Professeur Aloïs #3

Troisième opus des aventures de Professeur Aloïs, le plus grand reportage gonzo de l’histoire, une satire sans concession de l’Education nationale ! Premier opus ici, et second .

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Mademoiselle Claire m’attendait devant la porte de ma classe, ses petits sourcils froncés conférant un charme tout particulier à son regard. Je lui répondai d’un sourire entendu qui évoquait les probables centaines de milliers d’heures dédiées au plaisir que nous avions autrefois partagées, même si le seul souvenir que je conservais de cette époque était un gag rigolo dans Trolls de Troy.

– Aloïs ! Tu as 25 minutes de retard ! Le Directeur adjoint ne t’a pas accompagné ?

J’éteignai discrètement mon téléphone, malgré la haletante partie de 2048 en cours, responsable de mon arrivée tardive, en plus des trois rails de poudre tracés le long des rambardes de l’escalier.

– Un magicien n’est jamais en retard, mademoiselle Claire… il arrive pré…

– Qu’est-ce que tu racontes ? J’ai fait rentrer ta classe, ils t’attendent depuis tout à l’heure !

– Pas besoin de faire tout un esclandre alors. D’ailleurs je vous trouve un peu dure avec moi, je sors tout juste d’un pugilat et je n’ai encore rien appris sur mes fonctions. Heureusement que les professeurs de sport m’ont proposé leur aide.

– Heupéhesse ? Il t’a parlé ? Qu’est-ce qu’il t’a dit ?

– Non mais occupez-vous de vos affaires sale petite curieuse.

– Quoi qu’il en soit, tu dois faire très attention à eux. Ils ne sont pas connus pour leur bienveillance, et le fait qu’ils t’aient appréhendé si rapidement n’annonce rien de bon. Aux dernières nouvelles, ils auraient découvert un ancien artefact qui leur conférerait une puissance qui dépasse les…

– Ahahah regarde, c’est une vidéo d’un petit myopathe qui essaye de nager. Qu’il est pataud !

Sans même avoir la politesse de jeter un œil sur l’écran de mon téléphone, Mademoiselle Claire prit congé avec un soupir qui trahissait une excitation impossible à contenir. Je me retrouvais seul face à la porte de la classe, de derrière laquelle j’entendais monter des éclats de voix et quelques rigolades. Le moment était venu.

J’arrachai la moitié de la porte de ses gonds à cause d’un mauvais calcul de force, et pénétrai dans la classe à travers le nuage de fumée qui s’élevait du point d’impact, sous le regard interloqué et admiratif de ma jeune assistance, qui avait immédiatement arrêté ses bavardages. Il s’agissait vraisemblablement d’une classe de troisième, à en juger leur développement corporel, notamment celui des filles. J’identifiais d’emblée les éléments qui seraient susceptibles de me poser problème, tout en piratant leur smartphone depuis mon application 2048 afin de garder un moyen de pression sur eux.

Ils semblaient encore sous le choc de mon entrée, les yeux écarquillés et ne pipant mot, tandis que je posais mes affaires sur le bureau. Alors que je mettais en place ma collection complète des Correspondances de Voltaire en Pléiade, celui que je considérais comme étant le sujet le plus à risque prit soudainement la parole.

– Putain mais le prof il a défoncé la porte mort de rire !

Je relevais la tête vers lui, sortant dans le même temps mon Desert Eagle 50AE et le braquant en direction de son crâne proéminent, insulte évidente au bon goût et au physique humain.

– Tu vas surtout mourir d’une bonne grosse bastos des familles en plein dans ce qui doit servir de marbre à cuisine à ta daronne si tu la fermes pas rapidement.

Il y eut un mouvement de recul de la part des trois premiers rangs, quelques cris, trois filles en pleurs et un évanouissement, alors que j’empêchais une défenestration en tirant dans la jambe du fuyard qui s’écroula sur sa table dans un râle.

– On m’avait prévenu que vous étiez une classe difficile, mais je ne m’attendais pas à devoir vous sauver la vie dès la deuxième minute.

– Monsieur, y a Jimmy qui se vide de son sang à cause du tir !

– Eh bien pour commencer je crois que Jimmy est assez grand pour exposer lui-même ses petits problèmes d’ado et de deux, il pourra aller nettoyer ça aux toilettes quand il m’aura remercié.

Jimmy était en train de geindre sur le sol, se tenant inutilement la jambe alors que le sang coulait entre ses doigts.

– Voyez les enfants, garrotter avec ses mains est une idée super nulle, ça ne marche pas, et si ça marchait on n’aurait pas inventé les garrots d’ailleurs. Maintenant Jimmy, il va falloir grandir un peu et arrêter de pleurer comme une gamine, tu te tapes l’affiche – c’est comme ça qu’on dit chez vous les jeunes? – devant toute la classe.

La déléguée de la classe, que j’identifiais comme telle de par mon instinct et le trombinoscope détaillé épinglé à mon bureau, prit à son tour la parole.

– Monsieur, mais vous n’avez pas le droit de faire ça !

– Et toi tu crois que ton père aurait eu le droit de toucher à ta mère si on savait que t’allais avoir cette tête ? Hahaha !

– Mais je …

– Ne m’oblige pas à rire une seconde fois pour t’interrompre et te prouver la vacuité de ton argumentation.

Elle ne dit rien, préférant reprendre place sur sa chaise dans un air de contrition qui lui vaudrait deux points en moins sur sa prochaine copie. Jimmy quant à lui avait définitivement perdu connaissance, prouvant que la pratique régulière d’une activité physique était plus que jamais indispensable à cette jeunesse décadente, qui, si elle savait tant rire de tout, ne pouvait néanmoins supporter la pleine puissance d’une arme de poing américaine d’une facture exceptionnelle.

– Bien, avant qu’on ne commence, y a-t-il des questions ou d’autres remarques à faire taire ?

Une autre fille leva la main, cette fois-ci bien plus avantagée par la joueuse Mère Nature.

– Euh Monsieur, vous vous appelez comment ?

– Et toi ?

– Euh… Sharon…

– Comme le métro ?

– Hein… que…

– Hahaha. Continue Sharon. Quelle est ta question ?

– Euh… Bah… Comment vous vous appelez ?

– Alors déjà Sharon, quand on veut parler correctement, on dit « Comment vous appelez-vous ? », et ensuite c’est un peu indiscret, surtout devant tous les autres élèves, on devrait attendre la fin du cours je pense.

– Non mais… juste votre nom. On ne nous a rien dit du tout.

– Hmm je vois. Eh bien merci Sharon d’avoir posé la question dans ce cas. Comme quoi, les jeunes filles attirantes ne sont pas toujours stupides. Je suis Monsieur Ducoudray, votre nouveau professeur de français.

Mis à part les râles d’agonie de Jimmy, qui avait désormais viré au blanc, un calme olympien régnait sur la classe. Ils buvaient mes paroles, les yeux ronds et la bouche ouverte alors que je trônais derrière mon bureau, tel le Roi Soleil un jour de promenade dans les jardins de Versailles, parenthèse matérielle nécessaire lorsque l’on mène des guerres avec tous ses voisins. J’en profitai pour lancer la Fanfare pour le Carrousel Royal de Lully tout en prenant place sur l’immense siège en cuir, m’enfonçant avec aise dans ses profondeurs molletonnées. La déléguée cherchait à attirer mon attention par de petits raclements de gorge des plus insupportables, contrastant complètement avec la finesse et la majesté de la musique.

– Qu’est-ce qu’il y a encore ?

– Euh… On ne commence pas le cours ?

– Bon, écoutez, on va mettre les choses au clair tout de suite. Si je dois faire cours dans ces conditions, avec ce genre de questions qu’on peut quand même qualifier de questions les plus stupides de l’univers, ça ne va clairement pas le faire.

– Mais c’est que… comme vous êtes arrivé 30 minutes en retard, il ne reste que dix minutes et…

– Et quoi ? On peut faire beaucoup de choses en dix minutes. Je déteste votre génération blasée qui ne jure que par l’horloge.

Jimmy crachait régulièrement de petits caillots de sang alors que je leur racontais mes exploits au cours de la guerre de Cochinchine, dressant un habile parallèle avec mon addiction aux drogues de synthèse et mon bannissement à vie des casinos de la côte ouest américaine.

Je fus malheureusement interrompu par la sonnerie quand j’allais entamer le début d’une leçon sur l’imparfait du subjonctif, seul temps pouvant prétendre à quelques nobles considérations de la part des amoureux des lettres. Ils se levèrent tous comme un seul homme, sauf Jimmy, et quittèrent la classe avec une promptitude insoupçonnée pour des répliques de petits êtres humains.

Il était déjà 16 heure, et je n’avais, à en croire mon emploi du temps, plus cours aujourd’hui.

Je n’avais pas oublié mon rendez-vous avec les professeurs de sport, mais comme j’ai déjà pu le dire, je déteste être soumis à des horaires particuliers. Aussi patientais-je une heure de plus en projetant le top 100 des Vines de chats sur le mur de la classe, seule utilité du matériel bas de gamme qu’on m’avait laissé, disposant dans le même temps toutes les tables de la salle en une seule rangée afin de préparer ma trace de cocaïne de l’après-midi.

Je n’en étais qu’à mon premier kilo lorsque la porte de la salle s’ouvrit, laissant pénétrer le Directeur et son habituel air embarrassé qui me dégoûtait tant que je dus stopper la compilation au moment où un chat miaulait pour qu’on lui donne une cacahuète.

– Heum… Excusez-moi Monsieur Ducoudray, je…

– Non.

– Euh… pardon ? Non ?

– Non, je ne vous excuse pas, Monsieur le Directeur. Vous avez toujours le don d’arriver au pire moment et de ne penser qu’à votre petit plaisir personnel, alors que vous devez sûrement faire partie de la fange humaine qui n’est pas capable de réciter plus de trente pièces de Racine.

– C’est… vis-à-vis des professeurs de sport. Ils en ont eu marre de vous attendre et… oh… ils ont commencé à s’en prendre à votre voiture…

La neuvième symphonie de Beethoven se mit à résonner dans la pièce alors que je plongeais par la fenêtre, me réceptionnant sur le parking six mètres en contrebas, dans une pluie d’éclats de verre, cliquetant autour de moi tel un chant funeste annonciateur d’une tragédie à venir. Heupéhesse et ses deux compagnons se tenaient face à moi, encadrant le Hummer qui lévitait légèrement au-dessus du sol. Je n’appréciais pas le sourire satisfait qu’il arborait, me remémorant celui de Natasha, conquête russe aussi belle et plantureuse que folle, et qui avait cette même manie ridicule de trop montrer ses dents, surtout lors des rapports buccaux.

– Monsieur Ducoudray, vous nous faites enfin l’honneur de votre présence.

– Heupéhesse, vieux grigou, reposez tout de suite ma voiture.

– Je crains que les choses ne soient pas aussi faciles que cela monsieur Ducoudray.

– Ah. Et pourquoi ?

– Eh bien pour faire simple, vous avez mis les pieds en territoire hostile, monsieur Ducoudray. Votre arrivée a fait grand bruit et vos exploits résonnent déjà dans tout l’établissement : vous effrayez aussi bien les élèves que le personnel, vous avez tué un professeur et tiré sur un adolescent sans défense.

– Je vous reconnais bien là Heupéhesse, toujours à ressasser les événements du passé.

– Vous ne connaissez rien de moi Ducoudray.

– Et c’est quand même assez pour deviner que votre niveau de street crédibilité frôle le zéro absolu.

– Je ne vous perm…

– Moins 273,15.

– Oui, j’avais bien compris la prem…

– C’est peu.

– Trêve de plaisanteries Ducoudray. Ton heure a sonné.

Étant toujours en vie à l’heure où j’écris cette chronique, il est aisé d’imaginer que ce type de menace fut aussi efficace qu’une citation comme phrase d’accroche sur Tinder. Le comparse d’Heupéhesse, uniquement constitué de membres, semblait soulever une petite assiette en terre, que j’identifiai aisément comme étant la relique de Karnac-Dour, une antique cité d’une civilisation aujourd’hui disparue et dont le nom importait donc peu. Il s’agissait de la source de leur puissance, et la détruire aurait résolu tous mes problèmes d’un coup. J’ajustai mon arme encore chaude du tir contre Jimmy, mais fut stoppé par le dernier professeur de sport, dont la voix s’élevait en écho tout autour de moi malgré le fait que ses lèvres demeuraient closes.

– Tu ne pourras tirer sur la relique. Ses pouvoirs dépassent le simple entendement humain, et ton arme serait aussi efficace qu’une citation comme phrase d’accroche sur Tinder.

J’ai toujours détesté les télépathes, dans la mesure où l’originalité de leur répartie équivaut à celle d’une fin heureuse dans un film américain. Mais je devais me rendre à l’évidence, il devait avoir raison, et viser la relique ne ferait que gâcher l’une de mes précieuses balles gravées aux initiales de Van Helsing. Il était presque 17h30, et plus l’heure avançait et plus je risquais de me retrouver bloqué dans le trafic des sorties de bureau.

– Maudit collège, si tu avais eu cette damnée piste d’atterrissage, on n’en serait pas là.

– Vous parlez tout seul Ducoudray ? Ou bien est-ce la peur que vous inspire votre mort prochaine qui vous fait divaguer ? Comprenez bien que vous n’avez aucune chance d’échapper à cette situation. Pas même un miracle pourrait vous sauver désormais. L’incommensurable énergie de la relique nous octroie tout ce que nous…

Heupéhesse fut coupé en plein dans son monologue que je n’écoutais que d’une oreille – en profitant pour regarder un diaporama des 20 lieux à voir absolument avant de mourir – par le bruit de ladite relique qui venait d’exploser en un monceaux d’éclats pointus dont la plupart se ficha dans les bras et les jambes du professeur sans corps. Nous tournâmes la tête d’un même mouvement vers l’origine du tir responsable d’une telle perte archéologique, découvrant un jeune garçon dont le regard évoquait la fin d’une soirée placée sous le signe de l’abus d’éthanol, allié au sermon paternel suivant la réception d’un bulletin de notes un peu faible. Les yeux d’Heupéhesse s’injectèrent de sang alors qu’il fulminait :

– Qui diable ose s’en prendre aux professeurs de sport et à leurs pouvoirs paranormaux développés au cours de longues séances d’observations d’élèves en train de courir sans que nous ne produisions le moindre effort sous prétexte que nous avons bien assez couru pendant nos années en STAPS ?

– Ignobles canailles, je suis Arthur Rimbaud, auteur de poésie comme le monde n’en connaîtra plus jamais, auteur du Bateau Ivre et des Illuminations. Mais pour vous, ce sera une saison en Enfer ! Chapons maubec, votre crasse ignorance ne vous permet pas de savoir qu’une fois mon œuvre grandiloquente achevée, je suis parti faire quelques commerces d’armes, me permettant de mettre la main sur nombre d’artefacts à même de rivaliser avec n’importe quelle relique que des pendards de votre genre ne devraient pas être autorisés à avoir !

– Qu’est-ce qui te permet de venir nous défier de la sorte, pauvre fou ?

– J’ai mis un peu plus de temps que prévu à arriver, mon fidèle acolyte, Jimmy le Preux, ayant été blessé dans l’exercice de ses fonctions de messager. Il devait remettre un message d’une importance capitale au Professeur Aloïs, mais il a été grièvement blessé au cours de sa mission, sûrement par vous autres, traîtres à votre sang. Je devais rencontrer Monsieur Ducoudray il y a une heure, et, ne le voyant pas arriver, j’ai décidé de me déplacer de moi-même. Grand bien m’en prit à ce que je vois.

– Quel dommage, ton entretien avec Ducoudray devra se faire dans l’au-delà. Tu auras tout loisir de t’entretenir avec lui une fois que nous vous aurons réglé votre compte.

– Tu ne comprends donc rien Heupéhesse. Le professeur Aloïs fait partie d’un plan bien plus grand que tes pathétiques tentatives de prise de pouvoir sur le collège. Tu ne fais qu’entraver la marche inéluctable des desseins du Destin.

– Assez, finissons-en maintenant !

Je ne vis jamais le dénouement de cette conversation, ni à vrai dire son commencement, ayant profité que la destruction de la relique ait fait redescendre ma voiture pour partir, et ce malgré une sortie de parking délicate due à l’effondrement de la grille de l’entrée, pas encore réparée. Elle ne me fut racontée que le lendemain par Rimbaud, mais ceci est une histoire qui appartient au domaine de la suite.

