Les échecs de James Burrows

Le 21 février prochain, NBC diffusera un hommage à James Burrows. Vous ne le connaissez pas forcément mais avez sans doute vu son nom apparaître au générique de nombreuses sitcoms. Dylanesque vous propose de découvrir les plus obscures d’entre elles. 

Entre 1975 et 2016, le réalisateur de 75 ans aura réalisé 1000 épisodes et continue d’être la référence du genre, celui qu’on appelle pour donner du cachet à son pilote. Le maître incontesté de la sitcom multi-cam avec décors en carton pâte et rires enregistrés, un genre qui peine à se renouveler mais occasionne encore d’excellentes surprises (regardez Mom !!!).

Cheers

Avec Ted Danson et Shelley Long sur le tournage de Cheers (1982-1993)

Le programme anniversaire sera donc l’occasion de croiser les stars des séries auxquelles Burrows a contribué et, parmi les plus célèbres, Friends (15 épisodes réalisés), Will & Grace (188 éps), The Big Bang Theory (réalisation du pilote), Mary Tyler Moore Show (4 éps), Bob Newhart (11 éps), Taxi (75 éps), Mon oncle Charlie (pilote), Mike & Molly (48 éps), Cheers (237 éps) et son spin-off Frasier (32 éps). Celles-là, si tout va bien, vous les connaissez.

Aujourd’hui, j’aimerais plutôt attirer votre attention sur les séries où même la touche Burrows n’aura pas fait de miracle. Des flops qui vont nous entraîner de 1975 à 2016.

Fay (NBC, 1975-1976, 2 épisodes réalisés)

Fay est une sitcom plutôt progressiste pour l’époque, dans la lignée d’un Mary Tyler Moore Show (où Burrows a fait ses débuts). Lee Grant (prix d’interprétation féminine à Cannes en 1952) y joue une divorcée qui part à la recherche d’un nouveau travail et de nouvelles rencontres. Burrows s’occupe du sixième épisode où Fay se rend à Washington avec une firme d’avocats et rencontre un prétendant. C’est le moment que choisira NBC pour repousser la diffusion au printemps suivant et finir par annuler la série au bout de dix épisodes. Pas grave, le réalisateur sera embauché sur le Bob Newhart Show et Laverne & Shirley, deux succès.

The Betty White Show (CBS, 1977-1978, 2 épisodes réalisés)

Quand se termine le Bob Newhart Show, James Burrows retrouve sa place au sein de l’écurie MTM Entreprises, la compagnie de Mary Tyler Moore. À la rentrée 77, il intègre l’équipe du spin-off Rhoda (dont pErDUSA vous parlera mieux que moi) et de la nouvelle comédie de Betty White. L’histoire presque autobiographique d’une actrice malmenée par son ex-mari de réalisateur et par l’arrivée d’une rivale plus jeune. Préférant regarder le football, le public ne sera pas au rendez-vous et CBS arrêtera les frais au bout de 14 épisodes. Dix ans plus tard, Betty White retrouvera le succès avec les Golden Girls et, à 94 ans, elle court toujours…

The Associates (ABC, 1979-1980, 4 épisodes réalisés)

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Comme l’explique cette promo du TV Guide, The Associates est une sitcom suivant deux jeunes avocats dans une firme loufoque. À l’époque, Martin Short n’a pas la notoriété qu’il obtiendra plus tard avec le film Trois Amigos ! (1986) et ABC retire la série de l’antenne après seulement neuf épisodes. Ça ne l’empêchera pas d’être nominé pour un Golden Globe et un Emmy Award en 1980. Loin d’être au chômage, Burrows restera dans l’équipe de Taxi dont il réalisera 75 épisodes !

The Tortellis (NBC, 1987, réalisation du pilote)

Pendant les eighties, James Burrows est très occupé. Cheers est le premier gros succès où il occupe une place importante (il en réalisera 237 épisodes !). NBC veut donc tenter un spin-off mais a la mauvaise idée de le centrer sur un personnage récurrent très agaçant. The Tortellis suit donc les mésaventures de Nick, l’ex-mari insupportable de Carla qui s’installe à Las Vegas avec sa nouvelle famille. Je vous laisse admirer la médiocrité de ce pilote, réalisé par Burrows lui-même. En 1993, NBC apprendra de ses erreurs. Frasier, deuxième tentative de spin-offva durer onze saisons et offrir à Burrows une poignée de récompenses.

