Harry Potter : un manuel politique ?

Nous, simples lecteurs Moldus, connaissons tous les sept tomes de J.K. Rowling. Et pour les plus acharnés d’entre nous, nous pouvons nous vanter d’en connaitre les moindres recoins, les moindres secrets. Cependant, il suffit d’en rouvrir les pages, une fois de plus, pour se laisser surprendre, pour découvrir des intentions, des remarques sibyllines, qui avaient échappé à l’attention des précédentes lectures.

Le traducteur français d’Harry Potter, Jean-François Ménard, nous raconte que ce qui l’a frappé au premier abord, c’est un langage nouveau, une façon d’exprimer, de caractériser ce monde magique d’une manière incroyablement détaillée, une écriture qui ne cède (à son niveau, il ne s’agit pas de comparer ce qui n’est pas comparable) à aucune facilité pour se rendre intelligible. Il en résulte, au-delà des nombreux emprunts faits à la littérature fantastique et merveilleuse, un style apte à séduire un lectorat invraisemblablement vaste pour des aventures de sorcellerie que l’on pensait réservées à un public jeune.

Les amoureux de la saga ont déjà souligné à de nombreuses reprises les références historiques (la facile analogie à faire entre Voldemort et Hitler), culturelles (Harry Potter étant un formidable abrégé de culture anglo-saxonne, rien qu’avec son école au fonctionnement si particulier) et littéraires (Jane Austen, Thomas Hardy pour ne citer que celles mises en lumière par Jean-François Ménard).

Avec l’âge, c’est certainement ce décor historique, pour ne pas dire politique, qui m’a le plus intéressé chez J. K. Rowling. Une certitude s’est renforcée : Harry Potter ne nous désigne pas, lecteurs, comme les Moldus, ceux qui sont en dehors, mais bien comme les sorciers. Passé l’éloignement concret de la barrière magique, c’est eux qui nous ressemblent, bien plus que nous ne l’imaginions enfants. Le monde des sorciers est dès le départ replié sur lui-même, sur les secrets qu’il entretient jalousement. Il est conservateur, droitier, et complètement intolérant vis-à-vis de ses marges directes (rejetant, malmenant voire asservissant les Êtres et les Créatures magiques). Voldemort est en réalité une excroissance de cette frange conservatrice, devenue extrémiste/terroriste en se nourrissant des clivages et des désaccords d’une société qui à la fois lutte pour cacher son existence mais qui regarde vers le futur avec l’espoir que sa communauté formée s’agrandisse. De l’autre côté de l’échiquier, le personnage de Dumbledore est la figure du progressisme, le chantre de la tolérance, de la coopération internationale, de l’ouverture et du partage des secrets à des groupes nouveaux (les sorciers nés Moldus).

WINOCK Michel (dir.), Histoire de l’extrême droite en France, Seuil, Points Histoire, 1994

Avec ces extrémistes, ces conservateurs et ces progressistes se dessine dans Harry Potter un paysage politique bien plus subtil qu’il n’y paraît. D’autant que les sept années passées à Poudlard nous permettent d’appréhender un tournant sociétal aigu et profond : un choix est à faire entre libéralisation et ouverture d’un côté, enfermement et rejet de l’autre.

Ces extrémismes, je les caractérise d’emblée d’extrême-droite en tant qu’ils me paraissent être des logiques décomplexées déjà portées par les figures conservatrices (et donc droitières) du livre (Barty Croupton Sr ou encore Cornelius Fudge). Le terme extrême-droite est cependant trop flou pour qu’on s’arrête là. L’historien spécialiste du phénomène, Michel Winock la désigne comme une « nébuleuse, souvent insaisissable », « composite », « aux avatars multiples ». On ne peut pas dire que ça nous aide à en savoir plus, hmmm ? Mais comme il est sympa, il nous aide et nous donne des outils supplémentaires pour la repérer. Le discours d’extrême-droite reprend la « vieille chanson » (Winock) de la décadence dont on peut tirer plusieurs traits : la haine du présent, la nostalgie d’un âge d’or, l’éloge de l’immobilité, l’anti-individualisme, l’apologie de l’élitisme, la nostalgie du sacré, la haine du métissage, la censure des mœurs, l’anti-intellectualisme, auxquels on peut rajouter la recherche permanente de boucs émissaires. Dès lors, nous allons le vérifier, les oppositions dans Harry Potter entre les héros et les vilains se cristallisent autour de ces conceptions, autour de ce que le monde des sorciers doit devenir : un havre de tolérance et d’ouverture, ou une société sectaire, élitiste.

