Doctor Who, du S09E07 au S09E09

Charmant lecteur, nous revoilà ! J’espère que tu aimes toujours Doctor Who car jusqu’à la fin de la saison 9, ici nous en parlerons, opiniâtres, inextinguibles. Tous les trois épisodes (la première partie est ici, la seconde ) tu pourras lire les interminables discussions de Gibet, Clo et moi-même, accompagnés chaque fois d’un invité différent – cette fois-ci, nous sommes très fiers de te présenter Manuel Lambinet, membre actif de la bande des fous de Doctor Who Classic. Alors grimpons dans le TARDIS et embarquons dans ce voyage à travers temps !

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Gibet : Pour commencer, Manuel, est-ce que tu peux nous raconter comment tu es venu à la série ?

Manuel : Mon rapport avec Doctor Who commence il y a très longtemps… avec les Daleks ! Lorsque dans les années fin 90 Canal + rediffuse le film Les Daleks envahissent la Terre avec Peter Cushing dans le rôle du Docteur. À l’époque je n’avais pas compris toute l’histoire mais j’ai tout de suite été frappé par les l’apparence des Daleks et leur voix (celle très reconnaissable de Claude Piéplu en VF). Ainsi, comme beaucoup de français, j’ai découvert les Daleks avant le Docteur et mis plus de quinze ans avant de découvrir ce dernier. En grandissant j’ai bien sûr découvert petit à petit que les Daleks étaient très présents dans la culture geek, et qu’il y avait davantage derrière eux que ce film avec Peter Cushing. Dans les années 2010 la série et ses produits dérivés sont devenus très populaires et incontournables. Grâce au bouche-à-oreille, et suite à une rencontre avec Sylvester McCoy (7e Docteur) dans une convention, j’ai fini par en savoir davantage sur le Docteur et ses différentes incarnations. Sur les conseils d’une amie j’ai donc fini par me lancer dans la série moderne l’année où Matt Smith quittait son rôle de 11e Docteur (2013), rattrapant mon retard juste à temps pour assister aux 50 ans de la série. Grâce à Internet je me renseignais en même temps sur la série classique, ce qui m’a permis d’apprécier à leur juste valeur toutes les allusions de la série moderne à l’ancienne. Une fois les sept premières saisons de la série moderne achevées je me suis attaqué à la série classique, en commençant par le téléfilm de 1996 avec Paul McGann. Et j’ai ensuite entamé toute la série classique, dans l’ordre, découvrant au passage des scénarios, des ambiances et des acteurs qui n’ont rien à envier à ceux d’aujourd’hui. Je suis aujourd’hui beaucoup plus attaché à certains des premiers Docteurs qu’à ceux que David Tennant et Matt Smith ont pourtant incarnés avec brio. À noter que les managers du groupe Facebook des fans de la série classique, où Gibet m’a trouvé, ont accompli un travail fantastique en sous-titrant en français absolument tous les épisodes de la série classique (même ceux reconstitués en fragments), et heureusement juste avant que je me lance dedans. Je suis aujourd’hui un grand fan de la série, à tel point qu’elle a souvent ma préférence sur Star Wars par exemple lorsque qu’il me prend l’envie de faire un cosplay ou d’acheter un goodie dans une boutique. J’adore Doctor Who pour sa longévité et son exceptionnelle cohérence qui a été maintenue tout du long, même à une époque où les spectateurs ne pouvaient pas revoir d’anciennes saisons en DVD ou en streaming. L’âge de cette série et sa richesse font qu’elle arrive à me surprendre tous les jours.

Gibet : Tu fais bien d’insister sur la qualité du travail de la team Doctor Who Classic, c’est très impressionnant en effet. À te lire, j’ai l’impression que tu préfères les Classics, je me trompe ?

Manuel : Disons que j’ai beaucoup plus de choses à découvrir dans les Classics. Mais je suis un fan absolu du 12e Docteur de Capaldi, le premier que je découvre vraiment au jour le jour sans connaître son incarnation suivante.

Gibet : Toi qui as découvert la série 2005 d’un bloc, est-ce que tu as aussi mal vécu la transition Davies-Moffat ?

Manuel : Oui, parce qu’elle était très brutale. On a eu presque d’un seul bloc un nouveau Docteur, un nouveau décor du Tardis, un nouveau tournevis sonique et des nouveaux Daleks (qui ont ensuite brillé par leur absence). Mais il y a surtout eu ce problème de faille dimensionnelle qui effaçait de l’Histoire avec un grand H les aventures contemporaines des 9e et 10e Docteurs. Mais avec le recul j’ai compris que c’était justifié. Une Terre où tous les habitants ont conscience de l’existence des Daleks et autres aliens, même contemporaine, risquait de devenir une Terre de science-fiction très différente de la nôtre. Surtout il fallait être cohérent avec la série classique qui a établi que l’humanité n’affrontait pas les Daleks avant le 22e siècle. L’humanité entière, j’entends, puisque que le Docteur et UNIT ont occasionnellement eu affaire à eux au 20e siècle.

Gibet : C’est aussi dans le passage de la saison 4 à 5 qu’ils ont changé les caméras et que c’est devenu joli. Et du coup tu as une préférence pour l’un ou l’autre ? Moffat a tendance à faire beaucoup de trucs qui engagent la mythologie entière (genre l’épisode anniversaire).

