En 1946, 12 Palmes d’or

Je suis allé faire un tour dans l’historique du Festival de Cannes vu que j’aime bien me balader dans les vioc films. QUELLE NE FUT-ELLE DONC-T-ELLE PAS-T-ELLE MA SURPRISE lorsque je découvris qu’en 1946, lors de la plus ou moins première – c’est technique, tu vas voir – édition du Festival de Cannes, 12 films avaient été sacrés Meilleur Film ex aequo !

LE MYSTÈRE DES 12 PALMES D’OR

Bon, j’exagère pour le spectacle mais en vrai, selon les sources fiables, et pas selon les blogs bordéliques sans ligne éditoriale, c’est plutôt 11, de Palmes d’or, qu’il y a eu.

LE MYSTÈRE DES 11 PALMES D’OR

Bon, je dis « Palme d’or » mais en 1946 le prix n’existait pas encore ; il n’y avait que le « Grand Prix ». Et c’était un peu mais pas vraiment l’équivalent de la Palme d’or puisqu’il perdure parallèlement à elle. Autrement dit, je t’ai joliment entubé avec un bling titre. Je me lance dans le grand journalisme alors habitue-toi.

LE MYSTÈRE DES 11 GRANDS PRIX

Tu comprends que ça me fasse tiquer ? On dit à 11 films différents, la même année, en même temps, « Bravo, tu es le meilleur film de l’année ». Le Festival de Cannes originel c’est l’École des Fans appliquée au septième art ? (Woh, École des Fans, ça fait EDF ! – EH écoute celle-là : Molière était un dramaturge visionnaire, en 1662 il avait déjà créé l’EDF). Pour résoudre cet opaque mystère, j’ai grave enquêté. J’ai parcouru l’interweb d’une extrémité à l’autre. J’ai vu des machins qui me vaudraient une peine carcérale à perpétuité dans 62% des nations de l’Union Européenne, la peine capitale dans 42 états du monde, et probablement la lapidation dans les 3 ou 4 pays d’Afrique. J’ai même – et j’ose à peine le dire – OUVERT DES LIVRES. D’ailleurs, ce sont les livres, là où Wikipédia et consorts n’avaient pas su me répondre (de toute, avec eux, si tu demandes pas des infos sur la grammaire klingon ou les couleurs de sabre-laser, tu peux te tartiner pour avoir des précisions), qui m’ont éclairé telle… une lampe. UN LIVRE en particulier. J’ai nommé D’or et de palmes – Le Festival de Cannes, Pierre Billard, 1997.

Sans être un must-have à tout péter, ce petit opus délivre quelques infos historiques capitales à la compréhension de keskecé komencéné Cannes – et ça tombe bien, car le Mystère des 11 Grands Prix est lié à des problématiques diplomatico-contextuelles.

LE MYSTÈRE DE KOMENCÉNÉ CANNES

Depuis 1895, à Venise, on organise chaque année une Biennale d’Art. En 1932, quand cet art bâtard qu’est le cinéma commence à avoir assez de bouteille pour être légitime, on l’intègre au programme de la Biennale. C’est la création de la fameuse « Mostra Internazionale d’Arte Cinematografico » encore vivante et influente aujourd’hui. Malheureusement, l’Italie à cette époque est moins préoccupée par la mise en valeur de l’art cinéma que par les petits calculs économiques (la Mostra est aussi un prétexte pour « démocratiser l’hôtellerie de luxe en y attirant la bourgeoisie aisée » et contrer doucement la crise) et politiques (en 1938, provoquant la rage des pays démocratiques, les prix vont au film du fils de Mussolini et aux Dieux du stade de Leni Riefenstalh, alors même que ce dernier, parce que c’est un documentaire, est théoriquement banni de la compétition). Les français – en particulier Philippe Erlanger, historien – voient là une occasion de s’imposer dans le game. L’idée séduit mais on traîne du pied. Les « culturels », qui pensent qu’un festival de cinéma hexagonal relèverait le prestige du pays, doivent se confronter aux « diplomates », qui veulent la jouer câlin dans cette atmosphère tendue – et si l’Italie prenait ça comme une provocation ? En 1939, on se lance malgré tout, soutenu par les pros du tourisme qui se retrouvent parfaitement dans un tel projet. En mai, rien n’est calé. On repousse. En septembre, c’est la guerre. On annule. En septembre 1946, c’est plus du tout la guerre. Le premier Festival International du Film de Cannes ouvre.

