Pour en finir avec la sextape de Marilyn Monroe

Ça va faire, à la louche, trois ans que je te cause de Marilyn Monroe sur ce blog et cette extension, trois ans que je te détaille des bouquins des films, que je vais à la rencontre de gens pour qui la belle est primordiale fans en tous genres et épigones, et toi t’attends les bras croisés « non mais il se fout de ma gueule ? ». J’avoue, j’ai tergiversé. Il est temps d’en venir au fait. Voici tout ce que vous avez jamais osé savoir sur la chatte à Marilyn.

Marilyn pussy lunécile

De la série Phone, Earl Moran, 1949. La photo n’était pas destinée à être publiée en tant que telle, mais à servir de modèle pour une pin-up dessinée.

Attention ! Cet article, qui fait le tri dans les supposées sextapes de Marilyn Monroe, contient nécessairement des informations, liens et images un peu olé olé. Alors si tu as moins de seize ans, je te conseille plutôt Youporn, ce sera autrement satisfaisant pour ta libido bouillante.

Le sexe de Marilyn dans tes yeux

J’ai recensé trois revendications de possession de sextape starring Marilyn. Une de ces sextapes est actuellement accessible. On peut aussi facilement en trouver une seconde, mais c’est vraiment pas sûr qu’elle corresponde à l’une ou l’autre des deux revendications restantes (on y reviendra). Ce qui m’intéresse pour l’instant c’est de préciser le déroulement de ces affaires, et l’astuce des faux-monnayeurs. Crois-moi fallait le faire ce boulot – j’ai pas peur des tâches historiques tu vois – parce que uno les articles les plus accessibles sur le sujet mélangent tout en mode usine à clics marronnier sans feuilles copier-coller dépêche AFP sans aucune vérification et contre-uno les articles un peu plus pointus, écrits par des fans offusqués, ne veulent que dénoncer l’escroquerie. Si t’es là pour me voir jouer au jeu des sept différences et prouver une énième fois que les donzes que ces vidéos mettent en scène ne peuvent absolument pas être l’actrice, poursuis ton chemin jusqu’à Lourdes et demande un miracle pour ta cervelle de souris : quiconque a déjà vu ne serait-ce que deux photos d’elle (tout le monde ?) est en mesure de remarquer que les Marilyn proposées sont des fakes éhontés, avec notamment des silhouettes (petite grosse et grande fine) et des plantations de cheveux (la grande fine porte manifestement une perruque) qui n’ont rien à voir avec le modèle. De toute façon c’est couru d’avance, les faussaires ont systématiquement été grillés, merguez oubliées. Puisque l’escroquerie est avérée, ne rejouons pas le numéro de la séance de démasquage, ce serait mal te flatter.

La sextape de Mikel Barsa

Marilyn sextape lunécile

Une copie est disponible sur à peu près tous les tubes pornographiques, sous le titre « The 1.5 Million Dollar Marilyn Monroe Sex Tape ».

On ne sait pas trop où cette sextape a été originellement découverte. Certains disent dans les années 70, aux puces parisiennes. D’autres dans les années 80, par un photographe suédois. Remarque, c’est pas incompatible : c’est peut-être un photographe suédois qui l’a trouvée aux puces parisiennes dans la nuit du 31 décembre 79 au 1er janvier 80, et là tout le monde est réconcilié, on peut passer direct au banquet final hydromel et sangliers. Autre possibilité : le film a été dans un premier temps chopé par un tit glaneur qui faisait sa collec de porns et dans un second temps rechopé par ledit photographe suédois qui a fait le lien avec Marilyn. On peut aussi supposer que le photographe suédois est en fait le premier chaînon de ces transactions, que c’est lui a confectionné le film pour se faire du beurre (accessoirement des tartines) et qu’il a inventé un background pour la crédibilité. En tout cas c’est bien ce photographe qui a mis la vidz en avant pour la première fois en 1980, notamment dans le magazine Penthouse, qui lui consacra un gros doss. Dans cette sextape de quelques six minutes, 16mm, noir et blanc, muette, tournée prétendument en 46-47 / apparemment dans les années 70 (avec effet « vieille pellicule » au montage), les mecs du mag s’amusent à identifier la star à l’aide de comparaisons entre les postures de la fille du film – appelons-la Marilin – et les postures de la Fille l’unique. Normal qu’ils se concentrent sur ce point : c’est le seul aspect sur lequel les réalisateurs de la sextape ont fait un effort. On sent bien qu’au tournage ils ont dit à Marilin de reproduire des attitudes fameuses de Marilyn et qu’eux-mêmes ont tâché de recopier les cadrages des fameuses photos qui ont immortalisé ces attitudes. J’avais dit que je laisserais la casquette de détective au tiroir mais là c’est trop rigolo : vois comme la validité de la sextape s’autodétruit ; pour prouver que leur Marilin est the one ils sont obligés de recourir à des stéréotypes postérieurs à la date qu’ils donnent comme celle du tournage, ce qui prouve automatiquement qu’on nous bullshite à fond. À moins que !

