Comment devenir fan de Bob Dylan (10/10)

Vous n’avez jamais écouté un seul album de Dylan et vous avez peur de ne pas commencer par le bon ? Vous voulez dévorer toute sa discographie pour impressionner votre copine qui a un poster du frisé dans sa chambre mais vous êtes incapable de vous y retrouver dans ses 10 000 chansons ? Cette master class proposée par le professeur Dylanesque est faite pour vous !

Je me suis levé ce matin, il y avait des larmes dans mon lit. Oui Victor, c’est bien l’intro de « George Jackson« , cette tentative controversée de revenir à la protest-song en 71. Mais si je me suis réveillé ému, c’est que j’ai repensé à tout le chemin parcouru pour en arriver là, à ce dernier cours. À tout le savoir que j’ai dû vous transmettre pour que l’un d’entre vous soit capable de reconnaître les lyrics d’un morceau obscur comme celui-ci. À tout le travail qu’il a fallu accomplir pour que, étape par étape, vous deveniez de redoutables spécialistes de Bob Dylan.

Dylan Salutes In Sheridan Square Park

Il a fallu commencer par l’introduction nécessaire (niveau 1), puis étudier les grands classiques (niveau 2 et niveau 3), les albums sous-estimés (niveau 4), les mélodies du sous-sol (niveau 5), les années gospel (niveau 6), les trésors à réévaluer (niveau 7), les fonds de tiroir officiels ou non (niveau 8) et même les moments discutables d’une riche carrière (niveau 9). Mais avant de vous décerner un diplôme bien mérité et de vous laisser voler de vos propres ailes, avant que les élèves ne prétendent dépasser le maître, il reste un niveau à acquérir. Aujourd’hui, nous aborderons Dylan à travers ses collaborations, ses influences et ses héritiers. Aujourd’hui, nous terminerons cette folle aventure en réalisant qu’elle ne fait que commencer. Ce dernier chapitre est le plus long car il est infini.

Niveau 10

Et comme il y a beaucoup d’artistes à évoquer, nous procéderons sous forme de liste. Merci de bien prendre des notes car, pour le reste de votre vie, l’écoute des noms qui vont suivre sera indispensable, un complément nécessaire à votre étude de Dylan.

LES INFLUENCES

Dylan est une encyclopédie musicale, un expert de musique américaine et il serait trop long de répertorier toutes ses influences, tous ses emprunts, tous les groupes obscurs qu’il cite sans arrêt sans qu’on s’en aperçoive forcément. Je voudrais juste vous familiariser avec les plus notables. Pour tout le reste, je vous renvoie vers l’album Love & Theft (en le décortiquant, on trouve un millier de sources), vers les reprises entendues sur le Never Ending Tour (ex : « This World Can’t Stand Long » de Roy Acuff) et vers Theme Time Radio Hour, l’émission de radio qu’il a animé depuis son tour bus et avec beaucoup d’humour entre 2006 et 2009. Commencez par le premier épisode, il y en a une centaine…

Charlie Patton : Troubadour à la voix de canard qui chante l’apocalypse, le « père du delta blues » est une influence majeure. Dylan va fréquemment piller l’enfant du Mississippi qui, à sa mort d’une crise cardiaque en 1934, était loin de se douter qu’un fils spirituel chanterait 70 ans plus tard sur l’inondation de 1927 dans un texte qui porte son nom (High Water For Charley Patton).

