9, mais y a que trois épisodes que j’ai vraiment beaucoup aimé, le premier avec Ashildr, « Face the Raven » et « Heaven Sent », pour les autres j’ai toujours chipoté, voire vraiment pas aimé. Après je suis toujours bienveillante envers la série, ça reste ma série préférée malgré tous mes ronchonnages, j’ai beaucoup d’affection pour les personnages et c’est probablement justement pour ça que je peux pas mettre cette saison sur le podium, on a beaucoup eu de mollesse. Imaginez comme la mort de Clara, qui m’a si fait mouiller les yeux, nous aurait émus si Clara n’avait pas été laissée de côté une bonne partie de la saison. En fait c’est vraiment dommage qu’il n’y ait pas eu autant de soin à faire vibrer le Docteur et Clara qu’il y en a eu pour les super persos Lady Me et Missy. Ma saison préférée avec Capaldi reste donc la 8. Ce qui aurait pu changer avec un finale moins embrouillé du slip. Mais si je mets de côté mes fâcheries, j’ai quand même super super hâte de voir le Christmas Special ! Quoi qu’il en soit, merci beaucoup à tous pour ces vives discussions !

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Doctor Who, du S09E07 au S09E09

Charmant lecteur, nous revoilà ! J’espère que tu aimes toujours Doctor Who car jusqu’à la fin de la saison 9, ici nous en parlerons, opiniâtres, inextinguibles. Tous les trois épisodes (la première partie est ici, la seconde ) tu pourras lire les interminables discussions de Gibet, Clo et moi-même, accompagnés chaque fois d’un invité différent – cette fois-ci, nous sommes très fiers de te présenter Manuel Lambinet, membre actif de la bande des fous de Doctor Who Classic. Alors grimpons dans le TARDIS et embarquons dans ce voyage à travers temps !

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Gibet : Pour commencer, Manuel, est-ce que tu peux nous raconter comment tu es venu à la série ?

Manuel : Mon rapport avec Doctor Who commence il y a très longtemps… avec les Daleks ! Lorsque dans les années fin 90 Canal + rediffuse le film Les Daleks envahissent la Terre avec Peter Cushing dans le rôle du Docteur. À l’époque je n’avais pas compris toute l’histoire mais j’ai tout de suite été frappé par les l’apparence des Daleks et leur voix (celle très reconnaissable de Claude Piéplu en VF). Ainsi, comme beaucoup de français, j’ai découvert les Daleks avant le Docteur et mis plus de quinze ans avant de découvrir ce dernier. En grandissant j’ai bien sûr découvert petit à petit que les Daleks étaient très présents dans la culture geek, et qu’il y avait davantage derrière eux que ce film avec Peter Cushing. Dans les années 2010 la série et ses produits dérivés sont devenus très populaires et incontournables. Grâce au bouche-à-oreille, et suite à une rencontre avec Sylvester McCoy (7e Docteur) dans une convention, j’ai fini par en savoir davantage sur le Docteur et ses différentes incarnations. Sur les conseils d’une amie j’ai donc fini par me lancer dans la série moderne l’année où Matt Smith quittait son rôle de 11e Docteur (2013), rattrapant mon retard juste à temps pour assister aux 50 ans de la série. Grâce à Internet je me renseignais en même temps sur la série classique, ce qui m’a permis d’apprécier à leur juste valeur toutes les allusions de la série moderne à l’ancienne. Une fois les sept premières saisons de la série moderne achevées je me suis attaqué à la série classique, en commençant par le téléfilm de 1996 avec Paul McGann. Et j’ai ensuite entamé toute la série classique, dans l’ordre, découvrant au passage des scénarios, des ambiances et des acteurs qui n’ont rien à envier à ceux d’aujourd’hui. Je suis aujourd’hui beaucoup plus attaché à certains des premiers Docteurs qu’à ceux que David Tennant et Matt Smith ont pourtant incarnés avec brio. À noter que les managers du groupe Facebook des fans de la série classique, où Gibet m’a trouvé, ont accompli un travail fantastique en sous-titrant en français absolument tous les épisodes de la série classique (même ceux reconstitués en fragments), et heureusement juste avant que je me lance dedans. Je suis aujourd’hui un grand fan de la série, à tel point qu’elle a souvent ma préférence sur Star Wars par exemple lorsque qu’il me prend l’envie de faire un cosplay ou d’acheter un goodie dans une boutique. J’adore Doctor Who pour sa longévité et son exceptionnelle cohérence qui a été maintenue tout du long, même à une époque où les spectateurs ne pouvaient pas revoir d’anciennes saisons en DVD ou en streaming. L’âge de cette série et sa richesse font qu’elle arrive à me surprendre tous les jours.

Gibet : Tu fais bien d’insister sur la qualité du travail de la team Doctor Who Classic, c’est très impressionnant en effet. À te lire, j’ai l’impression que tu préfères les Classics, je me trompe ?

Manuel : Disons que j’ai beaucoup plus de choses à découvrir dans les Classics. Mais je suis un fan absolu du 12e Docteur de Capaldi, le premier que je découvre vraiment au jour le jour sans connaître son incarnation suivante.

Gibet : Toi qui as découvert la série 2005 d’un bloc, est-ce que tu as aussi mal vécu la transition Davies-Moffat ?

Manuel : Oui, parce qu’elle était très brutale. On a eu presque d’un seul bloc un nouveau Docteur, un nouveau décor du Tardis, un nouveau tournevis sonique et des nouveaux Daleks (qui ont ensuite brillé par leur absence). Mais il y a surtout eu ce problème de faille dimensionnelle qui effaçait de l’Histoire avec un grand H les aventures contemporaines des 9e et 10e Docteurs. Mais avec le recul j’ai compris que c’était justifié. Une Terre où tous les habitants ont conscience de l’existence des Daleks et autres aliens, même contemporaine, risquait de devenir une Terre de science-fiction très différente de la nôtre. Surtout il fallait être cohérent avec la série classique qui a établi que l’humanité n’affrontait pas les Daleks avant le 22e siècle. L’humanité entière, j’entends, puisque que le Docteur et UNIT ont occasionnellement eu affaire à eux au 20e siècle.

Gibet : C’est aussi dans le passage de la saison 4 à 5 qu’ils ont changé les caméras et que c’est devenu joli. Et du coup tu as une préférence pour l’un ou l’autre ? Moffat a tendance à faire beaucoup de trucs qui engagent la mythologie entière (genre l’épisode anniversaire).

Manuel : Malgré ce changement brutal je suis assez conquis par Moffat, les scénarios sont très ambitieux et font honneur à la série classique. Tout le début de l’épisode « The Name of the Doctor » m’a vraiment donné des frissons. La résolution de l’épisode anniversaire aussi, ainsi que ce magnifique départ de saison 9. Et c’est vrai que la série à beaucoup gagné en qualité technique sous Moffat. J’ai justement revu un épisode du 9e Docteur récemment, et je m’étais fait la réflexion qu’il avait mal vieilli.

Gibet : Donc si on râle face aux saisons de Moffat c’est juste qu’on est des incultes ?

Manuel : Bien sûr que non ! D’ailleurs pas besoin de connaître la série classique pour apprécier les épisodes écrits par Moffat. Et même si j’en ai dit du bien jusqu’ici, je ne le porte pas non plus aux nues. Comme auteur/réalisateur il est quand même loin d’être parfait, et je lui reproche d’avoir voulu trop vite imposer sa vision de la série en passant au rouleau compresseur sur le travail de Russel T. Davies.

Gibet : Qu’est-ce que tu as pensé de la saison 8, et de la saison 9 jusqu’alors ?

Manuel : J’ai trouvé la saison 8 assez inégale, avec quelques épisodes très anecdotiques (« Promenons-nous dans les bois ») et d’autres au contraire très bons (« À plat »), ce qui a donné un démarrage assez poussif au 12e Docteur, alors que je crois beaucoup en lui. La saison 9, en revanche, démarre sur les chapeaux de roue, avec la meilleure intro que j’aie vu jusqu’ici dans toute la série (cet instant énorme où l’on entend prononcer le nom Davros…). Les auteurs semblent bien connaître Capaldi, à présent, et du coup son Docteur s’envole littéralement. Le retrait dont fait preuve le personnage de Clara depuis la mort de son fiancé donne aussi beaucoup de place au Docteur. Donc pour l’instant je suis très satisfait ce que j’ai vu dans la saison 9. Mais il faut dire que je suis bon public.

Gibet : Personnellement j’ai du mal à voir une différence nette entre les saisons 8 et 9, ce sont toutes les deux des bonnes saisons, avec des choses réussies et des choses ratées. Dans Doctor Who 2005 il n’y a aucune saison qui m’a semblé parfaite, si bien que j’ai l’impression que le fait d’être inégale fait partie de l’ADN de la série, et c’est peut-être pour ça que c’est amusant d’en parler, parce qu’on n’est jamais d’accord sur ce que sont les temps forts et les temps faibles. Je vous pose la question à tous les trois : y a-t-il une saison de Doctor Who que vous avez trouvé parfaite ? D’un bout à l’autre vous vous êtes dit ok super tout ça se tient (comme ça arrive quelquefois avec les très bonnes saisons de bonnes séries).

Manuel : Comme ça à froid, je dirais pas à ma connaissance. Mais il faut que je recompulse les listes de saisons de la série classique pour m’en assurer.

Lune : Nope ! Y a toujours un ou deux épisodes par saison où je m’ennuie. J’ai l’impression que les saisons 4, 8 et 9 (pour l’instant) s’en sortent pas mal parce que ça va pas plus loin que ça, quelques épisodes où je m’ennuie un peu. Mes pires souvenirs c’est la saison 3, j’en pouvais vraiment plus de Martha. Et quand y a eu l’épisode où il y avait deux Martha, j’arrivais même plus à suivre tellement je me sentais agressée par cette double dose de relou.

Gibet : N’importe quelle occasion pour clasher Martha, tu signes ! Si on se met à parler des moments qui nous ont semblé les plus pénibles dans la série, moi ce serait plutôt la saison 6, où tout simplement je ne comprenais rien du tout à la logique de Moffat.

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S09E07 The Zygon Invasion

Gibet : Je n’ai pas beaucoup aimé cet épisode, à la fois pour de mauvaises raisons, et à la fois pour de bonnes. Les mauvaises : je suis insensible à ce genre d’épisodes planétaires, ils dispersent l’intrigue  or comme j’ai dit plusieurs fois au cours de ces discussions je suis plutôt friand des petits épisodes avec une aventure simple et directe – et impliquent forcément UNIT l’armée et tout le bordel  une esthétique qui me fait pas trop rêver. Ça avait même réussi à me faire un peu décrocher en fin de saison dernière alors que j’avais été très impliqué tout du long. Les bonnes raisons maintenant (je veux dire des raisons qui ne sont pas juste liées à mon petit affect, autrement dit qui relèvent à mon sens de manquements de la série à ses promesses) : 1) j’ai franchement pas trop compris ces histoires d’Osgood, qui dans mon souvenir était morte (et son double Zygon oublié)  je sais que je suis un spectateur pas très attentif mais d’après ce que j’ai pu lire je suis loin d’être le seul à avoir été confus devant ce point de départ (difficile après d’adhérer au reste), c’est donc peut-être que ce retour est mal négocié. Comme beaucoup de pirouettes de Moffat, c’est cool mais alambiqué, et du coup si on trouve pas ça très cool (Osgood ne me fait ni chaud ni froid, c’est un perso que je trouve un peu complaisant à l’égard des fans et puis il y avait dans « Under the Lake » / « Before the Flood » un perso secondaire qui reprenait une bonne part de ses traits ça fait redondant à l’intérieur de la saison) c’est le alambiqué qui frappe. 2) ça avait tous les défauts des premières parties de double-épisode qui jouent la montre pour faire péter l’action dans la seconde partie (ce qu’on avait pas eu jusque là dans la saison, les doubles-épisodes se répartissaient bien, avec deux tranches d’action bien distinctes mais consistantes à l’intérieur d’une même storyline). Tout le pan de l’épisode sur la chef de UNIT à Truth or consequences ça sent vraiment le remplissage. Une bonne partie de ce que faisait Clara aussi. D’autant que ça mène simplement à un en fait non et paf mise en place du cliffhanger. Rapidement je me suis contenté d’attendre les apparitions du Docteur Disco, qui m’a bien amusé avec son plaisir bling bling à accepter toutes les faveurs que UNIT lui propose. 3) je reste quelque peu perplexe face à la dimension allégorique de l’épisode, ça lui confère une densité inédite (vu que c’est ancré dans des problématiques très actuelles c’est difficile de ne pas prendre ça au sérieux) mais je suis pas certain que Doctor Who ait grand-chose de très solide à dire à ce sujet… Heureusement ce n’était pas trop appuyé, et j’espère qu’il n’y aura pas de moment d’explicitation de l’allégorie dans la seconde partie. Par contre, du fait de cette dimension allégorique, je suis très curieux de voir comment le Docteur va démêler la situation sans enfreindre son pacifisme. Deux notes pour finir :

Tom serait content, on a à nouveau une référence à la notion d’hybride (ça bétonne l’arc !) ;

– l’épisode non seulement passe haut la main le test de Bechdel mais en plus ne passe pas le contre-test (il n’y a aucun dialogue substantiel entre des personnages masculins !!!), amusant non ?

Lune : J’ai le même genre de ressenti, je me suis plutôt ennuyée, car comme tu le dis, c’est beaucoup de remplissage. Cet épisode sert essentiellement à préparer le prochain, à nous rappeler comment fonctionnent les Zygons et cette histoire d’Osgood. Comme toi, je m’en fous un peu d’Osgood, pour les mêmes raisons. C’est vraiment idiot de pondre une première partie de double-épisode aussi moyenne après les trois doubles-épisodes mieux répartis qu’on a pu voir dans la saison, comment ça pourrait passer inaperçu ? Je suis assez surprise par la métaphore politique ultra-actuelle aussi, ça va être chaud chaud de pas casser des œufs, c’est pas un sujet facile du tout. Du coup, après un épisode ennuyeux comme celui-là, je les attends grave au tournant pour la suite et je pense pas être la seule.

Gibet : Tu parles comme s’ils faisaient exprès de faire des épisodes moyens !

Manuel : Pour ma part c’est l’épisode de cette saison que j’ai eu le plus de mal à suivre, car trop fouillis et trop axé sur la préparation de son cliffhanger final. Je n’étais pas très concentré, j’avais du mal à accrocher, pourtant l’épisode n’est pas mauvais, loin de là. Des aliens métamorphes qui tentent d’envahir la Terre c’est courant en SF et c’est déjà arrivé dans Doctor Who, mais je crois que le sujet n’avait jamais été traité de façon si originale, avec les aliens déjà fondus dans la population terrienne, et divisés eux-mêmes en deux factions qu’on ne peut distinguer l’une de l’autre, d’où le risque de soulever tous les Zygons contre l’humanité au lieu d’une minorité en cas de faux pas. J’attends donc beaucoup de l’épisode suivant, en regrettant que celui-ci ne sert qu’à mettre la situation en place et placer un cliffhanger. Il y a tout de même une scène que je tiens à applaudir : celle du militaire confronté à un Zygon ayant pris l’apparence de sa mère. Tout semble indiquer qu’il est face à un ennemi, c’est évident, et comme sa commandante j’avais envie de le secouer pour qu’il se décide à agir. Pourtant à sa place je ne suis pas sûr qu’un seul d’entre nous saurait prendre la bonne décision. Ça pose un dilemme moral et ça rend ce piège des Zygons aussi pervers que ceux du Maître lui-même. Enfin Osgood… je ne reviendrai pas sur le fait qu’elle porte maintenant le pull du 7e Docteur et la chemise du 5e, c’est appréciable mais anecdotique… non, disons plutôt que, contrairement à vous, je me soucie vraiment de ce personnage. Après son meurtre brutal en saison 8 je n’ai pas arrêté de me demander si la vraie Osgood était morte ou s’il s’agissait de son double Zygon du « Jour du Docteur ». Je suis assez content que le dernier épisode en date épaississe le mystère au lieu d’apporter une réponse claire, expliquant au passage pourquoi les Zygons du « Jour du Docteur » n’avaient pas besoin de garder captifs les humains qu’ils copiaient (comme cela avait été établi dans la série classique). Et c’est vrai que la notion d’hybride est bienvenue. Je suis de plus en plus curieux de voir où ça va mener, et si on verra cette saison le fameux hybride Dalek-Seigneur du Temps prophétisé par Davros.

Clo : J’ai bien aimé cet épisode (comme d’hab) mais j’ai un problème avec leur positionnement vis-à-vis de l’actualité. Osgood commence par dire que l’assimilation des Zygons est un mécanisme de survie, que leur venue est une opération relogement, donc c’est une population en difficulté accueillie par l’Humanité et aidée par ses prédispositions biologiques. Ensuite, on nous parle binaire, avec d’un côté des éléments guerriers/mauvais/rebelles et de l’autre pacifiques/meilleurs/harmonieux, l’association de ces mots ne me plaît pas (le bien d’un côté le mal de l’autre, la rébellion comme crime) et je ne trouve pas ça cohérent : avec le Docteur on a rencontré des espèces fondamentalement pacifistes et d’autres exclusivement agressives, quant aux espèces sublunaires il n’y a que les humains qui font la guerre à proprement parler, les autres n’ont que des mécanismes de survie sur lesquelles on ne peut pas porter de jugement de valeur éthique. Disons que les Zygons représentent l’immigration d’une population quelconque en territoire occidentale, ça me pose problème :

– Les étrangers sont inhumains mais font semblant de l’être.

– Leur assimilation et effacement complets sont nécessaires à la paix.

– Ils sont une menace extrêmement dangereuse qui peut resurgir à tout moment, il faut surtout se méfier des jeunes.

– D’ailleurs ils sont tous identifiés et localisés.

Quant à la minorité belliqueuse on a :

– La surveillance ne suffit pas à les empêcher de s’organiser en louzdé (logo, hiérarchie, QG secret, formation des générations futures).

– Ils s’attaquent aux enfants en premier (dès la 7ème minute) puis à la famille.

– Ils prennent des otages pour communiquer (même mise en scène que les groupes extrémistes armés).

– Ils sont contre tout le monde même ceux de leur espèce jugés traîtres.

– C’est en se débarrassant de son humanité (la confiance et la compassion par exemple) dont ils se servent contre vous que vous pourrez vous protéger.

– Et pour finir ils font péter des avions avec des bazookas, je crois qu’on peut leur remettre le diplôme du parfait petit terroriste.

Et ce paysage sec et en ruine du village mexicain me fait vraiment penser à certaines photos de la Palestine. Le sujet d’actualité est risqué, surtout sur un fait de société aussi complexe que l’immigration et les guerres idéologiques, on dit non à l’amalgame mais oui à l’étouffement de l’identité, pour la paix m’voyez. Cet épisode me rappelle de mauvais débats où l’idée est d’accepter l’autre tant qu’il ne prend pas trop de place et qu’il ferme bien sa gueule. J’espère qu’on ne reviendra pas à la situation initiale et que le Docteur trouvera une solution pour sauver l’humanité sans écraser les Zygons, qui au final ne demandent qu’à être respectés et reconnus pour eux-mêmes et à avoir des droits. D’un côté il y a « Vérité ou Conséquences » un nom de village qui pourrait bien être annonciateur d’une morale type ‘ce que vous pensez être une vérité générale n’est peut-être en fait qu’une conséquence’ et là on embraye sur ‘hey ! vous aussi vous êtes les acteurs de votre société, natifs ou immigrés, participez à établir un bon contexte pour que dans le respect et la joie les gens cohabitent !’ et youpla on aurait une véritable morale bien plus belle et rationnelle qu’un « ayez de la pitié », ce qu’on nous a salement servi dans les premiers épisodes de la saison. MAIS d’un autre côté, le Docteur justifie son refus de leur tirer dessus par le fait que la majorité est encore bien sage. Personne ne s’est encore penché sur les revendications des attaquants, après tout ils ne sont que des « monstres effrayants » comme le dit le Docteur, et oui on aura toujours moins de compassion pour un porc que pour un panda. Et cette gentrification à peine tournée en dérision (et peu écologique) du Docteur me fait le comparer au gratin politique immorale qui a tendance à gérer ce type de crises avec euh… effets secondaires indésirables. Et ce délire d’être le Président du Monde, de s’approprier l’humanité, je ne suis pas emballée. Je place le Docteur bien au-dessus des compétences d’un président, j’espère que ce jeu va se retourner et qu’à un moment il va dire que bon, ça suffit les conneries, on va faire ça bien. Par contre, j’aime bien Clara en Zygon, son sourire ne la fait pas tourner choupinette, ça en plus de son super-calme et de sa super-confiance en elle (et de son super-bazooka) je la trouve superbe, alors qu’un peu plus tôt elle s’excusait d’avoir de la culture (‘c’est que je joue aux jeux de société et que je triche hein, ne croyez pas que je suis curieuse et que j’ai une bonne mémoire’) là pour une fois elle dégage un truc puissant (enfin le Zygon en elle). Comme vous trois donc, j’attends impatiemment la suite.

Manuel : Je profite de l’allusion à « Vérité ou Conséquences » pour évoquer un détail qui m’a frappé : le cliché du buisson qui traverse la rue pour qu’on sache que l’action est située au Mexique. Là pour le coup l’effet était complètement raté. Le buisson part quasiment du pied d’un mur, d’où il ne peut être poussé par le vent, et on devine presque qu’il est tiré par des fils. Sinon comme Clo je vois mal le Docteur accepter d’être Président du Monde, et j’espère que ça ne durera pas. J’espère surtout qu’on aura la belle morale qu’elle vient d’esquisser et qui a augmenté mes attentes.

Gibet : Clo, c’est intéressant que tu te sois amusée à pousser la métaphore politique jusqu’au bout, ça montre – parce que selon moi c’est peu probable qu’ils soient sincèrement pro-assimilation ou, s’ils le sont effectivement, qu’ils l’affichent dans une série qui comme on l’a vu n’est pas censée prendre de partis forts (sauf s’ils sont consensuels)  qu’ils n’y ont pas vraiment réfléchi, ou qu’ils sont contraints dans la réflexion par les codes de la série (nécessité de créer de la forme avant tout). D’où ce que je disais : Doctor Who ce n’est pas le lieu pour aborder ces questions-là. Par contre il y a des éléments que je n’aurais pas pris en compte dans l’analyse politique. Par exemple l’idée de Président du Monde, je ne l’ai pas prise au sérieux, j’ai du mal à y voir autre chose qu’un gag.

