Doctor Who, du S09E01 au S09E03

Charmant lecteur, j’espère que tu aimes Doctor Who car jusqu’à la fin de la saison 9, ici nous en parlerons, opiniâtres, inextinguibles. Tous les trois épisodes tu pourras lire les interminables discussions de Gibet, Clo et moi-même, accompagnés chaque fois d’un invité différent – cette fois-ci, applaudis à t’en rompre les paumes Stéphane Bernault, rédacteur en chef du site Les Plumes Asthmatiques. En route, à travers l’espace et le temps !

Listen Capaldi lunécile

Gibet : Lune et moi, notre avis global sur la série, on a déjà pu le formuler ici mais toi, Stéphane, c’est la première fois que tu prends la parole sur le blog, alors voici ma question préliminaire : tu es plutôt team Davies ou team Moffat ?

Stéphane : Je me lance, attention ça va être compliqué ! Je suis fan de Davies obligatoirement mais j’adore le Steven Moffat qui écrit sous l’ère Davies, avec ses quelques épisodes géniaux. Depuis que Moffat est aux commandes, je vais de déception en déception sauf depuis la saison 8 qui retrouve une vibe Davies dans l’écriture. Donc depuis quelques épisodes, je suis en train de retomber sous le charme de l’écriture de Moffat qui fait du Davies ! C’est plus ou moins clair ?

Gibet : C’est très clair ! D’autant que j’ai ressenti la même chose que toi, et je crois d’ailleurs que beaucoup de monde a ressenti ça. Jusqu’à la saison 8 je me serais définitivement rangé parmi la team Davies, mais après la saison 8 j’admets aussi que Moffat sait y faire. Après, tu as raison, si la saison 8 tourne bien, c’est que Moffat emprunte les recettes de Davies et laisse tomber ses délires typiquement moffatiens (genre la saison 6 !!!), donc aimer Moffat saison 8 c’est toujours aimer Davies. Clo, Lune, vous avez apprécié autant que nous la saison 8 ?

Lune : Oui ! La rupture est très nette entre Moffat saison 5, 6 et 7 et Moffat saison 8. Moins d’intrigues compliquées et justifiées n’importe comment (si j’avais envie de regarder Inception je regarderais Inception), moins de will they / won’t they. J’aime particulièrement qu’avec Clara en saison 8 y ait pas d’histoire romanesque, ce qui est d’ailleurs annoncé dans le premier épisode, « I’m not your boyfriend, Clara », ce qu’on avait eu qu’avec Donna Noble en saison 4. Or c’est ce qu’il y a de plus agréable parce que chaque compagnonne amoureuse du Docteur a un côté mou, ils n’arrivent pas à allier fille amoureuse avec fille forte à personnalité. Et on se marre quand même plus quand y a quelqu’un pour fermer le clapet du Docteur quand y a besoin. C’est dans les duos Donna-Docteur et Clara-Docteur qu’on a les dialogues les plus énergiques. J’aime aussi beaucoup la saison 8 pour l’apparition du Master-Missy, c’est un de mes persos préférés de toute la série, elle apporte beaucoup de dynamisme.

Gibet : Oui, Clara est devenue une très bonne compagnonne dans le passage à la saison 8. C’est salutaire que les abus du Docteur (notamment ses mensonges), qui se sont multipliés sous l’ère Moffat, soient tempérés par un personnage qui ne se laisse pas bullshiter. Après la saison n’était pas parfaite, y avait par exemple des allers-retours dans la relation Clara-Docteur qui sentaient un peu trop le remplissage (Clara dit oui puis non puis oui puis non puis etc). Mais bon les saisons de Davies n’étaient pas parfaites non plus.

Clo : J’ai beaucoup aimé la saison 8, ce nouveau Docteur a une physionomie qui lui va très bien et en cessant d’être baisable (vis-à-vis des compagnonnes autant que des spectateurs, ce rôle est pris par Danny Pink) il incarne mieux ce que j’attends de son personnage, l’attention reste tournée vers l’aventure et on sort des petites intrigues fleuries. Puis c’était intéressant de réapprendre à connaître la même personne sous des traits aussi différents. Je ne sais plus de quand date cette impression mais Doctor Who me fait l’effet d’un contenu pour enfants (pas dans le sens péjoratif) : tout est gentil (ce n’est pas très éprouvant pour les nerfs) un peu kitschounet et improbable au-delà de l’aspect SF (les situations, les réactions, les solutions, etc.), il faut réprimer des haussements de sourcils perplexes et se laisser aller. Cet effort d’adaptation a pour effet de me pétrir pour que j’adhère encore plus au monde tardissien. J’ai encore été impressionnée par la variété des thèmes abordés (même s’il y a de grands classiques), toujours de manière accessible et ouverte, ça donne matière à repenser dans le métro et autres files d’attentes. Alors je valide totalement la saison 8, on ne s’ennuie pas, on n’est pas bousculés non plus (sauf à la fin ok), les personnages sont attachants, ça stimule l’imaginaire, finalement la série se suit avec enthousiasme année après année et on finit par développer une sympathique addiction. Je sais pourquoi « j’aime bien » mais je ne sais pas pourquoi « j’adore vraiment beaucoup ». (Et sinon je clame aussi gloire à Master-Missy).

