Discographie imaginaire des Beatles (1971-1980)

Avec des si, on met peut-être pas Paris en bouteille mais on s’amuse bien. Et si, plutôt que de se déchirer en 1970, les Beatles avaient continué à collaborer dix ans de plus ? Je vous propose d’imaginer ce que cette prolongation aurait donné, en mélangeant les albums solo de John, Paul, George et Ringo, en mixant fiction et réalité.

discographie imaginaire Beatles lunécile

Au printemps 1970, les fans des Beatles peuvent enfin respirer. Après des mois d’affrontements au tribunal, les quatre musiciens viennent enfin de trouver un accord autour de leur catalogue et de leur nouveau manager. C’est leur vieil ami Neil Aspinall qui s’occupera de les représenter et, comme l’annonce son premier communiqué de presse, au moins trois futurs albums sont signés.

Malgré tout, les Beatles ont besoin d’une pause bien méritée. Profitant du succès d’Abbey Road et de la sortie prochaine de Let It Be, chacun profite d’un long repos. Tandis que John emménage à New York en compagnie de Yoko, Paul se réfugie avec Linda dans une ferme écossaise pour composer et s’occuper de sa famille. De son côté, George se retire en Inde auprès de Ravi Shankar et Ringo s’amuse à produire les jeunes artistes du catalogue Apple.

Décembre 1970

« Instant Karma / My Sweet Lord » (45 Tours)

Une année s’écoule et les fans s’impatientent. Aspinall parvient à convaincre les musiciens de publier un 45 tours pour Noël 70, histoire de renflouer les caisses. Phil Spector sera de nouveau aux manettes et, toujours fâché avec le producteur suite à son travail sur Let It Be, Paul refuse de s’en mêler. En son absence, les sessions ont lieu à New York, à la demande de Lennon. Sur la face A, on retrouve « Instant Karma », l’une de ses compositions et, en face B, « My Sweet Lord », un hymne mystique scandé par un George tout juste revenu d’Inde. C’est le cadeau incontournable du Noël 70.

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Septembre 1971

Paul McCartney est clair : il ne remettra les pieds à Abbey Road que si George Martin est de retour à la production. Après de longues délibérations, ses camarades acceptent sa demande afin d’honorer leur contrat. C’est ainsi que naît Junk, le 13ème album des Beatles, au titre ironique tant il contient de merveilles. La sortie un mois auparavant du 45 tours « Maybe I’m Amazed / God » était déjà prometteuse mais rien ne laissait augurer d’une telle qualité. Les querelles de studio, souvent liées aux affrontements entre Yoko Ono et Linda McCartney, n’entachent en rien ce bijou qui propulse le plus grand groupe du monde dans une nouvelle décennie.

Junk (1971)

  1. Mother
  2. That Would Be Something
  3. Behind That Locked Door
  4. Isolation
  5. Every Night
  6. Apple Scruffs
  7. Look At Me
  8. Junk
  9. Ballad of Sir Frankie Crisp (Let It Roll)
  10. Another Day
  11. Well, Well, Well
  12. Coochy Coochy
  13. God
  14. Maybe I’m Amazed
  15. Singalong Junk
  16. Love 

Mai 1971

Malgré le succès de Junk, John n’est pas très enclin à retourner en studio. Il est trop occupé à promouvoir la paix en compagnie de Yoko, lors de beds-in très médiatisés. George est accaparé de son côté par l’organisation du concert pour le Bangladesh, un grand show caritatif où il convoque Bob Dylan et Eric Clapton. Afin d’honorer le contrat signé en 70, Paul décide donc d’enregistrer avec Linda sans prévenir ses camarades. RAM sort en mai et, bien qu’il s’agisse d’un chef-d’œuvre de pop faite maison, il entraînera aussitôt la colère de John, George et Ringo, qui ne peuvent pas en recevoir les bénéfices financiers. Lors d’une conférence de presse restée célèbre, Paul présentera ses excuses aux fans et à ses amis et RAM sera retiré des bacs quelques jours après sa sortie, devenant un album encore plus culte.