Manuel : Malgré ce changement brutal je suis assez conquis par Moffat, les scénarios sont très ambitieux et font honneur à la série classique. Tout le début de l’épisode « The Name of the Doctor » m’a vraiment donné des frissons. La résolution de l’épisode anniversaire aussi, ainsi que ce magnifique départ de saison 9. Et c’est vrai que la série à beaucoup gagné en qualité technique sous Moffat. J’ai justement revu un épisode du 9e Docteur récemment, et je m’étais fait la réflexion qu’il avait mal vieilli.

Gibet : Donc si on râle face aux saisons de Moffat c’est juste qu’on est des incultes ?

Manuel : Bien sûr que non ! D’ailleurs pas besoin de connaître la série classique pour apprécier les épisodes écrits par Moffat. Et même si j’en ai dit du bien jusqu’ici, je ne le porte pas non plus aux nues. Comme auteur/réalisateur il est quand même loin d’être parfait, et je lui reproche d’avoir voulu trop vite imposer sa vision de la série en passant au rouleau compresseur sur le travail de Russel T. Davies.

Gibet : Qu’est-ce que tu as pensé de la saison 8, et de la saison 9 jusqu’alors ?

Manuel : J’ai trouvé la saison 8 assez inégale, avec quelques épisodes très anecdotiques (« Promenons-nous dans les bois ») et d’autres au contraire très bons (« À plat »), ce qui a donné un démarrage assez poussif au 12e Docteur, alors que je crois beaucoup en lui. La saison 9, en revanche, démarre sur les chapeaux de roue, avec la meilleure intro que j’aie vu jusqu’ici dans toute la série (cet instant énorme où l’on entend prononcer le nom Davros…). Les auteurs semblent bien connaître Capaldi, à présent, et du coup son Docteur s’envole littéralement. Le retrait dont fait preuve le personnage de Clara depuis la mort de son fiancé donne aussi beaucoup de place au Docteur. Donc pour l’instant je suis très satisfait ce que j’ai vu dans la saison 9. Mais il faut dire que je suis bon public.

Gibet : Personnellement j’ai du mal à voir une différence nette entre les saisons 8 et 9, ce sont toutes les deux des bonnes saisons, avec des choses réussies et des choses ratées. Dans Doctor Who 2005 il n’y a aucune saison qui m’a semblé parfaite, si bien que j’ai l’impression que le fait d’être inégale fait partie de l’ADN de la série, et c’est peut-être pour ça que c’est amusant d’en parler, parce qu’on n’est jamais d’accord sur ce que sont les temps forts et les temps faibles. Je vous pose la question à tous les trois : y a-t-il une saison de Doctor Who que vous avez trouvé parfaite ? D’un bout à l’autre vous vous êtes dit ok super tout ça se tient (comme ça arrive quelquefois avec les très bonnes saisons de bonnes séries).

Manuel : Comme ça à froid, je dirais pas à ma connaissance. Mais il faut que je recompulse les listes de saisons de la série classique pour m’en assurer.

Lune : Nope ! Y a toujours un ou deux épisodes par saison où je m’ennuie. J’ai l’impression que les saisons 4, 8 et 9 (pour l’instant) s’en sortent pas mal parce que ça va pas plus loin que ça, quelques épisodes où je m’ennuie un peu. Mes pires souvenirs c’est la saison 3, j’en pouvais vraiment plus de Martha. Et quand y a eu l’épisode où il y avait deux Martha, j’arrivais même plus à suivre tellement je me sentais agressée par cette double dose de relou.

Gibet : N’importe quelle occasion pour clasher Martha, tu signes ! Si on se met à parler des moments qui nous ont semblé les plus pénibles dans la série, moi ce serait plutôt la saison 6, où tout simplement je ne comprenais rien du tout à la logique de Moffat.

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S09E07 The Zygon Invasion

Gibet : Je n’ai pas beaucoup aimé cet épisode, à la fois pour de mauvaises raisons, et à la fois pour de bonnes. Les mauvaises : je suis insensible à ce genre d’épisodes planétaires, ils dispersent l’intrigue  or comme j’ai dit plusieurs fois au cours de ces discussions je suis plutôt friand des petits épisodes avec une aventure simple et directe – et impliquent forcément UNIT l’armée et tout le bordel  une esthétique qui me fait pas trop rêver. Ça avait même réussi à me faire un peu décrocher en fin de saison dernière alors que j’avais été très impliqué tout du long. Les bonnes raisons maintenant (je veux dire des raisons qui ne sont pas juste liées à mon petit affect, autrement dit qui relèvent à mon sens de manquements de la série à ses promesses) : 1) j’ai franchement pas trop compris ces histoires d’Osgood, qui dans mon souvenir était morte (et son double Zygon oublié)  je sais que je suis un spectateur pas très attentif mais d’après ce que j’ai pu lire je suis loin d’être le seul à avoir été confus devant ce point de départ (difficile après d’adhérer au reste), c’est donc peut-être que ce retour est mal négocié. Comme beaucoup de pirouettes de Moffat, c’est cool mais alambiqué, et du coup si on trouve pas ça très cool (Osgood ne me fait ni chaud ni froid, c’est un perso que je trouve un peu complaisant à l’égard des fans et puis il y avait dans « Under the Lake » / « Before the Flood » un perso secondaire qui reprenait une bonne part de ses traits ça fait redondant à l’intérieur de la saison) c’est le alambiqué qui frappe. 2) ça avait tous les défauts des premières parties de double-épisode qui jouent la montre pour faire péter l’action dans la seconde partie (ce qu’on avait pas eu jusque là dans la saison, les doubles-épisodes se répartissaient bien, avec deux tranches d’action bien distinctes mais consistantes à l’intérieur d’une même storyline). Tout le pan de l’épisode sur la chef de UNIT à Truth or consequences ça sent vraiment le remplissage. Une bonne partie de ce que faisait Clara aussi. D’autant que ça mène simplement à un en fait non et paf mise en place du cliffhanger. Rapidement je me suis contenté d’attendre les apparitions du Docteur Disco, qui m’a bien amusé avec son plaisir bling bling à accepter toutes les faveurs que UNIT lui propose. 3) je reste quelque peu perplexe face à la dimension allégorique de l’épisode, ça lui confère une densité inédite (vu que c’est ancré dans des problématiques très actuelles c’est difficile de ne pas prendre ça au sérieux) mais je suis pas certain que Doctor Who ait grand-chose de très solide à dire à ce sujet… Heureusement ce n’était pas trop appuyé, et j’espère qu’il n’y aura pas de moment d’explicitation de l’allégorie dans la seconde partie. Par contre, du fait de cette dimension allégorique, je suis très curieux de voir comment le Docteur va démêler la situation sans enfreindre son pacifisme. Deux notes pour finir :