Hank Williams : Le plus grand songwriter country et une grosse influence pour le jeune Robert Zimmerman, écoutant les complaintes du lonesome cowboy en collant son oreille à la petite radio près de son lit. Il le reprendra fréquemment sur scène (« Lonesome Whistle ») et ira même jusqu’à enregistrer un texte posthume sur le disque hommage The Lost Notebooks (2011). Dylan a hérité de quelques maniérismes country, en particulier lors de la période Nashville Skyline/Selfportrait (1969). Allez aussi voir du côté de Jimmie Rodgers et Hank Snow

Woody Guthrie : Le père spirituel. Le barde des opprimés qui, plus proche d’un Jack London que d’un Jack Kerouac, traversait l’Amérique de la Grande Dépression avec ses ballades poussiéreuses pour cowboys et ouvriers. C’est en l’écoutant et en allant lui rendre visite sur son lit d’hôpital à New York que le jeune Bobby a découvert l’art du talkin’ blues, de la complainte universelle et de la crise d’identité. Au départ, c’est comme lui qu’il va s’habiller et chanter et c’est pour lui qu’il écrira « Song To Woody », l’une de ses premières compositions. Procurez-vous une bonne compilation ainsi qu’une copie de « Bound for Glory », son autobiographie. Et n’hésitez pas à rencontrer son compagnon de route, Cisco Houston et son fils, Arlo Guthrie. 

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Pete Seeger : Le vieux sage, lien entre la bande de Woody et ses héritiers du Greenwhich Village. Un musicien ancré dans la tradition orale qui aura écrit et préservé des centaines de tranches d’Amérique. S’il aura du mal à supporter la transition électrique de son jeune protégé, il restera jusqu’à sa mort en 2014 une figure bienveillante. Et pas le seul troubadour militant à avoir inspiré les meilleurs protest-songs de Dylan : voir aussi Lead Belly et la bibliothèque musicale recueillie par l’explorateur Alan Lomax.

Allen Ginsberg : Quand il débarque à Minneapolis pour faire ses études, Dylan va surtout passer du temps à traîner avec des musiciens et à plonger tête baissée dans la culture beat affectionnée par ses potes hipsters. La lecture de Kerouac est cruciale bien entendu tout comme celle du poète Allen Ginsberg. L’auteur de Howl profite des sixties pour jouer le trublion et faire le lien entre les beatnicks et les hippies. Bouleversé à l’écoute d’un morceau comme « Hard Rain », il deviendra un apôtre de Dylan, le suivant en Angleterre lors de sa tournée 65 et jouant le rôle du grand gourou lors de la Rolling Thunder Review. En 71, il demandera même au chanteur d’enregistrer un album avec lui dont il reste aujourd’hui quelques sessions expérimentales…

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Frank Sinatra : On n’a pas encore évoqué le dernier album en date de Dylan, Shadows in the Night (2015), une collection de reprises de Sinatra. De la pochette aux arrangements, c’est un projet old-fashionned où Bob s’applique et livre l’une de ses plus belles performances vocales sur des morceaux intemporels. L’ambiance feutrée et la mélancolie ambiante vont à merveille au vieillard qui en fera les moments les plus incontournables de son répertoire scénique (« Autumn Leaves« , « Why Try To Change Me Now »). Sinatra était déjà dans ses valises depuis longtemps (« Lucky Old Sun » est un classique du Never Ending Tour) tout comme Nat King Cole et Bing Crosby (voir Christmas in the Heart), les grandes voix américaines. Regardez comme il est touchant quand il chante pour l’anniversaire de son héros ou quand, ci-dessous, il réalise un film noir en son hommage. Et ce n’est pas fini puisque le prochain LP, Fallen Angels (2016) sera lui aussi consacré à Sinatra.

Elvis Presley : Les bonnes ondes du King n’ont pas mis longtemps à se téléporter de Memphis jusqu’à Hibbing, dans les oreilles du petit Robert. Fan de la première heure, le gamin a même tenté de monter son groupe rockabilly au lycée (les Golden Chords) et d’accompagner Bobby Vee, une copie locale de Presley. Ce dernier sera mentionné dans « Went To See The Gypsy » (oui Julie, c’est bien sur l’album New Morning en 70 !) et repris sur disque (« Can’t Help Falling in Love », « Blue Moon« ) et sur scène (« Blue Suede Shoes« ). Elvis lui rendra la pareille en s’accaparant « Tomorrow is a Long Time« . En 77, sa mort coïncide avec le divorce d’un Dylan qui avoue avoir beaucoup pleuré. Et en 97, quand il frôlera lui-même la mort, il confiera avoir vu Elvis de près…