Le premier Festival International du Film de Cannes ouvre et on peut en revenir à notre premier mystère : pourquoi 11 Grands Prix ? Tout simplement, les organisateurs ont compilé les préoccupations culturelles et diplomatiques et donnent un Grand Prix par pays grand producteur. Ainsi, au début de l’un de ces Grands Prix, La Symphonie Pastorale de Jean Delannoy, on lit « Grand Prix du Meilleur Film Français », et pas « Grand Prix du Meilleur Film ». Chaque pays cinématographiquement important aura un meilleur film et tout le monde est content.

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LE MYSTÈRE DE MAIS EN FAIT C’EST UN PEU MALHONNÊTE TOUT ÇA

Ça serait presque pas malhonnête si à côté de ces 11 Grands Prix, le Festival ne décernait pas en plus un Prix dit du Jury International. Automatiquement, puisque le nom de ce prix contient « International », ça laisse entendre qu’il est supérieur au Grand Prix. Et en 1946, il revient à qui à quoi ? À un film français. Tu vois la manœuvre ? On comprend à peine comment un festoche avec des ficelles aussi grossières a pu perdurer aussi longtemps. Et comme si ça suffisait pas, on se rend rapidement compte que tout ça est totalement absurde : le film français qui remporte le Prix du Jury International est différent du Grand Prix du Meilleur Film Français. JE DÉCRYPTE : le meilleur film du monde, qui est français, n’est pas le meilleur film français. Je te laisse méditer là-dessus pendant que je recopie le palmarès de Cannes 1946 en t’épargnant les prix que je n’ai pas déjà cités (y’en a dix-neuf autres, des trucs aussi variés que Grand Prix International de la couleur et Prix International de la Paix) :

Prix du Jury International : La Bataille du Rail, René Clément

Grand Prix :
– Royaume-Uni : Brève rencontre, David Lean
– Suisse : La Dernière chance, Leopold Lindtberg
– Tchécoslovaquie : Les Hommes sans ailes, Frantisek Cáp
– Suède : Iris et le cœur du lieutenant, Alf Sföberg
– Mexique : María Candelaria, Emilio Fernandez
– États-Unis : Le Poison, Billy Wilder
– Italie : Rome, ville ouverte, Roberto Rossellini
– France : La Symphonie pastorale, Jean Delannoy
– Danemark : La terre sera rouge, Bodil Ipsen et Lau Lauritzen Jr
– URSS : Le Tournant décisif, Fridrikh Ermler
– Inde : La Ville basse, Chetan Anand

LE MYSTÈRE DE QUI DIT MEILLEUR NE VEUT PAS DIRE BON ENTRECOUPÉ DU MYSTÈRE DES INTROUVABLES LONGS

Meilleur, c’est relatif. Meilleur, c’est pas forcément objectivement bon, ça peut être le moins mauvais. Et si le mauvais est très très mauvais, alors le meilleur peut lui-même être très mauvais. La question qui découle naturellement de ces réflexions à la con est : mais ces Grands Prix ils sont bons ou quoi ? Ça m’intéresse même pas de savoir si c’est vraiment les Meilleurs, si le Jury a déconné en choisissant Machin plutôt que Machine, je veux juste savoir si c’est des bons films. Je suis un gars simple. J’aime la vie et les coquillettes.