Tom serait content, on a à nouveau une référence à la notion d’hybride (ça bétonne l’arc !) ;

– l’épisode non seulement passe haut la main le test de Bechdel mais en plus ne passe pas le contre-test (il n’y a aucun dialogue substantiel entre des personnages masculins !!!), amusant non ?

Lune : J’ai le même genre de ressenti, je me suis plutôt ennuyée, car comme tu le dis, c’est beaucoup de remplissage. Cet épisode sert essentiellement à préparer le prochain, à nous rappeler comment fonctionnent les Zygons et cette histoire d’Osgood. Comme toi, je m’en fous un peu d’Osgood, pour les mêmes raisons. C’est vraiment idiot de pondre une première partie de double-épisode aussi moyenne après les trois doubles-épisodes mieux répartis qu’on a pu voir dans la saison, comment ça pourrait passer inaperçu ? Je suis assez surprise par la métaphore politique ultra-actuelle aussi, ça va être chaud chaud de pas casser des œufs, c’est pas un sujet facile du tout. Du coup, après un épisode ennuyeux comme celui-là, je les attends grave au tournant pour la suite et je pense pas être la seule.

Gibet : Tu parles comme s’ils faisaient exprès de faire des épisodes moyens !

Manuel : Pour ma part c’est l’épisode de cette saison que j’ai eu le plus de mal à suivre, car trop fouillis et trop axé sur la préparation de son cliffhanger final. Je n’étais pas très concentré, j’avais du mal à accrocher, pourtant l’épisode n’est pas mauvais, loin de là. Des aliens métamorphes qui tentent d’envahir la Terre c’est courant en SF et c’est déjà arrivé dans Doctor Who, mais je crois que le sujet n’avait jamais été traité de façon si originale, avec les aliens déjà fondus dans la population terrienne, et divisés eux-mêmes en deux factions qu’on ne peut distinguer l’une de l’autre, d’où le risque de soulever tous les Zygons contre l’humanité au lieu d’une minorité en cas de faux pas. J’attends donc beaucoup de l’épisode suivant, en regrettant que celui-ci ne sert qu’à mettre la situation en place et placer un cliffhanger. Il y a tout de même une scène que je tiens à applaudir : celle du militaire confronté à un Zygon ayant pris l’apparence de sa mère. Tout semble indiquer qu’il est face à un ennemi, c’est évident, et comme sa commandante j’avais envie de le secouer pour qu’il se décide à agir. Pourtant à sa place je ne suis pas sûr qu’un seul d’entre nous saurait prendre la bonne décision. Ça pose un dilemme moral et ça rend ce piège des Zygons aussi pervers que ceux du Maître lui-même. Enfin Osgood… je ne reviendrai pas sur le fait qu’elle porte maintenant le pull du 7e Docteur et la chemise du 5e, c’est appréciable mais anecdotique… non, disons plutôt que, contrairement à vous, je me soucie vraiment de ce personnage. Après son meurtre brutal en saison 8 je n’ai pas arrêté de me demander si la vraie Osgood était morte ou s’il s’agissait de son double Zygon du « Jour du Docteur ». Je suis assez content que le dernier épisode en date épaississe le mystère au lieu d’apporter une réponse claire, expliquant au passage pourquoi les Zygons du « Jour du Docteur » n’avaient pas besoin de garder captifs les humains qu’ils copiaient (comme cela avait été établi dans la série classique). Et c’est vrai que la notion d’hybride est bienvenue. Je suis de plus en plus curieux de voir où ça va mener, et si on verra cette saison le fameux hybride Dalek-Seigneur du Temps prophétisé par Davros.