Johnny Cash : C’est en 64, au Newport Festival, que le jeune Dylan croise pour la première fois la route de celui qui lui offrira sa guitare et quelques bons conseils. L’homme en Noir venait de reprendre et populariser « It Ain’t Me, Babe » avec June Carter. Ils se recroiseront en 66 pour une jam enivrée et en 69 pour de nouvelles sessions bancales à Nashville. Seule une jolie reprise de « Girl From the North Country » sera officialisée ainsi qu’un « Wanted Man » écrit à deux mains. Cash n’est pas le seul outlaw country à s’associer avec le Zim : Willie Nelson et Merle Haggard suivront à l’occasion le Never Ending Tour.

LES FRÈRES D’ARMES

C’est pas facile d’être l’ami ou le collaborateur de Dylan. Il faut supporter rivalité, coups bas, lunatisme et indifférence. Il faut savoir rester dans l’ombre, s’effacer. Certains y sont parvenus le temps d’une tournée ou de plusieurs décennies (les fidèles Bob Neuwirth et Victor Maymudes, le groupe scénique mené par le bassiste Tony Garnier). D’autres ont réussi à faire carrière avec ou malgré lui. Et puis il y a ceux qui ne s’en sont toujours pas remis (Tiphaine, tu me ranges ce disque de Hughes Aufray tout de suite !).

Dinkytown : On oublie souvent qu’avant de partir à New York, Dylan a fait ses premiers pas à Minneapolis (et reviendra y enregistrer Blood on the Tracks en 74). Après avoir abandonné rapidement ses études pour se consacrer à la musique, il a pu sceller quelques amitiés décisives, des potes à qui il volera des morceaux ou des collections de disques. Parmi eux, citons les érudits John Koerner et Tony Glover à qui Dylan rend hommage dans ses Chroniques. 

Le Greenwich Village : Dans le quartier bohème où il se produisait dans divers cafés-concerts (le Gaslight, le Café Wha), Dylan a fait quelques belles rencontres. Qu’il s’agisse de vieux bluesmen (il fit les premières parties de Lonnie Johnson et John Lee Hooker) ou d’irlandais bourrus (les Clancy Brothers), son esprit a pu éponger un bon paquet de styles et de chansons. C’est à Dave Van Ronk qu’il piquera les arrangements du House of the Rising Sun entendu sur son premier album et c’est avec Peter LaFarge qu’il se mettra à écrire ses premiers textes. On a pu entendre son harmonica auprès de la douze-cordes de Karen Dalton, de Mavis Staples (qu’il rejoindra en tournée l’été prochain) ou des New Lost City Ramblers. La plupart de ses frères d’armes lui rendront hommage devant la caméra de Scorsese dans le docu No Direction Home et le suivront dans d’autres aventures (Ramblin’ Jack Elliott au casting de la Rolling Thunder). Mais sa rapide ascension attira bien vite la jalousie de certains. Le très engagé Phil Ochs ne s’en remettra jamais. Victime des sautes d’humeur de Dylan (qui le considérait plus comme un journaliste qu’un poète) et d’une dépression accentuée par l’alcool, il se suicidera en 1976. Si son vieux pote l’avait invité sur la Rolling Thunder Revue, peut-être que son destin aurait été différent…

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L’écurie Grossman : Si Dylan est son client le plus connu (il le signera en 62, le rendra célèbre et s’en ira avec la caisse), Albert Grossman a eu d’autres clients célèbres. La chanteuse Odetta dont le style unique a influencé le jeune Bobby. Peter, Paul & Mary, trio fabriqué de toutes pièces par Grossman et qui permettra au revival folk de bien se vendre, notamment en propulsant « Blowin’ in the Wind » sur toutes les radios. Le bluesman John Lee Hooker avec lequel Dylan a pu partager l’affiche au Greenwich Village. Et on peut également citer The Band, Richie Havens, Todd Rundgren et Janis Joplin. Bien joué, Albert !