Professeur Aloïs #2

Mon premier contact avec le collège auquel j’avais été assigné fut un échec. Comme il n’était pas précisé sur leur site internet s’ils étaient équipés ou non d’une aire d’atterrissage pour hélicoptères, je décidai de m’y rendre en Hummer H3 Alpha toutes options. La grille d’entrée du parking des professeurs n’opposa aucune résistance face au pare-choc blindé de mon noble véhicule, me laissant pénétrer dans l’enceinte de cette institution de l’Éducation nationale alors que mon autoradio jouait à pleine puissance le Dies Irae du Requiem de Mozart.

La vue du bâtiment me replongea l’espace d’un instant quelques années en arrière, à l’époque où je découvrais le collège pour la première fois. Je revoyais avec nostalgie la création de mon premier cartel, les combats au surin sous le préau de la cour, les doigts coupés laissés en avertissement dans les casiers de l’entrée, et les grillés aux pommes de la cantine. Écrasant une larme d’un chagrin que seul l’alcool pourrait désormais guérir, je me dirigeais vers l’accueil afin de signaler ma présence auprès de ceux qui m’attendaient. Le rendez-vous avait été pris de manière sommaire, la veille au soir, sur un simple coup de fil m’intimant de me présenter le lendemain à 10 heures.

S’il y a une chose que je déteste plus que de devoir interrompre une orgie dans mon chalet de Chamonix pour contrôle des douanes, c’est bien le fait de me faire imposer des horaires, qui plus est aux premières lueurs de l’aube. J’avais donc pris le parti de n’arriver qu’à 14 heures 30, horaire qui aurait pu être tenu si Candy Crush Saga n’avais pas un tel potentiel addictif.

L’hôtesse d’accueil avait passé de vingt ans l’âge auquel j’aurais pu avoir un début d’attirance pour elle, ce qui rendit notre conversation aussi courte qu’utile :

– Monsieur Ducoudray je présume ? Nous vous attendions plus tôt…

– Et moi je m’attendais à une piste d’atterrissage d’hélicoptère. La vie nous enseigne souvent que l’on ne peut avoir tout ce que l’on désire.

– Je… Monsieur Ducoudray, c’est si… si profond… Je termine le travail dans une heure si jamais vous…

– Et encore une fois cette leçon s’applique à vous. Ahaha ! Ahaha !

– Ah heu je…

– Ahaha !

– Le directeur vous attend dans son bureau.

Un long couloir me séparait dudit bureau, allégorie évidente de la dernière marche du condamné face à l’inexpugnable destin tragique, apothéose inébranlable d’une vie bien remplie mais hélas trop courte, tel un soir d’été aux côtés d’un premier amour éphémère, rompu par des idéaux de jeunesse démesurés et quelques rails de coke. Il me fallut quelques secondes pour le traverser d’une petite foulée athlétique qui trahissait ma maîtrise de nombreuses techniques d’approche rapide, techniques maintes fois utilisées au cours de mes missions à Vienne, missions qui m’avaient coûtées la vie de plusieurs amis, et une petite fortune en sels de bain.

La porte en bois sculpté du bureau s’ouvrit à mon approche, dans un bruit de raclement et de mécanismes anciens, coulissant lentement sur ses gonds. Bien que j’eusse pu me glisser dans l’entrebâillement, j’attendis qu’elle s’ouvre entièrement pour rentrer, me retrouvant face à quatre personnages, dont l’un restait en retrait, caché dans l’ombre oppressante de la pièce. Le plus grand, un homme aux traits tirés et aux cheveux grisonnants plaqués en arrière, me dévisagea l’espace d’un instant avant de rompre le silence :

– Monsieur Ducoudray… Nous ne vous attendions plus.

– Je peux repartir du coup ?

– Heu… Non…

– Veuillez mieux choisir vos mots à l’avenir dans ce cas, Monsieur le Directeur.

– Comment pouvez-vous savoir que je suis le Directeur ?

– Avez-vous déjà entendu parler de l’instinct Monsieur le Directeur ?

– Oui.

– …

– Et donc ?

– Laissez tomber. L’important, c’est que je sois ici, comme il était convenu. Mais je crois ne pas avoir le privilège de connaître nos autres convives ?

Le Directeur se tourna vers les deux autres personnes à ses côtés : un petit homme rond et rougeaud et une femme dont je tombais immédiatement amoureux de par son immense charme naturel, concentré notamment au niveau du buste.

– Oui, désolé. Voici Monsieur le Directeur Adjoint, qui m’aide à prendre les décisions les plus délicates et m’assiste quotidiennement dans ma tâche au sein de…

– Et la femme ?

– Mademoiselle Claire, la Conseillère Principale d’Éducation. Asseyez-vous Monsieur Ducoudray, je vais vous expliquer plus en détails ce que nous attendons de vous.

– Et ce sans m’offrir à boire ?

– Je… Nous sommes dans un collège Monsieur Ducoudray…

– Et vous pensiez que cette pitoyable excuse me ferait douter du contenu pourtant évident de cette commode Louis XVI, Monsieur le Directeur ?

Il maugréa quelques mots en ouvrant les tiroirs du meuble, révélant une collection sommaire mais suffisante pour l’instant d’une dizaine de whiskys et bourbons rares.

– Avec ou sans glaçons ?

– À votre avis Monsieur le Directeur ?

– Vous n’êtes pas homme à tomber dans les pièges à ce que je vois Monsieur Ducoudray.

– Je vous l’avais bien dit.

La voix s’était élevée du fond de la pièce, où le quatrième et mystérieux invité se tenait, caché dans l’ombre. La Sarabande d’Haendel se mit alors à résonner dans toute la pièce alors que De Balzac s’avançait, révélant son visage toujours aussi jeune malgré le poids des siècles. Arrachant les deux verres remplis à ras bord des mains du Directeur, il me laissa le choix du mien et avala le sien d’une façon qui me rappelait Talya les soirs de devoirs conjugaux. Je levais mon verre à la santé de l’Inspecteur, le sirotant doucement sans quitter mon interlocuteur du regard. Il termina sa gorgée en fracassant la coupe en cristal sur le bureau du Directeur qui eut un geste de recul suivi d’un faible gémissement qui me fit le haïr définitivement, puis De Balzac entreprit de frapper dans ses mains, mimant un applaudissement au ralenti.

– Monsieur Ducoudray, toujours fidèle à vous-même.

– On ne peut se fier qu’à soi de nos jours Monsieur l’Inspecteur.

– Belles paroles ! Si je suis ici aujourd’hui Monsieur Ducoudray, c’est pour être sûr d’avoir fait le bon choix en vous confiant ce travail. Savoir si vous êtes à la hauteur, bâti pour le poste. Nous ne parlons pas ici de sauvetage d’orphelins pris en otages au Cambodge, ni de démantèlement de réseaux de tourisme sexuel sur mineurs en Thaïlande… Savez-vous la différence qu’il y a avec ces deux affaires Monsieur Ducoudray ?

– Je suppose que je ne serais pas rémunéré en nature par les enfants ?

– Non Monsieur Ducoudray ! Effectivement ! Et plus important, ils doivent rester en vie cette fois.

– Même s’ils se montrent insolents ?

– L’insolence n’a jamais été reconnu comme cause suffisante pour mettre le feu à quelqu’un Monsieur Ducoudray.

– Je crois que j’ai quelques coups de fil à passer dans ce cas…

La Sarabande s’était arrêtée, laissant place via la lecture automatique à une vidéo de Squeezie. J’en profitais pour me resservir un verre, lançant au passage un clin d’œil appuyé à Mademoiselle Claire qui fit mine de m’ignorer, m’arrachant un petit sourire, amusé qu’elle joue ainsi la fille timide.

– Votre passé est derrière vous Monsieur Ducoudray. Les missions, les attentats, les cartels… Je ne dois pas en entendre parler. Pas une seule fois. Aucune excuse ne sera recevable.

– Parce qu’il faudrait que je m’excuse en plus ?

– Je vous demanderai par ailleurs de ne plus vous garer sur les emplacements handicapés du parking.

– C’est la place la plus proche de l’entrée.

– J’ai placé de grands espoirs en vous Monsieur Ducoudray. Sachez vous en montrer digne. Comme disait Anita Fair, « Ne méprise jamais la dignité en faveur du panache ».

– C’est le genre de conneries qu’on trouve quand on laisse les femmes écrire.

– Et comment illustreriez-vous notre entretien sur la dignité due à votre nouveau poste ?

– « Je n’ai jamais vu la dignité de l’homme que dans la sincérité de ses passions. »

– En ce cas faites en sorte que la passion d’enseigner surpasse celle de la vocation de proxénète que vous vous étiez découverte en Bavière l’année dernière.

– Bien, puisque nous en avons fini, je vais laisser le soin à Mademoiselle Claire de m’instruire sur mes fonctions de professeur, et de tout ce qu’il y a à savoir sur ce soi-disant temple de la dignité et de la bienséance.

– Je tournais les talons, la porte en bois coulissant au même moment, comme si elle venait de comprendre mon intention de quitter la pièce. La bouteille de whisky dans une main, celle blanche et menue de Mademoiselle Claire dans l’autre, je sortais au son du vlog de Squeezie qui enchaînait déjà sur une vidéo expliquant comment cuire les câpres.

Clo' Lunécile

À peine sortie du bureau, Mademoiselle Claire lâcha ma main et se planta devant moi, son petit air furieux la rendant plus désirable que jamais.

– Aloïs ? Pourquoi tu n’as pas attendu qu’ils te briefent sur ton boulot ?

– Pardon, mais on se connaît ?

J’étais à la fois surpris qu’elle connaisse mon prénom et choqué qu’elle se permette de me tutoyer malgré le fait que notre relation allait sûrement bientôt s’étendre au-delà du cadre du travail.

– Pardon ? T’es sérieux ? Claire, ça te dit rien ?

– Je vous prie de bien vouloir changer de ton, je vous trouve légèrement menaçante, même si j’adore cela.

– Mais… J’ai été ta partenaire de mission pendant cinq ans ! On est restés ensembles pendant trois ans ! Et Solomon Kane ?

– C’est qui lui ?

– Notre fils !

– C’est vrai que c’est pas mal Solomon Kane comme prénom.

– C’est pas possible. Tu débarques ici après des années sans donner la moindre nouvelle. On m’a dit que tu étais mort, ou bien caché sur un de tes yachts. Et t’es même pas foutu d’attendre deux minutes que l’Inspecteur ait fini de te dire tout ce que tu avais à savoir pour commencer.

– Tout ce dont j’ai besoin, c’est d’un peu d’huile de coude, de la bonne volonté, et cette lame crantée en aluminium polychrome estampée du blason de la 3ème unité de marine de la Garde Royale.

– Les armes sont interdites dans le collège …

– Tout comme la mauvaise humeur, et je trouve que vous en faites un peu trop usage.

– Bref. Voilà la salle des professeurs. Tu n’as qu’à te familiariser avec le reste de l’équipe, ils t’expliqueront sûrement mieux que moi.

Mademoiselle Claire me laissa seul au bout du couloir que nous venions de traverser au cours de notre petite entrevue. Faite du même bois que celle du bureau du directeur, la porte de la salle était gravée de multiples scènes évoquant chaque personnification du savoir et de la connaissance au travers de près d’une trentaine de mythologies différentes, surmontées d’une maxime latine que je déchiffrais d’après mes connaissances de classe de collège par « Petit suisse cheval ». Je dus pousser le lourd battant pour pénétrer à l’intérieur du quartier général de l’équipe professorale, dont j’étais désormais un digne représentant.

Le silence se fit lorsque je passais la porte, me retrouvant face à une armée de regards braqués sur moi. Assis à une vaste table centrale ou sur les fauteuils disposés le long de la baie vitrée, debout près des casiers ou de la photocopieuse, tous me fixaient avec intensité et la tension montait de manière si palpable que ça en devenait érotique.

Le plus imposant d’entre eux, assis juste en face de moi, se leva, et entreprit de faire quelques pas dans ma direction.

– Et on peut savoir qui vous êtes ?

– Bonjour. Monsieur Ducoudray. Nouveau professeur de français. Merci pour l’accueil.

– Enchanté Monsieur Ducoudray. Je suis Monsieur Santoros, professeur de Science de la Vie et de la Terre. Cependant, il y a un petit problème avec ce que vous semblez avancer. Nouveau professeur vous dites ? Nous n’en avons pas été informés.

– Eh bien maintenant vous savez. Bon, qui peut me dire comment ça fonctionne un peu ici ?

– Pas si vite Monsieur Ducoudray. Il semble que nous nous soyons mal compris. Ce collège regroupe des classes que nous pouvons qualifier de… difficiles. Nous autres professeurs devons nous montrer forts, résistants face à eux. Et nous ne pouvons en aucun cas accepter un professeur disons… plus fragile, moins apte émotionnellement, qui ne pourrait se battre pour conserver son autorité…

J’avais vu clair dans le jeu de Santaros. Alors qu’il me récitait sa diatribe, je gardais un œil sur la fenêtre qui reflétait la silhouette d’un autre professeur. Celui-ci venait de se glisser derrière moi et tirait discrètement un pistolet que j’identifiais immédiatement comme un Pistolet Browning GP 35 Silver calibre 9 x 19. Le petit coup de talonnette final du prof de sciences était le signal, et je le compris heureusement assez vite pour me baisser à la dernière seconde. La balle me frôla le dessus du crâne et acheva sa course dans l’épaule de Santaros qui s’écroula en gémissant de douleur, parvenant à articuler entre deux râles : « Aaaaah… Chopez-le ! ».

Il y eut un flottement, une seconde où tout s’arrêta. Je pouvais tout voir, tout discerner, décortiquer chaque mouvement, anticiper chaque action. Le temps reprit son cours : j’esquivais un coup de compas porté en direction de mon artère fémorale. Le professeur de mathématiques poussa un cri lorsque je bloquais son bras et le cassait en arrière à un angle de 90° si parfait qu’on pouvait lire une pointe d’admiration dans ses yeux mourants alors que je le plaquais à terre, récupérant son arme. Elle me fut cependant arrachée immédiatement des mains par le professeur de technologie, qui venait de s’équiper de bras exosquelettes créés à partir de Legos System et de cartes-mères, broyant le compas entre deux de ses doigts bioniques. Je parais le coup qu’il me destinait avec l’avant-bras, mais le craquement sourd qui s’en éleva me fit comprendre que cette opération n’était pas à renouveler. La puissance du choc m’avait fait reculer de quelques pas, et je me retrouvais adossé au mur du fond de la salle, le prof de techno prenant à présent son élan pour décocher son fameux « puñetazo del diablo » qui l’avait autrefois rendu célèbre au Mexique.

Je roulais sur le côté au moment où le poing frappait de toutes ses forces, s’enfonçant dans le mur sur une bonne trentaine de centimètres. Me remettant rapidement sur mes pieds, je laissais tomber la lame dissimulée dans la manche de ma veste pour venir entailler tout l’intérieur du bras de mon assaillant qui se mit à se contorsionner de douleur, prisonnier de son invention démoniaque.

Le professeur de musique, qui ressemblait à s’y méprendre à Lully, avait pris place au piano, et s’était lancé dans une Marche pour la cérémonie des Turcs, qui ne collait pas tellement à la scène, accompagné du professeur de dessin qui s’attelait à peindre sur une toile géante toute l’intensité du combat. Je n’eus pas le temps de m’attarder davantage sur ce point, esquivant de justesse le coup d’épée du professeur d’histoire-géographie. Il arborait la tenue du mirmillon, équipé également d’un bouclier peint aux couleurs de la carte de France divisée en régions administratives. Ma lame ricochait vainement sur la targe en métal qu’il continuait d’agiter dans ma direction pour me frapper et me déstabiliser. Ma marge de manœuvre était d’autant plus réduite que je devais esquiver les autres professeurs qui se pressaient autour de moi pour tenter de m’attraper à la moindre erreur d’inattention. J’arrivais à trancher deux doigts d’une main tendue vers mon visage, mais recevais dans l’effort une longue estafilade à la jambe qui me coupa le souffle l’espace d’une seconde. Je sentais le sang chaud se mettre à couler le long de mon mollet. Il fallait que j’agisse rapidement.

Je me retournais vers le professeur d’Histoire-géographie qui revenait à la charge, ne me laissant pas une seule seconde de répit, le bras armé déjà levé et prêt à s’abattre sur mon crâne. Puisant dans mes dernières ressources, je me relevais et me projetais en avant dans sa direction, poussant un long râle de douleur et de haine. Il tomba en arrière alors que je gardais son bras tendu en écrasant son ventre avec mon genou et en bloquant l’articulation par une technique de taïjutsu. Serrant ma main libre autour du manche de mon couteau, je l’enfonçais d’un coup sec juste derrière l’aisselle, entre deux côtes. Je sentis mon adversaire s’écrouler sous moi alors que je me relevais, le couteau ruisselant d’hémoglobine, psalmodiant quelques prières aztèques pour rendre hommage à l’esprit du guerrier tombé face à la colère dont le dieu jaguar m’avait imprégné.

