Marilyn Monroe, la cicatrice, Claude Delay, 2013

Madame Delay,

Je comprends ce besoin que vous avez d’écrire des livres car, je le concède, c’est beaucoup plus marrant que d’organiser des garden parties. D’ailleurs, qu’iriez-vous foutre à organiser des garden parties quand il est évident que vous n’avez pas d’ami ? Gilaine Depis, votre potesse attachée de presse, même si ça ressemble à balle à un service rendu tout ce qu’elle fait pour votre promo, faut pas s’y méprendre : c’est pas dans votre intérêt qu’un paquet de feuillasses aussi limite, signé explicitement de votre main, soit si largement diffusé. Vos petits copains qui égrènent, pour louer la bête, les formules rondelettes en mode Mad Men touretteux – ô on ne sort pas intact de cette lecture ô non – ils le font avec si peu d’ardeur qu’on a du mal à savoir s’ils avaient les yeux ouverts lorsqu’ils l’ont lue. Quant à votre complice principal, Monsieur Fayard, n’a-t-il pas agi comme votre pire ennemi en publiant directos sans relecture votre premier jet ?

Je vous offre donc, Madame, mon amitié la plus pure.

Cordialement,

Gibet.

tiers

On a toujours besoin d’un plus middle-class que soi

Le 07/11/2013, Lune me dit : « Y’a un nouveau bouquin sur Marilyn qu’est dans toutes les librairies. Ça a l’air nul. » Moi : « Ah bon, c’est quoi ? » Lune : « Euh, ça s’appelle La cicatrice. » Moi : « Haha ! Je suis sûr en couv y’a une photo de Stern où on voit la cicatrice de Marilyn sur son ventre, et en 4ème de la bullshit psychanalytique. »

Voici la couverture :

cicat

Voici la quatrième de couverture :

On croyait tout savoir du destin tragique de la petite Norma Jeane, née illégitime le 1er juin 1926 dans la « Cité des Anges », fille non désirée d’une Gladys déchue dont on la sépare dès la naissance. Et pourtant…
Norma à l’orphelinat et Gladys à l’asile : voilà le programme d’une vie. Voilà le cœur de ce livre. Cette béance inaugurale, cette blessure fondatrice, Marilyn Monroe s’épuisera en vain à les combler. Scène primitive d’une enfance jamais exorcisée qu’elle ne cessera de rejouer au long de sa trop courte existence.
Elle appellera ses trois maris « Papa », comme du reste tous les hommes de sa vie –à l’exception de son dernier amant, son « Prez », John Fitzgerald Kennedy. Ses maîtres à penser ? Rilke et Lee Strasberg. Ses maîtres à jouer ? John Huston, Billy Wilder, Mankiewicz, Cukor, Logan, Nunnally Johnson. Ses maîtres à mourir ? La petite fille de trente-six ans emporte avec elle son énigme.
Claude Delay s’attache ici à élucider, pas à pas, la généalogie des chocs affectifs de Marilyn, tel un sismographe qui enregistre les lignes de faille d’un terrain que n’auront cessé de menacer, dès le premier jour, les « tremblement de père et tremblement de mère » dévastateurs.

Bingo ! Hélas, contrairement au cas des moines habillés en lanternes, le contenu est ici en adéquation avec la devanture : présomptueux, pédant, de mauvais goût. Eh ouais, fat tatanne dans ta tronche, pop sagesse : on peut juger un livre à sa couv.

Tout ceci ne serait pas tip top grave – après tout, on la droit d’être con et laid, je me suis jusqu’alors pas particulièrement fait arrêter – si le machin cumulait pas en surplus toutes les marques de l’objet Marilyn conçu pour faire du flouze facile :

1) on joue sur la Marilyn sexy – même s’ils ont choisi une ratée bien laideronne, la nudité de Monroe est bel et bien là pour accrocher l’oeil, surtout avec ses roses roses immondes qui renvoient gentiment à un imaginaire girly suave soft porn où les bitches ont des règles douloureuses ;

2) on promet du scoop, « On croyait tout savoir… Et pourtant… » – comme d’hab cette promesse débouchera (sorry je te spoile dès l’entrée) sur que dalle, Delay n’apportant rien de nouveau en terme de fait ou d’analyse ;

3) on sort le bouquin à une occaz particulièrement opportune, en l’occurrence les fêtes de fin d’année – cinéphiles de France, vous laissez pas faire, si on vous a foutu ce truc entre les mains à Noël, écrivez-moi, y’a moyen de se faire pas mal de thunes avec un procès groupé.

