Shrooms, Paddy Breathnach, 2008

Je me rappelle ce fameux jour où, adossé au bastingage du pont de mon yacht fraîchement acheté avec l’argent des cotisations et multiples autorisations de découvert contractées auprès d’une douzaine de banques différentes, ce jour, donc, où je sirotais un mojito préparé par une plantureuse bimbo aux avantages plus que généreux, tombée sous mon charme après que je lui ai récité quelques vers de Lord Byron, ce fameux jour où je pouvais sentir sur mon visage le souffle enjoué et farceur d’une brise chaude parcourant mes cheveux en désordre, virevoltant en boucles brunes et retombant sur mes lunettes de soleil dernier cri, ce jour où, disais-je, ma vie bascula.

Cela faisait plusieurs mois que j’avais réussi à échapper à la justice de mon pays, et m’égarer en eaux territoriales me semblait être le plan le plus abouti pour ne jamais avoir à me frotter de nouveau aux plus hautes autorités d’une contrée dont j’étais devenu le paria. La réussite n’a jamais été considérée d’un bon œil lorsque vous n’êtes pas prédisposé à la recevoir, de par le sang, le travail ou le talent, et ma fulgurante ascension au sein du gouvernement à cause d’un bug informatique, suivi de mon refus de lâcher les brides d’un Etat qui fut le mien pendant approximativement 15 secondes me valurent l’ire des plus grands dont j’avais soi-disant usurpé la place. Mais je me trompais, et je plissais les yeux lorsque ma quiétude fut troublée par l’intempestive sonnerie de mon smartphone dernier cri. Deux lettres capitales blanches se détachaient sur l’écran noir barré d’un petit téléphone en train de vibrer, signe que je recevais un appel. Gibet. Il m’avait donc retrouvé. Poussant un soupir et confiant mon verre encore plein à l’une des nombreuses beautés qui m’avaient suivi dans mon périple grâce à l’acompte à quelques millions dont je les avais gratifiées, je me rendais à la proue, décrochant à la volée, chemise à fleur ouverte au vent, barbe de trois jours et cigare cubain à la bouche, lâchant un laconique : « Ouais ? »

La réponse se fit attendre, car je n’appris que plus tard qu’il s’agissait d’une erreur de manipulation qui avait déclenché l’appel alors que le téléphone de Gibet se trouvait dans sa poche. Après être resté en ligne pendant près de 57 minutes, tirant sur mon cigare en contemplant l’horizon, je pus entendre un « Ah mince ça appelait » avant que Gibet ne daigne me parler : « Ah salut A… heu Aloïs ? C’est comme ça ton nom déjà ? Ok je voulais savoir quand tu ferais un article pour Lunécile. Salut. », avant de raccrocher sans même me laisser le temps d’en placer une. Je lui envoyais un message, lui énumérant mes disponibilités, et auquel je reçus pour seule réponse : « Salut c ki ? ^^ ». Il voulait me tester, c’était évident. Je ne pouvais plus reculer, cela faisait trop longtemps que je fuyais mon inexorable destin. Claquant des doigts sèchement, la plus belle et la plus dénudée des femmes que vous pourriez imaginer m’apporta mon long manteau d’hermine que j’enfilais avec la classe légendaire d’un corbeau empereur, disparaissant dans l’ombre du navire : « Qu’on ne me dérange plus, j’ai à faire… ».

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Après ce préambule, toujours des plus courts avec moi, il est temps de s’attaquer à l’épineux film d’horreur du jour, le bien nommé Shrooms. Comme vous le constaterez assez rapidement, mon introduction n’a absolument rien à voir avec l’histoire de ce chef-d’œuvre intemporel duquel je m’apprête à vous livrer la critique la plus objective qui soit.