Joan Baez : Même si l’Histoire agrandira les faits, il y a tout de même de quoi écrire un bouquin sur la relation entre Dylan et l’icone folk Joan Baez. Surtout si, comme David Hadju dans son livre Positively 4th Street, on ajoute sa sœur Mimi et son beau-frère, le poète Richard Farina. Pour faire rapide, Baez prend le jeune Bobby sous son aile et (paraît-il) dans son lit, Dylan ne lui renverra pas l’ascenseur quand elle le suivra lors de la tournée anglaise de 65 (voir le docu Don’t Look Back) et, malgré une brève réconciliation lors de la Rolling Thunder Revue (voir le film Renaldo & Clara), leurs chemins vont se séparer. Si Dylan s’en remettra, Baez continuera à reprendre ses chansons, à écrire des albums entier sur ses regrets (Diamonds & Rusts en 75) et à parler de lui à chaque interview… Si vous aimez ce drôle de duo, réécoutez le Bootleg Series Vol. 6.

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The Band : Voir la leçon numéro 5 où l’on a évoqué la longue association entre Dylan et le groupe canadien. J’en profite tout de même pour glisser un nouveau morceau issu des Basement Tapes, histoire de vous rafraîchir la mémoire.

Neil Young : En terme de discographie imposante et de carrière pleine de virages, Neil Young n’a rien à envier à Dylan. Au semestre prochain, j’envisage presque de lui consacrer une masterclass. Si Dylan a suspecté son rival de le plagier avec « Heart of Gold », leur relation s’est par la suite améliorée. Ils ont partagé la scène à un concert de charité en 75, lors des adieux du Band en 76 et pour l’anniversaire de Dylan en 92. Tandis qu’on a pu entendre « Old Man » lors du NET, le Loner reprendra régulièrement sur scène et en studio des classiques comme « Blowin’ in the Wind » ou « Girl From the North Country« .

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The Grateful Dead : Une admiration mutuelle entre Dylan et les hippies de San Francisco qui, comme on l’a vu la semaine dernière, occasionnera le meilleur comme le pire. Le pire, c’est donc la tournée 87 et surtout son témoignage live, Dylan & The Dead (1988). Le meilleur, ce sont les reprises du Dead lors du Never Ending Tour (« Friend of the Devil« , Alabama Getaway »). Jerry Garcia était un vrai pote pour lui, l’un des rares pour lequel il s’est pointé à l’enterrement.

LES FIDÈLES MUSICIENS 

En cinquante ans et malgré ses sautes d’humeurs, Dylan a réussi à s’entourer d’une légion de musiciens. Le temps d’un album, d’une collaboration ou d’une vie toute entière. Difficile d’établir une liste complète mais vous avez intérêt à retenir les plus fidèles, ceux qui ont su s’accommoder des méthodes pas toujours diplomates d’un patron pas comme les autres. Du Greenwich Village à la trilogie électrique en passant par les sessions mexicaines de Billy The Kid, Bruce Langhorne a trimbalé ses jolis arpèges sur des morceaux d’anthologie (« Corrina, Corrina », Mr Tambourine Man », « She Belongs To Me », « Maggie’s Farm », « Billy »). Prodige de studio repéré par Al Grossman via son Butterfield Blues Band, Mike Bloomfield sera un bras droit essentiel durant la reconversion électrique de Dylan et sera l’un des bandits du Newport Folk Festival en 1965. Il sera remplacé par Robbie Robertson mais reviendra auprès de Dylan en 1980 lors de la tournée gospel, juste avant une overdose fatale. Son pote Al Kooper est toujours vivant lui et raconte à qui veut bien l’entendre la manière spontanée dont il s’est retrouvé aux claviers lors des sessions de « Like A Rolling Stone ». On le retrouve aussi sur la tournée gospel en 81 et à pianoter sur les semi-échecs Empire Burlesque, Knocked Out Loaded et Under the Red Sky. L’amitié rend sourd.

