De l’autre côté du miroir / Arrêt d’autobus

Avant que d’entrer dans le vif du sujet, laisse-moi te faire un petit bilan marilynesque de ces tumultueuses semaines aux internets instables.

– J’ai vu Les Désaxés mais j’ai décidé de ne pas écrire dessus pour l’instant, pour la simple raison que je n’ai pas bien pigé les enjeux. Au mieux, le film est théoriquement passionnant mais concrètement chiant. Au pire, je te laisse deviner. Partout je lis que l’interprétation de Clark Gable est merveilleuse, que lui-même trouvait que c’était son meilleur rôle avant que le vent l’emporte, mais je l’ai trouvé faux pendant la moitié du truc. En revanche, Marilyn Monroe est parfaite dans le rôle de cette elle-même mise à nu. Je t’en parle en long et en large dès que je réussis à le revoir dans des meilleures conditions, par exemple pas par le biais d’un DVD recadré n’importe comment.

– J’ai trouvé un bout de bouquin qui m’aurait bien aidé pour décrire ce qui me dérangeait dans le dispositif littéraire choisi par Stéphanie Des Horts dans Le Secret de Rita H.  – souviens-toi, c’est un je qui décrit ce qui lui arrive en direct live – et il est trop tard pour retoucher, avançons vers le phare matelots, mais j’ai quand même envie de citer, ça pourra te servir – mettons qu’un oncle t’enlève, te tient captif dans sa cave pendant quelques années, tu te chopes un Stockholm évidemment, tu explores sa psyché, tu te rends compte que ce qui l’a rendu méchant c’est le fait qu’il n’a jamais compris ce qu’avaient ses potes contre les romans à la première personne du singulier, tu lui expliques, tout est réglé – ça vient des Essais sur le roman de Michel Butor :

Cet oubli, cette oblitération, chez les grands artisans du monologue intérieur, a l’immense inconvénient de camoufler un problème encore plus grave, celui du langage lui-même. En effet, on suppose chez le personnage narrateur un langage articulé là où d’habitude il n’y en pas. Il est tout différent de voir une chaise, et de prononcer soi-même le mot « chaise », et la prononciation de ce mot n’implique pas du tout nécessairement l’apparition grammaticale de la première personne ; la vision articulée, si j’ose dire, la vision reprise et informée par le mot, peut en rester au niveau « Il y a une chaise » sans atteindre le « Je vois une chaise ». C’est toute cette dynamique de la conscience et de la prise de conscience, de l’accession au langage, dont il est impossible de rendre compte.

Et plus loin, dans le même sens :

Le « je » nous fait entrer à l’intérieur, mais cela risque d’être un intérieur fermé comme le cabinet noir dans lequel un photographe développe ses clichés. Ce personnage ne peut nous dire ce qu’il sait de lui-même.

Si tu sais pas quoi faire, c’est dimanche aprèm et t’as déjà vu ce zode de Walker Texas Walker, je te conseille la lecture des chapitres Philosophie de l’ameublement et Individu et groupe dans le roman.

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Butor n’en était pas un

– J’ai poursuivi ma lecture de la série BD Pin-Up de Yann & Berthet, et étendu la plongée jusque dans le spin-off, Les Exploits de Poison Ivy : bilan mitigé. Le tome 9 de Pin-Up retombe dans les pires travers de la saga, intrigue alambiquée – parce qu’elle a trop d’ennemis à Vegas, Dottie s’exile à Hawaï où elle gagne sa vie en chassant le serpent ; mais ses ennemis vegasiens n’ont pas dit leur dernier mot, et ils lui envoient une brune bien coriace bien vénère pour la retrouver et la faire mourir dans les plus atroces souffrances ; parallèlement, un vieux jap cinglé crée une pension paradisiaque où les indigènes tatoués peuvent vivre, à condition qu’ils se laissent écorcher à leur mort ; parallèlement, une dizaine de persos secondaires font des trucs tels que mourir ou être des obstacles (toutes ces sous-intrigues sont bouclées en dix cases à la fin) – et des dialogues pourris – ici c’est la comparaison filée entre le serpent et l’homme qui prime, le tome s’appelle Venin (c’est thématique bitch !), florilège :