Plantons un peu le décor : sorti en 2006 sous la direction de Paddy Breathnach, dont c’est le premier film d’horreur (réalisateur également de Coup de peigne et Irish Crime si cela vous parle, personnellement non), Shrooms nous propose une histoire ambitieuse, complexe et aux rebondissements des plus ingénieux, qui lui valent la note de 1.7/5 sur Allociné, spectateurs et presse confondus. Servi par une tripotée d’acteurs aussi fameux que Lindsey Haun, Jack Huston ou Max Kasch (le second étant le seul à avoir une filmographie plus étoffée qu’un épisode de Cold Case), Shrooms est exactement le genre de film dont j’aurais pu écrire le scénario pour caricaturer l’ensemble des films d’horreur à destination d’une cible adolescente. Le souci, c’est qu’en l’absence de didascalies rigolotes, le résultat final est presqu’aussi nul que la performance de l’Espagne au mondial de football. Le film démarre rapidement, avec un groupe d’amis composé de deux mecs et trois filles se rendant en Irlande pour rejoindre un de leurs potes  resté là-bas afin d’ingurgiter quelques kilos de champignons hallucinogènes. Ce synopsis aurait pu être une base intéressante, dans la mesure où les stupéfiants ne sont finalement que peu présents dans le domaine des films d’horreur. Cela dit, vous verrez qu’ils seront rapidement éludés. Après un court voyage en avion, voici donc nos 5 compères, dont l’un ressemble à s’y méprendre au junkie à cheveux longs dans Clerks, fraîchement débarqués dans la contrée des Leprechauns et autres monstres mythologiques à la crédibilité douteuse quand on n’a pas quelques grammes de bière dans le sang. Rapidement rejoints par le fameux Jake (joué par Jack), les voici prêts à prendre la route vers l’aventure. A ce niveau du film, il est intéressant de procéder à une description des personnages qui composent cette joyeuse bande :

– Tara, l’héroïne du film, une blonde, célibataire, amoureuse de Jake ;

– Jake, le fameux pote irlandais, devenu une sorte de druide local vu ses connaissances dans le domaine des forêts glauques, des champignons hallucinogènes, des légendes locales et des coutumes des indigènes irlandais (oui oui) ;

– Troy, le fameux gars qui ressemble au vendeur de drogue de Clerks, en couple avec Lisa ;

– Holly, une brune pas mal foutue qui campe le rôle de la pimbêche du groupe, en couple avec Bluto ;

– Bluto (mais moi j’entends Pluto), le mec bodybuildé, con comme un manche et obsédé sexuel – il en faut toujours un dans ce genre de film de toute manière ;

– Lisa, une autre brune mais moins bien, qui ne s’entend pas du tout avec Holly.

Dernière précision, Tara est partagée, anxieuse de vivre cette expérience d’aller jusqu’en Irlande pour aller manger des champi et le fait de revoir Jake avec qui elle a semble-t-il eu une idylle et qu’elle veut carrément serrer même si elle est trop timide pour ça.

Jake rejoint donc nos amis à bord de son van pourri et ils prennent la route ensemble. Pendant le trajet, il leur distille quelques conseils et anecdotes, leur expliquant que les trips sous champis sont différents selon chaque personne, et qu’il vaut mieux être en extérieur pour communier avec la nature. C’est pour cette raison qu’il a choisi d’emmener toute sa bande dans la forêt la plus craignos du monde, avec de la brume, des arbres noirs, une route sinueuse, et une chèvre qui se jette sous la voiture pendant qu’ils conduisent. S’arrêtant sur le bord de la route pour constater les dégâts, ils sont appréhendés par ce qui ressemble à deux zombies mais qui sont en réalité, comme nous l’apprend Jake, des indigènes irlandais vivant au fond des bois, et qui sont là pour récupérer la chèvre qui constituera leur dîner. Ils leur abandonnent donc l’animal et repartent, pour finalement arriver dans une petite clairière près d’une rivière où ils déploient leurs tentes.

