La Vie d’Adèle c’est pas mal

Crois pas, cher lecteur, que c’est parce qu’on publie depuis quelques poignées de semaine grosso modo un article tous les mois que cet article mensuel est beurré ferme, avec la tranche d’un peigne fin. Quand on publie rien, c’est qu’on écrit rien ; on est pas trop du genre stockeurs, à garder sous le coude pour peaufiner. C’est nous qui à la fin chanterons maintenant. La preuve : cette petite discussion à trois ou quatre paires de mains – celle de Robin, Jean-David, Lune et moi – sur La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche (au début je voulais faire une astuce genre La Vie d’Abdel mais Robin m’a signalé que ledit Adbel avait prévu de titrer ainsi son making-of et je préfère laisser au cinéaste christique du cinéma français la primauté de la blague, il en a plus besoin que moi) est particulièrement bordélique.

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Gibet : Robin, un avis sur Kechiche en général ? Partons de là.

Robin : J’ai pas d’avis vraiment poussé sur l’œuvre de Kechiche, j’ai pas vu tous ses films. Mais son image, à travers ses interventions, elle m’énerve. J’aime pas le fait qu’il se pose en espèce de victime d’un système, qui pourtant, l’encense à chacun de ses films. La presse, les Césars, à chaque fois il rafle tout et il se permet de se plaindre encore et toujours. Il trouve le moyen d’engueuler Léa Seydoux pour ses liens avec les productions cinématographiques alors qu’il l’a pourtant engagé. Bref, le personnage m’est assez antipathique, pour tout dire. Qu’il arrête de faire le malheureux, de se la jouer rebelle du système, et qu’il se rende enfin compte qu’il en fait partie, et fort heureusement pour lui, sinon il pourrait pas faire ses films où il jouit d’une très grande liberté.

Jean-David : Je suis plutôt d’accord sur l’homme en lui même ; la tribune qu’il vient de faire paraître sur le site de Rue89, après s’être expliqué longuement dans un certain nombre de revues, dont Les Cahiers du cinéma avec un dossier très bien fait, apparaît vraiment inutile ; pourquoi en rajouter ? Il se pose en tant que victime alors qu’il a déjà la chance de faire des films, et pas n’importe lesquels. Pour ce qui est de l’œuvre elle-même, à part La Vénus Noire qui m’a semblé un peu moins personnel et attirant, je respecte beaucoup. Il a le chic pour trouver des interprètes de talent, il arrive généralement bien à filmer des micro-phénomènes de société et il porte une attention particulière au cadre, ce qui n’est pas déplaisant.

Robin : Dans son attitude, il y a aussi ce côté vengeur masqué du cinéma français face aux gros vilains américains, ce côté puriste d’un cinéma dépouillé de tous artifices qui m’agace un peu (on le retrouve dans La Vie d’Adèle, à travers le personnage du comédien qui joue dans des productions Hollywoodiennes)… ça m’agace car ça correspond à une vision très archétypale de la production cinématographique qui est datée et qui ne trouve pas de vérification dans la réalité.

Gibet : Pour ce qui est de l’américanophobie, dans le film, je l’ai pas trouvé gênante du tout, c’est vraiment ténu, et amené de manière ludique (et je trouve pas que ce soit injuste comme pic, Robin). Mais bon, contrairement à vous, j’ai jamais vraiment écouté ce que raconte Kechiche en interview (j’avais maté une interview de lui sur Youtube et j’avais trouvé ça chiant et creux, alors j’ai pas cherché à approfondir), ce qui me rend peut-être moins attentif à certains aspects comme ceux-là… En tout cas, je trouve que si on entre pas dans le film déjà méfiant, y’a pas de risque qu’on soit dérangé par ces 45 secondes de dialogue.

Jean-David : On lui a beaucoup reproché cette américanophobie c’est vrai et lui-même se décrit souvent comme un ambassadeur désigné du cinéma à la française ; il l’est certainement un peu à travers sa francophonie et les prix qu’il a pu recevoir mais pas plus que d’autres effectivement. Par ailleurs son statut est tout de même assez unique. Au-delà de ce qu’il peut représenter, les conditions de ses tournages sont vraiment exceptionnelles. Pour La Vie d’Adèle il a fait 750 heures de rushes (lui dit 250, ce qui est déjà pas mal). C’est un luxe que peu de cinéastes peuvent se permettre.

Robin : Oui, d’ailleurs, Adèle Exarchopoulos a indiqué que parfois elle était filmée en train de dormir ou manger en dehors des prises, ce qui montre un peu l’envergure de son ambition, de son implication dans le projet, de sa farouche envie de capter tous les moments qu’il juge importants pour son œuvre. Mais au final, sur les centaines d’heures de rushes, une quinzaine seulement était exploitable au montage.