Je sais pas toi mais ce film m'a fait prendre tragiquement conscience de mon corps : y'a Julia Roberts qui dit vazy si t'as des gros eins le cosmos va te bouffer dans la main - moi je dis sérieux je vais à la station ESSO je réclame trois centimes de bonbecs gratos pour le bon prétexte que j'ai des gros eins - je marchais j'étais l'orgueil j'étais l'ambition j'étais le lion guedin dans les rues de l'existence - j'arrive à la station je dis eh grognasse tu me files trois centimes de – j'avais pas de eins en fait. Je suis rien, je suis un mec avec des couilles qui servent à rien.

Je sais pas toi mais ce film m’a fait prendre tragiquement conscience de mon corps : y’a Julia Roberts qui dit vazy si t’as des gros eins le cosmos va te bouffer dans la main – moi je dis sérieux je vais à la station ESSO je réclame trois centimes de bonbecs gratos pour le bon prétexte que j’ai des gros eins – je marchais j’étais l’orgueil j’étais l’ambition j’étais le lion guedin dans les rues de l’existence – j’arrive à la station je dis eh grognasse tu me files trois centimes de – j’avais pas de eins en fait. Je suis rien, je suis un mec avec des couilles qui servent à rien.

À ce stade de la toise, la question lancinante n’arrive plus à se taire : mais qui est cette foutue Claude Delay ? Hypothèse 1 : pour s’appeler Claude, il faut que ce soit une vieille. Hypothèse 2 : pour faire un projet pareil, il faut que ce soit une vieille psychanalyste. Les deux hypothèses se confirment en un saut sur la page Wiki – mais ce n’est pas tout. On y apprend d’abord à la respecter puisqu’apparemment elle a obtenu, pour un de ses romans, le prix littéraire Trente Millions d’amis.

gio

On y apprend en outre que Madame Delay est, à l’instar de Stéphanie des Horts, une spécialiste de la biographie meurtrie pour lectorat ridé, dans la mesure où elle a à son actif pas moins de quatre ou cinq autres textes à tendance hagiographique. Là où ça devient un peu craignos, c’est qu’on se rend compte très rapidement que tout ça entre dans une pratique mondaine et courtisane a priori assez malsaine : Claude Delay écrit sur sa caste et pour sa caste. Dans les 70s, Madame pond Roger la grenouille sur Roger Spinhirny, le boss d’un des restos les plus fameux de la ville ampoule et c’est vendu comme un « portrait-souvenir », sous-entendu un volume qui scande à chaque page « qu’est-ce qu’il était sympa olala, qu’est-ce qu’on était copains ouloulou ». Dans les 70s encore, Madame conçoit Chanel solitaire, biographie sur tu-sais-qui, parce que Madame était très copine avec Coco. Le ton à nouveau se borne à des « qu’est-ce qu’elle était bien brave pfiou ». En 1998, Madame laisse imprimer ses bavardages avec le peintre Zao Wou-Ki (encore un pote). En 2007, Madame signe Giacometti, Alberto et Diego, L’histoire cachée,parce que Madame était – ça s’arrête jamais – très copine avec Diego (savoureux extrait de la page Wiki de Madame : « À l’occasion du mariage de Raoul Tubiana et de Claude Delay, en 1972, Diego leur offrit « un couple en bronze se tenant par la main ». De son côté, Raoul Tubiana possédait une main sculptée par Alberto ; Diego sculpta alors une main de Claude Delay. « C’est ainsi que nous avons des mains en bronze des deux frères », indique Raoul Tubiana. »). Là tu vas me dire : ok mais comment tu fais rentrer le bouquin sur Marilyn dans cette liste ? Pendant 300 pages, j’ai cru que c’était peine perdue, que j’allais devoir me tortiller la mauvaise foi pour relier le tout. Et là je tombe sur la Postface de Madame :

Je tiens à remercier mon ami Jacques Polge, le créateur des parfums Chanel, de m’avoir adressé l’original d’un poème de René Char, dont il était l’intime (…)

Vlam. Dans le genre petit copinage aristocratique, ça y va sec et fort. Est-ce qu’on doit voir un lien entre la relance marketing Chanel n°5 fin 2013 carrément axée Marilyn – style on retourne aux vieilles recettes après le bide de la campagne Brad Pitt poilu – et la publication de ce bouquin au même moment ?