Gibet : Intéressant ce que tu dis sur l’impression de voir une série pour enfants. Je crois que c’est très déterminant pour le ton de la série. Les Classics, au départ, étaient vraiment destinés aux enfants et c’est parce que les enfants ont commencé à adhérer (notamment aux Daleks) que la série a décollé. Davies a essayé de tenir ça dans la relance de 2005 en distribuant la libido de la manière suivante : d’un côté la série Doctor Who où le sexe et même l’amour sont évoqués de manière super elliptique (tant et si bien que j’ai mis longtemps à comprendre que le Docteur et Rose formaient authentiquement un couple) ; de l’autre Torchwood où les persos ont une sexualité assumée, font volontiers du angry fuck, et où les intrigues portent généralement sur des histoires de cul plus ou moins cryptées plus ou moins sombres. Avec Moffat, et le choix significatif de Matt Smith, on sentait une volonté de sexualiser la série, au détriment de l’innocence habituelle. Dans l’absolu c’est pas grave, ça peut être bien d’assumer que fondamentalement le Docteur a au moins l’âme la plus sexy de tous les temps, et que c’est en grande partie l’attrait de la série. Mais en pratique ça a contribué à créer la confusion qu’on dénonçait : dans le même trio (voire quatuor, si on compte River Song) de personnages se superposaient beaucoup trop d’intrigues-relations-sentiments et tout le monde s’y perdait, à commencer par les scénaristes. Avec la distribution simple de la saison 8 – le Docteur et Clara sont amis et Clara a un boyfriend – c’est beaucoup plus lisible. Bref, je constate qu’on est tous les quatre d’accord sur la saison 8. Du coup vous avez quelles attentes pour la saison 9 ?

Stéphane : Je vais revenir un instant sur les précédentes saisons et sur le caractère enfantin dont vous parliez ! La version de Davies était abordable pour tout le monde mais possède une double lecture sur tous les épisodes, tous les thèmes abordés. Davies profitait de la série pour nous parler et critiquer le monde actuel. Certes ça reste accessible pour les enfants mais il y a quand même du fond ! Chez Moffat, il a perdu le fond, hormis sur quelques épisodes, pour privilégier la sexualisation de son héros. C’est moins passionnant pour les mioches, c’est moins enthousiasmant pour les adultes, bref c’est pourquoi Moffat s’est Davies-isé en saison 8 ! Et c’est ce que je veux qu’il continue à faire en saison 9, qu’il se pose, qu’il nous parle de son héros, de ses complexes, de ses doutes et de ses peurs, qu’il parle du monde dans lequel on vit et qu’il nous traumatise pour nous faire prendre conscience qu’il y a quelque chose de pourri ! C’est pour moi l’une des raisons qui me fait regarder la série. Ok pour les personnages et leurs histoires mais aussi parce qu’il y a une critique qui se cache là derrière les histoires de SF. Il faut que le renouveau insufflé en saison 8 se poursuive dans cette saison 9 et que Moffat le pousse encore plus loin !

Gibet : Honnêtement j’ai rarement regardé la série pour son contenu idéologique (peut-être parfois pour ce qu’elle incarne philosophiquement et sociologiquement), mais tu as raison quand on y réfléchit cette lecture est possible. Tu aurais un exemple précis de cet engagement de la série pendant l’ère Davies, et du retour de cet engagement pendant la saison 8 ?

Clo : Pareil, je ne trouve pas que l’aspect idéologique soit ce qui m’attire le plus dans la série, aussi louable soit-il (sauvons les arbres, soyons solidaires, ne courrons pas avec des ciseaux dans les mains, tout ça) je suis beaucoup plus tournée vers la problématique du temps (ça m’a ultimement troublée notamment à l’époque d’Amy et Rory), de la mémoire, des relations asymétriques, de la responsabilité, de la solitude, etc., etc. mais c’est peut-être que je suis habituée aux contenus qui revendiquent le même type d’idéologie alors j’en fais abstraction. Ceci dit, j’ai aussi hâte qu’on farfouille un peu ce Docteur (en lui laissant de son mystérieux, tout de même).

