Pacific Rim c’est mauvais

La team Lunécile n’a pas aimé Pacific Rim. Lune n’a pas aimé, Gibet n’a pas aimé, MÊME ROBIN N’A PAS AIMÉ. ROBIN ! LE TYPE QUI JUBILE DEVANT FAST FIVE N’A PAS AIMÉ ! Ensemble, nous allons essayer de savoir pourquoi le film nous a laissés de marbre, et comment il a pu obtenir autant de suffrages auprès de nos camarades critiques… mais seulement après vous avoir cité la meilleure réplique du film :

La vengeance est une blessure ouverte.

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Robin : Je m’attendais vraiment à une grosse claque. Et j’ai eu droit à une douche froide. La question qui vient après maturation de Pacific Rim c’est : des scènes d’action et de combat aussi spectaculaires et lisibles peuvent-elles excuser un scénario et des personnages aussi indigents ? L’opinion que je me fais de Guillermo Del Toro est suffisamment haute pour que je m’attende à un film autrement mieux écrit, autrement plus mature. On va pouvoir en parler tous les trois, mais pour moi c’est à cause de ce manquement aux principes élémentaires de la construction des personnages et d’une histoire que le film fait naufrage et que les scènes censées nous faire jouir sont totalement désincarnées et pas tripantes.

Lune : Moi j’avais pas énormément d’attentes, il est rare qu’un blockbuster m’intéresse mais comme Pacific Rim a engendré des réactions très enthousiastes j’étais plutôt ouverte et curieuse en allant voir le film. L’intro étant plutôt réussie, j’ai débranché le mode critique et je m’apprêtais à passer un bon moment, mais les personnages sont d’une telle pauvreté qu’ils doivent tous être échelons 10 au CROUS, et ça plombe tout le film. Je veux bien que le scénario soit simple s’il n’est qu’une excuse pour amener les scènes de combat, mais c’est pas une raison pour nous servir des dialogues bêtes au point d’en être comiques. On peut faire simple et efficace. Et c’est dommage pour Guillermo Del Toro parce que je me demande ce qu’il restera de son film dans dix ans. Les histoires, même simples, peuvent traverser les époques quand elles sont bien racontées. Un personnage bien écrit reste dans les coeurs. Mais les effets spéciaux vieillissent très mal et on ne le pardonne qu’aux bons films.

Robin : Effectivement les effets spéciaux vieillissent mal, mais plus ou moins lentement. Par exemple Matrix n’a pas si mal vieilli que ça, est-ce dû à la qualité de la trilogie ? Tout dépend des techniques qu’on utilise. Un film comme 300 était considéré à sa sortie comme un modèle visuel, esthétique, tout ça. Aujourd’hui il est ridicule à côté d’Avatar, du Hobbit, Tintin, et bien d’autres. Ce qui est sûr, c’est que Pacific Rim est aujourd’hui à la pointe des effets spéciaux, mais il ne produit pas, à mon sens, un fossé avec les autres comme on aurait pu le croire. Surtout qu’il n’y a pas un crescendo : le premier bloc et le deuxième bloc de baston sont impressionnants. Le troisième, qui doit clore le film, est loin d’être aussi spectaculaire… Du coup, même sur le plan de l’action, qui est censé être son point fort, Pacific Rim laisse sur sa faim.