Ah au fait : Madame a reçu trois prix de l’Académie française.

Ah au fait : son père et sa sœur font partie de l’Académie française.

Quand je vois des trucs comme ça, cher lecteur, je suis plus sûr que les franc maçons ce soye que dans la tête de Dan Brown.

Quand je vois des trucs comme ça, cher lecteur, je suis plus sûr que les franc maçons ce soye que dans la tête de Dan Brown.

C’est mimi de s’écrire des gros pavés d’amour pour entretenir le lien social, Claude ; chez nous les pauvres on fait un peu pareil, on prend des vieilles photos, on allume Movie Maker (ça plante beaucoup mais on fait avec), on se met notre préférée de Calogero et des fondus sympas, et voilà, on pleure on rit. T’avais jamais entendu parler de ça, Claude ? C’EST NORMAL CAR NOUS ON LES PUBLIE PAS CES MERDIERS

Le plus triste dans tout ça, c’est que comme je disais en intro, y’a personne parmi toute cette bande de joyeux petits camarades qui est sorti du rang pour dire : « euh dis, Claude, faudrait que tu retravailles ton tapuscrit parce qu’en l’état y’a quelque chose mais ça tient pas debout ». Car oui, revenons-en enfin à notre bien-aimée Marilyn : La cicatrice, ça tient pas debout.

Le livre, avant même qu’on ait atteint les premières phrases de l’auteure, se place sous le signe du raccourci et de la malhonnêteté intellectuelle. Mise en exergue, on a la citation suivante : « I wanna be loved by you… ». Traduction : « Je veux être aimée de vous… ». On voit venir Delay : ah cette soif insatiable d’attention et d’amour qu’ont les stars ! Marilyn veut conquérir le cœur de tous, veut brûler d’être regardée par tous les yeux ! Mais la traduction proposée par Delay est bidon. Traduire le you par la deuxième personne du pluriel crée une ambiguïté qui n’a pas lieu d’être. Delay a volontairement éludé la suite de la chanson, qui est tout le contraire d’un geste d’offrande à un groupe :

I wanna be loved by you
Just you
Nobody else but you
I wanna be loved by you
Alone

 On peut pas faire plus explicitement exclusif comme déclaration ! Plus clairement, il faudrait traduire : « Je veux être aimée de toi ». C’est pas du tout pareil, t’es d’accord ? Après, pour la défense de Delay, c’est vrai que, comme dans les premières chansons des Beatles, le « you » n’est pas caractérisé, et qu’il vise insidieusement l’intégralité du groupe public puisqu’il vise indifféremment chaque individu du groupe public (la chanson TE parle, mais elle parle en même temps à chacun). BREF : si on veut s’attarder sur le I wanna be loved by you, y’a certainement autre chose à en foutre qu’une citation modelée à l’arrache pour glisser peinard dans une thèse qui enfonce fièrement les portes ouvertes – Marilyn était très triste car elle n’avait pas du tout de papa et presque pas de maman.

Le premier chapitre est pas beaucoup moins accablant. Delay se barre sur des terres totalement stériles. Je crois que l’enjeu pour elle à ce stade est de montrer qu’elle va procéder à une approche littéraire et psychanalytique de la vie de Marilyn Monroe. Comment ça se traduit concrètement ? Tu connais Comment rendre un texte incompréhensible de Pierre Bayard ? Tiens voilà un lien, va lire si t’as deux minutes, Bayard est un mec franchement rusé, avec qui tu trouveras toujours matière à te marrer sans perdre en cervelet. Dans ce petit article, Bayard distingue six procédés qui contribuent à l’opacité d’un texte :notions non définies, syntaxe complexe, allusions obscures, excès de densité, défauts d’articulation et finalité incertaine. Delay obtient avec ce premier chapitre un joli score de 5/6.