Stéphane : Sous l’ère Davies, il y a un rapport à la technologie qui est développé sur différentes histoires, différentes saisons, pour nous faire prendre conscience des dérives que le monde peut prendre : Internet, la télévision, la communication… Davies n’y va pas à avec le dos de la cuillère mais les épisodes restent toujours divertissants et bien construits ! Là comme ça les épisodes m’échappent mais il y en a quelques uns ! Dans la saison 8, je trouve que Moffat a retrouvé de cette verve critique, sans pour autant parler de ses personnages et leurs complexités. Celui qui me vient en tête et l’épisode « écologique » avec la Terre recouverte par les forêts.

Gibet : Ok, tu penses par exemple aux épisodes de la saison 1 avec la planète télé qui sert de support à une satire de la mauvaise télévision, télé-réalité, jeux télévisés, etc. Il y avait même une parodie du Maillon Faible ! En tout cas pour moi cet aspect idéologique, qui n’a pas pour but de provoquer, d’être subversif, mais de reformuler de manière ludique des messages déjà admis, participe à l’impression d’enfantin. Doctor Who, à ce niveau, c’est rassurant, confortant. Mais revenons-en à la question des attentes : Clo, Lune, qu’est-ce que vous avez envie de voir dans cette saison 9 ?

Lune : Tout simplement, j’ai envie que la série continue à me faire rire et à me mettre des étoiles plein les yeux ! (instant naïf).

Gibet : Oui mais pour que tu ries / aies des étoiles plein les yeux, il faut que la série fasse quoi ?

Lune : Que l’intrigue soit simple et efficace, du dépaysement, et de la légèreté. Au bout d’un moment ça marche plus sur moi quand l’épisode est centré sur un dilemme moral du Docteur ou sur la mort d’un perso qui en fait n’est pas mort.

Clo : Ça me va aussi qu’ils continuent sur leur bonne lancée, s’ils gardent leur humour, la qualité des personnages, leur capacité à inventer de nouveaux scénars originaux ou appréhendés d’une façon originale, ça me va. C’est une série qui a souvent l’occasion de se réinventer avec de nouveaux Docteurs, de nouveaux compagnons, de nouveaux ennemis… mais c’est finalement secondaire tellement la narration est dynamique, fantasque et basée sur l’action. À part effectivement une redécouverte plus profonde des personnages (dont le Tardis, qui finalement n’est plus vraiment un personnage) je ne sais pas ce que je pourrais ajouter à la série. Peut-être qu’en sortant de son aspect léger, en donnant un peu plus corps aux problématiques abordées, en étant un peu plus crédible, avec des personnages un peu plus inscrits dans leur situation (n’ont-il pas l’air un peu perchés / extérieurs / d’accord et détendus quoi qu’il arrive ?), et avec une BO en acier trempé, Doctor Who pourrait être LA série. Mais peut-être pas. Peut-être que c’est justement tout ça qui fait que ça fait du bien de se poser devant Doctor Who.

The Magician's Apprentice lunécile

S09E01 The Magician’s Apprentice

Stéphane : C’était excitant, un peu fou, profond, surprenant (le retour de Davros était une sacrément bonne idée) et diantre les acteurs ! Peter Capaldi était parfait ! Michelle Gomez était géniale ! Ça faisait longtemps qu’un épisode écrit par Moffat ne m’avait pas autant plus (le dernier était « Listen ») !

Gibet : J’ai pris beaucoup de plaisir face à cette épisode de reprise mais je trouve qu’on est bien en dessous de « Listen » ! A mes yeux « Listen » c’est un des plus beaux épisodes de la série et il y a dedans une unité et une clarté qu’il n’y a pas dans « The Magician’s Apprentice ». « Listen » c’était un épisode profondément ancré dans les personnages, et ça apportait un nouveau regard sur eux (le Docteur est un froussard, Clara et lui ont une relation primordiale super intime presque maternelle). Ici on s’en fiche un peu des persos non ? C’est l’intrigue qui compte. Et d’ailleurs c’est logique, ils mettent le paquet (tellement qu’on dirait presque une fin de saison !) pour recapter l’attention – s’ils entamaient la saison avec un épisode plus intimiste comme « Listen » ce serait probablement moins efficace. Après tu vas ptêt me dire « c’est pas vrai ça dit quelque chose de nouveau sur la relation entre le Docteur et Davros ». C’est sûr que le côté « le Docteur a sauvé Davros et donc en quelque sorte est le créateur des Daleks » est inédit, mais bon ça reste du plot twist, ça ne rend pas le perso plus dense. Et puis j’ai eu l’impression que Moffat essayait de se racheter de l’annulation du génocide (qui a pas plu du tout aux fans) pendant l’épisode anniversaire. S’il s’agit de ça, c’est un peu raté, car ça ne délisse pas la moralité du Docteur : il est tellement bon qu’il sauve son pire ennemi et (ça c’est ce qu’on voit dans l’épisode suivant) il est tellement bon que son pire ennemi est contaminé par sa bonté. Plus généralement, à mon sens, c’est par son intrigue, et par le rythme des rebondissements, que l’épisode tient. C’est tout le temps un peu n’importe quoi (c’est ce que tu veux dire par fou je suppose) mais tout le temps ça va vite et les rebondissements sont suffisamment 1) pas trop incohérents 2) spectaculaires pour qu’on reste accrochés. C’est comme ça que je l’ai ressenti. Sinon, j’ai particulièrement aimé les handmines (pourrait-on traduire les mimines ?) et le bonhomme-serpent – c’est le genre d’inventions parfois cheap que j’aime trouver dans Doctor Who. Ça avait un peu disparu avec l’entrée de Moffat mais c’est revenu avec la saison 8, probablement car la série redevient plus ancréee, moins métaphysique, et qu’il faut aller chercher des surprises dans l’ici et pas dans un énième twist chelou incompréhensible de wibbly wobbly ; perso ça me fait plaisir, et je suis content que la saison 9 propose apparemment de perpétuer ça.