Gibet : L’engouement quasi-général a créé de l’attente chez moi, et cette attente a été déçue, alors que j’avais bien pris en compte ce qui était dit du film : le scénar est faible mais les bastons sont époustouflantes. Moi je m’attendais à – puisque les types se sont empressés de comparer les deux – un Avatar-like, c’est-à-dire un truc avec un scénar hyper hyper classique mais qui par là justement contient une efficacité, un savoir-faire pour tout ce qui est du RYTHME. Là, le scénar n’est pas hyper hyper classique, il est hyper hyper idiot, et tellement mal branlé qu’il nuit à ses grosses séquences d’action. Quand on me montre des monstres qui détruisent des villes et que ça me fait me dire « ah oui c’est bien fait en effet » au lieu de me faire frissonner (J’ADORE LES SCÈNES DE DESTRUCTION), c’est qu’il y a un gros problème. Je crois que la phase interminable de pur scénario entre le premier et le second bloc d’action m’a tellement engourdi que quand le second bloc est arrivé j’étais extérieur à tout ce qui se passait. C’est pour ça que c’est insatisfaisant. Et en plus, oui, Robin, y’a pas de crescendo, le climax est au milieu. Sinon, je sais pas si je démarre tout de suite sur ma théorie du complot hollywoodien ? Allez si, puisque Lune a lancé la bombinette : moi je pense vraiment que les films à effets spéciaux sans scénar sans personnage sans réelle personnalité sont voués à mourir à court terme si les effets spéciaux sont pas très bons, et à moyen terme s’ils sont excellents. Prenons le Technicolor par exemple. L’autre fois je parlais de Comment épouser un millionnaire de Negulesco – quand le film est sorti, les gens ont trouvé que c’était un bon film, parce qu’en gros les couleurs sont jolies et qu’en plus c’est en cinemascope y’a des grands paysages waouh. Mais aujourd’hui, tu le mates, tu te fais chier, le récit est tout pourri, et on est habitués à toutes les nouveautés techniques qu’il proposait. À côté de ça, Fenêtre sur cour, qui utilise aussi le Technicolor et qui à l’époque a pu lui aussi enchanter pour cette raison, a une vraie personnalité et un scénar en béton armé, et je pense que, pour ça, il va traverser les âges tranquillement. Les histoires, ça repose sur les mêmes ressorts depuis que l’homme est homme. Un effet spécial, ça vieillit irrémédiablement car on peut toujours faire mieux. ET JE CROIS QUE Hollywood en a plus rien à battre de mettre toute la thune sur les effets spéciaux et de rien donner pour le scénar, car ça fait des films à durée de vie extrêmement limitée, et ça permet – de la même manière que l’industrie de la haute technologie bloque la commercialisation de produits telle que la batterie qui dure toujours ou que les collants qui ne se filent jamais ont été interdits à la vente – de faire vivre l’économie sur le long terme car il y aura toujours des films à remaker. Hollywood pratique aussi l’obsolescence programmée. Dans cinq ans, on peut refaire un autre kaigu vs jaegers sans souci car Pacific Rim n’a que ses effets spéciaux.

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Lune : Au final quand j’y repense c’est le premier bloc d’action qui m’a le plus plu et c’est probablement à cause du scénario pourri oui. Parce que quand on voit le premier on est encore un peu purs.

Gibet : Le premier bloc il fonctionne car il est plein de promesses. Il pose les règles du jeu et tu te frottes les mains, tu te dis « ah ouaiiiis on va bien s’amuseeeer », et finalement le décollage est tellement retardé qu’il est carrément annulé. J’adorais l’idée de « il faut être deux pour piloter les jaegers », ça pouvait produire des situations tellement passionnantes. Finalement là c’est du gadget, il faut se connecter avec l’autre alors tu vois ses souvenirs et sentiments c’est tout – super.

Lune : Et comme je disais, c’est idiot parce qu’ils expliquent au spectateur que quand tu dérives, y’a pas besoin de mots, mais c’est que des gens qui dérivent ensemble qui le disent ! Le blond avec l’asiat, le père avec son fils, et ils nous le rabâchent, s’ils dérivent y’a pas besoin de mots donc pourquoi ils le disent ? C’est totalement artificiel, c’est juste pour expliquer au spectateur qu’on prend pour un teubé. Ils auraient pu choisir n’importe quel autre perso. Un type qui a dérivé explique à un type qui n’a jamais dérivé et là ça serait crédible. On a vu un film qui s’appelle Vanishing Waves qui montrait très intelligemment ce que ça pourrait donner deux personnes qui partagent leur inconscient. C’est changeant, c’est dérangeant, c’est impudique. Ils s’apprivoisent, et plus ils passent de temps ensemble, plus ils se dévoilent.