Syntaxe complexe :

Le mot anglais, encore plus inexpugnable, désigne le désir et la poursuite des criminels, le même, et l’écriteau accusant sa proie. (p.11)

Allusions obscures :

L’inconscient, on le sait, ne connaît pas le temps. (p.10)
La folie, l’hérédité, l’abandon, la peur aimantent le parcours de sa glorieuse féminité, dont nous chercherons les « moments biographiques », autant de fils rouges capables de nous donner la direction, pour comprendre sa trajectoire. (ibid.)

Excès de densité :

Elle excite et émeut, sa grâce pétille, effervescente comme du champagne. « Idole, elle doit se dorer pour être adorée », dit Baudelaire de la femme. C’est Marilyn qui inspirera au président John Fitzgerald Kennedy ces mots dans son carnet intime : « Je suis dans la blonde. » Alerte rouge et stupeur pharmaceutique n’y changeront rien : elle fait rêver. (p.11)

Défauts d’articulation :

Sa mère va glisser dans la folie et engendrer la terreur : sombrer dans sa malédiction. « La vie est un chevreuil blessé, écrivait Gongora. Les flèches lui donnent des ailes. » (p.9)

Finalité incertaine : bon pour ça je devrais citer tout le chapitre, tu me crois sur parole allez ?

Mais pourquoi Claudette se fout-elle ainsi de nos trognes ? On n’est pas dupes : cette sophistication – qui je le crains rentre encore dans une démarche aristocratique ; c’est une obscurité de connivence, Delay dit « on le sait » alors que je le sais pas, c’est donc qu’elle s’adresse à sa team et souhaite exclure les autres – c’est un trompe-l’œil pour donner l’illusion de profondeur. Si on dépouille le propos de ses cinq effets pourris, on se retrouve avec deux pauvres bouts de banalités psychanalytiques. Moi je crois que Delay veut qu’on fasse le boulot à sa place. Elle a pas trouvé grand-chose à dire sur Marilyn, alors elle a calé des zones d’ombre pour que les plus courageux fassent la lumière. Si tu comprends quelque chose, elle dira que t’as compris. Si tu comprends rien, elle dira que chacun doit se faire son avis.

Moi je crois que Delay, elle en a rien à battre de Marilyn Monroe. Ce serait – je peux pas le prouver mais j’en suis persuadé – une sorte de livre de commande. Et si c’est pas un livre de commande, c’est encore pire : Delay méprise Monroe. Elle la réifie pour se faire mousser, notre chère Norma n’est rien de plus qu’un prétexte pour noircir 300 pages et quelques. Car la suite du bouquin – je te rassure : ça reviendra jamais aussi pire que dans le premier chapitre – elle est structurée par trois grands traits caractéristiques qui trahissent le fait que Delay a écrit ça par dessus la jambe en freestylant à partir de machins choses versés en vrac dans la marmite.

1) Le manque absolu de rigueur

a) Le travail de datation est chaotique. On n’a rarement plus d’une date toutes les dix pages. Ainsi la chronologie est hyper floue, d’autant plus que Delay peut faire passer six mois importants dans une ellipse entre deux phrases, comme elle peut choisir de se concentrer sur une heure anodine.

b) Le travail de hiérarchisation des informations est absent. L’exemple le plus aberrant : page 136, tu as, après une courte évocation du tournage de Sept ans de réflexion, ce paragraphe

Billy Wilder a échappé de peu aux chambres à gaz, et en a subi de dures dans son existence. « Moi, je suis ici, parce que je ne voulais pas être dans un four crématoire. » Son odyssée, il la met dans le gouffre aux chimères. Izzy Diamond, son scénariste, dit de son œuvre qu’elle est une combinaison aigre-douce, comme la vie. Il a décelé le génie comique de Marilyn, cette spontanéité particulière dont il tirera des trésors.

