Marilyn, d’août à décembre

Coucou toi. J’avais ces quelques cokes en stock et je sais pas pourquoi je les avais pas mis sur le blog, alors voilà je les mets – mes aventures Marilyn d’août à décembre 2014 – et toujours le périple continue sur mon tumblr Par hasard Marilyn – et ensuite on verra mais je pense ça vaut le coup si tu nous kiffes de pas te barrer trop loin d’ici.

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Ève, Joseph Mankiewicz, 1950

Premier indice de taille : sur la jaquette du DVD, Marilyn Monroe n’est pas du tout mise en avant, y’a ni sa photo ni son nom ni rien du tout elle serait pas dans le film que ça changerait rien. En comparaison, pour un rôle équivalent, sur la jaquette de Chérie je me sens rajeunir ou La joyeuse parade, y’a sa fiole en grand sur la boîte, son patronyme en capitales d’or. On sait donc, en entrant dans Ève, qu’on va pas se taper un mouvi qui a Marilyn pour seul et maigre argu. Après, je suis pas entièrement emballé par le film car son rythme est un peu flop, mais, au moins, les dialogues sont excellents, et le dévouement de Bette Davis, qui hésite pas à se montrer dans le dénuement le plus absolu, la gueule pommadée, l’orgueil à fleur de peau, est vraiment touchant. Il n’y a pas grand-chose à dire de Marilyn, qui fait le taf dans le temps qui lui est imparti. Bref : rien à signaler, le film est à la hauteur de sa réputation, Marilyn est en train de naître, les vaches sont bien gardées.

eve

Poupoupidou, Gérald Hustache-Mathieu, 2011

Y’a deux films dans ce un film, et faut dire qu’y en a un qui est bien meilleur que l’autre. D’un côté, il y a l’histoire de Martine Langevin aka Candice Lecoeur, une para-Marilyn from les bouseux, et ça c’est top, c’est finement mis en scène (la séquence où Martine découvre son pouvoir de meuf sexuelle à la péhem est exemplaire), et Sophie Quinton, sur qui sérieux j’aurais pas misé tu me l’aurais donné j’aurais fait ouais chais pas on va plutôt arrêter ce projet on y arrivera jamais, elle te gère tous les échelons du 0 au 17000 sans se fouler – elle est juste en Martine naïve qui sait pas encore qu’elle sera une star, juste en Candice en fin de course qui sent son empire s’étioler – j’étais pas convaincu, Sophie, mais tu m’as persuadé.

L’autre film, c’est un romancier, joué par un Jean-Paul Rouve assez crevé genre lendemain de barathon, qui enquête sur la mort bien cheloue de ladite Candice, et ça a tendance à être un peu fade – je soupçonne la tévé d’être responsable, dans la mesure où t’as plein de gags et situations qui sont niqués par un cadrage trop serré – quand c’est pas carrément naïf. La fin du film, franchement, ça rime à quoi ? Jean-Paul Rouve s’apprête à rentrer à Paris, et apparemment il a rangé toutes ses affaires dans les valises sous ses yeux (lessivé qu’il est, aussi peu éveillé qu’un modèle de Bresson), et il retrouve une lettre que Candice lui avait envoyé. Dedans elle dit : « oui voilà j’adore ce que vous faites biz biz au fait je vous aime ». T’es sûr, Hustache ? Dans l’absolu, ça sort pas de nulle part, on est d’accord, ça va au bout d’une certaine logique enclenchée dès le début du film. Mais fallait-il vraiment expliciter, en remettre une double couche à la fin ? Et aussi, t’as pas l’impression que c’est giga-narcissique comme chute ? Beh ouais, on a bien compris que Rouve (plus à plat que le lapin pas Duracell après le sprint) c’était ton double à l’écran. Il partage tes doutes d’auteur, il a écrit un roman qui s’appelle La Chatte andalouse, comme un de tes courts-métrages (je l’ai vu d’ailleurs j’étais en première L, c’était une journée un peu embarrassante mais j’avais bien aimé car il y avait des moulures de bites et de chattes bleues et Sophie Quinton qui au milieu de tous ces sexes fiers faisait semblant d’être timide), et il finit par écrire un roman sur Candice qui s’appelle Poupoupidou – c’est le titre du film !!! Donc, en gros, Hustache, tu crois que t’es l’homme parfait pour Marilyn ? Mais pour qui tu te prends ? C’EST MOI SON MEC À MOI, J’AI DES LUNETTES