Clo : J’ai bien aimé cet épisode (comme d’hab) mais j’ai un problème avec leur positionnement vis-à-vis de l’actualité. Osgood commence par dire que l’assimilation des Zygons est un mécanisme de survie, que leur venue est une opération relogement, donc c’est une population en difficulté accueillie par l’Humanité et aidée par ses prédispositions biologiques. Ensuite, on nous parle binaire, avec d’un côté des éléments guerriers/mauvais/rebelles et de l’autre pacifiques/meilleurs/harmonieux, l’association de ces mots ne me plaît pas (le bien d’un côté le mal de l’autre, la rébellion comme crime) et je ne trouve pas ça cohérent : avec le Docteur on a rencontré des espèces fondamentalement pacifistes et d’autres exclusivement agressives, quant aux espèces sublunaires il n’y a que les humains qui font la guerre à proprement parler, les autres n’ont que des mécanismes de survie sur lesquelles on ne peut pas porter de jugement de valeur éthique. Disons que les Zygons représentent l’immigration d’une population quelconque en territoire occidentale, ça me pose problème :

– Les étrangers sont inhumains mais font semblant de l’être.

– Leur assimilation et effacement complets sont nécessaires à la paix.

– Ils sont une menace extrêmement dangereuse qui peut resurgir à tout moment, il faut surtout se méfier des jeunes.

– D’ailleurs ils sont tous identifiés et localisés.

Quant à la minorité belliqueuse on a :

– La surveillance ne suffit pas à les empêcher de s’organiser en louzdé (logo, hiérarchie, QG secret, formation des générations futures).

– Ils s’attaquent aux enfants en premier (dès la 7ème minute) puis à la famille.

– Ils prennent des otages pour communiquer (même mise en scène que les groupes extrémistes armés).

– Ils sont contre tout le monde même ceux de leur espèce jugés traîtres.

– C’est en se débarrassant de son humanité (la confiance et la compassion par exemple) dont ils se servent contre vous que vous pourrez vous protéger.

– Et pour finir ils font péter des avions avec des bazookas, je crois qu’on peut leur remettre le diplôme du parfait petit terroriste.

Et ce paysage sec et en ruine du village mexicain me fait vraiment penser à certaines photos de la Palestine. Le sujet d’actualité est risqué, surtout sur un fait de société aussi complexe que l’immigration et les guerres idéologiques, on dit non à l’amalgame mais oui à l’étouffement de l’identité, pour la paix m’voyez. Cet épisode me rappelle de mauvais débats où l’idée est d’accepter l’autre tant qu’il ne prend pas trop de place et qu’il ferme bien sa gueule. J’espère qu’on ne reviendra pas à la situation initiale et que le Docteur trouvera une solution pour sauver l’humanité sans écraser les Zygons, qui au final ne demandent qu’à être respectés et reconnus pour eux-mêmes et à avoir des droits. D’un côté il y a « Vérité ou Conséquences » un nom de village qui pourrait bien être annonciateur d’une morale type ‘ce que vous pensez être une vérité générale n’est peut-être en fait qu’une conséquence’ et là on embraye sur ‘hey ! vous aussi vous êtes les acteurs de votre société, natifs ou immigrés, participez à établir un bon contexte pour que dans le respect et la joie les gens cohabitent !’ et youpla on aurait une véritable morale bien plus belle et rationnelle qu’un « ayez de la pitié », ce qu’on nous a salement servi dans les premiers épisodes de la saison. MAIS d’un autre côté, le Docteur justifie son refus de leur tirer dessus par le fait que la majorité est encore bien sage. Personne ne s’est encore penché sur les revendications des attaquants, après tout ils ne sont que des « monstres effrayants » comme le dit le Docteur, et oui on aura toujours moins de compassion pour un porc que pour un panda. Et cette gentrification à peine tournée en dérision (et peu écologique) du Docteur me fait le comparer au gratin politique immorale qui a tendance à gérer ce type de crises avec euh… effets secondaires indésirables. Et ce délire d’être le Président du Monde, de s’approprier l’humanité, je ne suis pas emballée. Je place le Docteur bien au-dessus des compétences d’un président, j’espère que ce jeu va se retourner et qu’à un moment il va dire que bon, ça suffit les conneries, on va faire ça bien. Par contre, j’aime bien Clara en Zygon, son sourire ne la fait pas tourner choupinette, ça en plus de son super-calme et de sa super-confiance en elle (et de son super-bazooka) je la trouve superbe, alors qu’un peu plus tôt elle s’excusait d’avoir de la culture (‘c’est que je joue aux jeux de société et que je triche hein, ne croyez pas que je suis curieuse et que j’ai une bonne mémoire’) là pour une fois elle dégage un truc puissant (enfin le Zygon en elle). Comme vous trois donc, j’attends impatiemment la suite.

Manuel : Je profite de l’allusion à « Vérité ou Conséquences » pour évoquer un détail qui m’a frappé : le cliché du buisson qui traverse la rue pour qu’on sache que l’action est située au Mexique. Là pour le coup l’effet était complètement raté. Le buisson part quasiment du pied d’un mur, d’où il ne peut être poussé par le vent, et on devine presque qu’il est tiré par des fils. Sinon comme Clo je vois mal le Docteur accepter d’être Président du Monde, et j’espère que ça ne durera pas. J’espère surtout qu’on aura la belle morale qu’elle vient d’esquisser et qui a augmenté mes attentes.

