Doctor Who, du S09E10 au S09E12

Charmant lecteur, nous revoilà ! J’espère que tu n’aimes plus trop Doctor Who car ceci est la quatrième et ultime partie de notre grand débat sur la saison 9 – on voudrait pas risquer de te rendre tristounet. Tous les trois épisodes (la première partie est ici, la seconde , la troisième ici) tu as pu lire les interminables discussions de Gibet, Clo et moi-même, accompagnés chaque fois d’un invité différent – cette fois-ci, nous sommes très fiers de te présenter Astiera, la series addict monomaniaque obsédée par les séries de Moffat la plus sympa de tous les temps. Le scénariste écossais parviendra-t-il à entretenir la flamme avec cette fin de saison 9 ?

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Gibet : Qu’est-ce que tu avais pensé de la saison 8, Astiera, et est-ce que cette saison 9 qui plaît beaucoup te plaît à toi ?

Astiera : Après une saison 7 désastreuse, j’avoue avoir débuté cette saison 8 avec appréhension surtout qu’Eleven est mon Doctor (et oui, en bonne fangirl de Steven Moffat, j’ai commencé Doctor Who par la saison 5). Clairement, avec cette saison 8, Moffat à repris un chemin plus classique et a simplifié les arcs narratifs après s’être pris les pieds dans le tapis auparavant. Mais je n’ai pas réussi à accrocher totalement à Twelve et malgré toute la bonne volonté du monde, Clara ne m’emporte pas. Mais cette saison 8 a connu de belles fulgurances et a montré des choses intéressantes. Et puis, j’adore Missy, tellement moffatienne ! Pour cette saison 9, j’ai enfin réussi à mieux me connecter à Twelve, on sent que Peter Capaldi est plus à l’aise et peut pleinement s’exprimer. J’ai parfois été dubitative concernant la construction en double-épisode de toute la saison et en dehors de l’épisode 9 dont le ratage semble presque irréel, j’ai passé un bon moment devant chaque épisode et j’ai même versé ma petite larme devant le discours enflammé de Twelve à la fin de l’épisode 8. Et de façon générale, j’aime bien la représentation des personnages féminins dans cette saison 9.

Gibet : Ah tu as détesté le 9 ?

Astiera : J’ai même fait avance rapide ! J’avais lu beaucoup d’avis négatifs dessus mais comme j’ai de la tendresse pour l’écriture de Mark Gatiss, je n’ai pas voulu y prêter plus d’attention que cela. Mais après la force de l’épisode 8, la construction narrative et la réalisation m’ont complètement coupée de l’intrigue.

Gibet : Ah donc on est d’accord, la réalisation est super confuse ?

Astiera : Tout à fait, ça fait gadget !

Gibet : Prends ça Clo !

Astiera : Et pourtant, en bonne marmotte que je suis, un épisode centré sur Morphée aurait dû me passionner !

Gibet : En tant que fan de Moffat, est-ce que ta saison favorite c’est la 6 ?

Astiera : Mes saisons préférées sont les 5 et 6. Et ma saison préférée de Russell T. Davies est la 4. J’ai de la tendresse pour la 3, mais pas super fan des deux premières (ben ouais, j’aime pas Rose).

Gibet : Et tu penses que cette saison 9, si elle a un finale de ouf (avec des hybrides Daleks-Seigneurs du Temps ?), peut détrôner dans ton cœur les saisons 5 et 6 ?

Astiera : Non, j’ai perdu mon enthousiasme premier de la découverte et après neuf saisons, il y a comme une certaine lassitude. Je n’exclus pas d’être surprise et puis, je suis déjà impatiente de retrouver ma River Song d’amour dans le Christmas Special.

Gibet : Une certaine lassitude ?

Astiera : Cela me semble assez logique comme pour toute série qui dure aussi longtemps. Pas si simple de renouveler le Docteur, ses enjeux, ses dilemmes, ses aventures, sa relation avec sa compagne. On peut bien sûr blâmer Steven Moffat mais je pense qu’en tant que spectateur, on n’a plus la même fraîcheur. Et d’un autre côté, les enfants anglais qui découvrent le Docteur pour la première fois doivent être aux anges.

Gibet : Je suis pas tout à fait d’accord pour cette histoire de fraîcheur. En tout cas ce n’est pas comme ça que je le ressens. J’ai déjà ressenti de la lassitude face à la série. A la sortie de mon gros rattrapage (commencé fin 2012), j’étais même totalement blasé. Mais depuis la saison 8 je suis à nouveau avide de découvrir les aventures du Docteur. Je pense que le fait de suivre le rythme de diffusion rend ça beaucoup plus digeste. Mais aussi et surtout la série en elle-même n’arrête pas de se regénérer (wink wink). Je trouve Doctor Who assez imprévisible au bout du compte. Je suis incapable de te dire ce qui va se passer dans « Face the Raven », que je n’ai pas encore regardé. Il va y avoir le Docteur et Clara et le Tardis et des aventures et ça va se dénouer de manière gentille mais bon à part ça j’en sais rien. Je sais même pas quel ton aura l’épisode, quel look, quel rythme etc. C’est très rare, a fortiori dans une série grand public. Même dans cette saison où il y a une majorité de doubles-épisodes, chaque moitié prenait des directions très différentes, que je n’anticipais jamais. La série est polymorphe, inégale et bordélique, à mes yeux elle persiste à être rafraîchissante. Il y a peut-être aussi que je suis plus attaché aux principes généraux de la série qu’à tel ou tel Docteur, tel ou tel compagnon. Je n’ai jamais été bouleversé par Doctor Who. Je n’ai de lien affectif fort avec aucune période de la série. Je n’ai donc pas le contre-coup de ça.

Astiera : Tu n’as pas totalement tort et c’est vrai que j’ai eu un très fort attachement émotionnel pour le trio Eleven/Amy/Rory et pour le duo Ten/Donna, ce qui fait que l’attachement émotionnel est devenu ma priorité. Du coup, ne l’ayant pas ressenti avec Clara, ni avec Twelve pour le moment, j’ai l’impression qu’il me manque quelque chose d’essentiel pour être à fond avec les personnages. Je ne dis pas que les saisons 8 et 9 sont ratées ou inutiles, loin de là, mais elles ne m’apportent pas totalement ce que j’attends. Je reconnais que ces attentes sont les miennes et de ce que je projette dans le série et que les scénaristes n’ont pas pour mission d’y répondre.