Santoros s’était relevé, se tenant toujours l’épaule, son visage déformé par la douleur et la terrible frustration de voir ses sbires se faire tourner en ridicule avec autant de facilité qu’on en aurait à convaincre un gosse qu’on a des bonbons chez soi.

– Ça suffit, la plaisanterie a assez duré ! Chopez-moi ce type tout de suite, tous en même temps !

Les professeurs encore debout se rapprochaient de moi, réduisant le cercle que je ne maintenais que par de larges coups de couteau dans leur direction. Je n’allais pas tarder à être submergé. Ça serait la fin dès que l’un d’eux arriverait à attraper mon bras.

Alors que tout semblait perdu, les professeurs reculèrent. La porte venait de s’ouvrir derrière moi, et si je ne pouvais pas encore discerner qui s’y trouvait, sa présence suffisait en tout cas à éloigner mes assaillants. Plus étonnant encore, l’expression de terreur pure qui blêmissait leur regard de lapereau piégé. Même Santaros perdait ses moyens, sa lèvre inférieure tremblant frénétiquement alors qu’il bégayait timidement :

– Les pro-pro-prof… les professeurs de… de… sport !

Je me retournais pour me retrouver face aux trois personnages qui semblaient inspirer une telle peur à ce qui était il y a encore une minute une légion de berzerkers enragés. Le leader avait le crâne rasé de près, deux yeux sombres surmontant une barbe de trois jours toute aussi noire. Son compagnon de droite était un colosse gigantesque dont le visage semblait figé en une seule expression de contemplation spirituelle, sur un point situé à deux mètres au-dessus du sol, alors qu’un ballon de basket-ball gravitait à côté, tournant doucement autour de ses épaules. Le troisième quant à lui sortait directement d’un film de science-fiction, puisqu’il s’agissait de seulement deux bras et deux jambes extrêmement musclés, s’articulant autour d’un corps invisible, flottant dans le vide. Probablement une expérience qui avait mal tourné et qui n’avait trouvé de raison d’être que dans sa nouvelle carrière de professeur, pour laquelle il avait tout donné pendant dix ans de sa vie, inspirant même à l’occasion quelques réalisateurs hollywoodiens.

– Qu’est-ce qu’il se passe ici ? On vous entend jusque dans la cour.

– Mon… Monsieur Heupéhesse… C’est… Tout est de la faute de ce malade. Monsieur Ducoudray, le soi-disant nouveau professeur de français.

Santoros retrouvait peu à peu son assurance alors qu’il déchargeait toute sa haine contre moi. Heupéhesse tourne la tête vers moi, me dévisage pendant quelques secondes et hoche la tête doucement.

– Nouveau professeur hein ? T’as pas perdu de temps pour le tester Santoros. Mais laisse les grands s’occuper du travail. Ducoudray c’est ça ? On s’occupera de ton cas après la fin des cours, à 16 heures ce soir.

– …

– En attendant, tout le monde rejoint sa salle de cours. Même toi le nouveau. Ça a sonné depuis cinq minutes !

Les professeurs se mirent à s’agiter, récupérant leurs affaires et quittant la salle pour rejoindre les classes dont ils étaient en charge au rythme imposé par le professeur de musique qui entonnait une Bourrée Du Divertissement De Chambord au violon. Le Directeur Adjoint était arrivé dans la salle des professeurs entre-temps, scrutant la salle d’un regard circulaire, plissant des yeux pour mieux me discerner, son visage rougeaud s’éclairant à ma vue.

– Ah Monsieur Ducoudray, venez, je vais vous conduire à votre salle !

Je lui emboîtais le pas, sentant peser dans mon dos le regard aiguisé d’Heupéhesse.

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Unfriended, Leo Gabriadze, 2015

Avant de commencer à parler du film d’horreur du jour, je pense qu’il serait de bon ton de faire une petite mise au point, une délicate introduction, une légère mise en bouche, un appendice préparatoire, un sommaire avant-propos… Enfin bref, quelques lignes afin d’être sûr que vous lirez l’analyse critique et partiale qui suivra.

Comment jugé-je un film d’horreur ? Quels critères rentrent en compte pour estimer son niveau (qui varie en général de nullissime à moyen moins) ? Professeur Aloïs #2 sortira-t-il un jour ?

Selon moi, il faut s’appuyer sur plusieurs points essentiels de ce genre cinématographique à part (tous les genres sont à part les uns vis-à-vis des autres, ok, je sais, mais je suis payé au nombre de caractères) :

  • L’ambiance : LE point le plus important, qui définit quasiment à lui seul l’entière qualité d’un film d’horreur. L’ambiance est cruciale, elle porte le spectateur, l’immerge dans le film, fait monter la tension, rend efficace les jumpscares. Elle est composée de tout ce qui peut composer une ambiance en temps normale : la lumière, le rythme, les décors, la musique, le découpage… bref, tout ce qui touche à la mise en scène, ramenée bien entendu à un contexte de film d’horreur. Alors vous pourrez me dire « ouais on s’en doutait cimer retourne sur ton yacht te baigner dans des jacuzzis de billets de 500 en buvant du champagne » mais, en tant que connaisseur absolu du genre, je peux vous assurer avec la plus grande certitude que l’ambiance est en général le point le plus bâclé des films d’horreur – ce qui hélas les rétrograde automatiquement au rang de « nullissime » évoqué précédemment. L’enjeu de l’ambiance dans un film d’horreur est peut-être plus important même que dans les autres genres cinématographiques. L’angoisse, la peur, l’horreur, l’épouvante… toutes ces émotions dépendent uniquement de la manière d’amener les différents éléments censés les exacerber. Une musique trop rapide, un espace trop lumineux, un plan trop rapproché, un fond trop net ou trop flou, un rythme trop changeant sont autant d’erreurs à éviter afin de réussir à conserver cette ambiance tout au long du film. La moindre erreur peut lui porter préjudice, et on ne retiendra au final que ce moment un peu moins bien.
  • La musique : Bien qu’elle fasse partie intégrante de l’ambiance, je pense qu’il est de bon ton de souligner l’importance de la musique dans un film d’horreur. Le son en général d’ailleurs. Vous pourrez faire l’expérience de regarder un film d’horreur en mode muet chez vous, vous verrez la différence. Le réflexe de certains d’ailleurs, au moment supposé d’un jumpscare est de baisser le son (et de garder les yeux ouverts juste assez pour discerner le contour d’une demie silhouette sur l’écran au moment fatidique).

Joseph Bishara as Demon, and Patrick Wilson as Josh in INSIDIOUS. Courtesy of FilmDistrict.tif

  • Les jumpscares : Je suis super bon en anglais, mais pour traduire ça sans que ça ait l’air trop ridicule, c’est coton. En gros, le jumpscare est une action qui a pour but de faire sursauter le spectateur. Elle s’appuie en général sur deux éléments : l’apparition furtive à l’écran de quelque chose d’inattendu et/ou d’effrayant, accompagnée d’une musique qui va s’accélérer tout au long de la scène pour éclater en un finale d’une ou deux notes jouées beaucoup plus fort et dans une gamme différente. Le jumpscare casse donc le rythme d’une scène généralement assez lente pour surprendre le spectateur et le faire bondir sur son siège. Il existe deux types de jumpscare, plus ou moins complémentaires : le premier, dont on vient de parler et le second, dans la même veine, que nous appellerons « faux jumpscare », et qui a pour but d’induire en erreur. Il reprend les mêmes codes que le jumpscare à ceci près qu’il ne se conclut pas sur un élément de surprise. On retrouvera dans la scène la musique qui monte et s’accélère, ainsi qu’un cassage de rythme final, mais qui n’aboutira sur rien. En d’autres termes, imaginez un personnage qui entend un bruit suspect dans la salle de bains à côté de lui, décide d’aller voir, ce qui va lui prendre approximativement 15 minutes, ouvrir la porte doucement, s’approcher de la baignoire cachée par un rideau de douche, poser sa main sur ledit rideau, et l’écarter d’un coup. Bim bam boum petite note de musique flippante alors que le rideau écarté ne révèle que le mur en faïence de la pièce. Ces faux jumpscares permettent de brouiller les pistes, conserver le rythme du film, contribuer à son ambiance mais aussi parfois (souvent) introduire un vrai jumpscare juste derrière. Les films d’horreur actuels usent de plus en plus de cette pratique : le plan revient sur le visage de notre personnage, rassuré, qui va souffler pour reprendre son calme, se retourner et bim bam boum petite note de musique flippante le monstre/fantôme/esprit/tueur se trouvera juste derrière (changement de scène, dans le salon, où tous les autres sont réunis et entendent soudainement les cris de leur ami à l’étage). Cette stratégie reste toujours efficace, et même si l’on peut prévoir à l’avance un jumpscare, le fait de ne pas savoir exactement lorsque celui-ci arrivera nous maintient en tension. Il faut cependant faire la part des choses : utiliser le jumpscare en permanence tout le long du film diminue largement son effet, et on en vient juste à attendre le suivant. Finalement, le jumpscare joue sur la surprise, la soudaineté de l’action, le « non-vu » de par des apparitions ultra-furtives d’un élément perturbateur. Par conséquent, s’il est devenu l’une des institutions du film d’horreur, il ne peut à lui seul servir de critère de qualité. Le jumpscare fait peur parce qu’il surprend, mais il n’angoisse pas, il est éphémère et dépend entièrement de l’ambiance. Les jumpscares occupent une place un peu particulière : ils font indéniablement peur (enfin… ils surprennent, je préfère le dire comme ça) mais un film sans jumpscares peut tout à fait être efficace, voire davantage qu’un film qui en utilise, en mettant par conséquent l’accent sur les quatre autres points, notamment l’ambiance, ou l’utilisation d’images plus traumatisantes. C’est le cas de films comme Darkness : peu ou pas de jumpscare mais une ambiance très particulière et oppressante, servie par des scènes ragoûtantes comme celle de la trachéotomie à la pointe d’un stylo bille.
  • Le scénario : Ouais, ok, là aussi j’entends les gens venir, et pour le coup je ne serais pas entièrement en désaccord avec ce qui est souvent dit sur la trame narrative des films d’horreur. Et pourtant, selon moi, l’histoire du film fait partie intégrante de son efficacité. Il n’y a rien de plus frustrant que d’assister à une succession de scènes qui n’accordent à la logique de leur enchaînement que le minimum syndical, d’avoir affaire à un scénario rempli de trous ou de facilités ou finalement d’être balancé au milieu d’une situation dont on ne connaît rien et qui à la fin du film ne sera résolue que par la mort des personnages sans qu’on en devine le but. Certains films d’horreur perdent toute crédibilité à mes yeux du fait de leur histoire mal travaillée. Ce point est d’autant plus frustrant lorsque le film présente une bonne histoire et la gâche intégralement en la précipitant sur la fin. C’est le cas d’un film exemplaire pour ça à mon sens : Conjuring, les dossiers Warren. Il avait tout pour réussir : une ambiance parfaite, des jumpscares plutôt bien foutus, une histoire qui tenait la route. On était prêt à lui pardonner les quelques menus détails qui l’accablaient (comme certaines séquences à rallonge et une multitude de personnages secondaires inutiles) mais il manque hélas à Conjuring une bonne vingtaine de minutes d’histoire. Tout est bien jusqu’à l’affrontement final contre le fantôme qui a pris possession de la femme et s’apprête à tout détruire : on nous apprend cela par un coup de téléphone passé aux héros du style « vous aviez chassé le fantôme mais en fait il vient de revenir et il a pris possession de ma femme alors que ça faisait une heure qu’il galérait pour ça mdr ». Du coup, les Warren font demi-tour dans leur 4×4 et retournent à la maison pour vaincre définitivement le fantôme. It Follows souffre du même problème. Le scénario est donc un point majeur du film d’horreur et il ne doit pas être négligé sous prétexte qu’il tient un rôle moins important que dans un film d’un autre genre.

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  • Les personnages : Comme pour le scénario, les films d’horreur ont tendance à nous proposer des personnages qui peuvent souffrir d’un manque d’approfondissement dommageable. Outre les personnages types (la bande d’ados avec une pouffiasse lubrique, un mâle alpha, une intello bonnasse, le meilleur pote du chef, un représentant de minorité ethnique et un déconneur), on a rarement affaire à des protagonistes intéressants. Ils sont bien sûrs supposés mourir ou souffrir dans le reste du film, ce qui fait qu’il ne faut pas trop s’attacher à eux, mais cela ne doit pas servir d’excuse pour nous pondre une brochette de mecs dont on ne se rappellera même plus le nom deux minutes après que le héros l’aura mentionné. L’angoisse du spectateur repose en partie sur celle que doit ressentir un personnage pendant le film, et cela est efficace à partir du moment où on en a quelque chose à faire de ce personnage. Le film entier perd en intérêt à partir du moment où on se dit : « ouais vivement qu’il crève lui » (sauf dans le cas d’un personnage intentionnellement énervant et dont la fin sera à la hauteur de l’exaspération qu’il procure).

Voici les 5 points qui selon moi sont à analyser pour juger de la qualité d’un film d’horreur. Ne nous mentons pas, le genre est en déclin, et bien que de plus en plus de films d’horreur sortent en salles, ils sont la plupart du temps plus mauvais que les précédents (ce qui est en soi une certaine prouesse), et ce à cause de lacunes dans l’un ou plusieurs des points énoncés. Pour trouver le film d’horreur ultime, je me concentrerais donc sur ces 5 points.

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Unfriended n’est pas un bon film d’horreur et ce pour plusieurs raisons. La plus évidente est qu’il ne fait pas peur, et ce à cause de sa mise en scène, pourtant assez originale. Le film est en effet entièrement tourné depuis l’écran d’ordinateur d’un des personnages, qui va tenir une conversation Skype avec ses amis, tout en envoyant quelques messages Facebook et Messenger à son petit ami et à un mystérieux inconnu. Pour situer l’histoire, la conversation a lieu un an après le suicide d’une fille du lycée, poussée à bout suite à la diffusion sur internet d’une vidéo de soirée où on la voit, couchée par l’alcool, se faire dessus. Les six protagonistes se retrouvent donc à parler sur Skype de tout et de rien, caméra allumée, sauf un, au pseudonyme inconnu, qui ne dit rien au début, si bien que les autres pensent qu’il s’agit juste d’un bug d’interface. La suite prouvera le contraire, lorsque ce dernier se mettra à communiquer à l’écrit, menaçant les personnages et parvenant manifestement à agir sur ce qui les entoure, tout en leur envoyant des photos et des messages qui prouvent qu’il connaît leurs secrets les plus enfouis et leur implication dans la diffusion de la vidéo qui a causé le suicide de leur ancienne amie. Plus étrange encore, le compte Facebook de celle-ci envoie des messages énigmatiques aux différents personnages.

Pourquoi Unfriended n’est pas un bon film d’horreur ? Certes, la mise en scène est comme je viens de le dire originale : filmer à partir d’un écran d’ordinateur est intéressant et permet de bien s’immerger dans cette soirée, en suivant tout ce que peut dire l’héroïne, ce qu’elle tape, ce qu’elle voit, la musique qu’elle écoute, bref, comme si on y était. Et ça marche, l’ensemble est cohérent, les actions du personnage sont celles que nous pourrions faire à sa place. Cependant, au-delà de l’originalité, le principe du film d’horreur ne peut pas du tout être tenu : le film trop statique ne nous donne accès qu’à une vision réduite de chaque personnage au travers d’une webcam qui ne présente qu’un plan fixe de chacun pendant toute la durée du film, un décor qui par conséquent n’évolue pas, un rythme uniquement cantonné à celui du déroulement normal du temps. Le réalisme de la mise en scène lui nuit. Sur des scènes un peu plus rapides (sans rien vous cacher, les morts des personnages, brutales), la caméra ne suit pas, bug, pixelise, si bien qu’on ne voit quasiment rien, on devine uniquement, et c’est dommage : on veut les voir crever, et surtout on veut voir comment ! Ici, rien d’impressionnant ou de discernable. Les seuls rares moments qui tranchent un peu avec la linéarité de l’action sont donc de mauvaise qualité et se concluent par la déconnexion de la conversation de la victime et les pleurs et les cris de ceux encore présents.

La mise en place de la tension n’est pas aidée par la musique, qui est très peu présente dans le film et se limite à celle qu’écoute l’héroïne au début. Cet aspect n’est pas hyper dommageable puisque le film se passe exclusivement dans une conversation Skype, et que de la musique là-dessus, déjà qu’on les entend pas super bien quand ils parlent tous en même temps, ça serait quand même pas ouf. Et puis comme il n’y a pas de tension et que les jumpscare sont pourris, c’est pas ça qui allait tout rattraperunfriended-google-hangout.