Me voilà donc juché sur mon cheval de bois, à la conquête des 11 films primés. Mais la croisade est moins concluante qu’un indécis. Il s’avère qu’une bonne partie des films ne sont disponibles ni en téléchargement légal ou illégal ni en DVD ni en n’importe quel support un tant soit peu démocratique (ça exclut donc les vieilles peloches usées dans la réserve de la Cinémathèque – et encore, je ne suis pas sûr que ces films y soient). Voici ce qu’il nous reste :

– Royaume-Uni : Brève rencontre, David Lean
– Suisse : La Dernière chance, Leopold Lindtberg
– Tchécoslovaquie : Les Hommes sans ailes, Frantisek Cáp
– Suède : Iris et le cœur du lieutenant, Alf Sföberg
– Mexique : María Candelaria, Emilio Fernandez
– États-Unis : Le Poison, Billy Wilder
– Italie : Rome, ville ouverte, Roberto Rossellini
– France : La Symphonie pastorale, Jean Delannoy
– Danemark : La terre sera rouge, Bodil Ipsen et Lau Lauritzen Jr
– URSS : Le Tournant décisif, Fridrikh Ermler
– Inde : La Ville basse, Chetan Anand

Pour être tout à fait honnête, Le Tournant décisif, je l’ai trouvé en streaming mais il était sans sous-titres. J’ai tenté de mater mais c’était que des longs tunnels de dialogues en russe pas très incarnés, alors j’ai laissé tomber.

Je constate : tous les films du Palmarès vaguement nordiques, centraux ou orientaux sont aujourd’hui inaccessibles.

Je creuse : Billard nous dit que les plus significatifs de ces Grands Prix sont ceux décernés à Lean, Wilder, Rossellini et Delannoy. Ça veut dire quoi ? On a vu que les organisateurs avaient imposé un Grand Prix par pays grand producteur, il paraît donc logique que dans certains cas la récompense soit sincère, et dans d’autres, qu’elle soit faite par défaut. Billard sous-entendrait que ces quatre-là, c’est les sincères. Et les quatre, logiquement, sont encore disponibles aujourd’hui. L’Histoire aurait filtré l’anecdotique pour ne nous garder que le top du top, la chantilly sur le liégeois ! Mais du coup, quel sort réserver à Maria Candelaria ? Il est hors jeu, ni inaccessible, ni « significatif ». Ouais voilà, en fait, tout ce que j’ai dit jusque là dans ce para, c’est bullshit. Billard, il cite ces quatre-là car c’est les quatre noms fameux du lot, c’est tout, je pense pas qu’il y ait de jugement esthétique sous-jacent. Comment expliquer les six disparations si ce n’est pas un souci qualitatif ? J’ai cru à un moment que c’était une question de temporalité – ces films, d’après leur synopsis, sont très ancrés dans leur hic et nunc, et on peut imaginer que cet ancrage franchit mal les époques. Et puis  je me suis souvenu du contenu de Rome ville ouverte

Je suis navré d’en arriver là, croyez-moi j’ai été elu Homme Le Moins Susceptible d’Adhérer à l’Altermondialisme en 2011, mais la disparation de ces six films, ça semble être, au bout du compte, le simple fruit d’une hégémonie culturelle bien crade. Pourquoi on a mieux conservé La Symphonie pastorale, qui est un des pires films que j’aie vu de ma vie (on y reviendra) que ces six autres qui doivent valoir autant si ce n’est plus (j’étais notamment très curieux de voir Iris et le cœur du lieutenant car derrière la caméra on a un disciple de Bergman) ? PARCE QUE C’EST FRANÇAIS.

Je tique : le devoir d’un festival, surtout d’un qui rêve d’une envergure telle qu’elle est aujourd’hui, ne serait pas aussi d’assurer la pérennité des films qu’il récompense, peu importe leur qualité a posteriori ? Les teubés qui décernent les prix pendant les cérémonies de clôture aiment bien rappeler l’héritage prestigieux dans lequel le prix s’inscrit – tu vas recevoir cette Palme, comme Fellini, Visconti, Welles ! Ça serait marrant qu’ils descendent encore plus bas dans les racines, pour rappeler qu’à la base, le Festival de Cannes est UN FESTIVAL QUI NE RESPECTE PAS SES FILMS.