Gibet : J’avoue qu’en terme de matière émotionnelle, de développement de personnage, y a pas grand-chose à se mettre sous la dent cette saison. Dans la saison 8, on sentait qu’ils s’étaient creusés la tête pour que Clara et sa relation avec le Docteur suivent un chemin précis (sur toi ça n’a pas pris manifestement mais ils y avaient travaillé). Cette saison c’est comme s’ils avaient épuisé le sujet et dans la plupart des épisodes Clara est reléguée au second plan ou bien elle est là mais ne fait l’objet d’aucune intrigue.

Astiera : Clara était géniale dans « Asylum of the Daleks » et promettait beaucoup mais elle n’a jamais vraiment réussi à avoir une réelle épaisseur. Et son lien avec le Docteur semble presque plus réel hors champ. Et pourtant, son personnage et sa trajectoire sont intéressants sur le papier. Mais ça tombe un peu à plat.

Gibet : Moi j’ai plutôt ressenti ça avec Amy, la relation hors champ.

Astiera : Ah bon ? J’ai trouvé la rencontre Amelia/Eleven tellement forte et j’ai tout de suite adhéré à leur relation.

Gibet : Bin moi ça m’avait fait ni chaud ni froid, mais j’admets que c’est très subjectif.

Lune : Moi j’étais yaaaay puis ça m’a lentement gavée. Je trouve pas que Clara manque d’épaisseur par contre, c’est vrai qu’elle a été reléguée en arrière-plan pendant cette saison 9 mais c’est un personnage vraiment intéressant. Elle a dû s’adapter à beaucoup de choses (Eleven qui meurt et toute la relation reconfigurée, Danny qui meurt aussi et qui change tout ce qu’elle avait prévu/voulu pour son avenir). Elle est extrêmement fidèle au Docteur, cherche toujours à agir, trouve toujours la joie, et elle est intelligente, elle finit par prendre certains tics du Docteur (bluffer, se féliciter très fort d’être maligne). Vraiment moi je l’aime beaucoup.

Astiera : Ah mais je n’ai jamais dit que je ne l’aimais pas! C’est juste que sa construction/évolution est bancale à cause du ratage de la saison 7.

Face the Raven - The Raven

S09E10 Face the Raven

Gibet : Astiera, peut-on aimer cet épisode quand on n’adhère pas à Clara ? Et je suppose que tu aimes beaucoup Ashildr ?

Astiera : Effectivement, difficile d’être emporté émotionnellement par la destinée de Clara lorsqu’on n’a jamais totalement réussi à se connecter au personnage. Surtout que cette fin (si on exclut l’hypothèse que Clara réapparaîtrait d’ici le season finale) est un peu étrange car justement, elle n’a pas lieu durant le season finale, ce qui amoindrit sa portée je trouve. En revanche, j’aime la façon dont les compagnes imaginées par Moffat acceptent leur destin et leur choix en étant, d’une certaine manière, plus courageuses que le Docteur. Et que ces choix soient dictés par l’amour sans que cela ne soit cucul. Amy choisit Rory. Clara choisit de rendre hommage à Danny. Bien sûr, cela n’a pas la force dévastatrice du départ de Donna, mais c’est tellement moins sentimentaliste que les adieux de Rose (oui, je sais, je tape sur Rose à la moindre occasion en méchante troll que je suis). De manière générale, j’aime la façon dont les personnages féminins sont présentés cette saison et Ashildr en est un très bon exemple. Depuis la première saison, on nous montre à quel point le Docteur pourrait mal tourner s’il n’avait aucun ancrage humain à ses côtés (ce qui était sans doute le cas aussi dans la période Classic). Et c’est intéressant de montrer un personnage qui vit l’immortalité du Docteur et qui ne peut pas échapper à la noirceur qui va avec. Le Docteur a voulu sauver Ashildr pour se sauver lui-même mais parfois, sauver une vie n’est pas toujours la meilleure chose à faire. Les dilemmes moraux ont toujours été au coeur de Doctor Who, ce qui m’a toujours plu, surtout s’agissant d’une série dont le premier public sont des enfants. En ce qui concerne l’épisode lui-même, malgré l’enjeu, il manque de réelle tension. Cette cour des miracles est une bonne idée en soi, mais elle sort de nulle part surtout si elle n’est pas exploitée par la suite.

Clo : J’ai aussi aimé la force et la dignité de Clara sur sa fin, et la sobre retenue des au revoir m’ont beaucoup touché. Vous pensez vraiment qu’elle va revenir ? Pour une fois j’ai l’impression que c’est fini pour de bon. D’ailleurs, est-ce que les compagnons ont une durée de vie moyenne? Pour Lady Me je suis contente de voir un personnage qui ne dégouline pas de bons sentiments, elle est terriblement sans pitié et pragmatique. Le coup des tatouages me plaît. La scène où le Docteur bouillonne de haine m’a surprise et du coup, enthousiasmée. Que pour une fois il n’y ait pas de solution aussi. En fait cet épisode était frais, en nous servant autre chose que de la sécurité bien-pensante.