Robin : Je trouve qu’en fait le film n’explique rien, il ne détaille rien, il ne prend jamais le temps se poser deux minutes et d’adopter une démarche un peu plus pédagogique. Je suis loin de demander des heures d’explication à la Inception, mais un minimum ça aurait beaucoup apporté. Et du coup la dérive, le contrôle des machines, le portail, on te dit « juste accepte le principe ». Et ce parti-pris de pas expliquer il ne se fait pas en faveur de plus d’action, ce que j’aurais pu comprendre, mais en faveur d’un blabla aussi inutile que pénible. Surtout que le principe de la dérive aurait pu apporter beaucoup. Il est sous-exploité. La première dérive test de Mako et Raleigh se passe mal, mais à Hong Kong, deux heures plus tard, tout fonctionne parfaitement. Je pense que ça aurait ajouté du piment, de l’enjeu à l’action, et de creuser un peu plus ces personnages ectoplasmiques.

Lune : Ben oui y’avait plein de trucs à exploiter. C’est quand même un truc de ouf de rentrer dans la tête de quelqu’un, y’a plein d’enjeux, mais puisque les persos sont pauvres ils auraient eu du mal à leur donner des relations complexes et intéressantes.

Gibet : En fait ce qui ne va pas, c’est que le film a le cul entre deux chaises. En même temps c’est très superficiel comme vous l’avez dit et en même temps y’a quand même la moitié du film qui est au consacré au « développement des personnages » – moi j’aurais aimé que ce soit ce que les fans disent, c’est-à-dire un scénar mininal et de la baston – mais c’est pas du tout ça, c’est envahissant, c’est pesant. Soit on raconte une histoire, soit on s’en branle, l’entre-deux ça ne donne rien. Ils n’ont pas dû définir correctement à qui le film s’adressait : ils ont bricolé un scénar familial alors que Del Toro avait certainement envie de faire un film d’initiés, pour les fans d’actioners, de monstres, de culture asiat, etc. C’est un peu ce que tu me disais après la séance, Lune, on sait pas à qui le film veut parler : aux enfants ? aux ados ? à toute la famille ? au papa qui fait sa crise des 40s ? Je sais que ça fait un peu publicitaire ce que je dis, mais y’a que comme ça que les blockbusters arrivent à avoir une cohérence dans la multiplicité des voix qui les constituent. On se moque de Transformers mais c’est assumé comme un teen-movie d’action, c’est vendu comme tel, et ça fonctionne si on le regarde comme ça.

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Robin : C’est clair que le sujet de la main de Del Toro sur un certain nombre de trucs, comme le scénario, est à questionner. Il nous avait habitués à plus de cohérence, et plus de profondeur. Là tu as quand même des gros trous d’air à des moments clés : lorsque le héros fait le choix de revenir dans la machine, quand on décide de qui sera son partenaire. Les personnages apparaissent comme étant très influençables, sans caractère, sans force mentale. Ces moments importants sont totalement bâclés, et aggravent le peu de charisme des protagonistes.

Lune : En fait je connais pas Del Toro mais le film a pas l’air de porter une marque de réalisateur, il a pas d’âme pour dire un truc bien laid et cheesy. Après je répète que je connais pas le style de Del Toro mais, quand même, je devrais pouvoir le percevoir.

Gibet : Justement, je me suis posé une question pendant le film à partir du second bloc d’action : est-ce que toi qui connais Guillermo Del Toro mieux que nous, Robin, tu as vraiment senti sa patte quelque part ? Moi j’ai eu l’impression au bout d’un moment qu’ils auraient pu prendre n’importe quel faiseur d’images talentueux – Sam Raimi, Peter Jackson, ce genre de types que tu kiffes – et que ça aurait donné un résultat similaire.