Clo : Je serais aussi très étonnée que la série affiche une orientation politico-sociale, mais ça m’a l’air trop énorme pour prétendre qu’ils ne l’ont pas fait exprès, ils ont peut-être juste voulu faire les Charlie, et ça serait un peu lourd de leur part. Oui, c’est surement un gag cette idée de Président du Monde mais c’est tellement connoté dans ce contexte, je ne crois pas que ça soit gratuit de leur part. Ils ont utilisé les codes des terroristes, ils ont parlé surveillance et menace, intégration et communautarisme, rébellion et guerre, population en détresse qu’on accueille gentiment et s’avère être cauchemardesque (c’est le terme qu’ils emploient je ne sais plus dans quelle expression), même sans avoir suivi l’actualité dans le détail on ne peut pas passer à côté de la métaphore, jusqu’ici ça a mauvais goût mais il y aura sûrement un revirement de situation

Gibet : Non mais oui, on est d’accord, ils essaient de nous dire quelque chose sur l’actualité. Mais je pense qu’ils ont pas assez de marge de manœuvre pour développer une réflexion aboutie, qu’il y a plein de trucs de l’épisode qui sont là au profit du récit et non pour alimenter la métaphore. Et du coup si on analyse tout d’un point de vue politique, comme tu as fait, on se met à analyser des trucs qu’ils ont mis un peu par défaut. Bon après tu me diras peut-être que tout est politique ! Mais c’est plus ou moins la première fois qu’ils s’engagent là-dedans donc je pense pas qu’à leurs yeux tout est politique. Pour redire ça autrement : à mon sens ils se tirent une balle dans le pied en faisant comme si Doctor Who c’était sérieux (même si sur quelques scènes c’est assez stimulant). En ancrant leur intrigue dans l’actualité, ils nous invitent à faire une analyse politique comme tu l’as faite (et moi aussi je l’ai faite en regardant l’épisode) mais c’est mettre l’accent sur un aspect qu’ils maîtrisent peu. Bref c’est eux qui sont en tort quoi.

Clo : Ah oui dis donc ça serait tellement maladroit et malvenu. Je me suis souvent demandé pendant l’épisode où commençait la limite entre la fiction docteurienne et les références avec le réel, ça me rappelle notre première conversation où Stéphane voyait une critique de la société dans Doctor Who, style contre-utopie.

Gibet : Tout à fait ! Tiens, allons jeter un oeil à ce qu’il a écrit… Ah bin en fait il parle pas du tout de l’aspect politique. Je vais l’interroger c’est pas possible ! Voici sa réponse (avec une goutte de spoil dedans, mais c’est rassurant) :

Ah ! Il est vrai que cet episode aborde un peu de politique comme à chaque fois qu’il y a UNIT dans le coin. Le status quo pacifique est un thème bien traité dans pas mal de saisons de la série et ce double-épisode est très réussi sur ce coup-là ! Les relations diplomatiques devraient s’en inspirer ! Pour ce qui est de Melty, c’est vrai que je n’en ai pas parlé mais c’est inévitable avec le 8 !

Manuel : Je dois avouer que de mon côté je ne me suis pas trop posé la question de la comparaison à l’actualité, puisque je pars du principe que cet épisode a dû être écrit il y a un an, si ce n’est plus. Si cet épisode tombe en pleine polémique sur l’immigration, n’est-ce pas justement un malheureux hasard ?

Clo : L’immigration et les conflit idéologiques ne sont pas question récente émoticône smile

Gibet : Oui on est en pleine polémique sur ce sujet-là depuis bien longtemps.

Manuel : Non, c’est sûr. Mais en vous lisant j’ai eu l’impression que vous parliez de l’actualité récente.

Gibet : Non pas spécialement, moi je pensais à un peu tout ce qui concerne les tensions Occident Orient depuis disons le 11 septembre 2001.

Clo : Oui le mot actualité c’est parce qu’on ne peut pas dire historique vu que c’est encore en cours. Ça me fait penser au discours intergénérationnel de Clara et la chargée de Clara où cette dernière dit qu’elle pressent la fin, et Clara répond que tout le monde a un jour cette impression mais que ça ne finit jamais.

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S09E09 The Zygon Inversion

Gibet : Je n’ai pas grand-chose à dire sur cet épisode. Il confirme ce qu’on avait pressenti avec le précédent, il est plein d’action et ils arrivent à retourner à la paix sans trop de dégâts. C’était cool, rythmé, avec des enjeux dans chaque séquence, beaucoup de Docteur et de Jenna Coleman, et heureusement le scénariste laisse tomber la métaphore particulière pour aller vers un truc universel et des moments de SF aventure pure, tout le truc de Clara VS Bonnie c’est très amusant. Ceci étant dit, je ne suis pas certain d’avoir tout compris, notamment en ce qui concerne le plan du Docteur, qui a l’air très prémédité et en même temps super confus (pourquoi ont-ils paniqué dans tous les sens dans la première partie s’ils savaient si bien ce qu’ils faisaient ? Manuel je compte sur toi). Pour ce qui est de la résolution politique, je ne suis pas d’accord avec Stéphane, je ne pense pas que nos politiques pourront en faire grand-chose, ou bien il faut compter sur le fait que nos djihadistes seront bien raisonnables et se laisseront convaincre par l’idée qu’à la guerre personne ne gagne. Comme dans l’épisode de Louie où il explique à Ben Laden que le 11 septembre c’était pas sympa et que Ben Laden se laisse convaincre.

Clo : Je suis d’accord, cet épisode s’écarte d’un propos actuel et tape dans une pensée universelle de paix, c’est consensuel comme tu l’avais prédit et effectivement je ne sais pas ce que pourraient en faire les politiques. Cela dit c’était beau ce discours qui met l’accent sur l’aberration des comportements humains, mais je ne sais pas quoi penser du jeu du Docteur (tellement mélodramatique, postillonnant de sensibilité, en position joueur de handball). Les boîtes doivent être des allégories de la bombe atomique (le point final) et une référence à Matrix souvent réutilisée dans les critiques politiques, la pilule rouge et la pilule bleue (ou le choix de la remise en question, de la recherche de la vérité, de la prise de risque). Rien ne nous prouve que les boîtes soient effectivement inoffensives, je pense que le Docteur (Basil ?!) a juste donné une bonne excuse à Bonnie pour ne pas toucher aux boutons. Aussi je n’ai pas tout compris, les figurants immobiles ce sont des Ziguanodons qui sont de quel côté ? quel rapport entretiennent-ils avec l’humain qu’ils ont copié ? faut-il qu’il soit dans un œuf ? pourquoi Bonnie voit le reflet de Clara dans le miroir et est physiquement influencée par elle ? comment savoir si quelqu’un ment en lui touchant le poignet ? est-ce que ça marche aussi en se tenant par la barbichette ? Au final je n’ai pas trouvé de solutions aux problèmes posés dans le premier épisode, les Zygons vivent toujours cachés dans la crainte d’être découverts, accommodés de leur situation, tant mieux, mais toujours pas acceptés pour eux-mêmes. Finalement la révolte est tournée en ridicule, tout ce que les dissidents veulent, c’est faire la bagarre. Le respect, l’égalité, la liberté d’être soi, tout ça c’est des prétextes. Et même si les Zygonmatiques sont tellement rattachés à l’humain qu’ils ne veulent pas retourner à leur état originel, il faudrait qu’ils en aient la possibilité s’il le souhaitent, par principe, et que leur origine non humaine ne soit pas une honte. Le Docteur se fout un peu de leur gueule dans son discours avec des ‘mais qui seront les ingénieurs ?’ l’air de dire ‘en tous cas pas vous’ alors que bon, s’ils sont capable de recharger un bazooka de façon spontanée et faire preuve de fourberie manipulatrice, je dirais qu’ils ont les mêmes capacités cognitives et intellectuelles que les humains. Alors heureusement que ça s’est barré hors champ politique sinon je me serais énervée de la comparaison. On se demandait quelle serait la morale, on était plein d’espoir pour qu’elle soit épatante, finalement vous la formuleriez comment, celle de ce double-épisode?

Gibet : Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras ?

Clo : Validé !

Gibet : Je me suis posé les mêmes questions que toi à propos des Zygons, mais il me semble qu’il ne faut pas trop réfléchir dans le détail et juste se laisser porter par le rythme. Genre le truc du poignet, ça part du principe que tu peux sentir si quelqu’un ment en fonction de son pouls, comme si une situation pareille ça te faisait pas de base battre le cœur à mille à l’heure. Au début j’ai tiqué. Puis j’ai compris qu’ils allaient nous faire trois minutes là-dessus, alors j’ai abdiqué, admettons que ça marche allez. Pour le jeu de Capaldi sur la tirade, ça cabotine mais c’est solide, ce qui est généralement le cas dans les morceaux de bravoure de la série. Moi ça me va.

Manuel : Pour répondre à une interrogation de Clo : si j’ai bien compris, les Zygons n’ont pas besoin de garder un humain dans un cocon pour prendre son apparence. Ils le font lorsqu’ils ont besoin par dessus le marché d’accéder à tous ses souvenirs (justement ce dont Bonnie a besoin avec Clara). Pour répondre à Gibet : pourquoi le Docteur et les autres ont paniqué si les méchants allaient de toute façon tomber dans une impasse ? Sans doute parce que des vies (dont celle de Clara) étaient en jeu malgré tout, et qu’il y a effectivement eu des victimes. On l’a vu dans l’épisode précédent : le Docteur a tout fait pour mettre en garde et protéger les leaders Zygons (les deux petites filles) et a échoué. Concernant mon avis sur l’épisode : globalement bon. Il justifie sa première partie et ne bouleverse pas l’ordre universel. On tombe loin de la morale anticipée, mais quelque part tant mieux vu que l’épisode s’engageait sur un terrain glissant. Moralité : la seule idée de se faire la guerre est quelque chose d’aberrant. Ou la guerre mène à la guerre. C’est peut-être gnangnan, mais c’est dans l’esprit du Docteur, et le fait que ça marche dans cet univers de SF justifie que le personnage défende toujours cette idée au bout de plus de 2 000 ans d’existence. Cette morale n’est pas épatante, mais elle plait beaucoup au pacifiste qui est en moi.  La scène la plus marquante du diptyque reste pour moi celle des militaires piégés par des Zygons imitant leurs familles, mais ce 2e épisode a de beaux moments de bravoure et d’humour. Le speech du Docteur, notamment, bien que le ‘je vous pardonne’ était facile. Je trouve aussi qu’on pardonne un peu facilement à une Zygone qui a tué beaucoup de monde de sang froid. En fait je crois que tout est en place pour refaire une intrigue Zygon plus tard dans la série. Le paradoxe des deux boîtes à deux boutons est classique mais très adapté à cette situation. Et j’ai été touché par Kate Stewart quand elle renonce la première à en faire usage. Le Docteur et Osgood forment un bon duo. Futur compagnon ? Je ne serais pas étonné, vu que le Docteur invite carrément la demoiselle à bord du Tardis. En clair ce n’est de loin pas l’épisode que je préfère de cette saison, mais je ne le qualifierais pas de mauvais pour autant. Le fait que l’intrigue n’ait pas fait de polémique sur l’actualité et soit restée dans quelque chose de très classique est finalement une assez bonne chose. Pour l’instant cette saison 9 reste la plus intéressante à mes yeux. Mention spéciale à cette réplique du Docteur :

J’ai plus de 2 000 ans, je pourrais être votre messie.

Lune : Je doute qu’Osgood devienne compagnonne puisque le rôle des compagnons est aussi de nous faire redécouvrir le Docteur, et que y aurait pas autant l’idée de rencontre. Osgood est une encyclopédie sur le Docteur, et donc ne peut pas être surprise par lui avec nous.

Doctor_who_sleep_no_more_10

S09E10 Sleep no More

Lune : J’ai bien aimé cet épisode, mais je crois que j’ai pas tout compris. Enfin j’ai bien compris tout le déroulement, j’ai bien aimé l’ambiance, mais c’est quoi cette fin ? Est-ce que la vidéo est effectivement diffusée partout pour transformer les sleepmachines en machines à créer des monstres ? Si oui, on en parle plus ? Ça m’est quand même un peu passé au-dessus comme épisode, parce que j’ai ni très à cœur de le défendre ni très à cœur de l’enfoncer. Ça m’a plutôt amusée l’idée de montage de points de vue, ça renouvelle un peu la manière dont on a l’habitude de voir Clara et le Docteur filmés. Après toute l’équipe de sauvetage ça me semblait très déjà-vu, ils avaient des attitudes trop proches des persos de « Under the Lake ». Ces monstres fait de sleep dust c’est assez amusant, par contre si sleep dust c’est très mimi comme terme, caca d’œil ça l’est moins, ce qui promet pour la VF.

Manuel : Pour ma part j’ai vraiment adoré cet épisode (qui est pour l’instant la seule intrigue en une partie de la saison) ! Pour sa mise en scène, surtout, avec tout filmé du point de vue des personnages (même si la caméra de Clara était souvent un peu haute par rapport à la taille effective de l’actrice). Je remarque d’ailleurs vers la fin que le champ de vision du Tardis lui-même est montré. Ce qui démarque beaucoup cet épisode dans son écriture, c’est sa conclusion. Pas de morale. Pas d’évolution dans les rapports du Docteur et Clara. Rien de rien, et pas de clichés non plus, du coup. Cet épisode n’avait pas d’autre but, et c’est très assumé, que d’introduire une nouvelle sorte de méchants, les Marchands de Sable, que nous retrouverons très certainement dans le futur et auxquels je souhaite la même carrière que les Anges Pleureurs. Des monstres issus de nos sécrétions lacrymales, ce n’est pas très ragoûtant quand on y pense, mais c’est bien pensé et bien amené.

Gibet : Je suis beaucoup moins convaincu que toi, Manuel. Je trouve en effet que sur le papier c’est excitant, nouveaux méchants, nouvelle forme (Doctor Who expérimente souvent avec son ton et sa narration mais rarement avec sa forme  s’ils veulent faire ça plus souvent, c’est avec plaisir !) utilisée astucieusement… Mais je n’ai pas du tout réussi à me sentir concerné. Et je crois que ça vient principalement de la réalisation. Les changements de point de vue aléatoires et incessants, l’impossibilité à respecter plus de 30 secondes le contrat du found footage, font qu’on ne comprend rien à l’espace et c’est problématique puisque c’est un survival en huis-clos. Autre élément qui amoindrit l’impact de l’épisode, sur ce point je suis d’accord avec Lune, c’est qu’il y en a eu un autre similaire y a pas très longtemps. Enfin j’ai trouvé la dimension anticipation un peu ratée. On dénonce en gros le capitalisme qui veut des individus de plus en plus disponibles au travail (historiquement plus on se technologise moins il y a de travail, donc les gens se rendent disponibles pour rien, mais bon admettons que dans ce futur il y ait des trucs à faire) quitte à faire des trucs contre-nature genre leur enlever le sommeil. Ok, sauf que je trouve ça abusé de faire des énoncés moraux sur le sommeil. Ce qui est mal dans cette machine c’est qu’elle est mal foutue, ce n’est pas son principe. Si on imagine la même machine mais qui permettrait vraiment d’avoir tous les bénéfices du sommeil en quelques minutes sans aucune séquelle, en quoi ce serait un problème ? Les sermons du Docteur m’ont semblé totalement artificiels. Et puis ce n’est pas très honnête de la part de Moffat showrunner de proposer un zode comme ça, le type c’est un boulimique de taf, si la machine existait il serait le premier à la tenter.

Julie : Ouais ça m’a saoulé aussi le coup de la machine. C’est contre les humains pour créer de la connivence avec les humains, paradoxalement. Moi dans l’immédiat je me dis no way j’adore trop dormir mais en vrai j’ai un milliard de trucs à faire et si tout le monde s’y mettait je m’y mettrais aussi, c’est impossible de se dire que le reste de l’humanité vit 6 à 8 heures de plus que toi par jour. Du coup c’est malhonnête de la part de Moffat un peu oui.

Manuel : Apparemment c’est Mark Gatiss qui a écrit cet épisode, pas Moffat. Et quand bien même, il a beau être le showrunner de la série et un boulimique du travail il doit sans doute avoir conscience qu’il n’est pas la norme. J’ai l’impression que s’il accepte ce parti-pris dans l’épisode c’est avant tout par convention, parce que la norme dans Doctor Who et ce genre de série en général est : aller contre la nature, c’est mal. Un message que le Docteur a déjà défendu des centaines de fois, donc j’aurais trouvé ça malvenu qu’il retourne soudainement sa veste.

Gibet : Oui oui c’est Mark Gatiss qui a écrit l’épisode mais ça reste le showrunner le gardien du temple. Tu as raison, ça fait partie de la série de ne pas aller contre la nature. Mais c’est vraiment bizarre d’appliquer ça au sommeil. Comme je disais, à cause de ça, j’ai eu le sentiment que les sermons du Docteur sur le sommeil c’était purement conventionnel, pour respecter le cahier des charges d’un bon épisode de Doctor Who. Je ne dis pas qu’ils auraient dû traiter ça de manière subversive en disant tain c’est trop cool l’abandon du sommeil (le renvoi à Moffat c’était pour le plaisir du paradoxe) mais peut-être le faire de manière plus légère, sans charger cet aspect quotidien de morale. Sinon, à ce rythme, ils pourront nous faire un épisode sur se laver les oreilles trop souvent c’est mal, avec des monstres en cérumen. Enfin je dis ça mais peut-être que ça existe déjà !

Clo : Comme Lune j’ai trouvé ça amusant le principe de point de vue des personnages, le regard caméra m’a surprise tout du long de l’épisode. Caca d’œil c’est moins poétique effectivement ! Je ne vois pas le sleep dust comme un phénomène physique mais plutôt comme la représentation des impressions du réveil, comme quand le Docteur chassait les monstres qui se planquaient sur le côté du regard, les alentours de notre angle mort est un bon terrain d’imagination, quand il pose le doigt dessus en fin d’épisode ça m’a un peu chatouillé (ou quelque chose dans le genre). J’ai trouvé belle l’idée de la poussière de sommeil et la petite chanson qui va avec mais comme vous, je n’ai pas accroché à la phase moralisatrice (mais vivement l’épisode sur le lavage d’oreille !). Pour le crédible de l’anticipation je la trouve comme d’habitude pas terrible. Que ça se soit terminé sans se terminer j’imagine que c’est pour entretenir notre projection dans l’histoire (ou de l’histoire dans le réel), ça m’a fait penser aux mythes de comptines/chansons/contes/livres maudits qui tuent ou font disparaître quiconque les consomment, l’épisode contient la fiction de ce type de contenu maléfique et joue lui-même à l’être.

Gibet : Pour le jeu des points de vue, je reconnais que c’est astucieux, mais dans l’épisode ça me perdait, je ne m’y retrouvais pas (spatialement parlant… et aussi je pense que ça a contribué à rendre les personnages secondaires totalement sans intérêt puisque tant qu’on suivait leur point de vue on n’avait pas trop accès à eux, on pouvait pas s’identifier). Vous avez réussi à vous sentir concernés par l’aspect survival vous ? Pour le non-dénouement de l’épisode, il me semble que l’hypothèse de Manuel est la plus probante : c’est un zode d’introduction à un nouveau méchant. Ils ont d’ailleurs un peu essayé de nous en mettre plein la vue comme avec « Blink », qui introduisait les Anges Pleureurs. Je pense qu’on reverra les monstres caca d’œil dans les saisons suivantes. Mais pour l’instant je n’ai pas trop compris leur intérêt.

Clo : Les points de vue ça fait comme dans les jeux vidéos à la première personne et la perte de repères participe à la tension, alors je dirais que c’est ok pour moi.

Gibet : Oui mais dans les jeux vidéos à la première personne tu n’as pas quinze premières personnes qui s’enchaînent aléatoirement. Si on doit faire une comparaison jeu vidéo, moi ça m’a plutôt fait penser au mode multicam aléatoire dans les jeux de course.

Clo : Tu manques de schizophrénie, voilà tout !

Doctor Who, du S09E04 au S09E06

Charmant lecteur, nous revoilà ! J’espère que tu aimes toujours Doctor Who car jusqu’à la fin de la saison 9, ici nous en parlerons, opiniâtres, inextinguibles. Tous les trois épisodes (la première partie est ici) tu pourras lire les interminables discussions de Gibet, Clo et moi-même, accompagnés chaque fois d’un invité différent – cette fois-ci, nous sommes très fiers de te présenter Tom Delanoue, fondateur du site culturel Oblikon et de 1098, consacré au vin. Alors sors ta meilleure piquette et soûlons-nous ensemble pour l’amour de Gallifrey !

Doctor Who Capaldi dead lunécile

Gibet : Tom, quel est ton sentiment général sur la série ?

Tom : Je suis un très grand fan du Docteur, et en particulier du run de Russel T. Davies avec David Tennant, qui pour moi marque le top de ce qui a été fait sur le personnage, et si Steven Moffat est un excellent scénariste, je suis moins confiant avec lui en tant que showrunner sur une saison. En revanche, j’ai admiré son travail de construction sur plusieurs saisons autour du personnage de River Song, et donc je lui fais confiance. La saison 8 a été pour moi une bonne saison d’introduction de Peter Capaldi en Docteur qui pour moi a réussi à arriver à la 2ème étape du Cycle de Régénération assez vite, je dirais à partir de l’épisode « Mommy of the Orient Express ».

Regeneration cycle lunécile

Pour moi, sur cette saison 9, Capaldi donne enfin une consistance tangible à son Docteur en incarnant toujours plus le personnage : on perd le tournevis sonique (jamais vu depuis la saison 5 des Classics) et le côté rock star est bad ass comme il faut, les lunettes de soleil deviennent le nouveau bow tie, et j’aime cette idée, un Docteur radicalement différent et qui s’affirme de plus en plus. Concernant les trois premiers épisodes, j’ai dit beaucoup dans mes critiques, mais globalement je trouve que le double épisode initial était un des meilleurs démarrages (depuis « L’Impossible astronaute ») et le 3ème était bien fait, bien qu’assez classique dans le genre huis-clos.