Jean-David : J’aime beaucoup son désir de cinéma que l’on peut entrevoir à travers cette quête inexorable. C’est ce que j’essaye de retenir de toutes ces heures de rushes gaspillées (il a confié en interview qu’il ne ferait sans doute qu’un clap pour son prochain film). Au final ce qui ressort de toutes ces interviews et de la vision du film c’est qu’il y a l’homme d’un côté et son œuvre de l’autre, je me trompe ?

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Robin : Je sais pas trop si on peut dire ça comme ça. Dans La Vie d’Adèle, on retrouve beaucoup de Kechiche. Il a une vraie patte, une vraie approche personnelle de ses personnages … On retrouve beaucoup son côté obsessionnel : sa façon de filmer les bouches en train de manger, ce geste de mastication si présent déjà dans La Graine et le Mulet… C’est sans doute pour ça que j’ai pas énormément apprécié les scènes de sexe, car il y a un voyeurisme, une intrusion très poussée qui peut être un peu gênante. Pour moi les deux, l’homme et l’œuvre, se répondent sans cesse à travers les images.

Jean-David : Oui, mais l’œuvre est apprécié alors que l’homme est mis au pilori.

Robin : Mais ça c’est sans doute parce que son image médiatique est ternie par son propre surjeu des situations. Il pousse beaucoup trop loin sa victimisation, et peut-être aussi parce qu’il a du mal à accepter un son de cloche différent. Je peux aussi, dans une mesure, le comprendre quand on voit comment il a été encensé à Cannes par ses propres actrices. C’est rigolo d’ailleurs que ce soit l’une des incarnations du cinéma qu’il déteste, Spielberg, qui ait présidé le Jury qui lui a remis la palme, même si, pour autant que je sacheLa Vie d’Adèle n’était le choix n°1 de Spielberg.

Jean-David : Je suis d’accord pourtant sur cette continuité entre l’homme et ses œuvres. Ou peut-être plus encore entre les œuvres elles-mêmes. La Vie d’Adèle est tirée d’une BD, certes, mais elle est aussi constituée en partie d’idées tirées d’un préquel de L’Esquive (toute la partie où Adèle est prof). L’utilisation du gros plan aussi est très intéressante à regarder dans ses films. Son chef opérateur a déclaré que le gros plan devenait de plus en plus naturel au fil des films jusqu’à devenir omniprésent pendant le tournage de La Vie d’Adèle.

Robin : Sur La Vie d’Adèle, j’ai adoré la façon dont il a abordé ses personnages. On a là un film sans filtre, brut, et qui du coup devient très intime, ce qui est renforcé comme tu le soulignes par l’utilisation systématique du gros plan. Le film doit une grande part de sa réussite à l’alchimie entre Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos qui forment un duo tout en complicité et sensualité. Le regard posé par Kechiche sur le visage et le corps des deux femmes est particulièrement puissant et évocateur.

Jean-David : Oui ! On comprend pourquoi Spielberg a remis non pas une mais trois palmes d’or. J’ai rarement vu d’interprétation aussi poussée et aussi puissante que celle qui nous est livrée ici. Alliée à ce choix de cadrage, c’est dévastateur. Paradoxalement, comme tu le soulignais tout à l’heure, les scènes de sexe sont ce qui nous paraît le moins intime, on a juste envie de tuer le monteur qui n’a pas essayé de les couper malgré tout. Comparé à tout ces fluides (larmes, morve …) qui ravagent le visage d’Adèle, elles font pâles figures.

Robin : Oui, et en plus elles sont introduites de telle sorte qu’elles donnent au film un côté rébarbatif (Adèle va chez les parents d’Emma/Sexe/Emma va chez les parents d’Adèle/Sexe)… Je préfère retenir deux scènes vraiment marquantes. D’abord lorsqu’Adèle va dans un bar gay puis dans un bar lesbien. On a cette transition fabuleuse de couleur entre le bleu et le jaune, et puis, cette petite Adèle qui découvre un monde un peu étrange, un peu végétal, avec toutes ces belles plantes lesbiennes qui la déshabillent du regard. Se mêlent sur les expressions d’Adèle à la fois de la surprise, de la curiosité et de l’appréhension. C’est une véritable expérience existentielle pour elle et tout ça nous est livré de façon très intime et colorée. J’ai également apprécié la scène du premier baiser échangé pour sa simplicité et son efficacité. Les deux femmes sont au sein d’une nature accueillante et protectrice, et leur visage est filmé de plus en plus près, de plus en plus alterné, jusqu’à ce bisou qui se passe dans un bruissement de vent dans les arbres. C’est très simple, mais incroyablement fort sur le plan des émotions et diaboliquement efficace. Pas besoin de plus.