Marilyn Monroe lunécile

« the legendary screen star may have been a lady with a past », c’est charmant n’est-ce pas ?

À moins que – t’as aimé le cliffhanger ? – les créateurs du film soient des génies de la socio. Je m’explique. Paradoxalement, l’idée de self-made-man va rarement sans l’idée de prédestination. Si c’est l’effort qu’on semble vouloir mettre en avant quand on colle cette étiquette sur le front d’untel, il reste que le concept de self-making-man n’existe pas. L’effort ne vaut que s’il réussit. Tous ceux-là qui auront bûché comme des malades mais sans dépasser leur condition de péquenot n’auront pas la carte. Pourtant ils ont le mérite. Self-made-man = non seulement a grave taffé et donc mérité, mais en plus avait d’avance le petit truc pour que le mérite soit effectivement récompensé. C’est de la grâce efficace appliquée : tu auras beau être le plus vertueux des croquants, tu n’auras le salut que si tu es préalablement doté de ladite grâce. Dans le self-made-quelqu’un se rejoignent donc deux positions qui ne peuvent pas apparemment se superposer, idée aristocratique que la grâce s’hérite (fuck le libre-arbitre) et idée bourgeoise qu’a contrario elle se mérite (fuck les déterminismes). L’ambiguïté du self-made-mythe encourage ainsi tout le monde à au moins participer au mouvement global – on sait jamais, au cas où tu ferais partie des élus de la réussite ! Et si tu rates, te plains pas, ce n’est que la faute à pas d’chance. Il y en a – genre Richard Dyer – qui vont jusqu’à faire une lecture marxiste de la star en général (et donc de Marilyn par exemple). Elle servirait la promotion de « l’idéologie dominante des sociétés industrielles occidentales » en ce qu’elle participe « à faire croire qu’elle ne défend pas les intérêts de la seule classe dominante, mais que ces intérêts sont en réalité des valeurs qui devraient être unanimement partagées par l’ensemble de la société ». Ah oui, au fait, les citations c’est pas directement du Dyer, c’est du Dyer reformulé par Emmanuel Ethis dans Sociologie du cinéma et ses publics. T’as cru que j’allais te filer de l’info de première main ? On est pas à BFM ici ! Toujours dans Socio du ciné et ses pub on peut lire :

Tout le monde ne devient pas acteur de cinéma, il faut travailler à cette fin et, parmi les acteurs de cinéma, tout le monde n’est pas consacré en tant que star. Là, ce n’est plus le travail qui est en jeu, mais l’aura, une aura magique qui donne l’illusion que la star est arrivée à la position qu’elle occupe parce qu’elle était prédisposée à s’y installer, parce qu’elle est « l’élue ». De la sorte, la star est à la fois lointaine de ceux qui l’idolâtrent à cause de son statut, mais également plus proche de ces derniers que n’importe quel autre acteur, car ils la considèrent comme l’une des leurs : s’ils possédaient eux-mêmes cette aura, alors ils seraient naturellement à la place de la star qu’ils adorent.

Tu te dis oui bon ok mais quel est le rapport avec les hashtags suivants : #sextape #mikelbarsa #lesgrossesmamellesdeMM ? J’y viens doucement, comme ta sœur au grand méchant loup. En localisant la sextape à cette époque-là les créateurs d’icelle capitalisent sur des fondements très ancrés du mythe Marilyn : l’inattentif sera d’autant plus prompt à croire à la validité de la vidéo que 1) Marilyn Monroe est l’incarnation absolue de la self-made-girl, qu’on imagine dans les années 1940 prête à tout pour subsister et atteindre le devant de la scène (idée bourgeoise) et que 2) par conséquent il ne sera pas du tout surpris que Marilyn ne s’y ressemble pas du tout, créature merveilleuse qui en accédant au statut qui lui échoit se voit transfigurée (idée aristocratique). Si Marilin a les postures mais pas la tronche, aucun souci, c’est la nature pas encore révélée. J’arrête ici mon détour on peut reparler de fesse :