Une lutte millénaire réinterprétée

La question de ce qui fait l’essence d’un sorcier n’est pas, dans Harry Potter, un sujet de polémique nouveau. Les assommants mais néanmoins révélateurs cours d’Histoire de la Magie de Mr. Binns ou les discours du Choixpeau avant la répartition sont là pour nous le confirmer. D’ailleurs, voici ce que nous chante ce dernier dans L’Ordre du Phénix :

Toujours amis à la vie à la mort
Tels étaient Serpentard et Gryffondor
Toujours amies jusqu’à leur dernier souffle
Tell’s étaient aussi Serdaigle et Poufsouffle.
Comment alors peut-on s’imaginer
Que pareille amitié vienne à sombrer ?
J’en fus témoin et je peux de mémoire
Vous raconter la très pénible histoire.
Serpentard disait : « Il faut enseigner
Aux descendants des plus nobles lignées »

Vous connaissez la suite : Salazar Serpentard, ce sale bonhomme qui cache des serpents monstrueux dans des chambres secrètes, quitte le château après une énième embrouille. Elle est là, l’origine de la scission : qui est digne de recevoir le savoir sacré de la magie ? Pour Serpentard, la noblesse, la lignée, est le critère principal. C’est tout simplement une vision conservatrice du monde, en mode « Ancien Régime », car c’est la naissance, l’origine, le milieu qui détermine toute la valeur de l’individu et son droit d’accès au savoir, au pouvoir. Offrir cette science à d’autres, c’est la pervertir, c’est risquer de l’altérer. On est déjà dans le discours de la décadence.

Bien des siècles plus tard, Tom Jedusor, alias Lord Voldemort, reprend à bon compte les théories du vieux Salazar, lui qui se revendique dans La Chambre des Secrets « l’héritier par [sa] mère du sang de Serpentard qui coule dans [ses] veines ». Ce qu’il perçoit comme une perversion, ce sont ces enfants issus de familles moldues et à qui l’on enseigne la magie, ou encore ces cours d’étude des Moldus que l’on donne à Poudlard. Il érige en sacrements les préceptes de Serpentard et ouvre la Chambre des Secrets pour déchaîner sur les enfants de Moldus le Basilic vengeur. On perçoit d’ailleurs dans ce cheminement de pensées et d’actions quelque chose de prophétique/apocalyptique qui pèse sur le deuxième tome : un événement marquant est déclenché dans le secret et va rétablir un ordre juste des choses, va chasser définitivement les « impies », les « indignes » (appelez-les comme vous le voulez) des lieux sacrés. L’accès à la Chambre est codifié, réservé : seuls ceux qui commandent aux serpents (supposément les sorciers issus des nobles lignées) peuvent y accéder. Carrément flippant. Voldemort cultive au cours des sept tomes le goût du caché, du secret, du complot, allié avec une interprétation toute personnelle d’une société idéale, fondée sur des traditions, des rites bien choisis. Il se veut le redresseur d’un ordre moral, à la sauce Salazar, mais avec des adaptations thématiques qui caractérisent mieux le contemporain.

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Les Jeunesses Salazariennes

Une échelle des valeurs bien définie

En écoutant ce qui lui raconte Serpentard, se nourrissant de toute cette nostalgie d’un âge rêvé, Voldemort joue des dissensions, des tensions du monde des sorciers pour établir son échelle de valeur des individus. Au centre de tout se trouve la question du sang et de sa « pureté ». Plus le sang est issu de lignées de sorciers bien établies, plus celui-ci sera pur. Concrètement, trois catégories se distinguent : les sang-purs (générations de sorciers), les sang-mêlés (mélange dans la généalogie de branches sorcières et moldues) et les sang-de-bourbe (sorciers nés de parents Moldus). Les résonances historiques (et donc bien réelles) de ce genre de théories sur le sang (ou la race) sont millénaires et ont toujours nourri les discours conservateurs d’extrême-droite. Tout ce qui a été acquis par métissage n’est que pur déperdition, gâchis, erreur. Les résultats de ces métissages (c’est-à-dire des êtres vivants) sont nécessairement inférieurs car si la valeur passe le sang et que sa « pureté » a été diluée , les sorciers en question ne peuvent être que des sous-sorciers… Lorsque Voldemort regagne du pouvoir (politique), il punit sévèrement tout ce qui pousse au métissage. C’est ainsi qu’en ouverture des Reliques de la Mort, il assassine Charity Burbage, qui proposait à Poudlard une étude des Moldus tolérante, ouverte, invitant au partage et à la rencontre des deux communautés, objet de répulsion pour les Mangemorts. On retrouve là-dedans des théories raciales encore développées sur certaines pages Internet (préserver la « race française », copuler entre « français de souche »). C’est ce qui explique le dégoût ressenti par les partisans de Voldemort à l’endroit d’Harry, qui est un sang-mêlé. Ainsi, Bellatrix Lestrange éructe dans L’Ordre du Phénix :

