Interview de Dottie Mayfield, modèle new-yorkais

Charmant lecteur, c’est une première dans la rubrique Marilyn Monroe, une interview ! Faut dire que la Marilyn en question est pas facile à avoir, étant donné son planning de ministre – de maîtresse de ministre. Ajoutons à cela qu’aujourd’hui il ne reste probablement plus d’elle, parmi le monde matériel des atomes, que sa perruque dans le ventre d’un cimetière. Alors penchons-nous sur d’autres cas. Celui de Dottie Mayfield, par exemple, un modèle new-yorkais qui, de par son apparence et ses choix esthétiques, rappelle inéluctablement la Belle. Mais dites-nous, Dottie, ce serait pas super dur de vivre dans l’ombre de Marilyn Monroe ?

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Photo by Agnes Fohn

Gibet : Comment tu es devenue modèle ?

Dottie : J’ai décidé de devenir mannequin à seize ans, mais les codes esthétiques en vigueur dans le mannequinat m’ont empêché de réaliser ce rêve à l’époque. J’ai dû attendre la vingtaine pour m’accepter et prendre la décision de me lancer, en tant que femme ronde.

Gibet : Dans quelle mesure la figure Dottie Mayfield est une construction ?

Dottie : La seule part de Dottie Mayfield qui soit construite est le nom, parce que ce n’est pas mon vrai nom. Je voulais un nom qui représente mieux tout ce que je suis et aspire à être. J’ai choisi d’avoir un nouveau nom surtout pour préserver ma vie privée. Pas de chirurgie esthétique ou de trucs de ce genre, je n’ai pas changé mon corps. J’ai toujours été Dottie, je n’utilisais peut-être pas ce nom avant, mais le « véritable moi », que j’ai appris à accepter, je lui donne ce nom.

Gibet : Tu es modèle à plein temps ?

Dottie : Je suis modèle à temps partiel, mais ça ne me dérangerait pas de gagner ma vie en tant que mannequin.

Gibet : Être modèle, c’est une fin ou un moyen ?

Dottie : Je suis aussi actrice et je continue à chercher des rôles variés pour me faire un book. Mes objectifs principaux, dans ma carrière d’actrice, sont de devenir une vraie actrice comique, j’adore faire rire et j’adore aussi chanter. Alors je prends des cours de chant et j’essaie de développer mes capacités au maximum. Aussi, je suis coiffeuse, maquilleuse, photographe en devenir, j’ai tellement d’objectifs, ça va de « ouvrir mon propre restaurant/pâtisserie » à « travailler avec des designers pour créer une marque de vêtements ».

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Photo by Agnes Fohn

Gibet : Tu le disais au début, tu as une silhouette toute en courbes. Est-ce que ça t’a déjà posé des problèmes concrets, dans tes activités de modèle ?

Dottie : Oui. Il y a des moments passagers d’engouement général, pendant lesquels on rejette ou admire les courbes. Je pense que quelle que soit la tendance du moment, il est important de s’accepter pour ce qu’on est et de s’aimer.

Gibet : J’ai remarqué que certaines photos tendaient à effacer ces courbes, à te faire rentrer dans les codes justement. Qu’est-ce que tu en penses ?

Dottie : Souvent les photographes restent derrière la barrière de sécurité, pour que leur travail soit accepté socialement, ou parce qu’ils ont décidé que c’était ça qui était le plus beau, selon leur perspective artistique. Personnellement, je suis impatiente de travailler avec un photographe qui se réjouit de mes formes.

Gibet : Je t’ai découverte car tu es la fiancée de Tony Vitti, un crooner expatrié que je suis depuis longtemps. Comment tu l’as rencontré ?

Dottie : Appelez ça destin ou hasard, mais au bout du compte, c’est juste de la chance. Il avait besoin d’une pin-up pour un projet et j’avais besoin d’un homme avec ce charme d’autrefois, et nous sommes tombés amoureux. Quant à son projet musical, qui continue à grandir et évoluer, il a beaucoup de fans, moi y compris, qui attendent patiemment que cet artiste si talentueux nous offre d’autres merveilles.

Gibet : Est-ce que tes goûts se limitent à la période pin-up ?

Dottie : J’aimerai toujours les pin-ups et la plupart des films et musiques des années 1900 à 1950, mais j’ai aussi un amour profond pour la Renaissance, la culture grecque, et une grosse passion pour les monarchies, et les trouvailles architecturales et archéologiques du monde entier.

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Marilyn dans un photoset qui semble avoir inspiré Agnes Fohn

Gibet : Partout dans ton univers je vois des allusions à Marilyn Monroe. Je suis taré ou c’est une véritable influence pour toi ?

Dottie : Je suis née blonde. J’ai essayé beaucoup d’autres couleurs, mais je me sens plus à l’aise avec le blond platine. À la fin de mon adolescence, j’ai découvert qui était Marilyn Monroe parce qu’on me disait tous les jours que je lui ressemblais. Selon moi, je suis juste attachée à une ère passée où les femmes portaient des boucles serrées et du rouge à lèvres rouge. Marilyn Monroe est devenue un personnage si intemporel que de nos jours, n’importe quelle femme aux cheveux blonds et aux lèvres rouges peut s’entendre dire qu’elle lui ressemble. Cependant, même sans maquillage et sans brushing, on m’a toujours dit que je lui ressemblais. Les gens voient ce qu’ils veulent voir, et si ça leur fait plaisir de voir ça chez moi, ça me rend contente pour eux.