Pour ce qui est des personnages, ils souffrent malheureusement des défauts les plus récurrents des personnages de films d’horreur, des adolescents clichés suivant le fameux ordre : un couple (qui comprend ici la fille lambda et son copain beau gosse alpha), une pouf, un déconneur (en surpoids, pour la minorité et parce que c’est rigolo les gros qui font des blagues), le meilleur pote de l’alpha et une fausse blonde décérébrée. Les personnages ne sont rien au-delà de ces caractéristiques et pire encore, plus l’histoire avance, et plus on se rend compte qu’il s’agit de ce fameux groupe d’amis que tout le monde détestait au lycée, avec les mêmes comportements de « bâtards » (ils sont en cause dans le suicide de leur amie). Le jeu d’acteurs est également hyper moyen, avec des réactions sous ou surjouées. Je ne me rappelle plus d’aucun de leur nom alors que j’ai vu le film il y a deux jours – mis à part celui de l’héroïne, Blaire, parce que c’est quand même le nom le plus moche du monde après Shia LaBeouf.

Finalement, l’histoire. L’idée de base est simple, suffisante malgré tout, mais le lien entre la date d’anniversaire du suicide, la conversation, la manifestation étrange de l’antagoniste est trop flou. On ne comprend pas pourquoi maintenant, pourquoi tout court d’ailleurs, et pourquoi comme ça. De plus, le fait que le mystérieux inconnu soit au final bel et bien l’esprit vengeur de leur pote suicidée gâche absolument tout. L’explication est donc surnaturelle. C’est dommage de sombrer dans cette facilité. Il aurait été carrément plus intéressant de faire qu’on ne connaisse pas l’identité de ce personnage, que tout reste inexpliqué. Le pire c’est que la scène dans laquelle l’esprit vengeur apparaît, qui est la dernière du film et la seule filmée en dehors de l’écran, est tout simplement moisie. Quand on sait que c’est souvent cette dernière scène qui sublime un film d’horreur, lui confère toute sa puissance, la cerise sur le gâteau, on ne peut que conclure en pouffant doucement et en lâchant cet éternel : « bon bah pas ouf le film ». L’histoire n’a pas vraiment de sens, de ce fait perd en intensité au fur et à mesure du film, et les révélations finales qui se veulent plot-twists sont juste foirées, entraînant le film dans une chute inexorable.

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D’Unfriended, retenez donc que si l’idée de base est intéressante et peut légitimer à elle seule le visionnage du film (d’autant plus que la mise en scène est vraiment réaliste), il ne vaut pas son appellation de film d’horreur, et que même les plus sensibles à la surprise n’en garderont aucun souvenir. Le film est relativement court (1h20), vous ne perdrez au final que peu de temps à rester devant si vous aviez pour projet de vous taper une bonne barre de peur. Pour la morale finale, on apprend donc que pousser ses potes au suicide, c’est pas cool. Et que vaut mieux jouer à WoW que de parler sur Skype – enfin je crois.

Professeur Aloïs #1

Tu vas pas en croire tes yeux, petit lecteur : ce sagouin d’Aloïs, qui a jamais de sa vie essuyé ses pieds avant d’entrer, jamais laissé sa place à une femme enceinte dans le bus, qui a à son actif tous les délits possibles en Occident et sur Mars… il a été prof. Et après on s’étonne que les intellectuels pleurent à la décadence de l’Éducation nationale ! Bienvenue dans le meilleur et le plus testostéroné docu gonzo qui soit sur la vie des professeur de collège en France.

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Mes amis ont quasiment tous la même réaction – un peu pénible et légèrement vexante à la longue – lorsque je leur annonce mon métier. Leur visage commence par se déformer en un rictus à mi-chemin entre étonnement et moquerie à peine contenue, crispation suivie en général d’un son évoquant une feuille de papier que l’on froisserait et que l’on déplierait pendant cinq longues secondes :

– Bfrbfrbfbrbbfrbbrf t’es prof toi ?

Oui, je suis prof moi, que cela vous plaise ou non, et qu’importent vos blagues sur les fonctionnaires et leurs habitudes de travail : je n’ai jamais eu besoin auparavant de travailler dans le service public pour m’arranger des horaires plutôt appréciables laissant une bonne part à la vie privée et aux loisirs plus ou moins illégaux. Je me contente de hocher la tête en reportant mon attention sur le roulage de ma clope améliorée en lâchant du ton le plus tranchant et désintéressé qui soit :

– Et ?

Ce simple mot, allié à mon charisme étonnamment développé pour être celui d’un simple homme, suffit en général à susciter une ultime réaction de la part de mon auditoire qui se sent immédiatement vaincu et écrasé par une rhétorique dont ils ne pouvaient pas même envisager un seul instant qu’il eût été possible de posséder.

– Bah prof quoi… toi en plus…

Je ne dis rien, j’ai déjà assez perdu de temps en formalité et ne leur offre pour seule réponse que le bruit de ma langue sur le collant de ma feuille suivi de celui de la roulette du briquet alors que je continue de contempler un point au hasard légèrement au-dessus de leur crâne. Je les laisse s’engoncer dans leur crasse ignorance et leurs moqueries béates avant de les achever par un ultime « bah oui, comme quoi ».

Cela fait maintenant six mois que j’enseigne au collège, habilement situé de l’autre côté des barres d’immeubles de la téci locale, dont j’accueille chaque jour la descendance avec autant de plaisir que j’en aurais à m’arracher les ongles avec les dents avant de plonger les mains dans une solution à base de gros sel, de citron et d’acide nitrique ou sulfurique ou tout autre acide en ique. Sauf pour ma classe de sixième parce que je les aime bien et qu’ils sont encore mignons à cet âge.

Tout a commencé au rectorat, institution sacrée dont j’ignorais l’existence et la position jusqu’à ce que je reçoive un rendez-vous pour me demander si je pouvais être embauché sans risquer d’assassiner un ou deux élèves. J’avais pris l’appel téléphonique lors d’un vol en deltaplane plutôt délicat au niveau des « gorges de la mort » comme les appellent les indigènes qui peuplent les lieux, et tentais de redresser ma barre d’une main tandis que je lançais quelques citations bien choisies à mon interlocutrice. Elle me proposa une entrevue dès le lendemain avec un inspecteur, qui se poursuivrait le soir venu autour d’un dernier verre en sa compagnie. Je raccrochais en gloussant trois fois de façon très virile avant de me poser au milieu de la foule qui m’attendait en contrebas, réalisant mon énième défi au profit d’une boisson énergisante que je n’aimais même pas, ébouriffant les cheveux d’un petit garçon probablement aryen qui me contemplait avec les yeux miroitant d’admiration pour ce qui devait être sur le moment le modèle masculin le plus poussé qu’il n’ait jamais vu.

Le véritable problème avec les harems, et je suppose que nous avons tous été confrontés à cette situation un jour ou l’autre, reste celui du choix de la compagne pour la nuit à venir. J’avais opté pour Talya ce soir-là, qui en plus d’être pourvue d’une oreille pleine d’attention pouvait se prévaloir d’une paire de seins qui captait tout autant la mienne (d’attention). Le dîner fut sommaire, à la fois par mon manque d’appétit et par l’absence de Romane Conty, seul vin capable d’accompagner la viande du quelconque animal rare que l’on nous servit. J’avais besoin de parler, et Talya le comprit rapidement quand elle se rendit compte que je n’étais capable de la satisfaire que pendant à peine quatre heures et demi.

– Quelque chose ne va pas (accent brésilien / latino / espagnol / allemand de l’ouest).

– Je ne sais Talya. Comme disait Marie de France, Quant de lais faire m’entremet, Ne voil ublïer Bisclavret. J’ai reçu un appel aujourd’hui, pour me proposer de devenir professeur de français.

– Bfrbfrbfbrbbfrbbrf prof toi ?

– N’oublie pas ta place Talya, souviens-toi lorsque je t’ai sauvée de cette cinquantaine d’agents de la CIA à Prague, seulement armé d’une serviette rafraîchissante pour les mains et d’une carte de visite non-rigide.

– Je me souviens Al. Je n’oublierai jamais quel sentiment j’ai éprouvé alors. Ce désir qui encore aujourd’hui me taraude et me fait apprécier chaque seconde de mon existence.

– Tu me connais Talya…

– Pas tant que ça au final.

– Ne m’interromps pas. Tu me connais Talya, tu sais qu’au fond de moi sommeille un petit poussin fragile et effrayé à l’idée de mal faire les choses.

– Un petit poussin ?

– C’est une métaphore Talya.

– Tu maîtrises si bien les figures de style !

– Tu as raison. Je suis fait pour enseigner le français. Merci de m’avoir écouté.

J’ai ensuite fini la nuit seul en jouant au casse-briques sur mon smartphone, bercé par le bruit des vagues clapotant sur la coque aussi nacrée que blindée de mon yacht privé (assonance en é, allitération en k).

Je me suis rendu au rectorat le lendemain, afin de mener à bien cette entrevue, avec ce mystérieux inspecteur qui souhaitait me rencontrer. Bien que cela me rappelait étrangement mes mésaventures au Tchad lorsque j’avais libéré l’ambassade française d’une cinquantaine d’agents de la CIA seulement armé d’une serviette rafraîchissante pour les mains et d’une carte de visite non-rigide, je pénétrai le bâtiment et me dirigeai vers le bureau d’accueil où une femme me fit signe d’attendre avec sa main car elle était au téléphone. Seul un immense travail de self-contrôle et le souvenir des vacances dans les Landes de ma jeunesse m’ont retenu de tirer le glock 9 dont je sentais la froideur du métal entre mes doigts crispés.

Après ce qui me parut être des siècles, on me renseigna le bureau de l’inspecteur, que je gagnais en marchant d’un pas svelte et rapide et qui m’avait autrefois valu mon surnom de « Vif Argent l’éclair indompté de Zeus et de Thor confondus comme s’ils avaient fusionné comme dans Dragon Ball Z ou comme une fusion comme quand on fait chauffer du métal très chaud avec un autre pour n’en faire qu’un ».

Il était là, assis derrière un immense bureau en marbre. Deux verres de whisky 20 ans d’âge attendaient sur un plateau d’argent alors que la sarabande d’Haendel raisonnait dans toute la pièce. Son visage était caché dans l’ombre, et je n’avais vu que sur son costume d’un noir impeccable et ses mains croisées sur son sous-main de cuir piqueté de fil d’or. D’antiques volumes reposaient sur des étagères de bois précieux et l’écran dernière technologie d’un ordinateur était ouvert sur VLC Media Player, indiquant qu’on en était à la moitié de la musique.

– Monsieur Ducoudray, vos exploits vous précèdent.

– On ne me le dit que trop souvent, Monsieur… ?

– Monsieur L’Inspecteur. Je vous en prie, asseyez-vous.

– Vous semblez en connaître beaucoup sur moi. Plus que moi sur vous en tout cas, car je ne sais rien de vous.

– Une logique imparable qui fait votre réputation. On ne m’avait donc pas menti.

– À quoi bon l’aurait-on fait ?

– C’est vrai.

– Une fois encore.

Il me tend un verre, je prends l’autre, par habitude et le sirote doucement. Le nectar est exquis et je lève mon verre à la santé de mon hôte.

– Monsieur Ducoudray, si je voulais vous voir ce n’était pas pour…

La musique venait de couper et il prit un instant pour reculer son immense siège afin de la relancer.

– Monsieur Ducoudray, si je voulais vous voir, ce n’était pas pour parler de vos réalisations passées, aussi glorieuses soient-elles : la Libération de 45, l’invention de la carte Navigo, les courants de pensées philosophiques du XXème siècle ou encore le 11 septembre. Je n’évoquerais pas non plus la création de Facebook, le plafond de la chapelle Sixtine ou le premier pas sur la Lune. Et encore moins le brassage de ce whisky que nous sommes en train de déguster.

– Vous venez pourtant de le faire.

– Diable Ducoudray, n’avez-vous donc jamais tort ?

– Cette question est un paradoxe, le seul moyen que j’aurais d’avoir tort serait de l’admettre, mais dès lors ce ne serait plus le cas.

– …

– Pourquoi vouliez-vous me voir alors Monsieur l’Inspecteur ?

– Pour vous proposer un travail.

– Ni plus ni moins ?

– Pardon ?

– Non oubliez.

– Monsieur Ducoudray, vous sentez-vous l’âme d’un professeur ?

– Vite fait.

– Pourquoi vouloir devenir professeur ?

– Heu…

– Je vois.

Il s’interrompit à nouveau pour remettre une troisième fois la musique.

– Si vous aviez la version longue vous ne seriez pas obligé de vous interrompre toutes les 4 minutes et 3 secondes.

– Certes mais cela n’est pas le but de notre discussion.

– Certes.

– Certes.

– Nous sommes d’accord.

– Monsieur Ducoudray, quelle est votre expérience avec les enfants ?

– Sur le plan légal ou sur le plan de ce qui m’a valu une condamnation à perpétuité avant que je ne fuie la France ?

– Restons entre honnêtes hommes.

– J’ai quelques pulsions pédoph –

– Je parlais de l’autre honnêteté.

– Hmm dans ce cas j’ai plus l’habitude de les noyer à la naissance. On fait ça le week-end autour d’un bon barbeuc sur mon yacht. Ça attire pas mal de monde. Il faut s’inscrire un peu à l’avance pour…

– D’accord. Et votre expérience de la littérature ?

– Je sais lire.

– Parfait. Pourriez-vous me citer du Mark Twain ?

– “Il y a trois choses qu’une femme est capable de réaliser avec rien : un chapeau, une salade et une scène de ménage.”

– Quelle est la première chose que vous feriez étudier à vos élèves en classe ?

– L’art d’être un tant soit peu crédible en ce monde.

– Comment vous y prendriez-vous ?

– Avec des clés de bras et beaucoup de passion.

– Savez-vous que la violence à l’égard des enfants est proscrite Monsieur Ducoudray ?

– Va dire ça à Anne Franck.

– Plaît-il ?

– J’accepte votre poste de professeur.

– Quoi ? mais…

– À bientôt Monsieur l’Inspecteur, ou devrais-je dire… Monsieur de Balzac.

– Quoi ? Vous m’aviez percé à jour malgré le fait que je suis caché dans l’ombre de la pièce ?

– Inscrivez cela sur les choses à ne pas me rappeler lors de notre prochaine entrevue.

Je quittais le bureau afin de rejoindre Ophélie, la stagiaire qui m’avait appelé la veille pour le rendez-vous, et qui était étonnamment aussi désirable qu’une femme aux formes parfaites et ne parlant pas trop. Après une nuit à lui enseigner l’amour et la frustration de ne plus jamais avoir l’occasion de se sentir aussi bien, je rejoignais mes quartiers afin de préparer mes cours. Ayant mené des études dans le domaine de la communication, de la publicité et de la sécurité rapprochée en plus des lettres, la tâche était pour moi des plus simples.

Bon, on fera une dictée demain, on avisera plus tard.

C’est ainsi que commencent mes aventures sous le titre de professeur de français. Les relater entièrement est l’œuvre d’une vie que je suis prêt à vous consacrer. Mais il faudra pour cela prendre votre mal en patience d’ici là…

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Shrooms, Paddy Breathnach, 2008

Je me rappelle ce fameux jour où, adossé au bastingage du pont de mon yacht fraîchement acheté avec l’argent des cotisations et multiples autorisations de découvert contractées auprès d’une douzaine de banques différentes, ce jour, donc, où je sirotais un mojito préparé par une plantureuse bimbo aux avantages plus que généreux, tombée sous mon charme après que je lui ai récité quelques vers de Lord Byron, ce fameux jour où je pouvais sentir sur mon visage le souffle enjoué et farceur d’une brise chaude parcourant mes cheveux en désordre, virevoltant en boucles brunes et retombant sur mes lunettes de soleil dernier cri, ce jour où, disais-je, ma vie bascula.