Gibet : Le Cycle de Régénération que tu cites je l’ai jamais vraiment compris – ou plutôt jamais vécu. Les spectateurs de Doctor Who 2005 ont pour l’instant assisté à trois regénérations et rencontré quatre ou cinq (en comptant John Hurt) interprètes différents pour le Docteur, autant d’occasions de vérifier qu’à ce sujet on peut toujours faire confiance à la série : le Docteur n’est jamais joué par un recalé des cours Florent. Même dans les épisodes les plus ratés, il y a forcément un instant de jeu du Docteur à sauver. Du coup mon Cycle de Régénération c’est « cool ! un nouveau bon acteur ! » et me voilà conquis dans le premier quart d’heure de son premier épisode. D’autant plus qu’en général l’acteur fait d’emblée une proposition forte, et le petit laps de temps où la série et l’acteur semblent pas tout à fait accordés ne vient pas à mon avis de ce que l’acteur a besoin de s’acclimater mais de ce que les scénaristes apprennent au fur et à mesure les possibilités de ce corps nouveau. On sait aussi que certains acteurs sont plus scrupuleux sur ce qu’on leur donne à jouer – David Tennant discutait avec Davies pour pas que son Docteur fasse n’importe quoi, ce que manifestement Matt Smith ne faisait pas (dès son premier épisode miam du poisson pâné avec de la custard LOL) – mais ça c’est absolument impossible de le savoir au départ. Donc, voilà où je veux venir, quand je lis des choses telles que « à x moment de la série tel acteur justifie enfin son emploi » (ce qu’on a beaucoup lu à propos de « Listen », et qu’on relit beaucoup à propos de ce début de saison 9), je crois plutôt lire « ça y est, cet acteur m’est devenu familier ». Je ne dis pas qu’il faut aimer uniformément tous les Docteurs, d’ailleurs que je sois plus sensible au charisme de David Tennant qu’à celui de Christopher Eccleston, c’est un fait, c’est indiscutable (les goûts les couleurs). Mais cette résistance aux nouveaux Docteurs fait qu’on a tendance à bouder notre plaisir. Je suis sûr que quand on revoit les premiers épisodes de tel ou tel Docteur a posteriori on se rend compte si c’était pas déjà fait qu’il était fort dès le début. Voilà : nous autres spectateurs de Doctor Who sommes trop affectifs, et ça engendre souvent des discours qui paraissent péremptoires car ils ne disent rien de plus que « c’est bon j’aime bien ce mec ». Vous êtes pas d’accord ?

Tom : Le Cycle de Régénération, je dois dire que je l’ai vécu. Après, tu le vis pour différentes raisons : tu adorais l’ancien Docteur ou les débuts d’un nouveau sont hésitants et au fur et à mesure qu’on avance, l’acteur prend ses aises, ce qui assied la personnalité du nouveau Docteur. Après, on préfère certaines incarnations à d’autres, question de goût. Il n’empêche que pour moi, sur la fin saison 8 / début saison 9, le Cycle de Régénération s’enclenche réellement dans le sens où Capaldi commence à maîtriser son Docteur, s’amuse dans le rôle, et donc prend une certaine liberté. Cette aisance le rend plus attachant, etc…

Gibet : Ce que je veux dire, pour le Cycle de Régénération, c’est que c’est très très subjectif le moment où on commence à se familiariser avec l’acteur, et que par là je suis un peu déconcerté par les tentatives de discours critique qui s’établissent là-dessus comme si c’était un truc tangible et universel, le moment m où tel acteur devient vraiment le Docteur. Comme j’essayais de dire, à mon avis, les différents acteurs qui ont été choisis pour incarner le Docteur – sauf peut-être William Hartnell, le tout premier, qui découvrait le personnage en même temps que tout le monde – ne sont jamais hésitants, s’amusent dès le début avec le rôle. J’en tiens pour preuve les premiers épisodes de chacun, revus après coup, après familiarisation avec l’acteur. Comme tu dis, ce genre d’énoncés repose sur un certain nombre de critères qui sont pas du tout objectivables – « j’adorais le gars d’avant » / « celui-ci me revient pas spontanément ». Ce serait recevable s’il y avait véritablement un décorticage de l’articulation du jeu de l’acteur et de l’écriture jusqu’au point d’harmonie mais en général ces notations sont vagues.

Lune : Je le vis pas comme toi non plus Tom, je mets juste un ou deux épisodes à retomber dans le « willing suspension of disbelief » : comme l’acteur est nouveau, il me faut un petit temps pour oublier de le voir comme un acteur et accepter que c’est un personnage. Le temps d’acclimatation est assez rapide pour moi parce que le seul point sur lequel je fais entièrement confiance à la série, c’est le casting des acteurs qui jouent le Docteur. Du coup quand je m’assieds devant un épisode avec un nouveau Docteur, je me mets pas dans une position sceptique mais j’ouvre en grand la porte à mon « willing suspension of disbelief », je suis toute prête à y croire, d’autant plus que cette confiance que j’ai en la série me rend curieuse et impatiente de voir en quoi le Docteur diffèrera des autres.

Doctor who s09e04 lunécile

S09E04 Before the Flood

Tom : Pour cet épisode, au-delà de la résolution classique de l’épisode sans grande surprise, c’est surtout le Docteur qui parle au spectateur qui m’a intrigué, sachant que Moffat a fait cela avec « Listen » (S08E04), je sais pas pourquoi, mais je sens comme un début de fil rouge sur le personnage de Capaldi. J’espère avoir raison.

Gibet : « Before the Flood », je me dois d’être honnête avec mon ventre avant de râler, ne m’a pas ennuyé. Il était divertissant de la même manière que le premier épisode de la saison était divertissant : bordélique mais rapide. Mais pendant que mon ventre ne s’ennuyait pas, ma tête fulminait et gueulait « C’EST PARESSEUX !!! C’EST RELOU !!! ». Paresseux parce que ça réutilise mécaniquement des procédés typiques de la série – je dois mourir c’est écrit dans le marbre du temps ouin ouin / ah en fait non y a une astuce (la semaine dernière on disait qu’ils essaieraient pas de nous faire croire à la mort du Docteur, eh bien si ils ont osé !!! ça peut être émouvant si on voit que le personnage est réellement persuadé qu’il va mourir mais pourquoi augmenter ça d’effets de réa gros plan zicmu pathos comme pour nous forcer en dépit de toute logique à être dupe avec lui ?) – et même de la série sous ce Docteur – comme t’as dit ils réutilisent Capaldi qui s’adresse direct au spectateur (j’y reviens) – et visuellement ça bouffe à tous les râteliers, un peu de Prédator, beaucoup de Harry Potter 3 et aucune des inventions que j’attends de la série. La semaine dernière j’invitais pour rire à faire la comparaison entre La Famille Bélier et « Under the Lake » – cette semaine c’est devenu vraiment possible ! On retrouve certains procédés du film d’Eric Lartigau adaptés à un contexte horrifique ! D’ailleurs j’ai trouvé ça très maladroit de mettre en images les vibrations que perçoit Cass, c’est pas un orque la meuf c’est une sourde ! Relou, enfin, relou – c’est sur ce point que l’épisode m’a saoulé – pour cet aspect didactique super poussif. Que ce soit l’intro ou le dialogue final avec Clara qui est en mode WAOUH QUELLE BOUCLE TEMPORELLE J’EN REVIENS PAS C’EST GÉNIAL (on dirait une auto-pub pour la série !), je trouve que c’est aussi mal foutu que hors de propos. L’intro de « Listen » était là pour déclencher le mystère, et puis le Docteur s’adressait au spectateur un peu par accident, le fait qu’il parle seul était justifié par ce dont il était en train de parler, la thématique de l’épisode ; là il s’agit juste de délivrer une définition à la C’est pas sorcier et avec tous les effets bling ça fait juste démonstration gratuite – regardez comme on va être brillants !!! Y a eu plein d’épisodes par le passé qui étaient de meilleures incarnations du Bootstrap Paradox que celui-ci, et ces épisodes ne se branlaient pas cinq minutes sur le fait de mettre en scène un Bootstrap Paradox. Moi j’ai vu tout ça comme des grosses béquilles scénaristiques. S’il y avait un Bootstrap Paradox particulièrement bien ficelé et lisible dans l’épisode y aurait pas besoin de le dire aussi fort par ailleurs.

Tom : Concernant le manque de créativité de l’épisode 4, c’est un grand oui. Le côté « sonar » rappelle Daredevil, et la structure du double épisode en général est assez proche des huis-clos classiques de Doctor Who comme « 42 », « The Satan’s Pit » and co… En revanche, je ne suis pas aussi négatif que toi concernant l’explication du paradoxe. Je doute que le choix d’explication ne soit valable que pour l’épisode, et je pense qu’il pourra être recoupé à l’avenir avec d’autres situations (la destruction/disparition de Gallifrey ?). C’est bête, mais je fais confiance à Moffat pour assurer cela. Surtout que les paradoxes temporels dans la série ont toujours été expliqués simplement (Timey Wimey…), donc si celui-là est expliqué, c’est qu’il doit avoir une implication supérieure.

Gibet : Oui, tout à fait pour le pompage Daredevil, j’avais pas fait le rapprochement ! Mais le procédé, à mon sens, fonctionne pas du tout dans le cadre de la représentation des sensations d’une sourde lambda (là où ça se tient à peu près pour celles d’un aveugle super-héroïque aux autres sens sur-développés). Quant à l’explication du paradoxe… Je ne trouve pas qu’elle est trop simple, je trouve qu’il n’y avait pas besoin d’expliquer. On est familiers de l’astuce Boostrap Paradox, Moffat l’adore et l’utilise plusieurs fois par saison. Pourquoi se mettre à l’expliquer aussi explicitement et platement maintenant ? Même si c’est une notion-clef de la saison, franchement, c’est beaucoup trop didactique, j’ai eu l’impression qu’ils voulaient nous placer en petits spectateurs imbéciles de leurs chefs-d’œuvre scénaristiques. Et puis ce serait super bizarre d’introduire une notion-clef de la saison dans l’épisode 4 non ?

Lune : Je suis globalement d’accord avec Gibet, juste un peu moins vénère. Je ne me suis pas ennuyée mais quand même ça me démangeait le sens logique et du coup ça foirait mon fameux « willing suspension of disbelief » et du coup c’est moins divertissant. Pour l’utilisation du Bootstrap Paradox, je trouve que ouais c’est un peu trop, après j’suis contente de connaître le nom, mais dans « Blink » c’était super lisible et y avait pas besoin de tout ça. C’est étrange de se mettre à raconter quelque chose qui a été simplement montré avant et qui passait tout seul. J’ai un peu eu l’impression de voir une parodie de plein de trucs dans cet épisode, pourtant j’aime bien quand y a des références à d’autres univers, mais y a une question de dosage qui rentre en jeu, l’épisode est rempli de ces références, et le reste c’est tellement déjà-vu dans la série que l’épisode en devient presque un hybride entre un clip-show et une parodie (je pars du principe que les showrunners ne sont pas sans culture et que les ressemblances n’étaient pas accidentelles, mais assumées, et que ce n’est pas du pompage malveillant hop sous le tapis personne remarquera).

Clo : Je n’ai pas été dérangée par le fameux manque de créativité dont vous parlez. Que le Docteur s’adresse au spectateur m’a assez surprise mais je trouve cohérent qu’il le fasse, il est toujours question de porosité des dimensions donc pourquoi ne pas se débarrasser de la limite entre le réel et la fiction, genre le Tardis traverse même le quatrième mur ! C’est vrai que ça sonne très pédagogique le « renseigne-toi sur internet petit » mais peut-être que c’est pour qu’effectivement le spectateur creuse les passionnantes théories temporelles pour ne pas être perdu quand la série va partir comme une folle dans la mise en situation de ces théories ! Et j’ai aussi été marquée par le rapport qu’entretenaient Clara et le Docteur avec les autres personnages. On leur reproche de n’avoir d’intérêt que pour eux et de mettre les autres en danger, tout fini pardonné mais je reste là-dessus. C’est rare que les autres personnages se soulèvent de cette façon ou c’est que je le remarque à peine ? Ils ont beau formuler le reproche ils n’en restent pas moins impuissants, ils finissent par accepter leur rôle secondaire. Sinon j’ai bien aimé l’effondrement du barrage à la fin, c’est épique, c’est beau, sans la mort du poisson par noyade j’aurais trouvé ça sérieusement intéressant.

Tom : Je rebondis sur la notion-clef qui serait expliquée dès l’épisode 4. Peut-être que je me fais un monde de rien, mais je me rappelle de River Song et son rôle entre les saisons 4 et 7, ainsi que le « Silence Will Fall » qui est cité au début de la saison 5 pour n’être finalement explicite qu’en fin de saison 7. Moffat aime distiller des indices le long des saisons autour du grand fil rouge du Docteur, au point de parfois en enchaîner 2 ou 3 (fil rouge de la saison, fil rouge du Docteur, fil rouge annexe type River Song). Et clairement, on peut supposer que le fil rouge de Capaldi est la recherche de Gallifrey comme vu en fin de saison 8, mais la présence de ces discours dans « Listen » et cet épisode 4 me laissent à penser qu’il y a anguille sous roche. À confirmer avec la suite des événements !

Gibet : Clo, je suis pas nécessairement contre le fait que le Docteur s’adresse directement au spectateur (d’ailleurs j’avais trouvé ça vraiment saisissant et excitant dans « Listen »), je ne suis d’ailleurs nécessairement contre rien, sauf quand ça m’a l’air comme ici à la fois une solution de facilité et une démo de petit malin. Tom, tu fais trop confiance à Moffat je trouve. Oui il aime distiller des indices sur le long terme, mais y a aussi la blinde de trucs qui sont lancés au pif et n’aboutissent jamais à rien, souvent c’est nous autres qui avons à lier les éléments après coup (au risque de surinterpréter) tellement c’est le bordel. Après c’est sûr qu’il va y avoir d’autres Bootstrap Paradoxes dans la saison et dans la série, puisque Moffat adore ça, mais ça ne légitime pas le recours à ces passages scolaires étant donné que, je répète, il y a déjà eu plein de Bootstrap Paradoxes plus subtils dans la série (et plusieurs récemment dans la saison 8), le spectateur est familier du truc, ces passages didactiques ne nous ont rien appris sinon, comme le dit Lune, le nom du concept. Et si vous me dites que c’est pour ceux qui prennent l’affaire en cours de route, moi je réponds qu’un beau Bootstrap Paradox bien ficelé fait comprendre le principe sans besoin d’expliciter. Sinon, je crois que l’insensibilité du Docteur à l’égard des personnages secondaires qui parfois déclenche chez eux un sentiment de révolte, c’est typique de la série non ? J’ai l’impression de voir ça assez souvent dans Doctor Who, y compris dans les Classics (le premier Docteur est de loin le moins sentimental). Je ne saurais pas te citer d’épisode précis par contre.

Tom : Disons que je n’ai pas une gigantesque confiance en Moffat, mais que je m’efforce de penser que tout est réfléchi… Au risque de me casser la gueule. Sur le côté insensible, c’est pour moi une patte du Docteur qui a toujours du mal à comprendre la « simplicité » des humains, et donc le rend « détaché » de leurs problèmes. Par contre, c’est aussi indirectement pour cela qu’il les adore.

Clo : C’est vrai que le Bootstrap Paradox, prémâché, est moins intéressant. Pour l’insensibilité du Docteur effectivement ça a toujours été le cas, je ne sais pas pourquoi ça m’a sauté au yeux cette fois-ci. Peut-être qu’après que le Docteur a assumé son statut de personnage jouant pour un public en s’adressant à lui, j’imaginais une prise de conscience des seconds rôles de leur état (ce qui m’a marqué c’est le changement rapide entre la remontrance et la résignation, comme si eux-mêmes réalisaient leur insignifiance, ou je surinterprète). PS : j’ai dit « poisson » mais c’est un « Roi pêcheur », mais comme ce titre honorifique méritait une mythologie qu’on ne lui a pas accordée (pourquoi Roi pêcheur ? ça m’intrigue), finalement poisson, c’est bien.

Gibet : En fait ils ont pas creusé le Roi pêcheur parce que c’est déjà une référence mythologique en soi, c’est un roi de la légende arthurienne qui est censé surveiller le Graal. Après je maîtrise pas suffisamment cette mythologie pour te dire le rapport entre le Roi pêcheur de l’épisode et celui de la légende.

Clo : Je viens d’aller checker ça et j’ai quelques liens : le Roi est associé à la terre gaste, une terre désolée et tournée vers l’ancien temps, comme le village figé dans les eaux. Dans la mythologie celtique il est une divinité associée à la mort et pêche les âmes, comme dans la série où il vole la mort des humains qu’il attrape (inscription = hameçon ?). Après j’ai trouvé des liens un peu tordus, genre dans la légende le Roi pêcheur fait une grande fête pendant 80 ans où ses disciples lui coupent le tête, puis la récupèrent et retournent chez eux et dans l’épisode le peuple (le Lincoln à la tête de hamster y compris) est asservi, se libère, fait la fête longtemps, finalement revient à la case départ et transporte le corps de son ancien maître. Genre l’immortalité en tant que Graal. Genre dans le mythe chrétien, blessé, il attend le « bon chevalier », celui qui saura le guérir, celui qui lui posera la bonne question, et là c’est le Docteur. Les deux premières idées elles sont correctes je trouve, après les autres c’est un peu plus par extension, de toute façon par extension on peut trouver des liens partout avec tout. Mais vu que le lien n’est pas convaincant, qu’en l’absence d’explication du nom du Roi pêcheur c’est forcément une référence au mythe, je prends ça pour une prétention d’érudition entre le sympa et le bof (le sympof). Ah et c’est aussi, dans la légende, le Roi qui ne peut pas se mouvoir, couché au lit, comme dans la série où il est censé être enfermé dans sa civière.

Gibet : Est-ce que c’est marqué dans la légende que le Roi pêcheur a la tête de Predator malade ? Moi je vote sympa.

Tom : Moi je vote bof.

Clo : Mais c’est celtique, peut-être que les Anglais sont très calés sur la question et que ça coule de source pour le public de là-bas.

Gibet : Comme si nous il y avait euh une référence à euh Astérix ?

Tom : Par contre, on en parle de la voix de Corey Taylor (chanteur de Stone Sour et Slipknot) sur le cri final ? Il y a un côté guest star assez intéressant derrière. Entre lui, Maisie Williams, tu sens que la série est à une sorte de paroxysme et peut se permettre d’avoir des guests assez classes.

Gibet : Doit-on voir dans l’emploi de Corey Taylor une rockisation de Doctor Who (il y a en plus la guitare électrique, les lunettes, le générique de l’épisode) ?

Clo : Avec une figure de méchant pareille il fallait faire un clin d’œil à l’esthétique métal. Maintenant que vous le dites, ce monstre a quelque chose des créations de Giger (artiste orienté métal).

Fisher King doctor who lunécile

Tom : Le côté « cape qui remonte », éventuellement, mais on est moins dans l’organique/technique que Giger (pour ceux qui suivent pas, Giger est le mec à qui l’on doit l’esthétique Alien). Je trouve que ça manque d’organique, de « sale », à part la bouche, ou ce qui sert de bouche. Mais oui, il y a inspiration.

Clo : Comparé à Giger le Roi pêcheur a l’air fait en papier mâché.

Tom : Ça reste Doctor Who hein, souvenez-vous la saison 1 avec Eccleston.

Gibet : Oui, ça rejoint la tradition des méchants de Doctor Who super lents et un peu cheap qui font pas vraiment peur.

Tom : Quand ça fait peur, c’est que c’est pas méchant, comme le gamin de « Are you my mummy ? ».

Gibet : Tu parles en général ou dans Doctor Who ?

Tom : Dans Doctor Who. Concrètement, à part quelques rares exceptions (dont les anges), si ça fait peur et/ou est surnaturel, c’est pas dangereux, c’est souvent un mécanisme de protection, une espèce qui veut être aidée etc… La technique de la peur/angoisse est souvent dézinguée de cette manière, par contre les trucs les plus dangereux font rarement peur (à moins qu’une poubelle renversée avec un fouet et un débouche-chiotte vous terrifie).

Gibet : Je m’étais jamais fait cette réflexion mais je pense que c’est probant, et ça rejoint l’idée de Clo qui voit Doctor Who comme une série pour enfants.

Clo : Oui, Docteur Who c’est effrayant/ stressant à dosage homéopathique.

Tom : C’est pas de l’horreur angoisse, c’est une série vraiment grand public, qui ne tombe jamais dans le trop. Trop d’angoisse, trop méchante, trop compliquée, trop simpliste, trop sexuelle, trop asexuelle. Sur ce dernier point, il suffit de voir l’historique des relations du Docteur avec ses compagnes (notamment Tennant/Rose et les allusions aux bananes et à la danse).

Clo : Mais alors si Doctor Who est moyenne partout, pourquoi n’est-elle pas insipide ?

Gibet : Alors là je pense que je peux répondre car ça rejoint mes recherches d’étudiant-chercheur ! Pour faire simple, dans les œuvres populaires, tout ce qu’on cherche à susciter chez le spectateur doit rester sous contrôle, de sorte qu’il n’y ait pas réelle possibilité de trouble – c’est l’idée de défouloir sans douleur. Ce qui fait que par un certain côté toute la pop culture fonctionne comme les œuvres pour enfants, où ce dosage délicat est fait encore plus consciemment (il s’agit de permettre à l’enfant d’expérimenter en tout confort toute sécurité).

Clo : Je valide ! Mais alors ça veut dire qu’on ne sert plus la catharsis au grand public. Pourquoi ? Enfin si, tu parles de défouloir, mais c’est clairement plus le même.

Gibet : Roland Barthes rappellerait que l’ordre social est antécédent à disons l’ordre esthétique et donc que si on ne pratique plus la catharsis comme on pouvait le faire pendant l’antiquité c’est simplement que la société occidentale contemporaine est pas du tout la même que la société occidentale antique – il ajouterait dans la foulée que c’est parce qu’on est devenus des bourgeois à la con.

Tom : C’est pour ça qu’il faut écouter du métal, on cherche pas à être gentils dans la musique (même si les métalleux sont des bisounours inside). Mais la musique dans son énergie, sa complexité (d’aucuns diraient sa violence) et son décorum font office de catharsis. Mais j’adhère complètement à cette théorie.

Clo : Si Barthes l’a dit alors ! Pourtant il y en a des séries trashs, des séries que potentiellement ce même public regarde aussi. Le défoulement doit être ailleurs, comme dans le métal justement, j’imagine que c’est une histoire d’énergie dégagée, Doctor Who en fait des tonnes à coup de « il faut sauver l’humanité tout entière ! »,  « Ce seul homme viendra à bout d’une armée de robots destructeurs ! », « Vite ! ils sont derrière toi ! », « Haaa explosion de flammes shprouuuuwsh !! », y a une dimension aventure qui en plus d’être bien rythmée est imaginaire. Mais alors, ce n’est pas tant un défouloir qu’une échappatoire, un univers assez vaste, varié, malléable et détaillé pour être absorbé par chacun. En fait Doctor Who c’est cool parce que c’est un monde refuge parfait : on est en sécurité mais on ne s’ennuie pas.

