La playlist de Noël idéale

Il y a des groupes que je ne vais écouter que l’été et d’autres que l’hiver. Des albums qui ne tournent sur ma platine qu’en décembre et d’autres uniquement au mois de juin. Pire, certaines chansons ne ressortent du placard que lorsque tombe la neige ou rayonne le soleil. En général (et c’est toujours ce qui est à l’origine de mon appréciation d’une œuvre filmographique ou musicale), c’est lié à un souvenir. J’aime quelque chose car ce quelque chose me ramène à quelque chose, car ce quelque chose me ramène à moi. Je m’aime. Donc j’aime la musique.

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Si tous les mois de mars, je me remets à écouter Pink Moon de Nick Drake, c’est que j’ai embrassé une fille pour la première fois au mois de mars alors qu’on écoutait cet album. Si Love & Theft de Dylan ne me fait l’effet que lors d’une canicule, c’est parce qu’il a accompagné mes torrides étés à Barcelone. Musicalement parlant, j’ai donc de vieilles habitudes que je ne changerai pour rien au monde. Des traditions. Et c’est encore pire à Noël, car c’est le moment des traditions.

Lune m’a demandé de partager mes traditions avec vous, en érigeant une playlist idéale et indé pour leur calendrier de l’Avent. Le truc, c’est que ce sont mes traditions, mes souvenirs, alors je ne sais pas si elles vous feront autant d’effet. Mais bon, la plupart des chansons que je vais évoquer parlent de Noël d’une manière tellement universelle que vous devriez facilement y trouver votre compte. Sinon, il vous reste toujours Tino Rossi.

Noël pour moi, c’est avant tout les Beatles. Parce que depuis que j’ai volé L’Album Bleu au CDI de mon collège en cinquième et que je suis tombé dans la marmite, le groupe figure toujours sur ma liste au Père Noël. Tous les ans, ma pauvre mère a pour mission de compléter ma collection, étape par étape et ça fait une décennie que j’accumule tout ce qu’elle peut se permettre d’acheter dans un mausolée qui trouve ses origines sous le sapin. D’abord, il a fallu obtenir toute la discographie en CD. Puis en vinyle. Puis en version remasterisée (un par un parce que le coffret, il me nargue encore, avec son prix exorbitant). Il a aussi fallu avoir tous les bouquins, à commencer par l’Anthology, mastodonte que j’ai dévoré à Noël 2004 avec la joie d’un explorateur qui parcourait sans le savoir des terres que d’autres piétinaient déjà depuis des années. La joie de déchirer le papier cadeau et trouver des biographies de Lennon, MccCartney, Harrison (pas encore Ringo, faut pas déconner), de trouver des produits dérivés en tous genres en guise de petites surprises qui font que j’aime ma maman pour la vie. Je la revois en train de ramasser les emballages éparpillés dans le salon familial alors que je m’extasie à la première écoute de Revolver tout comme n’importe qui deviendrait fou en entendant pour la première fois l’un des trucs les plus beau et fou jamais enregistré.

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Pour le coup, à part pour Rubber Soul (que j’ai découvert durant un été breton), la discographie des Beatles et les carrières solo de chacun d’entre eux, c’est un plaisir d’hiver, principalement. Alors cette année, vous allez me faire le plaisir de me revisiter tout ça, de marcher sous les décorations de votre ville en écoutant I Want to Tell You (il faut imaginer que lors de l’intro en fondu du morceau, les guirlandes s’illuminent les unes après les autres, s’illuminent comme votre esprit). Vous allez vous réchauffer le cœur avec le plus grand groupe du monde et ce sera pas la peine de débattre à ce sujet, les débats c’est déjà bien suffisant quand l’oncle bourré s’y met lors du réveillon.

Revisitez ça comme un calendrier de l’Avent, de Please Please Me à Abbey Road en alternant avec des albums solo comme Plastic Ono Band ou Ram ou All Things Must Pass. Et puis bien sûr, ne passez pas à côté des chansons de Noël des Beatles : Christmas Time is Here Again, psyché-nawak et rare ou bien tous ces mignons enregistrements enregistrés par le groupe pour son fan-club de 1962 à 1967 et que l’on peut facilement trouver sur le net. Aussi réconfortant qu’étrange, surtout en 1967. Allez également jeter une oreille sur Happy XMas (Wa ris Over) de John, Wonderful Christmastime de Paul et Ding Dong de George. Vous risquez la crise de foie mais sur le moment, c’est plein de sucre et adorable.