Jean-David : Tu pointes deux très belles scènes en effet ! J’aime aussi la scène de dispute pour son côté répétitif.

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Gibet : Pour ce qui est des scènes de sexe, je comprends pas trop ce qui vous dérange, honnêtement. Je les ai trouvées intenses, en totale adéquation avec la démarche générale de Kechiche (ça ressemble d’une certaine manière au génial montage parallèle de la fin de La Graine et le Mulet), et même assez érotiques (Lune vous en dira tant). Je ne sais pas quel était le but de Kechiche quand il a décidé de les garder (peut-être même que ce que je vais dire va à l’inverse de son intention – il n’empêche que c’est là), mais je trouve que ça entre joliment en contradiction avec ce que dit le galeriste à la fête organisée chez Emma et Adèle : l’orgasme féminin serait mystique, surpuissant, incompréhensible aux yeux des malheureux mâles. Ces scènes de cul montrent qu’en fait le plaisir féminin est hyper concret, et même trivial, Kechiche ne filme que l’effort et l’épuisement du corps vers le plaisir. Peut-être que vous aimez pas ça car ça manque de poésie, mais c’est justement en ça que c’est fort, et beau. Toute l’énergie est concentrée dans les corps, et plus rien d’autre n’existe. C’est comme ça quand on baise non ? Par ailleurs, c’est assez malvenu de la part de l’auteure de la BD de dire que ces séquences ne sont pas réalistes : à partir du moment où une scène de cul parvient à échapper à la codification pornographique (c’est le cas ici : les deux persos font l’amour pour eux-mêmes et non pas pour l’excitation d’un potentiel spectateur viril), comment peut-on dire qu’une scène de cul n’est pas réaliste ? En disant ça, l’auteure de la BD considère que sa façon de faire l’amour est la façon de faire l’amour. Concrètement, il y a au monde à peu près autant de façons de niquer que de combinaisons possibles d’individus, et peut-être encore plus de façons de représenter ces façons.

Lune : Pour moi, ça s’insère bien dans le film, et en plus dans ce genre de relations, basées sur une attirance pour quelqu’un qui ne vit pas dans le même monde, ça ne peut vivoter que s’il y a du désir physique très fort et le désir physique très fort c’est à peu près ça oui, des corps qui s’agitent frénétiquement. J’ai du mal à imaginer qu’on puisse être choqué à moins d’être très innocent. Personnellement j’ai regardé ça la bouche grande ouverte et c’est les images les plus stimulantes érotiquement que j’aie jamais vu. Ça m’a semblé très juste et très puissant. Après je me suis beaucoup identifiée à Adèle dans la première partie du film (surtout la période lycée : mêmes problématiques d’identité sexuelle, je lui ressemblais un peu, j’ai aussi une voix grave et tendance à parler comme une bouseuse, le sexe avec le garçon me rappelle des moments de la même époque, je voulais être instit, j’avais aussi zéro culture, je suis amoureuse de Léa Seydoux – bref Adèle qui grandit c’est un chemin que j’aurais tout à fait pu emprunter) donc peut-être que ça me fait avoir une perspective toute différente.

Gibet : Dans le même sens, je sais pas ce que vous en pensez, mais j’ai eu l’impression que ce couple lesbien était une forme d’aboutissement dans le cinéma de Kechiche, qui est fasciné par les figures féminines puissantes. J’avais parfois l’impression de sentir l’émerveillement de Kechiche à pouvoir filmer une intrigue sentimentale en ayant autant dans le champ que dans le contrechamp une de ces figures. Les scènes de sexe fonctionnent un peu aussi sur cet émerveillement. Le travail sur le bouli d’Adèle est hyper révélateur à ce sujet. L’actrice précise que pour se préparer Kechiche lui a simplement dit de faire beaucoup de sport et de manger beaucoup. Je suis certain que c’était pour qu’elle se forme un gros bouli dodu et délicieux. Quand Kechiche filme la visite au musée, il se concentre sur les culs abondants des statues féminines. Il veut poser Adèle comme la digne héritière de ces meufs. Le cul d’Adèle, c’est le troisième personnage principal. Ce corps excroissant va de pair avec l’intériorité d’Adèle, qui n’est pas la cérébrale absolue dont Emma rêve : elle kiffe la vibz, bouffer, danser, baiser.