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Bloomfield est à gauche, Kooper est à droite.

Multi-instrumentiste new-yorkais, Rob Stoner sera un artisan majeur du son seventies de Dylan, banleader pendant la Rolling Thunder, la tournée 78 et omniprésent sur les albums de l’époque (Desire et Street Legal). Dans les eighties, il sera remplacé par une série de fidèles pas toujours recommandables mais sûrement très pratiques pour une session coke entre deux prises : le Stones Ron Wood, présent à chaque naufrage (le Live Aid 85, Knocked Out Loaded, Down in the Groove), le bassiste Robbie Shakespeare et le batteur Sly Dunbar. La loyauté est également requise pour être choriste et même plus si affinités. Embauchée dès Slow Train Coming et présente sur Saved et Empire BurlesqueCarolyn Dennis va épouser son boss en 86, un mariage qui va durer six ans et un enfant. Durant la tournée gospel, ça n’empêche pas le prophète de coucher avec une autre choriste, Clydie King, qui restera dans le coin de Saved à Empire Burlesque.

Il y aura aussi les (rares) producteurs récurrents. On a déjà pu évoquer Tom Wilson, Bob Johnston et Daniel Lanois, mentionnons aussi Al Schmitt, ingénieur du son à qui l’on doit le son cotonneux des récents hommages à Sinatra. Et bien entendu, il y a l’équipe du Never Ending Tour. Depuis 1988, le groupe qui entoure notre troubadour n’a cessé d’évoluer. Une bande de mafieux qui doivent se tenir toujours prêts à soutenir le Parrain, improvisant constamment autour des structures sans cesse renouvelées selon l’humeur, les valises toujours prêtes en cas de renvoi sans préavis. Le record de longévité (25 ans !) est détenu par le bassiste Tony Garnier, devenu au fil du temps le véritable « middleman » entre Dylan et le reste du groupe. Un boulot inauguré par le guitariste G.E. Smith qui, pendant les deux premières années du NET, a su canaliser les égarements d’un chanteur en pleine réinvention. On se souviendra aussi de Larry Campbell, virtuose de la slide guitare, du banjo et de la mandoline de 97 à 2004. De la pedal steel de Bucky Baxter (de 92 à 99) et de la batterie du sympathique David Kemper (de 96 à 2001). Et on saluera ceux qui sont toujours là et forment, autour de Garnier, le groupe le plus solide et endurant du NET, capable d’enchaîner blues démoniaques et reprises de Sinatra sur toutes les scènes du monde, présents aussi bien en live qu’en studio (de Time Out of Mind à Shadows in the Night pour certains) : le toujours classe Charlie Sexton à la lead guitare, l’imposant Stu Kimball à la guitare rythmique, le multi-instrumentiste Donnie Herron (qui n’est jamais aussi bon que lorsqu’il dégaine son violon) ainsi que le batteur George Receli. Ce n’est pas seulement du name-dropping, c’est une liste à apprendre par cœur pour mieux connaître les salariés de l’entreprise menée d’une main de fer par ce bon vieux Bob.