Clo : Oh mais OUI dis donc ! Cet épisode était fabuleux, on retrouve ce superbe Docteur, la Clara toute bad-ass (mais qui continue de lancer des petits sourires avant de bondir hors champ quand elle est pressée) et la Missy extravagante et charismatique (qui décidément me plaît beaucoup). Y a des passages très séduisants (le concert médiéval électrique surtout) et ça bouge beaucoup niveau rythme mais, et c’est sûrement du aux saisons précédentes, je n’ai pas été atteinte par l’enjeu du premier épisode : le Docteur ne peut pas mourir, Clara et Missy non plus, alors tout va bien. Même quand ces personnages meurent, ça doit être temporaire. Je ne sais pas trop quoi ajouter à ce que vous avez dit, surtout que mon rapport à la série n’est pas tant rationnel, je plonge dedans sans le recule de l’analyse. Mais pour conclure : ce furent de très bonnes retrouvailles.

Gibet : Mais ce que tu dis sur le fait que les persos peuvent pas mourir, ça s’applique à toute la série non ?

Clo : Oui, Doctor Who, c’est l’inverse d’une tragédie, on est sûr que ça ne finira pas trop mal.

Gibet : Ou que la fin mauvaise permettra au Docteur de prendre des pauses mélancoliques trop classes. Après je pense que c’est obligatoire quand tu fais une série fantastique, à rebondissements, qui dure longtemps. Faut jamais faire des trucs trop définitifs, on sait jamais ça pourra resservir dans quelques saisons, du coup tout devient un peu inconséquent. Y a pareil dans Buffy par exemple – là si on prend en compte les comics chaque perso important doit être mort ou quasi au moins une fois. Lune, tu partages l’enthousiasme général ?

Lune : Oh oui, j’ai vécu le « concert médiéval électrique » comme une fête de bienvenue, et retrouver le Docteur dans ces conditions c’est comme retrouver un bon copain. Missy est savoureuse, on est gâtés de ce côté-là. Et puis ça me plaît beaucoup ce rendez-vous Davros-Docteur. De manière générale j’ai trouvé cet épisode très généreux.

Davros Capaldi lunécile

S09E02 The Witch’s Familiar

Clo : Je me suis rendu compte que j’avais juste mal identifié les enjeux du premier épisode, l’idée était plutôt d’isoler les deux acolytes que de les mettre en danger. En parlant d’elle, je me rends compte que Clara n’est pas tellement bad-ass, elle se fait promener et victimiser sans beaucoup de lutte, n’est-elle qu’une petite chose mignonne qui incarne l’affectif ? Cette image de la dernière saison où elle court sans regarder devant elle sur un désert de cailloux, tout entière absorbée par le Docteur me fait aussi remettre son rôle en question :

Clara Capaldi lunécile

Sinon j’ai vu dans cet épisode un conte qui s’amuse avec les rôle de gentil et de méchant mais je ne sais pas si c’est positif parce qu’on sort d’une répartition binaire ou si c’est encore de trop de porter un jugement de valeur éthique dans ce type d’univers. Mais on en revient à la question des valeurs idéologiques de la série, là ils ont abordé plus de choses que ça mais j’ai un peu phasé sur le précepte de la pitié quasi religieux…