Gibet : Clo, c’est intéressant que tu te sois amusée à pousser la métaphore politique jusqu’au bout, ça montre – parce que selon moi c’est peu probable qu’ils soient sincèrement pro-assimilation ou, s’ils le sont effectivement, qu’ils l’affichent dans une série qui comme on l’a vu n’est pas censée prendre de partis forts (sauf s’ils sont consensuels)  qu’ils n’y ont pas vraiment réfléchi, ou qu’ils sont contraints dans la réflexion par les codes de la série (nécessité de créer de la forme avant tout). D’où ce que je disais : Doctor Who ce n’est pas le lieu pour aborder ces questions-là. Par contre il y a des éléments que je n’aurais pas pris en compte dans l’analyse politique. Par exemple l’idée de Président du Monde, je ne l’ai pas prise au sérieux, j’ai du mal à y voir autre chose qu’un gag.

Clo : Je serais aussi très étonnée que la série affiche une orientation politico-sociale, mais ça m’a l’air trop énorme pour prétendre qu’ils ne l’ont pas fait exprès, ils ont peut-être juste voulu faire les Charlie, et ça serait un peu lourd de leur part. Oui, c’est surement un gag cette idée de Président du Monde mais c’est tellement connoté dans ce contexte, je ne crois pas que ça soit gratuit de leur part. Ils ont utilisé les codes des terroristes, ils ont parlé surveillance et menace, intégration et communautarisme, rébellion et guerre, population en détresse qu’on accueille gentiment et s’avère être cauchemardesque (c’est le terme qu’ils emploient je ne sais plus dans quelle expression), même sans avoir suivi l’actualité dans le détail on ne peut pas passer à côté de la métaphore, jusqu’ici ça a mauvais goût mais il y aura sûrement un revirement de situation

Gibet : Non mais oui, on est d’accord, ils essaient de nous dire quelque chose sur l’actualité. Mais je pense qu’ils ont pas assez de marge de manœuvre pour développer une réflexion aboutie, qu’il y a plein de trucs de l’épisode qui sont là au profit du récit et non pour alimenter la métaphore. Et du coup si on analyse tout d’un point de vue politique, comme tu as fait, on se met à analyser des trucs qu’ils ont mis un peu par défaut. Bon après tu me diras peut-être que tout est politique ! Mais c’est plus ou moins la première fois qu’ils s’engagent là-dedans donc je pense pas qu’à leurs yeux tout est politique. Pour redire ça autrement : à mon sens ils se tirent une balle dans le pied en faisant comme si Doctor Who c’était sérieux (même si sur quelques scènes c’est assez stimulant). En ancrant leur intrigue dans l’actualité, ils nous invitent à faire une analyse politique comme tu l’as faite (et moi aussi je l’ai faite en regardant l’épisode) mais c’est mettre l’accent sur un aspect qu’ils maîtrisent peu. Bref c’est eux qui sont en tort quoi.

Clo : Ah oui dis donc ça serait tellement maladroit et malvenu. Je me suis souvent demandé pendant l’épisode où commençait la limite entre la fiction docteurienne et les références avec le réel, ça me rappelle notre première conversation où Stéphane voyait une critique de la société dans Doctor Who, style contre-utopie.

Gibet : Tout à fait ! Tiens, allons jeter un oeil à ce qu’il a écrit… Ah bin en fait il parle pas du tout de l’aspect politique. Je vais l’interroger c’est pas possible ! Voici sa réponse (avec une goutte de spoil dedans, mais c’est rassurant) :

Ah ! Il est vrai que cet episode aborde un peu de politique comme à chaque fois qu’il y a UNIT dans le coin. Le status quo pacifique est un thème bien traité dans pas mal de saisons de la série et ce double-épisode est très réussi sur ce coup-là ! Les relations diplomatiques devraient s’en inspirer ! Pour ce qui est de Melty, c’est vrai que je n’en ai pas parlé mais c’est inévitable avec le 8 !

Manuel : Je dois avouer que de mon côté je ne me suis pas trop posé la question de la comparaison à l’actualité, puisque je pars du principe que cet épisode a dû être écrit il y a un an, si ce n’est plus. Si cet épisode tombe en pleine polémique sur l’immigration, n’est-ce pas justement un malheureux hasard ?

Clo : L’immigration et les conflit idéologiques ne sont pas question récente émoticône smile

Gibet : Oui on est en pleine polémique sur ce sujet-là depuis bien longtemps.

Manuel : Non, c’est sûr. Mais en vous lisant j’ai eu l’impression que vous parliez de l’actualité récente.

Gibet : Non pas spécialement, moi je pensais à un peu tout ce qui concerne les tensions Occident Orient depuis disons le 11 septembre 2001.

Clo : Oui le mot actualité c’est parce qu’on ne peut pas dire historique vu que c’est encore en cours. Ça me fait penser au discours intergénérationnel de Clara et la chargée de Clara où cette dernière dit qu’elle pressent la fin, et Clara répond que tout le monde a un jour cette impression mais que ça ne finit jamais.