Gibet : Je dirais que… je ne sais pas si j’ai beaucoup aimé cet épisode mais il m’a beaucoup ému. Je pense, au contraire de toi, Astiera, que la mort de Clara a plus d’impact à ce moment que si elle avait eu lieu en season finale. Justement, on s’attendait tous – enfin ceux qui étaient au courant du départ de Clara – à ce que le départ ait lieu pendant le season finale. Mais puisqu’on s’y attendait tous c’est très malin de la part de Moffat et compagnie de le décaler. Personnellement je suis totalement tombé dans le panneau : matant l’épisode comme un épisode solo, monster of the week et tout ça, me suis dit pendant un long moment « LOL il va y avoir un twist pour la sauver arrêtez » et plus ça avançait et plus j’étais « euh… attends elle va vraiment mourir là ?! ». Et quand j’ai enfin compris je couinais comme un bébé qui a perdu sa tototte. S’ils nous avaient gardé ça sous le coude pour le season finale, j’aurais été en partie immunisé. Grâce à son irruption inopinée, c’est le départ de compagnon le plus réussi de la série à mon sens. Ce qui est judicieux en plus, c’est que ça charge émotionnellement le Docteur pour la fin de saison, et je pense que, quel que soit le détail des événements, on aura l’occasion de voir un beau Docteur enragé (contre des Daleks-Seigneurs du Temps ???). Cela dit, une fois les larmes séchées, j’ai trouvé matière à chipoter. Comme tu dis Clo, ça fait du bien que pour une fois il n’y ait pas de solution. Mais vu que les cas où il n’y a pas de solution ça tombe presque exclusivement pour les sorties de compagnon ou les régénérations de Docteur, je ne peux m’empêcher de trouver ça arbitraire. Mille fois on a su sauver la mise, mais tiens, quand Eccleston est gavé par Doctor Who, tout à coup c’est pratique, on peut plus. Je pense que la série gagnerait à être un poil plus dangereuse de manière générale. L’autre souci, plus précis, c’est que comme je disais plus haut, le travail de développement de Clara a un peu été laissé tomber cette saison. Conclure le perso avec tambour et trompette au terme d’une saison qui parlait d’autre chose c’est un peu bizarre. Par ailleurs, il y a une solution qui n’a pas été envisagée dans cet épisode : Clara est « juste morte », il y a un point final à sa vie, mais sa vie n’a pas été effacée, sa vie n’a pas été déplacée dans je ne sais quel monde parallèle inaccessible. Théoriquement, le Docteur pourrait continuer à faire des aventures avec elle en allant la rechercher à des points antérieurs de sa vie. Vous allez me dire ouais mais bon c’est chaud de cotoyer quelqu’un que tu sais quand et où il va mourir et que quand même tu vas l’y emmener, ce à quoi je répondrais : le Docteur est un être infini qui côtoie des êtres finis, le tragique c’est son quotidien. Je râle, mais cette piste sera très probablement utilisée en toute fin de saison pour une ultime séquence d’adieu, genre le Docteur cœur brisé va revoir sa compagnonne dans le passé une dernière fois. Une dernière apparition du personnage me semble inévitable pour clore vraiment la relation. Si on met à part le départ de Clara, je crois que je suis d’accord avec toi, Astiera, sur le manque de tension de l’épisode. Ce qui expliquerait que j’ai été ému sans vraiment aimé l’épisode. Moi je la trouve superbe cette idée de monde caché, c’est très harry potteresque (y compris visuellement !) et c’est une excellente idée de donner ça à faire à Ashildr (c’est concret quoi). Je ne doute pas qu’ils s’en resserviront mille fois dans les saisons futures tant ce ghetto est un vivier à histoires. Ca mériterait presque un spin-off. Mais après, comme tu dis, en l’état, ça reste inexploité, on ne fait pas du tout le tour du concept (d’où je pense qu’ils s’en resserviront – c’est trop engageant pour laisser ça en plan) et l’enquête tourne vite à la demie heure de remplissage, préparation du vrai bon dernier quart d’heure d’intensité. Vous soulevez toutes les deux des petites questions sur les compagnons en général. Est-ce que les compagnons ont une durée de vie moyenne ? Pour la série 2005, on a Rose deux saisons, Martha une saison, Donna une saison, Amy deux saisons et demi, Clara deux saisons et demi. Je te laisse faire le calcul. Dans les Classics, avec One (je n’en suis que là), c’est beaucoup plus aléatoire, il y a des compagnons qui ne restent que le temps d’un arc ou deux, d’autres qui restent plusieurs saisons. Et au sommet de ça, plus tard, t’as Sarah Jane, qui est restée quatre saisons, a eu deux spin-offs, est revenue dans la série 2005, etc. Tout ça c’est la cuisine interne, trouver des compromis entre ce que les scénaristes ont à raconter, l’envie / la bonne volonté des acteurs et le goût du public. Est-ce que le compagnon a déjà la fonction d’ancrage humain dans les Classics ? Avec One, ce n’est pas encore tout à fait net probablement car les caractéristiques exceptionnelles du héros ne sont pas encore établies (les scénaristes ne savent pas encore que le Docteur est un Seigneur du Temps), mais en général il y a un garçon, qui est Le Corps, et une fille, qui est Le Cœur, pour compléter le Docteur Cerveau – on y est déjà en quelque sorte. Je demande à Manuel pour le reste :

A la base les compagnons du Docteur ont en effet des rôles très précis (parfois caricaturaux) qui servent avant tout la narration et le schéma répétitif des scénarios. Ainsi au début le Docteur est bien le cerveau, tandis que Susan est la jeune fille qui sert à toucher le jeune public et se met toujours en situation de danger pour relancer l’intrigue (rôle ensuite tenu par Vicky puis Dodo), et Ian et Barbara sont les Terriens rationnels lambda. Ian a en outre le rôle de « l’homme fort » pour toutes les scènes d’actions de la série (rôle ensuite tenu par Steven). Mais l’importance des compagnons en tant que « ancrage humain » du Docteur s’est ensuite précisée très rapidement, notamment dans « The Massacre of St Bartholomew’s Eve » (1966) où, désormais seul dans son TARDIS, le Premier Docteur ressasse ses regrets et démontre pour la première fois à quel point il a besoin de la compagnie des autres.
C’est vrai que Sarah Jane Smith semble être la seule compagne du Docteur que l’on retient de la série classique, mais le fait que son personnage ait été longtemps dans la série auprès de Tom Baker, qu’il ait été ramené dans la série moderne et ait eu sa propre série dérivée (The Sarah Jane Adventures) y est pour beaucoup. A peu près tous les compagnons de la série classique ont leurs fans qui souhaitent les voir réapparaître comme Sarah Jane. Récemment le fait que le personnage de Clara soit enseignante dans la même école qu’ont fréquentée Susan, Ian et Barbara au tout début de la série a notamment suscité de grandes attentes. Beaucoup de fans ont espéré ainsi voir réapparaître William Russell (l’interprète de Ian, qui vit encore de nos jours, contrairement à Jacqueline Hill qui jouait Barbara). Autre exemple : le personnage de Ace, très populaire, dernier compagnon du Docteur à la fin de la série classique, suscite aussi beaucoup d’attente puisque sa séparation avec le Septième Docteur n’a jamais été officiellement expliquée. Elle est encore avec lui à la fin de la série, et n’est plus mentionnée ensuite dans le téléfilm de 1996 et la série moderne. Certains compagnons (Liz et Jo, anciennes compagnes du Troisième Docteur) ont quand même eu le privilège de réapparaître dans The Sarah Jane Adventures ou d’y être mentionnées. Cependant certains anciens compagnons ont été très impopulaires, notamment Adric qui sera tué pour cette raison par les producteurs.