Ferme-la ! s’écria Bellatrix d’une voix aiguë. Tu oses prononcer ce nom [Voldemort] avec tes lèvres indignes, tu oses le souiller avec ta langue de sang-mêlé, tu oses…

Si les sang-mêlés sont le résultat, peu recommandable pour le parti de Voldemort, d’un métissage, c’est encore pire pour les sang-de-bourbe qui sont carrément considérés comme des voleurs de savoir. Comme leur sang n’a pas pu leur permettre de leur donner des pouvoirs, c’est qu’ils les ont volés à de véritables sorciers. Ainsi, dans Les Reliques de la Mort, lorsque Dolores Ombrage recense et auditionne les sorciers nés de Moldus (ce qui n’est pas sans rappeler les rafles ou chasses ethniques), elle leur demande à qui « ils ont volé leur baguette ». Entre les lignes, les antagonistes considèrent ceux qu’ils désignent comme des sang-de-bourbe comme des étrangers à leur communauté qu’il faut chasser voire poursuivre. L’étranger est en outre la tarte à la crème des mouvements d’extrême-droite. Il est craint/détesté pour sa richesse matérielle qui conduirait à un asservissement (comme ce fut le cas à Sparte à l’époque classique), parce qu’il représenterait une forme de décadence culturelle (ce qu’éprouvaient bien des Romains à l’endroit des Grecs) ou encore parce qu’il serait un voleur de travail ou encore pire un chercheur de prestations sociales confortables (comme nous le montrent certaines réactions de notre époque). Et, pour les tenants de l’extrême-droite dans Harry Potter, il est inconcevable d’éduquer, de nourrir et de loger des voleurs.

Mais l’échelle des valeurs ne s’arrête pas aux sorciers, elle concerne plus largement toutes les créatures magiques (Elfes, Gobelins, Centaures) qui peuplent le monde de Harry Potter. Certains sorciers voient dans le fait de porter et d’utiliser une baguette une forme évoluée, raffinée, sophistiquée et civilisée de magie, qu’ils opposent aux utilisations « primaires », « sauvages » qu’en font les autres créatures. Tout ceci se fonde sur des théories de l’évolution qui leur seraient bien évidemment profitables et qui, en outre, leur donnerait un droit d’asservir des êtres « moins civilisés » (se retrouvant ainsi dans des discours esclavagistes-colonialistes qui ont traversé l’Histoire). Ainsi vont les Elfes de Maison, attachés à vie à des  familles de sorciers, exposés parfois à leur indifférence, ou pire, à leur cruauté, comme ce fut le cas avec Dobby chez les Malefoy. Le monde d’Harry Potter n’a pas attendu Voldemort pour maltraiter les créatures magiques. Ainsi, dans L’Ordre du Phénix, Sirius (qui n’est pas toujours exemplaire en la matière) dévoile les procédés répugnants de Dolores Ombrage :

Apparemment, elle déteste les hybrides. L’année dernière, elle a fait campagne pour qu’on recense les êtres de l’eau et qu’on les marque.

Recenser, marquer, débusquer tout ce qui échappe à une certaine norme. C’est à ce triste jeu que se livrent de nombreux sorciers dans Harry Potter. La crainte de l’évaporation du savoir, d’une utilisation inadaptée, non encadrée, le dégoût du métissage, voilà ce qui les anime. Ils définissent aussi en renvoi un idéal individuel, fondé sur des principes eugénistes cultivant le repli sur soi, et revendiquant la pureté du sang.

