My Week with Marilyn, Simon Curtis, 2012

Quand My Week with Marilyn est sorti, l’année dernière, je me suis regardé dans les yeux et me suis promis, catégorique : « Mon p’tit pote, tu n’iras pas voir ce film. JAMAIS tu ne poseras tes binocles là-dessus. » Un an plus tard, j’ai succombé, j’ai maté, et je dors plus.

My-Week-With-Marilyn-banniere

Commençons par évacuer les points forts du film : le rythme est bon, c’est rapide, c’est léger, l’ambiance pourrie qui régnait sur le tournage du Prince et la Danseuse est plutôt bien rendue et le cast est pas trop mal. C’est à peu près tout.

Quand je parle du cast, attention, je parle pas de Michelle Williams. Sa performance, je te le dis aussi sec, c’est la grosse anomalie de base qui anéantit le film avant même qu’il soit commencé. Soyons pragmatiques : Michelle navigue, physiquement, entre le cute et le laid, quand Marilyn se baladait entre le cute et le sublime. Ça coince un peu à ce niveau – surtout quand on voit que l’équipe maquillage s’est visiblement inspirée des photos de Marilyn les plus laides pour affiner la ressemblance – mais on peut se dire que Curtis a délibérément choisi une actrice moins belle que l’originale parce que son sujet c’est le behind-monroe, c’est la fêlure derrière la star machin machin. Le souci, c’est que Michelle Williams, en plus de ça, n’a pas la moitié du charisme d’un quart de Marilyn et ça devient rapidement ridicule.

Exemple : Marilyn Monroe galère à dire une réplique sur le tournage du Prince et la Danseuse. Elle essaie une fois, deux fois, trois fois, elle se plante systématiquement, c’est embarrassant. Et puis là, épiphanie dans ta face, elle réussit à dire sa réplique. Tout le monde se pignole « ah qu’est-ce qu’elle est magnifique ! et géniale ! et belle ! ». Y a même un type qui dit texto : « Quand Marilyn tient le truc, tu ne peux regarder personne d’autre ». Mais qu’avons-nous vu, nous autres spectateurs réels ? Michelle Williams qui fait exprès de manquer sa ligne puis qui la dit correctement, sans la jouer ni rien – elle la dit, et c’est manifestement mieux que ce qui précède car y a tous les mots dans le bon ordre, mais c’est pas bien, parce qu’elle la geint et la minaude, avec une tronche crispée. Pourtant les persos autour d’elle s’émerveillent. Tu vois la limite du dispositif ? Le film tâche de nous montrer le talent de Monroe, sauf que Monroe est incarnée par une meuf qui n’en a pas, alors on a l’impression que le film dit : « En fait, Marilyn Monroe, c’était de la merde. On la félicitait quand elle réussissait à réciter son texte parce qu’elle pouvait pas faire mieux. »

Comme j’ai dit, la démarche du film consiste à mettre à jour la fragilité que dissimulerait l’aura de l’actrice. C’est pas très original dans la mesure où c’est la démarche d’à peu près tous les trucs qui se font sur Marilyn mais bon. À la rigueur. S’il y en a qui ont encore besoin d’affirmer sa pseudo-dualité, c’est certainement que c’est pas encore acquis. Le film s’ouvre sur Michelle en Marilyn qui chante et danse, pour nous rappeler à quel point waw cette meuf était waw. Mais Michelle chante mou et danse mécanique. À partir de là, la déconstruction de l’aura peut pas fonctionner puisqu’il y a pas d’aura.

Il aurait fallu choisir une actrice qui incarne quelque chose d’équivalent aujourd’hui à ce qu’incarnait Marilyn Monroe dans les esprits de l’époque, sans forcément lui ressembler. Au départ, ils avaient proposé le rôle à Scarlett Johansson. Elle a refusé, sûrement parce que c’était hautement casse-gueules (pourquoi Michelle Williams a accepté, ça, par contre, j’arrive pas à le justifier) mais My Week with Marilyn aurait sûrement eu une meilleure trogne avec elle. Sinon, j’ai réfléchi et je me dis que ça pourrait être pas mal une meuf telle que Christina Hendricks pour jouer Marilyn. Elle est déjà préparée en plus, vu comment elle la joue, on lui a forcément dit de se passer la filmo de Monroe en boucle pour faire Joan dans Mad Men. Quoi ? Elle est rousse ? Eh dis, si Dieu a inventé la peroxyde c’est pas seulement pour que ta coiffeuse elle puisse ressembler à Lady Gaga.

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Pour sa défense, My Week with Marilyn esquisse quelques pistes intéressantes (il les bousille à chaque fois mais c’est sympa d’y avoir pensé). D’une part, la Marilyn de My Week with est suivie de près par sa coach Actor’s Studio qui l’épaule et l’encourage en permanence. C’est sain de montrer Marilyn comme une comédienne in progress. C’est sain et c’est juste. Dommage que le film finisse par montrer cet attachement à la prof moins comme un réel désir d’affermir ses techniques de jeu que comme une bête superstition… D’autre part, la Marilyn de My Week with est volontiers manipulatrice. C’est, là aussi, assez juste (et pas évident). Tu te souviens sûrement de cette anecdote relatée dans Fragments où Marilyn met en scène son suicide pour obtenir ce qu’elle veut dans l’hôpital psychiatrique où elle croupit ? Dommage que le film nous laisse entendre que ces manipulations sont capricieuses, intuitives, pas vraiment réfléchies…

Au moins, ce long-métrage m’aura permis de reconsidérer en profondeur ce qui me séduit chez Marilyn Monroe. Marilyn, c’est une femme qui jouait au sens littéral du terme. Elle faisait semblant pour des films, c’était fastoche pour elle et ça l’amusait. Mais Hollywood n’aime pas trop ça, Hollywood préfère le labeur, la douleur. Alors Marilyn a essayé d’ajouter de la souffrance dans son acting pour être légitime. Ça marchait pas. Le malentendu a enflé. Elle s’est butée. Voici comme je résume ma Marilyn. Et je te laisse sur deux petites pastilles savoureuses parce que j’ai envie : d’abord un extrait de Je me souviens, oui, je me souviens de Mastroianni père sur le Jeu et ensuite une séquence musicale issue de River of no return de Preminger, que j’avais critiqué ici y’a un an (je dois avouer que je suis assez d’accord avec moi).

« Je soutiens que ce métier est fait pour s’amuser. Je ne voudrais pas paraître snob mais j’apprécie beaucoup le mot qu’utilisent les Français : pour dire « recitare », ils disent jouer, qui correspond « giocare ». Nous, nous disons « recitare », et le mot sonne déjà faux, construit.
En ce qui concerne la « souffrance de l’acteur », il m’est souvent arrivé de lire des interviews de grandes stars américaines qui, pour « entrer dans le personnage » sont la proie des plus grands tourments, des plus grandes souffrances. Les uns vont en retraite dans un couvent, d’autres vont méditer sur une montagne.
Je ne comprends pas pourquoi. Si nous considérons ce métier comme un jeu, et si nous nous rappelons comment, enfants, nous avons joué aux gendarmes et aux voleurs… mais pourquoi ce tourment, pourquoi cette souffrance ? Je comprends si personne ne te donnait du travail, si on t’oubliait : ça, c’est une souffrance ; ou si tu as des dettes et pas de boulot, ça c’est de la souffrance – mais pas jouer. »
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