Lune : Je sais pas, Clara c’est quand même un perso fort, c’est juste qu’elle a beaucoup de douceur et qu’elle se fait entraîner par plus fort qu’elle, dans ce double-épisode. Ça nous rappelle que même si Missy est archi cool et a l’air de faire copain-copain avec Clara, son but c’est d’emmerder le Docteur, et donc elle s’en prend à Clara. Clara a pas vraiment le choix à partir du moment où elle est isolée avec Missy, elle est obligée de se soumettre à elle, et le Docteur aussi fait ça parfois, la mettre en danger. La seule chose c’est que là elle baisse sa garde, et donne un bout de confiance à Missy, ce que nous spectateurs on fait aussi, et on se fait avoir comme elle, ce qui fait qu’on ressent la cruauté de Missy plus fortement. C’est probablement un procédé d’identification. C’est aussi que Missy est tellement vive que Clara n’a pas le temps de prendre une décision, et on a vu le Docteur faire ça à plein de gens. Tu me suis ou tu crèves là. On part du principe que le Docteur est bienveillant et qu’il fait juste ça pour que ça aille plus vite, mais qu’est-ce qu’on en sait au fond ? (hop un petit thème classique de la série, is the Docteur the good or the bad guy).

Gibet : Ce qui fait que Clara est une compagnonne plus forte que la plupart des autres, à mon sens, c’est qu’elle a du répondant, et c’est rafraîchissant parce que du coup elle a des réactions à peu près humaines quand le Docteur se fout de sa gueule (Amy et Rory étaient au contraire super mous – ou super aléatoires dans leurs colères – face à un Matt Smith qui pourtant les manipulait à peu près en permanence). Accessoirement, elle arrive à se démerder quand elle est livrée à elle-même (ce qui est arrivé plusieurs fois en saison 8, notamment dans l’épisode autour de la Lune). Mais il faut – je pense que c’est vraiment formulé et assumé par les scénaristes – que les compagnons restent inférieurs au Docteur et donc que dans les situations d’extrême danger ils s’en remettent plus ou moins aveuglément à lui. C’était pareil pour Donna, qui savait parfaitement remettre le Docteur à sa place, mais qui était tout sauf une aventurière. Comme dit Lune, c’est une question d’identification, les humains sont nuls comme des humains, c’est à ça que servent les compagnons dans la série, imaginez comme Doctor Who serait une série différente s’il n’y avait pas cet ancrage-là dans l’ici et le maintenant (presque à chaque fois les compagnons sont des terriens / anglais / de l’époque à laquelle on tourne). Mais en fait ça valide aussi ce que tu dis, Clo. Le Docteur ce serait la Tête et le compagnon le Cœur (dans les Classics, avec le premier Docteur, il y aussi un compagnon Corps parce que William Hartnell est pas très athlétique et qu’il faut un mec pour l’action). Pour en revenir à l’épisode, c’est vrai que le show Missy se développe au détriment de Clara, qui reste spectatrice tout du long. Je me rends compte en vous lisant – parce que pour tout avouer je me suis légèrement ennuyé devant cet épisode – que le silence de Clara participe sûrement à rendre l’épisode un peu trop abstrait, un peu trop « dialogues conceptuels héroïques sur le Bien et le Mal ». Ce qui peut être amusant quand ça vient en surplus d’une action trépidante, mais là l’épisode était quand même vachement statique et linéaire. Sinon, Clo, « phasé », c’est un mot négatif ou positif ? J’espère négatif car j’ai trouvé ça un peu bidon cette insistance sur la pitié. D’autant que dans ce cas-là – faire prévaloir la pitié (et laisser entendre que ça valait le coup car finalement regardez il a appris !) alors que laisser Davros enfant crever ça épargnerait tellement de temps d’énergie de vies – c’est juste de l’ego de mes couilles. Comme quand dans Dragon Ball, San Goku refuse d’achever les méchants alors qu’il sait très bien qu’ils vont revenir plus forts et buter tout le monde. Genre : je m’en tape, je suis noble, regardez comme j’ai fait preuve de raison et de justice. Mais TG défonce-le, si tu fais pas ton taf de héros comment on fait nous autres petites merdes humaines ? Ç’aurait été bien d’avoir l’avis de Clara là-dessus tiens. Et puis j’ai trouvé ça un peu bizarre le dispositif de Clara dans le Dalek – amusant mais bizarre. Ça m’a fait me dire : du coup, peut-être que les Daleks à l’intérieur de leur boîte, ils sont sympas mais que la boîte leur faire dire des trucs de salopards sanguinaires ?

Stéphane : Je vous trouve plutôt sévères avec ce retour même si je reconnais la validité de vos arguments. Tout n’est pas parfait mais je trouve que la mise de côté de Clara dans cet épisode est justifiée pour nous recadrer Missy dans un nouveau contexte. Je trouve d’ailleurs le personnage meilleur dans cette saison 9 que sur toute la saison 8 où elle avait tendance à m’horripiler un petit peu. Clara qui ne dit rien pendant un temps est une aubaine pour développer Missy surtout que les deux femmes ont un passé compliqué. On la connaît notre Clara, elle a évolué pendant la saison 8 donc la mettre de côté sur cette reprise ne m’a trop dérangé. Et le jour où le Docteur tuera quelqu’un n’est pas encore arrivé, que le jeune Davros survive était évident, le pourquoi un peu moins. Même si l’explication moffatienne est un peu tarabiscotée, je suis preneur. Je suis peut-être un peu trop naïf et / ou gentil, je crois !