Robin : Bah tu vois Hellboy par exemple c’est plus comme les passages avec Charlie Day mais tout le temps, donc c’est fun et mieux écrit.

Gibet : Qu’est-ce qu’il s’est passé pour que la majeure partie de la critique pardonne ce scénar tout pourri ? (Tiens, j’ai oublié de dire un truc qui me semble important : vous avez noté qu’en fait le film n’a pas lieu d’être ? Pendant l’intro je me suis dit « ah oui ils combattent les monstres plutôt que de refermer la brèche, ça doit donc être impossible de la refermer, ils vont devoir trouver autre chose » – et finalement ils referment la brèche sans budget, avec les derniers bouts de robots restants, et deux scientifiques teubés ??? Qu’est-ce qu’ils ont foutu pendant toutes ces années les types ?).

Lune : Je sais pas j’ai failli poser cette question plusieurs fois puis j’ai effacé parce que j’ai pas de réponse. J’ai encore lu que Mako était un personnage super bien écrit…

Robin : Je pense que Pacific Rim incarne une simplicité décomplexée qui a plu non seulement aux amateurs du genre mais aussi aux critiques en général qui aiment ce qui s’assume et ce qui est décomplexé. Je pense que pour les critiques, Pacific Rim s’oppose totalement aux blockbusters spécieusement intelligents, nourris aux détails, avec des personnages bourrés de tourments, de complication etc… Je parle là de Batman, de Skyfall, de Prometheus et plus récemment de Man of Steel, qui s’efforcent de développer des scénarios complexes alors qu’on ne souhaite pas nécessairement ça, et que surtout les gens qui le font ne savent pas le faire. Pacific Rim s’efforce (et ne réussit pas) de rester à sa promesse la plus basique de blockbuster : nous en mettre plein la gueule.

Gibet : Mais pour moi décomplexé = fun ou au moins détaché, nonchalant, léger – Pacific Rim c’est lourdingue.

Lune : Oui c’est pénible, on a rigolé mais on a aussi beaucoup soupiré.

Gibet : J’ai envie de faire une autre hypothèse, mais c’est certainement un mélange des deux : est-ce que l’aura de Del Toro n’y est pas pour quelque chose aussi ? Il me semble aussi que le teasing a été plutôt bien foutu… La critique y est allée conquise d’avance non ? Autrement dit, pour synthétiser nos deux idées : est-ce que la critique n’adhère pas au film PAR PRINCIPE, simplement parce que ça s’oppose à cette vague de blockbusters surécrits et moroses et que c’est porté par une figure assez charismatique, un type qui aime filmer des monstres ?

Robin : C’est sûr que le film était déjà adoré avant sa sortie, comme j’ai rarement vu d’ailleurs. Moi-même j’adorais le film avant de le voir.

Gibet : Bon, du coup, c’est assez triste, non ? Si pour les gens qui ont aimé Pacific Rim, le film est un modèle de simplicité décomplexée, alors ils doivent passer d’horribles heures au cinéma. Je suis content de pas aller voir beaucoup de blockbusters.

Robin : Moi je crois que le soi-disant meilleur film de l’année ne sera même pas le meilleur blockbuster de l’année.

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Gibet : Vous avez vu ce qu’a dit Télérama ? « Qui, à part Guillermo del Toro, pouvait ainsi fusionner blockbuster et film d’auteur et célébrer les noces monstrueuses de Freud et Godzilla ? »

Lune : Bon ils ont clairement fumé. C’est pas défendable comme point de vue.

Gibet : Y’a pas plus de Freud dans Pacific Rim que dans Inception

Lune : Nan mais ils collent Freud partout de toute, dès que ça parle de cerveau. Comme j’ai déjà dit, regardez Vanishing Waves, ça c’est de la vraie et bonne SF à base de Freud.

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