– Royaume-Uni : Brève rencontre, David Lean

Quand on voit Brève rencontre, on comprend où Clint Eastwood est allé chercher son Sur la route de Madison. Le contexte n’est pas identique, mais le trajet oui : on suit une femme mariée qui se laisse tenter à une idylle idéale avec un tiers sans jamais que ça se concrétise et cette échappée nous est racontée depuis le point de vue de la meuf – chez Eastwood, ses gamins lisent ses carnets et ses lettres après sa mort, ici y’a pas de filtre, on vogue directement dans les souvenirs de la dame qui rêvasse sur le canapé conjugal. Puisqu’on est rivé au point de vue de la dame, et que cette dame est bien écrite, le film réussit très bien tout ce qui relève de la mise en scène du sentiment amoureux. Lean, par exemple, ouvre le film en suivant une commère reloue, qui croise notre héroïne au café de la gare. Elle lui bave ses conneries de commère reloue à la tronche, et on sent que notre héroïne est ailleurs. Vu qu’on voit d’abord à travers les yeux de la commère reloue, l’héroïne nous apparaît comme la fille un peu chiante asociale qui rigole pas quand on fait des blagues. Mais elle prend vite le relai. Et à la fin on revoit la même séquence, mais cette fois-ci on est dans sa tête, et on connaît son drame, on comprend que la commère reloue n’a fait que briser les ultimes instants du couple, que la passion ardente s’est close dans l’hypocrisie du devoir social, et c’est cruel, et c’est beau.

L’actrice principale, Celia Johnson, autre gros atout du film, est pourvue d’un visage très intéressant que Lean fait varier avec brio, de l’insouciance à l’inquiétude, de la beauté à la laideur, de la jeunesse à vieillesse, et ainsi de suite, je te fais pas de dessin. Ce qui est plaisant, aussi, c’est que la pruderie du cinéma anglosaxon de cette époque ici fait sens. On comprend que le couple soit dans la retenue, dans la pudeur, puisqu’il est adultère et ne sort quasiment jamais de la sphère publique.

Par contre, le happy-end bricolé dans les trente dernières secondes est difficilement pardonnable. Comme pour la retenue, c’est une question de codes, de bienséance machin truc : on va quand même pas faire un film qui se finit mal ! Plus personne ne voudra aller au cinéma après ! Ainsi, le mari, qui pendant tout le film est le pire mari du monde (il est bienveillant mais c’est une bienveillance lointaine de vieux papa), pile vingt secondes avant le THE END fait sortir doucement l’héroïne de son daydream et lui dit d’une voix câlinante « Oh tu as l’air toute triste ma pauvre chérie, tu sais je serai toujours là pour toi. » – c’est bon, le mari a sa rédemption, en fait il est sympa, ils pourront vraiment être heureux ensemble. NON ! La fin de Brève rencontre fait partie de ces fausses happy-end que le cinéma mainstream a produites par centaines pendant longtemps : on ne règle pas le problème en profondeur, on règle une situation immédiate, et si on est attentif on se rend bien compte que c’est pas du tout dénoué. Dans Breakfast at Tiffany’s, qui te dit que Audrey Hepburn, puisqu’elle n’a pas changé d’un poil et n’a fait que, en décidant de rester, manifester qu’elle était plus que jamais une meuf impulsive et imprévisible, ne va pas lâcher le gars dans le quart d’heure qui suit l’écran de fin ? Dans Duel – mais là le procédé est utilisé délibérément – le mec bute le méchant, et on saura jamais pourquoi le méchant lui en voulait alors même que ce mobile mystérieux est le réel enjeu du film ! Avec Brève rencontre, Celia Johnson a beau recevoir quelques caresses qui la réconfortent dans son chagrin, son mari n’en est pas moins un gros cake. NOUS NE SOMMES PAS DUPES, DAVID LEAN.