Clo : Je valide que Clara n’est petite qu’en comparaison aux gigantesques Seigneurs du Temps. Phasé dans le sens négatif oui, ce dénouement partait d’une bonne intention mais j’ai trouvé ça irrationnel et ça fait écho à des notions judéo-chrétiennes de type « tends l’autre joue », « pardonne à ton prochain » que je trouve irrecevables sous cette forme. Ce qui aurait été vraiment gentil ça aurait peut-être été de récupérer le gosse et de le prendre sous sa responsabilité pour l’encourager à mettre son talent dans de meilleures causes. J’adore l’idée de condamner la vengeance / la violence / le meurtre (le pacifisme du Docteur est super !) mais que ça ne dédouane pas de trouver de réelles solutions. Si le Docteur est si merveilleux que ça il devrait pouvoir avoir la gentillesse sans la naïveté. Au fait, cette fille de Missy, c’est un détail qui se promène ou c’est à mettre en relation avec celle qu’a eu le Docteur ? Et je ne sais pas comment mettre en relation la Clara dans le Dalek de cet épisode et la Clara « fille impossible » qui fait du pudding dans un autre Dalek en saison 7… Je trouve aussi qu’on est sévères, ces épisodes m’ont quand même beaucoup plu !

Gibet : Oh bin ça va je suis pas très sévère j’ai juste dit que le deuxième m’avait légèrement ennuyé ! Ce que tu dis, Stéphane, sur la mise en avant de Missy est juste, mais en même temps je ne pense pas qu’il y ait grand-chose à creuser, c’est surtout un personnage-spectacle (comme peut l’être le Docteur dans les moments les moins inspirés de la série). D’où peut-être mon ennui. Pour ce qui est de la solution au problème Davros, vous avez raison, j’essayais juste de dire que la pitié telle que pratiquée dans l’épisode était super égoïste et que paradoxalement c’est la solution guerrière qui dans le contexte paraîtrait plus noble (moins lâche / moins je me la pète avec ma grandeur d’âme), allez pas croire que je suis belliqueux ! Et je vous rappelle que le point de départ de la série 2005 c’est le génocide des Seigneurs du Temps et des Daleks par le Docteur, même si ça a été annulé depuis, pendant sept saisons le personnage avait les mains sales. Cela dit, ce que tu proposes, Clo, Davros récupéré et éduqué par le Docteur, c’est une alternative superbe, ça ferait un super fil rouge. Tu formules mieux le problème que moi : pacifique ne veut pas dire naïf, et là la résolution est naïve. Sinon j’ai moi aussi fait le rapprochement entre Clara époque « fille impossible » sous forme Dalek et Clara dans cet épisode, mais je crois pas qu’il y ait de lien. Vous en pensez quoi, Lune, Stéphane ? Pour ce qui est de la fille de Missy, j’ai pas relevé. Vous pensez que c’est quoi la « clever idea » de Missy encerclée ? Faut-il prévoir l’alliance de Missy et des Daleks pour le season finale ? Est-ce que ça vous semble excitant comme perspective ?

Clo : Cesse de te défendre Gibet, on a découvert ton côté obscur !

Gibet : J’avoue, je suis un surhomme enfermé dans le corps d’une sous-merde et ça me rend furieux… DOCTEUR VENGE-MOI ET TUE-LES TOUS !!!