Une fois qu’ils sont installés, Jake propose d’aller à la chasse aux champignons, mais avant ça, insiste pour imposer l’une des fameuses bonnes idées dans ce genre de film : prendre tous les téléphones portables du groupe pour les cacher dans la voiture, afin d’être encore plus proche de la nature. Tout le monde obtempère, même si Pluto râle un peu au début, et se déleste de leur seul moyen de communication avec le monde extérieur. Après cela, ils s’enfoncent dans la forêt à la recherche de plantes magiques. Plusieurs groupes se forment pour partir à la cueillette, ce qui engendre des histoires croisées.

Jake, Troy et Holly trouvent rapidement un coin florissant et commencent à cueillir tout ce qui leur tombe sous la main, en prenant garde de ne pas ramasser les champignons qui ressemblent trop à ceux qu’ils doivent prendre mais reconnaissables grâce au petit point noir sur leur chapeau. En effet, les avaler revient à mourir instantanément, ton estomac, ton cœur et tes poumons explosant dans la seconde. A ce niveau, oubliez tout ce que vous savez sur les champignons. L’amanite phalloïde est une petite joueuse en comparaison, puisqu’elle mettra plusieurs heures voire jours à vous dégommer le foie. Troy, qui a vraisemblablement une curiosité à toute épreuve, s’enquiert de savoir ce qui se passe si par miracle on survit à une ingestion de ce petit champignon. Jake, en connaisseur expérimenté, indique qu’il permet de communier avec les morts et de voir le futur. Incroyable !

De son côté, Tara s’enfonce dans la forêt, spottant au passage Pluto qui essaye de serrer Lisa, mais cette dernière le repousse. Je préviens d’entrée : cette scène n’aura absolument aucun impact sur la suite du film, et vient combler les 45 secondes qu’il devait rester de bande. Après cela, elle ramasse un champignon à point noir et le gobe. Parce que oui, Jake, qui en connaît plus sur les champignons que toute la communauté scientifique de ces 50 dernières années, n’a pas jugé bon de prévenir ses amis AVANT qu’ils ne partent chacun de leur côté. Tara se trouve alors prise de convulsions filmées avec un effet assez navrant de tremblotage de caméra et de flou mal maîtrisé avant que Jake ne la trouve et vienne à son aide en s’agenouillant paniqué à côté d’elle et en criant son nom. Visiblement, sa technique a l’air de fonctionner et Tara se relève, juste un peu patraque. Pour la consoler, Jake lui dit qu’elle aurait pu y rester et ils retournent auprès des autres qui ont ramassé plein de champignons.

La nuit tombe et voilà nos six compagnons de retour au campement. Jake s’emploie à préparer un thé au champignon qui devra mariner toute la nuit tandis que tout le monde se réunit autour du feu, sauf Tara qui va se coucher pour se reposer et probablement régénérer ses poumons, son cœur et tout ce que l’ingestion d’un champignon de 2 centimètres de haut a instantanément fait exploser en elle. Lisa demande alors à Jake de leur raconter une histoire d’horreur locale, et notre ami s’y emploie avec ferveur, précisant qu’il s’agit d’une histoire vraie, et que c’est pour ça que c’est flippant.

Il y a très longtemps de cela, au moins dix ans, il y avait un asile qui recueillait des enfants. Mais il était dirigée par le FRERE NOIR, un moine cachant son visage sous une tunique de couleur nuit, et trucidant les enfants avec une lame de rasoir de quelques centimètres. Un jour qu’il avait accueilli deux jumeaux, il en tua un sous les yeux de son frère et lacéra le visage de ce dernier, le forçant à porter un masque pour cacher ses blessures. Le jumeau mutilé s’enfuit, et seul resta témoin un enfant qui avait été abandonné avec les chiens des mois auparavant, et était resté avec eux depuis. Tout le monde a très peur de l’histoire de Jake, et ils décident d’aller dormir, juste après que Pluto a fait son gros lourd et a plombé l’ambiance.