Robin : Je regrette que la physionomie féminine n’ait pas été plus mise en avant. On distingue finalement assez mal le corps des deux filles. Ce qu’on voit, c’est un hybride formé à partir des deux corps, une créature étrange.

Gibet : Mais Emma n’est pas définie par son corps, on s’en fiche. Même sa beauté, elle est plus aérienne, moins ancrée dans le corps. Elles sont distinguées corporellement : Adèle a un corps ogre qui avale tout, et Emma a un corps accessoire qui se laisse avaler.

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Jean-David : Globalement, je trouve que l’évolution du personnage d’Adèle est particulièrement fascinante. Je ne me suis presque pas rendu compte de tous les changements qu’elle opère dans sa manière d’être. Et à la fin j’ai réalisé qu’elle était passée de lycéenne à jeune adulte. Le traitement du temps est particulièrement bien géré et efficace !

Robin : Absolument, on a l’impression que l’histoire d’amour est beaucoup plus courte que le temps dans lequel on l’insère. C’est parce qu’on a aussi, pour chaque scène, une étape clef de la relation entre les deux personnages. Du coup de foudre jusqu’aux premières retrouvailles après la rupture, plusieurs années s’écoulent. Mais du coup, cette passion qui se déroule un peu en dehors du temps n’en devient que plus vivace. Ceci dit le film est inégal, notamment dans la peinture sociale qu’il développe. On voit bien qu’Adèle (classe moyenne, pavillon de banlieue) et Emma (artiste bobo) viennent de deux milieux culturels différents. Autant dans la scène du vernissage des tableaux d’Emma c’est particulièrement bien joué, très fin, avec Adèle perdue au milieu de conversations spécieusement intelligentes, autant c’est un peu lourdingue lors des scènes de repas chez les parents respectifs (le « on a acheté les meilleures huîtres de la ville » face à « c’est bien d’avoir un homme qui assure avec soi quand on est peintre »)… Je sais pas comment tu le perçois.

Jean-David : Je suis tout à fait d’accord. Pour moi le film a du mal à cause de scènes inégales d’une part et d’autre part à cause de sa longueur qui rend ses procédés les plus intéressants un peu lourds sur le fin (le gros plan par exemple peut devenir un obstacle à la vision du spectateur alors qu’il était une plongée dans l’inimité des personnages). Pour les scènes inégales je pointerais, comme toi, les grosses ficelles liées aux classes sociales mais aussi les parallèles établis avec la littérature au début du film. Les livres étudiés en classe qui se font le miroir de l’intériorité du personnage c’est quand même du vu et revu, cela manque de finesse… Il a utilisé les mêmes procédés que dans L’Esquive sans penser une seconde qu’on les avait déjà vus et que ça n’a plus la même portée. Ça m’a fait penser à La Belle Personne d’Honoré, c’est plus ou moins les mêmes références et le même procédé.

Gibet : Par rapport aux grosses ficelles sociales, je vois totalement ce que vous voulez dire, mais en même temps c’est assumé, les deux scènes de dîner sont explicitement mises en parallèle, donc c’est volontairement schématisé. Et pour autant ça n’est pas posé de manière pesante, ce sont des moments de comédie. Encore une fois, vous oubliez de dire que c’est ludique. Le portrait, en plus, est pas totalement à côté de la plaque. Bien sûr, ce sont des stéréotypes, mais dans tout stéréotype, il y a un fond de vérité, une certaine efficacité dans la lecture le réel. Par exemple, ici, j’ai été conquis quand le père ou beau-père d’Adèle se met à parler de « débouchés ». C’est un mot que j’ai entendu un milliard de fois dans la bouche de gens comme ça, et que je n’avais jamais entendu en fiction. Je regrette quand même que le rire dans la salle ait été consensuel : les gens dans la salle se sont empressés de se moquer des parents beaufs vaguement homophobes, mais n’ont pas esquissé le moindre sourire devant la mollesse bobo des parents d’Emma (ce que, pourtant, Kechiche livre au rire de la même manière). Et puis aussi c’est l’essence du film : c’est par ce schéma social que Kechiche explique le sentiment et l’échec du sentiment. Emma séduit Adèle car elle est en dehors de sa caste (et inversement), mais également le couple ne peut pas tenir car les deux persos ont conditionné leurs attentes en fonction d’où ils viennent. Ça rappelle un roman que Kechiche ne cite pas, La maison du chat qui pelote de Balzac, où ce bon vieil Honoré explique – et démontre par le récit – qu’il faut jamais marier une meuf roturière à un artiste. J’aime pas énormément cette vision du monde, mais c’est tout le temps là dans le film, y compris dans vos scènes favorites. Donc voilà : soit on décide que mater un film c’est s’offrir à une vision du monde différente, soit non, mais faut être cohérent les petits gars. Enfin, par rapport aux bouquins étudiés en classe, encore une fois j’ai reçu ça sous l’angle du ludique. C’est impossible que Kechiche réutilise le procédé en pensant qu’on va pas se rendre compte que c’est pareil que dans L’Esquive. En plus c’est encore une œuvre de Marivaux ! C’est forcément un clin d’œil, pour déclencher une complicité, faire coucou vous êtes bien chez moi maintenant le film va commencer. Je trouve ça d’autant plus amusant que dans les deux cas l’œuvre de Marivaux en question résonne jusque dans la forme. Dans L’Esquive, ils étudient une pièce de théâtre, et le film a une unité toute théâtrale. Ici, ils étudient un roman, et le film a une ampleur très romanesque. C’est comme si aussi Kechiche donnait discrètement les règles du jeu dès le début. La comparaison avec Honoré que tu as faite, JD, ne fonctionne pas tellement car les références dans La Belle personne sont pour la plupart décoratives.