Comment est-ce qu’on peut dire un truc aussi ouf et passer immédiatement à autre chose ? Au fait j’ai un cancer.

c) Le travail sur les sources est nullissime. Tu as grand maximum trois informations qui sont sourcées. Le reste du temps, Madame sort le matos de son pouce. Et significativement, elle prend à côté de ça bien soin de noter d’où vient son interminable diarrhée de citations hors sujet. Page 66, Marilyn couche avec Chaplin Junior, tombe enceinte et avorte. Source ? Aucune. Page 75 : « [Marilyn] mentira beaucoup au sujet de ses orgasmes. » Source ? AUCUNE. Page 19 : « À l’église, dans le tonnerre des orgues, Norma Jeane grisée par les choeurs et les encens s’imaginait nue. Un désir fou de quitter ses vêtements la traversait. Sans vêtements, elle serait la plus belle. Frémissante de désir et sans aucun sentiment de péché, « Je voulais que les gens me voient nue, parce que j’avais honte des habits que je portais ». Peut-être que, dans son inconscient d’enfant, elle veut renaître. On naît nue, et elle aurait ainsi un père, comme les autres. En petite fille fascinée par la sexualité, elle se voyait aussi passer par-dessus les fidèles agenouillés, sans culotte sous la robe… Le fantasme est d’autant plus comique que Marilyn le réalisera : elle fut la seule actrice peut-être à ne jamais porter de dessous. » Sources ? AUCUNE !!!! Je ne doute pas que pour la majeure partie de ces faits, Delay a pioché dans les ouvrages cités en bibliographie mais si tu mates la bibliographie, tu peux voir qu’elle s’est basé sur, entre autres, Enquête sur un assassinat de Don Wolfe et Marilyn Monroe d’Anne Plantagenet (dont je parlerai une autre fois) : c’est bien, sauf que ces deux bouquins souffrent aussi du problème de sources. Delay, de toute façon, cherche le gossip, pas la vérité.

d) Le contresens volontaire. Parfois ça l’arrange, alors Delay trafique. On a déjà parlé de la citation en ouverture. Y’a quelques autres occurrences de cette mauvaise foi. Par exemple, Delay nous explique page 54 que Zanuck était cynique car sa devise était : « faites de la bonne merde ». Alors déjà j’ai cherché et j’ai trouvé nulle part que c’était sa devise. Et puis surtout ma cocotte, tu m’as l’air d’avoir traduit littéralement une tournure argotique. « Faites de la bonne merde », ça fait comme s’il disait « Faites un film nul mais efficace » – alors qu’il a probablement dit, s’il a dit quelque chose, « Make some good shit » et ça veut dire au contraire « Faites un bon film ». Peut-être que t’aurais besoin de quelques petits resserrages de boulons en anglais, Claudette ?

2) Le délire psychanalytique, alimenté par des jeux sur les mots et des citations. Là, je ne peux rien faire d’autre que montrer des exemples :

Sa candeur cosmique et sa voix d’enfant vaincront ses réticences : il tombe amoureux. « C’est cela qui s’appelle destin : être en face », écrivait Rilke. (p.48)
Il lui montre dans un livre d’enluminures un double MM et le lui fait épeler : « Memento Mori », « souviens-toi que tu es mortel ». Ces deux M auront leur importance dans sa vie. (ibid.)
Ben Lyon propose en prénom Marilyn… C’était celui d’une danseuse des Ziegfield’s Follies, Marilyn Miller, à laquelle elle ressemblait et pour laquelle il avait eu un faible. Les fatalités sont tenaces. (p. 56)
Miss Mmmm devenue Monroe garde sa relation démesurée avec le M : M résonne aussi comme « aime » en français ! Le m de Maman, le maternel omniprésent, le « Memento Mori » du livre saint de Turio, sinistre augure, et murmure… (ibid.)
« Il faut avoir du chaos en soi pour accoucher d’une étoile qui danse », soutenait Nietzsche. Elle sait, depuis toute petite, dans le dortoir de l’orphelinat que les étoiles ne tombent pas. Mais que les femmes pleurent.  (p.58)
Marilyn a toujours eu une sensibilité particulière aux hommes porteurs de lunettes. Est-ce que parce que son père ne l’a jamais regardée ? (p. 73)
Jean Genet a écrit : « On n’est pas artiste sans qu’un grand malheur s’en soit mêlé. » Lui ne connut jamais sa mère, cette Gabrielle dont il rêva toute sa vie, et ne reçut à sa venue au monde que son nom – Jean Genet, « je nais » ou « je n’ai ». Toute sa vie, il fleurirait de genêts, cette fleur sauvage, sa génitrice inconnue, avec ses lèvres, des Genet. (p. 78)

