Je me fais briquer le casse-noisettes

Le plaisir féminin est souvent un plaisir contrefait. Il sert souvent à quelqu’un (un homme qui se rassure, une marque qui promet). Du coup, lorsqu’on évoque le plaisir gratuit et solitaire, celui que l’on se donne à pleines mains, il y a bien des filles pour faire la fine bouche et il s’en trouve même pour taxer de « dégoûtante » cette opération de l’esprit (virgule de la main et de quelques aimables intermédiaires) malicieux qui veut satisfaire son désir sans demander à quiconque son avis. Sans doute les mêmes qui disent « craquer » avec des jeunes moues minaudières lorsqu’elles se permettent de croquer dans un aliment jouissif. Finalement ce n’est pas plus mal que le plaisir solitaire des filles soit vraiment promis au secret des chambres et des lieux cachés au lieu de se pratiquer en groupe comme dans les romans de dortoirs masculins des années cinquante. L’intimité du plaisir, c’est la seule chose qui reste le secret féminin aujourd’hui de ce corps qui s’étale sans complaisance sur toutes les surfaces planes visibles.

Certains aiment bien agiter devant les femmes les épouvantails de leurs désirs secrets, évoqués dans les manuels de psychiatrie vulgarisée et les best-sellers qu’on qualifie avec condescendance de « porno pour maman », comme si à partir du moment où on avait pondu une progéniture ingrate, la chair devait se contenter des miettes de ce qui est promis à leur chair fraîche et à leur imagination volatile. Beaucoup de livres évoquent par exemple les fantasmes de soumission, voire de violence. Une violence qu’on peut contrôler, pousser à bout et arrêter à l’envi comme on appuie sur un bouton – tiens donc – c’est une expérience assez rare dans la vie humaine et surtout féminine pour mériter qu’on s’y attarde et qu’on la convoque éventuellement dans les moments de grand abandon. En mettant dans les mains des femmes la possibilité du plaisir personnel, elle restaure l’espace d’une chambre à soi et d’un désir à qui on peut lâcher la bride dans ce petit espace restreint, pour respirer un peu tranquille sans personne d’autre à contenter.

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Pour point de vue masculin sur la question : Seul en Mon Royaume.

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