Il existerait deux copies pellicule de cette sextape, celle en 16mm dont à propos de laquelle on te parle depuis dix minutes (propriétaire inconnu) et une autre en 8mm (possession d’un collectionneur espagnol puis à sa mort de ses héritiers). On a cherché à vendre la première en 1997, la seconde en 2011. C’est là qu’intervient Mikel Barsa, aka El Promotor. Si on checke un peu sa bio, il a l’air davantage organisateur d’événements (il a travaillé pour des célébrités aussi prestigieuses que Tina Turner, Donna Summer, sa propre femme) que courtier. Mais je suppose que l’aura showbiz, même malingre, crée de la confiance chez le nouveau riche qui veut refourguer des trucs. En quelque sorte, Mikel Barsa est à l’Espagne ce qu’Alain Williams est à la France. Et si tu sais pas c’est qui Alain Williams, eh bin c’est exactement là que je veux en venir.

Marilyn Monroe lunécile

La propre femme de Mikel Barsa

Mikel Barsa aurait vendu la copie 16mm, d’abord pour une somme inconnue à un magazine européen qui s’empresse de faire plusieurs centaines de milliers de copies (c’est de là que viendrait la copie numérique dispo sur interweb depuis 2008), puis pour un virgule deux millions de dollars à un acheteur anonyme, qui bloque aussitôt le droit de reproduction du mag. Il est fort probable que ces transactions soient bidons. Aucun article de 97 n’en fait mention. Ce n’est qu’en 2011, quand Barsa revient avec la copie 8mm sous le bras, qu’on en entend parler. Ce serait de la stratégie de vente que ça m’étonnerait pas : « j’ai pour vous la sextape tellement authentique que y a quelqu’un qui a déjà payé 1,2 million de dollars pour l’avoir !!!! et je vous la fais à 500 000 !!! ». Rien n’arrête El Promotor, qui prétend avoir des offres de ouf des quatre coins du globe pour chauffer les acheteurs timides et se balade toujours avec un soi-disant certificat de validité de l’American Institute Film (si on regarde de près, il s’agit bien d’une lettre de l’AIF mais qui certifie plutôt que c’est peu probable que la sextape soit vraie). Malgré ces efforts admirables (vraiment le coup du certif, fallait oser !), la copie 8mm ne se vend pas, probablement parce qu’en 2011, après la diffusion de la sextape en 2008, plus personne n’est dupe.

La sextape de Keya Morgan

Keya Morgan est un cran au-dessus dans l’escroquerie game, mais ce n’est certainement qu’une question de géographie. Un loser du showbiz américain, ça a forcément plus de gueule qu’un loser du showbiz espagnol. Sur sa fiche Imdb (car Keya aspire à être réalisateur), on peut le voir en photo à côté de : Paul McCartney, Al Pacino, Steven Spielberg, Denzel Washington, les Clinton, Michael Douglas, etc, etc. Par là, Keya veut donner l’illusion d’une grande proximité avec les dieux, mais on voit bien à sa tronche, à leur tronche, que c’est juste un relou de pique-assiettes qui s’incruste dans les cérémonies de récompenses. Y en a même dans le lot que ça sent la photo volée.

keya morgan lunécile

« Pardon, je voudrais passer. – Pas de souci, sir ! [Vas-y Miguel prends la photo il me pousse avec sa main on pourra transformer ça en tape amicale]. »