The Fanelli Boys (NBC, 1990-1991, réalisation du pilote)

Face au succès de Cheers, James Burrows va réaliser une vingtaine de pilotes et devenir une valeur sûre. Mais quand le matériel n’est pas bon, le réalisateur ne peut pas faire de miracle. The Fanelli Boys est un exemple parmi tant d’autres. On y suit une fratrie italienne qui reprend l’entreprise familiale de pompes funèbres. Ça ne vous rappelle rien ? Oui, il s’agit là d’un ancêtre de Six Feet Under accumulant les clichés et annulé dès sa première saison. L’occasion d’admirer Christopher Meloni (Oz, Law & Order) dans son premier rôle comique…

Flying Blind (FOX, 1992-1993, réalisation du pilote)

Si ce générique semble très daté et que l’Histoire a complètement oublié Flying Blind, les critiques de l’époque ne manquaient pas d’enthousiasme. Le duo formé par Tea Leoni et Corey Parker ne manquait pas de charme, leur romance était dans l’air du temps et l’ensemble débordait de spontanéité. Deux ans avant le début de Friends, FOX tenait là un potentiel succès mais le public ne fut pas au rendez-vous.

Cafe Americain (NBC, 1993-1994, 3 épisodes réalisés)

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Alors que Cheers vient de se terminer, NBC essaye aussitôt de remettre à l’antenne une formule qui gagne. Ici, le bar se situe en France (une version idéalisée de la France) et une bande de joyeux expatriés se rassemble autour de la jeune Holly (une Diane Chambers 2.0). Entre deux tournages de Frasier, James Burrows aura le temps de réaliser trois des dix-huit épisodes de Café Americain, pas assez singulier pour convaincre le public.

Madmen of the People (NBC, 1994-1995, 2 épisodes réalisés)

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Produit par Aaron Spelling, cette sitcom suivait un journaliste old school tâchant, avec l’aide de sa fille, de comprendre le monde contemporain. Malgré la concurrence de Seinfeld, les audiences étaient très bonnes. NBC décidera tout de même d’annuler pour laisser plus de place au phénomène grandissant du duo Friends/Urgences. James Burrows se concentrera donc sur les débuts des six colocataires new-yorkais et Madmen of the People en fera les frais…

Hudson Street (ABC, 1995-1996, réalisation du pilote)

Hudson Street réunit tous les ingrédients d’une sitcom qui aurait pu fonctionner dans les eighties : un duo avec une bonne alchimie (Tony Danza et Lori Loughlin), un détective privé qui tombe amoureux d’une journaliste, des enquêtes légères dans un décor de classe ouvrière au New Jersey… Sauf qu’en 1995, suite au phénomène Friends, la formule qui fonctionne, c’est une bande de jeunes gens très modernes dans une grande métropole. Sympathique mais trop rétro, la série ne survit pas longtemps.

Partners (FOX, 1995-1996, 10 épisodes réalisés)

À la rentrée 1995, FOX veut lutter contre la suprématie de la NBC Must See TV. Elle devient « The New Fox » : plus hip, plus cool, plus génération X. Elle lance notamment Partners, un ménage à trois entre jeunes architectes new-yorkais. Tout est réuni pour reproduire le succès d’un Friends : Burrows est aux commandes, les acteurs sont méconnus (c’est le début de Jon Cryer) et même Jennifer Aniston fait une apparition. Mais face à une recette à succès, le public fuit l’indigestion et NBC conserve son monopole branché.

Men Behaving Badly (NBC, 1996-1997, 7 épisodes réalisés)

Sauf qu’au bout d’un moment, NBC va avoir du mal à garder le rythme. Si Friends, Seinfeld et Urgences sont toujours en forme et que NewsRadio est un succès d’estime, il devient de plus en plus difficile de lancer un nouveau phénomène. Alors on va reproduire un phénomène britannique avec ce remake d’une sitcom manifeste de la génération X en Angleterre. Rob Schneider et Ron Eldard récupèrent les rôles de deux losers sexistes à la recherche de nouvelles conquêtes. La supercherie va durer deux courtes saisons où James Burrows viendra cachetonner paresseusement.

Stark Raving Mad (NBC, 1999-2000, réalisation du pilote)

Il faudra donc attendre un moment avant que NBC ne donne son feu vert à des pilotes un peu plus variés. Celui de Stark Raving Mad, imaginé par Steven Levitan (le papa de Modern Family) et réalisé par Burrows, met en scène un écrivain (Tony Shalhoub pré-Monk) et son éditeur (Neil Patrick Harris pré-How I Met Your Mother) atteint tous deux de troubles du comportement. Critique et public sont au rendez-vous mais NBC misera plutôt sur Will & Grace dont Burrows réalisera 188 épisodes entre 1998 et 2006…

Bram and Alice (CBS, 2002, réalisation du pilote)

À force de le voir jouer des méchants (Spider-man) ou des policiers (Law & Order), on oublie la facette comique d’Alfred Molina. Il vient récemment de nous la rappeler avec Angie Tribeca mais sa première tentative remonte à 2002 avec cette sitcom où il joue le rôle d’un grand écrivain qui cherche à se réconcilier avec sa fille. CBS ne diffusera que 4 épisodes sur les 9 produits. James Burrows reviendra sur la chaîne l’année suivante avec un concept un peu plus lucratif… Mon oncle Charlie. 