« Un serpent est constitué principalement d’une tête au bout d’une queue. Si on y réfléchit bien, le reptile et l’homme partagent de nombreux autres points communs. On ne peut jamais leur faire confiance et ils frappent toujours quand on s’y attend le moins. La différence principale entre le serpent et l’homme, c’est que le venin du premier peut vous rapporter gros si vous allez le vendre dans le laboratoire du second. »
« Méfiez-vous d’elle. C’est une vipère. Et comme tous les serpents, elle change régulièrement de peau. »
« C’est étrange. Où que j’aille, dès qu’on évoque le paradis, il y a rapidement un serpent qui pointe le bout de son nez. »

Autre manifestation du talent de Yann et Berthet pour la métaphore :

Vous, les femmes occidentales, vous êtes si compliqués… Pourquoi choisir entre un ananas appétissant et une mangue succulente ? Les deux ont des saveurs si… différentes.

La ponctuation est authentique, je précise ! Ils ont vraiment collé trois petits points entre si et différentes ! Ils ont osé ! Tiens, eh bah puisqu’on se permet tout, voilà : ils ont osé !!!

Le tome 10, par contre, est le meilleur de la série. Après un début très très laborieux (Dottie, au volant, parle toute seule pour délivrer les infos utiles au lecteur !!!, genre Yann et Berthet ont dû entendre que pour faire une bonne scène d’exposition, il fallait savoir lier le statique et le dynamique, alors ils font ça dans une bagnole qui roule à balle ET ILS SONT FIERS LES TYPES ils font dire à Hitchcock que c’est une « excellente entrée en matière » !!!), on entre dans une enquête fièrement menée, qui fait sourire par sa malicieuse insolence. Yann et Berthet s’amusent à insulter la team Hitchcock avec un plaisir non dissimulée. Le champ lexical du gros lard pervers, Alfred se le mange tout entier en 50 pages. Pareil pour Alma et le voc de la mégère apprivoisée et pour Grace Kelly et les clashs anti-meuf bonne frigide sans talent. Yann et Berthet surexcités vont jusqu’à descendre les films du maître, les qualifiant volontiers de navets. C’est un peu casse-gueule comme parti-pris, parce que, bon, 75% de Pin-Up c’est du navet en serre, sans la moitié de l’inspiration du plus mauvais des Hitchcock, mais disons que la morale est sauve : c’est Hitchcock qui gagne et twiste à la fin, et on sent que derrière tout ça, les deux zigs sont admiratifs. Par exemple, l’avatar de Grace Kelly s’appelle Grace MacGuffin, et ce personnage a précisément la fonction dans le récit d’un MacGuffin tel que l’a défini Hitchcock (si tu sais pas c’est quoi, je ne saurais que trop te conseiller Google). C’est méta-mimi. Plus tôt dans la saga, si mes souvenirs sont bons (et ils ne le sont probablement pas), dans le tome 3, Dottie s’arrêtait au Bates Motel où Norman, inévitablement, la matait sous la douche. Méta-mimi aussi, non ? On se dit en fermant le bouquinet que Yann et Berthet auraient dû commencer par là, par les aventures de Dottie détective privée, et de ne jamais rien faire que ça, un tome une enquête à la Tintin, et je suis content puisque la fin de ce tome annonce qu’ils vont rester là-dessus pour un moment.

Les Exploits de Poison Ivy, à part ça, c’est cool. C’est bon enfant, et les refs sont bien calées. Le second tome est faiblard, mais le premier qui se la joue comic book et le troisième pastiche d’Astérix sentent très bon.

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– Mon Tumblr, Par hasard Marilyn, continue, à un rythme moins intense qu’auparavant, et j’ai dépassé les 300 billets y’a pas très longtemps. Dans la foulée, j’ai découvert un beau blog – c’est pas un blog critique, mais plutôt un blog de collectionneuse / admiratrice – en grande partie consacrée à Marilyn : Crazy for you. Je n’ai pas encore tout exploré, mais j’ai pu voir que sur certains sujets, l’auteure parvient à atteindre une précision que je ne croyais même pas possible. On en aurait pas su davantage sur le tournage de Les hommes préfèrent les blondes si Marilyn Monroe avait eu un compte Twitter où elle aurait relaté minute après minute ce qui se passait sur le set. Amen !

