The Blade c’est nul

Tsui Hark est un réalisateur hongkongais qui jouit d’une belle réputation parmi les amateurs de films de baston et les puristes du cinéma de genre asiatique. Le genre de mec qui suscite une forme de respect convenu dès que son nom est évoqué. Le genre de mec que tu dois connaître si tu veux briller en société (je parle d’une microsociété bien définie et toujours déterminée à fixer les codes du bon et du mauvais goût). Alors avec mon cinéphile de coloc, on s’est dit que ce serait pas mal de se mettre à la page et d’aller jeter un œil à la filmo de Tsui Hark. C’était il y a quoi ? Un an et demi ? Et on a regardé Time and Tide. « Vous allez voir, c’est génial ». Aujourd’hui je ne me souviens quasiment que de flashs, de chinois en costards et de lunettes de soleil mal ajustées. AUTANT VOUS DIRE QUE CELA NE NOUS A PAS VRAIMENT MARQUÉS. Complexe mais spécieux, mouvements de caméra expérimentaux, peut-être un manque de fibre sensible à un certain cinéma, j’en sais rien.

Et puis, allez, poussés par d’autres commentaires dithyrambiques, on a maté The Blade. A priori, ça nous bottait plus, parce que c’est un remake plus ou moins avoué de la trilogie du Sabreur Manchot, Un Seul Bras Les Tua Tous, Le Bras de la Vengeance, La Rage du Tigre,un truc des Shawn Brothers bien fendard qui a notamment inspiré Tarantino pour Kill Bill.Du bon fight à l’ancienne avec plein d’honneur chinois à l’intérieur, des mecs qui volent dans les airs accrochés à des fils, du carton-pâte et des acteurs que tu retrouves dans les différents films avec différents rôles.

The Blade donc. Première chose, j’ai pas vu énormément de nouveautés sur le plan du remake. Globalement, on reste sur une histoire – au regard de mon expérience de ce genre de film – classique. Le schéma est clair, lisible, convenu, ce qui, en soi, n’est pas vraiment un défaut. En gros, au début, le mec est victimisé, estropié, puis vient la phase d’apprentissage qui laisse place au moment où il défonce tout le monde avant de repartir en mode Poor Lonesome Fighter.

Pour ce qui est de la narration, en revanche, il y a un ajustement : on met en place un personnage féminin, témoin et actrice des événements, qui raconte tout le bordel. Cette femme est supposée être au centre d’un trio amoureux-amis avec un autre mec, Tête d’Acier, qui, disons-le sans détour, ne sert strictement à rien (il se fait bananer tout le film). Problème, ce trio n’a aucune dynamique, il ne sert qu’à alimenter les fantasmes de la nana qui a envie que les deux bonhommes se battent pour elle. Ce moment n’arrivant jamais, car l’intrigue principale bouffe tout, on se retrouve avec deux personnages qui, à côté du héros, font plus office de pots de fleurs que de faire-valoir. Le pire, c’est que le film se boucle sur ce trio ectoplasmique, ce qui m’a laissé un peu circonspect car je n’y ai vu aucun intérêt tout au long de l’histoire.

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Passons à la réalisation. Il faut bien reconnaître que Tsui Hark s’efforce d’imprimer du mouvement, voire une certaine frénésie à ses scènes d’action là où elles étaient pour les trois films originaux parfois un peu rébarbatives et mollassonnes. Seulement, j’ai été très déçu par le manque de lisibilité des combats. La plupart d’entre eux se déroule la nuit (sauf le dernier qui est de loin le plus réussi), ce qui n’aide effectivement pas. Le montage est tellement épileptique que t’as l’impression de regarder l’action à l’intérieur d’un blender : je pense notamment à une séquence particulière qui se déroule dans des sortes de barrières de bambous enchevêtrés, en mode « vas-y je te ponds une scène hyper originale avec des perspectives différentes » mais qui a pour seul effet de hacher complètement le rythme et la visibilité. T’as un peu envie de chasser de la main ces bambous de merde, comme t’as envie de chasser le mec qui se met devant ton écran quand tu regardes un match de foot.

Ajoutons à cela des effets de lumière et des mouvements de caméra qui m’ont semblé un peu prétentieux par rapport au sujet et qui m’ont plus amené dans le registre du grotesque que de l’héroïque. J’ajouterais enfin que les interventions incessantes de la narratrice qui déballe ses émois sentimentaux ont pour conséquence de casser la dynamique du film, qui ne connaît jamais cette montée en puissance qui sert bien le genre d’habitude.

Bref, The Blade, c’est un peu comme cette expo d’art contemporain qu’on t’a chaudement recommandée. T’y entres, tu regardes tout, t’aimes pas, tu trouves ça sans intérêt, t’es convaincu que c’est de la merde, mais t’as quand même cette sale impression d’être un plouc parce que tout le monde dit que c’est génial.

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