Astiera : Le souci c’est que je m’étais fait spoiler le fait que Clara meurre dans cette épisode du coup, l’effet de surprise, intéressant, est tombé à l’eau. Pour les Pond, on savait d’avance leur épisode final mais comme je les aimais d’amour, les larmes ont coulé. Effectivement, la perspective d’un Docteur seul et ivre de chagrin le temps de deux épisodes peut donner de belles choses car ce serait inédit. On croise les doigts !

Gibet : Ah oui effectivement, si on t’a spoilée… Quel est le salopard qui a fait ça ? Accusons !

Astiera : C’est la faute à Peter Capaldi en interview !!!

Gibet : Capaldi en prison !!! Le départ des Pond on en a déjà parlé dans la discussion avec Tom, moi ça m’avait saoulé, je n’y ai vu que de l’arbitraire. Comme disait Tom : « Le Docteur ne pourra plus voir les Pond parce qu’il ne faut pas qu’il puisse. »

Astiera : C’est pareil pour Rose.

Gibet : Ah non, je trouve le départ de Rose aussi peu arbitraire que possible, c’était largement préparé (tout le background familial) et le monde parallèle est un véritable obstacle. Tandis que pour Amy et Rory, si le Docteur tient tant que ça à les revoir, il peut les retrouver – le TARDIS peut pas aller à l’endroit où ils sont envoyés à la date où ils sont envoyés, eh bin il n’a qu’à y aller deux jours après !

Astiera : C’est pas faux !

Gibet : Qu’est-ce que tu n’as pas compris ?

Astiera : Chut, c’est une botte secrète ! Pour en revenir à nos moutons, j’avoue être de totale mauvaise foi avec Rose car l’arc de l’univers parallèle ne m’a pas emballée. Mais tout ceci mériterait une conversation à part entière.

Gibet : Oh bin tu sais je suis pas fan non plus, ni de cet arc, ni de Rose, mais on sent que Davies s’était un peu creusé la tête pour que ça ne sorte pas de nulle part. Mais tu as raison, c’est un vaste sujet, revenons à l’épisode. Lune, qu’est-ce que t’en as pensé ?

Lune : Moi ça m’a beaucoup touchée aussi, et toutes les petites manifestations sur internet aussi, le TARDIS à fleurs par exemple, snif. J’aimais beaucoup Clara et comme toi j’arrêtais pas de me dire ils vont trouver un truc, même quand elle était en train de mourir car le plan dure longtemps, tant qu’elle était pas au sol j’y croyais. Par rapport aux autres compagnons, comme Gibet, on voit que le départ de Rose était réfléchi, et je me suis pas remise du départ des Pond, faut vraiment pas se creuser la tête longtemps pour se rendre compte qu’ils meurent des années et des années après la date interdite, et en plus Amy et Rory auraient juste pu changer de ville et envoyer un signe au Docteur pour qu’il vienne les chercher, et y a rien de formulé qui nous explique pourquoi c’est pas possible ou pourquoi les Pond et le Docteur ne voudraient pas faire l’effort de se revoir. Bref. Pour l’épisode de cette semaine, je n’ai pas adoré non plus, mais c’est une idée intéressante et c’est visuellement très chouette (à quand les cosplays Lady Me tatouée ? à quand les fan hardcore qui se font vraiment le tatouage ? c’est très steampunk et y a toute une communauté non ?). Ça ressemble beaucoup à la Rue de Traverse dans Harry Potter oui, donc ça a des échos de merveilleux. C’est un camp de réfugiés mais l’ambiance Angleterre victorienne me donne l’impression qu’il y a des petites échoppes chaleureuses où pour contrer la misère y a des contes au coin des cheminées crasseuses.

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S09E11 Heaven Sent

Gibet : L’enthousiasme général autour de l’épisode est justifié à mon sens. Je ne serai pas aussi inconditionnel que ce que j’ai pu lire de ci de là mais c’est vrai que c’est un bel et solide épisode. Je disais suite à l’épisode found footage que j’aimerais bien que la série expérimente davantage avec sa forme, pour le coup je suis gâté. Je me demande pourquoi ils ne s’amusent pas plus souvent avec l’esthétique de la série s’ils en ont les moyens (financiers et créatifs). Ca me fait penser à un truc que dit Orson Welles en interview : pour faire en sorte que les cadreurs acceptent de faire des cadres originaux et biscornus, il n’a trouvé qu’un moyen, c’est de leur dire, quelle que soit la séquence, qu’il s’agit d’une séquence de rêve ; dès lors ils ont un milliard d’idées. Il explique qu’il y a chez eux une inertie artistique qui fait qu’ils brident leur imagination s’ils doivent faire une séquence « réelle », alors qu’on pourrait penser que la créativité fait partir du job de base. C’est un peu la même chose avec Doctor Who : on pourrait penser qu’inventer des formes ça fait partie du contrat de base, mais en fait non il faut des épisodes bien spéciaux pour qu’ils tournent la caméra dans tous les sens. Tant pis. Ou tant mieux : ça rend ce genre d’épisodes d’autant plus savoureux. Je note aussi la qualité de la zic, qui semble avoir été fignolée en harmonie avec la voix de vieux chien de Capaldi (il y avait déjà quelques beaux trucs en terme de musique dans « Face the Raven » mais là ils se déchaînent). Pour couronner le tout, Moffat a vraiment des trucs à dire sur le Docteur ! Et ça évite que l’épisode tombe dans la pure esbroufe moffatienne regardez comme je suis un génie. Hélas, et c’est ma principale réserve, on y est quand même un peu. Ca se voit dans un choix tout simple : Moffat s’est donné 10 minutes de plus que d’habitude, mais ces 10 minutes supplémentaires sont de trop. On avait tout vu tout compris sans ça. Mais voilà il lui fallait du rab pour se la péter. Le côté couillu de je vais vous faire un épisode aux antipodes des seasons finales habituels, avec le Docteur seul tout et pas toute la planète voire toute la galaxie sollicitée, est un peu amoindri par la trop grande conscience qu’a Moffat de ce qu’il est en train de faire. Et puis, soyons honnêtes, c’est pas si couillu : ça reste un épisode extrêmement mouvementé et bavard. Et spectaculaire. C’est juste une autre façon de l’être. En tout cas j’ai ma réponse : pas de Dalek-Seigneur du temps – snif. La manière dont le Docteur balaie cette hypothèse m’a un peu contrarié d’ailleurs ! J’ai lu dans un commentaire sur Betaseries que quand le Docteur dit « The Hybrid […] is me » il faut entendre me avec une majuscule genre il parle de Ashildr vous en pensez quoi ?

