Six adaptations de A Christmas Carol

En 1843, Dickens, endetté, écrit A Christmas Carol pour se sortir du pétrin, sûrement sans se douter que ça deviendra un classique si monstrueusement incontournable que tu as forcément vu une adaptation une fois dans ta vie, sauf si tu détestes Noël, auquel cas tu es banni. Mais comme je suis gentille, je te raconte quand même l’histoire : le vingt-quatre décembre, Ebenezer Scrooge est un vieil avare qui travaille à la Bourse. Il déteste Noël – une excuse pour pas rembourser ses dettes et s’octroyer un jour de congé. Dès que son employé, Bob Crachit, ou son neveu, lui parlent de Noël, il rétorque : « Bah humbug ! » (sornettes). Retiens-ça pour ta culture, c’est très caractéristique. On est le 24 décembre, la nuit tombe, le perso est exposé : il s’agit maintenant de le faire changer. Trois fantômes – celui du Noël passé, celui du Noël présent et celui du Noël futur – viennent le faire déprimer / lui foutre la trouille et au petit matin Scrooge est gentil. C’est happy end, Crachit a ses congés, le neveu accueille son oncle, « God bless us all, everyone ! ».

A Christmas Carol est un roman très visuel, pratique pour faire un flim ! Il a donc été adapté plein de fois, même par Barbie. Je vais te parler de six adaptations très différentes les unes des autres, pour que tu puisses choisir celle qui va le mieux avec la déco de ton salon. Par ordre chronologique, dis bonjour à

Scrooge, Brian Desmond Hurst, 1951

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C’est un film en noir et blanc, considéré comme très bien par monsieur Wikipédia et considéré comme pas terrible par moi. Le jeu des acteurs est bon, à part pour Marley, grosse caricature de fantôme, mais le film est trop théâtral. Par exemple, quand Scrooge marche dans la rue déserte qui mène à sa maison, une chorale chante à côté de la porte. What for ? Le but de ces chorales est de récolter des sous, et ils se foutent dans une rue vide à côté de la porte de l’avare le plus connu de la ville. C’est un moyen très artificiel de montrer que Scrooge est un asshole, car il leur dit de dégager.

Si tu exiges la fidélité, cette adaptation respecte assez bien le texte, mais prend de grosses libertés au niveau de l’histoire (et donc invente des gros pavés de textes). Par exemple, on zappe tout le passage de Scrooge enfant (pas de budget enfant ?), et on en fait des tonnes sur les manigances de Scrooge au niveau du biz, pas du tout présentes dans le roman. Et un personnage à peine développé devient la servante de M. Scrooge, ce qui est complètement débile et incohérent. D’accord, il la paie que 2 shillings a week, mais de la part d’un gars qui refuse tout confort (il n’allume qu’une chandelle, feu riquiqui), c’est incompréhensible. Bref, ce film n’est pas une catastrophe, y’a pas d’énorme faux pas, mais c’est chiant.

Le saviez-tu ? Scrooge est joué par Alastair Sim, acteur qui inspirera beaucoup Jim Carrey pour sa propre interprétation dans Le drôle de Noël de Scrooge. Alastair aime bien ce perso puisqu’il fait sa voix dans un dessin animé en 1971.

Le Noël de Mickey, Burny Mattinson, 1983

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C’est un dessin animé court, trop court pour qu’il arrive à restituer l’évolution du personnage de Scrooge, joué par Picsou of course, puisque Picsou est inspiré de Scrooge. Comme c’est très rapide, on garde que quelques étapes. On te rajoute une bonne louche de gags (Dingo en Marley qui se casse la gueule toutes les deux secondes) et on élude le qui fait peur. Sinon, Mickey (Bob Crachit) et Tiny Tim (son fils, un mini Mickey) sont adorables. C’est un film cool à regarder, mais qui ne restitue pas du tout les émotions de A Christmas Carol.

Le saviez-tu ? Ce film marque la première apparition de Mickey Mouse à l’écran depuis 1953. Trente ans sans Mickey ! En VO, celui qui double Donald est celui qui le double depuis le début (1934), Clarence Nash, bien qu’il soit un vieux papy à ce moment-là. En revanche, Mickey n’est ni doublé par Walt Disney (too busy) ni par son successeur (smoked too much), mais par un tout nouveau doubleur, Wayne Allwine, qui sera la voix de Mickey jusqu’à sa mort en 2009.

Noël chez les Muppets, Brian Henson, 1992scrooge03

C’est la première adaptation que j’ai vue petite, que j’ai revue plusieurs fois, et c’est pour moi L’adaptation ultime de A Christmas Carol. En toute objectivité bien sûr.

