Les aventuriers du vent (MoPe)

Entre la mer et l’infini, je me pose en guetteur, lance les dés, me délecte du résultat. Je souris, Il va pleurer.

La faible lune éclaire les pas de l’homme qui marche sans bruit. Il l’attend, Elle. La lande est mouvante, la mer agitée. Ses enfants, les vagues, s’écrasent brutalement sur la falaise escarpée, lâchant crachin et écume à tout vent. Il l’attend, Elle. Sans s’en douter ce futur mort est prêt à plonger dans la tragédie d’un amour non vécu. Tant mieux pour lui ; pour eux. L’avenir aurait pu devenir et ne sera pas ; Ils évitent ainsi le mariage, deux années de bonheur et sept ans de malheur. Seulement sept ? Bien sûr. Non qu’ils ne se seraient pas aimés. Nous assistons à une histoire vieille comme les hommes, qui se répète encore une fois. Un homme, une femme, et ce désir de ne plus être seul.

Reprenons depuis le début. Une journée sans saveurs, par un mois de mars pluvieux. Les réveils sonnent. Il se lève. Elle s’habille. Il prend un thé. Elle n’a jamais faim. Il descend l’escalier. Elle cherche ses clefs. Il loupe son bus. Ils arrivent en retard. Elle essuie des remarques. Il passe inaperçu. De toutes parts les heures de travail se suivent, sans plaisir ni intérêt. Pour seule compagnie, le cliquetis résonnant des claviers environnants. Enfin, la délivrance sonne. Nos deux inconnus sont à bout d’espérance, les jeux sont faits. Ils finissent dans une boîte de seconde zone, sans vraiment savoir ce qu’ils viennent y faire. Musique assourdissante, alcool bien trop cher, masse impersonnelle de corps qui s’enchevêtrent, tous las à la recherche de l’oubli. Et puis c’est la rencontre, les regards s’interrogent, s’embrasent, ne peuvent se séparer. Chacun s’aperçoit au plus profond de l’autre. Mais il est tard. Rendez-vous est pris pour la semaine d’après. Elle veut le calme. Il veut la mer et la lune. Et nous en revenons à cette fameuse lande verdoyante, que la faible lune éclaire pâlement.

L’enfant naquit de leurs unions aurait été le plus beau jamais conçu, comme la majorité des premiers nés. Leur maison, havre de paix, aurait abrité là une famille à qui rien jamais ne manque. A part l’argent. Le travail. La volonté de survivre. Ce genre de famille n’est pas faite pour être. Juste pour avoir été. Mais lorsque l’on croit, on continue à vivre n’est-ce pas ? Même si la maladie vient à frapper l’enfant chéri, qu’il est tard, qu’il pleut, et que la voiture familiale fait partie de ces véhicules vendus malgré un défaut de fabrication au frein, non révélé aux propriétaires. Qui ne l’auraient sûrement pas acheté s’ils avaient su. Mais ils ne savaient pas. Et le prix était attrayant. Très. A cinq cent mètres le virage est dangereux, et la vitesse excessive. Un enfant se meurt, alors on accélère. Dans cinq secondes cela fera neuf ans qu’ils se seront retrouvés sur une lande déserte. Malheureusement la voiture ne supporte plus la route et décide de la quitter afin de prendre son envol. Neuf ans de vie commune. Huit ans de mariage. Sept ans de labeur pour éduquer un petit bout d’homme. Pour quatre minutes d’agonie. C’est trop peu. Et tellement long dans la souffrance. On ne retrouvera pas les corps. La vie éternelle ne sera pas offerte à ce couple modèle. Quelle triste fin. Heureusement pour eux elle n’aura jamais lieu. La femme n’est pas venue. Et lui, pour l’heure, est assis face à la mer. Il l’attend, Elle.

Je trouve distrayant ce rôle qui est le mien. Tant d’histoires que je me veux vous faire connaître, de tranches de vie peu ragoutantes entre un morceau de pain moisi et l’autre rassis. Je suis le grand Uluberlu de ces contes non vécus. Tel un vent marin je souffle sur les vies. Je ne choisis pas pour eux Mesdames et Messieurs. Je vois, je guette et j’encourage. Ce soir un de mes nombreux clients vient de gagner au jeu du destin. Mais ce n’est que partie remise.

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