Janvier 1972

Prenez l’ambiance pourrie qui régnait dans les studios durant l’enregistrement de Let It Be et multipliez-la par dix. Vous aurez à peu près une idée d’à quoi ressemblaient les premières tentatives du groupe pour pondre le 3ème album imposé par leur contrat. Depuis le scandale RAM, John n’hésite pas à attaquer Paul dans la presse et la tension est à son comble. Neil Aspinall choisit un compromis contesté par les fans et poussant encore plus loin la méthode déjà employée pour l’Album Blanc : chaque membre du groupe pourra enregistrer son morceau de son côté et George Martin aura la lourde tâche de les réunir pour en faire un album cohérent. Paul parviendra à y glisser des chansons de RAM, honteusement retiré du commerce (« Dear Boy », « Monkberry Moon Delight »).

Le résultat sort en janvier 72 et, malgré sa gestation controversée, reste un magnifique collection de chansons. La face B est presque entièrement consacrée à la querelle entre John et Paul, s’insultant par chansons interposées. Si George semble le porte-parole des fans en affirmant en guise de point final que tout ça n’est que du gâchis (« Isn’t It A Pity »), Ringo est le plus lucide avec « Bye Bye Blackird ». Le rêve semble en effet bel et bien terminé.

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Wild Life (1972)

  1. Wild Life
  2. Crippled Inside
  3. Awaiting On You All
  4. Dear Boy
  5. Oh My Love
  6. Dear Friend
  7. Bye Bye Blackbird
  8. Gimme Some Truth
  9. Monkberry Moon Delight
  10. Child Of Nature
  11. Tomorrow
  12. Isn’t It A Pity

Octobre 1974

Si aucune annonce officielle n’est parue, personne n’est dupe : les Beatles n’existent plus. John traverse une période de crise. Yoko l’a mis à la porte et il passe ses journées à boire en compagnie de son ami Harry Nilsson. Paul recrute des musiciens pour enregistrer un nouvel album. George se consacre à son jardin et à la méditation, à l’abri des médias. Et Ringo vient de sortir « Back Off Boogaloo », un single solo qui se vend bien. Pourtant, contre toute attente, on les retrouve tous les quatre lors d’une conférence de presse où ils annoncent un 15ème album studio.

C’est Paul qui est à l’origine de cette réconciliation inespérée. Alors qu’il travaille avec de nouveaux musiciens sur un concept album intitulé Band On The Run, il doit revoir ses ambitions à la baisse. Ses camarades lui manquent et seuls les Beatles seront capables de correspondre à ses attentes. Il abandonne son nouveau groupe et va rendre visite à John, dans son appartement du Dakota Building, à New York. Les deux vieux amis passent la soirée à renouer des liens. Durant l’été, les Beatles se réunissent alors en secret dans les Caraïbes pour composer en toute liberté et sans aucune pression. Même Linda et Yoko sont les bienvenues, posant bien volontiers leurs voix sur certains morceaux. John remerciera d’ailleurs Paul pour avoir sauvé son mariage et sa santé. Auto-produit et inattendu, Band On The Run sort à l’automne, provoquant la surprise et la joie de millions d’auditeurs.

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Band On The Run (1974)

  1. Band On The Run
  2. Mind Games
  3. Let Me Roll It
  4. Give Me Love (Give Me Peace On Earth)
  5. Out Of The Blue
  6. You’re Sixteen
  7. Single Pigeon
  8. Big Bard Bed
  9. Tight A$
  10. Loup (1st Indian On The Moon)
  11. Bring On The Lucie (Freda Peeple)
  12. Be Here Now
  13. Nineteen Hundred And Eighty Five
  14. Nobody Loves You (When You’re Down And Out

(Hidden Track : Ya Ya)

Juin 1975

« C Moon / Whatever Gets You Thru The Night » (45 tours)

Un single qui sera la sensation de l’été 75. Deux titres enregistrés lors des sessions de Band On The Run aux Caraïbes. Reggae et soul au menu, prouvant que les Beatles savent s’adapter à leur temps et rester les maîtres incontestés des seventies.

