Fragments, Marilyn Monroe, 2010

À Noël, on m’a offert ce bouquin :

Fragments

Il faut reconnaître, avant toute chose, que Fragments est un bel objet – tellement que tu ferais mieux de te préparer à lire quinze fois « beau » et ses dérivés dans ce billet. Les choix éditoriaux sont très pertinents et montrent que les faiseurs du pavé sont moins poussés par la thune potentielle que peut rapporter un produit Marilyn que par l’envie de mettre en valeur un matériau inexploité qu’ils chérissent. Parmi les images, on a une belle sélection de photos d’une Marilyn lisant et des beaux fac-similés des carnets et autres manuscrits de l’actrice. La mise en page, avec d’un côté le manuscrit et de l’autre la transcription à l’ordi et sa traduction en français, est maline. Bon, par contre, ceux qui achètent Fragments pour fapper sur les photos, je dois avouer que la qualité du papier dissuade un peu : on n’a pas envie de souiller un si joli support.

La démarche, explicitée par deux préfaces bêtes et pompeuses (putain, je regrette de pas avoir emporté le livre en Angleterre, j’aurais pu te citer des passages bien débilos sur la dualité de Marilyn – ils la comparent notamment à Jekyll/Hyde hahaha, bravo, très subtil), est un peu moins fine que la conception de l’objet le laisse paraître. Il s’agit clairement d’enfoncer une porte béante : on veut montrer que Monroe n’est pas qu’une bimbo débile, passer au-delà de la construction hollywoodienne du perso. Certes. Je crois que plus grand monde n’est dupe aujourd’hui mais si c’est ce qu’il leur fallait pour les motiver à fabriquer le bordel, je veux bien.

À vrai dire, il y a un texte qui justifie à lui tout seul l’existence de Fragments : Monroe est internée en hôpital psychiatrique plus ou moins injustement et écrit une lettre pour raconter ce qu’elle y subit. Loin de baigner dans l’auto-apitoiement, elle raconte avec perspicacité, sensibilité et drôlerie son séjour. Elle décrit même avec un détachement savoureux la manière dont elle a mis en scène une tentative de suicide pour obtenir ce qu’elle voulait. Là, on a Marilyn toute entière, désespérée, mais malicieuse dans le désespoir.

marilyndontbother

Cette lettre, c’est nettement le meilleur texte du livre. À côté de ça, on a quelques textes moins bons mais malgré tout intéressants – je pense par exemple aux écrits de Marilyn qui s’adressent à son prof de théâtre ou réfléchissent sur les cours qu’il donne – mais aussi et surtout une majorité de petites notes floues, pas toujours compréhensibles et souvent anodines.

C’est là qu’on trouve la limite de Fragments : les mecs veulent montrer la profondeur de Marilyn Monroe en nous offrant une collection de textillons bâclés et irréfléchis. En quoi avoir accès aux listes de courses de la meuf va nous aider à mieux apprécier la sophistication de sa pensée ? En plus les traductions rendent pas tellement justice à sa prose. Ce qu’écrit Marilyn est simple et fluide tandis que la trad est compliquée et moche.

On dirait en fait, en terme de contenu, que Fragments n’est pas tout à fait terminée. Les auteurs du bouquin ne tirent pas grand-chose de ce joli matériau. Je suis certain que tout ce qu’on y trouve, y compris les listes de courses, peut devenir une merveille de richesse pour peu qu’on ne le publie pas juste comme ça, se baladant tout seul entre une intro précise mais très rapide et rien d’autre. Il aurait fallu, pour en tirer la substantifique moelle, mettre ça dans les mains d’un biographe, d’un graphologue, d’un linguiste, d’un je-sais-pas-quoi qui aurait permis de prendre de la hauteur par rapport à l’anecdotique. Là, on reste sur sa faim.

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