En avril 2008, Keya Morgan fait le tour des tabloïds pour raconter que, faisant des recherches pour son bouquin (Marilyn Monroe: Murder on Fifth Helena Drive – bientôt en film !), il a été informé par un ancien agent du FBI de l’existence d’une sextape top secrète des années 50, dont l’agent aurait gardé une copie et qui montre Marilyn filmée à son insu blowjobant pendant un quart d’heure un anonyme que toute sa vie J. Edgar Hoover aurait cherché à identifier, dans l’espoir de prouver que c’était un des frères Kennedy. Suite à cette discussion, toujours selon Keya, Morgan est chargé d’organiser la vente de la copie et trouve un riche businessman new-yorkais QUI LUI AUSSI SOUHAITE RESTER ANONYME TIENS COMME C’EST PRATIQUE pour l’acheter 1,5 millions de dollars. En outre, Joe DiMaggio aurait cherché à racheter la sextape mais l’ancien agent du FBI aurait dit non, parce qu’il n’offrait que 25 000 dollars. En mai 2008, Keya Morgan avoue qu’il a tout inventé et qu’il voulait juste de l’attention pour la sortie de son bouquin. Un peu raté comme opération : d’une part son bouquin est finalement sorti en 2012, bien après que le soufflé est retombé ; d’autre part ce n’est pas en ragotant sur Marilyn qu’on s’attire la sympathie des fans, qui sont pourtant les premiers visés par ce genre de livres. C’est certainement que le zouave ne cherche pas tellement à faire connaître son œuvre, mais à se faire connaître lui-même. Sa fiche Imdb montre bien qu’il lui importe plus d’être photographié avec des réalisateurs que de faire des films. D’ailleurs sa stratégie, dans la mise en place de ce hoax, est super paresseuse. Non seulement il se contente de rebondir mollement sur la fascination qui entoure la relation Kennedy-Monroe-FBI, mais surtout dans les interviews, il appuie sa position avec des arguments aussi débiles que « c’est bien Marilyn dans la vidéo, on voit son fameux grain de beauté » ou « c’est bien Marilyn dans la vidéo, elle est connue pour être radieuse et la femme de la vidéo est très radieuse ». Mais encore une fois cette attitude de branleur trouve son explication dans le fait que contrairement à Barsa Morgan n’avait rien à vendre. Il n’y a pas besoin d’être scrupuleux quand l’enjeu est de faire du ramdam. Espérons qu’il poursuive ce mélange de sensationnalisme et de jemenfoustime dans son documentaire, ça sera fendard au lieu d’être ennuyeux et agaçant.

keya morgan lunécile

Keya Morgan se sert de Twitter comme une adolescente de Facebook.

Maintenant, tiens-toi bien, il s’avère que la sextape décrite par Keya Morgan et qui d’après lui-même n’existe pas, est disponible sur interweb. BOUM !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! Ça y est tu regrettes plus de t’être levé ce matin ? C’est mieux que l’épisode de Chair de Poule où le mec y a tout ce qu’il tape sur sa machine qui se réalise hein ? Sur à peu près tous les tubes pornographiques, tu peux trouver une vidéo nommée « Marilyn Monroe Original 1.5 million dollar sex tape? », aisément reconnaissable à ce qu’un texte blanc clamant « Here is the original 1.5 million dollar Marilyn Monroe sextape » reste à l’image tout du long de la vidéo. Et cette vidéo correspond à beaucoup d’égards à ce que disait Keya Morgan : 15 minutes, noir et blanc, muet, la fille ne regarde pas la caméra, on ne voit jamais le visage du gars… Qu’est-ce que t’en penses ? On aurait payé Keya pour qu’il démente l’existence de la sextape ? Si t’as acquiescé à ça, c’est moins 10 points, on fume pas de ce pain-là, les théories du complot c’est une invention de l’axe américano-sioniste. Mon hypothèse c’est que soit un naïf soit un plaisantin a trouvé une vidéo qui ressemblait à la description faite par Keya et l’a uploadée partout il pouvait pour répandre la bonne nouvelle / le bon canular. D’ailleurs, à plein d’autres égards, la vidéo ne ressemble pas à ce que décrit Keya : on ne voit pas le visage de la fille donc on ne voit pas si elle a le « fameux grain de beauté », les deux filmés vont bien au-delà de la simple pipette pépouze, il est impossible en terme de distance et de mouvements que la fille n’ait pas remarqué la présence de la caméra…

Marilyn Monroe lunécile

La sextape de William Castleberry

Le samedi 1er mars 2014, William Castleberry, ancien garde du corps de Hollywood connu pour ses arnaques, débarque et gueule en substance : « je garde depuis longtemps une sextape de 8 minutes d’un threesome entre les Kennedy et Marilyn, mais là j’ai une dette de 200 000 dollars à régler avant mardi alors – ça me fend le cœur en mille morceaux – je vais devoir la vendre aux enchères ». Avant mardi, Castleberry annule la vente en affirmant que sa dette a été payée par un donateur anonyme. Qu’est-ce qui s’est passé précisément ? Difficile à dire. A priori Castleberry a inventé ça pour foutre les chocottes à quelqu’un et lui soutirer du flouz. Ce qui est amusant c’est de voir avec quel empressement les médias ont relayé l’info, en ne précisant pas qu’il était très probable que Castleberry, étant donné son passif, soit en train de mentir. On peut même lire dans la presse des phrases du genre : « En 2008, une vidéo de l’actrice des hommes préfèrent les blondes pratiquant une fellation à un inconnu avait été vendue à 1,5 million de dollars. » Ah ok. Donc le démenti de Keya Morgan, c’était de la pelure de pomme ? Double-négligence, multipliée par le nombre de copieurs-colleurs. Si tu te demandais comment se perpétuent les légendes, t’as là un début de réponse.