Ce qui est intéressant dans ce film, c’est le système de narration : on utilise quasi tout le texte d’origine, y compris le discours indirect, qui nous est livré par Dickens-Gonzo. L’ambiance est très bien retranscrite, on a ce mélange de merveilleux et de terreur, avec des chansons drôles en bonus. Après, il faut aimer les Muppets, c’est sûr. Mais si tu n’aimes pas les Muppets, on fait un remake où tu joueras Scrooge et on cherchera où ça a foiré dans ta vie pour que tu n’aimes pas les Muppets. Ou alors on viendra brûler ta maison pendant que tu dors dedans. Et on t’y enfermera avec Manah manah à fond en boucle sur des enceintes hyper puissantes.

Le saviez-tu ? Brian Henson est le fils de Jim Henson, le créateur des Muppets. Trop mimi. C’est le premier film sorti après la mort de Jim et son marionnettiste préféré Richard Hunt. Le film leur est dédié. Il n’a pas eu un grand succès commercial parce qu’Aladdin est sorti en même temps, mais la critique a été très favorable et cet enthousiasme a tellement grandi que beaucoup le considère comme le meilleur film des Muppets.

Hanté par ses exs, Mark Waters, 2009 scrooge04

Ce film mérite de figurer en première place du flop 10 des dix années passées et à venir. De quoi réconcilier Aloïs et Robin. Hanté par ses ex réunit le pire de ce qu’on peut trouver dans une comédie romantique à partir de ce postulat : à la place de l’avare, on a un misogyne visité par le fantôme de ses exs.

D’abord, Matthew McConaughey, qui a le rôle principal,n’a aucun charisme et est lourd comme ta mère puissance mille lorsqu’il sort ses répliques de pseudo beau-gosse irrésistible. Ensuite, ils rendent Jennifer Garner moche. Faut quand même y aller. Les dialogues sont nuls, le jeu des acteurs est aseptisé ET caricatural, la mariée est insupportable… Le pire ? La vision du monde que te propose ce film est que les filles sont soit des salopes stupides (les demoiselles d’honneur) soit du chewing-gum mou qui n’aspire qu’à se marier (Jennifer Garner), et les gars ne sont que des connards qui tirent de la fierté de n’avoir pas de sentiments (Connor, le misogyne), ou alors c’est des exceptions. Deux personnages masculins qui ont des sentiments ? Le marié, trop à l’ouest, et le black, complètement ridicule (c’est censé être le gars le plus désirable de la soirée, parce qu’il a une bonne situation ; « Tu veux prendre un verre avec moi ? – Je sais pas, t’as un doctorat ? »). Jennifer accepte de re-sortir avec Connor, ce gars qu’elle exècre le reste du film juste parce qu’il promet de rester avec elle le matin. CHOUETTE.

Les discours sur l’amour sont tous nuls, qu’il s’agisse de la version cynique ou de la version cheesy. On se croirait sur le mur Facebook de certains de mes contacts (« Trouve un homme qui dit de toi que tu es belle. Attends l’homme qui te tient la main devant ses amis. Attends celui qui se tourne vers ses amis et dit : « c’est Elle » »). Pendez-vous tous. Sinon, il y a UNE blague drôle, UNE. Ce film est gerbant, ne le regarde jamais.

Le saviez-tu ? Pour des raisons budgétaires, le film, prévu pour 2003, a été repoussé à 2009. Nous avons eu le droit à six années de répit. Le réal est un petit plaisantin : « Connor et son oncle Wayne sont deux playboys notoires, détestables par leur comportement vis-à-vis des femmes. Le réalisateur Mark Waters a choisi les charismatiques Matthew McConaughey et Michael Douglas, chargés de rendre sympathiques deux personnages insupportables: « Ces deux grands acteurs arrivent à faire croire que les deux monstres d’égoïsme qu’ils incarnent cachent tous les deux un coeur sous leur carapace ». » Il est fier de lui en plus !

Le drôle de Noël de Scrooge, Robert Zemeckis, 2009 scrooge05

Scrooge en motion-capture ! Si je devais renier les Muppets, je choisirais ce film comme la meilleure adaptation. Jim Carrey joue Scrooge mais aussi les deux fantômes qui parlent, et c’est délicieux. La diction de Scrooge, notamment, est géniale (VO mes amis, VO). Le film est très fidèle au roman, mais ça ne l’empêche pas d’être surprenant ; par exemple, Zemeckis en montre des détails que les autres adaptations ne montrent pas et que du coup on avait fini par oublier, entre autres la mâchoire de Marley qui se déboîte et le design des persos, que ce soit les fantômes ou Scrooge, plus représenté par un gros riche majestueux mais par un vieux squelettique et bossu. La musique est cool, l’image est trop jolie, la caméra virevolte de partout, bref, c’est très bien réalisé. En plus, c’est la seule adaptation qui nous a fait peur – les Muppets ont fait des efforts sur ce point mais ils sont trop mimis pour que ça marche vraiment – et émus, alors qu’on avait déjà regardé cinq versions en deux jours. MERCI ZEMECKIS.