Astiera : Alors, sans surprise, j’ai adoré cet épisode ! Oui, Moffat se la pète, oui, il est conscient de ce qu’il écrit, oui, il se fait plaisir, mais c’est exactement ce que j’aime chez lui. Et après avoir expérimenté avec « Blink » un épisode dans lequel le Docteur n’apparaît quasiment pas, voilà qu’il expérimente un épisode où l’on ne voit que le Docteur. Et ça fait du bien, surtout après la perte d’une compagne, ce qui est totalement inédit. J’ai adoré ce Docteur mis face à lui-même, ses peurs les plus intimes, combatif et prêt comme il ne l’a jamais été à tout laisser tomber. Sur la forme aussi cet épisode était intéressant. Alors, bien sûr, Moffat a encore joué la carte du mind palace. Mais contrairement à la mise en scène visuelle bien trop appuyée de celui de Sherlock (oui, je fais une critique sur Sherlock !), celui du Docteur est sobre et touchant. J’avoue que lorsque Clara parle enfin à Twelve, j’ai eu les yeux humides. Gibet, je te rejoins totalement sur la musique, on retrouve enfin du grand Murray Gold ! Et enfin, on retrouve un souffle épique dans Doctor Who, souffle qui me manquait depuis le début des aventures de Twelve. Oui, c’est un épisode très bavard mais là encore, c’est ce qui me plaît chez Moffat et franchement, il aurait tort de se priver avec un acteur de la qualité de Peter Capaldi. Ok, je reconnais que la partie explicative de la boucle sans fin aurait pu être raccourcie. En puis, j’aime la façon dont Moffat explore son obsession autour du temps qui file ou qui tend un piège et ce, depuis ses tous premiers épisodes : « The Girl in the Fireplace », Rory qui veille sur le Pandorica durant 2 000 ans dans « The Big Bang », Amy et Rory piégés dans « The Doctor’s Wife », « The Girl Who Waited ». Gibet, j’ai en effet tout de suite pensé à toi lorsque l’hybride Dalek a été évoqué (et j’ai aussi tout de suite pensé à ta déception lorsque Twelve a détruit ce doux rêve !). Pour le coup, je n’ai pas vraiment d’hypothèse et je n’avais absolument pas pensé à Ashildr, mais ça pourrait être ça en effet. J’ai surtout envie de me laisser surprendre. Une chose est sûre, on va enfin avoir droit à Gallifrey et aux Seigneurs du Temps pour de bon dans cette ère moderne et c’est assez excitant comme perspective. Je suis impatiente de découvrir le season finale et cela faisait un bon moment que je n’avais pas été impatiente de voir un épisode de Doctor Who !

Gibet : Ah oui par contre je suis comme toi, super impatient de voir le dernier épisode de la saison 9 !!! WOLALALALA Et ouais ce mind palace est beaucoup plus classe que celui de Sherlock… En fait dans Sherlock c’est un peu dérangeant qu’on montre le mind palace littéralement alors que c’est une méthode de pensée abstraite, dans un monde relativement réaliste. C’est comme si on essayait de mettre en images un texte de Kant ou de Descartes, ça rend le truc super bête.

Astiera : Oui, j’ai vraiment été déçue et cette séquence m’a totalement sortie de l’épisode durant un temps. En revanche le mind palace de Magnussen était une idée géniale qui m’a cueillie.

Gibet : … Je m’en rappelle pas. Ouh t’as vu, la news vient de tomber, le Christmas Special s’appelle « The Husbands of River Song » ?

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Astiera : Non j’avais pas vu ! Et j’aime beaucoup ! Bon ok, je manque d’objectivité dès qu’il s’agit de River Song. Je sais déjà que les haters de Moffat sont au taquet pour lui taper dessus. Dès qu’on a su que River serait dans ce Christmas Special, ça a commencé à râler chez les haters.

Gibet : Je dois avouer que ça me rend un peu méfiant, je trouve le personnage chouette mais son traitement souvent bordélique… Mais bon Moffat est responsable des meilleurs Christmas Specials de la série alors j’attends de voir !

Astiera : On est bien d’accord pour sa maîtrise des Christmas Specials, qui ont toujours quelque chose de féerique (même si j’ai quelques réserves pour le dernier en date).

Gibet : Ah ouais ? Moi j’avais adoré, c’est mon préféré, après « A Christmas Carol ». À vrai dire je ne me souviens plus des détails de l’intrigue, mais j’avais beaucoup ri (Nick Frost en Père Noël !) et aussi été beaucoup ému (me souviens pas pourquoi hihi peut-être parce que je me transforme en madeleine dès que ça parle de Noël). J’ai prévu de le revoir d’ailleurs. Ptêt j’vais avoir une grosse désillusion ! Qu’est-ce qui t’avais pas plu ?

Astiera : « A Christmas Carol » est parfait ! Pour le coup, je ne suis pas rentrée dans celui de l’année dernière, mais il faut dire que je n’étais pas encore totalement emballée par Twelve. Je trouvais justement qu’il ressemblait trop à un épisode normal et que la magie de Noël n’opérait pas

Gibet : Je me souviens précisément du contraire !

Astiera : La magie d’avoir des ressentis opposés !

Gibet : Bon revenons à « Heaven Sent ». Clo, Julie ? Vous avez adoré comme Astiera ou seulement beaucoup aimé comme moi ?

Clo : J’ai adoré, tout, l’épisode. Le Docteur, sa voix, sa peur, la musique, le décor, la lumière, les plans, les mouches, la mer, la pelle, les écrans, l’histoire de l’oiseau, les boucles temporelles, Galiffrey, la promesse d’une tuerie dans tous les sens du terme. J’ai bien aimé la beauté glauque du lieu, son atmosphère, je l’ai trouvé adaptée à l’histoire. J’ai repensé aussi aux épisodes que tu as citées, Astiera, sur les temps interminables d’attente, ce sont les histoires qui m’ont le plus marquée, ce dernier épisode aussi donc. La présence de Clara comme leitmotiv m’a satisfaite, pareil pour le motif du tableau qui est revenu avec elle. J’ai moins été dérangée que vous par la répétition des boucles, c’est vrai que ça défait un peu de l’intensité qu’on a eu en prenant conscience du piège, mais ça m’a fait l’endurer un peu alors ça ne m’a pas eu l’air inutile.

