12 Days of Christmas #5 – Secret Santa : Le Fantôme des Noëls passés, Steven Moffat

Par décret du prisme lunaire, chaque membre de la rédaction s’est vu assigné un autre membre de la rédaction avec la mission suivante : choisir, parmi les œuvres (film, série, album, bouquin, etc.) qu’il aime à ressasser en période de Noël, une œuvre qui pourrait plaire à cet autre membre. Le Père Noël Mystère du jour est tombé sur Charlotte Folavril, et il a choisi pour elle l’épisode « Le Fantôme des Noëls passés », écrit par Moffat, pour la série Doctor Who.

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Gibet : Tu es celle qui a été la plus mécontente en découvrant le contenu de ta chaussette, comment ça se fait ?

Charlotte : Je n’aime pas Doctor Who. J’ai beau essayer, par amour pour la culture anglaise, de m’accrocher aux épisodes, je n’ai jamais réussi à apprécier. Pour rester dans l’esprit de Noël qui imbibe l’épisode comme un cognac de supermarché, Doctor Who me fait penser à un pudding épais et farci de bons sentiments pour masquer le léger goût de rance lié à son grand âge. Le bricolage improbable autour des allées et venues dans le temps et les époques pourrait être bourré de charme, il est juste trop fouillis pour me convaincre.

Gibet : Insensible au charme du Docteur ?

Charlotte : Je trouve la tête de Matt Smith intéressante, mais le Docteur me semble tenir de la blague privée entre adeptes de la première heure.

Gibet : Et tu as passé un très mauvais moment devant du coup ?

Charlotte : Se livre dans cet épisode une lutte féroce entre mon désir forcené d’être sensible à la poésie affichée et branque de l’épisode (qui comprend notamment une chanteuse congelée qu’on décongèle toutes les veilles de Noël et des poissons qui flottent dans le ciel nocturne, ainsi que des courses en traîneau charrié par un requin) et mon impression de rester complètement à la porte, sans jamais réussir à rentrer. Cette réécriture de Dickens est pourtant plutôt futée, au départ : grâce au Docteur, les fantômes des Noëls passés viennent hanter les personnages en chair et en os et cette rencontre bouleverse autant l’enfant venu du passé que le vieil homme qui le reçoit. Mais les personnages sont trop cabots et l’intrigue trop morcelée dans des tas de passages sans lien pour qu’on se sente touché, malgré la présence d’un immense acteur dans le rôle du vieil homme malheureux et frustré au centre de l’épisode. Cet univers steampunk décalé m’a donc plutôt laissée de marbre.

Gibet : Seul ton Santa saura répondre…

nINAysZ

LUNE !!!

Lune : Je suis navrée que ça t’ait pas plu, j’ai choisi cet épisode déjà parce que je l’aime beaucoup mais aussi parce que je me suis dit que tu connaissais probablement les autres grigris de Noël que j’avais dans ma sacoche. Je me suis dit que si tu adorais Doctor Who j’en aurais entendu parler, et comme cet épisode est une adaptation de Dickens où il n’y a pas trop ce qui agace les gros détracteurs de la série (c’est cheap et moche en mode SF en pâte à modeler), ça pouvait peut-être te plaire. C’est pas trop dans le lard comme épisode, c’est pas bourré d’auto-références, donc j’avais bon espoir que ça marche. Snif. Normalement, je suis plutôt douée en cadeaux t’sais, mais si j’y avais mis plus de cœur et de temps j’aurais peut-être mieux réussi, mea culpa.

Gibet : Et moi j’avais trouvé que c’était une bonne idée, tout simplement car Doctor Who c’est un gros morceau de la culture britannique et que je sais que ça t’intéresse. Mais, justement, on aurait dû se dire que c’est un trop gros morceau de cette culture pour que tu sois vraiment passée à côté, ça ne peut qu’être un boudage volontaire.