 

Marilyn, de l’autre côté du miroir, Christian de Metter, 2009

Y’a un gros souci qui plombe cette (à part ça) belle BD : la bulle n’est pas du tout pensée. Metter adopte au dessin un style brumeux crasseux imprécis qui fonctionne très bien en soi, et pose d’emblée une ambiance parfaite pour le récit qu’il a choisi. Hélas, il a décidé – ou Casterman a décidé, j’en sais rien – de foutre des bulles rectangulaires, blanches immaculées, supposément rajoutées avec Paint, avec une police d’écriture qu’on dirait du Comic sans MS majuscule. Autant dire que l’oeil coince. Je te signale que ça paraît tellement plaqué que j’étais persuadé en lisant le truc que c’était une BD américaine traduite en français, et qu’ils avaient galéré à reproduire les bulles originelles, et que du coup ils avaient conçu ça la larme à l’oeil, en priant Dieu de pardonner je t’en supplie reconnais les tiens, et que du coup j’étais paré à te coller les planches VO pour te montrer à quel point ils avaient foiré leur machin – C’EST UNE BD FRANCO-BELGE. Ça veut dire que vraiment ils ont eu le choix de faire des bulles belles ou des bulles laides, et ils ont délibérément sélectionné, un cocktail à la main, les orteils en éventail brisé, CETTE BULLE-LÀ :

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Ce qui à mes yeux revient à faire ça :

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Ça dérange doublement parce que ne pas penser la bulle comme un élément essentiel de la page, un élément qu’il faudrait intégrer harmonieusement dans la composition, ça fait un peu comme si, paradoxalement, Casterman et compagnie prenait l’art BD par-dessus la jambe ALLEZ HOP GÉRARD METS-LEUR DES CARRÉS ON S’EN BRANLE.

La prouesse du bouquin est de progressivement nous faire oublier ce gros point noir, par un récit classique mais habile. On est dans du fantastique au sens élémentaire du terme, on voit des trucs bizarres dans un contexte réaliste, et la fin laisse un doute irréductible, entre une hypothèse merveilleuse (tout ceci a vraiment eu lieu) et une hypothèse rationnelle (en fait c’était le bruit du vent dans les branches !). Ce qui fonctionne très bien ici, c’est que la mise en place du cadre réaliste est très soignée, et que l’irruption du chelou est putain d’inattendue (en somme je t’ai tout gâché). Pendant une bonne trentaine de pages, on a simplement le perso principal, Norman, qui galère, qui doit écrire un article mais n’y arrive pas, qui oublie l’anniv de sa mère, qui croise son idole Truman Capote par hasard dans un zinc… Cette impression de réalisme est renforcée évidemment par le fait que ce petit perso rencontre des personnalités qui ont vraiment existé, qui parlent d’événements qui ont vraiment eu lieu, dans une ville dans laquelle ils ont vraiment évolué. Tant et si bien que lorsqu’on se retrouve dans une sorte de manoir hantée avec Norman et Marilyn, on est à fond avec eux, on les connaît, c’est nos potes. Comme j’ai déjà dit plein de fois (mais surtout ici), y’a rien de mieux pour introduire un genre que de commencer par totalement autre chose, et de faire émerger le genre dans ce totalement autre chose. Ça marche aussi avec Shaun of the Dead par exemple.

L’artifice marche d’autant mieux que le livre est astucieusement foutu. Dans le péritexte, on ne nous dit pas qu’on va être confronté aux limites du réel, que le paranormal va nous retourner la zizette. Au contraire, on joue l’ambiguïté. Le sous-titre, De l’autre côté du miroir, est une charmante trouvaille : moi je m’attendais à un énième récit d’exploration de l’intériorité de Marilyn, on va aller au-delà du mythe, attente renforcée par des premières pages où le perso principal rappelle le jeune zouave de My week with Marilyn – en fait, il faut prendre ce titre plus littéralement, avec tout ce qu’il contient d’évocation à Lewis Carroll.