Gibet : Il y a des séries plus trashs qui ont un succès équivalent mais elles ne visent pas un public aussi large que Doctor Who. Breaking Bad, Dexter, Game of Thrones (par exemple) ça ne cherche pas à inclure les spectateurs les plus jeunes et les plus sensibles et de fait ça peut se permettre plus de sang, de cul, de situations vraiment malaisantes. Pour autant je ne trouve pas que ce soit des séries profondément troublantes parce que tout ça reste très très moral – d’ailleurs une bonne part des critiques sur ce genre de séries consiste à relever quand la série n’a pas été assez morale, et plus la série montre des situations immorales plus il y a de discours moraux, comme pour compenser. En début d’année on s’est scandalisé contre l’épisode de Game of Thrones où Sansa se fait violer, sous prétexte que la séquence au lieu de montrer la souffrance de la gamine n’est qu’un truc usuel pour faire évoluer le perso masculin qui regarde. Le raisonnement tient pas trop debout parce que même si c’était ça (ce que concrètement la séquence en question contredit un peu) il faudrait forcément accentuer la souffrance de la gamine pour que la scène fasse choc sur le perso masculin (ce qui permettrait au spectateur de recevoir les deux à la fois) et de toute façon la série est très lisible quant au regard qu’elle porte sur ses trucs immoraux, ils savent très bien quand ils sont en train de montrer un truc pas bien (ce qui n’était pas le cas dans Dexter où plus ça avançait plus les scénaristes intériorisaient la vision du monde de Dexter, ce qui rendait la série gênante pour tous les gens qui n’ont pas la pulsion peine de mort), dans la scène du viol y avait notamment une grosse musique bien explicative pour montrer que ATTENTION CECI EST MÉCHANT ET HORRIBLE. Tout ça reste à mes yeux reste confortable. Pour la musique, Tom, tu as raison, on peut encore parler de catharsis, et pas seulement pour les concerts de métal. Mais la musique c’est différent c’est directement organique, c’est « le seul art qui existe » dit Christian Metz.

Tom : Tout ça pour dire que ce soir c’est épisode 5 à la maison ! Y a Maisie Williams, et les titres des épisodes sont hyper accrocheurs. J’avoue espérer que Clara soit remplacée par elle. J’en peux plus de Clara, elle était mignonne et tout, mais le côté « chose fragile » m’épuise. Elle a quasiment passé autant d’épisodes que Rose, mais je trouve qu’elle est assez lisse. Rose avait une émotion avec le Docteur, Donna était drôle, Amy originale avec Rory… Je classe Clara au même niveau que Martha. Compagne anecdotique. C’est moche.

Gibet : Clara comme « chose fragile » ça se vérifie pas trop dans la saison 8…

Tom : T’as l’impression qu’elle est là car il n’y a personne d’autre. Je trouve que l’histoire avec son mec en saison 8 ne rime à rien, ils essaient de faire du Amy/Rory puis non en fait. Et au final il décanille, ça t’en touche une sans faire bouger l’autre.

Gibet : Moi je trouvais ça pourri la relation Amy-Rory.

Tom : Moi je trouvais ça drôle et réussi. Pas une compagne, mais un couple de compagnons. Et Rory est inutile et transparent au début, mais quand il devient le Centurion après le Pandorica il prend beaucoup de charisme et de profondeur, sans compter le jeu permanent entre qui du Docteur ou de Rory est numéro 1 dans le cœur d’Amy. J’ai un très bon ressenti de cette période.

Gibet : Pas du tout d’accord. Beaucoup trop inconstant en terme d’écriture et du coup impossible à suivre ! Mais j’avais déjà argumenté ça dans la première partie de la discussion (au moment où on parle de la sexualisation de Matt Smith).

Clo : Maisie Williams, ça c’est du guest star ! J’ai pas assez d’attachement pour Clara pour comprendre la si grande importance que lui porte le Docteur mais elle ne me sort pas part les yeux (le mot « mignonne » la définit assez bien ouais).

Tom : Depuis les premiers trailers de la saison 9 j’attends de voir ce que va faire Maisie Williams. Sachant que c’est une actrice en devenir, qui en même temps va avoir un rôle moins important potentiellement dans Game of Thrones (devenant une tueuse multiface, elle peut être remplacée aisément dans beaucoup d’épisodes), elle a le potentiel d’être une nouvelle compagne et de renouveler un peu l’image de la compagne : plus jeune, plus fougueuse, presque enfantine, ce qui trancherait de manière super intéressante avec le Docteur qui est maintenant un « vieux monsieur ». On reviendrait à une relation plus père/fille qu’amis, ce qu’on a depuis 2005, et ça pourrait donner pas mal de peps au Docteur.

Gibet : Mais c’est ringardos les relations père-fille ! C’est ce qu’ils proposaient au tout début de la série et y a une raison s’ils le font plus… on est 2015 quoi c’est bon c’est fini papa raconte-moi la vie.

Tom : Sans faire du papa raconte-moi la vie, avoir un personnage plus fougueux, plus tête brûlée avec un Docteur plus posé pourrait renouveler la série. Car le côté « compagne à moitié sexualisée », on en a fait un peu le tour, entre l’amour, l’amoureuse folle, le côté ambigu… Là on sait même pas où on va avec Clara. Je pensais même avec le pilote qu’une Missy en compagne serait vraiment novateur et couillu, avec en plus l’inquiétude que le personnage pourrait faire une vacherie n’importe quand au Docteur.

Gibet : Ils sont amis, c’est pas suffisant ? Pourquoi faut-il nécessairement aller quelque part ? Je pense qu’avec Missy ce serait pénible, le côté « elle peut devenir vache à n’importe quel moment » ce serait géré n’importe comment par Moffat, ça permettrait trop de twists fastoches et improbables. Après j’avoue que dans les quatre premiers épisodes de la saison 9 ils font pas grand-chose de Clara (ce sera quand même jamais du niveau de fadeur de Martha !) et que s’ils continuent sur cette voie ça me dérange pas qu’elle se casse. D’ailleurs pourquoi râler quand on sait qu’elle s’en va bientôt ?

Clo : Missy a dit à un moment donné qu’elle prenait pour une insulte qu’on suppose qu’elle et le Docteur aient ce caractère animal de la séduction, elle dit que les humains ne pensent qu’à ça dans un instinct reproducteur. C’est vrai qu’il y a quelque chose de bassement humain dans le délire réification du Docteur beau gosse, et c’est tellement ennuyeux de se dire que oh, un homme, une femme, allez, faisons un couple (hétéro-normativité, tout ça). Je n’ai vu que de l’amitié entre le Docteur et Clara et j’espère que ça ne sera pas remplacé par une relation père-fille parce que le glissement vers des attitudes patriarcales est trop probable. Mais (même si j’ai du mal à y croire) je serais ravie que Maisie Williams intègre la série.

Doctor who s09e05 lunécile

S09E05 The Girl Who Died

Gibet : Bien cool ce nouvel épisode ! C’est celui que je préfère de la saison 9 pour l’instant, puisque c’est à la fois une véritable aventure et à la fois très inventif. J’aime particulièrement quand la série lutte comme ça contre son propre esprit de sérieux (ça manquait dans le double épisode précédent – je ne sais pas pourquoi mais la série a tendance a être plus humoristique quand elle se place dans un cadre historique que dans un cadre SF, et déjà dans les Classics). Il y a un point quand même qui me donne envie de chipoter : je reste perplexe face à la résolution du mystère « choix du visage Capaldi » qui avait été lancé dès le premier épisode de la saison 8. Je dois avouer que j’attendais qu’ils rebondissent là-dessus depuis ce moment et que je pensais qu’ils avaient zappé – donc en un sens c’est cool – mais aussi je m’attendais à un gros truc, parce que merde si le Docteur se réincarne d’une telle manière et qu’on insiste dessus c’est bien qu’il doit y avoir un gros truc genre twist de ouf qui bouleverse la série dans un series finale… finalement ce serait un rappel du Docteur pour lui-même en mode « tu sais c’est ok de sauver une vie de temps en temps » pour un zode de milieu de saison. C’EST NUL. Non ? Sinon, que pensez-vous du plan final de l’épisode (à part qu’il est cheum) ? Maisie va-t-elle devenir la nouvelle nemesis du Docteur ? Attendez, je lis que Davros avait prédit la création de l’hybride dans le double épisode d’intro. Je ne sais plus quoi penser…

Tom : J’ai lancé pas mal de pistes d’analyse dans ma critique, dont l’hybride, Ashildr et l’image du serpent. Mais je sens venir une aventure cross-seasons avec Maisie, comme pour River Song (qui apparemment devrait revenir faire une apparition dans la saison 9).

Gibet : Deux choses sur ta critique : d’abord ta déduction sur la possible utilisation récurrente de Maisie Williams me semble pertinente – justement ma question est : à votre avis quel rôle va-t-elle jouer dans la trajectoire du Docteur ? D’autre part, tu dis que c’est un épisode anodin sauvé par la manière dont il fait avancer l’arc de la saison. Moi je trouve que ça aurait été un très bon épisode même sans ça.

Tom : En fait, l’épisode ne m’a pas tant enthousiasmé car encore une fois, on est dans une structure classique, des humains faibles VS une race hyper dangereuse de l’espace (alors qu’on sait que ce sont les Sontariens les pires), comme dans « Cold War » (S07E08), on avait eu à peu près la même. Avec un guerrier de glace martien dans un U-Boat si mes souvenirs sont bons.

Lune : Ça me dit rien, ça devait pas être terrible comme épisode.

Tom : Ça l’était pas.

Gibet : Alors pourquoi leur en vouloir de refaire l’épisode mais en beaucoup mieux ?

Tom : Je leur en veux pas. J’ai trouvé le côté trop Game of Thrones du début facile mais après, l’épisode se délie, et le fait que les villageois soient des bras cassés non guerriers et que le Docteur s’assume en leader est bien foutu, le côté bébé est trop important dans le scénario par rapport à son impact en temps normal (alors que c’était super bien foutu dans l’épisode de Matt Smith), et j’adore le final télépathique d’Ashildr.

Clo : Cet épisode il m’a fait rire, pas toujours en le faisant exprès je crois. J’ai pas compris à quoi servait l’introduction, à la fin j’ai eu l’impression que j’avais raté quelque chose (peut-être que je le re-regarderai). J’ai pas arrêté de penser aux séries Vikings et Game of Thrones mais Doctor Who a su garder sa singularité. J’ai bien aimé Maisie Williams même si je la préfère en Arya (en même temps c’est le début avec ce nouveau personnage). Je me demande si les vikings étaient vraiment des villages composés à 90% d’hommes dont des hémophiles. J’ai trouvé la traduction bébé absolument grotesque mais ça m’a bien fait rire. Le plan de fin je l’ai pas trouvé si cheum, ou alors juste un peu relou, ça donnait un côté célébration de l’avènement de l’hybride avec presque simultanément la promesse de sa déchéance (gnagnagna) quand son sourire s’efface. Je n’ai aucune idée de quel sera son rôle mais ses origines belliqueuses et sa détresse de se retrouver seule perdue dans le temps ça va peut-être… la rendre très vilaine ? Tom tu parles des Monty Python dans ta critique, ça m’a fait revoir mon jugement, c’est pas ridicule c’est juste de l’humour anglais. Finalement, vu tout le second degré dont fait preuve la série, elle n’est pas drôle à son insu, elle joue de son grotesque et de son WTF.

Lune : Quoi, qu’est-ce que je lis ? Je pars trois jours et c’est la fête on dit n’importe quoi ? Tom tu dis que Clara = Martha : WTF, Martha ne vivait que par le Docteur, et c’est pas le cas de Clara, qui a sa petite vie bien rangée à côté (peut-on faire plus rangé que prof ?). Elle arrête pas de dire que le Docteur est son hobby, elle devrait plutôt dire passion parce que c’est un peu dévorant comme passe-temps, mais y a quand même pas que lui. Et sa relation avec son mec c’est pas du tout comme Amy/Rory, ils étaient intégrés comme couple-compagnon, et si le Docteur menace tout le temps les relations des compagnonnes c’est parce qu’il est dangereux, c’est une question de cohérence scénaristique et aussi d’identification (les compagnons = nous autres nullos qui rêvons d’aventure mais attention l’aventure a un prix). Après j’aimais pas tellement Danny et j’aimais pas tellement Rory mais ça suffit pas à dire que c’est pareil. Clara c’est une de mes compagnonne préférées, on l’a assez dit, je veux bien qu’on en préfère d’autres mais de là à la comparer la Martha-la-potiche faut pas pousser. Par rapport à ce nouvel épisode et the super guest Maisie Williams : j’avais envie de la voir jouer un rôle plus adulte que dans Game of Thrones où elle est censée avoir 12 ou 13 piges. Elle a un visage enfantin mais elle est majeure, c’est plus un bébé. Et elle est extrêmement drôle (quelqu’un d’autre a vu ses vines ? cette fille sait se servir de ses sourcils). Si elle intègre la série, le schéma qui me semble le plus bateau et que donc j’ai pas envie de voir c’est 1) elle le revoit et lui fout un poing dans la gueule car c’est salaud de lui faire ça en se prenant pour Dieu 2) le Docteur penaud l’aide à trouver comment vivre ça (elle trouve une vocation ou l’amour) 3) elle devient inaccessible par un procédé type Rose monde parallèle ou RorAmy coincé dans un endroit du temps inaccessible. D’ailleurs quelqu’un peut-il m’expliquer ça : je ne comprends pas que le Docteur ne puisse pas aller les rechercher 10 ans plus tard que la fameuse date qui coince, ils meurent longtemps après quand même – j’ai loupé une explication ?

Tom : Le Docteur indique qu’il ne peut y aller en raison d’un paradoxe temporel… En gros, c’est du Timey Wimey, il ne peut pas car il ne faut pas qu’il puisse. C’est l’explication la plus plausible que j’aie trouvée.

Gibet : Moi j’avais trouvé ça super super bidon l’adieu d’Amy et Rory, « il ne peut pas car il ne faut pas qu’il puisse » c’est pourri comme principe pour un événement aussi crucial. Vraiment j’étais furieux, d’autant que ça demande pas de se creuser la tête très fort pour trouver un moyen de séparer définitivement un Docteur de son compagnon ! Même un truc en mode « ouais bah j’en ai marre de voyager je veux me ranger » c’est plus acceptable.

Tom : J’aime trop les anges, je veux les revoir !

Gibet : Autant j’adore les anges – ce sont les meilleurs méchants de Doctor Who 2005 à ce jour – autant les épisodes qui les mettent en scène, mis à part « Blink », m’ont toujours laissé sur ma faim. On sent que les mecs savent que c’est leur idée de génie et ils essaient de surenchérir en rajoutant des trucs (l’image d’un ange est aussi un ange dans « Le Labyrinthe », toutes les statues sont des anges dans l’épisode de Manhattan) mais finalement ils profitent même pas de leurs créatures genre dans « Le Labyrinthe » ça se barre totalement en couille dans la deuxième partie, avec plein de twists moffatiens – alors qu’avec un concept pareil, tu peux faire 40 minutes de tension de ouf sans artifice. Même « Blink » (j’aime beaucoup l’épisode hein) quelque part ça ne profite pas pleinement des possibilités des anges. Il faudrait tenter une fan fic expérimentale avec juste un huis-clos et des anges.

Tom : Owi ! Je suis d’accord sur le fait qu’ils ont été inexploités. D’ailleurs, à mon goût, les meilleurs Doctor Who sont ceux qui arrivent à créer/réveiller des peurs sans trop en montrer (c’est mon côté hitchcockien), je pense notamment à « Blink » ou « Silence in the Library ». Mais j’apprécie qu’ils aient été utilisés dans l’épisode de Manhattan, car cela a confirmé leur rôle de « grands méchants » en faisant disparaître Amy/Rory. Et les bébés anges étaient une idée terrible mais « Le Labyrinthe »… on dira qu’on l’a jamais vu, deal ?

Lune : Pour revenir à nos oignons, j’ai trouvé ça intéressant Tom que tu relèves l’image du serpent : vous croyez que ça sera totalement inédit ou une réutilisation du mythe chrétien ? Ou du symbolisme grec antique ? C’est Gibet qui m’avait expliqué ça, on mettait des bracelets en forme de serpent au bras des nouveaux-nés car le serpent est l’animal le plus proche de la terre, or en Grèce et surtout à Athènes c’est super important d’être indigène – Maisie plaint le Docteur qui n’a pas de home sweet home – c’est lointain mais qui sait. Globalement j’ai beaucoup aimé cet épisode, j’ai juste eu un mouvement de recul avec le « je parle bébé » aussi, mais en même temps le commentaire de Clara désamorce un peu. Ça aurait pu être bien qu’il y ait plus de réactions de scepticisme parmi les villageois. En fait ça m’ennuie parce que je n’adhère pas du tout au mythe de l’enfant = être pensant complexe dont on est coupés par manque de langage commun. Les bébés c’est pas si compliqué. Il faut arrêter de croire que parce qu’on comprend pas quelque chose c’est forcément plus complexe ou pur que nous (y en a qui pensent ça des animaux aussi en mode ils sont pas pervertis par la société donc ils ont un savoir plus véritable, là le bébé est devin – stop au mythe du bon sauvage). Je retourne à Ashildr, c’est dommage qu’elle soit si proche d’Arya esthétiquement, y a quand même moyen d’arranger Maisie Williams autrement. Elle a l’air bien partie pour être une méchante ouais. Moi ça me plairait bien. Mais le Docteur serait totalement désarmé face à elle, non ?

Tom : Il serait désarmé face à elle car il l’a créée dans un sens. Personnellement, j’aimerais voir une relation évoluer avec elle, d’abord pourquoi pas une relation presque compagne (dans le sens où il peut la retrouver à différents moments de l’histoire un peu comme River Song), puis justement dériver vers une sorte de haine car à cause de lui, elle voit les gens mourir autour d’elle (un amour proche par exemple ? à vrai dire, je m’en fous). Je pense qu’une évolution serait bienvenue, peut-être sur plusieurs épisodes pas forcément linéaires, afin de distiller petit-à-petit le personnage. Pour l’utilisation du serpent, je n’en sais rien. C’est une marotte de Doctor Who de jouer avec un fil rouge sur une saison, et il semble que cette année, cela soit sous le signe du serpent. Cela peut-être une manigance totale de la colonie Sarff comme le retour du serpent de la voie lactée qui annonce le « Silence will fall » du début de la saison 5… ou rien à voir. Personnellement, j’adore les constructions clin d’œil sur de multiples saisons, donc la théorie 2 m’excite vraiment, mais cela ne reste qu’une théorie.

Gibet : Bon, pour reprendre un peu tout ce qui a été dit sur le dernier épisode, perso je l’ai trouvé suffisamment inventif à l’intérieur de sa trame classique pour que ça me satisfasse. D’autant que, comme l’a dit Clo, l’épisode est très drôle, parfois très volontairement, parfois de manière plus insidieuse avec des notes d’auto-parodie (« You’re always talking about what you can and can’t do but you never tell me the rules », les effets spéciaux super moches genre incrustation du faux Dieu dans le nuage), parfois involontairement – je vois que tout le monde par exemple a tiqué sur le truc du bébé, c’est vrai que c’était un peu foireux et trop long et pas suffisamment désamorcé. Mais bon au milieu d’un épisode absurde ça se teinte d’une autre couleur. Pour revenir sur les différentes spéculations : tout ce que vous me dites m’a l’air probable… ce qui me rend d’autant plus curieux de voir la suite. Sinon, petite intuition par rapport au motif des serpents… ça n’aurait pas un lien avec les siluriens et plus particulièrement avec Mme Vastra ? Vu qu’ils nous ressortent le truc de « le Docteur n’a pas choisi cette tête par hasard » et que c’est une des premières personnes qu’il voit après sa réincarnation dans « Deep Breath »…

Tom : J’ai peur que ça finisse en eau de boudin comme avec la Grande Intelligence en fait. S’ils linkent avec le serpent de la saison 5, ça peut mal tourner.

Gibet : C’est quoi le serpent de la saison 5 ?

Tom : Celui qui annonce que « Silence will fall » dans la maison d’Amy (S05E01). Comme les noms d’épisodes me rappelaient la saison 5, ça a fait un tilt dans ma tête (« The Girl Who Died » /« The Woman Who Lived » n’est pas si éloigné de « The Girl Who Waited »).

Picture shows: Peter Capaldi as the Doctor and Maisie Williams as Me

S09E06 The Woman Who Lived

Tom : Ma critique sur Oblikon.

Lune : Plutôt d’accord avec toi sur pas mal de choses, ça m’a plutôt enthousiasmée comme épisode (et merci d’avoir mis le doigt sur la ressemblance monstre lion/Cocteau, c’est vraiment ça – j’ai vu ce film à Premiers Plans et j’ai eu plusieurs fous rires, me faisant haïr au passage par la salle). Par contre ça me dérange pas que le retour d’Ashildr à ses responsabilités soit aussi rapide, mais ça aurait pu être intéressant de la voir vraiment faire des trucs d’enculée et qu’elle soit impardonnable, puis qu’elle prenne le rôle qu’elle a pris, ça nous aurait mis dans une position inconfortable yay ! J’ai pas repéré le motif du serpent dans cet épisode, t’as vu quelque chose ?

Tom : Non, j’ai cherché en vain aussi… Mais faudrait le revoir, ça peut n’être qu’un clin d’œil (comme le Bad Wolf TV de la saison 1 qui était en tout petit dans un coin d’une retransmission).

Lune : À un moment y a une tombe sur le chemin du Docteur à cheval, j’ai pas eu le temps de lire, mais ça m’a paru bizarre d’avoir foutu une tombe là (après ça se barre un peu loin dans l’analyse de détails alors que peut-être y a un stagiaire qui était content de sa tombe en papier mâché et ils l’ont mis là pour faire plaiz).

Tom : C’est une éventualité… Mais ça peut aussi être un clin d’œil.