Ce qui prouve aussi que ce film est grand, c’est que ses détracteurs n’ont pas d’arguments : « Je connaissais le magnifique chef d’œuvre de 25 minutes dans le temps en 1983 qui s’intitulé  »Le noël de Mickey » et en voyant qu’un film avait été réalisé selon les traits de celui ci je me suis dit  »d’un coté cela doit être la même chose que (l’original??) de 1983 avec des figures humaines ou bien avec un max de chance il le surpasserait coté émotion ». J’avoue, plus pencher sur la première option bien que le film soit techniquement magnifique et l’humour quasi présente mais tout ce qui faisait la beauté de l’ancien a disparu, on s’attache beaucoup moins aux personnages et les musiques sont assez décevante venant d’Alan Silvestri c’est plutôt étonnant (…) Je lui trouve une qualité cependant, moi ayant tellement pleuré sur l’original aujourd’hui et dans mon enfance, celui-ci peut se regarder par tous sans soucis même en étant très sensible car j’ai mis du temps à m’en remettre de la version de 83 que le revoir me bouleverserait toujours même si l’histoire se fini bien, c’est la que l’on voit un chef d’œuvre d’animation. ». (un petit plaisantin d’Allociné)

Le saviez-tu ? Zemeckis est passionné par Scrooge. Le perso apparaissait déjà dans Le Pôle Express sous forme de marionnette. Écoute la note d’intention du monsieur, elle est très représentative de ce que c’est le film : « J’ai découvert cette histoire lorsque j’étais enfant et, comme des millions de gens à travers le monde, elle m’a fasciné. Elle était à la fois fantastique et très humaine, un peu sombre et porteuse de beaucoup d’espoirs. Comme toutes les grandes histoires, celle-là méritait d’être présentée à une nouvelle génération. Notre sentiment était qu’aucun film n’avait jamais été complètement fidèle à l’esprit de l’œuvre originale. Lorsque vous lisez le texte de Dickens, vous découvrez qu’il est remarquablement dense, souvent drôle, parfois effrayant et surtout, très imagé. C’est exactement comme si Dickens avait écrit son histoire pour en faire un film ; le style est très visuel et très cinématographique. C’est la plus merveilleuse histoire de voyage dans le temps qui ait jamais été écrite et en retournant à l’essence même de l’œuvre telle qu’elle a été imaginée par Dickens, nous retrouvions toute sa force ».

Cary Elwes, qui joue plusieurs rôles dans Le Drôle de Noël de Scrooge (le violoniste fou de la fête de Fezziwig, Dick Wilkins, un homme d’affaires chassé par Scrooge), est le descendant d’un homcme qui aurait inspiré le personnage de Scrooge : « John Megid Elwes était un de mes ancêtres. Il était connu pour sa grande avarice. C’était un politicien qui a changé son nom de Megid à Elwes pour gagner les faveurs de son oncle, Sir Harvey Elwes, qui était très riche, et dont il savait qu’il allait mourir sans héritier. Son stratagème a fonctionné. À la mort de son oncle, il a hérité de toute sa fortune, et il est devenu un des grippe-sous les plus célèbres de l’histoire de l’Angleterre ! Il est notamment célèbre parce qu’il ne changeait jamais de vêtements. »

Doctor Who Le Fantôme des Noëls passés, Steven Moffat, 2010

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C’est une toute autre manière d’approcher l’histoire. C’est pas très fidèle dans les faits, puisqu’on a aucun des personnages annexes à Scrooge et aux fantômes, et qu’accessoirement, on est pas sur Terre, mais ça reste fidèle dans l’esprit.

Le Docteur tombe sur un méchant avare, Kazran Sardick, qui prête des sous contre une garantie : une personne de ta famille congelée le temps que tu rembourses – kilou. Quand l’épisode commence, un vaisseau tout cassé fonce sur la planète et risque de détruire une bonne partie de la population. Seul Sardick a les moyens d’empêcher l’impact mais refuse de le faire parce que ça ne lui apporte rien. Le Docteur décide alors de le faire changer d’avis en recréant l’histoire de Dickens. Je te raconte pas la suite, mais c’est mimi comme tout.

Au scénario, Moffat est très habile et arrive lui aussi à nous surprendre alors que le dénouement est méga-prévisible – Sardick devient gentil ! tu t’y attendais pas hein ? Plus crédible que dans toutes les autres adaptations, l’évolution de l’avare, conscient qu’il se fait manipuler, passe d’abord par une phase de « Je deviens encore plus aigri gr gr » avant de céder. En plus, Moffat a l’air de méga-maîtriser le roman parce qu’il réussit à en tirer des trucs inattendus mais assez évidents : l’enjeu psycho principal est que Sardick ne veut pas ressembler à son père, cruel et violent, et cet élément n’est présent qu’en tout petit dans l’oeuvre de Dickens (y’a juste la soeur de Scrooge qui a l’air de dire à un moment que papa est pas super sympa).

Cet épisode nous a aussi émus, mais c’est complètement transformé dans ce but, donc c’est plus facile. Love, Docteur.

Et pour finir, un bonus ! 

A Christmas Carrot

A Christmas Carrot

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