Gibet : Donc tu t’en fiches de Marilyn Monroe ? C’est plus un poids qu’un plaisir d’être comparée à elle ?

Dottie : Où que j’aille, je croise Marilyn Monroe. Quand je vais faire mes courses, des jeunes filles m’abordent en tremblant, elles empoignent leur entourage et crient « Oh mon Dieu ! Tu es le portrait craché de Marilyn ! ». Elles me demandent une photo et je suis heureuse de les rendre heureuse. J’entends les murmures et les cris, je sens les doigts pointés dans les rues de Manhattan et les allées des supermarchés, « Regarde, regarde, c’est le portrait craché de Marilyn. » Les gens m’arrêtent et me demandent, les larmes aux yeux, s’ils peuvent me faire un câlin. Comment je pourrais m’énerver contre Marilyn alors que je vois tous ces gens qui l’aiment avec la même intensité 50 ans après sa mort ? Même cette interview avec toi a été principalement motivée par Marilyn et son influence sur moi.

Marilyn Monroe, c’est un personnage que Norma Jean a développé pour mettre en cage sa vraie personnalité, pour échapper à la souffrance qu’elle devait porter et peut-être que j’ai fait la même chose en créant Dottie Mayfield. Elle veut être aimée, pas prise en pitié. Plus le temps passe, plus j’en découvre sur Marilyn, plus je me rends compte qu’on a beaucoup en commun. Tellement en fait que pour être tout à fait honnête ça m’a fait un peu peur. Par exemple j’ai fait un voyage jusqu’au bout de Long Island, j’ai trouvé la ville de Amagansette et j’en suis tombée amoureuse. Je ne voulais pas partir. Je me suis sentie liée à cet endroit de manière inexplicable. Cet endroit me semblait très familier. Quand je suis rentrée chercher des hôtels pour y rester plus longtemps, la première chose que je vois c’est que c’était un des endroits préférés de Marilyn à Long Island et qu’elle y avait loué une maison avec un de ses maris.

J’ai eu une enfance très difficile. Je viens notamment d’une famille où les maladies mentales sont très fréquentes. On m’a fait vivre chez les autres, mise en famille d’accueil, tout comme Marilyn. J’ai toujours aimé Jean Harlow, elle est une des plus grande influences dans ma carrière et personnellement j’ai souhaité lui ressembler. Ensuite j’ai découvert que Marilyn l’adorait profondément aussi. Nous sommes toutes les deux de vrais rats de bibliothèque, nous avons toutes les deux l’habitude de nous donner toute entière, nous attendons de nous-mêmes la perfection, et sommes sévères lorsque nous n’atteignons pas les objectifs que nous nous étions fixés. Ses choix en matière d’homme sont très clairs pour moi, je peux complètement comprendre les raisons qui les motivent. Les hommes avec qui elle choisissait d’être lui procuraient une stimulation solide et une sécurité émotionnelle, peu importe leur compatibilité dans d’autres domaines. Elle voulait construire une famille à tout prix, puisque qu’elle n’en avait pas eu dans son enfance et qu’elle se sentait très seule. Au bout d’un moment, elle a découvert que même ces hommes pouvaient partir et le faisait inévitablement. Elle croyait au grand amour mais ne l’a trouvé qu’en recevant celui de ses fans. Elle leur a permis de devenir la famille qui lui manquait et les aimait entièrement. Moi, j’ai eu la chance d’avoir des enfants, mais j’ai souffert de mauvais choix de partenaires, et n’ai pas pu créer un environnement familial sain et stable. Plus ma carrière avance, plus j’avance, plus je découvre les sensations que l’amour des fans peut me procurer, et plus je ressens une affection profonde pour eux.

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Jean Harlow portait des pyjamas un poil plus sophistiqués

Au début, être comparée à elle m’inquiétait, mais ce n’était jamais un fardeau. La question est : est-ce que quelqu’un comprendra qui est Dottie Mayfield ? Est-ce que ça intéressera quelqu’un ? Peut-être qu’il ne veulent que cette babiole : vivre le fantasme de posséder un morceau d’icône ? Ensuite venait la peur. Comment moi, Dottie Mayfield, pourrais-je jamais me hausser au statut iconique de Marilyn ? Tout ça me semblait impossible. Il y en a tellement qui s’attendent encore à ce que je sois comme elle que j’ai peur qu’ils soient déçus quand ils verront qui je suis, et bien que je m’identifie à Marilyn Monroe et admire son courage, je ne suis pas une imitation, je suis celle que je suis, Dottie Mayfield.

Je n’ai jamais essayé de ressembler à Marilyn mais il se trouve que je suis incapable de lui échapper, même si je le voulais. Est-ce que c’est une bénédiction d’être comparée à une icône ? Peut-être. Mais en voyant nos deux vie se synchroniser comme ça, je suis capable de m’en détacher, avec l’aide des mots qui ont le plus influencé ma vie, des mots qui viennent de cette icône qui m’entoure tous les jours et d’une certaine manière vit peut-être encore à travers moi : « Crois toujours, toujours, toujours en toi-même, car si tu ne le fais pas, qui le fera, ma puce ? ».

En ce moment je souhaite produire des choses plus concrètes pour le plaisir de mes fans, comme des films ou peut-être bientôt de la musique. Je ne suis pas pressée d’être célèbre, j’apprécie beaucoup d’avoir mon intimité, et je tiens à prendre mon temps sur des projets qui sont artistiquement satisfaisants et conformes au projet que j’ai en tête.

Photo by Agnes Fohn

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