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Le FRÈRE NOIR WALLAH REGARDEZ CE SOUAG

Au milieu de la nuit, Troy et Lisa qui commencent à baiser sont interrompus par un bruit provenant de l’extérieur. Croyant qu’il s’agit de Pluto qui vient se rincer l’œil, Troy sort furibond de la tente pour rejoindre celle de son pote. Il se prend un coup de poing en pleine face de la part de ce dernier, ce qui le calme assez rapidement. Dans le même temps, Lisa et Holly se foutent sur la tronche pour je ne sais plus quelle raison (il me semble que ça part du fait que Lisa ne se rase pas l’entrejambe, cela lui valant le surnom de Chewbacca, ou un truc du genre). Finalement Jake intervient et tout le monde retourne au lit. Mais Pluto se fait chasser de la tente par Holly parce qu’il est trop lourd et il décide d’aller dormir près du feu. Le bodybuilder décide alors de s’enfiler tout le thé qui marine là et de partir tout seul dans la forêt. Les effets se font vite ressentir et il croise une vache avec qui il commence à parler et qui lui dit qu’il est défoncé. Il continue ensuite à s’enfoncer dans la forêt et arrive près d’une voiture dont les phares clignotent.

Pluto parle à une vache

Pluto parle à une vache

Peu de temps auparavant, Jake avait expliqué qu’il s’agissait d’un signal pour dire qu’un couple est en train de s’envoyer en l’air à l’intérieur et que si un mec les rejoint, il aurait le droit à une petite pipe de madame. Malgré le fait que la voiture se trouve en plein milieu des bois, qu’elle soit couverte de mousse et de feuilles et aussi rouillée que si elle avait été là depuis 20 ans, Pluto s’approche allègrement et tape au carreau pour se faire pépom. La vitre se baisse, mais on ne voit pas l’intérieur du véhicule car il fait trop noir. Le plan revient sur Pluto qui semble-t-il commence à se faire sucer vu son visage illuminé de bonheur. Mais rapidement, la gâterie tourne au drame, car, dans un craquement sinistre, voilà notre fier héros amputé de son viril membre, une tache de sang venant rougir tout son caleçon (parce que ouais, il s’est foutu en caleçon et en t-shirt avant de partir dans la forêt). Tombant sous la douleur, une ombre sort de la voiture et vient se positionner au-dessus de lui avant de lui administrer un coup de hache en plein derrière la tête. A ce moment, Tara se réveille. Ce n’était qu’un rêve prémonitoire ! Elle court dans la forêt en appelant Pluto et le retrouve à côté de la vache avec qui il est en pleine discussion. Ils rentrent ensemble au camp. Ouf.

Le lendemain matin, Pluto a disparu. Ses vêtements sont toujours par terre à côté du feu, la théière vide, ce qui embête Jake parce que c’était pour six personnes. De plus, il a embarqué les téléphones avec lui. Tout le monde décide de partir à sa recherche, se séparant en un groupe de filles et un avec les deux gars. Tout le monde s’enfonce dans la forêt en appelant Pluto mais seul le silence leur répond. Jake et Troy s’arrêtent pour fumer un joint et parler de sexe, de Pluto et des événements d’hier soir. Le plan repasse sur le groupe de filles, dont Holly et Lisa sont occupées à nouveau à s’embrouiller. A tel point que Lisa finit par pousser sa rivale dans un fossé, ce qui n’est pas super sympa. En se relevant, Holly aperçoit alors une main sortant de sous les feuilles mortes, et, relié à cette main, le corps de Pluto ! Terreur, effroi, pleurs, cris. Tara tente de réconforter Holly en lui disant de se calmer (pendant que Lisa est roulée en boule en proie à ce qui se rapproche d’un traumatisme psychologique profond, mais comme elle crie pas, il n’y a pas besoin de la calmer).

