Avatar, Le Dernier Maître de l’Air / The Comeback

Gibet : Lune, tu avais déjà parlé d’Avatar en janvier. Est-ce que tu maintiens tout ce que tu as dit ?

Lune : Oui ! Par contre je me rends compte que mon montage avant/après et pas forcément très juste. Enfin dans le cas de Katara et de Sokka c’est plus un déguisement pour passer inaperçu mais ça je pouvais pas le savoir. Ça reste leur costume pendant une bonne partie de la saison 3. La vraie évolution de Katara c’est ça

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J’avais aussi très peur de mettre un fan art au lieu d’un extrait de la série – ce qui est sûrement le cas du Aang numéro 2… Moralité : ne pas me laisser faire de montage. Cela dit, ça invalide pas mon propos, ils évoluent beaucoup mentalement aussi.

Gibet : Oui. Y’a juste les gens qui avaient tout vu qui ont dû nous prendre pour des gros noobs de merde.

Lune : Oui mais bon j’ai précisé que j’avais vu que la saison 1 ! J’suis honnête t’as vu.

Gibet : On va jamais obtenir nos cartes de presse si on continue à être aussi honnêtes… Est-ce que t’as envie de rajouter quelque chose à ta critique maintenant que tu as vu la série en entier ?

Lune : Hmm. Ça me semble trop court comme article. Peut-être juste que c’est vraiment une atmosphère particulière et ça fait partie des séries dont on se rappelle toute sa vie parce qu’elles nous ont montré quelque chose de nouveau et donc nous ont un peu changés. Putain, je me mets à parler comme Dylanesque maintenant. Nan mais je me suis jamais ennuyée devant un épisode d’Avatar, alors qu’il se passe souvent rien. Ils gèrent très bien l’attente et l’inaction. Et puis ça me rappelle quand je regardais les épisodes le soir et que tu me faisais ton super plat de pâtes-steak-beans, mais ça c’est pas très intéressant pour le lecteur non-anglophile et non-fan-de-beans.

Gibet : Ça m’a rappelé ça aussi quand j’y ai réfléchi. Mais la nostalgie aussi c’est copyrighté Dylanesque, laisse tomber. Bon, alors tentons de faire un bilan. Déjà, quels sont tes épisodes favoris ?

Lune : Alors y’a The Siege of the North, le double épisode final de la saison 1. D’abord parce que ça se passe au Pôle Nord, dans une grande ville toute gelée. C’est là qu’on rencontre Yue, la princesse, qui a un sens du devoir très fort et qui est magnifique. C’est aussi un double-épisode qui me fait plaisir au féminisme. On interdit à Katara de suivre les enseignements du waterbender ultime, parce que les filles sont censées se servir de leur pouvoir pour soigner et pas pour se battre, et qu’elle se rebelle et lui défonce la tronche. Et comme Yue et Sokka sont inluv, ça renverse un peu les rôles : Sokka est en mode goofy et amoureux au lieu d’être goofy et énervé, et c’est Katara qui est la plus énervée dans cet épisode. Et enfin c’est une grosse battle contre la Fire nation. Y’a tout dans ce double épisode, de l’amour, de la poésie, de l’action, des jeux de lumières et de couleurs très classes, et comme d’habitude des gags drôles. Après y’a Tales of Ba Sing Se, où les persos sont séparés et on a un petit court-métrage pour chacun d’eux. Ils sont coincés à Ba Sing Se parce que Appa, leur moyen de transport  / doudou / ami, a été enlevé. Le format est surprenant. J’aime bien aussi The Beach, où on voit les méchants en vacances à la plage, et c’est l’occasion de développer un peu les personnages.

Gibet : C’est drôle de faire un épisode sur les méchants à la plage !

Lune : Sinon j’aime beaucoup les épisodes qui introduisent de nouveaux personnages, en général, comme ceux de Suki et Toph. Bon j’arrête là parce qu’en fait je les aime tous.

Gibet : Ah bin si tu les aimes tous, ça annule un peu toutes mes questions. J’allais demander ensuite si de manière générale la qualité = de mieux en mieux, ou bien tout est égal, ou bien c’est bien puis moins bien, etc.

Lune : Je dirais que c’est globalement égal, et que ça s’améliore en fin de saison à chaque fois parce qu’il y a de la tension.