Marilyn Monroe lunécile

Le sexe de Marilyn dans tes oreilles

Mettons fin au rêve, les sextapes évoquées précédemment sont fausses et c’est très improbable que même au-delà de ça il existe une sextape vidéo de Marilyn Monroe. On peut aujourd’hui faire une sextape à la légère, parce que nous avons des moyens de captation légers. Les caméras, à l’époque, c’était des machins plus gros que des jambons, il fallait en vouloir pour filmer à l’insu de quelqu’un. Pour qu’il y ait sextape de Marilyn, ça implique que Marilyn se soit laissée filmée. Or quel intérêt pour elle ? Elle était soucieuse d’asseoir son empire, pourquoi s’engager dans un truc qui pourra si facilement être retourné contre elle, pourquoi se rendre ainsi vulnérable ? En revanche, j’espère que tu vas retrouver le sourire, il ne paraît pas impossible qu’il existe des sextapes sonores !

Parmi d’autres fragments préservés, nous disposons d’une version montée de l’interview du détective privé Fred Otash par Sylvia Chase :
S. Chase : Pourquoi vous êtes-vous intéressé à l’affaire ?
F. Otash : Hoffa voulait fabriquer un portrait négatif de Bobby Kennedy – pas tant de Jack Kennedy, mais de Bobby Kennedy.
S. Chase : Et que s’est-il passé ?
F. Otash : On a mis des micros chez Lawford, dans les chambres, dans les téléphones. Quatre en tout.
S. Chase : Pourquoi chez Lawford ?
F. Otash : Eh bien parce qu’on nous avait informés que c’était l’espace de détente des Kennedy – c’est là que Bobby et Jack se distrayaient… Il y a eu plusieurs bandes de Marilyn et Jack en train de faire l’amour.
S. Chase : Mais vous tentiez donc d’obtenir des informations sur Bobby Kennedy.
F. Otash : Bien sûr…
S. Chase : Entend-on Bobby Kennedy sur ces bandes ?
F. Otash : Oui…
S. Chase : Cela confirme-t-il que Bobby Kennedy et Marilyn avaient aussi une liaison ?
F. Otash : Bien sûr… Oui… Bobby Kennedy et Marilyn ont souvent été enregistrés.

Cet extrait vient d’Enquête sur un assassinat, Don Wolfe, p. 117. Jay Margolis et Richard Buskin, dans L’Assassinat de Marilyn Monroe : affaire classée, confirment et même surenchérissent :

La maison de Marilyn était truffée de mouchards. Tout le monde espionnait Marilyn : Jimmy Hoffa, le FBI, la mafia, même la Twentieth Century Fox ! Jimmy Hoffa voulait recueillir des informations sur Monroe et les Kennedy pour son usage personnel ; le FBI voulait découvrir ce que Marilyn saviat des liens entre Frank Sinatra et la mafia ; et la mafia était curieuse de connaître ce que Marilyn savait du FBI. Quant à la Twentieth Century Fox, son ancien studio, Dieu seul sait ce qui les intéressait… (p. 16)

Dieu seul non ! Au moment de l’énorme fuite de nudies de septembre 2014, le compte Twitter @Breaking3zero racontait ça :

sextape01

Mais revenons à Margolis et Buskin :

Quant aux enregistrements réalisés à l’aide de micros espions, Lawford a expliqué à Heyman : On y entend distinctement les voix de Marilyn et de JFK, les voix de Marilyn et de Bobby Kennedy, ainsi que les voix de Marilyn et du Dr Ralph Greenson. A chaque fois, on perçoit les bruits du sommier à ressorts et des râles d’extase. (p. 20)