Gibet : Moi c’est pas trop le montage final qui m’a dérangé, je suis d’accord que c’est bon d’endurer ça. C’est plutôt l’auto-enquête avant ça que j’ai trouvé trop longue. Au bout d’un moment, ça ne se renouvelle plus, voire même ça se répète, et on aurait pu passer plus vite au dénouement. Comme je disais, les plus ou moins 10 minutes supplémentaires que s’est accordé Moffat sont superflues.

Lune :  Moi j’ai adoré aussi, mais j’ai comme toi trouvé quelques trucs un peu trop longs, juste avant la boucle finale ouais. Par contre c’était vraiment très beau, très belles lumières, la voix de Capaldi qui ronronne à mes oreilles (je le vois plutôt comme un vieux chat que comme un vieux chien !). Je crois que j’aurais bien aimé ne pas voir les mains du monstre, le rendre encore plus encapuchonné ça aurait été plus efficace sur moi parce que j’aurais pu projeter plus de trucs. Mais vraiment je chipote hein, c’était vraiment très bien comme épisode. C’était réconfortant, étrangement. Ça tient peut-être au rythme répétitif, comme une berceuse. Je suis un gros bébé hein ! Sinon le mind place c’est beaucoup mieux que dans Sherlock oui parce qu’au lieu de projeter un ordinateur sophistiqué à la Minority Report on est dans un endroit concret qu’on sait être le safe place du Docteur, le TARDIS c’est un peu devenu sa maison.

Clo : C’est marrant que tu aies trouvé la répétition rassurante, au contraire de mon côté c’est ce qui m’a le plus mis mal à l’aise.

Gibet : Ah moi j’ai ressenti aucun malaise face à l’épisode, j’ai compris assez vite où ça allait, un tit freestyle de l’ami Momo, en terrain conquis et confortable quoi.

S09E12 Hell Bent

Lune : Je suis beaucoup plus réservée sur cet épisode que sur le précédent. On a déjà eu un bel épisode sur le deuil de Clara, je ne comprends pas pourquoi Moffat insiste autant, et ça ne fait pas assez longtemps qu’elle est partie pour qu’on soit content de revoir une vieille amie. Ensuite je comprends pas tellement le comportement final de Clara : elle insiste sur le fait que le Docteur doit la laisser partir, que son time is up, mais elle annonce à Ashildr qu’elle a l’intention de prendre son temps – pourquoi ne pas prendre son temps avec le Docteur ? Je trouve ça chouette qu’on soit sur Gallifrey, tout le début de l’épisode avec le Docteur qui inflige le traitement du silence aux autorités en restant dans l’espèce d’étable de son enfance, c’est chouette, mais l’épisode parle très peu de Gallifrey au final, juste le Docteur devient son président et se sert de la technologie pour essayer de sauver Clara, c’est un peu frustrant, surtout quand cette histoire de sauver Clara tombe à contretemps, comme je disais plus haut, c’est trop tard et trop tôt. Et puis c’est très compliqué comme intrigue encore, et souvent chez Moffat plus c’est emberlificoté plus ça cache des failles scénaristiques (ou du moins des éléments qui posent question). C’est un épisode qui, du coup, rend le Docteur assez antipathique, il flotte au-dessus du monde, décide pour tout le monde, même pour Clara puis il a un genre de révélation « oops j’suis allée trop loin viens on fait demi-tour et on décide que toutes les prophéties des Seigneurs du Temps se trompaient ». En quoi l’hybride « stands in the ruins of Gallifrey » ? D’abord tout le monde décide d’interpréter ça comme si l’hybride était responsable de la destruction de la planète alors que ça peut juste vouloir dire que l’hybride survit quand Gallifrey meurt, mais on a pas trop d’explication là-dessus. Si l’hybride c’est Lady Me, effectivement elle est la seule à être encore là à la fin de l’univers (ce qui la rend pas du tout responsable de sa chute), et ça m’aurait suffi. Si c’est le Docteur qui est à moitié humain, c’est franchement bizarre de nous sortir ça maintenant mais pourquoi pas ça serait fun, sauf que ça a rien à voir avec cette histoire de prophétie. De toute l’épisode insiste vachement plus sur la théorie : l’hybride = Docteur + Clara (c’est un peu idiot de la part du super-ordi des Seigneurs du Temps de semer la confusion en appelant ce duo un hybride mais bon), donc on est probablement censés comprendre que c’est ça la prophétie et que c’est possible de l’annuler en défaisant le duo ; chaipatro, ils parlent beaucoup de l’hybride à la fin mais pas de la prophétie. Sinon il y a quand même des choses qui m’ont plu, certaines phrases que dit le Docteur à Clara dans le american diner, comme

Nothing’s sad ’til it’s over. Then everything is.

ou le concept des souvenirs transformés en histoires, et j’ai été émue en revoyant le TARDIS décoré à la mémoire de Clara (ça a tellement tourné sur internet que je pense que tout le monde l’avait vu), le fait que Lady Me ait son propre TARDIS ça promet aussi. Globalement je suis plutôt déçue, mais j’ai vu y avait des enthousiastes alors je vous laisse la parole pour savoir comment vous l’avez vécu !