Lune : Je suis d’accord avec le fait que c’est un faux problème laisser Davros crever ou pas, le Docteur revient parce qu’il pense que c’est grâce à son retour que les Daleks qui sont synchro avec Davros connaissent le mot « mercy », donc c’est bien grâce au Docteur qu’il y a une once d’humanité en Davros. Le fait qu’il n’essaie pas de le rendre plus gentil en l’emmenant avec lui ça laisse entendre que Davros est une entité maléfique par essence et que donc il a des gènes de méchant. Je me rends compte que je croyais que Doctor Who n’était pas une série manichéenne puisque même les Daleks, créatures 100% mauvaises, changent parfois, mais le seul exemple qui me revient c’est le Dalek que touche Rose et devient gentil parce qu’il a synchronisé son ADN ou j’sais pas quoi. Au départ je trouvais ça justifié parce que je ne les voyais que comme des machines et machines can’t change, mais c’est juste un tank ce qu’on voit, à l’intérieur c’est des êtres vivants, et s’ils sont tous à l’image de Davros alors Davros = presque Satan. Et on s’acharne à nous dire gnagna le Docteur est coupable il a des failles mais c’est sans cesse annulé (comme le coup du génocide de la Time War) et si on le place comme l’ennemi de presque Satan, ça en fait un presque Dieu. Je vais un peu loin ptêt. Comme vous j’ai fait le lien Clara-Dalek et Clara-Dalek-pudding, mais c’est peut-être qu’un clin d’œil. La clever idea de Missy… no idea mais on aura la réponse prochainement j’imagine. S’allier avec les Daleks ça me semble farfelu parce qu’ils sont censés vouloir tuer tout ce qui n’est pas Dalek donc une alliance ça semble improbable, par contre elle pourrait trouver un moyen de les contrôler. Ça m’enthousiasme moyennement si chacun se cantonne à son rôle, par contre si, par exemple, Missy se substituait à Davros et que les Daleks se synchronisaient avec elle ça pourrait donner un concept rigolo (les Daleks avec de l’humour…) mais ça serait annulé en fin d’épisode, c’est pas tenable sur la durée.

under the lake lunécile

S09E03 Under the Lake

Gibet : Ne tournons pas autour du pot : « Under the Lake », mieux ou moins bien que La Famille Bélier ?

Stéphane : Moi je dis moins bien que La Famille Bélier pour le coup ! Cet épisode est vraiment nul ! Pas intéressant, mal écrit, pas terrifiant, trop classique, seuls quelques moments sont à sauver dont les moments Clara / Docteur ! Toby Whithouse me déçoit ! Puis je n’apprécie pas le coup du double-épisode juste après un double-épisode ! Erreur fatale !

Clo : On est d’accord cet épisode ne fait pratiquement que reprendre des procédés classiques, tellement que ça aurait pu faire parodique. Dès le début avec la musique, l’ombre qui passe, le reflet qui surprend (pas) ça promet. C’est vrai que c’est étonnant qu’ils restent sur du double-épisode, c’est qu’ils ont du mal a coller avec le format de la série ou c’est fait exprès à votre avis ?

Stéphane : C’est exprès mais je ne vois pas l’intérêt ! Il va falloir une deuxième partie très solide pour rattraper ce début mollasson et raté !

Gibet : Eh bien, pour le coup, c’est moi qui vais vous trouver sévères ! Premièrement je crois que c’est ce genre d’épisodes qui fait que je continue à regarder la série, plus que les épisodes tonitruants que peuvent être par exemple les débuts et fins de saison. C’était ce genre d’épisodes qui me manquait quand Moffat délirait tout seul dans son coin (et c’est pour ça que personnellement j’ai apprécié la deuxième partie de la saison 7 qui amorçait le retour à ça) – des épisodes humbles, parfois trop classiques et linéaires, mais avec des énigmes solides, et une enquête / une aventure à laquelle on peut prendre réellement part. On découvre le merdier en même temps que les persos et on démêle les intrigues à peu près en même temps qu’eux. Et il y a des problématiques suffisamment concrètes pour qu’on se dise « putain mais il est con lui pourquoi il fait ça ???? » ou « exactement, c’était pile poil ça qu’il fallait faire ». Deuxièmement cet épisode n’est certes pas excellent dans cet exercice mais il est efficace, l’enquête avance à bon train, le Docteur est égal à lui-même, on a enfin quelques scènes entre lui et Clara, et je trouve qu’au-delà des effets ultra-conventionnels que vous dénoncez il y a des idées visuelles vraiment pas dégueus – ces fantômes sans yeux crâne vide qui n’arrêtent pas de répéter agressivement mais silencieusement la même chose je trouve ça assez malaisant. La dernière image de l’épisode, même si on sait bien que c’est du vent, elle est cool non ? Troisièmement, pour ce qui est de la succession des doubles-épisodes, perso ça ne me dérange pas et je vois plutôt ça comme un signe de bonne santé de la série, une preuve que Moffat est impliqué et cherche à proposer un Doctor Who plus ancré.