Gibet : Moi je serais plutôt d’accord avec l’idée, proposée par Tom, que cet épisode est un peu précipité. Pour ça, je m’y suis légèrement ennuyé. C’est pas tant que le revirement final soit brutal – de fait il l’est un peu, mais la manière dont Lady Me digère son moment de compassion rectifie un peu le tir (son altruisme nouveau est avant tout une manière d’emmerder le Docteur). En fait, même si les efforts de Maisie Williams pour incarner non plus une enfant mais une femme sont louables, j’ai eu du mal à sentir le passage du temps entre les deux épisodes. Notamment parce que concrètement on a vu les deux épisodes à une semaine d’intervalle (je n’imagine pas ce que ça donnera pour les binge-watchers) et qu’on sent bien qu’ils ont tourné ça dans la foulée. Ça m’a fait un peu pareil que les grosses ellipses entre chaque épisode de la première partie de la saison 7, quand le Docteur revient voir Amy et Rory aléatoirement, l’impression qu’on me montrait qu’un mini-bout d’une énorme histoire qu’on n’avait pas l’intention de me montrer en entier (ce qui peut être excitant dans d’autres contextes – mais Doctor Who nous propose des récits classiques, pas des trucs expérimentaux fragmentaires post-modernes). Comment est-on censés dans cette configuration là être surpris, avec le Docteur, de revoir Ashildr ? On n’a pas eu le temps de l’oublier. J’aurais trouvé plus judicieux de se garder Lady Me sous le coude pour plus tard – plus tard dans la saison, ou plus tard dans la série. Pareil pour la cartouche du deuxième hybride possible qui est expédiée à la première occaz. En gros il y a mauvaise gestion du temps, le temps de la fiction ici ne prend pas en compte le temps du spectateur. Dommage car ils avaient bien réussi ça pour l’introduction puis le retour de River Song. Après c’est sûrement qu’ils ont besoin de Lady Me pour la fin de saison ou le Christmas Special du coup fallait qu’ils se magnent de préciser son rôle, mais en l’état c’est un peu du gâchis. Le pire c’est que comme je n’ai pas réussi à croire que du temps s’était écoulé dans la vie du Docteur et de Lady Me, toutes les discussions sur la souffrance de l’immortalité ça m’a pas touché, pas intéressé du tout. En plus, dès qu’on en arrive à ces questions-là, dans la plupart des trucs SF, on en revient aux mêmes poncifs de gnagnagni gnagnagna mélancolie ressentiment. Pouvez-vous me citer un personnage d’immortel épanoui ? Moi non. Alors que : POURQUOI PAS ? Le mythe de l’immortel ne servirait qu’à nous rassurer (allez finalement c’est pas mal d’être mortel) ? D’ailleurs c’est pas très logique que l’amnésie du personnage soit source de souffrance. Si elle oublie elle a pas de raison de mal le vivre – genre vraiment maudite la meuf, elle oublie mais elle oublie pas suffisamment pour oublier qu’elle oublie, et du coup pour encore plus se faire du mal elle se note toutes les souffrances passées dans ses petits carnets ARGL QUELLE SOUFFRANCE D’OUBLIER LES SOUFFRANCES (ce dispositif aussi il est discutable mais indiscuté : ça marche pas du tout comme ça l’écriture d’un journal intime, surtout sur un si long terme – relisez Montaigne que diable !). J’aimerais que même si c’est totalement fictionnel on affronte ces questions-là de manière un peu concrète. De manière générale les gens se contentent de perpétuer le lieu commun. Bon après c’est peut-être pas le lieu dans Doctor Who, série qui a plus tendance à compiler ce qui a déjà été fait qu’à inventer réellement. Mais justement, si c’est pas la question, pourquoi nous casser les pieds avec des fausses considérations philosophiques ? En ce qui concerne l’intrigue de l’épisode avec le lion moi ça m’a bien amusé. C’est le genre d’intrigues cheap et naïves (avec des moments super kitschs à la réalisation – toute la chevauchée du Docteur on dirait une parodie avec le plan large qui a l’air d’être à chaque fois le même et le plan serré où Capaldi est obligé de cabotiner pour faire croire qu’il est sur le dos d’un cheval qui va à toute allure !) que je m’attends plutôt à trouver dans les Classics, mais qui me dérangent pas dans la série 2005. Je préfère la SF naïve à la SF faussement maline.

Tom : Je suis tout à fait d’accord sur le temps de la série. Sachant que les deux épisodes à venir n’ont pas l’air d’avoir grand-chose à voir, mettre cet épisode 6 après aurait permis de voir le temps passer. Pour le reste, sur la souffrance, j’ai pas le souvenir d’un Jack Harkness souffrant de son immortalité… ça le faisait chier, certes, mais il profitait quand même sacrément bien de la vie !

Gibet : Tout bon vivant qu’il est, il me semble me souvenir qu’il a des moments de mélancolie récurrents dans Torchwood… Tel un super-héros je regarde pensivement la ville depuis les toits, mon manteau accompagnant les soubresauts du vent nocturne etc etc. À propos de Torchwood, petite digression, ton article laisse supposer que tu as regardé la série ; est-ce que c’est vraiment bien ? Moi je m’y étais mis pendant la saison 7 de Doctor Who, à la recherche d’un peu de substance whovienne non corrompue par Moffat, et ça m’avait pas déplu (amusant de voir le pendant adulte de Doctor Who période Davies) mais en même temps pas totalement convaincu (abus de poncifs) – je m’étais empressé d’abandonner en voyant que la saison 8 se rapprochait de ce que j’attendais.

Tom : J’ai commencé la saison 1, mais pas eu/pas pris le temps de vraiment avancer. D’après ce que j’ai lu, comme Doctor Who 2005, la saison 1 est poussive, mais ça démarre vraiment. Mais là, nombreux clins d’œil à la période Davies et Torchwood vont faire que l’on va forcément s’y remettre.

Gibet : Me suis arrêté aussi à quelques épisodes de la fin de la saison 1. Je m’y remettrais quand j’aurai fini les Classics… dans sept ans.

Clo : Je suis assez d’accord avec tout ce que vous dites. Le personnage de Lady Me (j’adore son nouveau nom déjà, j’espère que le Docteur ne lui fera pas changer) est passionnant, je ne l’ai pas trouvé si tristounette de sa situation, elle a oublié, elle est surtout tournée vers le futur, finalement tous ses textes pour la mémoire est-ce que ce n’est pas juste quelque chose qu’elle a fait sur le moment de façon exutoire comme elle n’avait personne à qui le raconter, puis qu’elle garde pour matérialiser et quantifier le temps qui passe (ou pour dire que c’est elle qui a la plus grosse, bibliothèque) ? J’aime aussi beaucoup sa curiosité, sa polyvalence et son dynamisme (le mot CV choisi par le docteur est parfait). J’ai aussi été perturbée par son revirement de bord rapide mais c’est peut-être un choix purement rationnel : le trou qui vient de s’ouvrir dans le ciel ne l’emmènera nulle part et détruira le monde qui lui reste, l’ailleurs n’étant plus possible, autant préserver l’ici, et hop elle tourne ça en compassion pour plaire au Docteur. J’ai été contente qu’aucune de nos théories n’ait vraiment été validée, même si on a vu un petit passage où ils jouent du « père/fille », pour mieux démonter ce rapport (une bonne fois pour toutes ?). C’est vrai que de jour, on se demande si le grand vilain lion ronronne si on lui gratte derrière les oreilles. J’ai hâte de voir ce qu’il va se passer aussi, entre ce nouvel immortel (qui a l’air assez funky), Lady Me, Clara… Le plan de fin (assez simple à base de portrait zoomé là) m’a assez touchée, je n’ai pas su trouver ça kitsch, j’y ai juste vu beaucoup d’affection, j’ai trouvé ça mignon.

Tom : Après l’est-il, immortel, ce brave Sam Swift ? J’ai l’impression que les scénaristes ne le savent même pas (d’où le « il l’est, ou pas… »). J’attends surtout un lien éventuel avec Harkness, il est cité dans l’épisode, et je viens de découvrir que le vieux domestique de Lady Me était… le doubleur de Face of Boe. Bref, beaucoup d’immortalité pour un épisode (le tout étant scénarisé par une fille ayant bossé sur Torchwood).

Gibet : Tu dis que l’épisode ne confirme aucune de nos théories, c’est pas tout à fait vrai. Lune avait anticipé le mouvement ressentiment-vocation et Tom avait vu venir le truc de elle devient haineuse à cause de la perte de quelqu’un de cher. Autrement dit, on commence à capter comment ça fonctionne une saison de Doctor Who, on va pouvoir prendre le relais quand Moffat jettera l’éponge. Il semblerait que nous arrivons au terme de cette seconde partie de discussion, vous avez des choses à rajouter ?

Lune : Moi c’est bon. J’ai toujours hâte de voir la suite et toujours autant d’enthousiasme à entendre wouwiwoooo !

Tom : Pareil, j’attends toujours le Docteur avec autant d’impatience ! Et j’ai hâte d’être au 14 novembre, je fais le Doctor Who Festival, une convention avec spectacle, à Londres, en présence du casting and co.

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Gibet : Tom, quel vin faut-il boire pour accompagner un visionnage de Doctor Who ?

Tom : Tout dépend de l’épisode ! Sur un épisode comme « The Girl Who Died », je prendrais une bière de type IPA, assez rustique. Sur un épisode de type huis-clos comme « Under the Lake », je privilégierais un rouge chaleureux du type Rhône septentrional (Crozes-Hermitage, St-Joseph, Cornas, idéalement Côte-Rôtie)… Mais en général, pour moi, Doctor Who, c’est léger, agréable, et on aime y revenir, un peu comme un très bon blanc sec, un Sancerre, Pouilly-Fumé ou Vouvray.

Doctor Who, du S09E01 au S09E03

Charmant lecteur, j’espère que tu aimes Doctor Who car jusqu’à la fin de la saison 9, ici nous en parlerons, opiniâtres, inextinguibles. Tous les trois épisodes tu pourras lire les interminables discussions de Gibet, Clo et moi-même, accompagnés chaque fois d’un invité différent – cette fois-ci, applaudis à t’en rompre les paumes Stéphane Bernault, rédacteur en chef du site Les Plumes Asthmatiques. En route, à travers l’espace et le temps !

Listen Capaldi lunécile

Gibet : Lune et moi, notre avis global sur la série, on a déjà pu le formuler ici mais toi, Stéphane, c’est la première fois que tu prends la parole sur le blog, alors voici ma question préliminaire : tu es plutôt team Davies ou team Moffat ?

Stéphane : Je me lance, attention ça va être compliqué ! Je suis fan de Davies obligatoirement mais j’adore le Steven Moffat qui écrit sous l’ère Davies, avec ses quelques épisodes géniaux. Depuis que Moffat est aux commandes, je vais de déception en déception sauf depuis la saison 8 qui retrouve une vibe Davies dans l’écriture. Donc depuis quelques épisodes, je suis en train de retomber sous le charme de l’écriture de Moffat qui fait du Davies ! C’est plus ou moins clair ?

Gibet : C’est très clair ! D’autant que j’ai ressenti la même chose que toi, et je crois d’ailleurs que beaucoup de monde a ressenti ça. Jusqu’à la saison 8 je me serais définitivement rangé parmi la team Davies, mais après la saison 8 j’admets aussi que Moffat sait y faire. Après, tu as raison, si la saison 8 tourne bien, c’est que Moffat emprunte les recettes de Davies et laisse tomber ses délires typiquement moffatiens (genre la saison 6 !!!), donc aimer Moffat saison 8 c’est toujours aimer Davies. Clo, Lune, vous avez apprécié autant que nous la saison 8 ?

Lune : Oui ! La rupture est très nette entre Moffat saison 5, 6 et 7 et Moffat saison 8. Moins d’intrigues compliquées et justifiées n’importe comment (si j’avais envie de regarder Inception je regarderais Inception), moins de will they / won’t they. J’aime particulièrement qu’avec Clara en saison 8 y ait pas d’histoire romanesque, ce qui est d’ailleurs annoncé dans le premier épisode, « I’m not your boyfriend, Clara », ce qu’on avait eu qu’avec Donna Noble en saison 4. Or c’est ce qu’il y a de plus agréable parce que chaque compagnonne amoureuse du Docteur a un côté mou, ils n’arrivent pas à allier fille amoureuse avec fille forte à personnalité. Et on se marre quand même plus quand y a quelqu’un pour fermer le clapet du Docteur quand y a besoin. C’est dans les duos Donna-Docteur et Clara-Docteur qu’on a les dialogues les plus énergiques. J’aime aussi beaucoup la saison 8 pour l’apparition du Master-Missy, c’est un de mes persos préférés de toute la série, elle apporte beaucoup de dynamisme.

Gibet : Oui, Clara est devenue une très bonne compagnonne dans le passage à la saison 8. C’est salutaire que les abus du Docteur (notamment ses mensonges), qui se sont multipliés sous l’ère Moffat, soient tempérés par un personnage qui ne se laisse pas bullshiter. Après la saison n’était pas parfaite, y avait par exemple des allers-retours dans la relation Clara-Docteur qui sentaient un peu trop le remplissage (Clara dit oui puis non puis oui puis non puis etc). Mais bon les saisons de Davies n’étaient pas parfaites non plus.

Clo : J’ai beaucoup aimé la saison 8, ce nouveau Docteur a une physionomie qui lui va très bien et en cessant d’être baisable (vis-à-vis des compagnonnes autant que des spectateurs, ce rôle est pris par Danny Pink) il incarne mieux ce que j’attends de son personnage, l’attention reste tournée vers l’aventure et on sort des petites intrigues fleuries. Puis c’était intéressant de réapprendre à connaître la même personne sous des traits aussi différents. Je ne sais plus de quand date cette impression mais Doctor Who me fait l’effet d’un contenu pour enfants (pas dans le sens péjoratif) : tout est gentil (ce n’est pas très éprouvant pour les nerfs) un peu kitschounet et improbable au-delà de l’aspect SF (les situations, les réactions, les solutions, etc.), il faut réprimer des haussements de sourcils perplexes et se laisser aller. Cet effort d’adaptation a pour effet de me pétrir pour que j’adhère encore plus au monde tardissien. J’ai encore été impressionnée par la variété des thèmes abordés (même s’il y a de grands classiques), toujours de manière accessible et ouverte, ça donne matière à repenser dans le métro et autres files d’attentes. Alors je valide totalement la saison 8, on ne s’ennuie pas, on n’est pas bousculés non plus (sauf à la fin ok), les personnages sont attachants, ça stimule l’imaginaire, finalement la série se suit avec enthousiasme année après année et on finit par développer une sympathique addiction. Je sais pourquoi « j’aime bien » mais je ne sais pas pourquoi « j’adore vraiment beaucoup ». (Et sinon je clame aussi gloire à Master-Missy).

Gibet : Intéressant ce que tu dis sur l’impression de voir une série pour enfants. Je crois que c’est très déterminant pour le ton de la série. Les Classics, au départ, étaient vraiment destinés aux enfants et c’est parce que les enfants ont commencé à adhérer (notamment aux Daleks) que la série a décollé. Davies a essayé de tenir ça dans la relance de 2005 en distribuant la libido de la manière suivante : d’un côté la série Doctor Who où le sexe et même l’amour sont évoqués de manière super elliptique (tant et si bien que j’ai mis longtemps à comprendre que le Docteur et Rose formaient authentiquement un couple) ; de l’autre Torchwood où les persos ont une sexualité assumée, font volontiers du angry fuck, et où les intrigues portent généralement sur des histoires de cul plus ou moins cryptées plus ou moins sombres. Avec Moffat, et le choix significatif de Matt Smith, on sentait une volonté de sexualiser la série, au détriment de l’innocence habituelle. Dans l’absolu c’est pas grave, ça peut être bien d’assumer que fondamentalement le Docteur a au moins l’âme la plus sexy de tous les temps, et que c’est en grande partie l’attrait de la série. Mais en pratique ça a contribué à créer la confusion qu’on dénonçait : dans le même trio (voire quatuor, si on compte River Song) de personnages se superposaient beaucoup trop d’intrigues-relations-sentiments et tout le monde s’y perdait, à commencer par les scénaristes. Avec la distribution simple de la saison 8 – le Docteur et Clara sont amis et Clara a un boyfriend – c’est beaucoup plus lisible. Bref, je constate qu’on est tous les quatre d’accord sur la saison 8. Du coup vous avez quelles attentes pour la saison 9 ?

Stéphane : Je vais revenir un instant sur les précédentes saisons et sur le caractère enfantin dont vous parliez ! La version de Davies était abordable pour tout le monde mais possède une double lecture sur tous les épisodes, tous les thèmes abordés. Davies profitait de la série pour nous parler et critiquer le monde actuel. Certes ça reste accessible pour les enfants mais il y a quand même du fond ! Chez Moffat, il a perdu le fond, hormis sur quelques épisodes, pour privilégier la sexualisation de son héros. C’est moins passionnant pour les mioches, c’est moins enthousiasmant pour les adultes, bref c’est pourquoi Moffat s’est Davies-isé en saison 8 ! Et c’est ce que je veux qu’il continue à faire en saison 9, qu’il se pose, qu’il nous parle de son héros, de ses complexes, de ses doutes et de ses peurs, qu’il parle du monde dans lequel on vit et qu’il nous traumatise pour nous faire prendre conscience qu’il y a quelque chose de pourri ! C’est pour moi l’une des raisons qui me fait regarder la série. Ok pour les personnages et leurs histoires mais aussi parce qu’il y a une critique qui se cache là derrière les histoires de SF. Il faut que le renouveau insufflé en saison 8 se poursuive dans cette saison 9 et que Moffat le pousse encore plus loin !

Gibet : Honnêtement j’ai rarement regardé la série pour son contenu idéologique (peut-être parfois pour ce qu’elle incarne philosophiquement et sociologiquement), mais tu as raison quand on y réfléchit cette lecture est possible. Tu aurais un exemple précis de cet engagement de la série pendant l’ère Davies, et du retour de cet engagement pendant la saison 8 ?

Clo : Pareil, je ne trouve pas que l’aspect idéologique soit ce qui m’attire le plus dans la série, aussi louable soit-il (sauvons les arbres, soyons solidaires, ne courrons pas avec des ciseaux dans les mains, tout ça) je suis beaucoup plus tournée vers la problématique du temps (ça m’a ultimement troublée notamment à l’époque d’Amy et Rory), de la mémoire, des relations asymétriques, de la responsabilité, de la solitude, etc., etc. mais c’est peut-être que je suis habituée aux contenus qui revendiquent le même type d’idéologie alors j’en fais abstraction. Ceci dit, j’ai aussi hâte qu’on farfouille un peu ce Docteur (en lui laissant de son mystérieux, tout de même).

Stéphane : Sous l’ère Davies, il y a un rapport à la technologie qui est développé sur différentes histoires, différentes saisons, pour nous faire prendre conscience des dérives que le monde peut prendre : Internet, la télévision, la communication… Davies n’y va pas à avec le dos de la cuillère mais les épisodes restent toujours divertissants et bien construits ! Là comme ça les épisodes m’échappent mais il y en a quelques uns ! Dans la saison 8, je trouve que Moffat a retrouvé de cette verve critique, sans pour autant parler de ses personnages et leurs complexités. Celui qui me vient en tête et l’épisode « écologique » avec la Terre recouverte par les forêts.

Gibet : Ok, tu penses par exemple aux épisodes de la saison 1 avec la planète télé qui sert de support à une satire de la mauvaise télévision, télé-réalité, jeux télévisés, etc. Il y avait même une parodie du Maillon Faible ! En tout cas pour moi cet aspect idéologique, qui n’a pas pour but de provoquer, d’être subversif, mais de reformuler de manière ludique des messages déjà admis, participe à l’impression d’enfantin. Doctor Who, à ce niveau, c’est rassurant, confortant. Mais revenons-en à la question des attentes : Clo, Lune, qu’est-ce que vous avez envie de voir dans cette saison 9 ?

Lune : Tout simplement, j’ai envie que la série continue à me faire rire et à me mettre des étoiles plein les yeux ! (instant naïf).

Gibet : Oui mais pour que tu ries / aies des étoiles plein les yeux, il faut que la série fasse quoi ?

Lune : Que l’intrigue soit simple et efficace, du dépaysement, et de la légèreté. Au bout d’un moment ça marche plus sur moi quand l’épisode est centré sur un dilemme moral du Docteur ou sur la mort d’un perso qui en fait n’est pas mort.

Clo : Ça me va aussi qu’ils continuent sur leur bonne lancée, s’ils gardent leur humour, la qualité des personnages, leur capacité à inventer de nouveaux scénars originaux ou appréhendés d’une façon originale, ça me va. C’est une série qui a souvent l’occasion de se réinventer avec de nouveaux Docteurs, de nouveaux compagnons, de nouveaux ennemis… mais c’est finalement secondaire tellement la narration est dynamique, fantasque et basée sur l’action. À part effectivement une redécouverte plus profonde des personnages (dont le Tardis, qui finalement n’est plus vraiment un personnage) je ne sais pas ce que je pourrais ajouter à la série. Peut-être qu’en sortant de son aspect léger, en donnant un peu plus corps aux problématiques abordées, en étant un peu plus crédible, avec des personnages un peu plus inscrits dans leur situation (n’ont-il pas l’air un peu perchés / extérieurs / d’accord et détendus quoi qu’il arrive ?), et avec une BO en acier trempé, Doctor Who pourrait être LA série. Mais peut-être pas. Peut-être que c’est justement tout ça qui fait que ça fait du bien de se poser devant Doctor Who.

The Magician's Apprentice lunécile

S09E01 The Magician’s Apprentice

Stéphane : C’était excitant, un peu fou, profond, surprenant (le retour de Davros était une sacrément bonne idée) et diantre les acteurs ! Peter Capaldi était parfait ! Michelle Gomez était géniale ! Ça faisait longtemps qu’un épisode écrit par Moffat ne m’avait pas autant plus (le dernier était « Listen ») !