Gibet : Mais c’est révélateur que tu aimes aussi les épisodes où il se passe rien. Ça veut dire qu’ils réussissent tout, l’action comme l’étude de perso, le statique comme le dynamique, c’est vraiment pas donné à toutes les séries du genre.

Lune : Oui, même si en fait je trouve ça dur de dire qu’il se passe rien, parce que, quand on en apprend beaucoup sur les persos, l’histoire avance autant que quand les persos mettent des raclées à des méchants.

Gibet : Si je te demande de me nommer le pire épisode…

Lune : Je dirai le 2ème. À ce moment de la série, tout est un peu trop manichéen. Zuko est 100% méchant. C’est peut-être un choix qui a été fait pour faciliter l’exposition. Enfin, c’est vraiment pas très important, j’ai rien à reprocher à la série en vrai.

Gibet : Je crois que tu as commencé le spin-off, La Légende de Korra. Est-ce est-ce si bon ?

Lune : La Légende de Korra c’est le même univers une centaine d’années plus tard. On a des bribes d’information sur la vie de Aang et toute la clique, et seule Katara est encore en vie. Puisque Aang est mort, un nouvel avatar prend le relai, c’est une petite fille puis adolescente qui s’appelle Korra. Pour l’instant ça ne m’a pas vraiment accrochée, j’ai vu trois ou quatre épisodes. Les enjeux sont très différents, c’est une société plus moderne. À la place de grand empire oppresseur on a des dissensions internes avec des gangs dans une grande capitale corrompue. Korra a été élevée à l’écart de tout ça et a zéro notion de diplomatie. Je pense que pour l’instant ça me plaît moins parce que ça tourne autour d’un seul personnage au lieu d’un groupe, et que c’est relativement statique. On change de lieu mais c’est pas un voyage autour du monde avec des pauses forcées. Je laisse encore sa chance à la série.

Gibet : Est-ce que tu as hâte de voir l’adaptation en film d’Avatar ? Moi j’ai hâte. Que tu la voies. Car ça va être drôle car tu vas être vénère.

Lune : Je redoute un peu.

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Gibet : Alright ! Parlons maintenant de The Comeback. The Comeback, on a commencé à regarder ensemble, et plus on avançait dans la série, plus c’était difficile de te faire regarder, si bien qu’à la moitié je t’ai libéré de cette obligation. Qu’est-ce qui s’est passé ?

Lune : Je passais juste un mauvais moment, et comme les dentistophobes redoutent la prochaine visite, je redoutais le prochain épisode. Ça ne me faisait pas rire et me mettais mal à l’aise. Tu sais ce que je fais dans la vraie vie quand je suis mal à l’aise ? Je méprise la source du malaise et ça va mieux. C’est la sensation que je supporte le moins. C’est pas très malin comme réaction, j’avoue, mais bon. C’est dommage parce que toute la série repose sur le malaise. Parfois ça passe, à petites doses. Je pense même que je pourrais me faire à The Office mais vraiment là ça passait pas, c’est que des mauvais souvenirs.

Gibet : Est-ce que pour autant tu dirais, d’après ce que t’as vu, que c’est une mauvaise série ?

Lune : Non, je pense que c’est plutôt une bonne série, même. Les mauvaises séries, ça m’ennuie ou me fait rire. C’est juste des mécanismes comiques assez particuliers. Mais jamais je me suis dit que c’était mal foutu ou mal joué.

Gibet : Dans ce cas, on est assez d’accord.  Même pour moi qui suis sensible à l’humour malaise, ça n’a pas toujours été très facile. Je trouve que pendant les deux tiers de la série, la cruauté des scénaristes envers les personnages est trop systématique. On dirait qu’ils haïssent Valérie, et ça n’est pas sain comme regard. À chaque fois qu’elle tente un truc, ça tourne mal, à chaque fois qu’elle dit un truc, ça tourne mal, à chaque fois qu’elle rencontre quelqu’un qui pourrait faire office d’allié, en fait il s’avère que c’est soit un hypocrite soit un idiot. Il n’y a aucune nuance. C’est un peu difficile à avaler vers le milieu, donc. Mais je trouve que sur les quatre ou cinq derniers épisodes, ça décolle vraiment. On comprend que Juna aime et estime sincèrement Valérie, que Jan n’est pas cynique, qu’il y a un vrai lien entre Valérie et son mari… Elle se dégote aussi un attaché de presse qui ose lui dire non quand elle a une mauvaise idée, et oui quand elle en a une bonne. Le meilleur épisode de la série, c’est Valerie Shines Under Stress car c’est là qu’est le mieux géré l’équilibre entre ridicule de Valérie et empathie pour Valérie. Dans cet épisode, la séquence finale de I will survive (qui est probablement la meilleure de toute la série en terme d’écriture et de jeu) incarne très bien ça : sa version vénère de la chanson elle est à la fois ridicule car elle se met tout à coup à cabotiner n’importe comment et à la fois très touchante car le sentiment de victoire qui la porte est sincère et juste (PAULIE G EST VRAIMENT UN GROS ENCULÉ, JE N’AIME MÊME PAS LE DÉTESTER, pour reprendre cette tournure merdique de programme tv, souvent employée pour Dr House). Cela dit, ce que je dis là, c’est ma seule réserve à propos de The Comeback.