Puis Tara s’enfonce un peu plus dans la forêt, attirée par un étrange pressentiment. Et soudain, pouf, prémonition. Elle voit Lisa en train de fuir jusqu’à une cabane au milieu des bois. Sortant de son rêve, elle voit alors au loin la forme du FRÈRE NOIR, voûté, avançant vers elle une hache à la main. Elle retourne vers ses amis, leur criant de fuir, ce qu’elle s’empresse de faire sans chercher à savoir pourquoi. Lisa fuit donc à travers les bois jusqu’à tomber sur oh tiens une cabane au milieu des bois. En l’entendant arriver en criant, les occupants en sortent : ce sont les deux types crades qui ont chopé la chèvre la veille. Même s’ils ont l’air carrément plus flippants que n’importe quel monstre de film d’horreur, elle leur demande de l’aider, et ils la font rentrer à l’intérieur. La scène qui suit est juste sortie de nulle part :

1) Lisa leur demande s’ils ont un téléphone.

2) Chance ! Ils en ont un, juste accroché au mur.

3) Il ne marche pas.

4) Bah ouais, la question c’était est-ce qu’ils ont un téléphone, pas s’il marche lol.

5) L’un des deux mecs chelous arrête pas de baver en faisant de grosses allusions sexuelles.

6) On apprend que les deux mecs chelous sont en fait d’anciens détenus de maison de correction qui avaient été internés pour avoir copulé avec une chèvre et un veau.

7) Ça fait 20 ans qu’ils sont dans la forêt à s’enfiler des champis, ce qui explique leur état un peu pourri.

8) Lisa leur demande s’ils ont une salle de bains.

9) Chance ! Ils en ont une, juste derrière.

10) Lisa s’enferme dans la salle de bains.

11) Elle attrape un morceau de ferraille qui traîne là, prête à se défendre si on tente de l’abuser ou pire.

12) Quelque chose est rentré dans la maison, Lisa se penche pour essayer de voir ce que c’est à travers les trous de la porte.

13) Une main passe soudain à travers le trou de la porte pour essayer de l’attraper et par instinct elle lui assène un coup en plein sur le bras !

14) La scène revient sur Holly et Tara lol.

Holly et Tara se retrouvent comme par enchantement (enfin pas tant que ça, à l’annonce d’un danger mortel lui intimant de fuir de toutes ses forces, Holly a préféré ruser en se planquant derrière un arbre aussi épais qu’un avant-bras de nourrisson) et commencent à courir. Elles débouchent alors sur une rivière tandis que sur la rive d’en face, Troy et Jake qui ont fini de fumer apparemment apparaissent, leur criant de se retrouver plus loin, dans une maison abandonnée (toujours les bons conseils de Jake). Holly et Tara recommencent à courir en longeant la rivière jusqu’à ce que Tara dise à Holly qu’elle avait vu ces événements grâce à ses rêves magiques. Holly la pousse alors en plein dans la boue en lui disant un truc comme « Tu l’avais pas vu venir celle-là hein ? lol » Et c’est ce moment que choisit Tara pour une nouvelle prémonition.

Et c’est là que le film commence doucement à sombrer en-dessous du fond de la mer qu’il avait déjà atteint. En effet, dans cette prémonition, Tara voit Lisa courir dehors, se cacher à proximité d’un enchevêtrement de branches. Les deux indigènes irlandais apparaissent alors, armés, en disant « On aurait pas dû te laisser sortir, il connait ton odeur maintenant » mais Lisa se cache au milieu de ce gros tas de branches, pour tomber nez à nez avec une sorte de créature mi-homme mi-bête aux dents aiguisées et qui l’attaque après qu’elle lui a offert un bonbon. OUI ! C’est ça la prémonition ! Alors qui connaît l’odeur de qui, qu’est-ce que c’était que ce bras qui avait tenté d’attraper Lisa dans la maison, pourquoi les deux indigènes la poursuivent, armés de haches rudimentaires ? La réponse est simple : on ne le saura jamais.