Et c’est encore pire quand Claude lâche la bride et intègre des citations populaires à son texte…

Le cinéma s’est bâti sur bien des genoux féminins. Les belles s’agenouillent pour les menus services de table, si l’on peut ainsi nommer les douceurs dont elles gratifient la sexualité défaillante de leur partenaire. La recette est éternelle, une chanson française de chambrée l’immortalise :
« Si tu veux faire mon bonheur,
Marguerite, Marguerite,
Si tu veux faire mon bonheur,
Suce ma bite avec ardeur. » (p.59/60)
Ben Lyon a repéré Marilyn. « Cette fille, elle est extra pour les pipes. » Gageons qu’il parlait d’expérience, lui qui lui mit le pied à l’étrier. « À cheval sur mon papa, au pas, au pas, au pas… » Les dadas et les daddies resteront inséparables pour Marilyn. Giocare, jouer, n’a jamais été aussi proche de joculare, éjaculer, et gaudere de jouir. (p.60)

3) L’absence de relecture. Deux beaux exemples :

Marilyn flâne à Doheny, va constamment ouvrir sa porte aux enfants costumés pour Halloween lorsqu’ils sonnent, les comble de pommes et de petits gâteaux que confectionne la sœur de Joe. (p.124)

À Doheny, Marilyn, elle y a vécu au moins plusieurs mois. Tu vas pas me dire que pendant plusieurs mois les enfants sont venus toquer pour Halloween ? Ou alors tout ce que je pensais s’effondre : Marilyn est une authentique gourdasse, encore pire que les cruches tarées qu’elle incarne ; il suffit – les gosses du quartier se sont passés le mot – que tu sonnes à sa porte avec une citrouille taillée sur la tête, et elle croit qu’on est le 31 octobre. Quoi qu’il en soit, cette phrase est incorrecte grammaticalement : Delay utilise du présent d’habitude là où il ne peut logiquement pas y avoir d’habitude.

Elle aimait plus que tout les nuages et dormir en avion. On croit entendre Faulkner dans Tandis que j’agonise : [longue citation] (p. 139)

Delay dit une phrase, puis dit que cette phrase c’est quasi-du Faulkner. En vrai, elle a simplement mis « On croit entendre » pour faire une transition jolie avec ce qui précédait, sauf qu’elle a oublié de restituer ce qui apparemment seraient des paroles de Marilyn au discours direct, du coup ça donne juste l’impression qu’elle est en train de louer sa propre phrase. D’ailleurs, si on joue le jeu de la psychanalyse, cette négligence n’est pas un hasard…

Conclusion : je sais pas qu’il y a un public pour ça, alors si tu as envie de voir une vieille se branler, fonce ; par contre si tu aimes Marilyn Monroe, le cinéma ou lire des livres, je te conseille de regarder un film avec Marilyn Monroe, un film ou de lire un livre.

marilyn

Parlons de choses un peu plus cools. Devine qui c’est qu’a débarqué dans la boîte mail Lunécile l’autre jour ! Un indice : l’image au-dessus c’est un indice. Ouais, Christian de Metter, l’auteur de De l’autre côté du miroir, est passé faire coucou ! Son mail contient notamment un mimi mea culpa :

Je réalise actuellement quelques peintures sur Marilyn et je tombe par hasard sur votre blog. Vous avez entièrement raison à propos des bulles de ma bande-dessinée mais je suis seul responsable. Je n’ai jamais lu de BD ni appris à en faire et je continue d’apprendre. J’avais choisi ce style pensant restructurer mes dessins qui sont perçus comme flous et bringuebalants et… c’était raté. Si elle devait ressortir je retravaillerais cela.
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s