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S09E09 The Zygon Inversion

Gibet : Je n’ai pas grand-chose à dire sur cet épisode. Il confirme ce qu’on avait pressenti avec le précédent, il est plein d’action et ils arrivent à retourner à la paix sans trop de dégâts. C’était cool, rythmé, avec des enjeux dans chaque séquence, beaucoup de Docteur et de Jenna Coleman, et heureusement le scénariste laisse tomber la métaphore particulière pour aller vers un truc universel et des moments de SF aventure pure, tout le truc de Clara VS Bonnie c’est très amusant. Ceci étant dit, je ne suis pas certain d’avoir tout compris, notamment en ce qui concerne le plan du Docteur, qui a l’air très prémédité et en même temps super confus (pourquoi ont-ils paniqué dans tous les sens dans la première partie s’ils savaient si bien ce qu’ils faisaient ? Manuel je compte sur toi). Pour ce qui est de la résolution politique, je ne suis pas d’accord avec Stéphane, je ne pense pas que nos politiques pourront en faire grand-chose, ou bien il faut compter sur le fait que nos djihadistes seront bien raisonnables et se laisseront convaincre par l’idée qu’à la guerre personne ne gagne. Comme dans l’épisode de Louie où il explique à Ben Laden que le 11 septembre c’était pas sympa et que Ben Laden se laisse convaincre.

Clo : Je suis d’accord, cet épisode s’écarte d’un propos actuel et tape dans une pensée universelle de paix, c’est consensuel comme tu l’avais prédit et effectivement je ne sais pas ce que pourraient en faire les politiques. Cela dit c’était beau ce discours qui met l’accent sur l’aberration des comportements humains, mais je ne sais pas quoi penser du jeu du Docteur (tellement mélodramatique, postillonnant de sensibilité, en position joueur de handball). Les boîtes doivent être des allégories de la bombe atomique (le point final) et une référence à Matrix souvent réutilisée dans les critiques politiques, la pilule rouge et la pilule bleue (ou le choix de la remise en question, de la recherche de la vérité, de la prise de risque). Rien ne nous prouve que les boîtes soient effectivement inoffensives, je pense que le Docteur (Basil ?!) a juste donné une bonne excuse à Bonnie pour ne pas toucher aux boutons. Aussi je n’ai pas tout compris, les figurants immobiles ce sont des Ziguanodons qui sont de quel côté ? quel rapport entretiennent-ils avec l’humain qu’ils ont copié ? faut-il qu’il soit dans un œuf ? pourquoi Bonnie voit le reflet de Clara dans le miroir et est physiquement influencée par elle ? comment savoir si quelqu’un ment en lui touchant le poignet ? est-ce que ça marche aussi en se tenant par la barbichette ? Au final je n’ai pas trouvé de solutions aux problèmes posés dans le premier épisode, les Zygons vivent toujours cachés dans la crainte d’être découverts, accommodés de leur situation, tant mieux, mais toujours pas acceptés pour eux-mêmes. Finalement la révolte est tournée en ridicule, tout ce que les dissidents veulent, c’est faire la bagarre. Le respect, l’égalité, la liberté d’être soi, tout ça c’est des prétextes. Et même si les Zygonmatiques sont tellement rattachés à l’humain qu’ils ne veulent pas retourner à leur état originel, il faudrait qu’ils en aient la possibilité s’il le souhaitent, par principe, et que leur origine non humaine ne soit pas une honte. Le Docteur se fout un peu de leur gueule dans son discours avec des ‘mais qui seront les ingénieurs ?’ l’air de dire ‘en tous cas pas vous’ alors que bon, s’ils sont capable de recharger un bazooka de façon spontanée et faire preuve de fourberie manipulatrice, je dirais qu’ils ont les mêmes capacités cognitives et intellectuelles que les humains. Alors heureusement que ça s’est barré hors champ politique sinon je me serais énervée de la comparaison. On se demandait quelle serait la morale, on était plein d’espoir pour qu’elle soit épatante, finalement vous la formuleriez comment, celle de ce double-épisode?

Gibet : Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras ?

Clo : Validé !

Gibet : Je me suis posé les mêmes questions que toi à propos des Zygons, mais il me semble qu’il ne faut pas trop réfléchir dans le détail et juste se laisser porter par le rythme. Genre le truc du poignet, ça part du principe que tu peux sentir si quelqu’un ment en fonction de son pouls, comme si une situation pareille ça te faisait pas de base battre le cœur à mille à l’heure. Au début j’ai tiqué. Puis j’ai compris qu’ils allaient nous faire trois minutes là-dessus, alors j’ai abdiqué, admettons que ça marche allez. Pour le jeu de Capaldi sur la tirade, ça cabotine mais c’est solide, ce qui est généralement le cas dans les morceaux de bravoure de la série. Moi ça me va.