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Vraiment pas très Charlie

Les traîtres

Au-delà des souffre-douleurs, les partisans des idées d’extrême-droite dans Harry Potter ont des ennemis idéologiques. Ces ennemis sont principalement le vieux directeur de Poudlard, Albus Dumbledore, et le jeune héros Harry. Ces deux personnages sont en effet des modèles de tolérance à l’échelle du monde des sorciers, en paroles et en actes. Le cercle proche d’Harry est en effet loin d’être composé exclusivement de sorciers au sang pur : un semi-géant, un loup-garou, un elfe de maison, des sang-de-bourbe… Pour Dumbledore, c’est presque encore « pire », puisque ces mêmes personnes, il les éduque ou les emploie. Le parcours des amitiés d’Harry, depuis le moment où il choisit Ron et refuse Drago, s’affranchit en permanence des préjugés, des barrières et des conventions qui bien souvent régissent les relations entre les sorciers. Dès le début, il fait le choix de la tolérance, ce que beaucoup ne lui pardonneront pas.

Les sorciers, surtout lorsqu’ils ont une certaine noblesse comme Dumbledore, qui défendent l’idée qu’un multiculturalisme est souhaitable dans le monde des sorciers sont les cibles de choix des Forces du Mal, pour reprendre l’expression consacrée des bouquins. Ainsi, les Weasley, « traîtres à leur sang », sont considérés comme de la vermine par quelques autres familles de sang-pur. L’autre cible privilégiée est bien entendu Dumbledore, ainsi décrit par Voldemort dans La Coupe de Feu :

Ensuite, [Harry] allait retourner à Poudlard où, du matin au soir, il resterait sous le nez   crochu   de   cet   imbécile   amoureux   des   Moldus.

La sorcellerie pour tous

Tout y est : le dégoût de constater qu’un sorcier de talent s’intéresse à des races « inférieures », le dédain pour la notion d’amour même. C’est le grand cheval de bataille de J. K. Rowling : dans un schéma sans doute un peu manichéen, Dumbledore représente le parti de l’amour, Voldemort celui de la haine. Aussi le directeur de Poudlard ne peut-il pas s’entendre avec lui, car concrètement, il incarne une sorte de figure humaniste de « gauche », nourrie d’idées de tolérance, d’ouverture, de partage. Même si J. K. Rowling, dans Les Reliques de la Mort, lui façonne un passé complexe, il prend globalement toujours le parti des opprimés, des vulnérables, qui pour ceux du camp d’en face sont des quantités négligeables.

Un front composite ?

Si l’on prend le temps d’analyser l’entourage, proche et plus éloigné, de Voldemort dans la saga, on constate qu’il agrège autour de lui, de ses idées, des personnalités qui n’ont en réalité ni la même origine, ni les mêmes objectifs.

Il y aurait tout d’abord les nobles lignées, une partie d’entre elles en tout cas, que représentent parfaitement les Malefoy. Le mépris qu’ils éprouvent généralement pour les autres n’a d’égal que l’orgueil qu’ils affichent d’appartenir à une digne famille. Ainsi, voici comment Harry les perçoit dans La Coupe de Feu :

Les yeux de Mr Malefoy étaient revenus sur Hermione qui rosit légèrement mais soutint son regard. Harry savait très bien pourquoi Mr Malefoy pinçait les lèvres. Les Malefoy tiraient fierté   de   leur   sang   pur ; en d’autres termes, quiconque descendait de parents moldus, comme   Hermione, leur apparaissait comme un sorcier de seconde classe.

Les Malefoy, dont les descriptions physiques dans les livres nous font penser aux dégénérescences engendrées par un certain niveau de consanguinité (à l’instar de la noblesse du Moyen-Âge) sont proches de Voldemort car ils espèrent que son action leur permettra de faire triompher leur conception du sang. Ils ressentent en permanence l’injustice de ne pas être considérés à la hauteur de leur valeur réelle. Ils sont donc assez peu intéressés par les considérations de puissance qui animent principalement Voldemort, personnage qui par ailleurs les effraie, les dégoûte, ce qui est parfaitement visible dans Les Reliques de la Mort où celui-ci squatte leur manoir. Ils font penser à ces conservateurs qui se servent des plus extrémistes pour faire avancer leur position mais qui considèrent que ces gens ne sont pas fréquentables et qui finissent par être totalement dépassés par la situation. N’oublions pas qu’aux yeux des Malefoy (à condition qu’ils en aient connaissance), Voldemort, bien que puissant, ne devrait être qu’un misérable sang-mêlé, puisqu’il est le fruit d’une union artificielle (philtre d’amour) entre un Moldu et une sorcière (médiocre au demeurant).  En somme, les Malefoy sont des opportunistes, pas des fanatiques : il n’y a qu’à constater à quel point Lucius est obséquieux avec le Ministre Fudge jusqu’à L’Ordre du Phénix. Il achète son influence à coups de galions.