Cela faisait plusieurs mois que j’avais réussi à échapper à la justice de mon pays, et m’égarer en eaux territoriales me semblait être le plan le plus abouti pour ne jamais avoir à me frotter de nouveau aux plus hautes autorités d’une contrée dont j’étais devenu le paria. La réussite n’a jamais été considérée d’un bon œil lorsque vous n’êtes pas prédisposé à la recevoir, de par le sang, le travail ou le talent, et ma fulgurante ascension au sein du gouvernement à cause d’un bug informatique, suivi de mon refus de lâcher les brides d’un Etat qui fut le mien pendant approximativement 15 secondes me valurent l’ire des plus grands dont j’avais soi-disant usurpé la place. Mais je me trompais, et je plissais les yeux lorsque ma quiétude fut troublée par l’intempestive sonnerie de mon smartphone dernier cri. Deux lettres capitales blanches se détachaient sur l’écran noir barré d’un petit téléphone en train de vibrer, signe que je recevais un appel. Gibet. Il m’avait donc retrouvé. Poussant un soupir et confiant mon verre encore plein à l’une des nombreuses beautés qui m’avaient suivi dans mon périple grâce à l’acompte à quelques millions dont je les avais gratifiées, je me rendais à la proue, décrochant à la volée, chemise à fleur ouverte au vent, barbe de trois jours et cigare cubain à la bouche, lâchant un laconique : « Ouais ? »

La réponse se fit attendre, car je n’appris que plus tard qu’il s’agissait d’une erreur de manipulation qui avait déclenché l’appel alors que le téléphone de Gibet se trouvait dans sa poche. Après être resté en ligne pendant près de 57 minutes, tirant sur mon cigare en contemplant l’horizon, je pus entendre un « Ah mince ça appelait » avant que Gibet ne daigne me parler : « Ah salut A… heu Aloïs ? C’est comme ça ton nom déjà ? Ok je voulais savoir quand tu ferais un article pour Lunécile. Salut. », avant de raccrocher sans même me laisser le temps d’en placer une. Je lui envoyais un message, lui énumérant mes disponibilités, et auquel je reçus pour seule réponse : « Salut c ki ? ^^ ». Il voulait me tester, c’était évident. Je ne pouvais plus reculer, cela faisait trop longtemps que je fuyais mon inexorable destin. Claquant des doigts sèchement, la plus belle et la plus dénudée des femmes que vous pourriez imaginer m’apporta mon long manteau d’hermine que j’enfilais avec la classe légendaire d’un corbeau empereur, disparaissant dans l’ombre du navire : « Qu’on ne me dérange plus, j’ai à faire… ».

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Après ce préambule, toujours des plus courts avec moi, il est temps de s’attaquer à l’épineux film d’horreur du jour, le bien nommé Shrooms. Comme vous le constaterez assez rapidement, mon introduction n’a absolument rien à voir avec l’histoire de ce chef-d’œuvre intemporel duquel je m’apprête à vous livrer la critique la plus objective qui soit.

Plantons un peu le décor : sorti en 2006 sous la direction de Paddy Breathnach, dont c’est le premier film d’horreur (réalisateur également de Coup de peigne et Irish Crime si cela vous parle, personnellement non), Shrooms nous propose une histoire ambitieuse, complexe et aux rebondissements des plus ingénieux, qui lui valent la note de 1.7/5 sur Allociné, spectateurs et presse confondus. Servi par une tripotée d’acteurs aussi fameux que Lindsey Haun, Jack Huston ou Max Kasch (le second étant le seul à avoir une filmographie plus étoffée qu’un épisode de Cold Case), Shrooms est exactement le genre de film dont j’aurais pu écrire le scénario pour caricaturer l’ensemble des films d’horreur à destination d’une cible adolescente. Le souci, c’est qu’en l’absence de didascalies rigolotes, le résultat final est presqu’aussi nul que la performance de l’Espagne au mondial de football. Le film démarre rapidement, avec un groupe d’amis composé de deux mecs et trois filles se rendant en Irlande pour rejoindre un de leurs potes  resté là-bas afin d’ingurgiter quelques kilos de champignons hallucinogènes. Ce synopsis aurait pu être une base intéressante, dans la mesure où les stupéfiants ne sont finalement que peu présents dans le domaine des films d’horreur. Cela dit, vous verrez qu’ils seront rapidement éludés. Après un court voyage en avion, voici donc nos 5 compères, dont l’un ressemble à s’y méprendre au junkie à cheveux longs dans Clerks, fraîchement débarqués dans la contrée des Leprechauns et autres monstres mythologiques à la crédibilité douteuse quand on n’a pas quelques grammes de bière dans le sang. Rapidement rejoints par le fameux Jake (joué par Jack), les voici prêts à prendre la route vers l’aventure. A ce niveau du film, il est intéressant de procéder à une description des personnages qui composent cette joyeuse bande :

– Tara, l’héroïne du film, une blonde, célibataire, amoureuse de Jake ;

– Jake, le fameux pote irlandais, devenu une sorte de druide local vu ses connaissances dans le domaine des forêts glauques, des champignons hallucinogènes, des légendes locales et des coutumes des indigènes irlandais (oui oui) ;

– Troy, le fameux gars qui ressemble au vendeur de drogue de Clerks, en couple avec Lisa ;

– Holly, une brune pas mal foutue qui campe le rôle de la pimbêche du groupe, en couple avec Bluto ;

– Bluto (mais moi j’entends Pluto), le mec bodybuildé, con comme un manche et obsédé sexuel – il en faut toujours un dans ce genre de film de toute manière ;

– Lisa, une autre brune mais moins bien, qui ne s’entend pas du tout avec Holly.

Dernière précision, Tara est partagée, anxieuse de vivre cette expérience d’aller jusqu’en Irlande pour aller manger des champi et le fait de revoir Jake avec qui elle a semble-t-il eu une idylle et qu’elle veut carrément serrer même si elle est trop timide pour ça.

Jake rejoint donc nos amis à bord de son van pourri et ils prennent la route ensemble. Pendant le trajet, il leur distille quelques conseils et anecdotes, leur expliquant que les trips sous champis sont différents selon chaque personne, et qu’il vaut mieux être en extérieur pour communier avec la nature. C’est pour cette raison qu’il a choisi d’emmener toute sa bande dans la forêt la plus craignos du monde, avec de la brume, des arbres noirs, une route sinueuse, et une chèvre qui se jette sous la voiture pendant qu’ils conduisent. S’arrêtant sur le bord de la route pour constater les dégâts, ils sont appréhendés par ce qui ressemble à deux zombies mais qui sont en réalité, comme nous l’apprend Jake, des indigènes irlandais vivant au fond des bois, et qui sont là pour récupérer la chèvre qui constituera leur dîner. Ils leur abandonnent donc l’animal et repartent, pour finalement arriver dans une petite clairière près d’une rivière où ils déploient leurs tentes.

Une fois qu’ils sont installés, Jake propose d’aller à la chasse aux champignons, mais avant ça, insiste pour imposer l’une des fameuses bonnes idées dans ce genre de film : prendre tous les téléphones portables du groupe pour les cacher dans la voiture, afin d’être encore plus proche de la nature. Tout le monde obtempère, même si Pluto râle un peu au début, et se déleste de leur seul moyen de communication avec le monde extérieur. Après cela, ils s’enfoncent dans la forêt à la recherche de plantes magiques. Plusieurs groupes se forment pour partir à la cueillette, ce qui engendre des histoires croisées.

Jake, Troy et Holly trouvent rapidement un coin florissant et commencent à cueillir tout ce qui leur tombe sous la main, en prenant garde de ne pas ramasser les champignons qui ressemblent trop à ceux qu’ils doivent prendre mais reconnaissables grâce au petit point noir sur leur chapeau. En effet, les avaler revient à mourir instantanément, ton estomac, ton cœur et tes poumons explosant dans la seconde. A ce niveau, oubliez tout ce que vous savez sur les champignons. L’amanite phalloïde est une petite joueuse en comparaison, puisqu’elle mettra plusieurs heures voire jours à vous dégommer le foie. Troy, qui a vraisemblablement une curiosité à toute épreuve, s’enquiert de savoir ce qui se passe si par miracle on survit à une ingestion de ce petit champignon. Jake, en connaisseur expérimenté, indique qu’il permet de communier avec les morts et de voir le futur. Incroyable !

De son côté, Tara s’enfonce dans la forêt, spottant au passage Pluto qui essaye de serrer Lisa, mais cette dernière le repousse. Je préviens d’entrée : cette scène n’aura absolument aucun impact sur la suite du film, et vient combler les 45 secondes qu’il devait rester de bande. Après cela, elle ramasse un champignon à point noir et le gobe. Parce que oui, Jake, qui en connaît plus sur les champignons que toute la communauté scientifique de ces 50 dernières années, n’a pas jugé bon de prévenir ses amis AVANT qu’ils ne partent chacun de leur côté. Tara se trouve alors prise de convulsions filmées avec un effet assez navrant de tremblotage de caméra et de flou mal maîtrisé avant que Jake ne la trouve et vienne à son aide en s’agenouillant paniqué à côté d’elle et en criant son nom. Visiblement, sa technique a l’air de fonctionner et Tara se relève, juste un peu patraque. Pour la consoler, Jake lui dit qu’elle aurait pu y rester et ils retournent auprès des autres qui ont ramassé plein de champignons.

La nuit tombe et voilà nos six compagnons de retour au campement. Jake s’emploie à préparer un thé au champignon qui devra mariner toute la nuit tandis que tout le monde se réunit autour du feu, sauf Tara qui va se coucher pour se reposer et probablement régénérer ses poumons, son cœur et tout ce que l’ingestion d’un champignon de 2 centimètres de haut a instantanément fait exploser en elle. Lisa demande alors à Jake de leur raconter une histoire d’horreur locale, et notre ami s’y emploie avec ferveur, précisant qu’il s’agit d’une histoire vraie, et que c’est pour ça que c’est flippant.

Il y a très longtemps de cela, au moins dix ans, il y avait un asile qui recueillait des enfants. Mais il était dirigée par le FRERE NOIR, un moine cachant son visage sous une tunique de couleur nuit, et trucidant les enfants avec une lame de rasoir de quelques centimètres. Un jour qu’il avait accueilli deux jumeaux, il en tua un sous les yeux de son frère et lacéra le visage de ce dernier, le forçant à porter un masque pour cacher ses blessures. Le jumeau mutilé s’enfuit, et seul resta témoin un enfant qui avait été abandonné avec les chiens des mois auparavant, et était resté avec eux depuis. Tout le monde a très peur de l’histoire de Jake, et ils décident d’aller dormir, juste après que Pluto a fait son gros lourd et a plombé l’ambiance.

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Le FRÈRE NOIR WALLAH REGARDEZ CE SOUAG

Au milieu de la nuit, Troy et Lisa qui commencent à baiser sont interrompus par un bruit provenant de l’extérieur. Croyant qu’il s’agit de Pluto qui vient se rincer l’œil, Troy sort furibond de la tente pour rejoindre celle de son pote. Il se prend un coup de poing en pleine face de la part de ce dernier, ce qui le calme assez rapidement. Dans le même temps, Lisa et Holly se foutent sur la tronche pour je ne sais plus quelle raison (il me semble que ça part du fait que Lisa ne se rase pas l’entrejambe, cela lui valant le surnom de Chewbacca, ou un truc du genre). Finalement Jake intervient et tout le monde retourne au lit. Mais Pluto se fait chasser de la tente par Holly parce qu’il est trop lourd et il décide d’aller dormir près du feu. Le bodybuilder décide alors de s’enfiler tout le thé qui marine là et de partir tout seul dans la forêt. Les effets se font vite ressentir et il croise une vache avec qui il commence à parler et qui lui dit qu’il est défoncé. Il continue ensuite à s’enfoncer dans la forêt et arrive près d’une voiture dont les phares clignotent.

Pluto parle à une vache

Pluto parle à une vache

Peu de temps auparavant, Jake avait expliqué qu’il s’agissait d’un signal pour dire qu’un couple est en train de s’envoyer en l’air à l’intérieur et que si un mec les rejoint, il aurait le droit à une petite pipe de madame. Malgré le fait que la voiture se trouve en plein milieu des bois, qu’elle soit couverte de mousse et de feuilles et aussi rouillée que si elle avait été là depuis 20 ans, Pluto s’approche allègrement et tape au carreau pour se faire pépom. La vitre se baisse, mais on ne voit pas l’intérieur du véhicule car il fait trop noir. Le plan revient sur Pluto qui semble-t-il commence à se faire sucer vu son visage illuminé de bonheur. Mais rapidement, la gâterie tourne au drame, car, dans un craquement sinistre, voilà notre fier héros amputé de son viril membre, une tache de sang venant rougir tout son caleçon (parce que ouais, il s’est foutu en caleçon et en t-shirt avant de partir dans la forêt). Tombant sous la douleur, une ombre sort de la voiture et vient se positionner au-dessus de lui avant de lui administrer un coup de hache en plein derrière la tête. A ce moment, Tara se réveille. Ce n’était qu’un rêve prémonitoire ! Elle court dans la forêt en appelant Pluto et le retrouve à côté de la vache avec qui il est en pleine discussion. Ils rentrent ensemble au camp. Ouf.

Le lendemain matin, Pluto a disparu. Ses vêtements sont toujours par terre à côté du feu, la théière vide, ce qui embête Jake parce que c’était pour six personnes. De plus, il a embarqué les téléphones avec lui. Tout le monde décide de partir à sa recherche, se séparant en un groupe de filles et un avec les deux gars. Tout le monde s’enfonce dans la forêt en appelant Pluto mais seul le silence leur répond. Jake et Troy s’arrêtent pour fumer un joint et parler de sexe, de Pluto et des événements d’hier soir. Le plan repasse sur le groupe de filles, dont Holly et Lisa sont occupées à nouveau à s’embrouiller. A tel point que Lisa finit par pousser sa rivale dans un fossé, ce qui n’est pas super sympa. En se relevant, Holly aperçoit alors une main sortant de sous les feuilles mortes, et, relié à cette main, le corps de Pluto ! Terreur, effroi, pleurs, cris. Tara tente de réconforter Holly en lui disant de se calmer (pendant que Lisa est roulée en boule en proie à ce qui se rapproche d’un traumatisme psychologique profond, mais comme elle crie pas, il n’y a pas besoin de la calmer).

Puis Tara s’enfonce un peu plus dans la forêt, attirée par un étrange pressentiment. Et soudain, pouf, prémonition. Elle voit Lisa en train de fuir jusqu’à une cabane au milieu des bois. Sortant de son rêve, elle voit alors au loin la forme du FRÈRE NOIR, voûté, avançant vers elle une hache à la main. Elle retourne vers ses amis, leur criant de fuir, ce qu’elle s’empresse de faire sans chercher à savoir pourquoi. Lisa fuit donc à travers les bois jusqu’à tomber sur oh tiens une cabane au milieu des bois. En l’entendant arriver en criant, les occupants en sortent : ce sont les deux types crades qui ont chopé la chèvre la veille. Même s’ils ont l’air carrément plus flippants que n’importe quel monstre de film d’horreur, elle leur demande de l’aider, et ils la font rentrer à l’intérieur. La scène qui suit est juste sortie de nulle part :

1) Lisa leur demande s’ils ont un téléphone.

2) Chance ! Ils en ont un, juste accroché au mur.

3) Il ne marche pas.

4) Bah ouais, la question c’était est-ce qu’ils ont un téléphone, pas s’il marche lol.

5) L’un des deux mecs chelous arrête pas de baver en faisant de grosses allusions sexuelles.

6) On apprend que les deux mecs chelous sont en fait d’anciens détenus de maison de correction qui avaient été internés pour avoir copulé avec une chèvre et un veau.

7) Ça fait 20 ans qu’ils sont dans la forêt à s’enfiler des champis, ce qui explique leur état un peu pourri.

8) Lisa leur demande s’ils ont une salle de bains.

9) Chance ! Ils en ont une, juste derrière.

10) Lisa s’enferme dans la salle de bains.

11) Elle attrape un morceau de ferraille qui traîne là, prête à se défendre si on tente de l’abuser ou pire.

12) Quelque chose est rentré dans la maison, Lisa se penche pour essayer de voir ce que c’est à travers les trous de la porte.

13) Une main passe soudain à travers le trou de la porte pour essayer de l’attraper et par instinct elle lui assène un coup en plein sur le bras !

14) La scène revient sur Holly et Tara lol.

Holly et Tara se retrouvent comme par enchantement (enfin pas tant que ça, à l’annonce d’un danger mortel lui intimant de fuir de toutes ses forces, Holly a préféré ruser en se planquant derrière un arbre aussi épais qu’un avant-bras de nourrisson) et commencent à courir. Elles débouchent alors sur une rivière tandis que sur la rive d’en face, Troy et Jake qui ont fini de fumer apparemment apparaissent, leur criant de se retrouver plus loin, dans une maison abandonnée (toujours les bons conseils de Jake). Holly et Tara recommencent à courir en longeant la rivière jusqu’à ce que Tara dise à Holly qu’elle avait vu ces événements grâce à ses rêves magiques. Holly la pousse alors en plein dans la boue en lui disant un truc comme « Tu l’avais pas vu venir celle-là hein ? lol » Et c’est ce moment que choisit Tara pour une nouvelle prémonition.