Mars 1976

Alors que la vague punk monte à New York et que le disco fait danser la planète entière, il est temps pour les Beatles de revenir aux sources. Durant l’hiver, ils se réunissent à Abbey Road, en compagnie de George Martin et enregistrent un concept album survitaminé. Du rock de stade censé concurrencer la grandiloquence des derniers Stones et Who. Lors d’une visite à Liverpool durant les sessions, John a l’idée de reprendre les vieux classiques rock’n’roll qu’il affectionnait étant gamin. Rock Show sort au printemps 76 et, sans surprises, est un succès absolu. Même si certains critiques n’hésiteront pas à qualifier le groupe de ringard et pointent du doigt l’aspect un peu décousu de l’album, et en particulier une face B plus faible. La pochette signée Andy Warhol, représentant quatre scarabées affublés d’instruments, sera souvent tournée en dérision et parodiée.

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Rock Show (1976)

  1. Venus And Mars
  2. Rock Show
  3. Ain’t That A Shame
  4. Oh My My
  5. Magneto And Titanium Man
  6. This Guitar (Can’t Keep From Crying)
  7. #9 Dream
  8. Mamunia
  9. The No-No Song
  10. You
  11. When The Night
  12. Stand By Me
  13. Venus And Mars (Reprise)

Juillet-août 1977

Il fallait s’en douter avec un album calibré pour les stades : une tournée américaine est annoncée. Les Beatles n’ont pas joué ensemble sur scène depuis 1966 et les enjeux sont de taille. En pleine explosion punk, ils doivent prouver qu’ils sont toujours d’actualité. C’est ainsi qu’est organisée la tournée la plus coûteuse et lucrative de l’Histoire, jamais égalée depuis. Trois avions seront nécessaires et 500 employés devront installer et démonter chaque soir le décor imaginé par Paul avec la complicité d’Andy Warhol. Au total, 25 villes des États-Unis seront visitées durant l’été et les places partiront à prix d’or, chaque concert étant complet des semaines à l’avance. Les setlists seront l’occasion de revisiter les titres les plus récents comme les plus anciens et les prestations sont globalement de bonne qualité.

Dans les coulisses, les choses sont pourtant moins glorieuses. Portant le groupe sur ses épaules, Paul est devenu accro à la cocaïne afin de soulager la pression et tenir le rythme. John voyage avec Yoko, ses deux enfants et un Harry Nilsson qui sème le trouble dans les hôtels partout où il trimballe son alcoolisme. George ne se déplace qu’entouré d’un orchestre entier de musiciens indiens qui l’attendent dans sa loge pour méditer au son des sitars. Quant à Ringo, il refuse d’être mêlé à ce chaos et préfère venir chaque soir en jet privé, depuis sa maison de Malibu, manquant plusieurs fois d’être absent (il sera d’ailleurs remplacé lors du concert d’Atlantic City, sans que personne ne s’en aperçoive). La mort par accident du fidèle roadie Mal Evans viendra interrompre l’aventure deux semaines plus tôt que prévu. À nouveau, tout semble indiquer un tournant dans la relation entre les Beatles, qui ressortent de cette extravagance plus éloignés que jamais et épuisés.

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Juin 1978

Plus de six mois. C’est le temps que passera Paul en studio à écouter les bandes de la tournée 77. Assisté par George Martin, il a comme mission d’en extraire les meilleures pistes en vue d’un album souvenir, dédicacé à la mémoire de Mal Evans. Mais ses camarades lui rendent la tâche compliquée : John se montre très difficile dans le choix des morceaux et George refuse pendant longtemps d’apparaître dans le résultat final. Paul expliquera plus tard qu’il s’agissait du moment le plus difficile de sa vie : la cocaïne, les nuits blanches à l’écoute des enregistrements live, la froideur des autres participants. Sans l’amour de Linda et la bienveillance de George Martin, il n’en serait jamais venu à bout et aurait jeté l’éponge. From Us To You sort en juin 78 et Paul part aussitôt en cure de désintoxication.