En effet, suite à cette vision, Tara se relève de la boue dans laquelle elle patauge depuis tout à l’heure et lâche sans pression : « Lisa est morte ». Holly ne veut pas la croire (et on la comprend un peu pour le coup) mais l’héroïne blonde lui intime de tirer la corde attachée au poteau qui se trouve à quelques mètres de la rive, en plein milieu de l’eau. Sans poser plus de questions, Holly s’exécute et oh ! le corps de Lisa est attaché au bout de la corde. Cris, pleurs, cris, et recris. A ce moment, Holly décide que Tara fait un peu légèrement flipper sa race et lui demande qui sera le prochain sur la liste, ce à quoi elle lui répond : « C’est moi ». Il n’en faut pas plus pour la courageuse Holly qui décide d’abandonner sa pote pour pas avoir à mourir bêtement, et disparaît en avançant le long de la rive, abandonnant Tara à son triste sort.

Le plan passe directement sur Holly suite à cela, alors qu’elle avance au milieu de roseaux, de l’eau jusqu’à la taille. Soudain, elle s’arrête de marcher, comme interpellé par quelque chose, probablement une intervention divine, ou un insecte qui brille. Et là, forcément, LE FRÈRE NOIR ALLEZ LA sort de l’eau sans un bruit, juste derrière elle, la chope à deux bras et se jette dans la rivière en entraînant l’infortunée Holly qui aura passé la moitié du film à crier.

Pendant ce temps, Tara a eu la vision de son amie en train de se faire avoir comme une débutante et décide de rejoindre la maison abandonnée, en ramassant une hache qui traînait là dans l’eau comme par magie. On arrive alors à ladite maison où Jake et Troy viennent d’arriver. Ils pénètrent à l’intérieur, découvrant des vestiges de l’antique asile du FRÈRE NOIR où les cris des damnés raisonnent encore entre ces murs maudits. Ils commencent à paniquer un peu et courent sans réel but jusqu’à ce que Jake passe une porte qui se referme derrière lui tandis que Troy se fait poignarder dans le ventre par un mystérieux tueur qu’on ne voit pas et meurt. Oui voilà, ne cherchez pas à comprendre. Jake de son côté est trop terrifié et se jette de la fenêtre du troisième étage, s’explosant la jambe dont l’os ressort assez salement. Heureusement, Tara arrive à ce moment, et l’aide à se relever, lui disant qu’en se serrant les coudes ils peuvent s’en sortir. Oui, ça aurait été moins bête de ne pas se séparer dès le début mais bon, film d’horreur oblige, etc, etc…

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Ça a l’air de faire marrer Jake d’avoir perdu la moitié de sa jambe. Et regardez la justesse, la maîtrise des émotions, le flux des sentiments qu’on peut percevoir à travers le regard de Tara (qui doit être en train de mater le perchiste…)

Mais voilà LE FRÈRE NOIR HAHAHAHAHAHA qui apparaît au détour d’un arbre, marchant vouté à 500 mètres d’eux. Tara dit à Jake de rester où il est (de toute manière vu l’état de sa jambe il aurait difficilement pu faire autrement) et avance, armée de sa hache. Jake entend alors un bruit au-dessus de lui, lève la tête et là LE FRÈRE NOIR ENCORE TU T’Y ATTENDAIS PAS EN GROS PLAN EN PLUS INCROYABLE TELLEMENT INCROYABLE. Mortellement blessé par cette apparition du visage en gros plan du FRERE NOIR, Jake s’écroule lourdement, ce qui fait se retourner Tara qui court vers lui en paniquant. Mais il est trop tard pour lui, et il s’éteint en lui disant « Je t’ai toujours aimé ». Tara commence à pleurer au-dessus de son corps puis prend conscience que ce n’est peut-être pas très pertinent de rester là et reprend sa course. Elle fait bien car à environ 12 kilomètres au loin, on peut distinguer la silhouette encore plus courbée, avançant à la vitesse fulgurante d’une queue à la caisse d’un supermarché un samedi après-midi. Malgré cela, Tara ne semble pas parvenir à le distancer, puisque pendant deux minutes vont se succéder des plans où elle court et des plans du FRÈRE NOIR qui continue à marcher comme s’il était en train de chercher des chataignes sous les feuilles.