Et c’est là que le film commence doucement à sombrer en-dessous du fond de la mer qu’il avait déjà atteint. En effet, dans cette prémonition, Tara voit Lisa courir dehors, se cacher à proximité d’un enchevêtrement de branches. Les deux indigènes irlandais apparaissent alors, armés, en disant « On aurait pas dû te laisser sortir, il connait ton odeur maintenant » mais Lisa se cache au milieu de ce gros tas de branches, pour tomber nez à nez avec une sorte de créature mi-homme mi-bête aux dents aiguisées et qui l’attaque après qu’elle lui a offert un bonbon. OUI ! C’est ça la prémonition ! Alors qui connaît l’odeur de qui, qu’est-ce que c’était que ce bras qui avait tenté d’attraper Lisa dans la maison, pourquoi les deux indigènes la poursuivent, armés de haches rudimentaires ? La réponse est simple : on ne le saura jamais.

En effet, suite à cette vision, Tara se relève de la boue dans laquelle elle patauge depuis tout à l’heure et lâche sans pression : « Lisa est morte ». Holly ne veut pas la croire (et on la comprend un peu pour le coup) mais l’héroïne blonde lui intime de tirer la corde attachée au poteau qui se trouve à quelques mètres de la rive, en plein milieu de l’eau. Sans poser plus de questions, Holly s’exécute et oh ! le corps de Lisa est attaché au bout de la corde. Cris, pleurs, cris, et recris. A ce moment, Holly décide que Tara fait un peu légèrement flipper sa race et lui demande qui sera le prochain sur la liste, ce à quoi elle lui répond : « C’est moi ». Il n’en faut pas plus pour la courageuse Holly qui décide d’abandonner sa pote pour pas avoir à mourir bêtement, et disparaît en avançant le long de la rive, abandonnant Tara à son triste sort.

Le plan passe directement sur Holly suite à cela, alors qu’elle avance au milieu de roseaux, de l’eau jusqu’à la taille. Soudain, elle s’arrête de marcher, comme interpellé par quelque chose, probablement une intervention divine, ou un insecte qui brille. Et là, forcément, LE FRÈRE NOIR ALLEZ LA sort de l’eau sans un bruit, juste derrière elle, la chope à deux bras et se jette dans la rivière en entraînant l’infortunée Holly qui aura passé la moitié du film à crier.

Pendant ce temps, Tara a eu la vision de son amie en train de se faire avoir comme une débutante et décide de rejoindre la maison abandonnée, en ramassant une hache qui traînait là dans l’eau comme par magie. On arrive alors à ladite maison où Jake et Troy viennent d’arriver. Ils pénètrent à l’intérieur, découvrant des vestiges de l’antique asile du FRÈRE NOIR où les cris des damnés raisonnent encore entre ces murs maudits. Ils commencent à paniquer un peu et courent sans réel but jusqu’à ce que Jake passe une porte qui se referme derrière lui tandis que Troy se fait poignarder dans le ventre par un mystérieux tueur qu’on ne voit pas et meurt. Oui voilà, ne cherchez pas à comprendre. Jake de son côté est trop terrifié et se jette de la fenêtre du troisième étage, s’explosant la jambe dont l’os ressort assez salement. Heureusement, Tara arrive à ce moment, et l’aide à se relever, lui disant qu’en se serrant les coudes ils peuvent s’en sortir. Oui, ça aurait été moins bête de ne pas se séparer dès le début mais bon, film d’horreur oblige, etc, etc…

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Ça a l’air de faire marrer Jake d’avoir perdu la moitié de sa jambe. Et regardez la justesse, la maîtrise des émotions, le flux des sentiments qu’on peut percevoir à travers le regard de Tara (qui doit être en train de mater le perchiste…)

Mais voilà LE FRÈRE NOIR HAHAHAHAHAHA qui apparaît au détour d’un arbre, marchant vouté à 500 mètres d’eux. Tara dit à Jake de rester où il est (de toute manière vu l’état de sa jambe il aurait difficilement pu faire autrement) et avance, armée de sa hache. Jake entend alors un bruit au-dessus de lui, lève la tête et là LE FRÈRE NOIR ENCORE TU T’Y ATTENDAIS PAS EN GROS PLAN EN PLUS INCROYABLE TELLEMENT INCROYABLE. Mortellement blessé par cette apparition du visage en gros plan du FRERE NOIR, Jake s’écroule lourdement, ce qui fait se retourner Tara qui court vers lui en paniquant. Mais il est trop tard pour lui, et il s’éteint en lui disant « Je t’ai toujours aimé ». Tara commence à pleurer au-dessus de son corps puis prend conscience que ce n’est peut-être pas très pertinent de rester là et reprend sa course. Elle fait bien car à environ 12 kilomètres au loin, on peut distinguer la silhouette encore plus courbée, avançant à la vitesse fulgurante d’une queue à la caisse d’un supermarché un samedi après-midi. Malgré cela, Tara ne semble pas parvenir à le distancer, puisque pendant deux minutes vont se succéder des plans où elle court et des plans du FRÈRE NOIR qui continue à marcher comme s’il était en train de chercher des chataignes sous les feuilles.

Finalement, Tara arrive à rejoindre le campement. La police est là, avec des ambulances, et on peut voir des gardiens de la paix embarquer les deux indigènes, apparemment persuadés qu’il s’agit des assassins malgré le fait que blondinette n’arrête pas de répéter : « C’est pas eux les tueurs, c’est pas eux les tueurs » mais comme disait Giovanni, maître de l’arène de Jadielle, il faut toujours désigner un coupable alors autant prendre ceux qui en ont la tronche. Tara quant à elle est prise en charge par l’équipe médicale et emmenée en ambulance loin de ce lieu de perdition.

A l’intérieur du véhicule, le médecin qui s’occupe d’elle commence à lui taper la discute, parce qu’il est américain lui aussi. Mais à ce moment, le téléphone de Tara se met à sonner. Le fameux téléphone qui était censé avoir été volé par Pluto ! Tout lui revient alors en tête : c’était elle la meurtrière depuis le début. Chaque scène d’assassinat voient LE FRÈRE NOIR SA MÈRE se faire remplacer par Tara, apparemment sous l’emprise du champignon maudit depuis le début et animée d’une rage meurtrière, jusqu’à tuer Jake en se faisant à elle-même la fameuse déclaration d’amour finale. C’est elle qui s’était cachée derrière un arbre et avait fait croire à Pluto qu’il parlait à une vache avant de lui balancer un coup de hache en travers du crâne. C’est elle qui a explosé la tronche de Lisa sous les frondaisons avant d’aller l’attacher à une corde, juste avant de suivre Holly pour aller la noyer, rejoindre la maison pour poignarder Troy et mettre fin aux jours de Jake. Tout prend sens (enfin un petit peu quoi) puis Tara décide de buter l’ambulancier. Le film s’achève sur le plan de la vitre de l’ambulance, par laquelle Tara regarde, couverte du sang de sa dernière victime. FIN.

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En conclusion, on peut donc dire de Shrooms qu’il s’agit d’un teen movie d’horreur comme on en fait des millions, bourré de clichés, d’incohérences et de plans mal filmés. Sa seule différence est d’apparaître un peu plus souvent que ses condisciples du même genre dans les classements. Il a pour mérite de ne durer qu’1h20, ce qui n’en fait pas une épreuve insurmontable. Mis à part cela, entre jumpscares inexistants, intrigue inexistante, cohérence qui l’est tout autant, fin bâclée rehaussée d’un rebondissement qu’on voit poindre dès les vingt premières minutes, des personnages pas attachants, pas charismatiques et qui pourraient servir de définition au mot caricature… Et si l’on pensait pouvoir se rattraper sur l’aspect gore pour combler un peu maladroitement cet ensemble précaire et vide, on sera vite déçu quand on découvrira que les seules gouttes d’hémoglobine sont celles qui parsèment gentiment le visage des personnages quand ils tombent un peu trop rudement ou se prennent des branches d’arbre. Bref, un film d’horreur comme il s’en fait malheureusement à foison et qui constituent la majorité de la bibliothèque du genre. Amen Shrooms, tu ne resteras pas dans mon esprit : la preuve en est, j’ai dû me retaper certaines de tes scènes pour me rappeler de ce qu’il se passait malgré le fait que j’ai écrit cet article le lendemain de ton visionnage. En espérant que je ne me souviendrais pas de toi lors de mes prochaines prises de stupéfiants sous forme d’amanites.

Les tops et flops ciné 2013 de Robin et Aloïs !

LE TOP 10 CINÉ 2013 DE ROBIN

10 – La Vie d’Adèle : Chapitres 1 et 2, Abdellatif Kechiche

9 – Conjuring : Les Dossiers Warren, James Wan

8 – Mud : Sur les rives du Mississippi, Jeff Nichols

7 – Lone Ranger, naissance d’un héros, Gore Verbinski

6 – Gravity, Alfonso Cuarón

5 – Zero Dark Thirty, Kathryn Bigelow

4 – Samsara, Ron Fricke

3 – Django Unchained, Quentin Tarantino

2 – Le Hobbit : La Désolation de Smaug, Peter Jackson

1 – Cloud Atlas, Andy et Lana Wachowski et Tom Tykwer

LE TOP 9 CINÉ 2013 D’ALOÏS

Le Hobbit : La Désolation de Smaug, Peter Jackson

Django Unchained, Quentin Tarantino

Kick-Ass 2, Jeff Wadlow

Monstres Academy, Dan Scanlon

7 Psychopathes, Martin McDonagh

Pacific Rim, Guillermo Del Toro

Le Dernier Pub avant la fin du monde, Edgar Wright

Riddick, David Twohy

Thor : Le Monde des ténèbres, Alan Taylor

LE FLOP 5 CINÉ 2013 DE ROBIN

5 – Spring Breakers, Harmony Korine

4 – Insidious : Chapitre 2, James Wan

3 – Kick-Ass 2, Jeff Wadlow

2 – The Mortal Instruments : La Cité des ténèbres, Harald Zwart

1 – Man of Steel, Zack Snyder

LE FLOP 5 CINÉ 2013 D’ALOÏS

Carrie, la vengeance, Kimberly Peirce

Mamà, Andres Muschietti

Evil Dead, Fede Alvarez

World War Z, Marc Forster

Wolverine : le combat de l’immortel, James Mangold

ROBIN ET ALOÏS ARGUMENTENT

La Vie d’Adèle, Abdellatif Kechiche (clique pour voir notre critique collective)

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Robin : Dans La Vie d’Adèle, j’ai adoré la façon dont Kechiche a abordé ses personnages. On a là un film sans filtre, brut, et qui du coup devient très intime, ce qui est renforcé par l’utilisation systématique du gros plan. L’œuvre doit une grande part de sa réussite à l’alchimie entre Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos qui forment un duo tout en complicité et sensualité. Le regard posé par Kechiche sur le visage et le corps des deux femmes est particulièrement puissant et évocateur. Même si l’ensemble est assez inégal, les quelques scènes hyper sensitives, esthétiques, sobres et colorées ont le souffle suffisant pour emporter l’adhésion.

Conjuring : Les Dossiers Warren, James Wan

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Robin : Ce sacré filou de James Wan réussit l’exploit, dans une même année, d’être dans mon top et dans mon flop. On pourrait presque croire qu’il l’a fait exprès. Pour Conjuring, il a récupéré Patrick Wilson (déjà dans Insidious), et l’excellente Vera Farmiga. Il est allé fouiner dans les vieux dossiers des Warren, couple chasseur de phénomènes paranormaux, pour nous ressortir une vieille histoire d’exorcisme à la sauce Salem. Rien de bien original me direz-vous. Sauf que Wan, sorte de prodige de cirque du cinéma d’horreur et gore, s’amuse des codes du genre et met ses spectateurs dans des moments de confort pour mieux les effrayer. J’aime pas trop les films qui font peur, mais je crois que c’est le meilleur que j’aie vu. C’est malsain à souhait, et il y a deux-trois jump scares à vous faire péter votre plafond. Et en plus, on y trouve de vraies idées de cinoche qu’on voit pas dans d’autres films d’horreur.

Aloïs : Conjuring n’est pas bon. « Rien de bien original me direz-vous ». Voilà, tout est dit. Le film n’est pas gore pour commencer, préférant se diriger vers un style horreur où l’ambiance va servir son projet : mise en place des différents éléments, tension croissante, angoisse. Le début y parvient avec brio, j’ai été très surpris, m’attendant à voir là un bon film d’horreur. Mais ça s’arrête là, au moment même au final où les héros se mêlent à l’histoire. Dès lors, le scène fait intervenir des personnages inutiles dont on ne connait ni le but ni le nom, les cumulant avec des scènes  qui le sont tout autant (parlons de ce fameux moment où monsieur Warren décide entre deux examens du lieu le plus hanté du monde d’aller réparer la voiture qui traine là au fond du jardin). Le reste, c’est du vu et revu, avec en prime d’autres moments wtf qui ne servent toujours à rien : les autres fantômes tombent comme un cheveu sur la soupe, ne servent pas, n’ont AUCUN intérêt. Le fantôme boss final qui semblait être totalement badass, parvenant même à menacer directement les héros en s’en prenant à leur fille se fait finalement rétamer par le pouvoir de l’amour. Comme quoi, vive les photos de famille. D’ailleurs la fin est juste expédiée : « Oh non, ma femme est soudainement contrôlée par l’esprit malin, allons l’exorciser, ça y est, fin ». Et puis la mention : « inspiré d’une histoire vraie », c’est tellement cliché… Et puis bonjour la tête des Warren, comme quoi le cinéma ça te permet de rendre tout le monde carrément beau gosse. Paye ta crédibilité d’histoire vraie. Et puis de toute manière, l’actrice qui joue la mère, c’est celle dans Six Feet Under qui joue la femme de Nat trop pénible.

Robin1) J’ai pas dit que le film était gore. 2) C’est quoi ton délire avec le participe présent ?

Aloïs : Nan mais si on en vient à la grammaire comme seul argument de contre… Avoue AVOUE : les scènes useless, les personnages useless, le fantôme useless.

Robin : Non j’avoue rien, je trouve que tu es un personnage méprisable. Il y a des jump scares de malade mental, une ambiance hyper travaillée, et dans la mesure où la reprise des codes et des clichés (dont fait partie la gratuité, tous les films d’horreur sont par essence gratuits) est assumée et qu’on joue avec ça me pose aucun problème. T’as dû oublier de mettre tes lunettes 3D pendant le film.

Aloïs : Je l’ai regardé sur le support qui lui convenait le mieux, un ordinateur sur une plateforme de téléchargement lambda, et même en 720p, c’était toujours nul. À partir du moment où tu colles « inspiré d’une histoire vraie » sur ton film d’horreur, tu sais que ça va être daubesque.

Gibet : À partir du moment où tu colles « inspiré d’une histoire vraie » sur ton film, tu sais que ça va être daubesque.

Robin : Hitler n’aurait pas dit mieux. C’est tellement facile de vomir sur des clichés en pensant que ça te rend plus original.

Aloïs : En attendant ça rend ton argument caduque.

Robin : Il ne suffit pas de dire que mon argument est caduque pour qu’il le soit.

Aloïs : À l’occasion je te fournirais une longue liste d’au moins deux bons films d’horreur, histoire que tu vois ce qui est bon.

Robin :  Mais oui, ça sera sûrement très instructif, enseigne-moi.

Aloïs : Le début de Conjuring est bien, l’heure et demie suivante non. Dommage pour un film de 1h33.

Robin : Vous avez tort M. Top 9

Aloïs : Excusez-moi de ne pas trouver qu’un fantôme qui pour plus grosse attaque tire les pieds de fillettes endormies soit très effrayant…

Mud : Sur les rives du Mississippi, Jeff Nichols (clique pour voir la critique de Robin)

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Robin : Je vous conseille fortement de passer sur Amazon et d’ajouter à votre panier Mud, un film très chaleureux et franchement bien foutu. C’est pour une fois très plaisant de voir une œuvre qui évoque l’adolescence sans aller chercher les clichés les plus faciles et dégoûtants. Cette histoire d’initiation, quelque part entre Tom Sawyer et L’Ombre du Vent, reprend les codes romanesques du genre avec une grande poésie et se concrétise en l’un des films les plus charmants vus cette année.

Lone Ranger, naissance d’un héros, Gore Verbinski

Robin : C’est très à reculons que je suis allé voir ce blockbuster qui me semblait être un revival dePirates des Caraïbes dans le far-west, mais force est de constater que j’ai été cueilli par un film extrêmement fun et bien ficelé. Verbinski a repris des ingrédients de ses pirateries, mais les bons : une reconstitution et des décors qui invitent à une gigantesque fête foraine, un duo d’acteurs très complice avec des gags parfois un peu réchauffés mais pas déplaisants, et de l’action hyper dynamique montée sur du Rossini comme on en a rarement vu en 2013 (pas même chez Pacific Rim). Ajoutons que le film, qui remémore l’essor des États-Unis aux débuts du chemin de fer et de l’exploitation des mines d’argent, sort des sentiers battus du blockbuster en rappelant que ce développement yankee s’est appuyé sur des violences faites aux populations amérindiennes. C’est peut-être ce ton légèrement polémique qui a causé le vautrage de Lone Ranger au box-office.

