À nous la victoire, le film de foot de John Huston

France, 1943. Dans un camp de prisonniers de guerre tenus par des Allemands, le football (sur un terrain vague) est le lieu de rencontre de toutes les nationalités, d’autant plus que John Colby, ex-star anglaise du ballon rond, chapeaute ses copains et les entraîne à devenir meilleurs. Or, coïncidence incroyable, il se trouve que le commandant de ce camp est également un ancien joueur de la Mannschaft. Il propose à Colby d’organiser un match entre les soldats Allemands et les prisonniers, quelle que soit leur nationalité. Ce qui ne devait être qu’un match ordinaire va alors se transformer, pour les nazis, comme une possibilité de propagande au reste du monde, et, pour les forces alliées, comme une opportunité de s’évader. Réalisé par John Huston, avec Sylvester Stallone, Michael Caine, Max Von Sydow, Jean-François Stévenin, Pelé, Bobby Moore.

Qu’est-ce qui a bien pu pousser Hollywood à faire réaliser par John Huston un film sur le foot avec Sylvester Stallone et Pelé ? Nan mais matez un peu l’incongruité du truc… Après tout, c’est quoi le « soccer » aux États-Unis ? Des stades à moitié vides, un onglet bien caché sur la page d’ESPN, une bonne grosse blague pour Michael Jordan, Larry Bird et Magic Johnson, et pour toutes les armoires à glace (HOCKEY/GLACE, T’AS PIGÉ ?) des sports US… Bon en fait, ça fait 40 ans qu’on nous dit que le football est en plein BOOM sur les pelouses de l’Oncle Sam, et que bientôt, très bientôt, les ricains vont nous faire mordre le gazon avec leurs moyens pharaoniques. Mais allez, mettons-nous dans la peau du producteur ou du réalisateur, et essayons de réfléchir rationnellement aux chances du film.

À la fin des années 1970, au début des années 1980, une équipe de football, ou plutôt une franchise comme ça se fait là-bas, fait sensation Outre-Atlantique : le New-York Cosmos. Steve Ross, président de la Warner Bross, qui connaît l’engouement pour le ballon rond en Europe, tente de développer le sport aux États-Unis. Le Cosmos fait alors venir les stars du foot des années 60-70, en fin de carrière, pour monter une dreamteam et déplacer les foules. À partir de 1975, le Roi Pelé, le Kaiser Franz Beckenbauer, Carlos Alberto ou encore Giorgio Chinaglia.

à nouslavic

Le Cosmos rencontre un gros succès. Pour le public étasunien, Pelé n’est donc pas un total inconnu, c’est une star. Et puis, pour le film, l’ambiance « guerre-mettons la branlée aux nazis » peut plaire. Stallone est déjà une star depuis Rocky. Ça peut donc le faire pour séduire, a priori, le public américain. Mais en fait, ce film ne plaira ni aux États-Unis, ni en Europe.

Ce nanar, appelons un chat un chat, dure presque deux heures. Bien évidemment, c’est beaucoup trop long, d’autant plus que le scénario s’amuse à tisser des intrigues secondaires dont tout le monde se fout. Inutile de dire que les libertés prises par rapport à l’Histoire sont sans limites : le fameux camp de prisonniers ressemble plus à une vaste colonie de vacances pour adultes immatures… Et en plus, c’est une véritable passoire : les officiers alliés discutent de leurs plans dans une pièce sans surveillance, jouent aux cartes, se fabriquent des faux passeports, s’évadent et reviennent sans difficultés et sans représailles. Ça permet au film d’avancer, mais on avait rarement vu, même au cinéma, des nazis aussi conciliants.

Pour ce qui est du foot, on repassera. Jamais je n’ai vu un sport aussi mal filmé au cinoche. D’ailleurs, le fameux match ressemble plus à une « journée portes ouvertes-match de poussins-bouchers » qu’à une vraie putain de partie de football-samba. Pourtant, côté casting ballon rond, y avait du lourd, mais Pelé, qui cache à peine sa misère personnelle de se retrouver dans une telle daube, est cantonné à un rôle de prisonnier Trinidadien qui a appris le jeu en jonglant dans son pays avec des oranges. On dirait un roman de favela.

De son côté Stallone, qui est peu convaincant, avec son attitude de beauf des plaines Américaines, incarne le rejet US pour ce « soccer » de danseuses : « mais qu’est-ce c’est que ce sport de tapettes où il est interdit de plaquer son adversaire ? ».

Mais bon, finalement, en VF, tu passes quand même un bon moment. Le scénario est tellement con que ça en devient marrant. Voir Stallone dans les buts distribuer des patates à des allemands et se prendre des buts de merde relève du très grand divertissement. On a même droit à une mini-romance aseptisée entre lui et Carole Laure qui joue je-ne-sais-plus-quel rôle dans la résistance à Paris.

à nous la victoire

Quelques anecdotes glanées grâce au magazine So Foot :

– C’est le légendaire gardien Gordon Banks qui a coaché Stallone pour son rôle de gardien de but. Même s’il a été un immense portier (Pelé dit de lui un jour : « aujourd’hui j’ai marqué un but, mais Gordon Banks l’a arrêté »), on ne peut pas dire que le résultat fut probant.

– Stallone, qui s’est comporté comme une vraie diva sur le tournage, avait parié 1000 dollars qu’il arrêterait 6 pénaltys tirés par Pelé. Il n’en arrêta aucun, et finit la séance avec une fracture du doigt. Il a aussi perdu 2000 dollars après un bras de fer avec Kevin Beattie.

– Il paraît que John Huston n’en avait rien à foutre du film, ce qui a gonflé Sly. Alors, au lieu de partager les repas avec Michael Caine et les autres, il mangeait dans son coin entouré de ses gardes du corps et tuait l’ennui en draguant toutes les filles du tournage, comme Carole Laure qui l’a trouvé lourdingue.

– À un moment du film, Stallone doit arrêter un pénalty. L’ancien joueur Argentin Osvaldo Ardiles nous raconte la scène : « Il n’arrivait pas à attraper la balle. Il y est parvenu au bout de la 17ème fois. À ce moment-là, nous, les joueurs, aurions dû nous jeter sur lui pour le féliciter mais nous n’avons pas réagi. Ça faisait tellement longtemps qu’on attendait qu’on a décroché. On discutait de ce qu’on allait faire le soir. Huston nous a poussé une gueulante et il a fallu attendre quinze nouvelles prises avant ce que ce soit dans la boîte. »

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