From Us To You – US Tour ‘77 (1978)

  1. Venus And Mars / Rock Show (Live)
  2. Come Together (Live)
  3. Band On The Run (Live)
  4. Instant Karma (Live)
  5. Here Comes The Sun (Live)
  6. Yer Blues (Live)
  7. Lady Madonna (Live)
  8. I’ve Just Seen A Face (Live)
  9. Don’t Pass Me By (Live)
  10. While My Guitar Gently Weeps – Feat. Eric Clapton (Live)
  11. Money (Live)
  12. Maybe I’m Amazed (Live)
  13. For You Blue (Live)
  14. Blackbird (Live)
  15. Octopus’s Garden (Live)
  16. Well, Well, Well (Live)
  17. Something (Live)
  18. The Long And Winding Road (Live)

Septembre 1980

Quand il refait surface, Paul n’a qu’une envie : se replonger dans la musique pour oublier ses vieux démons. Il enregistre quelques démos dans sa ferme écossaise et les fait écouter à John lors d’une visite au Dakota Hotel. Ce dernier s’étonne à aimer ces nouveaux morceaux et se met à son tour au piano pour jouer à son vieil ami la ballade « Real Love ». Ivres, ils se rendent par surprise sur le plateau de l’émission Saturday Night Live. Devant un public qui n’en croit pas ses oreilles, les voilà en train de jouer en direct « We Can Work It Out ». Et en effet, ils peuvent se réconcilier : une semaine plus tard, Neil Aspinall annonce que les Beatles sortiront un 18ème album avant Noël.

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Décembre 1980

Enregistré dans un studio new-yorkais à quelques pas du Dakota Hotel, Real Love est un bel effort, le témoignage d’une amitié reconstruite malgré tout. Si la production a un peu vieilli et est représentative de l’époque, elle n’entache pas des compositions qui font oublier les moments les plus erratiques de la tournée 77 et réconcilient le groupe avec leur public. Faute de projets plus intéressants, George et Ringo ont répondu présent et semblent y prendre autant de plaisir que nous.

Real Love (1980)

Face A

  1. (Just Like) Starting Over
  2. Silly Love Songs
  3. Woman Don’t You Cry For Me
  4. Café On The Left Bank

Face B

  1. Watching The Wheels
  2. Drowning In The Sea Of Love
  3. I’ve Had Enough
  4. I’m Stepping Out
  5. Dear One

Face C

  1. Let’Em In
  2. Free As A Bird
  3. Bogey Music
  4. Drumming Is My Madness
  5. Here Comes The Moon

Face D

  1. Nobody Told Me
  2. Not Guilty
  3. Beware My Love
  4. Real Love

8 décembre 1980

Deux jours après la sortie de l’album, un drame vient hélas noircir le tableau. Alors qu’il rentre d’une longue interview avec le magazine Rolling Stone pour promouvoir Real Love, John est abattu froidement par Mark Chapman, un fan à qui il venait tout juste de signer un autographe. Quand ses camarades apprennent la nouvelle, ils sont effondrés, tout comme des millions de fans à travers le monde. Pas besoin de conférence de presse pour l’annoncer : les Beatles sont bel et bien terminés, après vingt ans de collaboration.

Il faudra plus d’un an à Paul pour retrouver les studios et se lancer dans une carrière solo qu’il débutera par la ressortie attendue de RAM. George retournera à son jardin, Ringo à ses cocktails et les multiples rééditions de leur discographie ne cesseront de mobiliser leurs fans à travers les décennies. Apple vient d’annoncer pour 2016 de l’Anthology Vol.4, un coffret réunissant une trentaine d’inédits de la période 1971-1980, des morceaux aussi réjouissants que « Oh Woman Oh Why », « Working Class Hero » ou « Beware of Darkness ». Préparez vos portes-monnaies.

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