D’ailleurs, puisqu’on est là pour parler de moi (non ?), une anecdote, un mini-conte de Noël pour encore mieux justifier mon obsession et pour que Lunécile et Gibet, qui sont exilés à Liverpool, comprennent pourquoi je les envie autant alors qu’eux n’en peuvent plus de vivre dans la Beatlemania permanente. Noël 2009. Je suis à Londres. Tout est illuminé. Il neige. Bonheur. Je me promène dans un marché couvert où l’on vend des disques et où je trouve Beatles for Sale. À Brick Lane. Et dans les enceintes résonnent à la suite Happy XMas et Wonderful Christmastime. Et aussi dégoulinants de bons sentiments et de mauvais goût que peuvent sembler ces morceaux quand on les écoute en plein mois d’août, j’ai eu un orgasme musical et j’ai trouvé la joie. Et le monde n’était qu’amour. C’est surtout ça les Beatles. La joie et l’amour, tout simplement.

C’est la meilleure thérapie. Une fois j’ai eu un mauvais Noël. C’était l’année suivante je crois, j’étais malade à crever et triste pour mille raisons. J’ai décidé de braver la grippe et le froid pour aller quand même rendre visite à mes grands-parents. Et John Lennon chantait Nobody Loves You When You’re Down and Out dans mes écouteurs et de la fumée sortait de ma bouche et j’essayais de pas glisser sur le verglas des rues sombres de mon petit village où dans chaque maison, les familles jouaient le jeu du bonheur. J’avais du vent plein la gueule et les yeux qui pleuraient et cette chanson m’a réconforté avec l’esprit de Noël qui ne me laisse d’habitude jamais tomber et qui aura resurgi grâce à Lennon. Merci John, je peux toujours compter sur toi.

Je vous conseille également de revoir leur filmographie pendant les fêtes. A Hard Day’s Night et Help ! sont drôles, surtout si vous aimez l’absurde très absurde. Magical Mystery Tour est flippant, surtout si vous aimez l’absurde très absurde qui a pris de l’acide. Et Let It Be vous brisera le cœur avant de vous le faire battre encore plus fort le temps d’une ultime jam sur le toit d’Apple.

À Noël, j’écoute, je lis, je vois, je vis Beatles. Et dès que je recommence à saturer, que la déprime de janvier démarre et que l’hibernation menace, je me dis « tiens bon, la vie vaut d’être vécu pour pouvoir revisiter les Beatles à Noël prochain ».

Passons maintenant à quelque chose de plus universel (quoi que dans le genre universel, les Beatles, ça se pose là). Disons que les albums dont je vais vous parler, ils vont forcément vous évoquer les fêtes puisqu’ils ont été conçus juste pour ça. Juste pour atterrir sous votre sapin ou en tout cas celui des gamins qui achetaient encore des disques, dans une galaxie fort fort lointaine.

Depuis qu’on enregistre de la musique, on enregistre de la musique de Noël. Je vais pas vous faire un cours d’histoire parce que je sais pas tout et qu’il y a Wikipédia pour ça (et vous demander encore de l’argent). Juste évoquer des types comme Frank Sinatra, Bing Crosby ou des femmes comme Dolly Parton et Rosemary Clooney (oui, de la même famille) qui ont lancé la mode du traditionnel album de cantiques revisités à leur sauce (jazzy, easy-listening, country, rockabilly) histoire de vendre un max et de réchauffer le cœur de tout le monde sans trop se fatiguer.

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On y trouve des merveilles (le Santa Claus is Coming Back to Town du King ou le Honky Tonk Angels de Dolly) et l’ami Phil Spector (à qui on souhaite de passer de bonnes fêtes avec ses camarades de prison) a tout compris parce que c’est un soi-disant génie et a pondu en 1963 le meilleur album du genre : A Christmas Gift for you from Phil Spector où il a réuni son armadas d’anges pour charmer le mur du son, des Ronettes aux Crystals en passant par la bien nommée Darlene Love. Ecoutez ça et vous êtes au paradis. Pensez à souhaiter un bon anniversaire à Jésus. Et à John. Et à George. Et à tous ceux qui nous réchauffent toujours le cœur d’outre-tombe.