The Comeback (HBO, 2005, 2014, guest-star)

Il est rare de voir James Burrows devant la caméra. Pourtant, si vous regardez bien, vous le verrez jouer les figurants dans Cheers, Phyllis et Rhoda ou diriger Joey quand il joue la doublure de Pacino (S01E06). C’est donc tout naturellement qu’il jouera son propre rôle dans The Comeback, un excellent mockumentary diffusé sur HBO en 2005 et 2014. Lisa Kudrow y incarne une actrice nineties qui cherche désespérément à retrouver le succès et fait donc appel à James Burrows pour réaliser Room & Bored, nouvelle sitcom où elle est régulièrement humiliée. Dans la scène ci-dessus, elle cherche l’approbation de son mentor lors d’une soirée des Golden Globes où il reçoit un prix pour l’ensemble de sa carrière. Gibet et moi avions longuement disséqué la série il y a un ans.

Four Kings (NBC, 2006, réalisation du pilote)

Quand Will & Grace se termine, ses créateurs demandent à James Burrows de participer à leur nouveau projet, lancé à la mi-saison. Un nouvel ersatz de Friends suivant une bande de célibataires new-yorkais (avec Seth Green dans le rôle du sarcastique). Sept épisodes plus tard, Four Kings est annulé. Il faut dire que la multi-cam, genre privilégié de Burrows, est malmenée par l’émergence de réalisations plus modernes comme Scrubs, Arrested Development ou The Office.

The Class (CBS, 2006-2007, 19 épisodes réalisés)

Un showrunner puissant (David Crane post-Friends), un casting charmant (les débuts de Jason Ritter et Lizzy Caplan), un réalisateur de renom (libéré de Will & Grace, Burrows s’implique à fond) et un concept solide (d’anciens camarades d’école dont les vies se croisent à nouveau). The Class avait tout pour devenir un succès mais n’a pas rencontré son public. Craignant que ses mauvais résultats affectent ceux de la jeune How I Met Your Mother, CBS la remplace par… The Big Bang Theory. Burrows en signera le pilote.

Back To You (FOX, 2007-2008, 14 épisodes réalisés)

Depuis la fin de Frasier, Kelsey Grammer a du mal à retrouver chaussure à son pied. En 2007, il fait appel à sa vieille équipe (Lloyd et Levitan au scénario et Burrows derrière la caméra) pour vendre à la FOX une nouvelle sitcom. Il y incarne un présentateur télé qui revient dans sa ville d’origine et doit se réconcilier avec sa famille. C’est comme Frasier mais en moins bien. 14 épisodes plus tard, Lloyd et Levitan partiront concevoir Modern Family et Burrows bossera pendant trois ans sur la médiocre Gary Unmarried

Romantically Challenged (ABC, 2010-2011, 5 épisodes réalisés)

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À partir de 2010, James Burrows se met clairement à cachetonner. On le retrouve derrière la caméra le temps de pilotes minables (Better With You, Shit My Dad Says, Friends With Better Lives, Up All Night, 2 Broke Girls) ou aux commandes de sitcoms ringardes (Mike & Molly). Marquant le retour d’Alyssa Milano à la télévision, Romantically Challenged ne sera qu’un échec de plus, avec seulement quatre épisodes à l’antenne. Une comédie romantique lancée pour reproduire le succès d’How I Met Your Mother comme on a pu tenter auparavant de reproduire le succès de Friends. 

Sean Saves the World (NBC, 2013-2014, 2 épisodes réalisés)

Sean Saves the World - Season Pilot

Quand une star qui a connu le succès en compagnie de James Burrows revient à la télévision, elle fait appel à son réalisateur fétiche. C’était le cas pour Kelsey Grammer, ça le sera aussi pour Sean Hayes (Will & Grace). Si mes souvenirs sont bons, Sean Saves the World ne manquait pas de charme. Elle mettait en scène un père célibataire gay cherchant à bien élever sa fille malgré une vie sentimentale compliquée et une mère omniprésente (la géniale Linda Lavin). Quinze épisodes ne suffiront pas à convaincre le public. Sean Hayes ira rejoindre la distribution de The Millers, autre comédie sympathique réalisé par James Burrows et annulée, à son tour, en 2014…

Crowded (NBC, 2016-?, réalisation du pilote)

Et c’est en réalisant le deuxième épisode de Crowded que James Burrows a atteint son millésime. Imaginé par Suzanne Martin (une ancienne de Frasier), il s’agit d’une sitcom à l’ancienne sur un couple (la délicieuse Carrie Preston et l’habitué des sitcoms Patrick Warburton) qui doit supporter le retour à la maison de leurs enfants et de leurs parents. Du grand classique pour Burrows et pour NBC qui continuent de vivre comme si l’on était toujours en 1994. On verra le 15 mars prochain si ça fonctionne…

D’ici là, plutôt que de vous refaire l’intégrale de Friends, allez voir NewsRadio et Frasier si ce n’est pas encore fait ! C’est le meilleur hommage que l’on peut rendre à M. Burrows.

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