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– Mexique : María Candelaria, Emilio Fernandez

Je sais pas comment retranscrire un soupir à l’écrit mais l’envie est immense. Ce long mexicain est neuneu. Comme tous les persos féminins pas inspirés de l’époque, María Candelaria est la pureté faite femme et c’est dommage car le monde, tellement moins pur qu’elle, va la sacrifier sur l’autel de la bêtise humaine. C’est ridicule, mal écrit et mal joué. MAIS on peut trouver son compte, malgré tout, dans l’aspect documentaire du film. Car pendant que Fernandez raconte son histoire pourrave, il nous donne à voir une micro-société passionnante qui, a priori, est authentique. Les mecs vivent tous à moitié dans des pirogues et font du commerce en troquant des fleurs contre du savon – ça va loin dans le dépaysement et c’est assez rafraîchissant. Y’a que dans María Candelaria que tu peux entendre des répliques du genre : « Oh non ! L’épicier a tué ma truie ! Je ne vais pas pouvoir me marier ! »

Emilio Fernandez

– États-Unis : Le Poison, Billy Wilder

Le Poison ressemble assez à Brève rencontre, sauf que Wilder remplace l’adultère par la bibine. Mêmes qualités… Wilder colle au POV de son perso alcoolo et ça fonctionne très bien, même si ledit perso est un poil moins bien foutu (par exemple, il parle en faisant plein de figures de style parce que c’est un écrivain – MOUAIS) et interprété par un drôle de mix entre Cary Grant et James Stewart qui en fait parfois trop. Le scénar, plutôt que de déployer une grosse structure classique avec trois actes bien définis, préfère jouer la carte de la vignette ; en gros, à chaque fois, il s’agit pour le perso de trouver sa dose de sky suivante alors qu’il est pauvre et seul. Y’a pas de véritable enjeu au-delà de ça, et ça correspond tout à fait au titre original The Lost Weekend, et tout à fait aussi à ce qu’est la réalité de l’addiction (pas de long terme, on vise la satisfaction ponctuelle).

Mais aussi même défauts ! On retrouve notamment le conventionnel faux happy end : ALORS CERTES son amoureuse arrive à empêcher le type de se suicider PUIS le type dit non à un verre d’alcool, mais qu’est-ce qu’il nous dit qu’il va pas recommencer le lendemain ? C’est d’autant plus con que Wilder n’arrête pas d’insister sur le fait que le perso principal est enfermé dans une sphère dont il ne peut sortir que très rarement et pour pas longtemps. On ne comprend pas en quoi cette fin met fin au cercle. NOUS NE SOMMES PAS DUPES, BILLY WILDER.

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– Italie : Rome, ville ouverte, Roberto Rossellini

Y’a pas à tortiller : il n’y aurait dû y avoir qu’un seul Grand Prix, et il aurait dû revenir à Rome, ville ouverte. Le film de Rossellini poutre tous les autres kilou, sans même essayer de les poutrer. Ce film est bordélique, poreux, l’élite américaine a même dû trouver ça pornographique (on y voit des poitrines, des cuissots, des fessiers – ET CES BOUTS DE CHAIR APPARTIENNENT À DES MEUFS QUI N’ONT RIEN DES CANONS DE BEAUTÉ EN VIGUEUR), y’a vingt personnages principaux, on s’en fout, ça se barre dans tous les sens, la scène la plus comique côtoie la scène la plus tragique, le pur cinéma côtoie la captation du réel, c’est magnifique, et ça prend vraiment toute sa puissance quand tu viens de te taper tous ces films ultra-coincés de la même époque, j’en dis pas plus, regardez le cinéma néoréaliste italien, regardez Rossellini, regardez De Sica, c’est grand car ça ne l’est pas !

