Martyrs, Pascal Laugier, 2008

J’ai une manière relativement simple de sélectionner les films que je vais voir, et ce pour n’importe quelle catégorie. Prenons l’exemple d’un soir où je désire me détendre devant un bon film bien marrant des familles, hop, ni une ni deux, j’ouvre mon navigateur internet préféré et je tape habilement ces quelques mots : « meilleurs films drôles lol ». Je tombe en général sur une série de sujets de forums qui demandent une liste des meilleurs films drôles de tous les temps et je sélectionne selon la redondance des titres qui s’y trouvent. C’est aussi grâce à cette technique que l’on se rend vite compte que l’avis général n’est pas forcément le meilleur…

Je me suis récemment lancé dans un défi que seuls quelques illuminatis et adolescents émos avaient osé avant moi, et dont peu sont ressortis vivants, à savoir le visionnage d’un bon petit paquet de films d’horreur-épouvante-terreur-qui font peur, ce dernier point n’ayant pour ma part jamais été atteint à mon grand dam. Je suis un public assez difficile en matière d’horreur, et pour moi, le film parfaitement réussi serait celui qui mêlerait à la fois une ambiance particulièrement angoissante à une histoire convaincante (ouais je sais…) et qui fasse sursauter. Un mélange de deux genres donc, entre épouvante et horreur (je vous laisse le soin d’aller chercher les différences qui constituent les deux genres, ce débat ouvert faisant rage depuis des temps immémoriaux, 2007 je crois). Shining est peut-être le long-métrage qui remplit le mieux ces conditions à l’heure actuelle, du moins pour moi, mais il manque ce petit côté vraiment flippant qui fait que je n’arriverai pas à dormir, ce truc que je ne pourrais pas expliquer mais qui va venir te hanter dans ton sommeil.  J’ai un bon nombre d’amis qui ne peuvent pas voir un film d’horreur, se cachent tout le temps les yeux dès qu’ils entendent un truc suspect et font de très énervant bruits de bouche et gémissements quand par malheur ils ont vu le seul moment gore intéressant du film. Cependant, là encore, je me préviens des critiques : horreur/épouvante ne rime pas forcément avec gore, même si la tendance semble se généraliser de plus en plus à l’heure actuelle.

Ce genre souffre d’un défaut cruel à mon sens : il vieillit en général extrêmement mal, et ce très rapidement. Quelques films tirent bien entendu leur épingle du jeu, notamment ceux adoptant le style de caméra embarquée, mais l’utilisation d’effets spéciaux dans la plupart les rendent à l’inverse comiques, voire ridicules, alors qu’ils sont censés être la composante principale de l’ensemble.

Bref, comme vous l’aurez je l’espère compris après cette courte vue d’ensemble (je reviendrai plus tard sur la majorité des points abordés pour les développer plus en détails et fournir quelques sources qui étaieront mon argumentation), si je suis assez friand de films d’horreur dans le sens où j’espère un jour tomber sur THE FILM, le genre me déçoit plus souvent qu’il ne me comble. Je me lance donc dans la critique des différents longs-métrages que j’ai pu visionner, et que je continue toujours, étant dans ma phase un peu SM.

Pour commencer cette série, j’ai donc opté pour un film franco-canadien. Il faut savoir en premier lieu que s’ils ne sont pas forcément très nombreux, les films français du genre sont plutôt bien réussis. Ils jouent généralement sur l’aspect torture mentale et physique afin de développer une ambiance gênante, voire complètement glauque, comme c’est le cas ici.

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Martyrs, de Pascal Laugier, sorti en salles le 3 septembre 2008, avec Mylène Jampanoï, Morjana Alaoui, et Catherine Bégin. Pour les petites notes en bas de page, le film a un certain rayonnement international, notamment aux US, et va faire prochainement l’objet d’un remake hollywoodien. Il revient fréquemment dans les listes des films les plus dérangeants et de nombreuses personnes indiquent en commentaire ne pas avoir eu le courage de le regarder jusqu’au bout.

Alors, qu’est-ce que ça raconte ? Le film commence par un flashback sur les années 70. Une petite fille disparue, Lucie, est retrouvée, vivante, portant les marques de multiples blessures. Un petit peu beaucoup sous le choc, elle est hospitalisée, et va faire la connaissance d’Anna, une autre petite fille, la seule avec qui elle parviendra à se lier d’amitié au vu de son comportement du à son traumatisme.