Gravity, Alfonso Cuarón

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Robin : James Cameron, qui n’est pas une bille en effets spéciaux, avait dit à Cuarón qu’il serait incapable de réaliser son projet avant plusieurs années. Mais le metteur en scène mexicain a finalement tenu son pari avec Gravity, film qui réussit le tour de force de présenter un huis-clos dans un espace infini. Les pérégrinations de Sandra Bullock sont angoissantes et rythmées, si bien qu’on en regretterait presque de n’y passer qu’une heure et demi. Loin des réalisateurs prétentieux et pompiers qui s’imposent et nous imposent des effets de style grotesques pour impressionner, Cuarón, en diminuant au maximum le nombre de plans pour gagner en fluidité, nous fait perdre nos repères. C’est quand on se surprend à se dire « c’est vachement réaliste » alors que nous, commun des mortels, ne sommes jamais allés dans l’espace, qu’on se dit qu’il est sacrément fort, ce mexicain.

Zero Dark Thirty, Kathryn Bigelow

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Robin : En s’appuyant sur un académisme extrêmement poussé (plans et photographie impeccables), Kathryn Bigelow s’attaque aux obsessions américaines des dix dernières années : la traque de son bourreau, Oussama Ben Laden. Le regard posé sur l’administration américaine prête à employer les moyens les plus coûteux et les plus douteux pour abattre le dahu est sans concession. Que d’hommes, que de cerveaux, que de dollars ont été employés dans cette frénésie pour chasser l’ennemi public numéro 1 ! Jessica Chastain incarne brillamment ce cerveau, cette vie meurtrie, cette schizophrénie jusqu’au bout de ses ongles rongés. Et, jusqu’à l’emballement final (l’assaut contre Ben Laden mis en scène en temps réel), Zero Dark Thirty devient cet impitoyable et efficace thriller tamisé.

Samsara, Ron Fricke

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Robin : Avec sa caméra 70mm, Ron Fricke a parcouru pendant plusieurs années 25 pays du globe pour son film Samsara, œuvre hybride entre le zapping de Canal + et un documentaire de la chaîne Planète. Les images, sans commentaires, et enchaînées les unes aux autres dans un ordre logique, nous révèlent notre monde, les merveilles réalisées par la nature et celles réalisées par le génie technique et artistique de l’homme. Il nous montre également, sans pudeur et sans lourdeur, l’exploitation destructrice, sauvage et incontrôlable que nous en faisons. Visionner ce film, c’est subir une expérience existentielle unique : être balloté  entre le ravissement et la culpabilité vous laisse à la fin une drôle d’impression dans le bide.

Django Unchained, Quentin Tarantino (clique pour voir la critique de Robin)

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Robin : En assumant sa volonté de jouer avec les instincts les plus bas, Tarantino réussit pleinement son deuxième volume de la vengeance (qui est souvent fondée sur les instincts les plus bas). Tous les ingrédients du bon Tarantino sont là : le goût prononcé pour le cliché, le soin pris à l’élaboration de dialogues savoureux et jubilatoires, etc. Le monologue de DiCaprio dans une séquence très théâtrale dans la mise en scène est pour moi l’une des meilleures vues en 2013.  Mais pour prendre son pied dans cette nouvelle épopée, il faut adhérer aux ressorts un poil vulgaire de l’œuvre et apprécier la jouissance décomplexée. Un peu comme pour l’échangisme.

Aloïs : Après un Unglourious Basterds que je n’avais pas du tout apprécié malgré mon engouement pour la filmographie de Tarantino, le réalisateur revient sur le thème de la vengeance avec ce qui se veut être dans la droite lignée des westerns spaghetti, et qui y parvient avec succès. Django Unchainedoffre un spectacle tout à fait jouissif en reprenant des codes chers au réalisateur, entre violence gratuite et démesurée, stéréotypes, exagérations, personnages emblématiques et surtout dialogues de haute volée. La performance de DiCaprio est excellente, tout comme celle de son collègue Christoph Waltz, rencontre qui trouve son apogée lors de leur confrontation finale. Même si les scènes de fin alourdissent un peu l’ensemble selon moi (fusillades et explosions à tout va), l’ensemble n’en demeure pas moins jouissif et me fait renouer avec Tarantino après ce petit écart sur la seconde guerre mondiale.

Le Hobbit : La Désolation de Smaug, Peter Jackson

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Robin : Un an seulement après Un voyage inattendu la joyeuse troupe de nains en quête de leur royaume perdu reviennent avec La Désolation de Smaug. Et la trilogie semble avec ce deuxième volet monter en puissance. Cet épisode de transition introduit de nouveaux personnages et se révèle plus spectaculaire et plus épique que son prédécesseur, dans une ambiance toujours féérique mais aussi beaucoup plus sombre. L’expérience est à vivre en HFR, qui permet de suivre les différents combats avec une fluidité sans précédent. Le bijou du film est Smaug, le dragon XXXL (qui ruine définitivement les arguments des antis performance capture), et qui laisse Jackson recourir à son génie de la mise en scène, jouant sur le gigantisme de la bête et le minimalisme des nains. Sur le plan du divertissement et du spectaculaire, Jackson place sa trilogie bien au-dessus de tout le reste aujourd’hui.

Aloïs : Si les Inrocks et quelques détracteurs soulèveront des critiques négatives quant à ce deuxième volet de la trilogie, passez outre et profitez que la populace soit en train de se servir dans les magasins pour profiter du spectacle. Avec une 3D qui réussit au film, la magie, les décors, l’intrigue même vous offre un nouveau voyage au cœur de l’univers de Tolkien revisité par le réalisateur avec brio. Si quelques points sont effectivement sujets à discussion (notamment le personnage de Tauriel), l’immersion reste toujours aussi plaisante, et il tarde d’attendre une année de plus pour visionner le dénouement de la quête de cette joyeuse compagnie de petits hommes.

Cloud Atlas, Andy et Lana Wachowski et Tom Tykwer (clique pour voir la critique de Robin)

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Robin : Les trois réalisateurs de ce sublime film protéiforme construit comme une poupée russe se muent en faiseurs de rêves, conteurs subtiles du monde passé, présent et futur. Œuvre cinématographique inédite et sacrément culottée, Cloud Atlas n’est pas un film que se comprend mais qui se saisit. À travers six tableaux (un film d’époque, un drame, un polar, une comédie, une science-fiction et une fantasy d’anticipation) chronologiquement éparpillés mais intimement reliés par un chassé-croisé constant, le film questionne intimement son spectateur sur sa capacité à exercer son libre-arbitre, sur le sens de sa vie, sur les liens qu’il tisse avec les autres.

Aloïs : Cloud Atlas c’est cool.

Kick-Ass 2, Jeff Wadlow

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Robin : Après un premier opus somme toute sympathique, Kick-Ass remet le couvert avec un deuxième film sous acide. L’effet cartoon est toujours là, mais la première surprise de son prédécesseur est passée. On a voulu ici forcer encore un peu plus le trait et il s’en dégage un visuel d’une grande laideur, sauf éventuellement pour les épileptiques et les daltoniens. Sous couvert de fun, de sauvagerie décomplexée et d’un ton soi-disant « différent » se cachent finalement les mêmes valeurs conservatrices et réactionnaires qui dégoulinent dans toutes les pires saloperies hollywoodiennes. Pour ceux qui aiment le style et l’esthétisme du film, on ne saurait que trop leur conseiller d’aller jeter un coup d’œil à Scott Pilgrim vs The World, autrement plus intelligent, ou d’aller voir un ophtalmo.

Aloïs : Kick-Ass 2 se retrouve dans mon top et ne démérite pas sa place. Le film en a fait tiquer plus d’un, mais j’ai véritablement passé un excellent moment en allant le voir. Entre action et répliques cultes, on ne décroche pas. La critique la plus récurrente revient sur ce changement d’ambiance par rapport au premier, sa vulgarisation et sa violence. Mais cette ambiance colle aussi beaucoup plus à celle du comics d’origine et ne nuit absolument pas au film si on se prête au jeu. Et puis il y a Chloë Moretz, et ça, ça excuse (presque) tout.

Robin : L’argument de la vulgarisation et de la violence, pour moi, c’est juste une posture un peu niaise : j’aurais préféré davantage de gratuité dans la sauvagerie, comme, il me semble, c’est le cas dans le comics. Mais SURTOUT, cette pseudo-violence est rendue stérile par les bons sentiments qui dégueulent autant que la photographie du film. Et puis, Chloë Moretz, j’ai du mal à la voir autrement qu’une Emma Watson du pauvre.

Aloïs : Bons sentiments ? Justement ce qu’il y a de bien sympa avec ce film c’est qu’il n’est à aucun moment moralisateur ou plein de bons sentiments. La touche kiss/girly finale est limite « obligatoire » par convention de ce type de ciné, comme elle l’était dans le 1, en bien plus présente au final. Et puis sérieusement, comparer Chloë Moretz à Emma Watson, c’est comme donner de la confiture de caviar à un mouton.

Robin : La relation père adoptif-fille trop chouki c’est pas plein de bons sentiments ? Enfin merde y a 12 000 exemples comme ça dans le film.

Aloïs : Ce personnage mineur qui apparaît en tout et pour tout 12 secondes pour faire une morale qui sera brisée dans la scène qui suit ?

Robin : Le père adoptif n’apparaît pas 12 secondes dans le film, arrête de déconner.

Aloïs : 15.

Robin : Pfff c’est le fil conducteur de la gonzesse arrête de divaguer.

Aloïs : Il apparaît en disant « pas bien fille que tu sortes tuer des lascars ». Il lui fait une soupe, et essaie de la tracer pour la prendre sur le fait qu’elle est pas malade. Elle en a rien à battre la gamine. À la fin elle se casse sans pression, sans dire merci.

Robin : T’es fou. Toutes les relations entre les personnages sont fondées sur une forme de bien-pensance un peu douteuse. Tu oublies aussi que la gamine essaie de se la jouer meuf populaire du lycée, mais au final il faut que tu sois toi-même blablabla.

Aloïs : Quand elle est elle-même, elle taz des meufs au bâton à vomi. D’où c’est de la bien-pensance ?

Monstres Academy, Dan Scanlon

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Aloïs : Petite surprise de cette année 2013, j’ai été voir ce film un peu à reculons, m’attendant à ce que cette préquelle d’un de mes Pixar préférés nuise à ce dernier. Finalement, je n’ai absolument pas été déçu, et ce retour en enfance m’a au contraire offert de sympathiques retrouvailles avec Bob et Sully. L’univers est là, les personnages sont là, l’ambiance est là, bref, tout y est. Si bien sûr le trait est un peu forcé sur certains points (stéréotypes de personnages de la fac, entre les faiblards au grand cœur et les brutes de la confrérie avec un nom latin lambda), ce faux teen movie réussit à convaincre dès les premières minutes et jusqu’au générique de fin.

7 Psychopathes, Martin McDonagh

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Aloïs : Après le très bon Bon Baisers de Bruges, Martin McDonagh revient avec un second film totalement barré. Sans être particulièrement fan des acteurs qui figurent à l’affiche de ce film, on doit reconnaître qu’ils s’en sortent avec brio dans leur rôle de détraqués. Parler du film est assez compliqué puisqu’il prend des tournants assez brusques très rapidement sans qu’on s’y attende le moins du monde mais au final il nous offre un spectacle complètement fou et surprenant. Et Sam Rockwell constitue à lui seul une raison de voir ce film tant il est bon dans son rôle.

Pacific Rim, Guillermo Del Toro (clique pour voir notre critique collective)

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Aloïs : J’ai kiffé voir des robots géants taper sur des monstres en images de synthèse. Car oui, j’ai kiffé ma race de voir Optimus Prime tatanner Godzilla, et que de toute manière j’allais voir le film pour cela, et rien de plus. Je ne reviendrai pas sur la critique émise par mes collègues du blog quant au film, à laquelle je m’oppose farouchement : dire qu’un blockbuster est mauvais parce que la psychologie des personnages n’est pas assez aboutie… Non, j’ai dit que je ne reviendrai pas dessus. Au final le film offre un spectacle des plus impressionnants qui remplit son contrat quant à ce que j’attendais de lui.

Robin : Moi je vais revenir sur la critique de tes collègues parce qu’elle a du sens. Et d’ailleurs, tu n’as sans doute pas bien lu. On ne dit pas que la psychologie des personnages n’est pas assez aboutie, on dit qu’elle est carrément inexistante. On savait bien qu’on n’allait pas voir du Polanski, mais ce niveau d’indigence passerait à peine pour Tfou. Donc, au final, oui, on a un Godzilla, un Transformers, mais rien de mieux. Pour voir de la belle action et du fun, autant regarder Lone Ranger.

Gibet : Oh le relou. Tu as déjà fait cette attaque, Aloïs, et j’ai déjà répondu à cette attaque. Relis notre critique, comme Robin dit, ce n’est pas du tout ce qu’on dit. Qu’un blockbuster s’en branle de la psychologie des persos, ça me dérange pas, c’est même bien. Mais là Pacific Rim, c’est UNE HEURE AU MOINS sans baston et avec juste du développement de personnage. Alors soit on le fait bien, soit on le fait pas, mais faut que t’arrêtes avec cet argument de “c’est juste des robots qui se battent avec des dinos arrêtez de prendre ça trop au sérieux” – le film c’est pas ça concrètement.  Comme je disais déjà dans la critique collective, je trouve du coup Transformers beaucoup plus abouti dans le genre blockbuster bourrin : Michael Bay sait tout à fait à qui il s’adresse (l’ado américain moyen), et il sort jamais du cahier des charges (baston, virilité à prouver, bagnole, meuf bonne). Par ailleurs, il est pas du tout exclu, mon cher, de faire un truc qui concilie le bourrin et – bon on va pas aller jusqu’à parler de subtilité – et un minimum de logique narrative et de rythme.

Aloïs : Ok, bah dans ce cas je contre-argumente en disant que ça ne m’a absolument pas ennuyé d’avoir cette heure de plus entre deux scènes de combat pour s’arrêter sur ce genre d’éléments. C’est donc une simple question de points de vue. J’ai trouvé intéressant de voir ce qui y était développé, même si ce n’est pas le point fort du film. Ça ne l’alourdit pas à mon sens.

Gibet : C’est pas un argument ça, c’est un ressenti. 

Le Dernier Pub avant la fin du monde, Edgard Wright

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Aloïs : Dernier volet de la trilogie Cornetto, le film aborde le genre de la science-fiction après les zombies et les policiers. Un peu moins drôle que ses ainés, il est cependant de loin le plus décalé des trois. Je n’avais pas vu la bande-annonce ni lu le résumé, aussi j’ai été très surpris arrivé à la moitié du film lorsque les événements s’accélèrent. Simon Pegg porte le film à lui seul avec son personnage du King, et nous offre une prestation assez impressionnante, prouvant qu’il peut encore aller très loin en tant qu’acteur. Bref, une comédie à l’anglaise loufoque.

Riddick, David Twohy

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Aloïs : Troisième volet des aventures de Riddick, les retrouvailles avec le criminel de l’espace sont pour le moins rudes : trahi par ses anciens ennemis dont il était devenu le seigneur dans l’opus précédent, Riddick se retrouve seul sur une planète désertique de laquelle il va chercher à s’échapper. Tourné avec un budget 3 fois moins élevé que celui des deux précédents épisodes, le film n’en est pas moins une réussite, ne serait-ce que pour l’ambiance qu’il dégage. On ne voit que peu le tueur dans le film, qui se focalise sur les chasseurs de prime venus le capturer, devant faire face à un ennemi des plus retors et malins. Ce focus ambitieux réussit à séduire et offre une très bonne parenthèse aux aventures de Vin Diesel.

Thor : Le Monde des ténèbres, Alan Taylor

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Aloïs : Autant je n’avais pas beaucoup apprécié le premier film, autant cette suite m’a véritablement surprise. Assumant un côté bien plus décalé qui semble se légitimer de plus en plus dans les productions Marvel, le film gagne en légèreté et en efficacité. Alliant action et répliques excellentes, on pourrait même le classer comme comédie fantastique, le combat final étant lui-même un gros n’importe quoi. Mais finalement, ce choix convient bien plus à ce grand blond baraqué de Chris Hemsworth dont le personnage gagne en charisme autrement qu’en s’affichant torse nu devant la caméra.

Gibet : Dis-moi, Aloïs, tu emmerdais pas Robin l’année dernière car il foutait que des blockbusters américains dans son top ? TU AS MIS UN FILM ANGLICHE, et encore c’est foutu par des types totalement hollywoodiens, dans la mesure où ils ont le gros swag à L.A. À LA BARRE !