Tout le monde a fait son album de Noël, de Johnny Cash aux Beach Boys (magique) et plus récemment et étonnamment, l’ami Dylan. Les revenus de Christmas in the Heart étaient destinés à de bonnes causes et il faut beaucoup de bonne volonté pour s’enfiler ça. Mais à petites doses, c’est franchement drôle (Bob chante en latin !) et le clip de Must Be Santa est le truc le plus désopilant de toute la carrière du Zim. Le pire, c’est qu’il était probablement sincère, connaissant son amour pour cette vieille tradition, qu’il avait lui-même revisité dans l’épisode Christmas du Theme Time Radio Hour, son incroyable émission de radio diffusé entre 2006 et 2009.

Toujours prêt à raviver la flamme et jouer la carte rétro avec plus ou moins de sincérité, le monde indé n’a pas hésité à livrer régulièrement le même genre d’exercice. La palme revenant à Sufjan Stevens, qui lorsqu’il n’était pas occupé à écrire un album au sujet de chacun des états américains (projet abandonné depuis), enregistrait un album de cantiques pour ses amis chaque année. Il a compilé tout ça dans Songs for Christmas, coffret de 5 CDs publié en 2006, et dans Silver & Gold, coffret de 5 CDs publié cette année. Un grand taré qui mélange compositions aux noms aussi évocateurs que Come On ! Let’s Boogey to the Elf Dance ou Did I Make You Cry on Christmas (Well, You Deserved It!) mais aussi des traditionnels de toute beauté comme O Come, O Come Emmanuel et Amazing Grace. Ces deux coffrets sont de parfaits cadeaux pour séduire une jolie fille pas trop conne.

Mais pas autant que A Very She & Him Christmas, le troisième volet de la collaboration sucrée entre Zooey Deschanel et Matt Ward. Quoi de mieux que de se faire souhaiter un joyeux Noël par Zooey Deschanel ? Même pas besoin de jolie fille pas trop conne avec ça. Vous ne vous sentirez plus jamais seule, plus jamais triste. Au moins jusqu’au Nouvel An.

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Tout le monde joue le jeu et même les labels s’y mettent en demandant à leurs artistes de remplir des compilations de Noël. Même les Ramones ne se battent plus à Noël et enregistrent Merry Christmas (I Don’t Wanna Fight Tonight). Même Julian Casablancas arrête de faire la gueule. Tout le monde joue le jeu : Andrew Bird, Vandaveer, Calexico, Tracey Thorn, les Flaming Lips avec leur Noël de science-fiction, John Cale, The Kinks, Slow Club, Ron Sexsmith, Rufus Wrainwright, Eels, Paul Simon, Au Revoir Simone, Mason Jennings, The Shins, El Perro Del Mar. Tout le monde, même Tom Waits qui envoie une lettre de Noël à une prostituée.

La liste est longue et que l’exercice soit sincère ou pas, l’important est d’écouter ça avec une joie sincère. Noël est une formidable machine à fabriquer de la joie et à vous de la consommer comme vous le souhaitez, avec des oreilles et une âme d’enfant ou une grande gueule de cynique dégueulasse.

Si vous cliquez ici et que vous avez un compte Spotify (une idée de cadeau), je vous ai compilé tout ça de manière savante et vraiment généreuse de ma part. Il manque juste les Beatles parce que même le Père Noël ne détient pas les droits de leur catalogue. Mais il y a John et Paul, c’est déjà ça. Et tout un tas de surprises à écouter en préparant le sapin ou en regardant la neige tomber.

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Les deux semaines qui mènent à Noël, je les adore et je suis heureux d’avoir tous ces compagnons musicaux pour fêter ça avec moi. La prochaine fois, je vous expliquerai ce qu’il est bon de regarder pendant les fêtes. Parce que vous avez des oreilles et aussi des yeux.

Prenez soin de vous et aimez le monde.

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