Finalement, Tara arrive à rejoindre le campement. La police est là, avec des ambulances, et on peut voir des gardiens de la paix embarquer les deux indigènes, apparemment persuadés qu’il s’agit des assassins malgré le fait que blondinette n’arrête pas de répéter : « C’est pas eux les tueurs, c’est pas eux les tueurs » mais comme disait Giovanni, maître de l’arène de Jadielle, il faut toujours désigner un coupable alors autant prendre ceux qui en ont la tronche. Tara quant à elle est prise en charge par l’équipe médicale et emmenée en ambulance loin de ce lieu de perdition.

A l’intérieur du véhicule, le médecin qui s’occupe d’elle commence à lui taper la discute, parce qu’il est américain lui aussi. Mais à ce moment, le téléphone de Tara se met à sonner. Le fameux téléphone qui était censé avoir été volé par Pluto ! Tout lui revient alors en tête : c’était elle la meurtrière depuis le début. Chaque scène d’assassinat voient LE FRÈRE NOIR SA MÈRE se faire remplacer par Tara, apparemment sous l’emprise du champignon maudit depuis le début et animée d’une rage meurtrière, jusqu’à tuer Jake en se faisant à elle-même la fameuse déclaration d’amour finale. C’est elle qui s’était cachée derrière un arbre et avait fait croire à Pluto qu’il parlait à une vache avant de lui balancer un coup de hache en travers du crâne. C’est elle qui a explosé la tronche de Lisa sous les frondaisons avant d’aller l’attacher à une corde, juste avant de suivre Holly pour aller la noyer, rejoindre la maison pour poignarder Troy et mettre fin aux jours de Jake. Tout prend sens (enfin un petit peu quoi) puis Tara décide de buter l’ambulancier. Le film s’achève sur le plan de la vitre de l’ambulance, par laquelle Tara regarde, couverte du sang de sa dernière victime. FIN.

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En conclusion, on peut donc dire de Shrooms qu’il s’agit d’un teen movie d’horreur comme on en fait des millions, bourré de clichés, d’incohérences et de plans mal filmés. Sa seule différence est d’apparaître un peu plus souvent que ses condisciples du même genre dans les classements. Il a pour mérite de ne durer qu’1h20, ce qui n’en fait pas une épreuve insurmontable. Mis à part cela, entre jumpscares inexistants, intrigue inexistante, cohérence qui l’est tout autant, fin bâclée rehaussée d’un rebondissement qu’on voit poindre dès les vingt premières minutes, des personnages pas attachants, pas charismatiques et qui pourraient servir de définition au mot caricature… Et si l’on pensait pouvoir se rattraper sur l’aspect gore pour combler un peu maladroitement cet ensemble précaire et vide, on sera vite déçu quand on découvrira que les seules gouttes d’hémoglobine sont celles qui parsèment gentiment le visage des personnages quand ils tombent un peu trop rudement ou se prennent des branches d’arbre. Bref, un film d’horreur comme il s’en fait malheureusement à foison et qui constituent la majorité de la bibliothèque du genre. Amen Shrooms, tu ne resteras pas dans mon esprit : la preuve en est, j’ai dû me retaper certaines de tes scènes pour me rappeler de ce qu’il se passait malgré le fait que j’ai écrit cet article le lendemain de ton visionnage. En espérant que je ne me souviendrais pas de toi lors de mes prochaines prises de stupéfiants sous forme d’amanites.

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