« This is the best band I’ve ever been in, I’ve ever had, man for man. When you play with guys a hundred times a year, you know what you can and can’t do, what they’re good at, whether you want ’em there. It takes a long time to find a band of individual players. » (Bob Dylan, 2006)

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LES TRAVELING WILBURYS

Le Beatle préféré de Dylan, c’est George Harrison. On a pu les voir jouer au tennis à l’île de Wight, fredonner de la country à l’époque de New Morning (« If Not For You« ) et partager la scène au profit du Bangladesh. En 1988, c’est donc tout naturel pour George d’emprunter le home-studio de son pote pour enregistrer une nouvelle chanson. Sauf qu’il se pointe avec Jeff Lynne et Roy Orbison et que Tom Petty, compagnon de tournée du Zim, est également dans le coin. La joyeuse bande partage quelques bières et enregistre ce qui sera leur plus gros succès des années 80, The Traveling Wilburys, Vol. 1 (1988). Il contient de très belles ballades pop (« Handle With Care« ) et même un sympathique morceau de Dylan (« Tweeter and the Monkey Man« ). Malgré la mort d’Orbison, le super-groupe double la mise avec un Traveling Wilburys, Vol. 3 (1990) bien plus dispensable.

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LES HÉRITIERS

Donovan : Il y a ce passage terrible dans le docu Don’t Look Back. Le jeune barde écossais rencontre son idole dans un hôtel luxueux  et, à la recherche d’approbation, lui interprète une ritournelle à la limite du plagiat. En réponse, un Dylan plus arrogant que jamais se lance dans It’s All Over Now, Baby Blue et prouve à son disciple qu’il est inimitable. Heureusement, Donovan n’est pas qu’une simple copie et saura tirer son épingle du jeu que ce soit avec de jolies ballades ou des choses plus psychédéliques.

The Byrds : L’influence va dans les deux sens. En donnant une couleur « folk-rock » aux morceaux de leur idole, les Byrds lui donneront envie de rebrancher les guitares et d’agrandir son registre sonore. On n’a jamais su aussi bien retranscrire l’atmosphère carillonnante de « Mr Tambourine Man » qu’avec la Rickenbacker douze cordes et les harmonies du trio McGuinn/Clark/Crosby. Leur discographie déborde de reprises sublimes et, comme celle de Dylan, explore de multiples sentiers (le monument country Sweetheart of the Rodeo avec Gram Parsons est à ranger à côté de Nashville Skyline). Un groupe passionnant, avec de multiples incarnations et des artistes qu’il faut aussi suivre en solo (MCGuinn s’illustrera sur la Rolling Thunder et Gene Clark sortira le génial No Other en 74).

Bruce Springsteen : Régulièrement, la presse désigne le moindre type qui joue de la guitare comme le nouveau Dylan. Au milieu des années 70, Springsteen méritait vraiment ce raccourci, en particulier en tant que songwriter et porte-parole d’une génération (un fardeau qu’il n’a jamais refusé). Il y a du respect entre l’élève et le maître et c’est le petit gars du New Jersey qui introduira le petit gars du Minnesota au « Rock & Roll Hall of Fame » avec ce joli discours.  Alors par contre, n’invitez pas un fan du Boss à un concert de Dylan, il risque de bien s’emmerder. Tant pis pour eux, sachez juste qu’on peut aimer Oh Mercy et Nebraska tout autant.

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Patti Smith : On entend souvent dire qu’à la base, Patti Smith est une groupie, une fan de Rimbaud et Dylan n’ayant pas réinventé l’eau tiède de la poésie symboliste. C’est réducteur en plus d’être sexiste. Oui, Patti ne l’a jamais caché, elle adore Dylan et a tout fait pour se glisser dans son cercle new-yorkais au milieu des seventies. Mais ne voyez pas ici que de l’opportunisme et plutôt que de lire le surestimé « Just Kid », allez donc réécouter sa superbe reprise de « Changing of the Guards » ou son « Dark Eyes » interprété en duo lors d’un passage sur le Never Ending Tour en 1996.