En plus c’est con car si t’avais pas eu si envie de te mettre en scène dans les affres de la création, t’aurais pu faire un excellent film uniquement sur Martinelyn. Je suppose qu’Hustache a eu peur d’affronter la bête directement zieux dans les zieux en mode humilité. Pourtant, dans le genre démo de Narcisse cet enrobage à base de Rouve usé, ça mérite le Alain Delon 2010. Gérald Hustache-Mathieu, je te reconnais – déjà un nom hyper rigolo – avec un nom comme ça même pas t’as besoin de prénom – je te reconnais un réel sens du détail, qui parcoure tout le film, sans jamais que tu surlignes quoi que ce soit – notamment, y’a plein de références assez pointues à la vie et filmo de Marilyn que seuls les vrais capteront sans que les faux se sentent lésés, et pas que – entre autres, la fille de l’hôtel qui crushe sur Rouve élimé, c’est un bon p’tit running-gag d’arrière-plan qu’avance en scred et éclate à la fin de la plus drôle des façons. Aussi, mon petit Jean – tu permets que je t’appelle Jean, Hustache ? – je trouve très sympathique la manière dont tu équilibres la nudité féminine nécessaire par de la nudité masculine gratuite – tous ces braquemarts endormis pfouloulou. Je te reconnais tout ça, ok, mais ça veut pas dire que tu serais un meilleur boyfriend pour elle.

poupou

Télérama hors-série n°178 : Marilyn, 2012

Il y avait une autre fois où je râlais et j’essayais de dire des trucs et l’autre jour j’ai trouvé sans chercher d’autres gens qui disaient ces trucs-là mieux que moi :

J’ai vu beaucoup de biopics en préparant Saint Laurent. C’est souvent la même formule : on écrit un film sur quelqu’un, parce qu’il est connu, parce qu’il est un mythe. Et à partir de là, le principe du film, c’est d’expliquer comment ce mythe s’est construit, quelle a été son enfance et tout ça. Pour arriver à la conclusion que : « Le mythe, finalement, il n’est pas si loin de nous ! ». Je déteste ça. Il faut quand même que le mythe reste dans le domaine du mythe. Je ne vois pas l’intérêt de le rendre accessible. Quand je prends Helmut Berger pour la fin du film, c’est une façon de rajouter encore du mythe au mythe. (So Film, Bertrand Bonello)
Ce que je souhaite d’un critique littéraire – et il ne me le donne qu’assez rarement – c’est qu’il me dise à propos d’un livre, mieux que je ne pourrais le faire moi-même, d’où vient que la lecture m’en dispense un plaisir qui ne se prête à aucune substitution. Vous ne me parlez que de ce qui ne lui est pas exclusif, et ce qu’il a d’exclusif est tout ce qui compte pour moi. Un livre qui m’a séduit est comme une femme qui me fait tomber sous le charme : au diable ses ancêtres, son lieu de naissance, son milieu, ses relations, son éducation, ses amies d’enfance ! Ce que j’attends seulement de votre entretien critique, c’est l’inflexion de voix juste qui me fera sentir que vous êtes amoureux, et amoureux de la même manière que moi : je n’ai besoin que de la confirmation et de l’orgueil que procure à l’amoureux l’amour parallèle et lucide d’un tiers bien disant. Et quant à l’ « apport » du livre à la littérature, à l’enrichissement qu’il est censé m’apporter, sachez que j’épouse même sans dot. (En lisant en écrivant, Julien Gracq)

Je sors ça ici parce que ce bel hors-série Télérama triomphe justement de ne pas jouer au jeu du « regardez comme elle est pareille que toi » mais au contraire de proposer un catalogue de petites amoureuses. Alors bon y’a un moment, après le milieu et avant le début de la fin, où on sent qu’ils sont grave à court, qu’ils grattent les fonds de tiroir à s’en faire saigner les ongles pour remplir leur centaine de pages mais, globalement, pour la raison que je viens de dire, ça tient la route, ça fait plaisir à lire, c’est pertinent, malin et fluide.