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D’ailleurs, ça me dérangerait pas que Metter se mette à parler exclusivement de Marilyn Monroe dans un album futur car le portrait qu’il en fait ici est tout à fait convaincant. Visuellement, on sent qu’il a bossé à partir de photos et captures d’écran car les faciès et attitudes sont toutes justes. On apprécie aussi qu’il ne soit pas dans la sublimation perpétuelle : comme le trait est mouvant, parfois Marilyn est belle, parfois elle est banale, parfois son corps est érotisé, parfois c’est le corps honnête d’une meuf de trente ans qui a passé sa vie à perdre et reprendre des kilos. Psychologiquement, Metter en fait une femme pleine de gaieté et d’humour, pleine d’une assurance qu’on sent fragile sans qu’il nous fasse assister à un moment où l’assurance s’écroule. Sa Marilyn n’est pas une grande intellectuelle, elle fonctionne à l’instinct, et c’est sain : pas mal de projets ont échoué parce qu’ils ont essayé de nous faire croire à une Marilyn intello. En vrai on s’en fiche, ça n’est pas déterminant, même si je comprends qu’on puisse avoir envie d’aller à l’encontre de l’image de la gourdasse. Mais à quoi bon quand on a rien d’autre pour appuyer la démo qu’un carnet où Monroe note sans conviction des recettes de poulet rôti ? Qu’elle soit teubé ou Prix Nobel, Marilyn n’en est pas moins une actrice géniale.

Pour finir avec cet autre côté du miroir, trois remarques :

– À deux reprises, Christian de Metter fait chanter sa Marilyn. La première fois, c’est My heart belongs to daddy. La seconde, Let my people go down, un gospel. Dans les deux cas, on meurt d’envie que l’image s’anime, que le son sorte des pages. En attendant, on fait le travail nous-mêmes. C’est fort de parvenir à déclencher par la BD un si fort désir de musique et/ou de cinéma.

– Christian de Metter sait très bien moduler les différentes appréciations qu’on peut avoir de Marilyn Monroe. On a des paroles de gendushowbiz :

Audrey est trop sage pour ce rôle mais je crains qu’ils ne veuillent édulcorer mon roman. (…) Holly, c’est toi. Enfin, c’est plutôt moi mais c’est toi aussi. Son sens de la liberté, ce côté un peu pute, un peu folle. C’est une sorte de geisha newyorkaise qui n’appartient à rien ni personne, même pas elle-même.

Mais on a aussi des paroles de spectateur éclairé :

Certains l’aiment chaud ? Vous y êtes géniale ! Wilder, c’est pour vous, c’est votre auteur !

Et des paroles de spectateur pas éclairé :

La vraie est plus grande au cinéma. (…) Continuez à faire des chouettes films qui nous font bien rire.

– À un moment, Norman raconte une blague cool à Marilyn. La voici :

Le type rentre chez lui et à nouveau cette voix qui lui parle et lui redit la même chose : « Abandonne ton job, vends ta voiture, vide ton compte en banque, et pars à Las Vegas pour jouer le 9. » Ça dure une semaine, tous les soires la même voix, le même message. Il finit par être sûr que Dieu lui parle. Il démissionne, vend tous ses effets personnels, prend son argent et se rend à Las Vegas. Aussitôt arrivé, il se rue au casino et s’empresse de jouer à la roulette. À ce moment-là, la voix resurgit et dit à l’homme : « Mets tout ton argent que le 9… » Il s’exécute, un peu nerveux quand même. La roulette tourne, la boule ralentit, s’immobilise… sur le 13. Et la voix dit : « Merde… ».