Gibet : J’ai pris beaucoup de plaisir face à cette épisode de reprise mais je trouve qu’on est bien en dessous de « Listen » ! A mes yeux « Listen » c’est un des plus beaux épisodes de la série et il y a dedans une unité et une clarté qu’il n’y a pas dans « The Magician’s Apprentice ». « Listen » c’était un épisode profondément ancré dans les personnages, et ça apportait un nouveau regard sur eux (le Docteur est un froussard, Clara et lui ont une relation primordiale super intime presque maternelle). Ici on s’en fiche un peu des persos non ? C’est l’intrigue qui compte. Et d’ailleurs c’est logique, ils mettent le paquet (tellement qu’on dirait presque une fin de saison !) pour recapter l’attention – s’ils entamaient la saison avec un épisode plus intimiste comme « Listen » ce serait probablement moins efficace. Après tu vas ptêt me dire « c’est pas vrai ça dit quelque chose de nouveau sur la relation entre le Docteur et Davros ». C’est sûr que le côté « le Docteur a sauvé Davros et donc en quelque sorte est le créateur des Daleks » est inédit, mais bon ça reste du plot twist, ça ne rend pas le perso plus dense. Et puis j’ai eu l’impression que Moffat essayait de se racheter de l’annulation du génocide (qui a pas plu du tout aux fans) pendant l’épisode anniversaire. S’il s’agit de ça, c’est un peu raté, car ça ne délisse pas la moralité du Docteur : il est tellement bon qu’il sauve son pire ennemi et (ça c’est ce qu’on voit dans l’épisode suivant) il est tellement bon que son pire ennemi est contaminé par sa bonté. Plus généralement, à mon sens, c’est par son intrigue, et par le rythme des rebondissements, que l’épisode tient. C’est tout le temps un peu n’importe quoi (c’est ce que tu veux dire par fou je suppose) mais tout le temps ça va vite et les rebondissements sont suffisamment 1) pas trop incohérents 2) spectaculaires pour qu’on reste accrochés. C’est comme ça que je l’ai ressenti. Sinon, j’ai particulièrement aimé les handmines (pourrait-on traduire les mimines ?) et le bonhomme-serpent – c’est le genre d’inventions parfois cheap que j’aime trouver dans Doctor Who. Ça avait un peu disparu avec l’entrée de Moffat mais c’est revenu avec la saison 8, probablement car la série redevient plus ancréee, moins métaphysique, et qu’il faut aller chercher des surprises dans l’ici et pas dans un énième twist chelou incompréhensible de wibbly wobbly ; perso ça me fait plaisir, et je suis content que la saison 9 propose apparemment de perpétuer ça.

Clo : Oh mais OUI dis donc ! Cet épisode était fabuleux, on retrouve ce superbe Docteur, la Clara toute bad-ass (mais qui continue de lancer des petits sourires avant de bondir hors champ quand elle est pressée) et la Missy extravagante et charismatique (qui décidément me plaît beaucoup). Y a des passages très séduisants (le concert médiéval électrique surtout) et ça bouge beaucoup niveau rythme mais, et c’est sûrement du aux saisons précédentes, je n’ai pas été atteinte par l’enjeu du premier épisode : le Docteur ne peut pas mourir, Clara et Missy non plus, alors tout va bien. Même quand ces personnages meurent, ça doit être temporaire. Je ne sais pas trop quoi ajouter à ce que vous avez dit, surtout que mon rapport à la série n’est pas tant rationnel, je plonge dedans sans le recule de l’analyse. Mais pour conclure : ce furent de très bonnes retrouvailles.

Gibet : Mais ce que tu dis sur le fait que les persos peuvent pas mourir, ça s’applique à toute la série non ?

Clo : Oui, Doctor Who, c’est l’inverse d’une tragédie, on est sûr que ça ne finira pas trop mal.

Gibet : Ou que la fin mauvaise permettra au Docteur de prendre des pauses mélancoliques trop classes. Après je pense que c’est obligatoire quand tu fais une série fantastique, à rebondissements, qui dure longtemps. Faut jamais faire des trucs trop définitifs, on sait jamais ça pourra resservir dans quelques saisons, du coup tout devient un peu inconséquent. Y a pareil dans Buffy par exemple – là si on prend en compte les comics chaque perso important doit être mort ou quasi au moins une fois. Lune, tu partages l’enthousiasme général ?

Lune : Oh oui, j’ai vécu le « concert médiéval électrique » comme une fête de bienvenue, et retrouver le Docteur dans ces conditions c’est comme retrouver un bon copain. Missy est savoureuse, on est gâtés de ce côté-là. Et puis ça me plaît beaucoup ce rendez-vous Davros-Docteur. De manière générale j’ai trouvé cet épisode très généreux.

Davros Capaldi lunécile

S09E02 The Witch’s Familiar

Clo : Je me suis rendu compte que j’avais juste mal identifié les enjeux du premier épisode, l’idée était plutôt d’isoler les deux acolytes que de les mettre en danger. En parlant d’elle, je me rends compte que Clara n’est pas tellement bad-ass, elle se fait promener et victimiser sans beaucoup de lutte, n’est-elle qu’une petite chose mignonne qui incarne l’affectif ? Cette image de la dernière saison où elle court sans regarder devant elle sur un désert de cailloux, tout entière absorbée par le Docteur me fait aussi remettre son rôle en question :

Clara Capaldi lunécile

Sinon j’ai vu dans cet épisode un conte qui s’amuse avec les rôle de gentil et de méchant mais je ne sais pas si c’est positif parce qu’on sort d’une répartition binaire ou si c’est encore de trop de porter un jugement de valeur éthique dans ce type d’univers. Mais on en revient à la question des valeurs idéologiques de la série, là ils ont abordé plus de choses que ça mais j’ai un peu phasé sur le précepte de la pitié quasi religieux…

Lune : Je sais pas, Clara c’est quand même un perso fort, c’est juste qu’elle a beaucoup de douceur et qu’elle se fait entraîner par plus fort qu’elle, dans ce double-épisode. Ça nous rappelle que même si Missy est archi cool et a l’air de faire copain-copain avec Clara, son but c’est d’emmerder le Docteur, et donc elle s’en prend à Clara. Clara a pas vraiment le choix à partir du moment où elle est isolée avec Missy, elle est obligée de se soumettre à elle, et le Docteur aussi fait ça parfois, la mettre en danger. La seule chose c’est que là elle baisse sa garde, et donne un bout de confiance à Missy, ce que nous spectateurs on fait aussi, et on se fait avoir comme elle, ce qui fait qu’on ressent la cruauté de Missy plus fortement. C’est probablement un procédé d’identification. C’est aussi que Missy est tellement vive que Clara n’a pas le temps de prendre une décision, et on a vu le Docteur faire ça à plein de gens. Tu me suis ou tu crèves là. On part du principe que le Docteur est bienveillant et qu’il fait juste ça pour que ça aille plus vite, mais qu’est-ce qu’on en sait au fond ? (hop un petit thème classique de la série, is the Docteur the good or the bad guy).

Gibet : Ce qui fait que Clara est une compagnonne plus forte que la plupart des autres, à mon sens, c’est qu’elle a du répondant, et c’est rafraîchissant parce que du coup elle a des réactions à peu près humaines quand le Docteur se fout de sa gueule (Amy et Rory étaient au contraire super mous – ou super aléatoires dans leurs colères – face à un Matt Smith qui pourtant les manipulait à peu près en permanence). Accessoirement, elle arrive à se démerder quand elle est livrée à elle-même (ce qui est arrivé plusieurs fois en saison 8, notamment dans l’épisode autour de la Lune). Mais il faut – je pense que c’est vraiment formulé et assumé par les scénaristes – que les compagnons restent inférieurs au Docteur et donc que dans les situations d’extrême danger ils s’en remettent plus ou moins aveuglément à lui. C’était pareil pour Donna, qui savait parfaitement remettre le Docteur à sa place, mais qui était tout sauf une aventurière. Comme dit Lune, c’est une question d’identification, les humains sont nuls comme des humains, c’est à ça que servent les compagnons dans la série, imaginez comme Doctor Who serait une série différente s’il n’y avait pas cet ancrage-là dans l’ici et le maintenant (presque à chaque fois les compagnons sont des terriens / anglais / de l’époque à laquelle on tourne). Mais en fait ça valide aussi ce que tu dis, Clo. Le Docteur ce serait la Tête et le compagnon le Cœur (dans les Classics, avec le premier Docteur, il y aussi un compagnon Corps parce que William Hartnell est pas très athlétique et qu’il faut un mec pour l’action). Pour en revenir à l’épisode, c’est vrai que le show Missy se développe au détriment de Clara, qui reste spectatrice tout du long. Je me rends compte en vous lisant – parce que pour tout avouer je me suis légèrement ennuyé devant cet épisode – que le silence de Clara participe sûrement à rendre l’épisode un peu trop abstrait, un peu trop « dialogues conceptuels héroïques sur le Bien et le Mal ». Ce qui peut être amusant quand ça vient en surplus d’une action trépidante, mais là l’épisode était quand même vachement statique et linéaire. Sinon, Clo, « phasé », c’est un mot négatif ou positif ? J’espère négatif car j’ai trouvé ça un peu bidon cette insistance sur la pitié. D’autant que dans ce cas-là – faire prévaloir la pitié (et laisser entendre que ça valait le coup car finalement regardez il a appris !) alors que laisser Davros enfant crever ça épargnerait tellement de temps d’énergie de vies – c’est juste de l’ego de mes couilles. Comme quand dans Dragon Ball, San Goku refuse d’achever les méchants alors qu’il sait très bien qu’ils vont revenir plus forts et buter tout le monde. Genre : je m’en tape, je suis noble, regardez comme j’ai fait preuve de raison et de justice. Mais TG défonce-le, si tu fais pas ton taf de héros comment on fait nous autres petites merdes humaines ? Ç’aurait été bien d’avoir l’avis de Clara là-dessus tiens. Et puis j’ai trouvé ça un peu bizarre le dispositif de Clara dans le Dalek – amusant mais bizarre. Ça m’a fait me dire : du coup, peut-être que les Daleks à l’intérieur de leur boîte, ils sont sympas mais que la boîte leur faire dire des trucs de salopards sanguinaires ?

Stéphane : Je vous trouve plutôt sévères avec ce retour même si je reconnais la validité de vos arguments. Tout n’est pas parfait mais je trouve que la mise de côté de Clara dans cet épisode est justifiée pour nous recadrer Missy dans un nouveau contexte. Je trouve d’ailleurs le personnage meilleur dans cette saison 9 que sur toute la saison 8 où elle avait tendance à m’horripiler un petit peu. Clara qui ne dit rien pendant un temps est une aubaine pour développer Missy surtout que les deux femmes ont un passé compliqué. On la connaît notre Clara, elle a évolué pendant la saison 8 donc la mettre de côté sur cette reprise ne m’a trop dérangé. Et le jour où le Docteur tuera quelqu’un n’est pas encore arrivé, que le jeune Davros survive était évident, le pourquoi un peu moins. Même si l’explication moffatienne est un peu tarabiscotée, je suis preneur. Je suis peut-être un peu trop naïf et / ou gentil, je crois !

Clo : Je valide que Clara n’est petite qu’en comparaison aux gigantesques Seigneurs du Temps. Phasé dans le sens négatif oui, ce dénouement partait d’une bonne intention mais j’ai trouvé ça irrationnel et ça fait écho à des notions judéo-chrétiennes de type « tends l’autre joue », « pardonne à ton prochain » que je trouve irrecevables sous cette forme. Ce qui aurait été vraiment gentil ça aurait peut-être été de récupérer le gosse et de le prendre sous sa responsabilité pour l’encourager à mettre son talent dans de meilleures causes. J’adore l’idée de condamner la vengeance / la violence / le meurtre (le pacifisme du Docteur est super !) mais que ça ne dédouane pas de trouver de réelles solutions. Si le Docteur est si merveilleux que ça il devrait pouvoir avoir la gentillesse sans la naïveté. Au fait, cette fille de Missy, c’est un détail qui se promène ou c’est à mettre en relation avec celle qu’a eu le Docteur ? Et je ne sais pas comment mettre en relation la Clara dans le Dalek de cet épisode et la Clara « fille impossible » qui fait du pudding dans un autre Dalek en saison 7… Je trouve aussi qu’on est sévères, ces épisodes m’ont quand même beaucoup plu !

Gibet : Oh bin ça va je suis pas très sévère j’ai juste dit que le deuxième m’avait légèrement ennuyé ! Ce que tu dis, Stéphane, sur la mise en avant de Missy est juste, mais en même temps je ne pense pas qu’il y ait grand-chose à creuser, c’est surtout un personnage-spectacle (comme peut l’être le Docteur dans les moments les moins inspirés de la série). D’où peut-être mon ennui. Pour ce qui est de la solution au problème Davros, vous avez raison, j’essayais juste de dire que la pitié telle que pratiquée dans l’épisode était super égoïste et que paradoxalement c’est la solution guerrière qui dans le contexte paraîtrait plus noble (moins lâche / moins je me la pète avec ma grandeur d’âme), allez pas croire que je suis belliqueux ! Et je vous rappelle que le point de départ de la série 2005 c’est le génocide des Seigneurs du Temps et des Daleks par le Docteur, même si ça a été annulé depuis, pendant sept saisons le personnage avait les mains sales. Cela dit, ce que tu proposes, Clo, Davros récupéré et éduqué par le Docteur, c’est une alternative superbe, ça ferait un super fil rouge. Tu formules mieux le problème que moi : pacifique ne veut pas dire naïf, et là la résolution est naïve. Sinon j’ai moi aussi fait le rapprochement entre Clara époque « fille impossible » sous forme Dalek et Clara dans cet épisode, mais je crois pas qu’il y ait de lien. Vous en pensez quoi, Lune, Stéphane ? Pour ce qui est de la fille de Missy, j’ai pas relevé. Vous pensez que c’est quoi la « clever idea » de Missy encerclée ? Faut-il prévoir l’alliance de Missy et des Daleks pour le season finale ? Est-ce que ça vous semble excitant comme perspective ?

Clo : Cesse de te défendre Gibet, on a découvert ton côté obscur !

Gibet : J’avoue, je suis un surhomme enfermé dans le corps d’une sous-merde et ça me rend furieux… DOCTEUR VENGE-MOI ET TUE-LES TOUS !!!

Lune : Je suis d’accord avec le fait que c’est un faux problème laisser Davros crever ou pas, le Docteur revient parce qu’il pense que c’est grâce à son retour que les Daleks qui sont synchro avec Davros connaissent le mot « mercy », donc c’est bien grâce au Docteur qu’il y a une once d’humanité en Davros. Le fait qu’il n’essaie pas de le rendre plus gentil en l’emmenant avec lui ça laisse entendre que Davros est une entité maléfique par essence et que donc il a des gènes de méchant. Je me rends compte que je croyais que Doctor Who n’était pas une série manichéenne puisque même les Daleks, créatures 100% mauvaises, changent parfois, mais le seul exemple qui me revient c’est le Dalek que touche Rose et devient gentil parce qu’il a synchronisé son ADN ou j’sais pas quoi. Au départ je trouvais ça justifié parce que je ne les voyais que comme des machines et machines can’t change, mais c’est juste un tank ce qu’on voit, à l’intérieur c’est des êtres vivants, et s’ils sont tous à l’image de Davros alors Davros = presque Satan. Et on s’acharne à nous dire gnagna le Docteur est coupable il a des failles mais c’est sans cesse annulé (comme le coup du génocide de la Time War) et si on le place comme l’ennemi de presque Satan, ça en fait un presque Dieu. Je vais un peu loin ptêt. Comme vous j’ai fait le lien Clara-Dalek et Clara-Dalek-pudding, mais c’est peut-être qu’un clin d’œil. La clever idea de Missy… no idea mais on aura la réponse prochainement j’imagine. S’allier avec les Daleks ça me semble farfelu parce qu’ils sont censés vouloir tuer tout ce qui n’est pas Dalek donc une alliance ça semble improbable, par contre elle pourrait trouver un moyen de les contrôler. Ça m’enthousiasme moyennement si chacun se cantonne à son rôle, par contre si, par exemple, Missy se substituait à Davros et que les Daleks se synchronisaient avec elle ça pourrait donner un concept rigolo (les Daleks avec de l’humour…) mais ça serait annulé en fin d’épisode, c’est pas tenable sur la durée.

under the lake lunécile

S09E03 Under the Lake

Gibet : Ne tournons pas autour du pot : « Under the Lake », mieux ou moins bien que La Famille Bélier ?

Stéphane : Moi je dis moins bien que La Famille Bélier pour le coup ! Cet épisode est vraiment nul ! Pas intéressant, mal écrit, pas terrifiant, trop classique, seuls quelques moments sont à sauver dont les moments Clara / Docteur ! Toby Whithouse me déçoit ! Puis je n’apprécie pas le coup du double-épisode juste après un double-épisode ! Erreur fatale !

Clo : On est d’accord cet épisode ne fait pratiquement que reprendre des procédés classiques, tellement que ça aurait pu faire parodique. Dès le début avec la musique, l’ombre qui passe, le reflet qui surprend (pas) ça promet. C’est vrai que c’est étonnant qu’ils restent sur du double-épisode, c’est qu’ils ont du mal a coller avec le format de la série ou c’est fait exprès à votre avis ?

Stéphane : C’est exprès mais je ne vois pas l’intérêt ! Il va falloir une deuxième partie très solide pour rattraper ce début mollasson et raté !

Gibet : Eh bien, pour le coup, c’est moi qui vais vous trouver sévères ! Premièrement je crois que c’est ce genre d’épisodes qui fait que je continue à regarder la série, plus que les épisodes tonitruants que peuvent être par exemple les débuts et fins de saison. C’était ce genre d’épisodes qui me manquait quand Moffat délirait tout seul dans son coin (et c’est pour ça que personnellement j’ai apprécié la deuxième partie de la saison 7 qui amorçait le retour à ça) – des épisodes humbles, parfois trop classiques et linéaires, mais avec des énigmes solides, et une enquête / une aventure à laquelle on peut prendre réellement part. On découvre le merdier en même temps que les persos et on démêle les intrigues à peu près en même temps qu’eux. Et il y a des problématiques suffisamment concrètes pour qu’on se dise « putain mais il est con lui pourquoi il fait ça ???? » ou « exactement, c’était pile poil ça qu’il fallait faire ». Deuxièmement cet épisode n’est certes pas excellent dans cet exercice mais il est efficace, l’enquête avance à bon train, le Docteur est égal à lui-même, on a enfin quelques scènes entre lui et Clara, et je trouve qu’au-delà des effets ultra-conventionnels que vous dénoncez il y a des idées visuelles vraiment pas dégueus – ces fantômes sans yeux crâne vide qui n’arrêtent pas de répéter agressivement mais silencieusement la même chose je trouve ça assez malaisant. La dernière image de l’épisode, même si on sait bien que c’est du vent, elle est cool non ? Troisièmement, pour ce qui est de la succession des doubles-épisodes, perso ça ne me dérange pas et je vois plutôt ça comme un signe de bonne santé de la série, une preuve que Moffat est impliqué et cherche à proposer un Doctor Who plus ancré.

Lune : Je suis plutôt d’accord avec Gibet, l’épisode m’a terrifiée et même si je suis particulièrement impressionnable face aux trucs qui font peur, je peux aussi facilement me mettre dans une position de spectateur sceptique, donc c’est que c’est au moins un peu efficace, je peux pas être la seule personne sur terre à qui ça fait de l’effet. Le côté double-épisode ne me gêne pas non plus, c’est juste un peu frustrant mais en même temps c’est généreux, ils prennent le temps de vraiment développer un truc. J’ai bien aimé cet épisode parce que ça fait une vraie rupture avec les deux d’avant, qui réutilisaient les méchants emblématiques de la série et les problématiques classiques du Docteur, ce qui est pas mal pour commencer une saison. Là on est (pour l’instant) en huis-clos, dans un rythme beaucoup plus posé, et comme vous l’avez dit un vrai attachement à la relation Clara-Docteur. Le train repart plus tranquillement, quoi. Et oui le coup du Docteur mort on y croit pas une seconde, mais moi ça m’amuse de bientôt savoir ce que le Docteur a fait pour se retrouver dans cette situation, si c’était par témérité, ou par curiosité, etc. Il s’est déjà mis en danger plein de fois en comptant sur le fait que sa compagnonne était assez maligne pour résoudre le reste de l’énigme et annuler les dégâts, je pense pas que l’idée c’est de nous faire croire à sa mort, ça permet de donner la part belle à d’autres persos en général. Et même si ça utilise des procédés classiques on voit pas direct toutes les ficelles, moi j’ai capté très vite que y avait un lien entre l’agressivité des fantômes et le fait d’avoir vu les écriture dans l’espèce de vaisseau mais ça m’a pas tout expliqué, donc si la forme et les effets sont classiques y a quand même de la souplesse et des surprises dedans.

Gibet : Oui t’as raison pour l’image finale, c’est juste une image frappante qui donne envie de savoir comment on en est arrivé là (un vrai bon cliffhanger en gros), y a pas vraiment d’intention de faire croire à la mort du Docteur. Après pour ce qui est de disons l’originalité de l’épisode je te suis moins, c’est quand même super classique comme situation dans Doctor Who, le truc de il se retrouve en huis-clos avec un groupe de gens et il doit sauver la mise dans un laps de temps restreint, et aussi super classique d’enchaîner entre un double épisode de reprise très liée à la mythologie de la série et un épisode 3 en mode stand-alone.

Lune : Oui enfin j’ai pas dit que c’était super original non plus juste que ça marchait bien comme formule et que c’est pas parce que c’est classique de la structure que c’est pas intéressant dans le contenu.

Stéphane : Oui mais après un tel retour, il aurait fallu enchaîner avec du purement classique, un épisode / une histoire ! Que le show replace la relation Clara / Docteur au centre dans une histoire rapide et simple pas un de des doubles-épisodes qui bouffent la place d’autres histoires ! Là je suis vraiment frustré par cet épisode et cet enchaînement !

Gibet : Je vois ce que tu veux dire mais c’est un peu étrange de formuler comme ça. Déjà c’est pas parce que tu es frustré que forcément c’est la preuve que la série a failli et a trahi une règle ancestrale (car au fond : pourquoi pas enchaîner deux double-épisodes ? voire plus ? les Classics après tout c’est qu’une succession d’épisodes en plusieurs parties !). Et cette idée que les doubles-épisodes prennent la place d’autres histoires, c’est mettre la charrue avant les bœufs. Choisir de raconter une histoire plutôt qu’une autre c’est le début de tout processus narratif, et si on commence à regretter les histoires potentielles que les conteurs n’ont pas choisi de raconter, on n’a pas fini de râler. On devrait haïr toutes les fictions pour n’être pas toutes les possibilités fictionnelles qu’elles excluent. De toute manière la série va encore durer des années et des années, y aura le temps pour raconter toutes les histoires possibles et imaginables !

Stéphane : C’est surtout quand le premier épisode est raté que je trouve ces doubles-épisodes chiants ! Ces histoires peuvent être racontées en 50 minutes, pourquoi étaler pour ne pas en plus s’intéresser aux personnages ! Je ne vois pas l’intérêt ! Bon je suis pas convaincu par mes arguments à cette heure-ci ! Moi vouloir moins double-épisode et plus Docteur / Clara comme en saison 8 !

Gibet : Le second épisode nous dira s’il y avait pas assez ou suffisamment de matière pour un double-épisode. Car pour l’instant j’ai pas trouvé qu’ils tiraient sur la corde. L’épisode est homogène et va crescendo en terme d’intensité.

Stéphane : Mouais… Je trouve que c’est super long à se mettre en place quand même, ça rame pas mal et je ne trouve pas ça bien folichon ! Mais bon je veux en tout cas me tromper et être surpris par la suite ! Je me le souhaite aussi !