Gibet : J’ai vu sur Twitter que l’une d’entre nous avait pleuré…

Astiera : Je plaide coupable ! Et oui, que voulez-vous, malgré tous ces gimmicks et facilité, ce satané Moffat finit toujours par m’avoir ! J’avoue que j’ai moi aussi eu un peu de mal au départ avec le retour de Clara. Mais d’un autre côté, j’avais été très frustrée émotionnellement dans « Face the Raven » et j’avais trouvé l’adieu au Docteur un peu bâclé et surtout, on ne voyait pas réellement sa peine. Alors, toutes les scènes dans le diner dans le Nevada et celle dans la matrice de Gallifrey m’ont cueillie. Voir Twelve reprendre le thème de Clara à la guitare était très touchant. Et que j’aime voir Peter Capaldi vulnérable. Donc oui, enfin, les larmes ont coulé pour cet au revoir moffatien à Clara. J’ai eu aussi peur en voyant le parallèle si flagrant avec l’adieu si traumatisant à Donna. Mais là encore, Moffat m’a eue. J’ai adoré que ce soit le Docteur qui doive oublier, que la décision soit prise par quelqu’un d’autre et lui soit imposée. En ce qui concerne cet hybride un peu sorti de nulle part, là encore, j’ai aimé que ce soit la plus grande faiblesse du Docteur qui soit dangereuse pour lui : son amour pour les humains qui croisent sa vie et vivent de folles aventures dans son TARDIS à ses côtés. J’ai aussi aimé revoir sa folie, son ego surdimensionné, né dans la douleur, qui lui fait penser qu’il peut changer les règles du jeu et se prendre pour un dieu. Cela avait déjà été le cas pour Ten dans « The Waters of Mars » où, là, déjà, c’était une femme qui lui avait remis les idées en place et avait réparé son erreur. Et la référence aux quatre coups, annonciateurs de la fin de Ten, m’a donné un petit pincement au coeur. Twelve est depuis le début très lié à Ten et j’aime que cela soit rappelé ainsi par petites touches. Bien sûr, on peut aussi dire que Moffat ne réinvente pas beaucoup le personnage. C’est vrai. Mais là encore, ça marche sur moi. Alors oui, Clara qui prend les commandes d’un TARDIS et qui emmène Me avec elle, cela semble être un artifice, surtout que cela peut laisser la porte ouverte à des croisements avec le Docteur dans le futur. Mais, franchement, un TARDIS 100 % féminin j’achète ! Et voir Clara qui assume pleinement d’être devenue l’alter ego du Docteur, cela me plaît aussi. Franchement, le traitement des personnages féminins dans cette saison 9 m’a satisfaite et bien qu’ils soient pour la quasi-totalité secondaires, ils sont bien plus variés et présents que les saisons précédentes, ère Russell T. Davies comprise. Inutile de préciser que la régénération du commandant des forces armées de Gallifrey m’a remplie de joie ! Autre point à souligner, Gallifrey était superbe et je rejoins Lune, c’est dommage que cela n’ait été qu’une étape du scénario. Donc oui, cette fin de saison 9 m’a emballée, j’ai de nouveau vibré, j’ai de nouveau été connectée aux personnages. Vivement Noël !

Gibet : Moi je n’ai pas du tout été ému par l’épisode, malgré quelques belles idées par ci par là, que vous relevez bien. Je trouve que Moffat est fort dans le domaine épique mais – ça va ptêt te faire bondir Astiera – faible dans le domaine émotionnel. Ça vaut aussi pour Sherlock et un de mes trucs favoris par Moffat c’est le scénar du Tintin de Spielberg, où il n’y a que de l’aventure et aucune phase d’étude de personnage. Je ne dis d’ailleurs pas que c’est un problème, c’est une force que d’avoir ce savoir-faire là. C’est un problème en revanche qu’il persiste à essayer. Le parcours émotionnel du perso moffatien paraît toujours faux parce que Momo saute plein d’émotions de la chaîne logique des émotions, et simplement pour faire des effets cools. On retrouve ça ici par exemple dans la séquence que vous citez où Clara, qui vient de répéter pendant un quart d’heure qu’elle DOIT mourir, change tout à coup d’avis en montant dans le TARDIS d’Ashildr. Je sais que ce n’est pas le but de Moffat, mais du coup on a l’impression qu’elle s’en bat les couilles du Docteur, voire même qu’il l’embarrassait, et qu’elle est bien contente d’en être débarrassée sans pour autant devoir abandonner l’aventure. Alors que l’idée, j’imagine, c’est plutôt : wow c’est excitant cette nouvelle situation j’ai pas si envie que ça de mourir, allez goooo. Mais rien ne vient représenter ça. Bref, je trouve ce finale particulièrement décevant, dans la mesure où Moffat a fait un épisode émotionnel (un troisième ! qui répète la même chose que les deux précédents ! et fait passer le Docteur comme dit Lune pour un gros relou !) au lieu d’un épisode épique, qui viendrait clore en beauté tous les arcs lancés. Toute l’affaire de l’hybride et de la prophétie est fumeuse à mon avis, Moffat choisit de ne pas choisir, et ne répond que par des trucs théoriques : j’appelle ça se défiler.

Astiera : Moffat n’est pas aussi doué que Russell T. Davies pour l’emotionnel c’est vrai mais il me touche. Et Sherlock m’émeut beaucoup (au-delà du filet de bave !).

Gibet : Qu’est-ce qui t’émeut dans Sherlock ?

Astiera : La relation John/Sherlock, la relation Molly/Sherlock, la relation John/Mary, la relation John/Mary/Sherlock, beaucoup de scènes me font pleurer. Ce qui me plaît avant tout ce sont les personnages, les enquêtes viendraient presque au deuxième plan.

Gibet : Hmmm à vrai dire moi aussi, dans une certaine mesure. Et il y a des moments très réussis, où ils parviennent à moduler ensemble épique et émotionnel. Mais sur le long terme je trouve quand même qu’il y a des trous dans leur parcours, qui fait qu’on les perd tous un peu. J’avais pas du tout réussi à m’impliquer dans le dernier épisode en date pour cette raison. Clo, ton impression sur « Hell Bent » ?

Clo : J’ai adoré le décor de Gallifrey. La ville babylonienne verticale, ampoulée sous tout rapport d’un côté et d’un autre la vieille grange, la table, la chaise, qui font un ensemble nu et protecteur pour le Docteur. Mais comme vous avez dit, ça n’a pas été développé, c’est resté le tableau du designer posé tel quel, ça m’a un peu déçue. Je suis d’accord avec vous, c’était foutrement tarabiscoté, et en plus j’étais déconcentrée par tout plein de théories qui popaient dans ma tête, tellement il y a de personnages et de situations dans la série et tellement il n’y a pas de dénouement complet. Finalement je ne suis plus sûre d’avoir tout compris. Niveau émotion je ne sais pas, quand Clara découvre ce que le Docteur a vécu ou quand le Docteur dit à Clara que quand il la verrait il la reconnaîtrait j’ai trouvé ça fort émouvant mais pas tant à cause de la mise en scène que de la situation elle-même. Quant à Lady Me j’espère que c’est parce qu’elle n’en a pas que personne ne se penche sur ses états d’âme, parce que dans cette histoire c’est elle qui a l’avantage en terme d’attente et de perte. Je n’ai plus l’impression de comprendre les personnages avec leurs tendances bipolaires pacifique/agressif/triste/content qui tiennent plus du presque pathologique que de la profondeur psychologique, mais j’ai trouvé que tout ce bazar, mélangé à tous les événements et rapports nouveaux, font un joyeux paquet de truc à démêler pour la prochaine saison et j’en ai hâte, il y a l’air d’y avoir plein de changements mais le Docteur récupère sa bienveillance, son TARDIS et son tournevis, donc ça promet de garder l’esprit Doctor Who.