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– France : La Symphonie pastorale, Jean Delannoy

Pffffrrrfrfrrr. Non. Je sais vraiment pas comment retranscrire un soupir à l’écrit. C’est particulièrement mauvais. On retrouve le même système neuneu que dans María Candelaria mais sans partie docu pour équilibrer. C’est con parce que d’après ce que m’a dit Jooles, qui au lycée kiffa grave sa race sur le roman d’André Gide dont le film est une adaptation, le bouquin donne pas mal dans la contemplation des décors montagneux. Ici, on s’en balle, ça pourrait se passer en centre ville que ça ne changerait strictement rien, c’est du strict scénario, Bidule 1 aime Bidulette 2 qui aime Bidule 3 qui est aimé par Bidulette 4 qui etc. Parfois Delannoy essaie de filmer le quotidien des ménagères, mais c’est si vague qu’on comprend qu’il a jamais foutu les pieds chez les ménagères en question. TOUT ÇA, ça fait de La Symphonie pastorale un très mauvais film. Comment est-ce que ça devient, comme je l’ai dit tout à l’heure, un des pires films que j’ai vus dans ma vie ? On sent que les types qui ont fait le film sont hyper contents d’eux et ça le rend insupportable. C’est le seul film à arborer son Grand Prix en ouverture, c’est premier degré d’un bout à l’autre, les mecs appuient tout du long leurs intentions merdiques (la femme du prêtre excuse le prêtre de désirer une autre meuf parce qu’il ne connaît pas le mal, ET ELLE LE DIT AU MOINS QUATRE FOIS), leur vision du monde est à dégueuler par tous les orifices Y COMPRIS CHAQUE PORE DE TA PEAU. Ils sont fiers d’eux, ces cons ! Delannoy est désigné fer de lance de la « qualité française » ! On comprend amplement pourquoi les cabris de la Nouvelle Vague ont pris les armes, la rage au ventre pour démonter ce cinéma-là ! À vrai dire, je comprends même pas comment on peut prendre du plaisir à regarder des films pareils. Ça ne fait même pas le strict minimum du ciné classique : raconter correctement une histoire. C’est tellement lisse tout le temps que les personnages n’ont pas la moindre substance. Delannoy est un gros con qui filme ce qu’il décide que les gens sont parce qu’il a décidé que c’était ce que les gens voulaient voir. Tous les ans, un professionnel du septième art ou un journaliste publie un brûlot pour nous expliquer que le cinéma français est en crise, mais perso j’avais jamais vu, jusqu’alors un film français aussi mauvais alors je me dis que ça va plutôt bien.

J’en profite d’ailleurs pour envoyer une pichenette à une féministe, dont je ne prendrais pas la peine de retrouver le nom, qui a profité de la sortie du gentiment controversé Jeune & jolie de François Ozon pour réexpliquer que le cinéma d’auteur, établi par la Nouvelle Vague, était par définition un mythe sexiste. D’une part, le cinéma d’auteur existe bel et bien, sauf qu’il faut pas être trop con et le réduire à la définition « c’est le cinéma d’un seul être » parce qu’ÉVIDEMMENT on peut pas faire un film tout seul. Gné. Le terme « cinéma d’auteur », ça désigne simplement le cinéma où le réalisateur est reconnu comme LE créateur, et où de fait il fait un max de trucs lui-même (par exemple écrire le scénario !), par opposition au cinéma de producteurs où chaque tâche va être déléguée à un zig différent. D’autre part, j’aimerais bien que la lady compare AU HASARD le perso de Michèle Morgan dans La Symphonie pastorale et celui de Jean Seberg dans À bout de souffle. Tu me diras laquelle des deux est concrète, complexe, autonome économiquement, libre sexuellement, belle sans être un parangon de féminité. KISS.

naptha

LE MYSTÈRE DE ET ON VA OÙ AVEC ÇA SOUS L’BRAS ?

Si je voulais jouer l’expéditif jusqu’au bout, je te dirais BAM t’as vu c’est quoi traditionnellement Ze Festoche, primer au hasard des films moudus pour des motifs moisis ?! C’est bon on peut arrêter de s’y intéresser ! Mais jouons-la plutôt chercheur : faudrait voir, en poursuivant cette réflexion, voire même en la rebranlant plus rigoureusement, si tout ça est pas dû au fait que la première édition dont à propos de laquelle on parle depuis le début, était un galop d’essai, avec plein de trucs à recalibrer au fil des éditions.

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