Gibet : Bon donc tu as confiance quand même pour la suite ?

Stéphane : J’ai toujours confiance en Doctor Who !

Clo : Je ne sais pas si je doute de l’inspiration moffatienne (j’ai vraiment du mal à personnifier un faiseur de Doctor Who), je n’ai pas été spécialement déçue, j’ai juste trouvé leurs procédés pachydermiques, mais ça participe à l’aspect de contenu pour enfants, ce qui n’est ni un bon ni un mauvais point d’après moi. Et j’aime assez l’esthétique du cri silencieux. Bien sûr que j’ai confiance pour le prochain épisode !

Trois lectures SF

Au sommaire

– Dune et Le Messie de Dune, Frank Herbert, 1965 et 1969

– « L’homme et l’androïde », Philip K. Dick, 1976

– Béni soit l’atome et autres nouvelles, René Barjavel, 1974

Aujourd’hui, puisque ça fait un moment que je me suis pas bougé le cul pour pondre un article correct, je me remets au boulot pour terminer un article commencé il y a trois mois. J’me dis, j’ai déjà fait les deux tiers, ça va être fastoche. Je me suis vite heurtée à un problème de taille genre grande, la taille : la moitié de ce que je disais était pas justifié, et je me rappelais pas ce que j’avais en tête à ce moment-là. Pas folle la guêpe, je trouve un truc pour résoudre ce problème : j’ai décidé de créer une autre timeline, et d’aller demander des comptes à la Lune d’il y a trois mois. Pour simplifier la retranscription de notre dialogue, je m’appellerai Lune de maintenant et Lune d’il y a trois mois s’appellera Truquette.

dune01

Dune et Le Messie de Dune, Frank Herbert, 1965 et 1969

Truquette : J’ai lu les 800 pages en trois jours, ce qui est anormalement lent pour moi.

Lune de maintenant : Euh dis ça va le show-off là ?

Truquette : J’ai lu Ulysse en quatorze minutes trois suck on dat.

Lune de maintenant : Non.

Truquette : Si j’ai mis aussi longtemps à lire Dune, c’est que c’est complexe. C’est pas un de ces livres de SF que tu peux lire par dessus la jambe à dix pages la minute parce que l’auteur brasse du vide (coucou Maxime Chattam).

Lune de maintenant : Ben justement en parlant de Chattam, j’ai lu le dernier Autre Monde et c’était moins mal écrit qu’avant.

Truquette : Bon, Dune. L’univers est dense, cohérent et concentré sur la planète Arrakis, ce qui donne à ces deux tomes en quatre parties (si j’ai bien compris le découpage… pourquoi est-ce que toutes les grandes sagas SF et cie sont découpées en tomes découpés en volumes découpés en parties découpées en saucisses ?) une unité très agréable. L’intrigue ne s’éparpille pas, et pourtant on évoque des planètes, des civilisations, des époques dont le lecteur ne sait rien, et qui seront probablement développées par la suite. C’est difficile pour moi d’analyser ce qui m’a tellement plu dans Dune parce que c’est si bien foutu qu’on voit pas l’auteur tirer les ficelles (du coup j’ai choisi une métaphore bateau). Les personnages, très bien caractérisés, et du coup charismatiques, se battent contre leur destin – tout en eux, jusqu’à leur nom, faisant écho aux grandes tragédies (Atréide → Atride), et ça ne les empêche pas de remporter des victoires, d’être joyeux. Subtils, captivants, ces deux tomes qui suivent Paul Atréide m’ont montré quelque chose de nouveau et ont transformé, enrichi ma vision de la littérature.

Lune de maintenant : Woh. Attends woh. C’est une affirmation un peu forte ça, tu peux développer ?

Truquette : Non. J’ai beaucoup d’amour pour Dune, c’est une œuvre mature aux enjeux politiques et philosophiques poussés. D’ailleurs j’en profite pour râler, j’ai lu un article il n’y a pas longtemps, une journaliste se plaignait que les enfants, de nos jours, lisaient mal, qu’ils lisaient de la litté fantastique et de la fantasy et au lieu de lire ce que la génération de l’auteur lisait naturellement, Mérimée, Zola, etc. Elle accuse les lectures de ces enfants d’êtres bêtifiantes, de les retenir dans l’enfance. Déjà, c’est de très mauvaise foi, puisque les genres fantastiques ne sont pas des genres nouveaux du tout, et qu’elle ne cite pour ses propres lectures d’enfance que les œuvres que lui a imposées l’Éducation Nationale (où sont ses lectures hors sentier ?). En outre, je trouve ça très malsain de questionner puis faire poser des enfants avec les livres qu’ils aiment le plus, en sachant que c’est pour les mépriser ensuite. Lire, même un mauvais livre, a des conséquences bénéfiques : amélioration de l’orthographe, du vocabulaire, habituation au geste de la lecture, développement de l’imagination, sentiment d’appartenance à une communauté. Tout ça ne concerne pas Dune, l’auteure laisse entendre que la SF futuriste vaut mieux que la fantasy, cette dernière ayant souvent une civilisation médiévale pour toile de fond, donc ça serait un retour en arrière, mais voilà, j’avais envie de râler.

Lune de maintenant : Tu dupes personne avec ta diversion-digression.

Lune du futur : Je viens du futur, Lune de maintenant, et personne non plus n’a été dupé par ta petite mise en scène. Si tu ne fais pas quelque chose immédiatement, ta crédibilité sera à jamais affectée par ces assertions sans argument.

Steven Moffat : Pas mal ce deus ex machina !

Lune de maintenant : Que dois-je faire, Lune du futur ?

Lune du futur : Be true.

Lune de maintenant : Euh ok. Bon bin je pense que j’ai dit que ça avait enrichi ma vision de la littérature tout simplement car j’étais émue et subjuguée mais j’étais incapable d’argumenter car c’est pas vrai.

Truquette : Mais si putain, c’est quand même le truc de SF le plus abouti qu’on ait jamais lu !

Lune du futur : Haha.

Truquette : Quoi ? T’as lu mieux ?

Lune de futur : Je peux pas te répondre sans créer un paradoxe temporel qui pourrait détruire le cosmos.

Steven Moffat : Allez accouche, on s’en branle des paradoxes temporels.

Truquette : Ah au fait, il est bien l’épisode des 50 ans de Doctor Who ?

Steven Moffat : Génial.

Lune de maintenant : Pas mal.

Lune du futur : À chier.

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« L’homme et l’androïde », Philip K. Dick, 1976

Truquette : C’est une nouvelle extraite du recueil Le Grand O. C’est le 3ème recueil de nouvelle de K. Dick que je lis et celle-ci est vraiment différente. Elle ouvre le recueil, et les indices qu’il s’agit d’une fiction sont très rares. Elle se rapproche plutôt d’un essai, le message est direct et plus complexe que d’habitude. Dans la SF, et surtout chez K. Dick, il y a toujours quelque chose qui est dit sur notre société, de manière détournée. Ici, je n’arrive pas à me décider, je ne sais pas si tout est fiction, si c’est un essai mêlé de fiction, ou un essai sincère que K. Dick a écrit pendant une de ses crises de zinzin. J’ai bien aimé ce passage :

La société totalitaire imaginée par Orwell dans 1984 devrait avoir fait son apparition. Nous avons des gadgets électroniques. Nous avons des gouvernements prêts à faire ce qu’Orwell avait anticipé. Le pouvoir existe, les motifs, ainsi que le matériel électronique. Mais cela ne veut rien dire car au fur et à mesure les gens écoutent de moins en moins. La nouvelle jeunesse que j’observe […] est trop agitée et s’ennuie trop vite pour regarder, enfin elle est trop préoccupée pour apprendre. Et c’est en vain que s’acharne sur elle la voix collective de l’autorité, le jeune se révolte. Il ne révolte non pas au nom de théories ou d’idéologies quelconques mais uniquement en raison de ce qu’on appellera son pur égoïsme. Et aussi son mépris total des conséquences fâcheuses que l’autorité lui promet s’il ne se soumet pas.

Lune de maintenant : Ok pour ça, ça se tient.

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Béni soit l’atome et autres nouvelles, René Barjavel, 1974

Truquette : Six nouvelles à la fois mignonnes et cruelles, à la manière des contes de Tim Burton. À part dans « Béni soit l’atome », les personnages principaux ont tous en commun la candeur et la naïveté. Avec les meilleures intentions du monde ils provoquent un tas de catastrophes. Parfois ces persos finissent seuls, haïs, morts ou s’en sortent – par contre dans « La Fée et le soldat », Barja finit sur une blague qui cisaille la poésie à la racine : pour simplifier ils meurent tous les deux pendant qu’ils font l’amour après s’être teasés longuement – la fée devient mortelle en faisant ça, et c’est beau, et comme Barjavel a eu envie d’un happy-end c’est pas grave, ils vont au paradis : on a le droit à une référence au « septième ciel » qui tombe comme un cheveu sur la soupe ce qui est con vu que c’est la dernière phrase.

Lune de maintenant : Ouais, même que j’ai eu l’impression que Barja me disait ça à la face à l’époque mais en y repensant c’est pas non plus hyper vulgaire, c’est juste un peu triste de passer d’un truc poétique à un truc plus prosaïque qui sonne comme un commentaire un peu bas sur de la performance sexuelle.

Truquette : Bon du coup, je vais citer le début de la première nouvelle, « Les enfants de l’ombre », car c’est poétique et ça donne bien le ton doux-amer :

En ce temps-là, une douce rivière coulait des monts d’Auvergne vers les plaines du Bourbonnais. Elle commençait en un torrent maigrelet, prenait de la taille et de l’aisance jusqu’à ressembler à un fleuve moyen de région tempérée. On la nommait l’Allier. Les gens instruits, qui possédaient leur certificat d’études encadré au-dessus de la tête de leur lit, lui attribuait le genre masculin, mais les simples ne se trompaient pas, et parlaient d’elle comme une fille. L’été quand elle reflétait le ciel bleu pâle, elle avait l’air d’une bergère couchée parmi les fleurs et les herbes. Elle aimait les adolescents vierges, imprudents, qui ont les membres graciles et le ventre à peine fleuri. Chaque année elle en ravissait quelques-uns, elle les gardait longtemps dans son lit. Elle ne les rendait qu’après avoir tout tiré d’eux, elle les déposait doucement sur une berge de sable, nus, les yeux ouverts, les mains abandonnées, la bouche close.

Barjavel invente essentiellement des sociétés futuristes pauvres, sales et épuisées par la guerre. Les hommes sont pour la plupart responsables de ça et les gentils s’en prennent plein la tronche, alors on peut se demander où il veut en venir, le Barja, qu’est-ce qu’il pense de l’homme ? Et bien comme il est sympa mais qu’il sait ménager ses effets, il répond à la toute fin de la dernière nouvelle, où le personnage principal attend de savoir si toute la galaxie va se faire maraver la tronche parce que les humains s’ennuyaient de trop de confort et se sont déclarés une petite guerre civile : « C’est l’homme qui l’aura voulu. J’ai peur. Je suis fier d’être un homme. ». Ce que j’en retiens, c’est que toi, être humain, peut faire toutes les saloperies et débilités possibles, il reste des moments de poésie et d’accalmie et donc c’est quand même chouettos d’être un homme.

Du coup, voici votre petite dose d’accalmie et de poésie :

Il ouvrit les mains offertes : l’eau roula en perles sur leurs genoux. Le petit cœur d’Anicette se mit à battre. Elle n’entendit plus le chant des oiseaux ; ses oreilles bourdonnaient. Elle ne voyait plus les arbres : ses yeux étaient plein de l’étrange, du troublant visage de Ferdinand, des trous agrandis de ses narines, de son front rouge, de ses yeux durs qui se rapprochaient. Elle poussa un grand soupir et s’allongea sur l’herbe.

Quand elle rouvrit les yeux, loin au-dessus d’elle, un dôme de branches se balançait dans le soleil, le ciel se balançait comme la mer. Elle balança doucement sa tête dans l’oreiller de ses cheveux dénoués. La mer et le ciel se balançaient en elle.

Lune de maintenant : Oui bon, tu t’es pas foulée, c’est juste une liste de citations ton truc.

Truquette : Oui bon ça va y’a des choses plus graves hein.

Lune de maintenant : Dieudonné ?

Truquette : La guerre en Syrie.

Lune de maintenant : Ah bon ? Mais j’en entends plus parler, c’est pas fini ça ?

Lune du futur : Tu rigoles ? C’est devenu incontrôlable, c’est la troisième guerre mondiale aujourd’hui !

Truquette : Hein ?

Lune de maintenant : Quoi ?

Lune du futur : Euh rien, je vous laisse. Je dois aller remettre de l’essence dans le groupe électrogène du bunker.

Doctor Who, de 2005 à 2013

Gibet : Je dois avouer que je sais pas trop par où commencer. Ton ressenti général ?

Lune : Hum c’est une série très inégale donc c’est difficile d’avoir un ressenti général. J’ai l’impression que quand on a découvert avec Rose et Nine c’était une autre série. Il y a des épisodes géniaux, émouvants, drôles, bien rythmés, et d’autres creux et artificiels, surtout pendant l’ère Moffat. Mais même devant les pires épisodes, je passe un bon moment devant Doctor Who. Y’a toujours quelque chose pour rattraper les épisodes. En général, c’est le Docteur, mais pas toujours (et c’est encore vrai surtout pour l’ère Moffat, c’était pas sympa de gâcher Matt Smith).

Gibet : Oui t’as pas tort. Autant y’a des séries où le changement de showrunner ne se ressentira pas du tout, autant là ça tranche sec entre Davies et Moffat. Du coup, je te propose ensuite d’en parler séparément. Par contre, pour en revenir au ressenti général, moi, j’ai passé pas mal de mauvais moments devant Doctor Who, et si tu n’avais pas été là, ou qu’il n’y avait pas eu le Challenge séries, je pense que j’aurais arrêté assez vite, ou sauté un paquet d’épisodes. Pour les gens comme moi qui n’ont pas d’inclination particulière pour la SF, je pense que la série est vraiment trop inégale pour valoir le détour. Ceci dit, je ne suis pas en train de rejeter la série en bloc. J’y ai quelquefois passé d’excellents moments, et je respecte profondément cet univers, tout comme je respecte n’importe quel univers fictionnel aussi dense, vaste et long (d’ailleurs, j’ai jeté un œil aux Classics et ça m’amuse pas mal). C’est juste que le ratio de bon et de mauvais penche sérieusement vers le mauvais. Sur sept saisons, j’en ai vraiment apprécié trois, voire deux et demi.

Lune : Oui t’as raison quand tu dis que ça vaut pas forcément le détour, ça doit même être très pénible à regarder pour ceux qui n’aiment la SF, surtout la SF cheap, mais c’est un peu un incontournable pour les fans de SF, et c’est un produit culturel assez important.

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DOCTOR WHO SOUS RUSSELL T. DAVIES

Gibet : C’est bien. C’est la plupart du temps très moche, mais très conscient de ça et donc jamais en train de flamber, à tenter de faire des trucs spectaculaires grillés d’avance. C’est loin d’être parfait aussi, mais je trouve que l’inégalité de ces quatre premières saisons de Davies font sens par rapport au propos général : c’est le bordel, on sait jamais sur quoi on va tomber, un épisode génial peut succéder à un épisode tout pourri, on peut choper un très beau moment au milieu d’un épisode de merde et inversement, ou un très bon épisode au milieu d’une saison pas terrible et aussi inversement, parfois la série va être très soucieuse de continuité (les gens qui fuient de Londres au bout de quelques catastrophes de Noël, Big Ben en travaux…) et parfois absolument pas (les théories de voyages temporels qui se contredisent…) – mais justement, Davies fait tout le temps dire à ses deux Docteurs que le bordel c’est bien, que c’est ça qui fait que l’espèce humaine est si attachante, alors ça confère une espèce d’unité au truc. C’est le bordel, mais le bordel, c’est pas si mal. Et c’est vrai que c’est amusant de regarder une série imprévisible.

Lune : Sous l’ère T. Davies on a trois saisons avec David Tennant qui est génial et qui fait vraiment décoller la série. Malgré tout l’amour que j’ai pour Christopher Eccleston, on peut difficilement le préférer à David Tennant (même si certains le font et que je vais m’attirer les foudres de la communauté, diantre – car c’est aussi ça Doctor Who, une grande communauté qui s’aime et s’engueule pour savoir si c’est Nine ou Ten ou Eleven le meilleur docteur : personnellement je trouve que le travail de David Tennant est incomparable, surtout puisque qu’il se permettait de dire à Russell T. Davies c’est nul ton truc viens on fait ça plutôt et que quand une série repose autant sur le personnage principal c’est important qu’il y ait du dialogue acteur-show runner, mais malgré tout ça, mon coeur bat plus fort pour Matt Smith. C’est peut-être parce que Moffat a passé son temps à érotiser le Docteur plutôt que d’écrire des bonnes histoires et paf fin de la digression).

Gibet : Je n’ai pas tellement de préférence par rapport aux interprètes, je trouve que les trois sont très bons, qu’ils arrivent à faire une proposition solide avec chacun leur sensibilité. Malgré tout, je préfère forcément les 9 et 10 parce que leur écriture est tenue, y’a des arcs d’évolutions, et ils font toujours à peu près des trucs sensés. Ce que j’aime d’ailleurs dans l’ère Davies, c’est que peu importe la qualité de l’épisode, il y a la certitude de voir un Docteur admirable, qui fait plaisir à suivre. Ce n’est pas le cas chez Moffat, qui écrit assez souvent le Docteur comme d’autres écriraient Alf : en gros, un alien survolté qui fait beaucoup de bêtises mais on l’aime bien quand même. Je n’aime pas du tout cette version du Docteur goofy, et pourtant c’est vraiment ce que Moffat tient à nous offrir – dès le S05E01, avec la séquence du repas où le Docteur ne sait pas ce qu’il aime manger (son plat préféré c’est du poisson pané à la crème anglaise MDR), on est dans ce registre. C’est un peu mieux quand ils atténuent cet aspect pour en faire un Docteur clumsy qui s’en sort toujours en donnant l’impression qu’il ne sait pas ce qu’il fait. Ça, c’est une proposition plutôt attachante, et il n’y a que quand le 11 est comme ça que j’arrive à l’apprécier. Il arrive aussi assez souvent que le 11 mente éhontément à ses compagnons ou aux gens qu’il rencontre ponctuellement dans chaque aventure, et ça n’est pas sain car ça n’est pas justifié par autre chose que « ah bin ça arrange Moffat ». Il y a un épisode de la saison 6 (je crois) où le Docteur cache pendant tout un épisode qu’il a compris depuis un moment ce qui cloche avec Amy. Et à la fin, hop, il sort son tournevis, et il révèle le truc. Et ça n’a pas d’autre intérêt en dehors du fait que ça fait cool. C’est n’importe quoi ! Qui a envie de suivre un type pareil ? Et quand je dis suivre, c’est autant pour les persos que les spectateurs. Un héros qui trompe tout le monde car son auteur ne sait pas ne pas faire le malin, moi je trouve ça très triste.

Lune : Je trouve ça difficile de parler des qualités de l’ère Russell T. Davies sans cracher immédiatement sur Moffat alors je sors les canines. Par exemple, tu dis que Doctor Who est une série assez bordélique et que c’est bien, et je me suis rendu compte rétrospectivement que malgré ce bordel on sait toujours où on en est et ce qui se passe. On est jamais enterrés sous des arcs pourris et faussement complexes comme on le sera sous l’ère Moffat, qui en plus sont ennuyeux. Moffat a l’art des arcs très alambiqués qui ne créent pas de mystère puisqu’en tant que spectateur on n’arrive pas à s’impliquer et s’intéresser. C’est pas du mystère si no one cares (c’est un poème, j’espère que t’aimes). C’est dommage parce qu’il se concentre plus là-dessus que sur l’évolution des relations de ses personnages. Sous l’ère T. Davies, les relations sont bien mieux gérées, et ça tient peut-être au fait que la sentimentalité est plus ponctuelle. Les relations sont du coup plus simples à faire évoluer et les moments où le Docteur montre ce qu’il ressent par rapport à ses compagnons en deviennent plus précieux (la final de la saison 2 oh là là). Par contre, Moffat a l’avantage sur T. Davies de n’avoir jamais fait une erreur de casting aussi grosse que Freema truc. Tu trouves pas qu’il gère du casting l’ami Moffat ? Mais au final, peut-être que T. Davies est plus fort même sur ce plan parce que mon épisode préférée de la série, (et le préféré d’un tas de gens), Blink, se trouve dans la saison avec Martha (Freema truc) que je déteste déteste déteste. C’est très fort de réussir à nous montrer un épisode si bien foutu qui ne pâtit pas de la lourdinguitude de Martha.

Gibet : C’est drôle car pour montrer que Davies est fort, tu cites un épisode écrit par Moffat hihi.

Lune : Oui c’est T. Davies qui a mis son tampon « approuvé par le chef » dessus alors ça compte. Et Moffat a écrit un tas d’épisodes très bien quand T. Davies était le chef, c’est un bon scénariste sur le court terme, pour un épisode fermé.

Gibet : Je ne sais pas trop quoi dire par rapport au casting. Pour avoir vu Freema Agyeman dans un ou deux autres trucs, je sais que c’est pas une mauvaise actrice dans l’absolu. Donc Davies a bien des failles d’écriture lui aussi. Si Freema est mauvaise en Martha, c’est que le perso est vraiment inconsistant (qu’est-ce qui la définit ? elle est amoureuse du Docteur point barre). Mais Moffat c’est pas mieux, car c’est tous ses persos qui sont comme ça.

Lune : Du coup, ça serait plausible de croire que c’est Moffat qui a eu l’idée de Martha HEIN QUOI non je suis pas de mauvaise foi.