Ellipse, quinze  ans plus tard, une famille prenant son petit-déjeuner tranquillement, les parents et les enfants, discussion autour de l’avenir et des projets de chacun, petites tensions, etc… On frappe alors à la porte et le père va ouvrir. Surprise, il tombe sur Lucie, armée d’un sympathique fusil de chasse. Les scènes qui suivent sont assez rapides : Lucie pense qu’elle a retrouvé ses ravisseurs de l’époque et tire. S’ensuit la décimation de la famille, sans autre forme de procès. Là où le scénariste américain va faire survivre la gamine de 10 ans parce que ça se fait pas de tuer des gosses (et c’est mal vu de faire des remix de Sandy Hook), Pascal n’a pas cette morale trop naze, et la même gamine se mange une rafale de plomb en plein bide. Bref, quatre corps plutôt ravagés, on est à 10 minutes de film. Lucie fait alors appel à son amie Anna pour l’aider à se débarrasser de toute cette viande.

Anna arrive donc à la maison, découvre le carnage, et n’est pas tip top jouasse, d’autant plus que Lucie semble poursuivie par une espèce de démon qui cherche à tout prix à la tuer pendant la première partie du film (qui se compose de trois parties, la première étant centrée sur Lucie). Pendant cette première demi-heure, les deux femmes font chercher à dissimuler les corps, tandis qu’Anna va vouloir aider la femme, qui n’est pas tout à fait morte, à s’échapper. Son plan va rapidement foirer de toute manière, et madame n’aura pas survécu bien longtemps. Les deux femmes vont découvrir une pièce secrète de la maison, qui nous prouve assez ironiquement qu’il s’agissait bien des ravisseurs de Lucie, et dans laquelle elles trouveront une femme totalement ravagée, aveuglée, à laquelle on a cloué un casque en métal sur la tête et visiblement très affectée par la torture qu’on lui a infligée. En parallèle, Lucie doit fuir un personnage humanoïde qui tente de la tuer. On apprend par d’habiles flashbacks qu’il s’agit d’une femme retenue captive avec elle à l’époque, et qu’elle n’avait pu aider lorsqu’elle s’était échappée. Le souvenir de cette femme la hante donc et réclame vengeance. On découvre assez vite que la pauvre Lucie est légèrement schizophrène sur les bords et que cette femme qu’elle croit voir n’est qu’un reflet de son imagination, et qu’elle se blesse d’elle-même. D’ailleurs, vers la fin de cette première partie (30/40 minutes), elle s’égorgera toute seule, se tuant sous la pluie, et laissant Anna seule au milieu de tout ce bordel.

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Ce qui fait le « charme » de Martyrs, c’est justement la suite. Manque de pot pour Anna, la famille devait recevoir la visite des membres d’une sorte d’organisation/secte qui sont responsables des enlèvements et tortures, dans un but toujours mystérieux. Anna se fait capturer et là commence la descente en enfer, puisque quasiment tout le reste du film va se concentrer sur les tortures et mauvais traitements qu’elle va recevoir, enfermée dans cette pièce noire, aveuglée et rouée. Je ne dévoile pas la fin, qui sans être grandiloquente demeure assez habile.

C’est précisément cette longue, très longue séquence de tortures qui mettra à mal le spectateur. Il semble que la morale ait été complètement mise de côté dans le film, au profit d’un idéal à atteindre de la part de ses protagonistes, qui fait que le tout paraît presque irréel et honteusement fascinant. L’ambiance glauque poussée à l’extrême de la cave sombre qui servira quasiment d’unique décor pendant tout le reste du film, alliée aux séquences de torture, de plus en plus violentes, mettent mal à l’aise et feront se poser la question « pourquoi ? », qui trouvera une réponse qui renforcera cet aspect de malaise dans la mesure où elle apparaît totalement improbable en comparaison de ce que va subir Anna pendant environ une heure. Si vous voulez vous faire une petite idée, le titre est en rapport avec cette réponse.

De fait, Martyrs sait parfaitement créer une ambiance propice au théâtre d’horreur, une ambiance sombre, gerbante même pour certains, n’ayons pas peur des mots. Comme je le disais précédemment, je ne pourrais pas qualifier ça de film d’horreur génial de mon point de vue, dans la mesure où l’on ne sursaute pas. J’aime avoir une part de surnaturel dans les films d’horreur que je vois, et Martyrs n’en a pas (ou du moins très peu si on considère le personnage schizophrène), préférant se concentrer sur la cruauté humaine pour réussir.

En bref, si vous êtes amateurs d’ambiance gênante, Martyrs est le film qu’il vous faut, peut-être plus encore que Shining, qui est plus oppressant que gênant. Et quand je dis gênant, c’est plus du genre à vous faire faire ces bruits de bouche et gémissements pendant le visionnage que simplement vous faire plisser les yeux et vous gratter le nez. Le choix du double rythme, très rapide au début, trèèèèèès long par la suite est judicieux et renforce cet aspect d’horreur qu’il cherche à atteindre, le tout filmé avec assez de talent. Mais si vous êtes assez sensibles aux images, abstenez-vous, au risque de ne pas arriver à le voir en entier.

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