Il y a une non-amoureuse qui m’a saoulé par contre. Anne Le Ny – peut-être son nom la contraint automatiquement à aller vers la contradiction – se pointe en page 81 et se met à gueuler comme quoi Marilyn Monroe est une connasse car elle est trop rentrée dans le jeu du patriarcat, qu’elle a pas cherché à lutter contre ce que la norme masculine imposait : « j’ai le même sentiment en face d’elle qu’un Noir américain pourrait avoir devant un acteur noir des années 30 qui joue au bon nègre ». WOW. C’est un oiseau ? C’est un avion ? Non ! C’est un procès d’intention carrément déplacé. On peut maintenant être coupable de n’avoir pas été un héros. Et depuis quand ça fait partie du cahier des charges du comédien de devoir être à la pointe du progrès ? Et si – mettons on dit que ça en fait partie (et la marmotte elle met des bottes) – en quoi toi Anne Le Nouille tu fais plus le job que Marilyn ? Et si je me mettais à pas aimer tes films car t’es pas Simone de Beauvoir ? D’ailleurs, oups, double-standard, jamais t’aurais reproché à Cary Grant d’avoir été trop viril. Et après moi quand je regarde Charade je suis obligé de demander une heure de rab à ma psy car ça fait ressortir toutes mes peurs. Hier, l’ouvrier évidemment portugais qui fait quelques travaux dans mon nouvel appart m’a demandé : « C’est bien comme ça que vous le vouliez, ce nouveau mur ? ». J’ai répondu : « Tout d’abord bravo pour cet accord inopiné à l’imparfait deuxième personne du pluriel. Pour ce qui est du mur il est parfait. Mais je trouve que vous encouragez la dévalorisation du travail en secteur secondaire en réussissant ce job sous-payé, alors je pense que je vais le détruire. » Il m’a promis de ne plus jamais recommencer.

Marilyn dans toute sa beauté et sa réussite ne s’adresse pas aux vainqueurs mais aux fragiles, toujours. À ceux qui attendent que la vie commence, à la marge. Aux adolescents avides de la suite. Elle célèbre une revanche mélancolique. Avec, dans l’ombre, l’idée que l’on pourrait vouloir abandonner ce que l’on a voulu à ce point conquérir. (Céline Sciamma, dans le Hors-série)

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Le Prince et la Danseuse, Laurence Olivier, 1957

Si je m’attendais à ça ! Mon a priori, tout fondé sur les nombreuses anecdotes de tournage qui sont à force plus fameuses que le film lui-même, était ultra-négatif, genre infini négatif, mais genre tellement infini négatif que ça en fait le tour et ça revient dans l’infini positif par le haut. Mon a posteriori est eh mais ça va en fait. Avec deux petites notes – la première qui songe ça fout toujours un peu le vertige comme l’ambiance pourrave des tournages de Marilyn se ressent pas du tout dans les films, un empiriste pourrait dire que de ce fait l’ambiance pourrave n’a pas eu lieu ; la seconde qui gueule c’est vraiment de la merde My Week With Marilyn putain.

Le Prince et la Danseuse est pas trop mal écrit, pas trop mal filmé, pas trop mal joué. Laurence Olivier est pas follement inspiré, voire franchement paresseux par moments – « alors euh tu vas jouer une jeune femme sensuelle et pure et on va te mettre une robe blanche pendant tout le film ! non non c’est pas comme Sept ans de réflexion ! en quoi ? euuuh bin la robe sera euh plus près du corps ? » – mais le film ne fait jamais de mal, c’est comme mater une vieille comédie Disney, Princesse malgré elle ou je sais pas quoi. Une blondinette américaine, qui méconnaît les rulz aristocratiques et est systématiquement en retard, fout le dawa dans la petite vie bien réglée d’un aristocrate européen qui la méprise, jusqu’à ce qu’elle ait aspiré tout son pouvoir, toute sa virilité : c’est rigolo de voir à quel point le film raconte l’histoire de son tournage. Si Laurence Olivier l’avait eu un peu moins serré, il aurait pu dire « la Monroe veut m’apprendre l’Actor’s Studio ».

Dans ce film, Marilyn Monroe est très touchante par sa rigueur. Elsie Marina, la p’tite pépée qu’elle incarne, est encore une variation autour du stéréotype de la pin-up, corps de surfemme avec sexualité d’enfant, mais à nouveau elle parvient à lui donner une densité saisissante. Monroe travaille de près la psychologie d’un perso dont on attendait que des cambrures. Et ce n’est jamais lourd car il ne s’agit pas de se créer un background tragique pour donner l’illusion d’une profondeur, mais d’effacer la mécanique, de rendre crédible le passage d’un mouvement à un autre. Elsie Marina, comme ses jumelles, The Girl de Sept ans de réflexion et Lorelei Lee de Les Hommes préfèrent les blondes, bénéficie concrètement d’être jouée par Marilyn Monroe qui en fait, au lieu d’une petite esquisse sexy et rigolote de magazine, un personnage bien vivant. On comprend pourquoi Laurence Olivier a pu s’impatienter sur le plateau – pourquoi tant d’efforts, Mrs Monroe, quand on vous demande de rouler du cul ? – mais elle a eu raison de s’imposer car sans elle, sans son gros taf, le film aurait été bien moins bien que pas trop mal. Voilà, pour résumer, Le Prince et la Danseuse c’est pas trop mal, par ma barbe, ou alors j’ai rien compris au concept d’infini.

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