Arrêt d’autobus, Joshua Logan, 1956

Arrêt d’autobus, peut-être est-ce dû à son titre en trad littérale ratée, m’a laissé avec un drôle de goût dans la bouche. Comme si j’avais léché l’aisselle de l’Amérique des 50s. Je t’explique : c’est l’histoire d’un bouseux qui sort pour la première fois de son trou pour faire un rodéo, et son pote un peu moins bouseux lui dit « eh bah c’est l’occaz de te trouver une meuf bonne », et le bouseux est tout heureux, mais il a jamais eu à dragouiller dans sa ferme, alors il se comporte avec sa convoitise qui veut pas de lui (Chérie, jouée par tu sais qui) comme avec un bœuf – littéralement, genre quand elle veut se tailler il la chope avec un lasso et la ramène à lui. J’ai trouvé ça d’une violence d’abord symbolique puis concrète assez extrême, d’autant plus que le ton, qui doit te paraître un peu pouet pouet farcesque à la seule lecture du synopsis, est en fait plutôt sérieux. À partir de là, j’étais tendu : soit les types punissaient leur bouseux et je pouvais me dire « ok bon ça va », soit les types sortaient un happy-end de nulle part et c’était absolument scandaleux – on serait dans ce cas au-delà de la rape culture que les poilues condamnent à tour de bras poilus, où le viol est excusé, on serait carrément dans l’apologie du viol puisque ça montrerait que c’est pas un souci de capturer la meuf que tu veux pécho jusqu’à ce qu’elle laisse faire.

Je suis méga-embarrassé car la fin c’est un mélange des deux. Le bouseux se mange une rouste sévère, il est calmé, demande pardon à tous les gens qu’il a ennuyés, et Chérie se laisse emporter. Ça m’embête. C’est comme si la fin de Breaking Bad, c’était Walter White qui amène un bouquet de fleurs à Skyler et hop tout est arrangé. Il y a rédemption mais en même temps cette rédemption m’a l’air ridicule proportionnellement à la quantité de violence dont a fait preuve le bouseux. Mais il y a rédemption. Mais c’est pas suffisant. Mais quand même il est puni. Mais c’est minuscule. Mais PUTAIN ÇA M’EMMERDE CE FILM

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C’est à chier. Hollywood à cette époque se sentait toujours obligé de bricoler un happy-end en dépit de toute cohérence psychologique, et parfois même sans résoudre vraiment les problèmes de ses persos. Il aurait fallu, pour que ça fonctionne, que la rédemption soit amorcée plus tôt. Pas qu’il y ait 1h15 de violence, 10 de pardon, et 5 minutes de finalement on s’aime. C’est non seulement mauvais moralement, mais en plus mauvais narrativement.

C’est génial. Mon souci c’est que je ne pardonne pas aux personnages d’être moins éduqués que moi. Chérie aussi, c’est une bouseuse. Une bouseuse américaine des 50s. Ça ne paraît pas si étrange qu’elle succombe à un type qui la violente puis lui dit « non j’ai appris, maintenant je vais être doux ». Il faut envisager ça, comme le dit bien la jaquette du DVD, sous l’angle du portrait sans concession des petites gens d’Amérique profonde.

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Ce dont je suis sûr en revanche, au sortir de ce long, c’est des talents d’actrice de Marilyn Monroe. Elle s’abandonne comme à son habitude à son perso, mais ça surprend car ça n’est pas son perso habituel (c’est la même chose d’ailleurs pour Les Désaxés). Elle va loin dans la non-mise en valeur d’elle-même. Elle adopte un accent pourri, elle s’enlaidit par des robes défraîchies et un maquillage pâlot qui lui file à côté d’autres actrices aux joues roses l’air d’une tuberculeuse en fin de course, et surtout elle fait semblant d’être mauvaise dans ce qu’elle fait. Chérie est aussi une actrice. Mais elle joue mal, chante mal, danse mal. Et ça n’est pas farcesquement joué, ça n’est pas Lina Lamont dans Chantons sous la pluie. Simplement, quand Chérie doit tenir la note en fin de phrase, sa voix s’étiole. Quand elle esquisse un pas de danse, elle y met du cœur, mais c’est trop kitsch pour éblouir. Ça m’a permis de me rendre compte que le génie de Marilyn actrice – et par extension de la plupart des acteurs et actrices que j’aime – c’était de tout jouer au premier degré, sans manifester de malice supérieure d’une façon ou d’une autre. Si tu vois pas ce que je veux dire, compare le jeu de Will Ferrell dans n’importe lequel de ses bons films et celui de disons… Franck Dubosq dans Disco. Marilyn Monroe a choisi son camp.

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