Avec autant de mouchards et autant de partenaires, imagine la belle collec de sextapes audio que ça fait ! C’est bon t’as imaginé ? Premier souci : ces enregistrements, on n’en parle que dans les biographies de Marilyn à tendance complotiste, et on sait combien ces bios tournent en rond. Buskin et Margolis s’appuient sur Wolfe, qui s’appuie sur d’autres complotistes, qui s’appuient sur d’autres complotistes, qui ainsi de suite. Les sources des complotistes sont les textes complotistes, t’avoueras que ça peut difficilement être fiable. Dans un essai moins récent mais déjà consacré à la mort de Marilyn (A Case For Murder, 2011), Margolis base une partie de son propos sur l’existence de la sextape de Keya Morgan. Comme ils sont peu regardants sur la marchandise tant que ça valide leur thèse, on peut douter jusqu’à l’existence de ces enregistrements de cul dont ils se refilent le tuyau sans se laver les mains. Rien que l’importance qu’ils accordent à la relation Kennedy-Monroe, surdéterminante dans la manière dont ils trient l’info, est abusive. Il existe d’autres versions de l’histoire plus raisonnables qui postulent que cette relation n’était sinon rien au moins pas grand-chose. Second souci : mettons qu’elles existent, ces sextapes audio. Le désœuvré qui tape « sextape marilyn » sur Google, c’est pas ça qui satisfera son appétit de voir.

Marilyn Monroe JFK lunécile

FAKE !

Marilyn Pornoe

Les rumeurs d’apparitions de Marilyn dans des films érotiques et pornographiques sont apparues en même temps que son succès. En 1948, alors qu’elle n’avait eu qu’un rôle principal, on lui attribuait déjà The Apple-Knockers and the Coke (pitch selon Imdb « Un film érotique qui montre une fille buvant du Coca Cola » – infappable pour la team Pepsi) que le magazine Playboy quelques années plus tard rendit à César – César s’appelant en l’occurrence Arline Hunter, playmate sympa qui jouait beaucoup sur son petit air de ressemblance avec la blonde.

Encore aujourd’hui, la miss occupe une place primordiale dans l’imaginaire pornographique. Tapez « marilyn monroe » sur n’importe quel tube porn, vous aurez non seulement les sextapes mentionnées plus haut, mais en plus des dizaines de vidéos où, parodies assumées, des filles perruque blonde fausse mouche grosse bouche, sucent et niquent des ersatz de JFK. L’influence marilynesque se ressent également dans le choix des pseudonymes : Kelsi Monroe, Mellanie Monroe, Natalie Monroe, Memphis Monroe, Madelyn Monroe, Madelyn Marie, Marilyn Mayson… En outre Marilyn apparaît souvent, hasard des tableaux déco, comme une sorte de marraine veillant à la bonne exhibition de la chair sur les photos érotiques amateures.

Marilyn Monroe porno lunécile

À quoi doit-elle cet empire ? Ce n’est un mystère pour personne que l’aura de Marilyn est sexuelle. En mai, j’assistais à un colloque sur les Icons américaines et britanniques en même temps que je découvrais la mini-série The Secret Life of Marilyn Monroe et j’écrivais :

Plus je lis de bouquins, plus je vois de trucs sur Marilyn, plus je ne sais rien d’elle. Même factuellement, si on met à part les quelques jalons de sa filmographie, sa naissance, sa mort, ses mariages, il n’y a pas grand-chose qui tienne. Si on rassemble la totalité des contenus biographiques produits sur Marilyn, on constate une absence flagrante d’unité. Marilyn Monroe n’a pour ainsi dire pas d’essence autre que visuelle – et, pour la majorité des Français, photographique. Pendant le colloque, on parlèrent aussi de Charlot, Woody Allen, Diana. On arrive mieux pour eux à trouver une substance homogène. C’est peut-être que d’une part Charlot et Woody sont des icônes contrôlées par leur créateur et que d’autre part Diana est une idole pour ménagères qui n’intéressant qu’elles engendre toujours le même énoncé (le film avec Naomi Watts, typiquement – je me fie là-dessus à ce qu’en a dit M. Yvelin Ducotey cette aprèm-là – ne fait que ressasser Diana = La Sainte) ; de fait ces créatures sont unifiées, chaque signe dans leur représentation est sciemment disposé pour renforcer ce qu’elles incarnent. Si on joue à déduire l’essence Marilyn de son image, il faut se résoudre à dire qu’elle est au mieux un parangon de féminité. Ce n’est pas surprenant dès lors que le discours de base sur l’actrice consiste à dire qu’elle est plus que ce qu’elle paraît. Mais quand il s’agit de dire ce qu’elle est de plus, plus personne ne tombe d’accord, les discours sont innombrables, impossibles à départager. En ce sens, on peut dire que plus qu’une autre icône, Marilyn Monroe est fragmentée.