Aloïs : T’as le seum avoue.

Spring Breakers, Harmony Korine

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Robin : Quand tu es sur le point de voir ce film, tu t’attends à quelque chose fun, ou, au moins, de sexy. Tu te dis le marketing te l’a vendu comme ça, et que c’est ton droit d’obtenir CE QUE LE MARKETING T’A VENDU. Au final t’es autant déçu que quand tu ouvres la boite de ton Big Tasty et qu’il n’est pas aussi beau que sur l’affiche. Ce film, on dirait un Very Bad Trip réalisé par le mec le plus stone et le plus déprimé du monde. Au final, l’idée de montrer une jeunesse décadente se révèle aussi convaincante que LOL ou qu’un livre de Michel Onfray dans un film pompeux, bavard, laid et long comme un jour sans pain.

Gibet : Je l’ai pas vu mais c’est pas le but justement la malhonnêteté ? Piéger les midinettes et les branleurs ? Est-ce que du coup ton témoignage impulsif d’onaniste frustré ne serait pas en train de manifester la réussite du film ?

Aloïs : Lol. A part Selena Gomez à walpé, je suis d’accord avec Robin. Le but du film de vouloir contrer le feu par le feu ne prend à aucun moment et le parodie même.

Gibet : Je t’ai pas causé, Aloïs. 

Insidious : Chapitre 2, James Wan

Robin : Sacré James Wan. Quelques semaines après Conjuring sort la suite d’Insidious, pourtant excellent, mais qui aurait dû rester ce one-shot plein de bonnes trouvailles et d’hommages. Loin du bon feeling laissé par le premier volet, cette suite directe, écrite sur du papier brouillon, développe un scénario presque poli et sans idées où les jump scares, un poil convenus, viennent nous rappeler qu’on est bien devant un film d’horreur. Pendant une heure et demi, le tout ronronne gentiment si bien qu’on se demande quel investissement James Wan y a mis, lui qui a annoncé qu’Insidious 2  serait son dernier film d’horreur.

AloïsConjuring n’est absolument pas bon.

The Mortal Instruments : La Cité des ténèbres, Harald Zwart

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Robin : Cette espèce de fusion démoniaque entre Twilight et Resident Evil compile absolument tous les défauts de ses « modèles » : une reconstitution d’un monde fantastique passée dans un Blender, une action lobotomisée par une photographie sombre et moisie pour masquer les très nombreuses imperfections,  des décors Play-Doh, des monstres faits sur Paint et un triangle amoureux aromatisé à l’eau de rose pas très fraîche.

Man of Steel, Zack Snyder

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Robin : Le reboot du superhéros à la cape (plus de 2h30 de souffrance !) est le pire film que j’ai vu cette année. Toute la mythologie du personnage est salopée par une construction grotesque accumulant des flash-backs très mal placés et des situations aberrantes censées élever Clark Kent au rang de quasi-divinité. Seulement, les dialogues d’une pauvreté éthiopienne et le manque de charisme des bons et des mauvais donnent l’impression que le film essaie désespérément de rentrer dans le moule insignifiant du nolanisme stérile. Le reste n’est qu’un amas de vomi numérique grisonnant dans lequel l’action est plus digne de Dragon Ball Z que d’une œuvre cinématographique spectaculaire.

Carrie, la vengeance, Kimberly Peirce

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Aloïs : Bon, quand je disais que la présence de Chloë Moretz pouvait presque tout excuser, le presque servait justement à anticiper ce film. Carrie, la vengeance : le titre parle de lui-même. Non content de vous spoiler l’intégralité dans la bande-annonce (si si, je vous jure), sachez que le film est un remake de celui de De Palma, qui porte le même titre, la vengeance en moins. Un teen movie qui se prétend film d’épouvante horreur mais dont les feuilles du navet qu’il incarne ne parviennent même pas à sortir de terre. La fin pitoyable est à l’image du reste. Chloë, je t’aime, mais je t’en prie, plus jamais ça.

Mamà, Andres Muschietti

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Aloïs : Mamà, ou le pire film de 2013 selon Aloïs. Je suis allé le voir sur les conseils d’un ami qui aujourd’hui est mort. Je me pencherai en plus en détails prochainement dessus, ce « film » méritant un article à lui seul, mais sache que tu ne dois pas le voir. C’est minable du début à la fin. Pas crédible, pas flippant, des effets spéciaux réalisés sous Paint, des scènes d’angoisse qui font marrer (oui, ça me fait marrer une perruque qui glisse sur le plancher pour faire genre que le fantôme marche vers toi sous le sol), une histoire digne d’un film d’horreur par contre, et qui tient par conséquent sur deux post-it, une fin inéluctablement médiocre après un début nul et un milieu moisi. Du grand talent.

Evil Dead, Fede Alvarez

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Aloïs : Reprise du film de Sam Raimi sorti en 1981, l’affiche nous promet l’expérience la plus terrifiante. J’attends encore. Là aussi je reviendrai sur ce film au cours d’un article (quasiment tapé à 90% depuis six mois…) qui mérite une demi-étoile sur Allociné. Tout n’est que clichés nuls de films d’horreurs, les personnages sont teubés, l’esprit méchant est teubé, le héros a le charisme du gnou qui a tué Mufasa, le film veut faire peur en foutant du gore exagéré, ce qui est la première règle à éviter pour tout bon film d’horreur : si 100 litres d’hémoglobines sont nécessaires pour faire peur, au détriment de trucs un peu désuets comme l’ambiance, la psychologie, la tension, c’est que ça va être pas terrible. Là en l’occurrence c’est tout naze.

World War Z, Marc Forster

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Aloïs : J’en attendais peut-être un peu trop de ce film qui m’avait intrigué de par une bande-annonce qui ne divulguait pas grand-chose mais promettait un spectacle assez saisissant. Sans être fan de Brad Pitt, le bonhomme a tout de même un certain charisme et j’étais curieux de le voir dans ce genre de film. Finalement je n’ai rien eu, du moins rien de bon. Entre scènes ridicules, longueurs interminables, inutilité flagrante des seconds rôles, aussi crédible qu’un adolescent emo qui ne se scarifie pas… Bref, rien à garder ici aussi… Le film est apparemment tiré d’un roman, mais aux quelques critiques que j’ai pu lire, ne le suis absolument pas, au grand dam des fans de l’œuvre.

Wolverine : le combat de l’immortel, James Mangold

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Aloïs : Autant je ne m’ennuie pas forcément devant des films nuls, autant Wolverine m’a franchement fait bailler, hésitant même à quitter la salle pendant le visionnage. En laissant de côté cet aspect tout à fait déplaisant, tout est à revoir également, des scènes d’action mal foutues auxquelles on ne voit rien, à la narration nulle, aux décors approximatifs, clichés pathétiques, effets spéciaux risibles… et c’est looooong. Même s’il vous est arrivé de mouiller un peu vos sous-vêtements devant Hugh Jackman, évitez ce film. Pour votre bien, et celui de vos voisins (cette phrase n’a aucun sens).

Robin : Même si je suis d’accord avec quelques unes des faiblesses que tu pointes du doigt, je dois pourtant dire que ce nouveau Wolverine efface le douloureux souvenir du film Origins de 2009. Hugh Jackman y est plus charismatique que jamais et l’ambiance Japon est plutôt agréable. Pour ce qui est de l’action, la scène sur le toit du TGV est franchement bien baisée.

Martyrs, Pascal Laugier, 2008

J’ai une manière relativement simple de sélectionner les films que je vais voir, et ce pour n’importe quelle catégorie. Prenons l’exemple d’un soir où je désire me détendre devant un bon film bien marrant des familles, hop, ni une ni deux, j’ouvre mon navigateur internet préféré et je tape habilement ces quelques mots : « meilleurs films drôles lol ». Je tombe en général sur une série de sujets de forums qui demandent une liste des meilleurs films drôles de tous les temps et je sélectionne selon la redondance des titres qui s’y trouvent. C’est aussi grâce à cette technique que l’on se rend vite compte que l’avis général n’est pas forcément le meilleur…

Je me suis récemment lancé dans un défi que seuls quelques illuminatis et adolescents émos avaient osé avant moi, et dont peu sont ressortis vivants, à savoir le visionnage d’un bon petit paquet de films d’horreur-épouvante-terreur-qui font peur, ce dernier point n’ayant pour ma part jamais été atteint à mon grand dam. Je suis un public assez difficile en matière d’horreur, et pour moi, le film parfaitement réussi serait celui qui mêlerait à la fois une ambiance particulièrement angoissante à une histoire convaincante (ouais je sais…) et qui fasse sursauter. Un mélange de deux genres donc, entre épouvante et horreur (je vous laisse le soin d’aller chercher les différences qui constituent les deux genres, ce débat ouvert faisant rage depuis des temps immémoriaux, 2007 je crois). Shining est peut-être le long-métrage qui remplit le mieux ces conditions à l’heure actuelle, du moins pour moi, mais il manque ce petit côté vraiment flippant qui fait que je n’arriverai pas à dormir, ce truc que je ne pourrais pas expliquer mais qui va venir te hanter dans ton sommeil.  J’ai un bon nombre d’amis qui ne peuvent pas voir un film d’horreur, se cachent tout le temps les yeux dès qu’ils entendent un truc suspect et font de très énervant bruits de bouche et gémissements quand par malheur ils ont vu le seul moment gore intéressant du film. Cependant, là encore, je me préviens des critiques : horreur/épouvante ne rime pas forcément avec gore, même si la tendance semble se généraliser de plus en plus à l’heure actuelle.

Ce genre souffre d’un défaut cruel à mon sens : il vieillit en général extrêmement mal, et ce très rapidement. Quelques films tirent bien entendu leur épingle du jeu, notamment ceux adoptant le style de caméra embarquée, mais l’utilisation d’effets spéciaux dans la plupart les rendent à l’inverse comiques, voire ridicules, alors qu’ils sont censés être la composante principale de l’ensemble.

Bref, comme vous l’aurez je l’espère compris après cette courte vue d’ensemble (je reviendrai plus tard sur la majorité des points abordés pour les développer plus en détails et fournir quelques sources qui étaieront mon argumentation), si je suis assez friand de films d’horreur dans le sens où j’espère un jour tomber sur THE FILM, le genre me déçoit plus souvent qu’il ne me comble. Je me lance donc dans la critique des différents longs-métrages que j’ai pu visionner, et que je continue toujours, étant dans ma phase un peu SM.

Pour commencer cette série, j’ai donc opté pour un film franco-canadien. Il faut savoir en premier lieu que s’ils ne sont pas forcément très nombreux, les films français du genre sont plutôt bien réussis. Ils jouent généralement sur l’aspect torture mentale et physique afin de développer une ambiance gênante, voire complètement glauque, comme c’est le cas ici.

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Martyrs, de Pascal Laugier, sorti en salles le 3 septembre 2008, avec Mylène Jampanoï, Morjana Alaoui, et Catherine Bégin. Pour les petites notes en bas de page, le film a un certain rayonnement international, notamment aux US, et va faire prochainement l’objet d’un remake hollywoodien. Il revient fréquemment dans les listes des films les plus dérangeants et de nombreuses personnes indiquent en commentaire ne pas avoir eu le courage de le regarder jusqu’au bout.

Alors, qu’est-ce que ça raconte ? Le film commence par un flashback sur les années 70. Une petite fille disparue, Lucie, est retrouvée, vivante, portant les marques de multiples blessures. Un petit peu beaucoup sous le choc, elle est hospitalisée, et va faire la connaissance d’Anna, une autre petite fille, la seule avec qui elle parviendra à se lier d’amitié au vu de son comportement du à son traumatisme.

Ellipse, quinze  ans plus tard, une famille prenant son petit-déjeuner tranquillement, les parents et les enfants, discussion autour de l’avenir et des projets de chacun, petites tensions, etc… On frappe alors à la porte et le père va ouvrir. Surprise, il tombe sur Lucie, armée d’un sympathique fusil de chasse. Les scènes qui suivent sont assez rapides : Lucie pense qu’elle a retrouvé ses ravisseurs de l’époque et tire. S’ensuit la décimation de la famille, sans autre forme de procès. Là où le scénariste américain va faire survivre la gamine de 10 ans parce que ça se fait pas de tuer des gosses (et c’est mal vu de faire des remix de Sandy Hook), Pascal n’a pas cette morale trop naze, et la même gamine se mange une rafale de plomb en plein bide. Bref, quatre corps plutôt ravagés, on est à 10 minutes de film. Lucie fait alors appel à son amie Anna pour l’aider à se débarrasser de toute cette viande.

Anna arrive donc à la maison, découvre le carnage, et n’est pas tip top jouasse, d’autant plus que Lucie semble poursuivie par une espèce de démon qui cherche à tout prix à la tuer pendant la première partie du film (qui se compose de trois parties, la première étant centrée sur Lucie). Pendant cette première demi-heure, les deux femmes font chercher à dissimuler les corps, tandis qu’Anna va vouloir aider la femme, qui n’est pas tout à fait morte, à s’échapper. Son plan va rapidement foirer de toute manière, et madame n’aura pas survécu bien longtemps. Les deux femmes vont découvrir une pièce secrète de la maison, qui nous prouve assez ironiquement qu’il s’agissait bien des ravisseurs de Lucie, et dans laquelle elles trouveront une femme totalement ravagée, aveuglée, à laquelle on a cloué un casque en métal sur la tête et visiblement très affectée par la torture qu’on lui a infligée. En parallèle, Lucie doit fuir un personnage humanoïde qui tente de la tuer. On apprend par d’habiles flashbacks qu’il s’agit d’une femme retenue captive avec elle à l’époque, et qu’elle n’avait pu aider lorsqu’elle s’était échappée. Le souvenir de cette femme la hante donc et réclame vengeance. On découvre assez vite que la pauvre Lucie est légèrement schizophrène sur les bords et que cette femme qu’elle croit voir n’est qu’un reflet de son imagination, et qu’elle se blesse d’elle-même. D’ailleurs, vers la fin de cette première partie (30/40 minutes), elle s’égorgera toute seule, se tuant sous la pluie, et laissant Anna seule au milieu de tout ce bordel.

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Ce qui fait le « charme » de Martyrs, c’est justement la suite. Manque de pot pour Anna, la famille devait recevoir la visite des membres d’une sorte d’organisation/secte qui sont responsables des enlèvements et tortures, dans un but toujours mystérieux. Anna se fait capturer et là commence la descente en enfer, puisque quasiment tout le reste du film va se concentrer sur les tortures et mauvais traitements qu’elle va recevoir, enfermée dans cette pièce noire, aveuglée et rouée. Je ne dévoile pas la fin, qui sans être grandiloquente demeure assez habile.

C’est précisément cette longue, très longue séquence de tortures qui mettra à mal le spectateur. Il semble que la morale ait été complètement mise de côté dans le film, au profit d’un idéal à atteindre de la part de ses protagonistes, qui fait que le tout paraît presque irréel et honteusement fascinant. L’ambiance glauque poussée à l’extrême de la cave sombre qui servira quasiment d’unique décor pendant tout le reste du film, alliée aux séquences de torture, de plus en plus violentes, mettent mal à l’aise et feront se poser la question « pourquoi ? », qui trouvera une réponse qui renforcera cet aspect de malaise dans la mesure où elle apparaît totalement improbable en comparaison de ce que va subir Anna pendant environ une heure. Si vous voulez vous faire une petite idée, le titre est en rapport avec cette réponse.

De fait, Martyrs sait parfaitement créer une ambiance propice au théâtre d’horreur, une ambiance sombre, gerbante même pour certains, n’ayons pas peur des mots. Comme je le disais précédemment, je ne pourrais pas qualifier ça de film d’horreur génial de mon point de vue, dans la mesure où l’on ne sursaute pas. J’aime avoir une part de surnaturel dans les films d’horreur que je vois, et Martyrs n’en a pas (ou du moins très peu si on considère le personnage schizophrène), préférant se concentrer sur la cruauté humaine pour réussir.

En bref, si vous êtes amateurs d’ambiance gênante, Martyrs est le film qu’il vous faut, peut-être plus encore que Shining, qui est plus oppressant que gênant. Et quand je dis gênant, c’est plus du genre à vous faire faire ces bruits de bouche et gémissements pendant le visionnage que simplement vous faire plisser les yeux et vous gratter le nez. Le choix du double rythme, très rapide au début, trèèèèèès long par la suite est judicieux et renforce cet aspect d’horreur qu’il cherche à atteindre, le tout filmé avec assez de talent. Mais si vous êtes assez sensibles aux images, abstenez-vous, au risque de ne pas arriver à le voir en entier.

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