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Robin : Pour conclure, je dirais que même si l’ensemble est convaincant, et même si on comprend l’ambition du réalisateur de montrer une évolution à travers un spectre de séquences très étendu, on peut quand même dire que le film aurait pu être élagué d’une bonne demi-heure. Et ça moi, je l’interprète un peu comme ça : le réalisateur n’a pas entièrement confiance, ni en lui, ni en le public.

Jean-David : Raccourcir ou faire deux parties vraiment distinctes ? Parce qu’il y a quelques scènes annoncées dans les bonus que j’aurais bien vu sur grand écran moi… Mais on est d’accord, tel quel, il est un peu hybride.

Robin : Non le chapitrage des films moi je trouve ça gonflant. Et puis, en plus, je pense que les distributeurs auraient pas été très chauds pour un tel film en deux parties. Apparemment ils ont tourné une scène de sexe avec Adèle et deux hommes mais elle n’a pas été gardée, je sais pas si elle sera en bonus. (J’ESPÈRE QU’ELLE LE SERA).

Jean-David : Adèle parle d’une scène de dispute aussi où ses parents dans le film découvre qu’elle est homo juste après le dîner en famille qu’on voit dans la film. A priori elles sont nues face aux parents et tout le monde se tape dessus. La scène la plus intense à tourner selon elles. J’aimerais bien y jeter un œil.

Robin : Bah justement cette scène je suis content qu’elle soit pas dans le cut cinéma parce que je trouve qu’on tomberait dans un truc de société un peu plombant pour le dynamisme du film.

Jean-David : Oui, dans le cadre du film certainement ; mais seule, comme moment de cinéma ça doit être assez classe.

Gibet : Je suis d’accord avec vous pour dire que c’est inégal, mais je suis pas vraiment d’accord sur ce qui est bon ou pas bon. À mon sens, ce qui fait que le film est inégal, c’est qu’il est trop long, que Kechiche ne sait pas comment conclure (là où L’Esquive et La Graine et le Mulet – j’ai pas vu les autres – savaient très bien s’arrêter pile poil quand il fallait, sans diluer leurs propos ou enjeux). Ici, je trouve que l’intensité monte progressivement jusqu’à la rupture et qu’ensuite y’a plus grand-chose. À la limite, nous montrer Adèle et Emma dans le bar, pourquoi pas, y’a un côté Parapluies de Cherbourg qui fonctionne assez bien. Mais ensuite ? C’est après la rupture que j’ai commencé à m’ennuyer, et à m’ennuyer de plus en plus au fur et à mesure que ça avançait. Tout était dit avant.

Robin : Sinon on le répète les deux actrices sont incroyables. Vraiment. Adèle Exarchopoulos, c’est une nana toute jeune, mais putain, elle dégage un de ces charmes mystiques. Elle a une vraie présence, une aura qui se renforce quand elle a Léa Seydoux à ses côtés. Je suis curieux de voir comment elle va être dans ses prochains films.

Jean-David : Je me demande si ça aura eu un impact dans la manière de jouer de Léa Seydoux. Et Adèle on devrait la revoir très bientôt, avec un peu de chance.

Robin : Elle me fait penser à ces filles de lycée un peu barrées et fascinantes. Celles qui sont toujours flanquées de gentils garçons très amoureux.

Gibet : Robin…

Robin : Oui ? C’EST QUOI LE PROBLÈME ?

Gibet : Rien. Je désapprouvais pour la forme.

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