The Secret Life of Marilyn Monroe, la mini-série adaptée du bouquin éponyme de J. Randy Taraborrelli et diffusée sur Lifetime à la fin de fin mai, échoue justement en proposant une vision univoque de la star. Les créateurs, Stephen Kronish au scénar et Laurie Collyer à la réa, font comme s’ils savaient tout comprenaient tout, et se permettent de répondre sans l’ombre d’un doute à la question « Pourquoi Marilyn Monroe était malheureuse ? ». La réponse : parce qu’entre sa mère tarée et son père inconnu, Marilyn n’était qu’une orpheline sans repères. Chaque putain de séquence de ces trois heures de mini-série n’est là que pour appuyer cette affirmation, soit que Marilyn cherche un père / une mère, soit qu’elle essaie de se construire en l’absence de. Tout est récit, tout est Histoire ; jamais on ne verra les personnages bavarder, jamais on n’assistera à quelque chose d’un tant soit peu gratos. Des tournages on ne verra que les infimes parcelles qui rentrent dans la démonstration – par exemple (exemple quasi unique), le tournage de la séquence du métro dans Sept ans de réflexion, en tant qu’elle permet de montrer papa DiMaggio se fâcher tout rouge et renvoyer sa gow à sa condition de whore – insulte violentissime dans cet univers car elle exclut Marilyn du monde des mothers. A aucun moment, du reste, on ne questionnera le présupposé : avant de chercher pourquoi Marilyn est malheureuse, il serait judicieux de se demander si en effet elle l’était.

Je pense qu’on est enclin à dire que Marilyn Monroe était malheureuse car on croit en le faisant racheter son âme. Que faire pour sauver cette femme terriblement femme pure extériorité ? Disons qu’elle est profonde ! Mélancolique ! Névrosée ! Marilyn était belle mais elle était aussi très triste, peut-on lire plus ou moins texto de la plume de ses soutiens. Il ne leur viendrait pas à l’esprit d’écrire Marilyn était belle mais elle était aussi très gaie. C’est que la gaieté ça n’est pas sérieux, ça ne rachète rien… Je suis paumé dans le cul d’une poupée russe ou quoi ? Si chaque présupposé bancal repose sur d’autres présupposés banco je suis pas sorti. Revenons à la racine.

Plus je lis de bouquins, plus je vois de trucs sur Marilyn, plus je sais rien d’elle. C’est probablement qu’il n’y a rien à savoir. Marilyn n’a pour ainsi dire pas d’essence autre que visuelle – ou, pour la majorité des Français, photographique. Un scandale pour les métaphysiques ! Marilyn Monroe n’aurait que le génie d’être vivante, et le plaisir de contempler une belle photo de la belle serait pornographique ! Si on joue à déduire l’essence Marilyn de son image, il faut se résoudre à dire qu’elle est au mieux un parangon de féminité. Cela lui enlève-t-il quelque chose ? C’est injuste, ce n’est pas le travail qui lui a fourni cette peau si blanche si réactive à la lumière. Mais si on considère qu’on est soumis au moins à notre tempérament et au hasard, au plus à tout un tas de déterminismes familiaux sociologiques je te passe les vertes les pas mûres, le fait est que jamais personne n’a mérité quoi que ce soit. Voici votre médaille pour avoir été brave – pourquoi me médailler ? ça ne m’a demandé aucun effort, c’est mon plaisir d’être brave. Les discours sont innombrables et impossibles à départager en ce qu’ils reposent sur un intangible qui viserait à transcender l’image. Si on se contentait de l’image, de l’œuvre en trois pans (ciné, musique, photo), on pourrait commencer à trier, on pourrait commencer à causer. Écrire sur la vie de Marilyn plutôt que sur son œuvre, c’est pas ce qu’il y a de mieux ; écrire sur la vie de Marilyn sans rendre compte de l’éclatement des points de vue, c’est ce qu’il y a de pire.

Autrement dit : on a beau se gratter le cuir chevelu pour expliquer sociologiquement la pérennité de la fascination pour Marilyn (à ce sujet je te conseille « Marilyn Monroe et la sexualité » de Richard Dyer publié dans Le star-système hollywoodien, 2004), cela n’est peut-être qu’un attrait gratuit, matérialiste, animal, pour la contemplation de sa peau. L’appropriation de Marilyn Monroe par le cinéma pornographique viendrait de ce que la monstration n’a jamais été complétée. La filmographie de la belle fonctionne comme un vaste teasing qui ne prend jamais fin, un strip-tease qui continue imperturbablement depuis les années 40.