Manuel : Pour répondre à une interrogation de Clo : si j’ai bien compris, les Zygons n’ont pas besoin de garder un humain dans un cocon pour prendre son apparence. Ils le font lorsqu’ils ont besoin par dessus le marché d’accéder à tous ses souvenirs (justement ce dont Bonnie a besoin avec Clara). Pour répondre à Gibet : pourquoi le Docteur et les autres ont paniqué si les méchants allaient de toute façon tomber dans une impasse ? Sans doute parce que des vies (dont celle de Clara) étaient en jeu malgré tout, et qu’il y a effectivement eu des victimes. On l’a vu dans l’épisode précédent : le Docteur a tout fait pour mettre en garde et protéger les leaders Zygons (les deux petites filles) et a échoué. Concernant mon avis sur l’épisode : globalement bon. Il justifie sa première partie et ne bouleverse pas l’ordre universel. On tombe loin de la morale anticipée, mais quelque part tant mieux vu que l’épisode s’engageait sur un terrain glissant. Moralité : la seule idée de se faire la guerre est quelque chose d’aberrant. Ou la guerre mène à la guerre. C’est peut-être gnangnan, mais c’est dans l’esprit du Docteur, et le fait que ça marche dans cet univers de SF justifie que le personnage défende toujours cette idée au bout de plus de 2 000 ans d’existence. Cette morale n’est pas épatante, mais elle plait beaucoup au pacifiste qui est en moi.  La scène la plus marquante du diptyque reste pour moi celle des militaires piégés par des Zygons imitant leurs familles, mais ce 2e épisode a de beaux moments de bravoure et d’humour. Le speech du Docteur, notamment, bien que le ‘je vous pardonne’ était facile. Je trouve aussi qu’on pardonne un peu facilement à une Zygone qui a tué beaucoup de monde de sang froid. En fait je crois que tout est en place pour refaire une intrigue Zygon plus tard dans la série. Le paradoxe des deux boîtes à deux boutons est classique mais très adapté à cette situation. Et j’ai été touché par Kate Stewart quand elle renonce la première à en faire usage. Le Docteur et Osgood forment un bon duo. Futur compagnon ? Je ne serais pas étonné, vu que le Docteur invite carrément la demoiselle à bord du Tardis. En clair ce n’est de loin pas l’épisode que je préfère de cette saison, mais je ne le qualifierais pas de mauvais pour autant. Le fait que l’intrigue n’ait pas fait de polémique sur l’actualité et soit restée dans quelque chose de très classique est finalement une assez bonne chose. Pour l’instant cette saison 9 reste la plus intéressante à mes yeux. Mention spéciale à cette réplique du Docteur :

J’ai plus de 2 000 ans, je pourrais être votre messie.

Lune : Je doute qu’Osgood devienne compagnonne puisque le rôle des compagnons est aussi de nous faire redécouvrir le Docteur, et que y aurait pas autant l’idée de rencontre. Osgood est une encyclopédie sur le Docteur, et donc ne peut pas être surprise par lui avec nous.

Doctor_who_sleep_no_more_10

S09E10 Sleep no More

Lune : J’ai bien aimé cet épisode, mais je crois que j’ai pas tout compris. Enfin j’ai bien compris tout le déroulement, j’ai bien aimé l’ambiance, mais c’est quoi cette fin ? Est-ce que la vidéo est effectivement diffusée partout pour transformer les sleepmachines en machines à créer des monstres ? Si oui, on en parle plus ? Ça m’est quand même un peu passé au-dessus comme épisode, parce que j’ai ni très à cœur de le défendre ni très à cœur de l’enfoncer. Ça m’a plutôt amusée l’idée de montage de points de vue, ça renouvelle un peu la manière dont on a l’habitude de voir Clara et le Docteur filmés. Après toute l’équipe de sauvetage ça me semblait très déjà-vu, ils avaient des attitudes trop proches des persos de « Under the Lake ». Ces monstres fait de sleep dust c’est assez amusant, par contre si sleep dust c’est très mimi comme terme, caca d’œil ça l’est moins, ce qui promet pour la VF.

Manuel : Pour ma part j’ai vraiment adoré cet épisode (qui est pour l’instant la seule intrigue en une partie de la saison) ! Pour sa mise en scène, surtout, avec tout filmé du point de vue des personnages (même si la caméra de Clara était souvent un peu haute par rapport à la taille effective de l’actrice). Je remarque d’ailleurs vers la fin que le champ de vision du Tardis lui-même est montré. Ce qui démarque beaucoup cet épisode dans son écriture, c’est sa conclusion. Pas de morale. Pas d’évolution dans les rapports du Docteur et Clara. Rien de rien, et pas de clichés non plus, du coup. Cet épisode n’avait pas d’autre but, et c’est très assumé, que d’introduire une nouvelle sorte de méchants, les Marchands de Sable, que nous retrouverons très certainement dans le futur et auxquels je souhaite la même carrière que les Anges Pleureurs. Des monstres issus de nos sécrétions lacrymales, ce n’est pas très ragoûtant quand on y pense, mais c’est bien pensé et bien amené.

Gibet : Je suis beaucoup moins convaincu que toi, Manuel. Je trouve en effet que sur le papier c’est excitant, nouveaux méchants, nouvelle forme (Doctor Who expérimente souvent avec son ton et sa narration mais rarement avec sa forme  s’ils veulent faire ça plus souvent, c’est avec plaisir !) utilisée astucieusement… Mais je n’ai pas du tout réussi à me sentir concerné. Et je crois que ça vient principalement de la réalisation. Les changements de point de vue aléatoires et incessants, l’impossibilité à respecter plus de 30 secondes le contrat du found footage, font qu’on ne comprend rien à l’espace et c’est problématique puisque c’est un survival en huis-clos. Autre élément qui amoindrit l’impact de l’épisode, sur ce point je suis d’accord avec Lune, c’est qu’il y en a eu un autre similaire y a pas très longtemps. Enfin j’ai trouvé la dimension anticipation un peu ratée. On dénonce en gros le capitalisme qui veut des individus de plus en plus disponibles au travail (historiquement plus on se technologise moins il y a de travail, donc les gens se rendent disponibles pour rien, mais bon admettons que dans ce futur il y ait des trucs à faire) quitte à faire des trucs contre-nature genre leur enlever le sommeil. Ok, sauf que je trouve ça abusé de faire des énoncés moraux sur le sommeil. Ce qui est mal dans cette machine c’est qu’elle est mal foutue, ce n’est pas son principe. Si on imagine la même machine mais qui permettrait vraiment d’avoir tous les bénéfices du sommeil en quelques minutes sans aucune séquelle, en quoi ce serait un problème ? Les sermons du Docteur m’ont semblé totalement artificiels. Et puis ce n’est pas très honnête de la part de Moffat showrunner de proposer un zode comme ça, le type c’est un boulimique de taf, si la machine existait il serait le premier à la tenter.