Et aujourd’hui ? Chez les indés, la liste est longue. De quoi ouvrir une infinie boite de Pandore qui devrait vous occuper pour les quinze prochaine années. Il y a ceux qui ne perdent jamais occasion de jouer leurs morceaux favoris de Dylan sur scène (Yo La Tengo, Wilco, Herman Dune), ceux qui sonnent comme lui sans pour autant l’imiter (Simon JoynerKevin Morby, The Walkmen) et celles qui lui rendent régulièrement de beaux hommages (Lucinda Williams, Charlotte Gainsbourg, Cat Power). Histoire de faciliter vos recherches, j’ai compilé un bon paquet de reprises sur Spotify. Il y a boire et à manger, à vous d’avoir suffisamment d’appétit.

Je termine avec quelques liens utiles. D’abord ce fou furieux qui a listé de manière très pratique tout ce que Dylan a pu faire en studio ou sur scène. Ce grand malade qui a fait de jolis graphiques permettant de mieux s’y retrouver dans le Never Ending Tour et de faire des statistiques n’intéressant que nous. L’incontournable site de traduction en VF des paroles de Dylan, bien pratique si vous galérez encore un peu en anglais. Ce blog mis à jour quotidiennement avec des images, photos et anecdotes passionnantes. Le site officiel parce que ça fera plaisir à Jeff Rosen et qu’il est franchement bien foutu (vous pourrez vous amuser à rafraîchir la page régulièrement en espérant l’annonce d’un Bootleg Series Vol. 13: Live at the Supper Club). Et enfin, la web-radio gratuite entièrement consacrée à Dylan où, en vous inscrivant, vous pouvez faire des requests et écouter des choses très rares en compagnie de bobcats du monde entier.

Il faut aussi lire la dernière déclaration officielle de Bob en date et peut-être la dernière tout court tant elle sonne comme un adieu à la presse, un règlement de comptes plein d’humour et de lucidité, plein de références et d’hommages. Un testament ?

Ainsi s’achève cette masterclass. Mais comme Dylan est encore bien vivant, vous avez encore du travail. Des peintures à découvrir. Une tonne de bouquins à feuilleter. Des heures de bootlegs à décortiquer. Et bientôt, un nouvel album et la suite du Never Ending Tour (rendez-vous au Japon ?). Je vous remercie pour votre attention, votre passion, vous qui êtes restés jusqu’à la fin. Pensez à aller chercher votre diplôme au secrétariat et, si jamais vous avez une question, n’hésitez pas à m’écrire. Comment Julie ? « Ne m’envoyez plus de lettres à moins de les poster depuis l’Allée de la Désolation » ? Je suis fier de toi.

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Allez, on se revoit au prochain semestre pour parler de Neil Young ? D’ici là, gardez la tête froide et gardez toujours une ampoule avec vous. Si tout va bien, vous m’avez compris.

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4 réflexions sur “Comment devenir fan de Bob Dylan (10/10)

  1. Tu aurais pu parler de Little Richard (dont il a repris une chanson sur scène au concert de son collège), et je ne suis pas d’accord quand tu dis que « Dylan ne renverra pas l’ascenseur à Joan Baez », ni l’histoire avec Donovan, c’était pour amuser la galerie, la preuve : http://www.telegraph.co.uk/music/artists/donovan-interview-there-was-no-rift-with-bob-dylan/
    Enfin on ne va pas mégoter, excellent travail, et merci d’avoir cité mon site !

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    • Oh j’aurais pu parler de tellement de choses ! Buddy Holly notamment, mon plus gros oubli. Mais bon, il faudra signer pour un deuxième semestre… Quand je parle de renvoyer l’ascenseur, Baez l’a déjà dit dans « No Direction Home » : elle s’attendait à ce que Dylan l’aide à percer au Royaume-Uni comme elle l’avait aidé en le faisant monter sur scène aux USA. Quand à Donovan, il y a forcément un peu de malice et d’arrogance chez Dylan, qui se moque de son « concurrent » en lisant les journaux dans « Don’t Look Back ».

      En tout cas, merci d’avoir lu jusqu’ici et pour ton site qui est une ressource essentielle.

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