Les fanatiques, c’est-à-dire ceux qui suivent très soigneusement les préceptes de leur maître, sont finalement peu nombreux dans Harry Potter. Les plus évidents sont Bellatrix Lestrange et Barty Croupton Jr. Ils sont ceux qui acceptent de faire de la prison plutôt que de trahir. Ils sont ceux qui sont perpétuellement en quête de reconnaissance, rivalisant de cruauté pour atteindre ce but. Ils n’ont aucun objectif matériel ou politique, ils ne vivent qu’à travers la réalisation de ses desseins, ils épousent toutes ses pensées.

Au-delà du cercle intime des Mangemorts, on trouve un certain nombre de personnages pour qui on imagine que le conceptuel n’a pas vraiment d’importance. C’est par exemple le cas du loup-garou Fenrir Greyback, qui rejoint Voldemort en échange de proies, puisqu’on apprend dans Le Prince de Sang-Mêlé que son objectif dans la vie est de dévorer autant de personnes que possible. Pour ce type d’individus, le fonds idéologique n’a aucune importance : ce sont des psychopathes qui cherchent simplement à assouvir leurs pulsions. C’est un classique des procédés fascistes : faire appel à des maîtres du chaos pour créer du trouble et faire progresser les idées (SS, SA, etc.).

À cette catégorie s’ajoute celle des « collaborateurs ». Les Reliques de la Mort, plus particulièrement, développent cette idée qui a des accents particuliers pour les Français (ne pas oublier que J. K. Rowling est imprégnée de culture et d’histoire françaises). En effet, on y apprend que si beaucoup au Ministère sont soumis à Voldemort (via le sortilège de l’Imperium), d’autres n’ont pas besoin d’être contraints pour collaborer. C’est le cas de Dolores Ombrage, personnage abominable au possible et qui retourne sa veste dès que de nouvelles occasions de faire du zèle procédurier se présentent. Voici comment Harry décrit l’ambiance autour d’elle dans Les Reliques de la Mort :

Dès qu’il eut franchi l’endroit où patrouillait le Patronus en forme de chat, il sentit un changement de température : l’atmosphère devenait tiède, agréable, dans cette partie de la salle. Le Patronus, il en était sûr, était celui d’Ombrage et s’il brillait d’un tel éclat, c’était qu’elle se sentait heureuse ici, dans son élément, appliquant des lois tordues qu’elle avait elle-même contribué à rédiger.

On ne saurait vraiment préciser quelle est l’importance de l’idéologie pour ce genre de personnages. On y voit en réalité des individus qui sont trop contents de collaborer, de dénoncer, de poursuivre. Ils se complaisent dans les ambiances morbides de suspicion. En d’autres termes, ce sont des sadiques.

Même si l’on doit le compter comme un opposant à Voldemort, le personnage de Barty Croupton Sr n’est pas dénué d’intérêt. Ses agissements en tant que responsable de la justice en font un individu droitier qui n’hésite pas à utiliser les armes de son ennemi pour parvenir à ses fins. Violence et puissance semblent être pour lui des objets de fascination. Vous avez entendu parler, ces derniers mois, des fameux « faucons » qui planent au-dessus des ministères et qui font la publicité de la guerre : Croupton en est un. Leurs opposants leur reprochent d’alimenter directement un processus de violences toujours plus aiguës. Et, du reste, J. K. Rowling se positionne sur le sujet puisqu’elle fait de son fils, terrorisé par la figure paternelle, un Mangemort fanatique.

Ainsi, ce « front » nous apparaît comme extraordinairement composite. En réalité, il représente une certaine image de l’extrême-droite, qui, le temps de la lutte, est capable de rassembler des forces aussi nombreuses que divergentes sur de nombreux points. Ils se retrouvent en revanche sur les façons d’agir : c’est la violence et la mise de côté de tout sentimentalisme qui en sont les moteurs.

Ce petit parcours politique d’Harry Potter est un éclairage tout personnel. Il me semble cependant que de nombreuses caractéristiques énumérées en début de texte ont pu être validées. Il ne me semble pas inutile de rappeler, même avec des simplifications comme le fait J. K. Rowling, les procédés des mouvements d’extrême-droite, à un moment où ceux-ci progressent de manière significative. Ceux qui ont lu Harry Potter auront eu droit à une première approche de ces considérations assez fine. C’est ainsi que se forge un esprit critique indépendant.

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