Lune : Je suis plutôt d’accord avec Gibet, l’épisode m’a terrifiée et même si je suis particulièrement impressionnable face aux trucs qui font peur, je peux aussi facilement me mettre dans une position de spectateur sceptique, donc c’est que c’est au moins un peu efficace, je peux pas être la seule personne sur terre à qui ça fait de l’effet. Le côté double-épisode ne me gêne pas non plus, c’est juste un peu frustrant mais en même temps c’est généreux, ils prennent le temps de vraiment développer un truc. J’ai bien aimé cet épisode parce que ça fait une vraie rupture avec les deux d’avant, qui réutilisaient les méchants emblématiques de la série et les problématiques classiques du Docteur, ce qui est pas mal pour commencer une saison. Là on est (pour l’instant) en huis-clos, dans un rythme beaucoup plus posé, et comme vous l’avez dit un vrai attachement à la relation Clara-Docteur. Le train repart plus tranquillement, quoi. Et oui le coup du Docteur mort on y croit pas une seconde, mais moi ça m’amuse de bientôt savoir ce que le Docteur a fait pour se retrouver dans cette situation, si c’était par témérité, ou par curiosité, etc. Il s’est déjà mis en danger plein de fois en comptant sur le fait que sa compagnonne était assez maligne pour résoudre le reste de l’énigme et annuler les dégâts, je pense pas que l’idée c’est de nous faire croire à sa mort, ça permet de donner la part belle à d’autres persos en général. Et même si ça utilise des procédés classiques on voit pas direct toutes les ficelles, moi j’ai capté très vite que y avait un lien entre l’agressivité des fantômes et le fait d’avoir vu les écriture dans l’espèce de vaisseau mais ça m’a pas tout expliqué, donc si la forme et les effets sont classiques y a quand même de la souplesse et des surprises dedans.

Gibet : Oui t’as raison pour l’image finale, c’est juste une image frappante qui donne envie de savoir comment on en est arrivé là (un vrai bon cliffhanger en gros), y a pas vraiment d’intention de faire croire à la mort du Docteur. Après pour ce qui est de disons l’originalité de l’épisode je te suis moins, c’est quand même super classique comme situation dans Doctor Who, le truc de il se retrouve en huis-clos avec un groupe de gens et il doit sauver la mise dans un laps de temps restreint, et aussi super classique d’enchaîner entre un double épisode de reprise très liée à la mythologie de la série et un épisode 3 en mode stand-alone.

Lune : Oui enfin j’ai pas dit que c’était super original non plus juste que ça marchait bien comme formule et que c’est pas parce que c’est classique de la structure que c’est pas intéressant dans le contenu.

Stéphane : Oui mais après un tel retour, il aurait fallu enchaîner avec du purement classique, un épisode / une histoire ! Que le show replace la relation Clara / Docteur au centre dans une histoire rapide et simple pas un de des doubles-épisodes qui bouffent la place d’autres histoires ! Là je suis vraiment frustré par cet épisode et cet enchaînement !

Gibet : Je vois ce que tu veux dire mais c’est un peu étrange de formuler comme ça. Déjà c’est pas parce que tu es frustré que forcément c’est la preuve que la série a failli et a trahi une règle ancestrale (car au fond : pourquoi pas enchaîner deux double-épisodes ? voire plus ? les Classics après tout c’est qu’une succession d’épisodes en plusieurs parties !). Et cette idée que les doubles-épisodes prennent la place d’autres histoires, c’est mettre la charrue avant les bœufs. Choisir de raconter une histoire plutôt qu’une autre c’est le début de tout processus narratif, et si on commence à regretter les histoires potentielles que les conteurs n’ont pas choisi de raconter, on n’a pas fini de râler. On devrait haïr toutes les fictions pour n’être pas toutes les possibilités fictionnelles qu’elles excluent. De toute manière la série va encore durer des années et des années, y aura le temps pour raconter toutes les histoires possibles et imaginables !

Stéphane : C’est surtout quand le premier épisode est raté que je trouve ces doubles-épisodes chiants ! Ces histoires peuvent être racontées en 50 minutes, pourquoi étaler pour ne pas en plus s’intéresser aux personnages ! Je ne vois pas l’intérêt ! Bon je suis pas convaincu par mes arguments à cette heure-ci ! Moi vouloir moins double-épisode et plus Docteur / Clara comme en saison 8 !

Gibet : Le second épisode nous dira s’il y avait pas assez ou suffisamment de matière pour un double-épisode. Car pour l’instant j’ai pas trouvé qu’ils tiraient sur la corde. L’épisode est homogène et va crescendo en terme d’intensité.

Stéphane : Mouais… Je trouve que c’est super long à se mettre en place quand même, ça rame pas mal et je ne trouve pas ça bien folichon ! Mais bon je veux en tout cas me tromper et être surpris par la suite ! Je me le souhaite aussi !

Gibet : Bon donc tu as confiance quand même pour la suite ?

Stéphane : J’ai toujours confiance en Doctor Who !

Clo : Je ne sais pas si je doute de l’inspiration moffatienne (j’ai vraiment du mal à personnifier un faiseur de Doctor Who), je n’ai pas été spécialement déçue, j’ai juste trouvé leurs procédés pachydermiques, mais ça participe à l’aspect de contenu pour enfants, ce qui n’est ni un bon ni un mauvais point d’après moi. Et j’aime assez l’esthétique du cri silencieux. Bien sûr que j’ai confiance pour le prochain épisode !

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