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DOCTOR WHO SOUS STEVEN MOFFAT

Gibet : Je vais être court sur Moffat car en fait on a déjà tout dit en négatif. Pour résumer ce que je pense, j’ai une bonne citation d’Edgar Allan Poe, qui parle des jeux de l’esprit en général, mais qui peut s’appliquer exclusivement à la fiction de divertissement. Aussi s’il y en a qui bitent rien aux échecs, c’est un bon argumentaire pour faire genre vous êtes quand même malin :

De même que l’homme fort se réjouit dans son aptitude physique, se complaît dans les exercices qui provoquent les muscles à l’action, de même l’analyse prend sa gloire dans cette activité spirituelle dont la fonction est de débrouiller. Il tire du plaisir même des plus triviales occasions qui mettent ses talents en jeu. Il raffole des énigmes, des rébus, des hiéroglyphes ; il déploie dans chacune des solutions une puissance de perspicacité qui, dans l’opinion vulgaire, prend un caractère surnaturel. (…) Je prends donc cette occasion de proclamer que la haute puissance de la réflexion est bien plus activement et plus profitablement exploitée par le modeste jeu de dames que par toute la laborieuse futilité des échecs. Dans ce dernier jeu, où les pièces sont douées de mouvements divers et bizarres, et représentent des valeurs diverses et variées, la complexité est prise — erreur fort commune — pour de la profondeur. L’attention y est puissamment mise en jeu. Si elle se relâche d’un instant, on commet une erreur, d’où il résulte une perte ou une défaite. Comme les mouvements possibles sont, non-seulement variés, mais inégaux en puissance, les chances de pareilles erreurs sont très-multipliées ; et dans neuf cas sur dix, c’est le joueur le plus attentif qui gagne et non pas le plus habile. Dans les dames, au contraire, où le mouvement est simple dans son espèce et ne subit que peu de variations, les probabilités d’inadvertance sont beaucoup moindres, et l’attention n’étant pas absolument et entièrement accaparée, tous les avantages remportés par chacun des joueurs ne peuvent être remportés que par une perspicacité supérieure.

Pour laisser là ces abstractions, supposons un jeu de dames où la totalité des pièces soit réduite à quatre dames, et où naturellement il n’y ait pas lieu de s’attendre à des étourderies. Il est évident qu’ici la victoire ne peut être décidée, — les deux parties étant absolument égales, — que par une tactique habile, résultat de quelque puissant effort de l’intellect. Privé des ressources ordinaires, l’analyste entre dans l’esprit de son adversaire, s’identifie avec lui, et souvent découvre d’un seul coup d’œil l’unique moyen — un moyen quelquefois absurdement simple — de l’attirer dans une faute ou de le précipiter dans un faux calcul.

T’en penses quoi ?

Lune : Je pense que c’est une bonne manière de montrer que ceux qui font les petits malins ne sont que des flambeurs, et je comprends d’autant plus que je gère plutôt niveau règles complexes et gymnastique mathématique et que je vois bien que c’est du vide. Par contre je te soupçonne de toujours pas avoir digéré mes multiples victoires aux jeux de société dues au fait que tu piges que dalle aux règles. Mais oui c’est une bonne manière d’illustrer la différence entre T. Davies, l’efficace joueur de dames, et Moffat, le tricheur aux échecs.

Gibet : D’une, je m’en fiche car une fois j’ai fini une grille de Démineurs en 9 secondes. BAM. De deux, pour filer la métaphore, Moffat est d’autant plus casse-bonbons que c’est le genre joueur d’échecs qui quand il en a marre de perdre balance « Ah mais au fait j’ai le droit de faire ça ! – Ah bon ? – Ouais ouais fais-moi confiance ! – Ah bah t’as gagné du coup. – J’y avais pas pensé, mais oui du coup oui. » De trois, pour arrêter la métaphore, Sullivan Le Postec a écrit un excellent bilan sur ce qui ne marche pas dans le Doctor Who de Moffat – le seul moyen de faire mieux sur cette thématique, ça serait de choper Moffat dans un coin pour lui faire rendre des comptes. Une équipe sauvage vénère le prend à la sortie de la cantine : « Hi Steven. WHY DO YOU SUCK ? ».

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TOPS ET FLOPS

Lune

Compagnon préféré : Donna Noble parce qu’elle a des balls, qu’elle a pas de relation amoureuse avec le Docteur (même Rory aurait bien envie de se le taper), qu’elle est drôle et que la manière dont se clôt sa relation avec le Docteur est la plus touchante des clôtures de relations compagnons/Docteur.

Saison préférée : la 4 parce qu’il y a Donna Noble.

Réplique préférée : « Okay then. That’s what I’ll do. I’ll tell you a story. Can you hear them? All these people who lived in terror of you and your judgment. All these people whose ancestors devoted themselves, sacrificed themselves to you. Can you hear them singing? Oh you like to think you’re a god. But you’re not a god. You’re just a parasite. Eat now with jealousy and envy and longing for the lives of others. You feed on them. On the memory of love and loss and birth and death and joy and sorrow, so… so come on then. Take mine. Take my memories. But I hope you’re got a big a big appetite. Because I’ve lived a long life. And I’ve seen a few things. I walked away from the last great Time War. I marked the passing of the Time Lords. I saw the birth of the universe and watched as time ran out, moment by moment, until nothing remained. No time, no space. Just me! I walked in universes where the laws of physics were devised by the mind of a madman! And I watched universes freeze and creation burn! I have seen things you wouldn’t believe! I have lost things you will never understand! And I know things, secrets that must never be told, knowledge that must never be spoken! Knowledge that will make parasite gods blaze! So come on then! Take it! Take it all, baby! Have it! You have it all! »

TOP

5. S02E04 The Girl In The Fireplace : c’est un petit épisode enchanteur avec le Docteur qui roule une pelle à Madame de Pompadour. Joli, léger et triste.

4. S04E09 Silence in the Library / S04E10 Forest of the Dead : le « Donna Noble has been saved » a trotté dans ma tête un long moment. J’aime cet épisode pour ses décors, cette immense librairie vide a un charisme très particulier. Et aussi c’est la première rencontre du Docteur avec River Song, qui m’avait pas mal intriguée, même si ça ne s’est pas révélé être un perso que j’affectionne énormément.

3. S01E12 Bad Wolf / S01E13 The Parting of Ways : c’est le climax de la saison 1, c’est efficace, et je voulais mettre un épisode avec Nine dans mon top 5.

2. S05E14 A Christmas Carol : une très jolie adaptation de Dickens, avec des poissons mignons qui nagent dans l’air et qui réagissent à la musique.

1. S03E10 Blink : c’est pas un choix très original. C’est un épisode efficace et simple, où on ne voit pas tant que ça le Docteur. C’est beau de nous foutre la trouille avec des statues, n’importe quelle statue.

FLOP

4. S03E01 Smith and Jones : épisode de présentation de Martha, où on s’ennuie gentiment.

3. S06E08 Let’s Kill Hitler : tentative désespérée de rendre River Song cool.

2. S04E05 The Poison Sky : comme si une Martha suffisait pas, la voilà qui se dégote un clone.

1. S05E07 Amy’s Choice : le Docteur et ses potes arrêtent pas de s’endormir et ils savent pas ce qui est un rêve et ce qui l’est pas et y’a du danger de mort imminent et on s’en fiche.

Comme j’ai que 4 épisodes dans mon flop, j’en rajoute un à mon top :

6. S07E07 The Rings of Akhaten : épisode poétique et musical, avec une tirade de Eleven pas mal du tout.

Gibet

Compagnon préféré : Donna Noble parce que c’est la seule à tenir tête au Docteur, et à lui dire ta gueule quand il dit de la merde et calmos quand il fait nawak (c’est une meuf comme ça qu’il faudrait à Moffat en fait).

Saison préférée : la 1 ou la 4 car c’est les plus équilibrées en terme de qualité à mon sens.

Réplique préférée : une des premières, « Lot of planets have a north » et une des dernières, « The name you choose, it’s like a promise you make. »

TOP

5. S01E07 The Long Game : parce que Davies y trouve le seul moyen de rendre Le Maillon Faible intéressant.

4. S05E14 A Christmas Carol : une belle réécriture du roman de Dickens, qui sait être fidèle tout en ménageant un tas de surprises à qui connaît le récit par cœur, avec un 11 tout clumsy comme on l’aime.

3. S02E10 Love & Monsters : les trois premiers de mon Top 5 sont des épisodes très économiques, dans tous les sens du terme – ici, un nerd fasciné par le Docteur fait un vidéoblog, on voit le Docteur seulement deux minutes à la fin, et il nous avait même pas manqué.

2. S03E10 Blink : on ne peut pas faire plus simple comme règle de jeu DON’T BLINK, c’est tout, DON’T PUTAIN DE BLINK. Et on s’amuse comme des petits fous.

1. S04E08 Midnight : des gens qui répètent les phrases des autres en mode perroquet, ça coûte pas cher mais ça peut faire grave flipper, quand on prend la peine de faire durer le truc. Prends note, réal de film d’horreur fauché.

FLOP

5. S05E11 The Lodger : le Docteur joue au foot lol

4. S03E08 Human Nature / S03E09 The Family of Blood : pour se planquer d’un danger très dangereux qu’il anéantira en 5 secondes à la fin de ce double-épisode, le Docteur devient humain – on se coltine donc les moues connasses de Martha pendant deux heures, dans une intrigue alambiquée qui n’a pas lieu d’être, INSUPPORTABLE. On s’en fiche de voir ce que serait le Docteur s’il était humain puisqu’il l’est pas et qu’en plus ça le rend plus chiant qu’un mur gris.

3. S05E04 The Time of Angels / S05E04 Flesh and Stone : pour modérer l’enthousiasme général envers Blink, il faut souligner que Moffat a quand même grave pourri son idée géniale par la suite. Ici, il rajoute des règles au jeu, et le jeu n’a plus aucun intérêt.

2. S07E05 The Angels Take Manhattan : la même chose, avec encore une autre couche de règles à la con, et il essaie de nous faire pleurer sur le départ « définitif » – c’est définitif car il l’a décidé, sinon ils sont juste envoyés dans le passé, je vois pas trop où est le souci puisqu’on est dans une série où on peut voyager dans le temps – d’Amy et Rory. NON.

1. La saison 6 : c’était nul, et j’ai rien compris. Même sur une promesse aussi primaire que Let’s kill Hitler, Moffat se plante.

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LE NOM DE LA FIN

Gibet : Est-ce que tu regarderas la suite, Lune ? Est-ce que t’es impatiente à cette idée ?

Lune : Bien sûr que je regarderai la suite, et je suis impatiente, mais je redoute un peu aussi. Qu’est-ce que ça donne, Matt Smith et David Tennant sous Moffat ? Cet épisode anniversaire a intérêt à être plus réussi que The Name of the Doctor, le final de la saison 7, parce que je commence à saturer. Et je suis très curieuse de voir ce que ça va donner avec Capaldi pour la saison 8.

Gibet : Un peu pareil. D’une part parce que la deuxième moitié de la saison 7 était correcte et d’autre part parce qu’il va se passer plein de choses avec John Hurt en Dark Doctor, l’épisode anniversaire avec Smith et Tennant et le passage de Smith à Capaldi… En gros je materai ça pour les acteurs. Cela dit, s’il s’avère que la saison 8 est aussi mal branlée que les trois précédentes, tu vas vite te retrouver à regarder ça toute seule. Moffat, je te donne trois épisodes. Fais-moi rêver.

Ma croisade pour Hunger Games

Pourtant grosse mangeuse d’utopies et dystopies, je ne voulais pas trop voir ce film parce que j’en avais entendu que du mal. En gros, on m’avait dit C’est Twilight, c’est ado, c’est chiant. Plus jamais j’écoute les rumeurs.

Synopsis d’Allociné : Chaque année, dans les ruines de ce qui était autrefois l’Amérique du Nord, le Capitole, l’impitoyable capitale de la nation de Panem, oblige chacun de ses douze districts à envoyer un garçon et une fille – les « Tributs » – concourir aux Hunger Games. A la fois sanction contre la population pour s’être rebellée et stratégie d’intimidation de la part du gouvernement, les Hunger Games sont un événement télévisé national au cours duquel les tributs doivent s’affronter jusqu’à la mort. L’unique survivant est déclaré vainqueur.

La jeune Katniss, 16 ans, se porte volontaire pour prendre la place de sa jeune sœur dans la compétition. Elle se retrouve face à des adversaires surentraînés qui se sont préparés toute leur vie. Elle a pour seuls atouts son instinct et un mentor, Haymitch Abernathy, qui gagna les Hunger Games il y a des années mais n’est plus désormais qu’une épave alcoolique. Pour espérer pouvoir revenir un jour chez elle, Katniss va devoir, une fois dans l’arène, faire des choix impossibles entre la survie et son humanité, entre la vie et l’amour…

Les très nombreux détracteurs du films lui reprochent tous à peu près la même chose, et moi je reproche des choses aux détracteurs qu’on lit même dans ce synopsis.

TOP EXCUSES POUR NE PAS AIMER HUNGER GAMES

 mangez ça, bandes de vieux boucs snobs

1 – Le scénario c’est vraiment que du plagiat

Argument hyper récurrent dans le monde du cinéma. Récemment, on a par exemple reproché à Camille Redouble d’avoir un scénario proche de celui de Peggy Sue s’est mariée. Et alors ? Toutes les histoires ont déjà été racontées. Ce qui compte, c’est la manière de raconter pour faire d’une histoire son histoire. Tu me crois pas ? Vas-y toi, raconte-moi quelque chose qui n’a jamais été racontée par personne -_-

J’ATTENDS VOS PROPOSITIONS DANS LES COMS.

Tu as la flemme d’écrire mais tu es quand même sceptique ?

Quasiment tous les films, tous les livres, tous les jeux vidéos etc, s’inspirent de mythes qui ont été pensés pendant l’Antiquité. Ainsi, l’écrivaine de Hunger Games dit « L’univers de Katniss (l’héroïne) m’a initialement été inspiré par la fascination que j’éprouve pour le mythe grec de Thésée qui, tous les neuf ans, envoyait une phalange de jeunes garçons et filles dans un labyrinthe mortel afin de combattre le monstrueux Minotaure. J’ai aussi été influencée par mon expérience de téléspectatrice passant d’une émission de téléréalité à un reportage de guerre, me demandant ce que ce mélange de divertissement et d’horreur bien réelle augurait pour l’avenir de notre société. »

Autant dire que si y’a une apocalypse zombie, y’a pas mal de vieux os grecs qui vont intenter des procès.

« Je ne suis ni Athénien, ni Grec, mais un citoyen du monde des zombies » Socrate

Dans le cas de Hunger Games, on a des relous qui crient « Truman Show ! », « Running Man ! » mais surtout « Battle Royale ! » :

« Pauvres américains ! Ils n’ont découvert le film Battle Royale que 10 ans trop tard pour l’adapter au cinéma gros budget. Comment cela s’appelle déjà ?? Ah oui ! PLAGIAT !! »

Oui mais enfin je dis ça n’a rien à voir monsieur. Battle Royale n’a pas du tout la même démarche. Le film est de l’anticipation de société nippone, le but est clairement de dénoncer la direction que prend la société japonaise, avec des adolescents qui sèchent les cours et une animatrice over-kawaii. Le film prend aussi le parti d’être bloodybloody, c’est de la boucherie esthétique.

Oupsi

Oupsi

Tout l’intérêt de Hunger Games c’est que le basculement de l’ordre établi est vu au niveau conceptuel : Katniss n’est pas une leadeuse de révolution, elle incarne l’espoir sans le vouloir en essayant simplement de survivre. On lui prête beaucoup d’intentions qu’elle n’a pas, dans les critiques, d’ailleurs. Hunger Games ne montre pas seulement la télé-réalité comme une catharsis par le voyeurisme, il montre qu’il est facile de déformer la réalité et que ce type de média a un pouvoir incontrôlable.

La raison d’être des jeux, telle qu’elle est définie par M. Snow, est de maintenir l’ordre établi en se servant de la peur et de l’espoir. L’espoir ne doit pas trop grandir ou l’ordre est renversé. Il montre que l’aspect traditionnel est donc factice. Dans Battle Royale, il s’agit plutôt d’une punition pour essayer de sauver une société en déséquilibre.

Tony Rainy, cinéphile, réalisateur et compositeur professionnel, dit « Bien que la différence soit minime entre les deux films, je pense que le fond de chacun a une perspective différente. Battle Royale s’appuie surtout sur un ton de vengeance et de punition envers la jeunesse de la part des adultes alors qu’Hunger Games cherche à maintenir une paix réglementée en organisant ces jeux et en leur montrant via une vidéo propagande les soi-disant bienfaits de cette méthode. À mon sens, le fondement de ces deux films n’est pas le même mais peut s’exercer comme une continuité. Pour moi, Hunger Games relève du plagiat, puisque aucun droit ne revient à l’auteur japonais, même s’il traite différemment le fond de l’histoire. »

Je pense qu’avec ce que j’ai dit avant tu comprends comme je trouve ce genre de propos débile. Ces histoires sont similaires à des tas d’autres, et je ne vois personne crier au scandale quand Battle Royale est très inspiré de Running Man. Pourtant j’ai tenté le diable Google en tapant « Battle Royale Running Man plagiat ».

2 – C’est un blockbuster asceptisé à la Twilight

Hunger Games, pas assez violent ? C’est ce que reprochent les Battle Royaleurs hardcore.

« j’ai été un peu déçu. Je m’attendais a un bon vieux massacre, et puis finalement on ne voit pas la plupart des morts, c’est dommage » – « ce “Battle Royale” aseptisé » –  « Un sous-Battle Royale, édulcoré à l’américaine, parfumé à l’eau de rose avec un triangle amoureux vu et revu »

Duh !

La manière de filmer la violence dans Hunger Games est plutôt intelligente, pourtant. Repensons à cette image de Battle Royale vue plus haut. Est-il nécessaire de mettre quatre litres de faux sang pour rendre un film violent ? Non. Là où on pourrait avoir des gros plans couteaux rouges mains rouges, on a de la simplicité qui fonctionne très bien. Par exemple, la mort de Rue, une gamine, est bien foutue. Elle voyage avec Katniss, qui voit une lance foncer vers elle et qui riposte immédiatement sans réfléchir. Plan par plan, ça donne : plan lance, plan Katniss qui tire avec son arc, plan Rue qui retire la lance de sa poitrine, sans bruit de squicksh ni overblodification. Une enfant qui se fait buter et qui fait ce geste avec simplicité, sans grimace de douleur, sans cri, et Katniss crie plus tard, mais en silence – ça, c’est violent. Y’a beaucoup de silence dans le film d’ailleurs, ce qui est chouette car il s’ouvre sur le cri d’horreur de la petite soeur de Katniss qui a fait un cauchemar : les cris sont pour l’horreur factice, le silence est pour l’horreur réelle.

On peut pas en vouloir à un film de ne pas être un autre genre de film.

3 – Mais… Y’a pas de morale ?

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Argument étrangement très présent.

« Ce film ne sert strictement à rien ! Juste à voir des adolescents s’entretuer sans même une morale à la fin ! Bref où va le monde … on va créer des geeks meurtriers, je ne donne pas plus de 30 ans à cette planète vu les critiques des nombreuses personnes qui ont adoré le film. J’ai envie de dire, la planète est peuplée de créatures stupides à l’image de ce film. »

Cette pauvre dame voulait une adaptation de La Fontaine, parce que voyez-vous, un film doit avoir une morale, sinon les gens pourraient croire que c’est bien de s’entretuer ! Merci bien, madame, de prendre les gens pour des cons. Encore une qui croit que les jeux vidéos créent des serial killers. À une époque, on disait que les jeunes filles ne devaient pas lire de romans sinon elles devenaient des salopes… Problématique qui me fait penser à ce strip des Céréales du Dimanche matin (je m’éloigne un peu, pardon).

4 – Les riches sont moches

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District 1 style

« ils ont encore embauché jean paul gaultier pour les costumes ??? » – « en plus les décors et costumes sont assez laids  » – « Car oui, dans Hunger Games, rien ne va des costumes jusqu’au décors » – « costumes d’un mauvais goût affligeant »

Mais enfin, c’est fait exprès !

C’est certainement pas fait pour qu’on trouve ça beau ! Les costumes sont là pour rendre cette couche de la société ridicule et montrer à quel point elle est factice. En revanche, Katniss et les autres candidats sont vêtus simplement. Jennifer Lawrence n’est d’ailleurs pas très mise en valeur, elle a un maquillage naturel, porte des tenues plutôt lâches, il n’y a pas d’insistance sur son corps, sauf quand on la force à faire partie de la mondanité et qu’on la déguise. Et même dans ce cas, le créateur dit qu’il ne veut pas lui donner l’air ridicule des autres mondains, et choisit des costumes différents. C’est complètement contre le culte de l’apparence, jamais on entend un perso dire « que tu es belle Katniss ». Par contre, on entend qu’elle est courageuse, et forte.

Katniss style

Katniss style

5 – L’amour c’est trop mièvre – ou le retour de la Twilinsulte

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Twilight et Hunger Games, seuls films à montrer un garçon et une fille assis dans un champ

« Halala !!! que j’en ai mare de ces films d’ados avec leur histoires d’amour qui te plombe un film (…) Histoire vraiment naze, qui pourrai etre reduite a 1h30. Et puis vu les critques de presse, ils doivent les prendre jeunes pour apprécier ce genre de bouse. »

Quelle histoire d’amour ? En quoi c’est de l’amour d’embrasser un garçon pour que les sponsors kiffent et t’aident quand t’es dans la merde ? En quoi c’est de l’amour de prétendre ne pas pouvoir se passer de quelqu’un pour éviter de se faire tuer ? Il faut une voix-off de l’héroïne qui raconte tout ce qu’elle ressent pour comprendre que c’est une histoire bidon ? Y’a quand même une tonne d’indices ! Exemple. Dès le début, on sait que le gars invente une prétendue histoire d’amour pour faire son intéressant, car plus les gens t’aiment, plus tu as de chance de survivre. Plus tard, quand il est blessé, Katniss l’embrasse sur la joue après avoir dit Je vais te l’avoir ton médicament tu vas voir. Elle reçoit une soupe avec un mot « T’appelles ça un baiser ? ». Du coup, elle embrasse à pleine bouche. Et qu’est-ce qui arrive ? Le médicament oooh ! Il y a bien un couple, mais le boyfriend de Katniss est très peu présent dans ce film et on le voit pas péter des câbles en mode MAIS PUTAIN elle me trompe la pute. Parce qu’il a compris que c’était faux, ou parce qu’il lui pardonne parce qu’elle est seule et en danger, on ne sait pas trop, mais en tout cas on en fait pas trois tonnes et donc ça n’a rien à voir avoir le « triangle amoureux vu et revu » annoncé plus haut.

Cela dit, beaucoup de gens aiment le film parce que c’est « romantique ». Je sais pas. Peut-être que les gens ne savent pas ce que c’est l’amour. Ou que d’ouvrir les yeux serait trop subversif parce que c’est une forme de prostitution.

Pour être honnête, les affiches jouent avec ce pseudo triangle amoureux, parce qu’un film ça reste un produit et que c’est leur manière d’attirer les spectateurs. Je trouve ça un peu triste, parce que ces affiches ne sont pas dignes du film.

Et toi, tu as aimé Hunger Games ou tu penses que je suis une connasse = D ?