Sur la forme, c’est vraiment irréprochable. Je trouve qu’à ce jour personne n’a fait mieux dans le genre focumentaire. Il y a un truc qui m’a toujours dérangé, même dans les meilleurs moments de The Office, c’est qu’on ne voit jamais de technique à l’écran. Je comprends ce choix de la part des networks, ils pensent qu’en montrant cet aspect, ça va faire sortir les gens de l’histoire, mais c’est idiot : puisqu’ils choisissent de recourir à une forme inhabituelle, pourquoi quand même préserver cette habitude classique qui consiste à dire que « pour qu’un film / une série soit bonne, il faut qu’on oublie qu’on est devant un film / une série » ? Au contraire, le fait de filmer des caméras, des micros, ça ne ferait que rendre l’univers encore plus crédible, l’immersion encore plus grande. Moi quand je vois dans The Office qu’il y a un champ contrechamp et que la caméra 1 ne filme pas la caméra 2 alors que c’est impossible compte tenu des angles, c’est ÇA qui me fait sortir de la narration. DansThe Comeback, y’a jamais ce problème. Le hors champ technique est tout le temps utilisé comme une ressource scénaristique et c’est génial. Tout ce qui relève des déplacements laborieux de l’équipe technique qui doit suivre la furtive Valérie, des problématiques d’autorisation de droit à l’image, des problématiques de droit d’auteur, tout ça c’est très bien vu. Ils assument à fond ce qu’ils sont en train de faire et moi ça me fait jubiler. Par ailleurs, ils arrivent aussi à remplir une autre charge tacite du documentaire en nous donnant vraiment à voir du réel. J’ai appris ou ré-appris des choses sur la manière dont fonctionne le système sitcom. Quand on sort de The Office, quelle que soit la version, j’ai pas l’impression qu’on en sache davantage sur la vente de ramettes de papier.

Pour finir, je trouve ça assez couillu de la part de Lisa Kudrow de s’être écrit Valérie Cherish. D’une part, j’imagine le choc du petit fan de Friends qui se jette dans la série pour voir Phoebe – quand tu regardes ses camarades Courteney Cox ou Matthew Perry, ils ont refait, depuis, toujours plus ou moins la même chose, on ne peut pas être désorienté par leurs choix ; Kudrow, en 2004 Friends s’arrêtait, en 2005 elle faisait The Comeback. C’est hyper réactif en plus ! Elle a dû anticiper les problématiques de retombée de vague pendant Friends pour faire The Comebackaussi vite après. D’autre part, la série est très lucide sur ce que c’est qu’être une actrice moyenne, douée dans ce qu’on fait, mais pas hyper maline, comme une grande partie des acteurs en notre bas monde. Cette fin, avec Valérie qui renonce à se rebeller parce qu’elle se rend compte que son reality show est populaire, je pense que c’est très juste.

Lune : Oui c’est osé. Mais en même temps je trouve que c’est plus digne de faire ce genre de série que de vraiment faire de la téléréalité. Qu’elle ait de la distance par rapport à sa propre situation je trouve ça classe et digne.

Gibet : Oui oui, bien sûr. En faisant ça, elle conjure le sort un peu.

Lune : C’est le même principe que l’auto-clash d’Eminem dans 8 Miles.

Gibet : Oui, d’ailleurs, c’est peut-être pour ça qu’elle est excessivement méchante avec son personnage pendant une partie de la série. C’est une forme de complaisance à l’égard de ceux qui attendaient une satire sévère et qui se seraient dit, si Valérie était un perso un poil plus positif, que Lisa Kudrow était en train de se branler le nombril.

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