Julie : Ouais ça m’a saoulé aussi le coup de la machine. C’est contre les humains pour créer de la connivence avec les humains, paradoxalement. Moi dans l’immédiat je me dis no way j’adore trop dormir mais en vrai j’ai un milliard de trucs à faire et si tout le monde s’y mettait je m’y mettrais aussi, c’est impossible de se dire que le reste de l’humanité vit 6 à 8 heures de plus que toi par jour. Du coup c’est malhonnête de la part de Moffat un peu oui.

Manuel : Apparemment c’est Mark Gatiss qui a écrit cet épisode, pas Moffat. Et quand bien même, il a beau être le showrunner de la série et un boulimique du travail il doit sans doute avoir conscience qu’il n’est pas la norme. J’ai l’impression que s’il accepte ce parti-pris dans l’épisode c’est avant tout par convention, parce que la norme dans Doctor Who et ce genre de série en général est : aller contre la nature, c’est mal. Un message que le Docteur a déjà défendu des centaines de fois, donc j’aurais trouvé ça malvenu qu’il retourne soudainement sa veste.

Gibet : Oui oui c’est Mark Gatiss qui a écrit l’épisode mais ça reste le showrunner le gardien du temple. Tu as raison, ça fait partie de la série de ne pas aller contre la nature. Mais c’est vraiment bizarre d’appliquer ça au sommeil. Comme je disais, à cause de ça, j’ai eu le sentiment que les sermons du Docteur sur le sommeil c’était purement conventionnel, pour respecter le cahier des charges d’un bon épisode de Doctor Who. Je ne dis pas qu’ils auraient dû traiter ça de manière subversive en disant tain c’est trop cool l’abandon du sommeil (le renvoi à Moffat c’était pour le plaisir du paradoxe) mais peut-être le faire de manière plus légère, sans charger cet aspect quotidien de morale. Sinon, à ce rythme, ils pourront nous faire un épisode sur se laver les oreilles trop souvent c’est mal, avec des monstres en cérumen. Enfin je dis ça mais peut-être que ça existe déjà !

Clo : Comme Lune j’ai trouvé ça amusant le principe de point de vue des personnages, le regard caméra m’a surprise tout du long de l’épisode. Caca d’œil c’est moins poétique effectivement ! Je ne vois pas le sleep dust comme un phénomène physique mais plutôt comme la représentation des impressions du réveil, comme quand le Docteur chassait les monstres qui se planquaient sur le côté du regard, les alentours de notre angle mort est un bon terrain d’imagination, quand il pose le doigt dessus en fin d’épisode ça m’a un peu chatouillé (ou quelque chose dans le genre). J’ai trouvé belle l’idée de la poussière de sommeil et la petite chanson qui va avec mais comme vous, je n’ai pas accroché à la phase moralisatrice (mais vivement l’épisode sur le lavage d’oreille !). Pour le crédible de l’anticipation je la trouve comme d’habitude pas terrible. Que ça se soit terminé sans se terminer j’imagine que c’est pour entretenir notre projection dans l’histoire (ou de l’histoire dans le réel), ça m’a fait penser aux mythes de comptines/chansons/contes/livres maudits qui tuent ou font disparaître quiconque les consomment, l’épisode contient la fiction de ce type de contenu maléfique et joue lui-même à l’être.

Gibet : Pour le jeu des points de vue, je reconnais que c’est astucieux, mais dans l’épisode ça me perdait, je ne m’y retrouvais pas (spatialement parlant… et aussi je pense que ça a contribué à rendre les personnages secondaires totalement sans intérêt puisque tant qu’on suivait leur point de vue on n’avait pas trop accès à eux, on pouvait pas s’identifier). Vous avez réussi à vous sentir concernés par l’aspect survival vous ? Pour le non-dénouement de l’épisode, il me semble que l’hypothèse de Manuel est la plus probante : c’est un zode d’introduction à un nouveau méchant. Ils ont d’ailleurs un peu essayé de nous en mettre plein la vue comme avec « Blink », qui introduisait les Anges Pleureurs. Je pense qu’on reverra les monstres caca d’œil dans les saisons suivantes. Mais pour l’instant je n’ai pas trop compris leur intérêt.

Clo : Les points de vue ça fait comme dans les jeux vidéos à la première personne et la perte de repères participe à la tension, alors je dirais que c’est ok pour moi.

Gibet : Oui mais dans les jeux vidéos à la première personne tu n’as pas quinze premières personnes qui s’enchaînent aléatoirement. Si on doit faire une comparaison jeu vidéo, moi ça m’a plutôt fait penser au mode multicam aléatoire dans les jeux de course.

Clo : Tu manques de schizophrénie, voilà tout !

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