Gibet : Totalement d’accord avec la bipolarité des personnages, c’est un reproche que j’adresserais à la totalité de ce que fait Moffat quand il n’est pas VRAIMENT concentré sur le développement des personnages – là je trouve qu’il fait semblant de faire du développement de personnage tout en étant en réalité focalisé sur la structure de la saison, dans l’espoir de nous surprendre de dingue. Mais vu que ça vole au-dessus des persos on s’en fiche un peu de ce dénouement.

Clo : Et si leur comportement déviant (bipolaire) n’était qu’un symptôme de la folie engendrée par leur péripéties traumatisantes ? Je me suis imaginée Doctor Who version bande de tarés qui se met en danger à travers l’espace-temps comme des drogués qui ne savent plus redescendre après 14/18.

Gibet :  Tu proposeras ça à Moffat comme justification universelle de tous les trucs illogiques de ses persos !

David_Tennant_and_Billie_Piper_s_Doctor_Who_goodbye_voted_greatest_sci_fi_scene_ever

Il est temps de dire au revoir

Gibet : Pouvoir du prisme lunaire, connecte-moi à toutes les âmes égarées qui ont participé aux discussions Doctor Who, et pose-leur cette question : alors cette saison 9, nulle ou géniale ?

Stéphane : Magnifique saison, la meilleure de Moffat ! Peter Capaldi s’est imposé ! Jenna a eu une sortie splendide ! Gallifrey ! J’ai beaucoup aimé les parallèles avec la saison 4 et Donna et tout et tout ! Bref c’était passionnant, travaillé, fouillé, intelligent et hormis deux petits accrocs, c’est un sans faute ! Je veux une saison 10 pareille !

Tom : J’ai adoré les épisodes 10-11, pour moi dans les meilleurs de la saga. Idem, la saison 9 pour moi est la meilleure de Moffat. En revanche, je suis déçu sur l’hybride (même si je pense que ce n’est pas fini), déçu sur la sous-exploitation de Me, et surtout très déçu du finale de Clara. Genre elle revient à la vie et devient un mini-Docteur ? Ça fait très « j’ai peur de tuer un personnage », ce qu’on retrouve chez Marvel par exemple. Alors que la mort était vraiment bien amenée, belle, crédible, et marquait un moment dans l’histoire du Docteur. J’ai trouvé que Gallifrey était aussi sous-exploité. C’était le but du Docteur fin saison 8 de retrouver la planète, et maintenant qu’il l’a retrouvée, il s’en fout, il l’utilise juste pour Clara… Ça ajoute en intensité dramatique, mais j’ai trouvé ça dommage. Sinon, j’adore Capaldi comme jamais, pour moi supérieur à Smith (mais sous Tennant).

Manuel : C’est de loin la saison que j’ai préférée de la série moderne. Grâce à un ratio de bons épisodes exceptionnellement élevé, et surtout grâce au jeu de son acteur principal qui porte à lui tout seul les deux épisodes finaux. Au bout du compte il y a très peu, voir pas du tout, d’épisodes que je souhaiterais oublier dans cette saison. Le tout dernier épisode n’était peut-être pas à la hauteur des attentes, mais il reste un bon finale pour moi. Quant à « Heaven Sent », l’avant-dernier, je le classe directement en première place de mes épisodes modernes préférés.

Astiera : Cette saison installe complètement Twelve, elle est meilleure dans l’exploration du personnage que la saison 8. Mais malgré de très beaux moments en fin de saison, la série ne retrouve pas encore totalement tout ce qui m’avait tant emballée lors de sa découverte. J’attends de voir ce que va donner la dynamique avec la nouvelle compagne (ou un nouveau compagnon qui sait ?).

Gibet : Finalement, je sais que c’est contre l’avis général, j’ai préféré la saison 8 à celle-ci (qui reste quand même une bonne saison de Doctor Who hein). La saison 8 reposait beaucoup sur Clara, et ils avaient structuré la saison de manière à ce que les aventures accompagnent son parcours personnel, ça m’avait vraiment accroché. Je trouve que dans cette saison le bide des persos est un peu vide. Vous me direz peut-être que c’est pas le lieu, que j’ai qu’à retourner regarder Mad Men, et c’est un peu vrai mais… si j’aime bien Doctor Who, que c’est l’univers de SF qui actuellement m’intéresse le plus, c’est justement parce que c’est le plus concret, le plus centré sur les humains, et si la série traite cet aspect comme quantité négligeable automatiquement j’adhère moins.

Clo : Pour la saison 9 j’ai du mal à avoir un avis général, j’aime bien Doctor Who mais il faut que je fasse toujours un effort de crédulité devant certains faits/certaines attitudes, ou alors le manque de crédibilité me donne envie de combler avec mes propres petites histoires, et je n’ai pas de jugement là-dessus, je trouve ça intéressant. Cette saison ne m’a pas fait changer d’avis sur la série, je garde ce que j’aimais bien (un univers plein d’aventure, un ton léger, des petits moments de sensibilité). L’avant-dernier épisode m’a fait me dire qu’il y avait un tournant décisif niveau qualité, mais le dernier épisode ne l’a pas confirmé (pas détruit non plus).

Lune : Moi globalement je l’aime bien cette saison 9, mais y a que trois épisodes que j’ai vraiment beaucoup aimé, le premier avec Ashildr, « Face the Raven » et « Heaven Sent », pour les autres j’ai toujours chipoté, voire vraiment pas aimé. Après je suis toujours bienveillante envers la série, ça reste ma série préférée malgré tous mes ronchonnages, j’ai beaucoup d’affection pour les personnages et c’est probablement justement pour ça que je peux pas mettre cette saison sur le podium, on a beaucoup eu de mollesse. Imaginez comme la mort de Clara, qui m’a si fait mouiller les yeux, nous aurait émus si Clara n’avait pas été laissée de côté une bonne partie de la saison. En fait c’est vraiment dommage qu’il n’y ait pas eu autant de soin à faire vibrer le Docteur et Clara qu’il y en a eu pour les super persos Lady Me et Missy. Ma saison préférée avec Capaldi reste donc la 8. Ce qui aurait pu changer avec un finale moins embrouillé du slip. Mais si je mets de côté mes fâcheries, j’ai quand même super super hâte de voir le Christmas Special ! Quoi qu’il en soit, merci beaucoup à tous pour ces vives discussions !

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