[Le Prince et la danseuse] joue en permanence avec notre désir supposé de voir Monroe comme un spectacle sexuel. Son personnage, Elsie, nous est présenté dans les coulisses du « Cocoanut Girl » où se trouvent les loges des danseuses, le film s’amusant avec les pulsions voyeuristes que peut susciter un tel lieu. La caméra suit un garçon de courses jusqu’à la loge qu’Elsie partage avec les autres danseuses ; il frappe et entre en laissant la porte ouverte, mais le placement de la caméra nous empêche de voir les filles ; la caméra finit par se déplacer pour révéler l’intérieur de la pièce, mais les filles sont déjà habillées.

L’archétypale séquence de la bouche de métro dans Sept ans de réflexion fonctionne aussi sur ce mode – la robe se soulève se soulève se soulève mais s’arrête, timing dément de précision, pile poil avant qu’on ait pu voir le moindre bout de culotte. Comme j’ai expliqué ici et ici, le génie de Marilyn Monroe actrice consiste, par son refus du second degré, à donner une consistance à la créature fantasmagorique qu’est la pin-up, à naturaliser le stéréotype. Or une règle fondamentale de la pin-up est que son sexe, et par extension ses poils pubiens, ne doivent jamais être représentés. Si on voit sa minouchette, ce n’est plus une pin-up. Je pense que le cinéma pornographique et les fausses sextapes jouent avec cette élision. Si tu mates attentivement la K7 de Mikel Barsa, tu noteras que les deux acteurs ne baisent pas vraiment (les gros plans péné, furtifs, sont manifestement tirés d’un autre film) et que ce qui compte c’est bien l’exposition, pour le coup généreuse, de la vulve de Marilin. Et qu’est-ce que ça apporte ? Même pas de l’excitation. Juste la petite satisfaction d’avoir vu.

Le sexe de Marilyn enfin disponible

Quand on voit le truc comme ça on est moins surpris que les biographes de Marilyn en fassent des caisses sur la séance photo borderline du 22 février 62 à l’hôtel Continental Hilton de Mexico. Marilyn ne portait pas de slip et le photographe Eduardo Antonio Caballero est parvenu, sur un moment d’inattention, à graver dans le marbre les poils pubiens de l’actrice. Preuve de l’intérêt excessif pour cette anecdote : elle est relatée jusque dans des docus qui devraient par économie narrative l’exclure. Par exemple, Le Secret de la dernière malle de Marilyn Monroe, Antoine Robin et Nan, 2014, lui consacrait une digression de plusieurs minutes alors que le film était une enquête sur la malle Vuitton de la star.

Marilyn Monroe lunécile

Enfin, on fait chanter « My Heart Belongs to Daddy » de Cole Porter à Marilyn dans Le Milliardaire de Cukor (1960), après que la chanson a été parodiée sous le titre « My Pussy Belongs to Daddy » par Faye Richmonde dans l’album Girlesque (1957). Si on était des hystériques de l’interprétation toutéliée on dirait que c’est une manière indirecte de lui faire dire le mot.

Bref, y a pas de sextape de Marilyn Monroe en circulation, y en aura probablement jamais car il n’en existe probablement aucune. Si les fans ont tendance à se laisser accabler par les fabulations des faussaires, je pense qu’il vaut mieux s’en amuser : ces escrocs nullos participent avec nous au grand jeu Marilyn.

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2 réflexions sur “Pour en finir avec la sextape de Marilyn Monroe

  1. Et d’ailleurs je tiens à rajouter quelque chose qui appuie ce que tu as dit. Si on « analyse » la sex tape de « marilin », on voit vraiment que fait ce n’est pas une sex tape à proprement parler mais carrément un film porno. La caméra ne bouge pas, elle est fixe. Ils ne sont donc que 2 (marilin et l’autre mec). Mais il y a plusieurs séquences. Ils auraient donc dû s’interrompre dans l’act à plusieurs reprises pour couper la caméra et changer de plan. Si ils tenaient juste à s’envoyer en l’air et filmer la scène pour se procurer plus d’excitations (c’est censé être ça une sex tape amateur), je ne pense pas qu’ils se seraient donné tout ce mal.

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    • C’est juste. Je crois que l’argument était que c’était des images volées, ce qui est à peu près aussi improbable, vu comme la caméra est proche du couple.

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