Lune : Malgré tout, on dirait que c’était pas si idiot comme choix car y a effectivement des choses qui normalement te plaisent, et c’est étrange que la mayonnaise n’ait pas pris. Peut-être une trop grosse allergie à la franchise ? Si on m’avait donné à regarder euh le film d’horreur Ils devant lequel je me suis endormie au ciné pendant que ma meilleure amie branlait son mec, j’aurais eu beaucoup de mal à accepter d’arriver devant mon PC l’esprit prêt à être émerveillé. Je crois que globalement, ce que tu reproches à l’épisode c’est justement ce que j’aime. Par exemple tu dis « Le bricolage improbable autour des allées et venues dans le temps et les époques pourrait être bourré de charme, il est juste trop fouillis pour me convaincre » et moi j’aime beaucoup que ça soit fouillis et que ça parte dans tous les sens, probablement parce que je fais la maligne et que je devine souvent à l’avance ce qui va se passer dans les fictions bien construites, et que c’est tellement bordélique que je peux pas devancer le scénario. Et puis je vis dans un capharnaüm, moi j’adore le bordel et la saleté, c’est comme ça que je me sens bien. Le propret m’angoisse. Tu as du mal aussi avec les personnages « cabots », et j’aime beaucoup ça aussi, car du coup c’est très énergique, mais c’est peut-être aussi parce que c’est des persos que j’adorerais jouer et que telle toi qui restes à la porte de l’épisode, je reste sur le paillasson de cette envie-là et je la contemple de loin. Du coup de voir les acteurs déployer toute leur énergie pour faire les gogols, ça me revigorise le palpitant et je me sens prête à leur emboîter le pas et faire la débile avec eux, just for fun. Au théâtre au ciné à la télé ce qui me touche le plus c’est de voir que les acteurs s’amusent, et dans cet épisode c’est très clair qu’ils sont foufous de pouvoir faire mumuse avec l’oeuvre la plus connue de Dickens. La poésie m’a touchée aussi, je me rappelle que la première fois que j’ai vu l’épisode ça m’a bouleversée de voir des poissons dans l’air, probablement parce que ça met à notre portée d’humains tout un univers sous-marin auquel on a accès que si on fait l’effort d’arrêter de respirer librement.

Gibet : Moi j’ai surtout retenu l’habileté de Moffat à réagencer déplacer creuser Dickens, et je me disais pour ça aussi que ça te plairait, Charlotte. A propos de cabotinage je me rends compte que c’est le principe général de la série, pas seulement pour le jeu. Moffat est un scénariste qui arrête pas de donner d’énormes coups de coude au spectateur (regardez comme je suis malin) et généralement la direction artistique va dans le même sens (regardez comme on est au choix effrayant / poétique / je sais pas quoi). Et je comprends que Charlotte reste à la porte parce que j’y reste assez souvent. J’aimerais bien que le cabotinage soit canalisé par les acteurs au lieu que toute la série surligne tout tout le temps.

Charlotte : J’ai rien compris à cette histoire de branlette mais elle me perturbe immensément dans ma lecture.

Lune : Désolée juste j’essayais de réfléchir à quoi je serais le plus réticente et c’est mon pire souvenir de visionnage de film qui est sorti.

Charlotte : En fait je pense que c’était un très beau cadeau. C’est dommage que la mayonnaise n’ait pas pris mais c’est justement parce que j’aime le propret et l’organisé, le quotidien et le simple car dans la fiction, j’ai souvent du mal à comprendre les intentions et du créateur et des personnages. Un problème de lecture qui empêche l’agilité avec laquelle tu regardes, et la complicité que tu ressens. J’ai néanmoins beaucoup aimé les poissons. En même temps à Noël il arrive souvent qu’on offre un cadeau et que le récipiendaire soit grognon. Il n’est hélas pas si étonnant que j’écope du rôle de Grinch qui me sied si bien… En tout cas j’ai beaucoup aimé l’épisode que tu as décrit, peut-être qu’on pourrait inventer une séquence de récit qui permettrait d’aimer les films qu’on n’aime pas à travers ceux qui les racontent bien.

Lune : Mais il est adorable le Grinch ! Il a rien fait de mal juste les autres sont pas sympas. Et c’est un sacré cabotin !

Charlotte : Ah ! On est toujours trahis par les siens ! C’est pas un monstre qui est chonchon à Noël ?

Lune : Si mais il est ronchon parce que les autres lui on brisé le cœur à cause qu’il est pas beau, et il passe beaucoup de temps à râler sans rien vraiment faire de méchant.

Charlotte : C’est tout moi.

Lune : Ben alors t’es un perso positif auquel il est facile de s’identifier !

Gibet : En plus dans l’histoire le Grinch il aime pas Noël car il aime trop Noël, c’est un protestant le mec, il se réconcilie avec les gens quand il se rend compte qu’ils sont heureux même sans cadeaux.

Charlotte : C’est un puriste en somme. Mais comment peut-on être puriste ET cabot ?

Gibet : Dans le film, son cabotinage consiste à ce que tout ce qu’il ressent soit traduit nettement et lisiblement dans son corps, on pourrait parler d’une sorte de pureté de signes, c’est presque du Meyerhold. Au contraire le maire du village, qui est ce qui se rapproche le plus d’un méchant, est moins clair, il cache des choses à l’intérieur

Charlotte : La pureté dans l’exagération : je me sens proche de lui.

Quelle belle journée sur Lunécile !

Si on a mal choisi pour Charlotte Folavril,

Elle aura appris que ronchon et ascète

C’est swag depuis au moins 1957.

God bless us, every one !

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