Les petites marionnettes #1 – Introduction

Quand la série The Muppets a commencé, j’étais tout feu tout flamme, paré à griller tout ce que le monde compte de merguez. Je n’ai pas trouvé grand monde pour craquer de concert. On râlait, ce n’est pas ça les Muppets, c’est une honte pour l’héritage Henson. Mon enthousiasme non partagé peut s’expliquer ainsi : pour moi, voir des marionnettes s’animer (toujours avec brio, en plus, dans les productions Henson) c’est un spectacle suffisamment dense pour que je n’ai besoin de rien d’autre ; il y a au moins ça, la réussite ou l’échec de la série c’est du détail.

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La grande illusion

Un des premiers films qui m’a fasciné dans ma vie de spectateur, c’est Qui veut la peau de Roger Rabbit. Pas de marionnettes à l’horizon (encore que sur le tournage on guidait les acteurs avec des sortes de) mais une continuité sans couture entre ce qui relève de la captation du réel et ce qui relève de la figure imaginaire. Pendant quelques temps j’ai cru que les bonhommes des dessins animés existaient, quelque part dans l’endroit Amérique où on fait les films d’américains. À la même époque je croyais que tous les films étaient en direct, gros moments de perplexité face aux vignettes du journal télé, Coluche en même temps sur la une dans L’Aile ou la cuisse et sur la deux dans La Vengeance du Serpent à plumes. En grandissant mon œil pourtant hémiplégique s’est affermi et les ficelles toutes nues me sont apparues. Je mourais de honte quand les infos se connectaient par hasard pour former un « tu t’es planté ducon – mâcher du chewing gum ne donne pas la capacité de parler anglais ». Si je ne suis plus dupe des effets spéciaux de Zemeckis, il se trouve que cette continuité magique dont je parle, elle opère toujours dans les mondes de marionnettes. Découvrant récemment La Petite boutique des horreurs de Frank Oz, et sa merveilleuse plante insatiable, je n’arrivais pas à ne pas croire. Face à ce monstre si fluidement conçu et manié, mon œil ne pigeait plus ce qu’il voyait. Comme ces illusions optiques qui persistent une fois qu’on les a pigées, pragmatiquement je sais que c’est faux mais perceptivement ça fonctionne encore. Rien d’étonnant à ce que les ventriloques finissent timbrés puisque, pour avoir tenté l’expérience, l’illusion continue un peu quand la marionnette est actionnée par notre bras même. C’est que nos yeux sont naturellement disposés à considérer comme vivant tout ce qui se meut, et une marionnette, toute belle ou ingénieuse qu’elle soit, exposée dans une vitrine ou posée sur une chaise, n’est rien.

Premier degré

Depuis un certain temps, ici et , j’étudie Marilyn Monroe sous toutes les coutures. Si je devais résumer son génie, je la qualifierais ainsi : une parfaite idiote. Parfaites sont les idiotes de Marilyn parce qu’elle se consacre à leur donne vie corps et âme. On sait à quel point elle a souffert d’être prise pour une conne ; elle aurait mieux fait de se réjouir du fait, preuve excellente que son indéfectible engagement d’actrice prenait. Un héritier de cette attitude, cette fois-ci obstinément assumée, est Will Ferrell. Comme Marilyn, alors qu’il joue le plus souvent dans des farces, Will a besoin de croire en la possible existence de son personnage. Sous-entendu : c’est le nécessaire pour que nos idiots soient parfaits, on ne veut pas des crétins informes, qui changent de crétinerie au gré des gags. Le dernier temps de la filmographie de Will Ferrell court vers l’annihilation de l’homme réel. Avec A Deadly Adoption, pastiche de téléfilm Lifetime, l’acteur reproduit sans la moindre manifestation de malice le jeu merdique des fictions merdiques de la chaîne. Et il a été très déçu qu’avant même le tournage le canular fuite – aussi déçu, pour te dire, que Tarantino à poil dans la neige, le scénar des Huit salopards dévoilé à tous. Mais en est-ce vraiment un, de canular ? La téléspectatrice ne voit pas la différence entre A Deadly Adoption et le reste des productions de sa chaîne favorite. Rien ne distingue un vrai premier degré d’un second degré impeccablement déguisé en premier. Avec Ferrell Takes the Field (HBO), l’acteur ne met plus aucune frontière entre ce qu’il est et ce qu’il incarne. Son nom est mis en jeu. Ne serait-il pas d’ailleurs un peu débile, ce mec, à savoir si bien représenter les connards ? Marilyn et Will sont tous deux également excédés par leur emploi et c’est ce qui me touche. La marionnette fait cela encore mieux. Elle a pour elle l’épure de signes, la netteté du masque débarrassé du malaise de l’immobilité. À sa disposition un unique degré, déployé vers l’extérieur. Un personnage n’est jamais qu’une représentation partielle et codée d’humain : la marionnette assume absolument la fonction.

Ce sont quelques idées que je pose, en ouverture de cette nouvelle rubrique. On verra si à force d’exploration des mondes de marionnettes, au fil de l’actualité et de l’humeur, cela se précise, se dissout ou se remplace.

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